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Couverture de Confessions d’une Pharmacienne, par Galaxie rouge
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Confessions d’une Pharmacienne — Chapitre 13 · L’excitation de la peur

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Galaxie rouge
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Confessions d’une Pharmacienne

Chapitre 13 · L’excitation de la peur

Note de l'auteur

Rappel du chapitre précédent
Sophie convoque Jimmy sans un mot de trop : un message, un lieu, un feu à déchaîner. Dans l'embrasure de sa porte, elle l'attend — cambrée, offerte, silencieuse. Ce soir, elle veut être prise comme un désir brut. Ce qu'il lui donne dépasse toute attente.
Fessée après fessée, elle l'attise, le provoque, jusqu'à ce qu'il la pénètre debout, violemment, sans retenue. Puis, elle le défie encore. Et il la prend à genoux, dans une levrette dévastatrice, la poussant au-delà d'elle-même. Elle jouit, broyée, consumée, hurlante.
Quand elle s'écroule, épuisée, mais rayonnante, elle murmure :

— C'était ça que j'attendais… Ce genre de fin du monde, là, entre tes mains.

Le cliquetis régulier de l'enseigne s'éteint dans un grésillement discret. Sophie approche la main de la porte vitrée, prête à la refermer. Son geste est calme, presque automatique. Et puis, soudain, quelque chose la fige.
Un éclat dans la vitre. Une silhouette. Dehors. Immobile.
Son cœur loupe un battement. Son bras retombe. Sa gorge se serre. Chaque cellule de son corps reconnaît avant même que son esprit n'ose nommer ce qu'elle voit. Michel.
Une silhouette, dehors. Figée. Immobile.
Michel.
Son cœur rate un battement. Il est là. Juste là. Un sac plastique à la main, comme s'il revenait de courses, comme s'il passait "par hasard". Trop calme. Trop droit. Trop préparé.
Elle ne tourne pas la clef. Son bras s'immobilise, suspendu dans le vide. Elle sent son cœur cogner contre sa cage thoracique comme un oiseau paniqué. Lentement, elle recule, un pas après l'autre, sans le quitter des yeux, les talons heurtant à peine le sol. Son souffle se bloque dans sa gorge, sec et douloureux. L'ancien mécanisme de peur revient en elle d'un coup, violent, mécanique, instinctif, comme un verrou intérieur qui se referme d'un claquement net. Elle sent la montée brutale d'adrénaline, la corde invisible qui se tend au creux de son ventre, prête à rompre.
Le silence de la pharmacie, brusquement, lui semble hostile. Les néons bourdonnent au-dessus d'elle. Le sol paraît trop vaste. Elle fait demi-tour, s'enfonce vers le fond, passe derrière le comptoir. Ses doigts glissent dans la poche de sa blouse, attrapent son téléphone.
Ses doigts tremblent. Elle panique. Une chaleur monte en elle, mais ce n'est pas celle, douce et complice, qu'elle partage avec Jimmy. C'est une chaleur étouffante qui l'enferme, la fait suffoquer. Là, elle sait. Il ne vient pas pour discuter. Il ne vient pas pour un café. Elle le lit dans ses yeux, embués, troubles. Quelque chose de mauvais s'avance.
Et alors, au bord du gouffre, elle pense à Jimmy. À son sourire, sa gentillesse, le premier jour. À ses bras qui l'ont entourée sans jamais l'enfermer. Elle sourit, et les larmes viennent. Pas de peur, mais de gratitude. Elle est heureuse d'avoir connu ça, au moins une fois. Ce bonheur-là. Ce sentiment d'être précieuse.
Elle ferme les yeux. Et dans le tumulte de son cœur, elle l'entend. Jimmy. Sa voix. Qui dit : Souffle. Respire.
Alors elle le fait. Tant bien que mal. Ses doigts trouvent l'écran. Ils glissent, hésitent. Elle tape. Elle sait que s'il lit ce message, il viendra en courant. Et cette certitude lui fait un bien fou au cœur.
— Il est là. J'ai peur.
Elle lève à nouveau les yeux. Michel avance. Lentement. Comme s'il était chez lui.
Elle a la peur au ventre, une peur dense, sourde, presque nauséeuse. Mais elle ne baisse pas les yeux. Elle essaie d'appuyer son regard, de le maintenir, même si ses jambes tremblent. Elle pense fort à Jimmy. À sa façon d'entrer dans une pièce avec calme. À sa force tranquille. À son regard droit.
Lui, il aurait fait ça. Il aurait soutenu le regard. Il ne se serait pas laissé dominer.
Alors elle se redresse d'un rien. Elle veut qu'il soit fier d'elle. Fier de savoir qu'elle n'a pas cédé, qu'elle n'a pas baissé la tête. Pas cette fois.
Et cette pensée lui donne une lueur. Une force. Comme une main invisible posée entre ses omoplates pour l'empêcher de flancher.
