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Les nuits folles de Pierre Dubourg — Chapitre 9

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Spector
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Les nuits folles de Pierre Dubourg

Chapitre 9

Avril 1971
Depuis son retour de Marseille, Pierre a volontairement ralenti le rythme.
Voilà bientôt cinq mois qu'il délaisse les studios, les plateaux de cinéma et les salles de concert pour se consacrer à l'essentiel.
Claire.
Et ses parents.
L'état de santé de Léon s'est brusquement dégradé.
Le cancer qui le ronge depuis plusieurs mois ne laisse désormais que peu d'espoir. Les médecins ne parlent plus de guérison mais seulement de temps gagné.
Alors Pierre passe le plus de temps possible auprès de lui.
Quand les forces de son père le permettent, il l'emmène marcher doucement dans quelques squares parisiens.
Baron trottine toujours quelques mètres devant eux, s'arrêtant régulièrement pour attendre les deux hommes.
Ils parlent peu.
Ils n'en ont plus vraiment besoin.
Parfois ils évoquent une vieille chanson, un souvenir d'enfance ou une partie de pêche oubliée.
Parfois ils restent simplement assis sur un banc à regarder les enfants jouer.
Ces silences valent tous les discours.
Claire, de son côté, approche du terme de sa grossesse.
Pierre veille sur elle avec une attention parfois excessive.
L'homme autrefois incapable de rester une soirée entière chez lui découvre les petits bonheurs d'une vie paisible.
Le 13 avril 1971, au petit matin, Claire donne naissance à un petit garçon.
Julien.
Lorsque la sage-femme dépose le nouveau-né dans ses bras, Pierre reste quelques secondes incapable de parler.
Il contemple ce minuscule visage avec une émotion qu'il n'avait encore jamais connue.
Il a chanté devant des milliers de personnes.
Connu le succès.
Les excès.
Les triomphes.
Les drames.
Mais rien ne ressemble à cet instant.
En découvrant son fils, il comprend qu'une nouvelle vie commence.
Pour Claire comme pour lui, la joie est immense.
Olga pleure de bonheur.
Même Léon, malgré la maladie qui l'affaiblit chaque jour davantage, trouve encore la force de sourire en prenant son petit-fils dans ses bras.
Pendant quelques instants, la maladie, les absences et les blessures des dernières années semblent disparaître.
Il n'y a plus qu'une famille réunie autour d'un enfant qui vient d'entrer dans le monde.
22 septembre 1971
Pierre reste immobile devant la tombe.
Les employés des pompes funèbres descendent lentement le cercueil de Léon dans la terre encore fraîche.
Autour de lui, seuls résonnent les sanglots étouffés et le bruit sourd des cordes qui glissent.
À son bras gauche, Olga s'accroche à lui de toutes ses forces.
Elle pleure sans retenue.
À sa droite, Claire serre doucement son autre bras, comme si elle craignait qu'il ne s'effondre à son tour.
Mais Pierre ne vacille pas.
Depuis la mort de son père, quelques jours plus tôt, il n'a presque pas prononcé un mot.
Il s'est contenté d'organiser les obsèques, de répondre aux démarches administratives, de choisir les fleurs, la musique, les textes.
Le soir, lorsqu'il rentrait à la maison, il prenait Julien dans ses bras et lui chantait quelques berceuses jusqu'à ce que l'enfant s'endorme.
Puis le silence reprenait ses droits.
Pas une larme n'a coulé.
Pas un cri.
Pas une plainte.
Son visage est fermé, presque impassible.
Comme si la douleur avait dépassé le stade des émotions pour devenir une simple présence, lourde et permanente.
Claire l'observe avec inquiétude.
Elle connaît Pierre.
Elle l'a vu rire aux éclats, s'emporter, aimer passionnément, provoquer, séduire, se montrer tendre ou insolent.
Mais elle ne l'a jamais vu ainsi.
Cette absence de réaction lui fait plus peur que toutes les crises de colère qu'il a pu connaître.
Elle aimerait qu'il pleure.
Qu'il hurle.
Qu'il frappe quelque chose.
N'importe quoi.
