Fiction
Trans & QIA+
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Bon weekend mademoiselle Girard ! — Chapitre 24 · L’ascenseur émotionnel
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Bon weekend mademoiselle Girard !
Chapitre 24 · L’ascenseur émotionnel
- Faut que je te sorte toi ! Fais-moi confiance, je t'emmène dans un endroit que je connais, dans un club gay.
- Une boîte gay ? Je lui dis en écarquillant les yeux.
- Oui, tu verras, c'est safe et très ambiancé.
Je ne m'attendais pas à ça, moi qui finalement sort plutôt rarement. Après tout, pourquoi pas ? Ça me fera du bien. Et je vais découvrir.
- Ok… Mais je repasse chez moi. Tu veux venir ? On mange chez moi et on y va après.
- D'accord. Je vais également chez moi, je récupère ma voiture et je te retrouve chez toi. Tu me donnes ton adresse ?
- Je te l'envoie par message.
Cette fois, chacune part de son côté.
Une fois rentrée chez moi, je fais un peu de rangement pour accueillir mon amie et je me demande bien comment je devrais m'habiller pour aller en boîte.
Une heure plus tard, Karine arrive et elle apporte des pâtisseries. Je remarque qu'elle s'est changée, elle a changé de jupe. Et aussi de chaussures, ceux-ci ont des talons moins hauts. Une jupe patineuse plus courte que la jupe qu'elle portait cet après-midi, et je doute qu'elle porte des bas. Je lui en fais la remarque.
- Bien sûr que si… Regarde ! Me dit-elle en soulevant le pan de sa jupe.
En effet, je vois les attaches métalliques qui maintiennent son bas sur sa cuisse.
- Comment il faut que je m'habille, moi ?
- Hey… Keep cool mademoiselle, tu ne vas pas à un mariage… Si tu as envie d'y aller en jeans pas de soucis, sinon reste comme tu es, c'est très bien.
- D'accord !
- Par contre avec un pull, tu risques d'avoir chaud.
- Tu as raison, je vais me changer.
J'ai acheté récemment une robe noire avec des motifs rouges, plus légère, qui tombe juste en dessous du genou et qui présente une fente à l'avant.
Je n'ai pas encore mise, c'est finalement l'occasion. Je garde ma lingerie. Mes bas Tan vont très bien par contre, je vais changer de chaussures. Le tout avec un petit blouson de cuir.
- Parfait !!!! Me dit Karine qui m'attendait dans mon salon.
J'en profite ensuite pour lui faire visiter mon appartement et elle me dit :
- Un vrai appart de gonzesse… Aucun doute là-dessus !
On passe la soirée à papoter, rire, à parler boulot, parler de moi, d'elle, de ses amours, de sa sœur.
Vers 22h30, on décide de partir à ce club que connaît Karine. C'est elle qui me conduit.
Je découvre un établissement dans le vieux Lyon dont l'entrée est plutôt neutre, qui donne sous un petit porche et qui oriente vers l'entrée du club. Un petit panneau annonce la couleur « club gay & lesbiennes ».
On paye nos entrées, nous déposons sacs et blousons au vestiaire, puis nous nous dirigeons vers l'espace de danse, entouré de tables et de fauteuils. Un vaste comptoir se trouve à la gauche de l'espace, où quelques serveurs et serveuses sont en activité.
Dans cette atmosphère animée, tout le monde nous considère manifestement comme un couple, d'autant plus que Karine ne manque jamais une occasion de m'appeler « ma chérie » quand elle s'adresse à moi. L'ambiance de la soirée est festive, colorée, la musique est assez forte, et au milieu de la foule, une multitude de jeunes femmes et de garçons dansent sans retenue, rient aux éclats, s'amusent, dansent, se draguent…
Karine croise plusieurs amies qu'elle connaît bien et prend le temps de me présenter à chacune d'entre elles avec beaucoup de naturel. Au fond de moi, j'appréhendais un peu ce genre de soirée, je craignais des approches trop directes, voire une drague lourde et insistante, qu'elle vienne des garçons et aussi bien sûr d'autres filles. Mais ma crainte s'est très vite dissipée, car rien de tout cela ne se produit. Tout est simple, respectueux et spontané.
La soirée s'écoule agréablement. Je me laisse emporter et je vais fréquemment rejoindre la piste de danse, j'aime bouger sur la musique, et franchement, cela fait le plus grand bien, ça me vide la tête et me change complètement les idées. Ce genre de sortie est tout nouveau pour moi, je n'ai pas du tout l'habitude de vivre des moments aussi légers et décontractés. Sans aucun doute, Karine a eu raison de m'encourager et de me pousser à venir ce soir.
