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Couverture de Ma voisine de dessous, par z.d.black06
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Réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Ma voisine de dessous — Chapitre 16 · La femme de ma vie.

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z.d.black06
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Ma voisine de dessous

Chapitre 16 · La femme de ma vie.

Après le départ d'Asma, je restai longtemps seul dans mon appartement.
La clé USB qu'elle m'avait laissée était encore posée devant moi. Je la regardais sans oser la brancher une nouvelle fois. Pourtant, je savais déjà ce qu'elle contenait. Des images d'une enfant que j'avais vue grandir de loin sans jamais savoir qu'elle était la mienne.
Amel.
Ce prénom résonnait encore dans ma tête. Et, sans vraiment comprendre pourquoi, mes pensées me ramenèrent plusieurs années en arrière.
En 2010.
À cette époque, je pensais simplement vivre une nouvelle étape de ma vie. J'avais un travail, quelques projets et encore beaucoup de choses à découvrir. Je ne pouvais pas imaginer que cette année allait marquer le début de plusieurs histoires qui allaient me suivre pendant des années.
Ce que j'ignorais surtout, c'était qu'en 2010, j'allais faire la connaissance de deux femmes qui allaient, chacune à leur manière, bouleverser mon existence.
L'une allait devenir le secret le plus lourd de ma vie.
L'autre allait devenir, onze ans plus tard, ma femme. La femme avec laquelle j'allais partager le reste de mes jours, celle qui allait me donner un fils, cette fois par les liens sacrés du mariage.
Mais, je ne savais rien de tout cela.
Je ne savais pas que certains moments, qui semblaient insignifiants lorsqu'on les vivait, pouvaient changer toute une existence. Et parmi tous les souvenirs de cette année-là, il y en avait un qui revenait avec une précision troublante.
Le matin du 7 octobre 2010.
Il était six heures lorsque quelqu'un sonna à ma porte.
J'étais encore endormi lorsque je me levai. Je n'imaginais pas qui pouvait venir à une heure pareille.
Lorsque j'ouvris la porte, Asma se tenait devant moi.
À ce moment-là, je ne savais pas que cette matinée allait me poursuivre pendant toute ma vie.
Asma était en pleurs ce jour-là. Elle était profondément triste, comme humiliée par la vie que son mari lui imposait. Elle ne voulait plus continuer ainsi, dans cette existence dictée par les désirs de Nadir.
Il voulait la voir avec d'autres hommes, la partager selon ses propres fantasmes. C'était sa manière à lui de prendre du plaisir. Mais Asma en avait assez de cette vie. Elle avait pris une décision : tout arrêter et redevenir simplement la femme d'un seul homme.
Malgré tout, elle voulait encore que nous nous revoyions. Mais nous savions tous les deux qu'il était devenu impossible de continuer ainsi. Nous étions restés enlacés devant l'entrée du vieil appartement de mes parents, comme si aucun de nous ne voulait vraiment mettre un terme à cet instant.
Puis, sans même vraiment le contrôler, nos lèvres se retrouvèrent, comme elles en avaient si souvent l'habitude. Nous nous embrassâmes avec fougue, emportés par le désir et par la conscience que cet instant pouvait être l'un de nos derniers.
Peu à peu, nous nous dirigeâmes vers la chambre, laissant derrière nous nos dernières hésitations.
Asma se jeta contre moi. Ses larmes avaient laissé place à une urgence presque désespérée. Elle m'embrassait avec une intensité que je ne lui avais jamais connue. Ses mains tiraient sur mes vêtements, les miens sur les siens. En quelques instants, nous étions nus sur le lit.
Ce matin-là, elle se lâcha vraiment.
D'habitude, elle aimait me sucer, parfois jusqu'à me vider entièrement dans sa bouche. Mais elle n'eut pas cette patience. Elle me poussa sur le dos, s'installa à califourchon sur moi, guida mon érection d'une main et s'empala d'un seul mouvement. Elle était chaude, trempée, et elle gémit longuement en m'enfonçant jusqu'au fond.
Je la regardais prendre son plaisir. Cette belle femme, « la Suédoise », comme on l'appelait à l'université. J'étais jaloux de son mari. Je me disais qu'il ne la méritait pas, qu'elle aurait dû être avec moi. Un petit espoir persistait encore en moi.
Je la saisis par la taille. Ses seins balançaient à chaque mouvement, une vision qui me donnait encore plus d'énergie pour la posséder plus fort. D'un geste, je la renversai sur le dos et redoublai d'intensité. Je sentais la vague de plaisir monter en moi. Les gémissements d'Asma résonnaient dans toute la maison pendant que je la pilonnais, en la regardant droit dans les yeux. Elle me renvoyait un regard doux, presque abandonné.
Je restai en elle après avoir joui, en l'embrassant et en bougeant encore lentement. À peine avais-je fini que son regard, ses paroles tendres et ses baisers m'excitèrent de nouveau. Je durcis immédiatement.
Dans cette chambre, nous étions sur un autre nuage. Asma gémissait sans retenue, me suppliait, me disait qu'elle voulait tout sentir. Elle jouit en se contractant violemment autour de moi, puis une deuxième fois peu après. Son corps tremblait, ses cuisses s'accrochaient à mes hanches, et elle ne cessait de répéter mon prénom.