Au lieu de cela, il reste droit devant la tombe de son père, le regard perdu dans le vide.
Comme si une partie de lui venait d'être enterrée avec Léon.
Février 1972
La chanson française a changé.
Depuis deux ans, une nouvelle génération d'artistes s'est imposée. Les jeunes auteurs-compositeurs se multiplient, les influences venues d'Angleterre et d'Amérique se mélangent désormais à la tradition française, et le public semble toujours avide de nouveauté.
Larry, lui, continue de régner sur les scènes. Chaque tournée est plus spectaculaire que la précédente. Entre jeux de lumière, décors démesurés et provocations savamment orchestrées, il demeure l'un des plus grands showmen de sa génération.
Christophe Kolarov poursuit, quant à lui, une trajectoire plus singulière encore. Album après album, il repousse les limites de la chanson française avec des orchestrations ambitieuses et des harmonies audacieuses. Son succès dépasse désormais les frontières : plusieurs de ses titres se hissent dans le Billboard américain, une première pour un artiste français de sa génération.
Pour Franckie, en revanche, le vent tourne.
Le rock'n'roll qui l'a rendu célèbre semble appartenir à une autre époque. Contrairement à Larry, il n'a jamais vraiment embrassé l'influence du rock britannique. Cherchant à se réinventer, il publie un album de blues inspiré de celui de Pierre. Le public boude le disque et la critique se montre sévère.
Pierre observe tout cela avec un certain détachement.
Depuis plusieurs mois, il vit presque exclusivement pour sa famille.
Mais le moment est venu de retourner en studio.
Dans une grande salle d'enregistrement parisienne réservée par Charly Pecvicz, il retrouve ses musiciens.
Antonio est naturellement le premier à répondre présent. Le guitariste tzigane a même participé à la composition de plusieurs mélodies, apportant une sensibilité nouvelle à l'ensemble du projet.
Pierre arrive avec une douzaine de chansons.
Les textes sont presque tous signés Jacques Welstein.
Quelques semaines avant sa disparition, l'écrivain les lui avait confiés en lui disant avec un sourire :
— Ça te fera de la lecture pour le voyage.
Pierre n'en a modifié que quelques mots.
Le moins possible.
Chaque phrase lui donne encore l'impression d'entendre la voix de son ami.
Cet album ne sera pas seulement le suivant dans sa discographie.
Il sera aussi, à sa manière, une conversation interrompue entre deux hommes que la mort a séparés trop tôt.
L'album se nomme Marcel, Jacques, Diego, Léon et les autres....
Les titres vont de nouveau s'enchaîner Les honnêtes salauds, Une chaise vide, Le funambule, La république des médiocres et Les absents (Instrumental émouvante qu'on devine dédié à ses proches disparus)
L'album est un succès des sa sortie, le public répond présent et achete de 33 tours. Pour la critique, c'est différent de l'habitude. Certains critiques dénonce une facilité et une certaine redondance.
Anatole, l'ancien rival de Pierre est devenu un chroniqueur dans Rock&Folk prend la tête de la fronde.
"L'industriel de la chanson sort une nouvelle chaîne de montage."
« Pierre Dubourg est sans doute l'homme le plus habile de sa génération. Il sait fabriquer des succès comme d'autres fabriquent des automobiles. Mais un disque peut-il être bouleversant lorsqu'il est conçu avec la même méthode qu'un produit de grande consommation ? »
« Marcel, Jacques, Diego, Léon... et les autres n'est pas un mauvais album. C'est précisément le problème. Pierre Dubourg ne fait jamais de mauvais albums. Il fait toujours exactement ce que le public attend de lui. »
« Émile Brassero avait trouvé les mots justes : Pierre Dubourg n'est plus un artisan. Il est devenu un industriel de la chanson. Et il est probablement le meilleur dans ce domaine. »
Quelques jours après la sortie de l'album, alors que les journaux continuent d'alimenter la polémique, le téléphone sonne chez Pierre.
À l'autre bout du fil, une voix grave qu'il reconnaît immédiatement.
— Bonjour Pierre... c'est Émile.
— Bonjour, Émile.
Un court silence s'installe.