Il ne fait aucun doute que mon amie connaît parfaitement les lieux. Elle me confirme d'ailleurs qu'elle vient ici de temps en temps, c'est l'endroit pour y retrouver ses amies, passer de bonnes soirées ou faire des rencontres, tout dépend de l'humeur du moment.
La nuit avance doucement, et je vais danser régulièrement notamment avec Karine.
Sur la piste de danse on peut voir des couples qui se forment puis se séparent au fil des chansons, des groupes de filles ou de garçons qui dansent entre eux en toute simplicité. On y voit aussi des jeunes femmes qui s'embrassent tendrement, tout comme des couples d'hommes qui s'enlacent et s'embrassent librement, sans se cacher.
Tout en dansant et en me laissant guider par le rythme, je me déplace peu à peu et remarque juste à mes côtés un couple formé de deux jeunes hommes. Sans même y prêter attention au départ, je tourne sur moi‑même au gré de la musique entêtante, dans un mouvement à la fois désordonné et spontané, et eux font de même.
Quand je me retrouve face à eux, je reste figée par la stupeur ; devant moi, se tient quelqu'un que je connais parfaitement.
C'est Gaël, mon ancien collègue.
Ce jeune homme qui, il y a quelque temps encore, se cherchait, doutait et n'arrivait pas à mettre de mots clairs sur sa propre sexualité. Nos regards se croisent brièvement, mais il reste entièrement concentré sur son compagnon et ne me reconnaît pas. Je suis là, juste devant lui, et Gaël ne me reconnaît pas !
Il faut dire que j'ai beaucoup changée depuis l'époque où nous travaillions ensemble, il m'avait connu alors comme un garçon à l'allure androgyne, sans traits bien affirmés, et mon apparence aujourd'hui n'a plus rien de commun avec celle‑là.
Instinctivement, je fais un pas en arrière, partagée entre deux sentiments contradictoires. Dois-je aller vers lui pour le saluer ? Ou bien est‑il préférable de le laisser tranquille, sans troubler ce moment ?
Incapable de trancher tout de suite, je quitte doucement la piste de danse pour retourner m'asseoir, et retrouve Karine. Je lui raconte brièvement ce que je viens de découvrir, encore un peu secouée par cette rencontre inattendue.
Je suis tiraillée. D'un côté, j'aimerais bien savoir ce qu'il devient, lui dire bonjour et de prendre de ses nouvelles ; d'un autre côté, je n'ai aucune envie de devoir expliquer ma propre histoire, mon propre parcours.
Si je me présente à lui, il me posera toutes les questions que je ne souhaite pas aborder ce soir.
Je reste donc à l'écart, à l'observer de loin.
Il a manifestement enfin décidé de son orientation sexuelle. Il est complètement à l'aise avec le jeune homme qui l'accompagne : ils dansent serrés, échangent des regards tendres et des baisers pleins d'amour.
En regardant leur manière d'être ensemble, on sent bien que Gaël occupe une place plus douce, plus réceptive dans leur relation. Il semble être celui que certains appellent, dans leurs propos machistes, « qui fait la femme ».
- Va-lui parler, me dit Karine, on voit bien que tu en meures d'envie.
- Non non… Il ne m'a pas reconnue, et c'est parfait ainsi. Chacun avance dans sa vie, la roue tourne pour tout le monde.
- Peut-être qu'il serait heureux de découvrir ce que tu es devenue aujourd'hui ?
- Peut-être… Je n'en suis pas certaine. Laissons les choses en l'état, c'est sûrement mieux.
Je le regarde encore un instant, il a l'air tellement épanoui et serein. Je suis sincèrement heureuse pour lui, de tout mon cœur, mais je ne ressens aucun désir de revenir sur le passé ni de rouvrir d'anciennes pages.
Il est temps pour moi de rentrer. Tandis que je laisse Gaël à son existence et à ses sentiments, je dis à Karine que je vais partir, en lui suggérant de rester s'amuser pendant que je m'en vais prendre un taxi pour rentrer.
Mais elle refuse aussitôt, hors de question de me laisser partir seule, elle tient absolument à me raccompagner.
- Non non Justine, je vais également partir et je te raccompagne chez toi.
Sur le chemin du retour, elle m'assaille de questions. Je lui raconte un peu plus en détail l'histoire avec Gaël, mais aussi celle avec Esteban, avant que je ne quitte définitivement l'entreprise. Elle écoute avec beaucoup d'intérêt, semble apprécier ce récit et finit par éclater de rire, me traitant gentiment de manipulatrice et de petite perverse.
- Je ne t'imaginais pas du tout comme ça, ajoute-t‑elle sur le ton de la plaisanterie.
- Que veux-tu ? Il fallait bien que je laisse au moins un bon souvenir derrière moi avant de partir, lui réponds‑je en riant à mon tour.