Je la pris longtemps. Nous changeâmes plusieurs fois de position. Elle se remit à califourchon sur moi et se laissa aller complètement, se servant de mon sexe avec une avidité presque animale. Ses seins rebondissaient devant mon visage, et je les pris dans ma bouche pendant qu'elle me chevauchait encore.
Quand je sentis le plaisir monter une deuxième fois, je fermai les yeux et me déversai profondément en elle, encore une fois.
Nous restâmes longtemps ainsi, mon sperme coulant lentement entre ses cuisses. Elle respirait fort, le front collé au mien, un sourire fatigué et apaisé sur les lèvres.
Ce matin-là, nous avions baisé jusqu'à ce qu'il soit presque trop tard pour aller travailler.
Mais je ne savais pas, à ce moment-là, que c'était ses journées de fertilité. Elle, elle le savait. Mais elle me l'avait caché.
Et là, j'appris toute la vérité.
Je commençai par appeler Katia pour lui annoncer la nouvelle. À l'autre bout du fil, elle resta silencieuse pendant plusieurs secondes. Elle qui avait toujours quelque chose à dire ne trouvait plus ses mots.
Puis elle s'en voulut.
— J'aurais dû chercher davantage au début, me dit-elle. J'aurais dû poser plus de questions à Asma sur sa grossesse. Peut-être qu'on aurait compris plus tôt.
Je tentai de la rassurer. Ce qui était fait était fait.
Le soir même, je me rendis chez Djamel et Souhila. Je leur racontai tout.
À peine eus-je terminé que Souhila se mit à pleurer.
Elle savait depuis des années que cette idée me hantait. Elle savait combien de fois je m'étais demandé si elle pouvait être ma fille.
Cette fois, ce n'était plus une supposition. C'était une certitude.
Elle pleurait parce que je venais de découvrir que j'avais une fille sans pouvoir réellement prendre sa place dans sa vie.
Je les rassurai.
— Ça va. Je vais m'y habituer. Il faut simplement que j'apprenne à vivre avec cette nouvelle réalité : savoir que j'ai un enfant quelque part.
Djamel, Souhila et Katia partageaient pourtant le même avis.
Il fallait rester calme, ne rien précipiter, ne pas bouleverser la vie d'Amel, et surtout, ne pas briser une famille.
Je savais qu'ils avaient raison.
Pour l'instant, je devais simplement accepter cette vérité et apprendre à vivre avec elle, mais une chose avait cependant changé pour toujours : désormais, je savais qu'Amel était ma fille.
Le premier dimanche suivant, Sofia revint.
J'avais passé plusieurs jours enfermé dans mes pensées et, lorsqu'elle arriva, elle remarqua immédiatement que quelque chose n'allait pas. Je n'étais pas vraiment présent. Je répondais à ses questions sans réellement les écouter. Elle me regardait comme si elle attendait que je parle, comme si elle sentait que quelque chose me pesait.
Finalement, je pris mon courage à deux mains.
— Sofia, il faut que je te dise quelque chose.
Elle me regarda avec inquiétude.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Je pris une longue inspiration.
— Ce que je vais te dire est beaucoup plus compliqué que tu ne l'imagines.
Alors, je lui racontai tout. Depuis le début. Ma rencontre avec Nadir et Asma, cette première soirée, celles qui avaient suivi, les moments que nous avions vécus ensemble, ma matinée avec Asma, le désir de Nadir de partager encore davantage sa femme, puis notre dispute. Et enfin, cette visite récente d'Asma.
Sofia ne m'interrompit presque pas. Elle resta silencieuse pendant que je lui racontais cette partie de ma vie que j'avais gardée pour moi pendant tant d'années.
Puis je prononçai le prénom d'Amel.
À cet instant, son visage changea.
Je lui expliquai qu'Asma m'avait confirmé la vérité : Amel était ma fille. Une enfant qui vivait avec une autre famille et qui ne savait même pas qui j'étais.
Sofia resta silencieuse pendant un long moment. Je poursuivis malgré tout. Je lui expliquai que j'avais commis beaucoup d'erreurs dans ma vie, que j'avais souvent vécu sans réfléchir aux conséquences de mes actes. J'avais longtemps cru que le temps finirait par effacer certaines choses. Mais cette fillette m'avait fait comprendre qu'il n'en était rien. Certaines erreurs ne disparaissent jamais complètement ; elles continuent simplement à vivre avec nous.
Je regardai Sofia. Elle ne disait toujours rien. Je compris qu'elle avait besoin de temps pour assimiler tout ce que je venais de lui révéler. Alors je me levai et la laissai seule digérer cette nouvelle. Je comprenais son silence. Je lui avais balancé une terrible révélation et je savais qu'il lui faudrait du temps pour tout classer et mettre de l'ordre dans sa tête.
Dix minutes plus tard, elle me rejoignit sur le balcon. Je sentis son étreinte derrière moi. Elle avait compris que c'étaient des fautes du passé, et j'étais heureux à cet instant, sachant qu'elle restait avec moi malgré tout cela.
Durant les mois qui suivirent, notre relation continua. Et, malgré les difficultés, elle devint même plus solide. Mais à cette époque, je ne savais pas encore que, de son côté, elle gardait elle aussi un secret.