Son cœur cogne dans sa poitrine, brutalement. Une sueur froide perle entre ses omoplates. Ses jambes deviennent molles, comme si le sol sous elle s'était mis à trembler. Chaque pas de Michel résonne dans sa tête comme une menace sourde. Elle sent son estomac se nouer, ses mains devenir moites. Elle ne sait plus si elle respire. L'air semble trop dense, trop épais, comme si elle étouffait sous un poids invisible.
La porte se referme derrière lui dans un claquement sourd. Et soudain, elle a l'impression d'être seule au monde. Comme si l'univers avait rétréci jusqu'à ce bureau, ce sol, cette peur.
Dans sa poitrine, son cœur cogne à lui briser les côtes. Elle sent l'air manquer. Elle se dit qu'elle va peut-être mourir ici, maintenant. Et dans ce vertige, une seule pensée surgit : Jimmy.
Elle veut le voir. Une dernière fois. Juste un regard. Avant de perdre son dernier souffle.
La sonnette de la porte retentit. Ce ding banal devient un coup de glas.
— Bonsoir, dit-il d'un ton calme. Je peux te parler deux minutes ?
Il s'avance d'un pas, son regard déjà dur, trouble. Puis, en la scrutant, son sourire se tord, glisse dans la moquerie.
— Depuis quand tu ne baisses plus les yeux devant moi, hein ? Petite insolente… Tu veux jouer les grandes ? Je vais te mater.
Elle sent la peur qui monte, acide, mais elle tient. Sa gorge est nouée. Aucun mot ne sort. Pourtant, au fond d'elle, une voix se lève. Une voix intérieure, calme, ferme, presque douce : Je ne peux plus baisser les yeux. Pas depuis que Jimmy m'a donné la force de me sentir entière. Vivante.
Elle ne parle pas. Mais elle redresse le menton. Par respect pour Jimmy. Pour elle. Et dans un dernier effort, elle recule d'un pas. La tête haute.
Elle reste immobile. Un mouvement d'instinct la fait reculer encore, jusqu'au mur du fond. Il continue d'avancer.
— Juste… deux minutes, Sophie. Je n'ai pas eu l'occasion de te dire certaines choses. Et maintenant, j'ai plus le choix. Tu comprends ? Je dois te corriger. Tu as été vilaine.
Sa voix est basse, faussement douce, un venin glissé sous le velours. Il avance encore d'un pas. Le ton paternaliste dissimule à peine la menace. Comme s'il lui rendait service. Comme si elle le méritait.
Sophie ne répond pas. Mais en elle, une certitude se lève. Non. Il ne corrigera rien. Il ne cassera plus jamais ce qu'elle a commencé à reconstruire. Jimmy l'a regardée comme une femme debout. Et depuis, elle ne peut plus courber l'échine sans se trahir.
Alors, elle recule. D'un pas ferme. Le menton haut.
Elle pense fort à Jimmy. Il faut qu'elle gagne du temps. Qu'elle tienne encore un peu. Elle hoche la tête, trop vite, le cœur au bord des lèvres.
— Oui… d'accord… j'ai été vilaine. Tu as raison… je mérite une correction.
Sa voix est basse, étranglée. Elle sent l'acide de la peur lui brûler la langue. Mais elle joue. Elle improvise. Elle supplie Jimmy en silence, S'il te plaît. Viens. Viens maintenant
— Mais pas ici… pas dans le bureau, ajoute-t-elle dans un souffle. S'il te plaît… pas ici.
Elle tente de le calmer, de gagner quelques précieuses secondes. Au fond d'elle, une prière silencieuse bat avec son cœur affolé, Jimmy… S'il te plaît.
— D'accord… dans le bureau.
Elle se dirige vers la porte du bureau. L'ouvre. Il la suit. Elle entre. Et, dans un réflexe absurde, verrouille la porte.
Pourquoi elle fait ça ? Pour se protéger ? Pour se convaincre qu'elle contrôle encore la situation ?
Mais il est déjà là, derrière elle.
Il pose sa main sur son épaule. Elle sursaute, le cœur au bord des lèvres. Sa peau se contracte sous le contact, comme brûlée par une mémoire trop vive. Elle voudrait crier, mais sa gorge est sèche. Elle se force à rester droite, à ne pas flancher, mais tout son corps hurle intérieurement.
— Tu sais que ce n'est pas de ma faute, hein ? C'est toi qui me pousses à bout. C'est toi qui changes. Alors, fais les choses bien, et demande-moi de te corriger.
La nausée lui monte à la gorge. Ces mots, elle ne pourra pas les dire. Les prononcer, ce serait trahir Jimmy. Ce serait renoncer à tout ce qu'il a reconstruit en elle. Elle pense fort à lui, à ses bras, à ses mains douces sur sa peau, à ses lèvres chaudes. Des larmes silencieuses roulent sur ses joues. Elle voudrait sentir sa présence là, tout de suite, maintenant.