Quelques minutes plus tard, Karine me dépose devant mon immeuble. Je la remercie chaleureusement, puis je rentre directement chez moi et file me coucher, complètement épuisée par cette longue journée et toutes les émotions de la soirée.
Ce dimanche, je me réveille tard, car j'avais vraiment besoin de repos. Je prends mon temps, je flemmarde et reste allongée tranquillement en déshabillé, l'esprit libre pour repenser à tout ce qui s'est passé.
Je pense à Gaël, à cette époque pas si lointaine, et surtout à la chance incroyable que j'ai aujourd'hui, de vivre pleinement ma vie en tant que femme, d'avancer sereinement dans mon parcours de transition.
Je mesure combien j'ai de la chance d'avoir rencontré monsieur Gallardo, sans qui rien de tout cela n'aurait été possible.
Je pense aussi à cette nouvelle amitié avec Karine, qui illumine mon quotidien.
Ma vie change, elle évolue dans le bon sens, et c'est exactement ce que je souhaite, plus question de revenir en arrière, je ne veux rien conserver de ce que j'étais avant.
Pourtant, en ce moment, un autre désir me gagne. Là, j'ai envie de baiser. J'aimerais sentir la compagnie d'un homme, qu'il me prenne dans ses bras et me fasse l'amour.
J'ai envie de revoir Samuel, mais son dernier message m'a laissée perplexe, et depuis, il n'a plus donné de nouvelles. Je décide alors de retenter de le joindre.
- Allô Sam, bonjour, c'est Justine.
- Ah salut Justine.
- Comment vas-tu ?
- Ça va bien, et toi ?
- Bah bien… Je pensais à toi.
- …
- Je me disais, si tu étais libre, on pourrait se voir aujourd'hui ? Tu sais, j'ai vraiment apprécié notre rencontre dimanche dernier.
- Euhhh non, je ne suis pas trop dispo, désolé.
- Ah bon ?
Ma déception doit être perceptible dans ma voix. Il y a un silence au bout du fil, un long silence.
- Samuel ? Tu es toujours là ?
- Oui oui ! Écoute Justine, je dois être honnête avec toi… Tu es une fille top, hyper féminine…
- Mais… ?
- Je n'assume pas, je n'y parviens pas.
Un nouveau silence s'installe, pesant, au bout du fil.
- Tu n'assumes pas ? Comment ça ? Tu as honte de baiser avec une trans ?
- Oui, c'est ça… Mais ça n'a rien à voir avec toi, ce n'est pas de ta faute, c'est entièrement moi... Ça m'a vachement travaillé. J'ai adoré avec toi, franchement… Mais c'est compliqué pour moi… Je suis hétéro, tu sais… Comprends-moi !
- Te comprendre ? Et toi, arrives‑tu seulement à me comprendre ?
- Tu as raison, bien sûr… Je suis sincèrement désolé, je n'aurais pas dû aller aussi loin avec toi.
- …
- Et je t'assure, tu es une fille géniale. Le problème vient de moi, et de moi seul.
- Donc tu ne veux plus me revoir ? Tu préfères que tout s'arrête entre nous ?
- Oui, je crois que c'est mieux ainsi. Je suis désolé, Justine, mais je pense que c'est la seule solution.
Les larmes me montent immédiatement aux yeux. Décidément, un garçon me plaît et il n'assume pas d'être avec moi, d'être avec une femme trans… Comme si j'étais une anomalie, une erreur de la nature.
Je parviens à peine à bredouiller quelques mots pour lui souhaiter une bonne route, puis je mets fin à la conversation et raccroche d'un geste sec. La colère et la tristesse m'envahissent d'un coup, mon moral s'effondre complètement. Je pleure, j'ai juste envie de me rouler en boule et de ne plus voir personne.
Tous mes doutes reviennent en force : sur qui je suis, sur mon apparence, sur ma légitimité à être une femme. Je passe ainsi le reste de la journée, plongée dans une profonde déprime.
Le lendemain, lundi, j'arrive au travail d'une humeur bien maussade. Comme à mon habitude, j'apporte le café à monsieur Gallardo, qui remarque aussitôt que quelque chose ne va pas. Il me demande d'abord ce qui me tracasse, puis s'enquiert aussi du déroulement de mon premier rendez-vous à l'institut.
Je lui explique en détail comment s'est passée cette première séance, combien de consultations seront nécessaires et quel est le montant des frais à prévoir.
- Je vais prendre en charge une partie du financement, me dit‑il alors simplement.
- Non, non monsieur, je vous remercie infiniment, mais je saurai parfaitement m'en sortir seule.
- Justine, c'est moi qui vous ai encouragée à vous engager dans cette aventure, il est donc normal que je m'y implique également.
