Maintenant… que fait-on d'elle ?
Un silence de mort.
Personne ne répond. Personne ne bouge. Les regards glissent de l'un à l'autre, se croisent, se jaugent, se défient presque. Marc fixe le maire. Le maire fixe Thomas. Thomas, lui, regarde Sophie, qui détourne les yeux vers Françoise. Et Françoise, immobile, attend — comme si elle voulait voir qui oserait parler le premier.
Personne n'ose.
Le silence s'épaissit, devient presque palpable. On entend la respiration de chacun, le tic-tac discret d'une horloge quelque part dans la pièce, le froissement d'un tissu quand quelqu'un change de position. C'est un de ces moments suspendus où tout pourrait basculer — et où personne ne veut en porter la responsabilité.
Alors je le fais.
Je ne leur laisse pas le temps. Je ne leur donne pas cette satisfaction.
Je me redresse lentement. Le plug, à l'intérieur, accompagne chaque mouvement d'une présence sourde, presque vivante — un rappel constant de ce que Catherine vient de faire, et de ce que je décide d'en faire maintenant. Je sens leurs regards se poser sur moi, surpris, hésitants, comme si personne n'avait prévu que je puisse bouger sans qu'on me le demande.
Je me tiens droite. Je les laisse me regarder telle que je suis.
Puis je fais glisser ma culotte le long de mes cuisses.
Lentement. Sans me presser. Le tissu, gorgé, coule sur la soie de mes bas et s'accroche un instant au porte-jarretelles. Il laisse une traînée humide sur ma peau, un fil qui s'étire, hésite, se rompt. Je le dégage du bout des doigts, avec une lenteur calculée, et je le laisse tomber au sol, entre mes talons aiguilles. Il reste là, petite tache de dentelle trempée, témoin silencieux de tout ce que cette soirée a déjà fait de moi.
Je ne détourne pas les yeux. Pas une seconde.
Dans mon dos, j'entends un froissement. Thomas a sorti son téléphone. L'écran s'allume, et je devine sa silhouette qui se penche légèrement pour mieux cadrer. Le maire, lui, s'est écarté de l'embrasure de la porte. Il tient le sien à deux mains, stable, précis, le viseur braqué sur moi. Aucun des deux ne dit un mot. Ils filment. Et je les laisse filmer.
Le silence a changé de nature. Il n'est plus pesant. Il est suspendu.
Marc a cessé de respirer normalement. Catherine a posé son verre sans faire de bruit. Sophie, elle, s'est penchée en avant sans s'en rendre compte, les lèvres entrouvertes. Françoise, pour la première fois de la soirée, ne sourit plus — elle regarde, simplement, comme les autres.
Alors je bouge.
Je fais un pas. Puis un autre. Les talons claquent doucement sur le parquet ciré, un cliquetis sec et régulier qui résonne dans la pièce comme un métronome. Le plug accompagne chaque pas d'une présence sourde. Je traverse le salon sans me presser, sous leurs yeux, et je sens leurs regards qui me suivent, qui glissent le long de mes jambes, de mes bas, de la guêpière, de la courbe de mes hanches.
J'arrive au canapé.
Je me retourne. Je les regarde, tous, alignés dans mon dos comme un public qui n'a pas encore compris qu'il ne dirige plus rien.
Puis je m'assois.
Lentement. Le velours du canapé est frais sous ma peau. Je me cale contre le dossier, jambes repliées d'abord, puis je les laisse s'ouvrir — sans hâte, sans théâtralité, juste ce qu'il faut pour que la ligne de mon corps se dessine entière dans la lumière tamisée. Un genou contre l'accoudoir, l'autre pied posé au sol, talon encore chaussé, la pointe qui touche à peine le tapis.
Le silence devient total.
Personne ne parle. Personne ne bouge. Je les sens tous suspendus à ce geste, à cette audace tranquille — et je prends mon temps. Je veux qu'ils attendent. Je veux qu'ils comprennent que c'est moi, maintenant, qui décide du rythme.
Ma main remonte le long de ma cuisse, lentement, écarte un peu plus l'ouverture. Mes doigts trouvent le bijou, le frôlent, le font glisser d'un millimètre à peine — juste assez pour que la sensation me traverse, pour que ça se voie sur mon visage, pour qu'ils devinent sans que je montre. Je ferme les yeux une seconde.
Juste une seconde. Pour ne sentir que moi.
Quand je les rouvre, Marc a avancé d'un pas. Il ne dit rien. Il attend. Ils attendent tous.
Je laisse mes doigts poursuivre leur chemin, sans me presser, sur la dentelle, sur ma peau, là où ça me plaît. Je ne cherche pas leur réaction — je cherche la mienne. Et pourtant, je les sens. Le téléphone de Thomas qui tremble imperceptiblement dans sa main. Le maire, figé, le viseur toujours braqué sur moi. Sophie, qui a porté sa main à sa bouche. Catherine, qui ne rit plus.
Je prends mon temps. Je les laisse regarder. Je les laisse attendre. Et à chaque seconde, je sens le rapport de force glisser un peu plus de leur côté vers le mien.
— Voilà, dis-je enfin dans un souffle. C'est mieux comme ça, non ?
Ma voix est basse, presque tranquille. Elle tranche avec ce que je viens de faire. C'est exactement ce que je veux.
Catherine laisse échapper un petit rire, presque un soupir. Françoise a détourné les yeux — mais elle sourit quand même. Sophie, elle, ne bouge plus du tout.
Je tends la main vers Marc. Du bout des doigts, j'effleure sa joue, je le fais lever les yeux vers moi.
— Tu voulais décider, dis-je tout bas. Mais tu as du mal à me quitter du regard. Et ça… ce n'est pas moi qui le décide.
Il ne répond pas. Sa main se lève, hésitante, et se pose sur mon genou. Doucement. Presque maladroitement. Comme s'il avait oublié comment on fait.
— C'est ça, murmuré-je. Doucement.
Derrière lui, j'entends Thomas murmurer quelque chose à Sophie — je ne distingue pas les mots, juste le ton, bas, excité. Le maire, lui, s'est enfin approché. Le téléphone toujours levé.
Je tourne la tête vers lui. Je le regarde filmer. Et je souris.
— Tu peux garder ça, dis-je calmement. Mais tu me le montreras avant de l'emporter.
Il acquiesce sans un mot, le viseur toujours braqué sur moi.
Autour de nous, la pièce s'est tue. Personne ne commande plus. Il n'y a plus qu'un homme qui me tient le genou comme si j'allais m'envoler, deux téléphones pointés sur moi, et une femme assise sur ce canapé, jambes ouvertes, qui ne cède rien d'autre que ce qu'elle a choisi de montrer.
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