Elle souffle, comme une femme en travail. Une respiration hachée, maîtrisée, désespérée. Elle sait qu'elle va dérouiller. Alors elle se prépare. Comme elle peut. Avec tout ce qu'il lui reste.
Elle sent l'odeur familière et haïe de son parfum, qu'il a toujours portée, et qui la dégoûte aujourd'hui. Ses mains remontent doucement le long de ses bras, et elle frissonne, non de désir, mais de terreur contenue.
— Tu as changé, murmure-t-il. C'est dommage. Avant, tu étais douce.
Elle serre les mâchoires. Ses jambes veulent fuir, mais elle reste ancrée.
— Michel, tu n'as plus de droit sur moi.
Elle le dit d'une voix basse, mais ferme, presque grondante, comme un fil de résistance au bord de la rupture. Elle sent ses jambes vaciller, mais puise dans cette colère sourde qui a grandi en elle depuis des mois. Elle pense toutes les fois où elle s'est tue, où elle a courbé l'échine, où elle a fait semblant.
Mais surtout, elle pense à Jimmy. À son sourire franc, celui qui l'a regardée comme une femme, entière, vivante. Elle le revoit, ce sourire, et c'est comme une étincelle dans l'obscurité. Ce soir, elle refuse. Elle ne veut plus subir. Sa peur devient brasier. Elle s'enracine. Elle ne reculera pas.
Elle le fixe, les yeux brillants, les mâchoires crispées. Elle ne clignera pas. Elle ne lui fera pas ce cadeau.
Il sourit. Faux. Son regard fouille. Il glisse une main sur son flanc, puis descend jusqu'à sa hanche, la serre comme pour la tirer vers lui, comme s'il avait encore ce droit. L'autre main se pose sur son sein, il l'attrape, le malaxe par-dessus le chemisier.
Elle sent son souffle, cette proximité imposée, cette main qui prétend la posséder encore. Elle vacille, mais elle pense à Jimmy. À ses bras. À sa voix qui dit "tu es à toi". Et soudain, dans son esprit, le souvenir de son sourire s'impose. Ce sourire-là. Celui qui lui a redonné le droit d'exister.
Et c'est ce sourire qui lui donne la force. La force de ne pas flancher. De ne pas reculer. De repousser le bras de Michel d'un geste sec, franc, net. Comme on claque une porte. Comme on dit non à tout un passé.
Il fige. Ses yeux changent. Sa mâchoire se contracte. La colère monte, brutale.
— Comment tu oses me repousser… après tout ce que je t'ai appris ? Tu n'étais rien sans moi. C'est moi qui t'ai faite. C'est moi qui t'ai donné une forme, un sens. Tu n'étais qu'une coquille vide. Docile, obéissante. Et regarde-toi maintenant.
Ridicule. Déguisée en femme libre. Tu crois que tu peux m'échapper avec ton petit air digne ? Tu n'es qu'une erreur que je vais corriger.
Il tremble. Il a perdu le contrôle. Plus de calme, plus de façade. Il ne comprend pas. Cette femme-là, ce regard-là, ce n'est plus celle qu'il dominait autrefois. Elle n'est plus la même. Et ça le rend fou. Alors il tire, brutalement. Un bouton saute, roule au sol. Il halète. Sa poitrine se soulève sous le tissu tendu, non de désir, mais de terreur. L'adrénaline la traverse. Mais au fond, elle tient encore. Debout. Pour lui prouver qu'il n'a plus ce pouvoir.
Et soudain, la porte d'entrée s'ouvre violemment, faisant vibrer les murs. Le carillon tinte avec un éclat métallique, presque strident. Et puis, un cri fend l'air, puissant, chargé d'une colère nue.
— SOPHIEEEE !
C'est Jimmy. Sa voix claque comme un coup de tonnerre. Ce cri n'est pas une question. C'est une déclaration. Je suis là. J'espère que tu n'as rien.
Puis tout s'enchaîne.
La porte du bureau vole en éclats, le verrou cède et traverse la pièce dans un bruit sourd. Jimmy surgit, déjà prêt. Les yeux noirs, le souffle court, chaque muscle prêt à rompre. Et cette fois, plus rien ne le retiendra.
Jimmy entre.
Il entre comme un guerrier lancé au combat. Pas un mot. Pas une hésitation. Il a vu, compris, décidé. Son regard est tranchant comme une lame, son corps prêt à tout. Ce n'est plus un homme, c'est une force en marche. Et selon ce qu'il trouvera, ce sera un carnage.
Il ne parle pas. Il ne demande pas. Il agit.
Ses yeux balayent la scène en une fraction de seconde : Sophie, les cheveux en désordre, le chemisier déchiré, les épaules contractées, les larmes au bord des yeux. Michel, trop proche, trop sûr de lui.