Nous sortions ensemble, passions du temps l'un avec l'autre et commencions à avoir nos habitudes. Je m'étais attaché à elle beaucoup plus que je ne l'avais imaginé. Pourtant, quelque chose revenait régulièrement entre nous : Asma.
De temps en temps, elle m'envoyait un message ou une photo d'Amel sans que je lui demande. Sofia comprenait mon besoin, en tant que père biologique, d'avoir des nouvelles d'Amel. Mais elle remarqua que je passais beaucoup de temps à regarder mon téléphone.
Elle ne m'en voulait pas de vouloir savoir comment Amel grandissait. Elle ne me reprochait pas non plus de regarder les photos qu'Asma m'envoyait. Ce qui la dérangeait, c'était Asma elle-même.
Recevoir une photo de temps à autre ne la dérangeait pas, mais chaque jour devenait trop pour elle. Et le fait de répondre aux messages d'Asma l'agaçait encore plus.
Un soir, elle finit par me dire :
— Juba, pourquoi est-ce qu'elle continue à te contacter ?
— Pour me donner des nouvelles d'Amel.
— Je sais… mais pourquoi aussi souvent ?
Je ne répondis pas immédiatement. Sofia poursuivit :
— Tu ne crois pas qu'elle espère autre chose ?
Je tentai de la rassurer. Je lui expliquai qu'Asma était mariée, qu'elle avait sa propre vie et que je n'avais aucune intention de revenir vers elle.
— Il n'y aura jamais rien entre nous, Sofia.
Elle finissait généralement par se calmer. Mais sa jalousie ne disparaissait jamais complètement. Elle revenait quelques jours plus tard, parfois pour un simple message, parfois pour une photo. Et chaque fois, nous avions la même discussion.
Sofia ne voulait pas m'empêcher d'avoir des nouvelles d'Amel. Elle voulait seulement que je limite mes contacts avec Asma. Mais je ne faisais rien. Même si Souhila m'avait clairement expliqué que je pouvais rester en contact pour avoir des nouvelles tout en limitant les échanges avec Asma, afin de préserver mon couple, je ne l'écoutais pas. Alors les disputes se multiplièrent.
Elles étaient parfois insignifiantes et se terminaient rapidement. D'autres fois, elles nous laissaient silencieux pendant des heures. Pourtant, nous finissions toujours par nous retrouver.
Mais, malgré cette solidité, il y avait toujours des choses qu'elle me cachait.
Au fil de l'année, alors même que notre relation connaissait des hauts et des bas à cause de nos disputes concernant Asma, Sofia avait commencé à préparer son avenir. Elle avait entrepris, avec Lydia, des démarches auprès de Campus France. Elle avait réfléchi à ses études, à son départ et à la possibilité de poursuivre sa vie en France. Je n'en savais rien.
Pourtant, malgré toutes ces démarches qu'elle accomplissait de son côté, elle continuait à vivre notre relation avec moi. Il y avait donc bien des sentiments entre nous. Mais aussi des secrets. Et peut-être que ce secret était la porte de sortie que nous gardions ouverte sans oser nous l'avouer.
Les mois passèrent ainsi. Je continuais à essayer de rassurer Sofia. Elle continuait à me demander de couper tout contact avec Asma. J'avais beau lui répéter qu'elle n'était pas une femme que je cherchais à retrouver, Sofia voyait toujours en elle une menace.
Puis vint le moment où ses demandes devinrent plus fermes. Elle me demanda clairement de choisir entre notre couple et mon contact avec Asma.
Je restai incapable de lui donner la réponse qu'elle attendait. Non pas parce que je ne l'aimais pas. Mais parce que je savais que je ne pouvais pas abandonner le seul lien qui me permettait d'avoir des nouvelles d'Amel.
Notre relation finit par s'épuiser.
En mai 2018, nous nous séparâmes. Ce fut une véritable déchirure pour moi. Je n'acceptais pas cette fin. Je tentai de la récupérer. Je lui parlai, je lui demandai de nous donner une autre chance. Je voulais croire qu'avec le temps, nous finirions par trouver un équilibre.
C'est alors qu'elle me révéla ce qu'elle m'avait caché pendant tous ces mois. Elle avait fait des démarches pour poursuivre ses études en France. Et elle avait été acceptée.
Je restai complètement détruit. Je compris soudain qu'elle avait déjà préparé une autre vie. Pendant que je me battais pour sauver notre couple, elle avait déjà commencé à construire une porte de sortie. Et cette nouvelle acheva quelque chose en moi.
Je cessai alors de me battre. Peut-être parce que je compris que notre histoire était réellement terminée. Peut-être aussi parce que, quelque part dans mon esprit, une autre image venait de refaire surface.
Sonia. Mon premier mariage.
Même si je me battais pour notre couple, un jour elle me demanderait de partir la suivre en Europe. À cet instant, je cessai de me battre et j'acceptai tout simplement notre séparation.
J'avais connu l'amour, la solitude, les erreurs, les secrets et les séparations. Et, une fois encore, je me retrouvais seul.