Son propos ne souffre pas la contestation. Sans insister davantage, j'accepte son aide avec gratitude. J'avais tenté d'éluder la raison de ma tristesse, mais il revient doucement à la charge :
- Alors Justine, d'où vous vient cette morosité aujourd'hui ?
Je me décide alors à tout lui raconter : cette brève histoire avec ce jeune homme, et son incapacité à assumer notre relation. Je lui décris combien cela m'a touchée, et même si Samuel n'avait pas l'intention de me blesser, comment j'ai été affecté par la brutalité de ses paroles.
Monsieur Gallardo m'écoute attentivement, me laisse vider mon sac, décharger tout ce que j'ai sur le cœur et exprimer librement ce que je ressens.
- Je comprends parfaitement la peine que vous éprouvez, Justine. Mais il faut voir les choses ainsi : ce jeune homme a eu le mérite d'être franc avec vous, et il vaut bien mieux savoir la vérité tout de suite. Votre douleur n'en serait que plus vive si cette même réalité se révélait plus tard, quand les sentiments auraient grandi davantage.
- Vous avez raison, sans aucun doute.
- Et ne vous faites pas de souci : il existe bien des hommes qui apprécient et désirent des femmes comme vous, pour ce qu'elles sont vraiment.
Je quitte son bureau, bien plus apaisée qu'à mon arrivée. Pourtant, une petite pensée me traverse l'esprit, et si sa dernière remarque ne s'adressait qu'à lui-même ? À peine ai‑je fait quelques pas qu'il me rappelle.
- Justine.
- Oui monsieur ?
- Approchez-vous donc.
Je fais demi-tour et reviens vers son bureau.
- Approchez davantage.
Quand je suis juste à sa hauteur, il passe doucement le bout de son doigt sur ma jupe pour sentir le relief de ma jarretelle.
- Merci, Justine, ajoute-t-il avec un large sourire.
Je tourne les talons pour me rendre à mon bureau. C'est étrange, mais ce petit rituel discret finit par me calmer complètement et me redonner toute ma sérénité.
Plus tard dans la journée, monsieur Gallardo m'informe qu'un consultant en informatique, venant de Paris, sera présent dans l'entreprise la semaine prochaine. Il viendra réaliser la migration complète de notre logiciel de gestion.
Ce projet était prévu depuis longtemps, bien avant même mon arrivée. On m'en avait effectivement parlé au début, mais j'avais complètement oublié ce détail ; la date d'intervention vient seulement d'être officiellement fixée.
S'il travaillera en étroite collaboration avec l'équipe du service informatique, c'est moi qui serai chargée de l'accueillir, de le guider dans les locaux et de gérer toute l'organisation pratique : réservation de ses billets de train, de sa chambre d'hôtel ainsi que des repas au cours de son séjour.
Il assurera également la formation de plusieurs salariés sur l'utilisation et la prise en main de ce nouvel outil. Moi-même, je vais suivre une formation pour maîtriser parfaitement la partie du logiciel dont j'aurai l'usage au quotidien.
- Une boîte gay ? Je lui dis en écarquillant les yeux.
- Oui, tu verras, c'est safe et très ambiancé.
Je ne m'attendais pas à ça, moi qui finalement sort plutôt rarement. Après tout, pourquoi pas ? Ça me fera du bien. Et je vais découvrir.
- Ok… Mais je repasse chez moi. Tu veux venir ? On mange chez moi et on y va après.
- D'accord. Je vais également chez moi, je récupère ma voiture et je te retrouve chez toi. Tu me donnes ton adresse ?
- Je te l'envoie par message.
Cette fois, chacune part de son côté.
Une fois rentrée chez moi, je fais un peu de rangement pour accueillir mon amie et je me demande bien comment je devrais m'habiller pour aller en boîte.
Une heure plus tard, Karine arrive et elle apporte des pâtisseries. Je remarque qu'elle s'est changée, elle a changé de jupe. Et aussi de chaussures, ceux-ci ont des talons moins hauts. Une jupe patineuse plus courte que la jupe qu'elle portait cet après-midi, et je doute qu'elle porte des bas. Je lui en fais la remarque.
- Bien sûr que si… Regarde ! Me dit-elle en soulevant le pan de sa jupe.
En effet, je vois les attaches métalliques qui maintiennent son bas sur sa cuisse.
- Comment il faut que je m'habille, moi ?
- Hey… Keep cool mademoiselle, tu ne vas pas à un mariage… Si tu as envie d'y aller en jeans pas de soucis, sinon reste comme tu es, c'est très bien.
- D'accord !
- Par contre avec un pull, tu risques d'avoir chaud.
- Tu as raison, je vais me changer.