— Je voulais t'appeler. J'ai lu tout ce qui s'écrit depuis quelques jours... et je tenais à te dire que je suis désolé.
Pierre ne répond pas.
Brassero reprend doucement :
— Ce que j'ai dit à la télévision... ce n'était pas une critique. Au contraire. Je voulais dire que tu avais une capacité de travail exceptionnelle. Tu écris, tu composes, tu chantes, tu joues au cinéma... Tu produis des chansons que tout le monde reprend. Je trouvais ça admirable.
Il marque une pause.
— Je n'imaginais pas une seconde que certains détourneraient mes mots pour en faire une attaque.
Pierre laisse échapper un léger soupir.
— Je le sais, Émile.
— Tu ne m'en veux pas ?
Un sourire discret apparaît sur le visage du chanteur.
— Certainement pas.
Le silence revient quelques secondes.
Puis Pierre ajoute d'une voix plus grave :
— Ce qui me fait mal, ce n'est pas ce que tu as dit. C'est qu'on puisse croire que je fais ce métier pour vendre des produits.
Il regarde les disques alignés dans son salon.
— Je n'ai jamais calculé le coût d'une chanson de ma vie.
Brassero acquiesce doucement, comme si Pierre pouvait le voir.
— Les gens confondent souvent le succès et le compromis.
Pierre ne répond pas immédiatement. Puis il conclut :
— Tu sais... je ne me suis jamais senti à ma place dans le système. J'ai toujours eu l'impression de chanter à côté de lui, jamais dedans.
Brassero lui répond :
— Continue alors, les chansons survivent toujours aux critiques.
Les deux hommes échangent encore quelques mots avant de raccrocher.
Pierre repose lentement le combiné.
Cet appel l'a touché, il se dit qu'il aimerait avoir cette élégance.
Avec Charly, Pierre se lance aussitôt dans la préparation de sa nouvelle tournée.
Cette fois, il voit grand.
Très grand.
Après une quarantaine de dates à travers toute la France, le spectacle traversera les frontières : l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Union soviétique, la Tchécoslovaquie et la Pologne figurent déjà au programme.
Pour beaucoup, cette tournée est celle de la consécration.
Pour Pierre, elle est surtout une réponse.
Les critiques l'ont blessé. Certains l'ont décrit comme un simple fabricant de succès, un homme davantage préoccupé par les ventes que par la musique.
Il ne répondra pas dans les journaux.
Il répondra sur scène.
— S'ils veulent voir un industriel, ils vont être déçus..., glisse-t-il un soir à Charly.
Il veut offrir au public le spectacle le plus ambitieux de sa carrière.
Le premier nom inscrit sur sa liste est une évidence : Antonio.
Le guitariste tzigane devient naturellement le directeur musical de la tournée. Son jeu virtuose est désormais indissociable de l'univers de Pierre.
Le chanteur fait ensuite appel à plusieurs musiciens britanniques rencontrés lors de ses séjours londoniens, des instrumentistes d'une redoutable efficacité, habitués aux grandes scènes internationales.
Il n'oublie pas non plus la Louisiane.
Plusieurs cuivres ayant participé à son dernier album acceptent de traverser l'Atlantique pour rejoindre l'aventure.
Pour la première fois de sa carrière, Pierre décide également de s'entourer de trois choristes.
Leur énergie et leurs harmonies gospel apportent une couleur nouvelle à ses chansons.
À leur tête se trouve Naomi Jones, la fille de Clinton.
Les retrouvailles entre Pierre et la jeune Américaine sont chaleureuses.
Enfin, pour compléter l'orchestre, Pierre recrute plusieurs excellents musiciens français.
Au total, plus d'une quinzaine de personnes voyageront avec lui.
Jamais il n'a dirigé une formation aussi importante.
Jamais, non plus, il n'a eu autant d'ambition pour un spectacle.
Cette tournée doit prouver une chose.
Qu'au-delà des chiffres, des disques d'or et des polémiques, Pierre Dubourg demeure avant tout un homme de scène.
La tournée débute en France sous les meilleurs auspices.
Partout, le public répond présent.