Après mon histoire avec Sofia, le silence de mon appartement me parut plus lourd que jamais. Cette séparation fut une véritable déchirure. Je pensais avoir enfin trouvé quelqu'un avec qui construire mon avenir. Mais, une fois de plus, la vie m'avait rappelé que les sentiments ne suffisaient pas toujours à retenir deux personnes ensemble.
Après Sofia, je restai longtemps seul.
Heureusement, mes amis étaient toujours là. Ils avaient traversé tellement de périodes de ma vie qu'ils étaient devenus bien plus que de simples amis. Mais malgré leur présence, certaines questions ne pouvaient être partagées avec personne.
Le temps passait. Et plus le temps passait, plus Amel grandissait. Plus mon envie de me rapprocher d'elle devenait difficile à contrôler.
Je pensais souvent à Sofia. À ses peurs. À ses accusations. Et je devais reconnaître une chose : elle avait peut-être eu raison.
Un jour, je pourrais vouloir me rapprocher d'Asma et d'Amel. Pas pour récupérer Asma ni reconstruire une histoire avec elle, mais parce qu'Amel était ma fille. Et parce qu'il devenait de plus en plus difficile d'accepter de rester simplement un inconnu dans sa vie.
Mes amis étaient souvent les seuls capables de calmer mes impulsions. Ils me rappelaient que chaque décision pouvait avoir des conséquences. Qu'Amel avait déjà une famille et qu'elle était heureuse. Et que mon désir de devenir son père ne devait pas détruire son enfance.
Alors j'attendais. Et je restais patient.
Puis arriva l'année 2020, une période particulière de ma vie.
À la télévision, on commençait à parler d'un virus apparu à l'autre bout du monde. Au début, personne ne savait vraiment ce qui allait arriver. Puis les informations devinrent de plus en plus inquiétantes. On parlait de contaminations, de morts et d'une pandémie qui semblait progressivement échapper à tout contrôle.
À cette époque, je n'étais pas particulièrement heureux. Depuis ma séparation avec Sofia, la solitude avait pris une place importante dans ma vie. Il m'arrivait, dans mes moments les plus sombres, de me demander ce que je faisais encore là. Je n'avais pas réellement envie de mourir, mais je ne savais simplement plus très bien ce que j'attendais de la vie.
Puis, un vendredi après-midi au début du mois de mars, quelque chose changea.
Je descendais de mon appartement lorsque je pris l'ascenseur. À peine avait-il commencé à descendre qu'il s'arrêta à l'étage inférieur. Les portes s'ouvrirent.
Un grand homme se tenait devant moi, accompagné d'une petite fille.
Je les saluai.
— Désolé, ma fille arrive, me dit-il.
La petite, impatiente, se retourna vers le couloir.
— Allez maman, viens !
Je souris et appuyai sur le bouton pour maintenir les portes ouvertes.
— Prenez votre temps.
Quelques secondes plus tard, j'entendis des pas rapides. Une femme apparut dans le couloir et entra dans l'ascenseur. Je baissai machinalement les yeux vers le sol. Puis j'entendis une voix.
— Juba ?
Je relevai la tête.
Je restai un instant sans réaction.
— Sabrina ?
C'était elle. Une ancienne collègue que je n'avais pas revue depuis des années.
Elle me sourit, visiblement aussi surprise que moi. Elle me présenta son père et sa fille, puis nous commençâmes à discuter pendant la descente, puis dans le parking.
Son père me posa plusieurs questions sur la cité, les voisins et la résidence. Sabrina m'apprit alors qu'elle avait acheté un appartement juste au-dessous du mien et qu'elle comptait bientôt venir s'y installer.
Notre conversation ne dura que quelques minutes. Puis elle monta dans la voiture de son père et s'éloigna.
Je la regardai partir. Et, curieusement, je ressentis une profonde insatisfaction. J'aurais voulu la retenir. Continuer à parler avec elle, lui poser d'autres questions, savoir ce qu'elle était devenue, ce qu'elle faisait, comment avait évolué sa vie. Et surtout, sans vraiment me l'avouer, j'aurais voulu lui proposer de nous revoir.
L'idée me traversa même l'esprit. Mais je ne dis rien. Je restai là à la regarder s'éloigner, avec cette étrange impression que notre rencontre avait été beaucoup trop courte.
En quelques minutes seulement, quelque chose avait basculé dans ma tête. Je pensais à Sabrina plus que je ne l'aurais imaginé. Je voulais en savoir davantage sur elle. Je voulais savoir si elle était libre. Et, quelque part, je voulais savoir s'il pouvait y avoir une place pour moi dans sa vie.
Peut-être était-ce simplement la solitude. Après toutes ces années, j'avais peut-être tellement été habitué à être seul que la réapparition d'une femme qui m'attirait avait suffi à réveiller en moi des envies que je croyais éteintes.
Cet après-midi-là, je retrouvai Djamel. Sans même vraiment réfléchir, je commençai à lui poser des questions sur l'appartement du dessous. Qui en était propriétaire ? Sabrina l'avait-elle acheté seule ? Avait-elle constitué son dossier en tant que célibataire ou en couple ?
Djamel finit par rire devant mon insistance.
— Mais qu'est-ce que tu cherches exactement ?
Je haussai les épaules.
— Rien. Je suis simplement curieux.