Mais ce que voit Sophie, elle, c'est son regard. Ce n'est plus le regard de l'homme tendre qui la serre contre lui dans le lit. C'est un regard noir.
Elle n'a jamais vu Jimmy comme ça. Il a basculé. Passé en mode combat.
Chaque muscle de son corps est tendu. Sa mâchoire est serrée. Ses narines frémissent.
Et alors, comme un éclair, Sophie se jette dans ses bras. Elle court, sans réfléchir, emportée par l'instinct. Elle le touche, le sent, et d'un coup le monde reprend forme. Ses bras autour d'elle sont la seule réponse dont elle avait besoin.
Et sa voix tombe, glaciale, tranchante :
— Tu sors.
Michel recule d'un pas. Pour la première fois, il semble perdre pied. Il tente de parler, de justifier, mais le regard de Jimmy l'écrase. En une fraction de seconde, il comprend qu'il n'a aucune chance face à cet homme. Rien à gagner. Tout à perdre. Ce regard-là, cette posture, cette colère froide : c'est le genre de mec qu'il faut fuir. Trop dangereux. Trop sûr. Trop prêt. Alors, sans demander son reste, la peur lui grimpe dans le ventre.
Et il pense juste à sortir vivant de là.
Jimmy ne le laisse pas filer. Il le saisit par le col, sans ménagement, et le tire en arrière avec une force sèche, précise. Michel proteste à demi, tente de se dégager, mais Jimmy ne lui laisse aucune chance.
Et puis, en une fraction de seconde, Jimmy tourne légèrement la tête vers Sophie. Sa voix change, redevient douce, tendre, presque irréelle dans le chaos :
— Tu vas bien, chérie ?
Sophie n'en revient pas. Comment peut-il, en quelques secondes, passer de cette colère prête à tout détruire à cette attention pure, limpide, entièrement tournée vers elle ? Il pourrait tuer pour la protéger. Et maintenant, il ne regarde plus qu'elle.
Elle comprend que sa réponse va décider du sort de Michel. Mais en voyant la peur sur le visage de ce dernier, cette peur qu'elle aurait tant de fois voulu voir, elle sait que c'est suffisant.
Alors elle lui offre un sourire lumineux, les larmes encore accrochées aux cils, et répond d'une voix douce :
— Non… tout va bien maintenant.
— Bouge, ordonne-t-il.
Il approche sa bouche de son visage, lentement, son souffle encore chaud d'adrénaline. Et soudain, il pousse un cri. Un cri guttural, animal, lancé tout près de son oreille, comme pour expulser la rage contenue, marquer le territoire, effacer l'ombre de Michel à jamais.
Puis il le relâche.
— Tu peux la remercier, lui dit-il froidement. Elle vient de te sauver la vie.
Il lui ouvre la porte d'un geste sec, le pousse dehors sans un regard.
— Allez. Bouge. Il le pousse devant lui, traverse la pharmacie à grandes enjambées, sans un mot de plus. Sophie entend les talons de Michel racler le sol. Jimmy ouvre la porte vitrée d'un geste brutal, le pousse dehors.
— Tu ne remets plus jamais les pieds ici. C'était ta dernière apparition. La prochaine fois, il n'y aura pas de sommation.
Le ton est glacial. Sans appel.
Michel reste figé une seconde, hébété. Puis son regard croise à nouveau celui de Jimmy. Il pâlit. Et il part en courant, trébuchant presque sur le trottoir.
Jimmy referme lentement la porte. Tourne la clef.
Le silence revient. Chargé. Vibrant.
Jimmy reste dos à la porte un instant, son souffle lourd, ses épaules encore tendues. Il ferme les yeux, inspire profondément, souffle lentement, comme un guerrier qui range son arme. Puis il se redresse, fait demi-tour et revient vers le bureau. Vers elle.
Elle est restée figée là, dans le bureau. Ses bras pendants. Son chemisier entrouvert laisse deviner sa poitrine haletante. Ses joues sont rouges, ses yeux encore embués. Mais dans ce regard, il y a plus que la peur : il y a un appel. Un cri silencieux. Un besoin urgent.
Et pourtant, un autre cri la hante encore. Celui que Jimmy a poussé en entrant. Un cri venu des tripes, brutal, animal. Ce cri l'a traversée comme une onde. Il est entré en elle, l'a portée, redressée, réveillée. Ce cri, elle ne l'oubliera jamais. Elle s'est sentie protégée, entourée d'un bouclier invisible. Et au cœur de cette tempête, elle sait : rien ne pourra plus l'éteindre tant qu'il sera là.
Leurs regards s'aimantent.