Les salles affichent complet et la presse salue unanimement l'ambition du spectacle. Pierre a tenu sa promesse : loin d'un simple enchaînement de chansons, il offre un véritable show où se mêlent rock, folk, blues, influences tziganes et accents gospel.
Antonio impressionne par sa virtuosité, les cuivres de La Nouvelle-Orléans apportent une puissance inédite et les trois choristes donnent une ampleur nouvelle aux arrangements.
Parmi elles, Naomi ne passe pas inaperçue.
Sa voix chaude et son aisance naturelle séduisent immédiatement le public.
Chaque soir, un moment est particulièrement attendu.
Lorsque résonnent les premières notes de Viens puis va t'en, la salle retient son souffle.
La chanson, autrefois immortalisée avec Ellen Parker, renaît sous une forme nouvelle.
Pierre et Naomi se cherchent du regard, se répondent, se frôlent sans jamais tomber dans l'excès. Leur interprétation est chargée d'une tension presque palpable. Les spectateurs y voient un jeu de scène remarquablement maîtrisé ; seuls les musiciens devinent que quelque chose d'autre est peut-être en train de naître.
Après la France, la troupe prend la route de l'Espagne puis de l'Italie.
Là encore, chaque concert est un triomphe.
Pierre retrouve le plaisir de la scène. Les critiques qui l'avaient tant blessé semblent désormais bien loin. Le public, lui, ne juge pas les polémiques ; il chante avec lui.
La tournée poursuit ensuite sa route vers la Suisse, l'Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas.
Les kilomètres s'accumulent.
Les hôtels se ressemblent.
Les nuits sont courtes.
Et, presque sans qu'ils s'en aperçoivent, Pierre et Naomi passent de plus en plus de temps ensemble.
Ils prennent leur petit-déjeuner côte à côte, répètent après les balances, échangent de longues conversations dans les autocars qui les emmènent d'une ville à l'autre.
Ils parlent de musique, de cinéma, de leurs familles, de la France et de la Louisiane.
Pierre découvre une jeune femme vive, cultivée et pleine d'humour.
Naomi, elle, voit derrière la célébrité un homme plus fragile que ne le laisse croire son image.
Rien n'est encore arrivé.
Pas un baiser.
Pas une déclaration.
Seulement cette étrange évidence qui s'installe peu à peu.
Tous deux sentent que la frontière entre l'admiration et les sentiments devient chaque jour un peu plus fragile.
Antonio le met plusieurs fois en garde :
_ Attention, mon ami ! La petite a la beauté du diable mais elle est dangereuse pour toi !
Pierre lui répond le plus souvent par un clin d'oeil et une sourire d'affection.
La tournée prend une tout autre tournure lorsque la troupe débarque en Angleterre.
Pour la première fois depuis le départ de Paris, les salles ne se remplissent pas.
À Liverpool, les gradins sonnent creux.
À Manchester, plusieurs centaines de fauteuils restent désespérément vides.
Londres n'arrange rien.
Pierre comprend très vite qu'ici, il n'est qu'un inconnu parmi tant d'autres. Son nom n'évoque rien au public britannique, bien davantage tourné vers les groupes locaux qui révolutionnent alors la musique populaire.
Les applaudissements sont polis.
Le spectacle est salué avec respect.
Mais la ferveur qu'il connaît en France ou en Italie n'existe pas.
La tournée se poursuit vers Dublin, Édimbourg puis Stockholm.
Le constat est plus ou moins le même.
Le succès européen dont rêvait Charly ressemble finalement davantage à une série de prestations honorables qu'à un véritable triomphe.
Pierre accuse le coup.
Il ne le montre à personne.
Mais, chaque soir, une fois les projecteurs éteints, le doute revient.
A-t-il surestimé sa notoriété ?
Ses chansons ne parlent-elles finalement qu'aux Français ? Certe les pays méditerranéens l'ont acclamés, mais même en Allemagne, il n'a pas senti une folie dans les salles, malgré le remplissage quasi total chaque soir.
Certe les Suisses et les Belges l'ont parfaitement accueilli mais il sait que les francophones étaient majoritaires.
