Elle se tourna vers lui en souriant.
— Il est encore tôt, finalement.
Personne ne rit. Personne ne sourit. Mais quelque chose dans la pièce a changé. Les respirations sont plus courtes. Les postures plus tendues. Les regards plus fixes. Ils ne sont plus des invités. Ils ne sont plus des spectateurs. Ils sont des participants. Et ils le savent.
Je me tourne vers Catherine.
Elle est toujours debout près du canapé. Nue. Les cheveux frisés collés au front. Le menton encore luisant de ce qu'elle a fait à Sophie. Les tétons durs. Les cuisses serrées. Mais quelque chose a changé chez elle aussi. Elle tremble. Pas de froid. D'épuisement. Elle a trop donné. Trop léché. Trop fini. Elle a les jambes qui flageolent, la respiration courte, les yeux brillants. Catherine n'en peut plus.
— Catherine, dis-je. Viens là.
Elle vient. Lentement. Elle s'arrête devant moi. Je lève la main. Je pose deux doigts sur son sternum. Sa peau est brûlante. Elle frissonne, mais elle ne bouge pas.
— Tu as bien travaillé, dis-je.
Elle ne répond pas. Ses yeux brillent. Elle attend.
— Depuis le début de la soirée, tu donnes. Tu te déshabilles. Tu te caresses. Tu poses ton doigt. Tu lèches. Tu finis Sophie. Tu donnes, tu donnes, tu donnes. Et personne ne t'a rien donné en retour.
Un silence.
— Ce soir, tu vas recevoir.
Catherine cligne des yeux. Une fois. Deux fois. Comme si elle n'était pas sûre d'avoir bien entendu.
— Assieds-toi, dis-je.
Elle s'assoit sur le canapé. À ma place. Dos au dossier. Jambes devant elle. Mains posées à plat sur les coussins. Nue. Offerte. Elle attend.
Je me tourne vers Marc.
Il est toujours debout, près du canapé, ma culotte dans sa poche. Il regarde Catherine. Il la regarde depuis tout à l'heure. Il n'a rien dit. Mais je l'ai vu.
Et je le regarde, lui, pour la première fois vraiment depuis le début de la soirée. Marc. Taille moyenne. Le physique agréable — pas impressionnant, pas écrasant, juste agréable. Des épaules droites, une silhouette fine, des mains propres. Un visage doux, presque timide, avec ce petit quelque chose de posé dans le regard. Il ne cherche pas à dominer. Il ne cherche pas à se montrer. Il est là. C'est tout. Et c'est exactement ce qui le rend intéressant.
— Marc, dis-je.
Il sursaute.
— Oui ?
— Tu as ma culotte dans ta poche. Et tu as passé la soirée à la tenir sans rien faire. Maintenant, tu vas faire autre chose.
Il attend.
— Tu vas t'occuper de Catherine. Mais d'abord, baisse ton froc.
Un temps.
— Quoi ?
— Tu m'as entendue. Baisse ton froc. Maintenant.
Marc hésite une seconde. Puis il obéit. Il défait sa ceinture. Le cuir claque. Le bouton saute. La fermeture éclair descend. Il écarte les pans de son pantalon. Il glisse ses pouces sous l'élastique de son caleçon.
Et on voit.
D'abord le caleçon. Gris. Un gris simple, uni, sage. Tendu. Beaucoup trop tendu. Quelque chose dedans qui pousse, qui déborde, qui ne tient pas. On devine tout — la forme, la taille, le poids. La ligne qui descend le long de la cuisse. La bosse qui remonte contre le ventre. Personne ne dit rien. Mais tout le monde regarde. Sophie a cessé de tenir ses vêtements contre elle. Françoise a posé ses mains sur les accoudoirs. Le maire a rentré le ventre.
Et moi.
Moi, Valérie, je perds un instant le contrôle.
C'est la première fois de la soirée. J'ai tout tenu — le plug, les ordres, les mises en scène, la Catherine, la Sophie, Thomas, le maire. J'ai tout dirigé. Je n'ai pas cillé. Je n'ai pas tremblé. Je n'ai pas cédé. Mais là, devant ce caleçon gris trop tendu, devant cette forme que je devine et qui me serre le ventre, quelque chose se fissure. Je le sens avant même de le comprendre. Mes jambes se croisent. Mes mains se posent sur mes cuisses. Ma respiration s'accélère — un peu, juste un peu. Et dans ma tête, une pensée que je ne contrôle plus : je veux voir. Je veux goûter. Je veux sentir ça dans ma bouche, dans ma gorge, entre mes cuisses, dans mon cul. Partout. Je veux le sentir partout.