Il avance, lentement. Il est grand, massif, impressionnant. Elle fait vingt centimètres de moins. Et pourtant, elle ne recule pas. Pas devant cette montagne d'homme qui s'approche d'elle, pas ce soir. Au contraire. Elle avance d'un souffle, comme attirée. Comme portée. Elle sait qu'elle est en sécurité maintenant. Elle le sent. Et elle le veut tout entier contre elle.
Quand il arrive devant elle, il ne dit rien. Il pose ses mains sur ses hanches, la regarde droit dans les yeux. Il voit les marques invisibles de l'angoisse, les vestiges encore brûlants de la peur, et cette faille grande ouverte qui ne demande qu'à être comblée, refermée, protégée. Il perçoit en elle la tension d'un fil tendu, prêt à céder, et dans le creux de son regard, cette lueur fragile, mais invincible : celle d'une femme qui s'est tenue debout, seule, et qui maintenant, le choisit, lui, pour l'accueillir.
— Il t'a touchée ?
Elle hoche la tête. Une seule fois. Sa lèvre tremble. Et dans sa tête, une phrase tourne en boucle, comme un souffle lancé au cœur : Tu m'as donné la force, Jimmy. Tu étais avec moi tout le long. Et même si c'était la fin… j'aurais pensé à toi.
Elle lève les yeux vers lui, les larmes encore suspendues à ses cils. Dans un souffle presque inaudible, elle murmure :
— Tu étais là, Jimmy.
Alors il l'embrasse. Brusquement. Profondément. Pas un baiser tendre. Un baiser de possession. Un baiser qui dit : je suis là, maintenant.
Elle gémit contre sa bouche, un son rauque, chargé d'un mélange de détresse et de désir. Ses bras s'agrippent à lui comme à une bouée, ses doigts se crispent sur ses omoplates, cherchant un ancrage, une preuve qu'il est bien là. Sa peau frémit à chaque contact, chaque friction de ses vêtements contre les siens. Elle sent la chaleur de son torse, la force de ses mains, la tension de son corps qui lutte encore pour se contenir.
Elle veut tout effacer. Elle veut brûler. Elle veut sentir son corps repris, repris par la vie, repris par l'amour, repris par lui. Et à travers ce feu qui monte dans son ventre, elle sent une vague plus large encore : celle du vertige, du besoin absolu d'exister à nouveau. Elle veut qu'il la marque, qu'il l'ancre, qu'il fasse exploser cette tension qui la consume. Elle veut que sa peau se souvienne, pas de la peur, mais de lui.
— Efface-le, souffle-t-elle, d'une voix presque brisée, mais tendue de désir. Efface ses mains. Pose les tiennes. Prends-moi. Fort… fais-moi sentir que je suis à toi, vivante, réelle, brûlante.
Ses mots vibrent entre eux comme une incantation. Ils tremblent, mais ils ordonnent. Sa peau est en feu, tendue d'attente, chaque frisson la traverse comme une onde affamée. Elle sent son souffle se suspendre, son ventre se contracter de plus en plus fort, son cœur battre jusqu'au creux de ses cuisses. Elle est offerte, mais farouche. Blessée, mais ardente. Et ce qu'elle veut là, maintenant, c'est qu'il imprime sur elle une nouvelle mémoire, au rythme de leurs corps.
Il la soulève dans un élan brutal et brûlant, la fait asseoir sur le bord du bureau sans même lui laisser le temps de respirer. Le bois froid contre l'arrière de ses cuisses la fait frissonner, mais c'est la chaleur de ses mains, fermes, possessives, qui la dévore.
Sa main glisse sous sa jupe, lente, assurée. Le tissu remonte le long de ses cuisses, dévoile sa peau tendue de désir. Elle n'a plus de résistance, plus de barrière : tout en elle est ouvert, offert, vibrant. Quand ses doigts effleurent l'intérieur de ses cuisses, elle se cambre légèrement, un gémissement s'échappe malgré elle.
Elle écarte les jambes sans réfléchir, comme une réponse instinctive, un appel silencieux. Elle l'accueille. Elle le veut là, tout de suite. Il agrippe sa culotte, tire d'un coup sec. Le tissu cède dans un bruit déchirant qui résonne comme un déclic. Elle halète. Elle est nue, vulnérable, mais forte de cette nudité-là. Forte de lui.
— Baise-moi jusqu'à ce qu'il n'existe plus… jusqu'à ce que plus rien d'autre que toi ne puisse marquer ma peau, mon ventre, mon âme.
Sa voix n'est plus qu'un souffle chargé de feu. Chaque mot est une imploration brûlante, une prière charnelle. Elle le regarde dans les yeux, les pupilles dilatées, les lèvres entrouvertes. Son ventre est un brasier, sa peau, une mer de frissons tendus. Elle sent ses cuisses humides, ouvertes, impatientes. Son cœur bat dans son sexe. Et dans ce chaos d'émotions, elle veut que Jimmy imprime sur elle quelque chose d'inoubliable, de sauvage, de vital. Elle veut disparaître dans lui, redevenir elle-même à travers lui, dans cette fusion animale, totale, irréversible.