Une seule chose continue pourtant de fonctionner partout.
Le duo avec Naomi sur Viens puis va t'en.
Même les spectateurs qui ne connaissent pas un mot de français restent fascinés par cette interprétation. La tension entre les deux chanteurs est si naturelle qu'elle franchit la barrière de la langue.
Après le concert londonien, Pierre propose à Naomi de sortir.
Ils quittent discrètement l'hôtel et s'installent dans un vieux pub de Soho.
Les pintes succèdent aux verres de whisky.
Pour la première fois depuis longtemps, Pierre parle sans retenue.
Il évoque les critiques, la mort de son père, Jacques, le poids du succès, cette impression étrange d'être devenu un étranger dès qu'il quitte la France.
Naomi l'écoute sans jamais l'interrompre.
Puis elle lui prend doucement la main.
— Tu sais pourquoi les gens t'aiment ?
Pierre hausse les épaules.
— Parce que tu montes sur scène comme si chaque chanson était la première. Tu oublies juste que parfois, il faut laisser le temps aux autres de te découvrir.
Le chanteur baisse les yeux vers son verre.
Pour la première fois depuis le début de la tournée, il a le sentiment d'être compris.
Lorsqu'ils quittent le pub au milieu de la nuit, Londres est noyée dans une fine pluie.
Ils marchent longtemps sans parler.
Leurs épaules se frôlent.
Leurs mains aussi.
Aucun des deux n'ose encore franchir la dernière frontière.
Mais tous deux savent désormais que quelque chose est en train de changer.
L'ivresse de la réussite venait une nouvelle fois lui souffler à l'oreille. Lorsque le groupe atterrit à Moscou, une foule compacte se presse au pied de l'avion pour apercevoir l'idole. Charly lui adresse un sourire. Pierre savait qu'il jouissait d'une certaine popularité dans les pays de l'Est, mais il ne s'attendait pas à un tel engouement. L'accueil qui lui est réservé le grise autant qu'il le rassure ; son moral se nourrit de toute cette énergie positive.
Il profite de son séjour pour découvrir la capitale soviétique et trouve même le temps de dîner avec Serge Parmentier, lui aussi de passage à Moscou pour un gala.
Le premier concert soviétique démarre dans une véritable euphorie.
À peine les lumières s'éteignent que le public se lève déjà.
Pendant près de deux heures, Pierre enchaîne les succès. Interdit partout, Rue Oberkampf, C.A., Les Honnêtes Salauds... chaque chanson est acclamée par une salle survoltée.
Puis viennent les premières notes de Viens puis va t'en.
Le silence se fait instantanément.
Comme chaque soir, Naomi rejoint Pierre au centre de la scène.
Jusqu'alors, leur mise en scène était immuable : ils se faisaient face, se dévoraient du regard et jouaient avec une tension presque insoutenable, sans jamais se toucher.
Mais ce soir-là, Naomi improvise.
Au lieu de s'arrêter devant lui, elle contourne lentement Pierre avant de venir s'appuyer contre lui, le dos posé contre son torse.
Au rythme de la musique, elle ondule avec une lenteur calculée.
Le public retient son souffle.
Pris de court, Pierre hésite une fraction de seconde.
Puis il entre dans son jeu.
Sans cesser de chanter, il pose doucement ses mains sur les hanches de la jeune Américaine.
Leurs voix continuent de se répondre tandis qu'ils suivent le même mouvement, comme deux danseurs oubliant un instant qu'ils se trouvent devant plusieurs milliers de spectateurs.
Sur scène, les musiciens échangent des regards amusés.
Antonio esquisse un sourire.
Il connaît suffisamment Pierre pour comprendre que rien de cela n'était prévu pendant les répétitions.
Lorsque la chanson s'achève, un silence d'une seconde envahit la salle.
Puis une immense ovation éclate.
Des centaines de flashs illuminent les premiers rangs.
Certains spectateurs hurlent de joie.
D'autres scandent le prénom de Pierre.
Le duo vient de faire basculer le concert dans une autre dimension.
En quittant la scène quelques minutes plus tard, Pierre croise le regard de Naomi.
Ils échangent un sourire discret.
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