Il me regarda quelques secondes, visiblement peu convaincu. Puis, devant mon insistance, il finit par passer au bureau afin de vérifier le dossier de l'acquéreur.
Lorsqu'il revint, il me confirma que l'appartement était bien au nom de Sabrina. Puis il me montra un acte de naissance indiquant qu'elle était toujours mariée.
À l'époque où nous étions collègues, elle avait déjà des difficultés dans son couple. Elle soupçonnait son mari, et ce dernier, je l'avais même surpris au bras de mon ancienne patronne.
Ma déception fut immédiate. Je tentai de ne rien laisser paraître, mais Djamel le remarqua. Il me regarda avec amusement.
— Tu espérais quoi en vérifiant son dossier ?
Je ne répondis pas. La vérité, c'est que, depuis que je l'avais revue dans cet ascenseur, mon esprit était parti beaucoup plus loin que je ne voulais l'admettre. En quelques minutes, j'avais déjà imaginé la revoir, sortir avec elle, peut-être même découvrir ce qu'une histoire entre nous aurait pu donner.
C'était irrationnel. Je la connaissais à peine après toutes ces années. Et pourtant, son apparition avait suffi à réveiller quelque chose en moi.
Maintenant, je savais qu'elle était toujours mariée. Je laissai tomber le sujet.
Du moins, je le croyais.
Parce que quatre jours plus tard, en rentrant du travail, je passai devant les boîtes aux lettres de l'immeuble. Je m'arrêtai quelques secondes. Je trouvais ces boîtes particulièrement mal conçues. Il n'y avait même pas de petite ouverture permettant de voir si du courrier se trouvait à l'intérieur.
J'allais monter dans l'ascenseur lorsque je fis demi-tour. Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi. J'ouvris ma boîte aux lettres, et pourtant je n'attendais presque jamais de courrier, hormis quelques factures d'électricité ou d'eau.
Et dedans, il y avait une petite carte de visite. Je la pris entre mes doigts. C'était la carte d'une société d'assurance. Je la retournai. Au dos, un numéro de téléphone avait été inscrit à la main. Et juste en dessous, un prénom.
Un seul mot.
Sabrina.
Mon cœur se mit immédiatement à battre un peu plus vite. Je restai quelques secondes à regarder cette carte. Je venais à peine de la revoir après plusieurs années. Et voilà que, quatre jours plus tard, son numéro se trouvait entre mes mains.
Je souris. Je savais pourquoi elle m'avait laissé son numéro. Elle voulait qu'on se revoie. C'était la seule raison que je trouvais. Je ne voyais pas d'autre explication.
Je ne perdis donc pas de temps. Je composai son numéro et l'appelai directement.
— Tu as enfin décidé de m'appeler, me répondit-elle.
Elle connaissait mon numéro, mais elle n'avait pas voulu m'appeler elle-même. Elle avait simplement laissé le sien, me donnant ainsi le choix de l'appeler ou non.
Mon cœur se mit à battre plus fort. Mon esprit partit dans tous les sens. Elle pensait comme moi. Elle aussi voulait me revoir. Elle espérait peut-être, elle aussi, qu'il puisse y avoir quelque chose entre nous.
Pourtant, je n'étais pas stressé. Au contraire, je me sentais très à l'aise avec elle. La conversation s'installa rapidement, comme si toutes ces années de séparation n'avaient jamais vraiment existé.
Nous parlâmes d'abord du travail. Elle m'annonça qu'elle travaillait désormais avec son père, dans une agence d'assurance qu'il dirigeait, après avoir quitté la société où je l'avais connue. Puis nous parlâmes du voisinage. Et, naturellement, la conversation finit par glisser vers nos vies respectives.
C'est alors qu'elle me lança soudain :
— Au fait, je suis divorcée depuis 2011.
Je ressentis intérieurement un véritable soulagement.
— Tu sais quoi ? La tradition voudrait que je te dise que je suis désolé… mais, sincèrement, je suis ravi d'apprendre que tu es célibataire.
Elle éclata immédiatement de rire.
Après quelques taquineries, elle me raconta ce qui s'était passé. Son mari l'avait trompée. Je l'interrompis presque immédiatement.
— Attends… c'était avec notre ancienne patronne ?
Elle resta silencieuse quelques secondes avant de me le confirmer. Je lui racontai alors que, quelque temps après son départ, j'avais aperçu son ex-mari avec notre ancienne patronne, tous les deux très proches. Elle me révéla que cette infidélité avait justement été la raison de son départ.
— Tu sais quoi ? Je suis un homme divorcé, moi aussi, lui annonçai-je.
— Tu te fous de moi, c'est ça ?
Je lui racontai alors toute mon histoire. Elle rit et me dit à son tour qu'elle non plus n'était pas désolée pour mon divorce.
Ce soir-là, nous parlâmes pendant près de quatre heures. Je ne vis pas le temps passer. Les seules interruptions venaient lorsqu'elle échangeait quelques mots avec sa fille et ses parents. Même à ces moment-là, je pouvais entendre leur conversation en arrière-plan. Cela me donna une impression étrange, comme si j'étais déjà entré, ne serait-ce qu'un peu, dans son quotidien.
Lorsque nous commençâmes enfin à nous dire au revoir, je décidai de ne pas tourner autour du sujet. Je n'avais plus envie de jouer à deviner.