Alors il obéit. Il s'aligne à elle, la regarde une dernière fois comme pour lui demander la permission sans mots. Puis, dans un soupir rauque, il s'enfonce en elle d'un coup lent, profond, brut.
Elle arque le dos sous l'impact, un cri lui échappe, mi-souffle, mi-jouissance. C'est un cri arraché à sa gorge, né d'un choc viscéral entre le passé qu'elle repousse et le présent qu'elle embrasse.
Son corps l'accueille avec avidité, avec urgence. Elle sent tout : la chaleur qui monte en elle, la brûlure délicieuse de leur friction, le bureau qui vibre sous les à-coups de leurs corps. Il la prend avec une rage contenue, une douceur brutale, une possession pleine d'amour. Chaque coup de reins fait éclater la tension en elle, la déchire, la reconstruit, la lave.
Elle le veut encore, plus fort, plus profond, comme s'il pouvait imprimer son empreinte à l'intérieur d'elle. Et il le sent. Alors il se donne, tout entier, la maintient par les hanches, l'ancre à lui.
Et elle crie. Pas de peur. Pas de douleur. Elle crie parce qu'elle vit. Parce qu'enfin, elle sent à nouveau son corps lui appartenir. Un cri qui fuse, qui déchire l'air. Un cri de feu. Un cri de vie.
Il la tient fermement, la pénètre avec toute la tension qu'il n'a pas pu dire, toute la rage qu'il n'a pas criée. Chaque va-et-vient est une reprise de territoire. Le bois du bureau grince, leurs souffles se heurtent. Il la regarde, haletante, ses yeux brillants, ses mains accrochées aux bords comme à la réalité.
Elle sent son bassin se tendre, chaque muscle en alerte, chaque fibre comme électrisée. Le plaisir monte en elle comme une vague irrépressible, gonflée d'un feu ancien, d'une urgence neuve. Trop vite. Trop fort. Ses cuisses frémissent, sa poitrine se soulève dans des soupirs haletants. La tension est partout dans son ventre, entre ses jambes, dans sa gorge serrée par l'émotion.
Le contraste est vertigineux : la peur d'avant, encore présente sous sa peau, se transforme en chaleur vivante, en sensation brûlante qui l'envahit. Ce n'est plus de la terreur, c'est de la fièvre. C'est lui. C'est Jimmy. Et ce feu-là, elle l'embrasse à pleine bouche, à pleine chair.
Elle gémit son prénom encore et encore, comme une incantation, un appel à ne surtout pas s'arrêter :
— Jimmy… encore… serre-moi… fort…
Il s'enfonce en elle jusqu'à la racine, puissamment, jusqu'à ce qu'elle sente chaque centimètre la combler, la remplir, l'ancrer. Un gémissement rauque naît au fond de sa gorge. Sa main glisse dans son dos, remonte le long de sa colonne vertébrale comme une caresse brûlante, puis s'enroule dans sa nuque, la tenant fermement, comme pour lui rappeler qu'elle est là, qu'elle est à lui, qu'il ne la lâchera plus.
Leurs souffles se mêlent, courts, saccadés, et pourtant chargés d'une tension lente, dévorante. Puis il l'embrasse. Pas comme avant. Pas pour calmer. Mais pour allumer. Sa bouche cherche la sienne, l'engloutit dans un baiser profond, dévorant, un baiser qui fait trembler ses reins et chavirer son ventre. Elle sent les vagues se resserrer en elle, chaque poussée déclenchant une onde plus large, plus intense. Elle s'accroche à ses épaules, le dos cambré, offerte à la brûlure douce de leur fusion.
Et soudain, la vague la submerge. Elle jouit. Ce n'est pas un simple spasme, c'est une déferlante, une onde ravageuse qui part du plus profond d'elle, la traverse toute, l'éclate. Ses muscles se contractent violemment autour de lui, comme pour le retenir, le sceller à elle. Son dos se cambre, sa tête bascule en arrière, un cri rauque, presque animal, s'échappe de sa gorge. Ses ongles griffent ses épaules, ses jambes l'enserrent avec une force incontrôlée.
Son ventre brûle, ses reins se tendent, tout son être pulse à l'unisson. Chaque pulsation est une délivrance, un relâchement de ce qu'elle a contenu trop longtemps. Elle gémit son prénom, haletante, noyée dans cette explosion de plaisir qui chasse la peur, la douleur, le passé. Elle se vide de tout. Et se remplit de lui.
Jimmy ne tient plus. Il la sent se refermer sur lui, l'engloutir, le réclamer avec une telle force qu'il en perd le souffle. Son plaisir monte d'un coup, brutal, irrésistible, comme une vague de feu qui part de ses reins et embrase tout son être. Il pousse un râle rauque, profond, presque sauvage, et s'abandonne en elle, enfoncé au plus intime, au plus chaud, jusqu'à ne plus savoir où il commence ni où elle finit.