J'ai acheté récemment une robe noire avec des motifs rouges, plus légère, qui tombe juste en dessous du genou et qui présente une fente à l'avant.
Je n'ai pas encore mise, c'est finalement l'occasion. Je garde ma lingerie. Mes bas Tan vont très bien par contre, je vais changer de chaussures. Le tout avec un petit blouson de cuir.
- Parfait !!!! Me dit Karine qui m'attendait dans mon salon.
J'en profite ensuite pour lui faire visiter mon appartement et elle me dit :
- Un vrai appart de gonzesse… Aucun doute là-dessus !
On passe la soirée à papoter, rire, à parler boulot, parler de moi, d'elle, de ses amours, de sa sœur.
Vers 22h30, on décide de partir à ce club que connaît Karine. C'est elle qui me conduit.
Je découvre un établissement dans le vieux Lyon dont l'entrée est plutôt neutre, qui donne sous un petit porche et qui oriente vers l'entrée du club. Un petit panneau annonce la couleur « club gay & lesbiennes ».
On paye nos entrées, nous déposons sacs et blousons au vestiaire, puis nous nous dirigeons vers l'espace de danse, entouré de tables et de fauteuils. Un vaste comptoir se trouve à la gauche de l'espace, où quelques serveurs et serveuses sont en activité.
Dans cette atmosphère animée, tout le monde nous considère manifestement comme un couple, d'autant plus que Karine ne manque jamais une occasion de m'appeler « ma chérie » quand elle s'adresse à moi. L'ambiance de la soirée est festive, colorée, la musique est assez forte, et au milieu de la foule, une multitude de jeunes femmes et de garçons dansent sans retenue, rient aux éclats, s'amusent, dansent, se draguent…
Karine croise plusieurs amies qu'elle connaît bien et prend le temps de me présenter à chacune d'entre elles avec beaucoup de naturel. Au fond de moi, j'appréhendais un peu ce genre de soirée, je craignais des approches trop directes, voire une drague lourde et insistante, qu'elle vienne des garçons et aussi bien sûr d'autres filles. Mais ma crainte s'est très vite dissipée, car rien de tout cela ne se produit. Tout est simple, respectueux et spontané.
La soirée s'écoule agréablement. Je me laisse emporter et je vais fréquemment rejoindre la piste de danse, j'aime bouger sur la musique, et franchement, cela fait le plus grand bien, ça me vide la tête et me change complètement les idées. Ce genre de sortie est tout nouveau pour moi, je n'ai pas du tout l'habitude de vivre des moments aussi légers et décontractés. Sans aucun doute, Karine a eu raison de m'encourager et de me pousser à venir ce soir.
Il ne fait aucun doute que mon amie connaît parfaitement les lieux. Elle me confirme d'ailleurs qu'elle vient ici de temps en temps, c'est l'endroit pour y retrouver ses amies, passer de bonnes soirées ou faire des rencontres, tout dépend de l'humeur du moment.
La nuit avance doucement, et je vais danser régulièrement notamment avec Karine.
Sur la piste de danse on peut voir des couples qui se forment puis se séparent au fil des chansons, des groupes de filles ou de garçons qui dansent entre eux en toute simplicité. On y voit aussi des jeunes femmes qui s'embrassent tendrement, tout comme des couples d'hommes qui s'enlacent et s'embrassent librement, sans se cacher.
Tout en dansant et en me laissant guider par le rythme, je me déplace peu à peu et remarque juste à mes côtés un couple formé de deux jeunes hommes. Sans même y prêter attention au départ, je tourne sur moi‑même au gré de la musique entêtante, dans un mouvement à la fois désordonné et spontané, et eux font de même.
Quand je me retrouve face à eux, je reste figée par la stupeur ; devant moi, se tient quelqu'un que je connais parfaitement.
C'est Gaël, mon ancien collègue.
Ce jeune homme qui, il y a quelque temps encore, se cherchait, doutait et n'arrivait pas à mettre de mots clairs sur sa propre sexualité. Nos regards se croisent brièvement, mais il reste entièrement concentré sur son compagnon et ne me reconnaît pas. Je suis là, juste devant lui, et Gaël ne me reconnaît pas !
Il faut dire que j'ai beaucoup changée depuis l'époque où nous travaillions ensemble, il m'avait connu alors comme un garçon à l'allure androgyne, sans traits bien affirmés, et mon apparence aujourd'hui n'a plus rien de commun avec celle‑là.
Instinctivement, je fais un pas en arrière, partagée entre deux sentiments contradictoires. Dois-je aller vers lui pour le saluer ? Ou bien est‑il préférable de le laisser tranquille, sans troubler ce moment ?
Incapable de trancher tout de suite, je quitte doucement la piste de danse pour retourner m'asseoir, et retrouve Karine. Je lui raconte brièvement ce que je viens de découvrir, encore un peu secouée par cette rencontre inattendue.