— Sabrina… j'aimerais bien qu'on se voie tous les deux. Qu'on sorte ensemble.
Elle me répondit simplement :
— C'est pour ça que je t'ai laissé ma carte.
Nous mîmes à rire comme des enfants.
— Mais il faudrait qu'on se voie rapidement, ajouta-t-elle.
À la télévision, les informations devenaient de plus en plus inquiétantes. Plusieurs pays européens commençaient à parler de confinement et de restrictions. Nous ne savions pas encore ce qui allait se passer chez nous. Alors nous décidâmes de ne pas attendre.
Nous nous donnâmes rendez-vous pour le lendemain, après le travail. Pour la première fois depuis longtemps, j'avais hâte que le lendemain arrive.
Le lendemain, nous nous retrouvâmes comme prévu, un jour de pluie, sur le front de mer, un endroit très prisé de la ville. Je pensais être arrivé en avance, mais lorsque j'arrivai, je la trouvai déjà là, debout sous son parapluie. Dès qu'elle m'aperçut, elle me sourit.
Je m'avançai vers elle et nous nous fîmes la bise avant de commencer à marcher côte à côte, chacun sous son parapluie, jusqu'à une petite cafétéria installée sur l'esplanade.
Étrangement, aucun de nous n'était nerveux. Nous avions déjà passé des heures au téléphone la veille. Peut-être que cela avait suffi à faire disparaître cette gêne que l'on ressent habituellement lors d'un premier rendez-vous.
Nous nous installâmes à une table. Je ne pus m'empêcher de la regarder. Elle avait changé depuis toutes ces années, mais je retrouvais toujours quelque chose de la jeune femme que j'avais connue. Sa silhouette, ses longues jambes, cette allure sportive qu'elle avait gardée depuis ses années de volley-ball.
Je souris sans même m'en rendre compte.
Elle me regarda, intriguée.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— J'avais oublié à quel point tu étais ravissante.
Elle sourit.
— J'avais même pensé mettre une robe et un décolleté pour te plaire… mais avec ce froid, j'ai renoncé.
Je souris à mon tour.
À peine installés, nous ne perdîmes pas de temps. Ce qui aurait pu être une longue discussion destinée à savoir ce que chacun attendait de l'autre sortit naturellement.
Sabrina me regarda et me dit simplement :
— Je suis tellement heureuse de te revoir.
Je lui racontai alors ce que j'avais fait après notre rencontre dans l'ascenseur. Je lui avouai que j'étais allé chercher des informations sur elle auprès de la promotion immobilière.
Elle ouvrit de grands yeux.
— Tu as vraiment fait ça ?
Je ris.
— Je ne tenais plus en place. Depuis que je t'avais revue, je pensais sans arrêt à toi.
Elle baissa légèrement les yeux avant de m'avouer qu'elle était revenue le jour même pour déposer sa carte de visite dans ma boîte aux lettres.
Nous nous regardâmes en souriant. Peut-être étions-nous simplement arrivés à un âge où nous n'avions plus envie de perdre notre temps à cacher ce que nous ressentions.
Alors nous nous dîmes simplement ce que nous voulions pour la suite. Nous voulions nous revoir. Sortir ensemble. Apprendre à nous connaître autrement.
Le temps passa à une vitesse incroyable. Nous ne nous en rendîmes compte que lorsque son téléphone sonna. C'était son père. Puis elle me fit comprendre que c'était sa fille qui lui parlait.
— Maman, tu vas bientôt rentrer ?
Sabrina lui répondit avec douceur qu'elle était avec un ami et qu'elle allait bientôt rentrer.
Lorsque nous quittâmes la cafétéria, elle rangea son parapluie et se rapprocha du mien. Nous marchâmes cette fois sous le même parapluie. Sabrina s'accrocha à mon bras.
Arrivés devant une grande vitre couverte de gouttes de pluie, nous aperçûmes à peine nos reflets. Elle me regarda et sourit.
— Regarde-nous… on est beaux ensemble.
Je souris. Elle se rapprocha encore de moi. Je ressentis simplement cette proximité, cette chaleur qui contrastait avec le froid et la pluie autour de nous.
Quelques minutes plus tard, elle monta dans sa voiture. Nous nous dîmes au revoir. Je rentrai chez moi avec un sourire que je n'arrivais pas à faire disparaître. Je repensais à notre rendez-vous, à nos rires, à cette facilité que nous avions eue à nous parler sans compliquer les choses.
Vers vingt-deux heures, je pris mon téléphone et l'appelai. Elle décrocha presque immédiatement.
— J'allais t'appeler, Juba. Tu m'as devancée.
Je ris.
— Je me suis dit que tu étais occupée avec ta fille et que je devais attendre un peu.
— Exactement. Je l'aidais à réviser et je viens de l'envoyer au lit. Maman a un nouvel homme à séduire !
Elle éclata de rire et je ne pus m'empêcher de rire avec elle.
Puis je lui rappelai notre dernière grande conversation téléphonique.
— Tu te souviens de notre dernière conversation ?
— Comment oublier ? On n'avait pratiquement pas dormi cette nuit-là !
Nous recommençâmes alors à parler. Elle me raconta sa vie durant les dix années où nous nous étions perdus de vue. Ses choix, ses erreurs, ses excès, ses histoires. Je lui racontai les miennes.