— Baisse-le, dis-je.
Ma voix a changé. Je l'entends. Elle est plus basse, plus rauque. Ce n'est plus la voix de celle qui ordonne. C'est la voix de celle qui veut.
Il le baisse.
Et il le sort.
Une queue impressionnante.
Très large. Beaucoup plus large que celle de Thomas. Beaucoup plus grosse. La peau tendue, lisse, mate, parcourue d'une veine épaisse qui court du gland jusqu'à la base comme une racine. Le gland est rouge sombre, énorme, bien dessiné, luisant déjà. La hampe est longue, épaisse, droite — si droite qu'elle ne tremble même pas. Elle monte contre son ventre, presque jusqu'au nombril. Elle bat. On la voit battre.
Et les couilles.
Impressionnantes. Lourdes, rondes, serrées dans une peau sombre, elles pendent entre ses cuisses comme deux poings fermés. Elles sont pleines. Elles sont tendues. Elles disent tout ce qu'elles contiennent.
Personne ne respire.
Moi non plus.
Je meurs d'envie. Je le regarde. Je regarde cette queue qui n'en finit pas, ce gland qui luit, ces couilles qui pendent comme des fruits trop mûrs. Et je sens mon corps qui me trahit — mes tétons qui durcissent sous la guêpière, ma chatte qui se contracte dans le vide, une chaleur qui monte le long de mes cuisses et qui me serre la gorge. Je veux la sentir. Je veux la sentir passer entre mes lèvres, je veux la sentir au fond de ma gorge, je veux la sentir entre mes cuisses, je veux la sentir dans mon cul. Je veux la sentir partout. Je veux être remplie, étirée, brisée par cette queue-là. Et je veux que tout le monde regarde pendant que je la prends.
Je serre les dents.
Je reprends le contrôle. De justesse. Mais ça se voit — je le sais. Ça se voit à mes jambes croisées, à mes mains crispées sur mes cuisses, à ma respiration trop courte. Ça se voit à mes yeux, surtout. Je ne regarde plus Marc comme un participant. Je le regarde comme un morceau de viande. Et lui, il le voit. Il ne dit rien. Mais son sourire — ce petit sourire timide, posé — se transforme. Il devient autre chose. Un sourire qui dit : je sais.
Thomas regarde. Il regarde la queue de Marc. Il regarde sa propre queue — molle, oubliée, ridicule. Il ne dit rien. Il ne peut pas.
Le maire regarde. Il regarde la queue de Marc. Il regarde son propre sexe — de taille moyenne, à demi dressé, luisant de honte. Il ne dit rien. Il ne peut pas.
Sophie regarde. Elle regarde la queue de Marc. Ses lèvres s'entrouvrent. Sa main se pose sur sa cuisse, sans qu'elle s'en rende compte. Elle qui vient de se faire enculer par Thomas, elle qui a joui deux fois — elle regarde Marc comme si elle découvrait quelque chose qu'elle n'avait jamais vu.
Françoise regarde. Elle regarde la queue de Marc. Elle regarde son caleçon gris baissé, ses cuisses fines, ses mains propres. Elle ne dit rien. Mais elle ne croise plus les bras.
Et Catherine.
Catherine est assise sur le canapé. Nue. Les jambes écartées. Les mains sur les coussins. Elle regarde Marc. Elle regarde ce qui vient de sortir de son caleçon gris. Elle regarde cette queue plus grosse que tout ce qu'elle a vu ce soir. Elle regarde ces couilles. Elle regarde ce corps d'homme posé, ce visage doux, ce petit air timide qui ne colle pas avec ce qu'il vient de sortir.
Elle ne dit rien.
Mais elle n'a plus l'air fatiguée.
— Marc, dis-je.
Ma voix tremble un peu. Je le sens. Je le déteste. Mais je continue.
Il tourne la tête.
— Tu t'occupes de Catherine. Et tu prends ton temps.
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