Je suis tiraillée. D'un côté, j'aimerais bien savoir ce qu'il devient, lui dire bonjour et de prendre de ses nouvelles ; d'un autre côté, je n'ai aucune envie de devoir expliquer ma propre histoire, mon propre parcours.
Si je me présente à lui, il me posera toutes les questions que je ne souhaite pas aborder ce soir.
Je reste donc à l'écart, à l'observer de loin.
Il a manifestement enfin décidé de son orientation sexuelle. Il est complètement à l'aise avec le jeune homme qui l'accompagne : ils dansent serrés, échangent des regards tendres et des baisers pleins d'amour.
En regardant leur manière d'être ensemble, on sent bien que Gaël occupe une place plus douce, plus réceptive dans leur relation. Il semble être celui que certains appellent, dans leurs propos machistes, « qui fait la femme ».
- Va-lui parler, me dit Karine, on voit bien que tu en meures d'envie.
- Non non… Il ne m'a pas reconnue, et c'est parfait ainsi. Chacun avance dans sa vie, la roue tourne pour tout le monde.
- Peut-être qu'il serait heureux de découvrir ce que tu es devenue aujourd'hui ?
- Peut-être… Je n'en suis pas certaine. Laissons les choses en l'état, c'est sûrement mieux.
Je le regarde encore un instant, il a l'air tellement épanoui et serein. Je suis sincèrement heureuse pour lui, de tout mon cœur, mais je ne ressens aucun désir de revenir sur le passé ni de rouvrir d'anciennes pages.
Il est temps pour moi de rentrer. Tandis que je laisse Gaël à son existence et à ses sentiments, je dis à Karine que je vais partir, en lui suggérant de rester s'amuser pendant que je m'en vais prendre un taxi pour rentrer.
Mais elle refuse aussitôt, hors de question de me laisser partir seule, elle tient absolument à me raccompagner.
- Non non Justine, je vais également partir et je te raccompagne chez toi.
Sur le chemin du retour, elle m'assaille de questions. Je lui raconte un peu plus en détail l'histoire avec Gaël, mais aussi celle avec Esteban, avant que je ne quitte définitivement l'entreprise. Elle écoute avec beaucoup d'intérêt, semble apprécier ce récit et finit par éclater de rire, me traitant gentiment de manipulatrice et de petite perverse.
- Je ne t'imaginais pas du tout comme ça, ajoute-t‑elle sur le ton de la plaisanterie.
- Que veux-tu ? Il fallait bien que je laisse au moins un bon souvenir derrière moi avant de partir, lui réponds‑je en riant à mon tour.
Quelques minutes plus tard, Karine me dépose devant mon immeuble. Je la remercie chaleureusement, puis je rentre directement chez moi et file me coucher, complètement épuisée par cette longue journée et toutes les émotions de la soirée.
Ce dimanche, je me réveille tard, car j'avais vraiment besoin de repos. Je prends mon temps, je flemmarde et reste allongée tranquillement en déshabillé, l'esprit libre pour repenser à tout ce qui s'est passé.
Je pense à Gaël, à cette époque pas si lointaine, et surtout à la chance incroyable que j'ai aujourd'hui, de vivre pleinement ma vie en tant que femme, d'avancer sereinement dans mon parcours de transition.
Je mesure combien j'ai de la chance d'avoir rencontré monsieur Gallardo, sans qui rien de tout cela n'aurait été possible.
Je pense aussi à cette nouvelle amitié avec Karine, qui illumine mon quotidien.
Ma vie change, elle évolue dans le bon sens, et c'est exactement ce que je souhaite, plus question de revenir en arrière, je ne veux rien conserver de ce que j'étais avant.
Pourtant, en ce moment, un autre désir me gagne. Là, j'ai envie de baiser. J'aimerais sentir la compagnie d'un homme, qu'il me prenne dans ses bras et me fasse l'amour.
J'ai envie de revoir Samuel, mais son dernier message m'a laissée perplexe, et depuis, il n'a plus donné de nouvelles. Je décide alors de retenter de le joindre.
- Allô Sam, bonjour, c'est Justine.
- Ah salut Justine.
- Comment vas-tu ?
- Ça va bien, et toi ?
- Bah bien… Je pensais à toi.
- …
- Je me disais, si tu étais libre, on pourrait se voir aujourd'hui ? Tu sais, j'ai vraiment apprécié notre rencontre dimanche dernier.
- Euhhh non, je ne suis pas trop dispo, désolé.
- Ah bon ?
Ma déception doit être perceptible dans ma voix. Il y a un silence au bout du fil, un long silence.
- Samuel ? Tu es toujours là ?