Son corps tout entier se tend, se tend encore, puis lâche prise dans une explosion viscérale, animale, un frisson qui traverse ses muscles jusqu'à la moelle. Ses bras tremblent autour d'elle, son bassin pulse contre le sien, chaque battement chargé de désir et de délivrance. Il enfouit son visage contre sa tempe, haletant, comme s'il venait de franchir une frontière invisible entre le monde et elle. Entre le danger et la paix. Entre le chaos et leur peau.
Ils restent là, enlacés, encore haletants, leurs souffles s'échappant en vagues chaudes qui caressent leurs peaux nues. Leurs corps tremblent encore de l'intensité partagée, de l'onde de plaisir qui continue de pulser en eux.
Elle ferme les yeux. Sa main glisse lentement sur le torse de Jimmy, humide de sueur et vibrant sous ses doigts. Elle sent son cœur battre comme un tambour, puissant, irrégulier, vivant. Elle caresse ce rythme-là, celui de l'homme qui l'a prise, protégée, réveillée.
Sous ses paumes, sa chaleur s'enracine en elle. Chaque pulsation semble encore s'imprimer dans son bas-ventre, dans ses cuisses contractées, dans la chair encore ouverte et saturée de lui. Elle frissonne, mais ce n'est plus de peur. C'est d'abandon. De gratitude charnelle.
Il la serre contre lui, fort, comme s'il voulait la garder là, tout contre son souffle, tout contre sa peau, pour ne plus jamais la laisser tomber.
Alors elle murmure, dans un souffle, sans ouvrir les yeux :
— Tu n'étais pas en retard… Tu es arrivé au moment exact où j'avais besoin d'être à toi.
Un bruit sourd retentit soudain contre la porte vitrée de la pharmacie.
Ils sursautent. Une voix féminine s'élève, inquiète, avec insistance dans le ton :
— Sophie ?! Tu es encore là ? Pourquoi c'est fermé ?!
C'est la sœur de Sophie. Elles devaient boire un verre ensemble après le travail. Le rendez-vous était simple, léger, comme une parenthèse. Mais en arrivant devant la pharmacie, elle voit la porte close, la lumière encore allumée à l'intérieur, et tout son corps se tend. Une intuition. Un froid dans la poitrine.
Elle s'approche. Frappe doucement une première fois, presque poliment, espérant une explication banale.
— Sophie ?! Tu es encore là ? Pourquoi c'est fermé ?!
Rien. Pas un bruit. Son cœur accélère. Elle frappe plus fort, la paume à plat sur la vitre.
— Sophie ! Ouvre ! Tu es là ?
Toujours rien. Alors la panique surgit, brutale, saisissante. Elle colle son visage contre la vitre, son souffle embue aussitôt le verre froid. Son regard tente de percer l'intérieur faiblement éclairé, de distinguer ce qui se cache derrière ce silence inhabituel. Elle plisse les yeux, croit apercevoir un mouvement, une ombre qui glisse, un éclat de lumière vacillant… quelque chose. Ou quelqu'un.
Un frisson glacé remonte le long de sa nuque. Son cœur tambourine. Elle s'imagine le pire. Un corps au sol. Un homme debout. Le passé revenu. Elle sent l'adrénaline, lui griffer le ventre.
Son poing frappe de nouveau, plus fort. Une angoisse sourde monte dans sa poitrine, l'étouffe presque.
Elle recule d'un pas, serre les dents, le visage pâle, les yeux pleins de larmes. Elle est prête à hurler.
Son cri fend la nuit. Elle ne plaisante pas. Sa gorge se serre, son souffle devient court. Et au fond d'elle, tout vacille. Son cœur tambourine contre ses côtes, sa peau est moite, glacée. Elle imagine le pire : Sophie, allongée au sol, blessée, incapable de répondre. Ou pire encore. Une silhouette qui rôde, le mal qui s'est invité à nouveau.
La panique la dévore de l'intérieur. Elle est dévastée. Prisonnière de ces images qu'elle ne peut plus contenir, elle sent déjà les larmes lui monter aux yeux, brûlantes. Elle tambourine contre la vitre, la voix brisée. Elle ne veut pas perdre sa sœur. Pas elle.
— Sophie ! Ouvre !
Un silence. Puis une explosion de panique :
— SOPHIE ! Je vais appeler la police !
Sophie se redresse d'un coup, attrape ses vêtements. Elle chuchote à Jimmy, haletante :
— Va lui ouvrir… vite.
Jimmy remonte son pantalon à moitié, traverse la pharmacie et déverrouille la porte. Valérie entre en courant, affolée, le souffle court, les yeux déjà pleins de larmes. Elle s'arrête net devant le bureau dont la porte est défoncée, pendante sur un gond tordu. Un instant, tout s'arrête.
