Elle se tourna vers lui en souriant.
— Tout va bien, dis-je. Stéphane reste un peu.
Personne ne dit rien. Stéphane est debout au milieu de la salle, dans son uniforme de gendarme, son étui de pistolet au côté, son talkie-walkie à l'épaule. Il regarde la pièce. Marc et sa queue — toujours dressée, toujours battante, jamais jouie. Sophie et sa robe de travers. Thomas et ses yeux fixes.
— Assieds-toi, dis-je.
Il s'assoit. Sur une chaise. Il pose ses mains sur ses genoux. Il est raide. Il est en service depuis vingt ans. Il n'a jamais fait ça.
— Tu veux boire quelque chose ? je demande.
— Je… oui. Un verre. Ce que vous avez.
Je vais vers la table. Je sors une bouteille de whisky. Je sers un verre. Je le lui apporte. Il le prend. Il boit une gorgée. Il repose le verre par terre. Il respire. Il se détend un peu. Il desserre sa ceinture. Juste un cran. Il n'enlève pas son étui. Il n'enlève pas son talkie-walkie.
— Sophie, dis-je.
Elle sursaute.
— Oui ?
— Tu danses ?
Elle me regarde. Longuement. Elle a les joues encore rouges. Sa robe est de travers, sa queue de cheval tient à peine.
— Danser ? demande-t-elle.
— Oui. Danser.
Je vais vers l'enceinte posée sur une table. Je baisse la lumière — il y a un variateur, près de la porte. Je le tourne. Les guirlandes baissent. Les bougies prennent le relais. La salle se remplit d'ombres douces, de jaune chaud, de coins sombres. Lumière tamisée. Vraie. Cosy.
Je prends mon téléphone. Je cherche quelque chose. Pas de la variété. Pas de l'électro. Du jazz. Un saxophone, d'abord. Une contrebasse, ensuite. Une voix de femme, enfin — grave, lente, qui traîne sur les mots. Quelque chose de langoureux. Quelque chose qui colle à l'air de la pièce. Je lance la musique.
Sophie hésite. Puis elle se lève.
Elle traverse la salle. Elle s'arrête devant moi. Elle me regarde. Elle ne dit rien. Je tends la main. Elle la prend.
Et on danse.
Lentement d'abord. L'une contre l'autre. Nos corps se cherchent. Nos hanches se touchent. Nos fronts se frôlent. Je sens sa chaleur à travers sa robe — cette chaleur qu'elle a depuis le début de la soirée. Elle sent la sueur, le sexe, le parfum. Elle sent la soirée entière.
Elle porte encore sa robe grise. Moi, je porte ma guêpière noire, mes bas, mes talons. Mais très vite, ça ne suffit plus.
Sophie passe ses mains dans mon dos. Elle trouve la fermeture de ma guêpière. Elle la défait. Lentement. Le tissu s'ouvre. Mes seins apparaissent — libres, lourds, les mamelons durs. Elle regarde. Elle pose sa main dessus. Elle les prend. Elle les soupèse. Elle gémit doucement. Puis elle descend. Elle fait glisser ma guêpière le long de mes bras. Elle la laisse tomber par terre. Je suis en bas et talons. Rien d'autre. Ma culotte est revenue — la dentelle sombre, humide, que Marc m'a rendue. Elle est là. Contre moi.
À mon tour. Je défais la fermeture de sa robe. Elle glisse. Elle tombe. Sophie reste en soutien-gorge et culotte — blanc, simple, sage. Du coton. Encore. Mais sur elle, ce coton devient autre chose. Je le dégrafe. Je le laisse tomber. Ses seins apparaissent — plus gros que ceux de Catherine, plus lourds, les mamelons larges, sombres, dressés. Je les prends à pleine main. Elle frissonne. Je fais glisser sa culotte. Elle la laisse tomber. Elle est nue. Devant moi. Devant tout le monde.
On reprend la danse.
Nues, maintenant. L'une contre l'autre. Seins contre seins. Cuisses contre cuisses. Nos peaux se touchent, glissent, se cherchent. Le jazz tourne. Le saxophone pleure. La contrebasse bat comme un cœur. La lumière tamisée nous découpe en ombres douces. On tourne. Lentement. Sophie ferme les yeux. Elle pose sa tête contre mon épaule. Elle respire fort. Elle a les mains qui tremblent sur mes hanches.
Thomas regarde.
Assis sur le canapé. Les yeux fixes. Sa femme — nue, dans les bras d'une autre femme. Sa femme qui danse, qui se colle, qui gémit doucement. Il n'a pas bougé depuis tout à l'heure. Mais sa main, elle, a bougé. Elle est retournée sur son entrejambe. Par-dessus le tissu. Elle presse. Lentement. Il ne peut pas s'en empêcher. Il regarde sa femme danser nue avec moi, et il bande. Et ça se voit. Son pantalon se déforme. Lentement. Puis plus nettement. Thomas n'en peut plus.
Marc regarde aussi.
Il est toujours nu sur le canapé. Sa queue est toujours dressée — tendue, luisante, battante. Elle n'a pas faibli depuis le début de la soirée. Elle n'a pas joui. Pas une seule fois. Et maintenant, devant Sophie et moi qui dansons nues, elle se tend encore. Elle tressaute. Elle bat. Une goutte perle au bout du gland. Puis une autre. Marc n'en peut plus. Il serre les dents. Il serre les poings. Il regarde. C'est tout. Il attend. Mais il n'en peut plus.
Stéphane, lui, regarde.
Il est assis sur sa chaise. Son verre à la main. Il regarde deux femmes danser nues devant lui. Deux femmes qui se touchent, qui se collent, qui ferment les yeux. Il ne dit rien. Il boit une gorgée. Puis une autre. Il desserre encore sa ceinture. Un cran. Puis un autre. Il n'enlève pas son étui. Il n'enlève pas son talkie-walkie. Mais il regarde.
Et son pantalon se déforme.
Lentement d'abord. Une petite chose, sous le tissu bleu. Puis plus nettement. La ligne remonte le long de la cuisse. Elle pousse contre la fermeture. Elle tend le tissu. On voit tout. On voit la forme. On voit la taille. Stéphane bande. Le gendarme bande. L'homme de quarante-cinq ans, l'uniforme, la barbe sel et poivre, les yeux clairs — il bande devant deux femmes nues qui dansent devant lui. Et il ne fait rien pour le cacher. Il regarde. C'est tout. Mais son pantalon parle pour lui.
La musique continue.
Sophie se rapproche encore. Elle pose sa tête contre mon épaule. Elle respire fort. Elle a les mains qui tremblent légèrement sur mes hanches. Elle ne dit rien. Elle danse.
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