- Oui oui ! Écoute Justine, je dois être honnête avec toi… Tu es une fille top, hyper féminine…
- Mais… ?
- Je n'assume pas, je n'y parviens pas.
Un nouveau silence s'installe, pesant, au bout du fil.
- Tu n'assumes pas ? Comment ça ? Tu as honte de baiser avec une trans ?
- Oui, c'est ça… Mais ça n'a rien à voir avec toi, ce n'est pas de ta faute, c'est entièrement moi... Ça m'a vachement travaillé. J'ai adoré avec toi, franchement… Mais c'est compliqué pour moi… Je suis hétéro, tu sais… Comprends-moi !
- Te comprendre ? Et toi, arrives‑tu seulement à me comprendre ?
- Tu as raison, bien sûr… Je suis sincèrement désolé, je n'aurais pas dû aller aussi loin avec toi.
- …
- Et je t'assure, tu es une fille géniale. Le problème vient de moi, et de moi seul.
- Donc tu ne veux plus me revoir ? Tu préfères que tout s'arrête entre nous ?
- Oui, je crois que c'est mieux ainsi. Je suis désolé, Justine, mais je pense que c'est la seule solution.
Les larmes me montent immédiatement aux yeux. Décidément, un garçon me plaît et il n'assume pas d'être avec moi, d'être avec une femme trans… Comme si j'étais une anomalie, une erreur de la nature.
Je parviens à peine à bredouiller quelques mots pour lui souhaiter une bonne route, puis je mets fin à la conversation et raccroche d'un geste sec. La colère et la tristesse m'envahissent d'un coup, mon moral s'effondre complètement. Je pleure, j'ai juste envie de me rouler en boule et de ne plus voir personne.
Tous mes doutes reviennent en force : sur qui je suis, sur mon apparence, sur ma légitimité à être une femme. Je passe ainsi le reste de la journée, plongée dans une profonde déprime.
Le lendemain, lundi, j'arrive au travail d'une humeur bien maussade. Comme à mon habitude, j'apporte le café à monsieur Gallardo, qui remarque aussitôt que quelque chose ne va pas. Il me demande d'abord ce qui me tracasse, puis s'enquiert aussi du déroulement de mon premier rendez-vous à l'institut.
Je lui explique en détail comment s'est passée cette première séance, combien de consultations seront nécessaires et quel est le montant des frais à prévoir.
- Je vais prendre en charge une partie du financement, me dit‑il alors simplement.
- Non, non monsieur, je vous remercie infiniment, mais je saurai parfaitement m'en sortir seule.
- Justine, c'est moi qui vous ai encouragée à vous engager dans cette aventure, il est donc normal que je m'y implique également.
Son propos ne souffre pas la contestation. Sans insister davantage, j'accepte son aide avec gratitude. J'avais tenté d'éluder la raison de ma tristesse, mais il revient doucement à la charge :
- Alors Justine, d'où vous vient cette morosité aujourd'hui ?
Je me décide alors à tout lui raconter : cette brève histoire avec ce jeune homme, et son incapacité à assumer notre relation. Je lui décris combien cela m'a touchée, et même si Samuel n'avait pas l'intention de me blesser, comment j'ai été affecté par la brutalité de ses paroles.
Monsieur Gallardo m'écoute attentivement, me laisse vider mon sac, décharger tout ce que j'ai sur le cœur et exprimer librement ce que je ressens.
- Je comprends parfaitement la peine que vous éprouvez, Justine. Mais il faut voir les choses ainsi : ce jeune homme a eu le mérite d'être franc avec vous, et il vaut bien mieux savoir la vérité tout de suite. Votre douleur n'en serait que plus vive si cette même réalité se révélait plus tard, quand les sentiments auraient grandi davantage.
- Vous avez raison, sans aucun doute.
- Et ne vous faites pas de souci : il existe bien des hommes qui apprécient et désirent des femmes comme vous, pour ce qu'elles sont vraiment.
Je quitte son bureau, bien plus apaisée qu'à mon arrivée. Pourtant, une petite pensée me traverse l'esprit, et si sa dernière remarque ne s'adressait qu'à lui-même ? À peine ai‑je fait quelques pas qu'il me rappelle.
- Justine.
- Oui monsieur ?
- Approchez-vous donc.
Je fais demi-tour et reviens vers son bureau.
- Approchez davantage.
Quand je suis juste à sa hauteur, il passe doucement le bout de son doigt sur ma jupe pour sentir le relief de ma jarretelle.
- Merci, Justine, ajoute-t-il avec un large sourire.
Je tourne les talons pour me rendre à mon bureau. C'est étrange, mais ce petit rituel discret finit par me calmer complètement et me redonner toute ma sérénité.