Ses yeux s'écarquillent. Elle voit Sophie, le chemisier entrouvert, les cheveux défaits, rouge encore d'émotion, les joues marquées, le souffle saccadé. Une odeur de sueur, de peur et de sexe flotte encore dans l'air confiné du lieu.
Et là, d'un coup, tout s'impose à elle. L'évidence brutale. Elle avait raison. Ce salaud est revenu. Il a osé.
Elle sent ses jambes se dérober. Son estomac se tord. Elle ne voit pas Jimmy. Elle ne voit que sa sœur, abîmée, les vêtements en désordre, les yeux humides. Elle ne comprend pas encore, mais elle sent la violence. La brutalité du moment. Et ça la fracasse.
Elle reste figée, puis fond en larmes.
— Il… il… il t'a…
Elle ne finit pas sa phrase. Dans sa tête, c'est Michel. Il est là, dans ce bureau, encore. Il l'a touchée, il a osé. Elle le revoit, comme un cauchemar revenu. Elle l'imagine forçant, imposant, blessant. Et c'est une certitude brutale qui l'écrase. Il a agressé sa sœur. Le salaud a recommencé. Elle en a la nausée, le cœur au bord des lèvres, le sang glacé. Elle croit avoir compris, et c'est insupportable.
Sophie s'avance, le cœur battant, et la prend dans ses bras avec une urgence tremblante. Ses mains s'agrippent à ses épaules comme pour l'ancrer, la retenir, la rassurer. Elle la serre fort, plus fort que jamais, comme si ce simple geste pouvait effacer l'horreur devinée, le mal supposé.
— Non, c'est fini… Je vais bien. Il ne m'a rien fait. Jimmy est arrivé à temps.
Elle la serre fort, longtemps, le front posé contre son épaule. Son souffle est court, saccadé. Puis elle lève lentement les yeux, croise le regard de Jimmy. Quelque chose en elle cède. Ses larmes redoublent. Elle voit en lui non seulement celui qui a protégé sa sœur, mais l'homme qu'elle aurait voulu voir surgir plus tôt.
Alors, comme poussée par un réflexe primitif, elle s'approche de lui. Et dans un élan brut, presque désespéré, elle se jette dans ses bras, avec la force de toutes ses colères rentrées, de tous ses silences de trop.
— Pourquoi tu ne l'as pas tué ? Pourquoi tu ne l'as pas tué ?
Jimmy lui caresse doucement le dos, apaisant.
— Il n'est pas près de revenir. Je pense qu'il s'est littéralement fait dessus.
Un petit rire nerveux fuse entre les larmes, fragile, mais libérateur. Puis tous trois se regardent, encore secoués, mais liés désormais par ce qu'ils viennent de traverser. D'un même élan silencieux, comme un réflexe de survie, ils se mettent à rassembler les vêtements éparpillés, les papiers au sol, les traces du chaos. Jimmy ramasse un bouton arraché, le glisse dans la paume de Sophie sans rien dire. Valérie passe un mouchoir sur le sol, essuie une larme en même temps. Ils rangent. Ils referment. Ils verrouillent.
La pharmacie retrouve peu à peu son calme. Mais en eux, rien n'est vraiment comme avant.
Mais la tension ne retombe pas tout de suite. Une fois dans le petit bar du coin, à deux rues de la pharmacie, ils s'installent tous les trois dans un coin discret. Valérie tremble encore, ses mains serrées autour de son verre sans y toucher. Jimmy reste silencieux, en retrait, comme s'il ne voulait pas troubler le moment.
Sophie s'approche de sa sœur, lui prend les mains.
— C'est fini, je te le promets. Il ne me touchera plus jamais.
Sa sœur hoche la tête sans parler, puis la prend dans ses bras, longtemps. Entre deux sanglots, elle murmure :
— J'ai cru que je t'avais perdue…
— Moi aussi, répond doucement Sophie. Mais je suis là. Grâce à lui.
Elle tourne la tête vers Jimmy. Il la regarde sans rien dire. Et dans ce regard, il y a tout. Le feu. La peur. L'amour. L'après.
Alors elle se lève, traverse le mètre qui les sépare, et s'assoit sur ses genoux. Elle l'embrasse. Lentement. Profondément. Sans honte.
— J'avais besoin que tu sois là. Tu l'as été. Jusqu'au bout.
La sœur les regarde, un sourire tendre dans les larmes. Et cette nuit-là, autour de ce verre, les trois âmes meurtries réapprennent, à leurs petits gestes, à respirer.
Et parfois, entre deux éclats de voix, deux silences apaisés, Sophie se tourne vers Jimmy… et l'embrasse. Encore. Et encore.
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Chapitre 14 · La solitude mouillée
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