Elle fut particulièrement surprise d'apprendre mon histoire avec Katia. Puis elle éclata de rire lorsque je lui racontai mon aventure parisienne.
— Alors là… je ne m'y attendais vraiment pas !
Sabrina me raconta également certaines de ses propres expériences et les histoires qu'elle avait vécues. Nous parlions sans jugement. Après toutes ces années, nous avions cette étrange liberté de pouvoir tout nous dire.
À un moment, je lui avouai que j'avais commis des erreurs que je ne pourrais jamais réparer. Elle me répondit calmement :
— Tu peux vivre avec. Le passé appartient au passé.
Je restai silencieux quelques secondes. Puis ma langue fourcha.
— J'ai eu un enfant avec l'une de ces femmes.
Elle ne sembla pas surprise.
— Je sais.
Je restai figé.
— Comment tu le sais ?
Elle hésita un instant avant de répondre.
— La fille d'Asma.
Elle m'expliqua qu'elle avait croisé Asma quelques années auparavant. Dès qu'elle avait vu la fille, mon visage lui était revenu à l'esprit. Pour elle, c'était comme évident. Après tout ce que je lui avais raconté à l'époque sur ce couple, l'enfant ne pouvait être que de moi.
C'était étrange de découvrir qu'une personne extérieure avait peut-être compris cette vérité avant même que je puisse moi-même la confirmer.
Sabrina changea finalement de sujet et me demanda si, depuis Sofia, j'avais eu d'autres histoires. Je lui répondis que non. Deux années avaient passé sans que je cherche vraiment quelqu'un. Elle me dit que, de son côté, cela faisait également plusieurs années qu'elle n'avait plus eu de relation.
Nous nous mîmes à rire.
— Alors, il faudrait peut-être qu'on brûle quelques étapes tous les deux, lui proposai-je avec amusement.
— Peut-être bien, me répondit-elle en riant.
Puis elle ajouta :
— Tu sais, quand je t'ai revu dans l'ascenseur, j'ai d'abord repensé à notre fameuse conversation téléphonique. Et depuis, je n'arrête pas d'y penser.
Je souris.
— Tu sais ce qui est génial entre nous ? On ne perd pas notre temps à compliquer les choses.
Malheureusement, cette fois, notre conversation téléphonique ne dura pas très longtemps. Elle m'expliqua qu'elle vivait dans le même appartement que ses parents et qu'elle partageait sa chambre avec sa fille. Elle ne pouvait donc pas se permettre de parler librement au téléphone. Elle aurait aimé revivre cette fameuse conversation qui nous avait tenus éveillés toute une nuit, mais les circonstances ne le permettaient pas.
Nous nous retrouvâmes le lendemain, après le travail. Nous marchâmes collait l'un a l'autre. Nos regards se croisaient plus souvent, et le sien me semblait plus intense. Je voyais dans ses yeux quelque chose que je n'avais pas osé interpréter la veille. Du désir.
Je regardai ses grands yeux clairs, puis ses lèvres roses, et je finis par lui dire, presque spontanément :
— J'ai tellement envie de t'embrasser.
Elle me sourit.
— Moi aussi.
Nous restâmes quelques secondes à nous regarder. Mais nous étions dehors, dans un lieu public. Chez nous, s'embrasser ainsi en public était très mal vu, voire même interdit. Nous savions donc que ce moment devait attendre.
Sabrina finit par me regarder avec un sourire malicieux.
— On devrait peut-être aller chez toi.
Mon cœur se mit à battre la chamade, et je ne pus m'empêcher de sourire.
— Je ne pense qu'à ça depuis tout à l'heure.
Nous décidâmes alors de rentrer chez moi. Nous repartîmes chacun dans notre voiture, avec la même destination en tête.
Sabrina arriva la première. Elle m'appela aussitôt.
— Tu veux qu'on aille chez toi ou chez moi ?
Je souris.
— Tu as un lit chez toi ?
Elle éclata de rire.
— Non.
— Moi, j'ai un grand lit tout neuf, jamais utilisé.
— Tu dors où, alors ?
— Je veux dire… jamais utilisé pour ce que tu imagines.
Notre conversation se transforma rapidement en un jeu de provocation. La tension montait alors même que nous n'étions pas encore réunis.
Puis je finis par lui dire :
— Tu sais quoi ? Je dois passer faire une petite course rapide. Je te rejoins.
Elle répondit aussitôt :
— Si tu parles des préservatifs, j'ai tout ce qu'il faut dans mon sac.
Je souris intérieurement. Mon cœur s'emballa. Cette femme n'avait vraiment pas perdu son temps. Et, au fond, je n'étais pas différent d'elle. Nous étions tous les deux arrivés directement au but, sans chercher à cacher ce que nous voulions.
— Je vois que tu as pensé à tout.
Elle rit.
— Allez, dépêche-toi. Je suis devant ta porte. J'ai trop attendu pour ça.
Je la rejoignis quelques minutes plus tard. Lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, je l'aperçus devant ma porte, un sourire aux lèvres. Je m'arrêtai un instant. Le désir se lisait dans son regard, mais derrière cette attirance, je retrouvais surtout cette femme qui, en quelques jours seulement, était en train de prendre une place inattendue dans ma vie.