Plus tard dans la journée, monsieur Gallardo m'informe qu'un consultant en informatique, venant de Paris, sera présent dans l'entreprise la semaine prochaine. Il viendra réaliser la migration complète de notre logiciel de gestion.
Ce projet était prévu depuis longtemps, bien avant même mon arrivée. On m'en avait effectivement parlé au début, mais j'avais complètement oublié ce détail ; la date d'intervention vient seulement d'être officiellement fixée.
S'il travaillera en étroite collaboration avec l'équipe du service informatique, c'est moi qui serai chargée de l'accueillir, de le guider dans les locaux et de gérer toute l'organisation pratique : réservation de ses billets de train, de sa chambre d'hôtel ainsi que des repas au cours de son séjour.
Il assurera également la formation de plusieurs salariés sur l'utilisation et la prise en main de ce nouvel outil. Moi-même, je vais suivre une formation pour maîtriser parfaitement la partie du logiciel dont j'aurai l'usage au quotidien.
A suivre...
Coucou tout le monde !
Ça y est, l'épisode 24 est bouclé ! J'espère qu'il vous a réservé de belles émotions et qu'il vous a plu.
N'hésitez pas à tout me dire : je lis avec attention chacune de vos remarques, elles me guident et me motivent !
Pendant ce temps, je suis déjà plongée dans l'écriture de la prochaine partie.
Je vous fais des bisous !
Justine
Coucou tout le monde !
Ça y est, l'épisode 24 est bouclé ! J'espère qu'il vous a réservé de belles émotions et qu'il vous a plu.
N'hésitez pas à tout me dire : je lis avec attention chacune de vos remarques, elles me guident et me motivent !
Pendant ce temps, je suis déjà plongée dans l'écriture de la prochaine partie.
Je vous fais des bisous !
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Commentaires ()
Je suis désolée pour le retard dans la publication de la suite. Mes engagements personnels ont restreint mon temps pour écrire et les séries de canicules consécutives m'ont épuisées. Les appartements parisiens n'ont pas été des oasis de tranquillité climatique durant ces périodes.
Je suis en vacances, dans un endroit paisible et à proximité de lieux de baignade. J'en profite pour trouver du temps afin d'écrire.
Ça progresse, ça progresse... Encore un peu de patience, mes amis, les suites ne vont pas tarder à arriver.
Gros bisous à tous
Justine
ahaahah le malin ;) attends de voir la suite.
mais on va à Lyon pour le boulot... mais on peut aussi aller ailleurs ;)
Bisous
Parfois, on va à Lyon pour le boulot (mais pas que !!)
Si on commence à croiser les... effluves 😉
Rooohhhh... 🤭
Grosse déception pour Justine, mais je pense que l'on est nombreux·ses à se dire que le consultant informatique sera peut-être l'occasion d'une belle rencontre (?)
On attend la suite avec toujours la même impatience ;-)
bises
Espérons que l'arrivée de l'informaticien qu’elle doit accueillir saura la remonter au sommet
oui le moment que Justine vient de vivre n'était pas top.
pour l'informaticien, attend un peu, tu auras peut être quelques surprises ;)
gros bisous
J'ai adoré ton histoire quelle soit réelle ou fantasmée, j'attends avec impatience la suite de la vie professionnelle et personnelle.
Merci
Justine
Ton récit est toujours très agréable à lire
J aime toute la mesure que tu mets dans tes écrits
Tout est en nuance c est très subtil , elle a beaucoup de chance ton héroïne
merci de ton gentil message.
Oui j'essaie d'écrire avec de la nuance, je trouve cela mieux que de tout déballer comme ça
C'est un peu dommage que Justine ne se soit pas faite reconnaître par Gaël ; il aurait sans doute été heureux de la revoir. Mais d'un autre côté, on peut comprendre Justine qui veut se consacrer entièrement à sa renaissance.
J'ai l'impression que le consultant informatique qui fait un déplacement de Paris à Lyon est un clin d'œil à une autre histoire ;) parue sur le site.
En tout cas, merci de continuer à nous régaler avec vos récits.
Thierry
Pour ce consultant informatique... hum hum va savoir... ;)
Mais je vois que vous lisez toutes les histoires ahahah
Ta soirée avec Karine s’est bien passée, quel dommage cette séparation avec Samuel ça t’a beaucoup marqué. Heureusement ton patron a réussi à te réconforter. Je suis comme Elebe curieux de voir comment va se passer la suite avec l’arrivée de l’informaticien de Paris. Ce chapitre comme les précédents est très bien écrit, continues comme ça dans les suivants.
Bisous
Oui le moment avec Samuel a été douloureux. Mais Justine est combative.
ahahah cet informaticien... tu en sauras plus dans les épisodes prochains ;)
bisous