Et cette fois, je ne pensais pas à une erreur. Je pensais au bonheur. Un bonheur difficile à expliquer.
Elle me regarda approcher. Arrivé devant elle, je lui tendis la main. Cette fois, elle baissa les yeux sans rien dire. Je sortis mes clés, ouvris la porte et l'invitai à entrer.
Une fois à l'intérieur, elle jeta un regard autour d'elle. Au cours des deux dernières années, j'avais pris le temps de bien meubler et de décorer l'appartement, notamment grâce aux conseils et à l'aide de Souhila et de Katia.
Sabrina retira sa veste et l'accrocha au porte-manteau. Je ne pus m'empêcher de la regarder. Elle était grande, fine et élancée. Ses longues jambes accentuaient encore cette impression de hauteur et d'élégance. Ses yeux clairs attiraient immédiatement le regard, contrastant avec la couleur sombre de ses cheveux. Elle avait un nez fin, des lèvres bien dessinées et un sourire qui donnait à son visage une douceur particulière.
Elle se pencha pour retirer ses bottes à talons aiguilles. Je m'avançai vers elle et l'interrompis doucement. Je pris sa main. Elle releva les yeux vers moi.
Nous restâmes quelques secondes à nous regarder, les yeux dans les yeux. Je ne saurais pas dire exactement ce qui se passa à cet instant. Ce n'était pas simplement l'attirance. Ce n'était pas non plus cette excitation que l'on peut ressentir lorsqu'une femme nous plaît. C'était autre chose.
Je ressentais auprès d'elle une tranquillité que je n'avais pas connue depuis longtemps. Comme si, malgré toutes les années qui nous séparaient et tout ce que nous ignorions encore l'un de l'autre, quelque chose semblait naturellement à sa place.
Je savais que nous nous connaissions encore très peu. Je savais aussi que quelques jours ne suffisaient pas pour prétendre connaître une personne ou imaginer toute une vie avec elle. Et pourtant, une pensée me traversa l'esprit.
Et si c'était elle ?
Je ne savais pas si c'était un coup de foudre ou simplement le sentiment d'avoir enfin rencontré quelqu'un avec qui je pouvais être moi-même. Mais je savais une chose : je n'avais pas envie que cette femme sorte à nouveau de ma vie.
Nos visages se rapprochèrent. Nos corps se retrouvèrent tout près l'un de l'autre. Nos souffles se mêlèrent et, pendant quelques secondes, nous restâmes ainsi, à effleurer nos lèvres sans oser aller plus loin.
Puis nous cédâmes tous les deux.
Nous nous embrassâmes. Ce baiser semblait nous envahir entièrement.
Lorsque nous éloignâmes finalement nos lèvres, je la regardai dans les yeux.
— Je ne veux pas qu'on s'éloigne l'un de l'autre.
Ses yeux commencèrent à briller en entendant ces mots.
— Moi non plus.
Nous restâmes encore un instant enlacé, puis le désir finit par nous rattraper. Nous nous embrassâmes comme des fous, avec une faim qui n'avait rien perdu de son intensité.
Son téléphone sonna, mais elle ignora l'appel. Ses bras restèrent noués autour de mon cou tandis que je continuais à l'embrasser, plus profondément encore.
Petit à petit, nous nous dirigeâmes vers la chambre. Au fur et à mesure que nous avancions, nos vêtements tombaient l'un après l'autre. Je découvris son joli corps, cette peau blanche immaculée, ses seins fermes que je ne pus résister à prendre dans mes mains et à lécher avec soin. Elle non plus ne pouvait s'empêcher de m'embrasser partout, le long de mon cou, de mon torse, comme si elle voulait graver chaque parcelle de ma peau.
Sabrina avait su, à travers le temps, garder ce magnifique corps de volleyeuse, athlétique et féminin à la fois. Et en fin de cette journée, nous nous abandonnâmes complètement.
L'envie nous gagnait de plus en plus. Sabrina ne tarda pas à m'enfiler un préservatif. Sans attendre davantage, je ne pus résister à l'envie d'être en elle. En position du missionnaire, je la pénétrai lentement pendant que je l'embrassais. Son regard, rempli d'amour et de confiance, m'encourageait à lui donner encore plus de plaisir.
J'aimais la voir gémir. J'aimais l'expression de son visage lorsqu'elle prenait du plaisir, ses lèvres entrouvertes, ses yeux mi-clos. Je la complimentais tout en lui faisant l'amour, lui murmurant à quel point elle était belle, à quel point je l'aimais ainsi, abandonnée sous moi.
— Tu es magnifique…, lui disais-je entre deux baisers.
Elle gémissait plus fort, s'accrochait à mes épaules, relevait légèrement le bassin pour m'accueillir plus profondément. Quand elle jouit, son corps entier trembla sous le mien. La sentir se contracter autour de moi, la voir ainsi perdue dans le plaisir, me fit perdre le contrôle. Je la rejoignis presque aussitôt dans une explosion de plaisir intense, enfoncé jusqu'au fond d'elle.
Nous restâmes longtemps enlacés, mon front collé au sien, nos respirations encore courtes. Ses doigts caressaient doucement mon dos, et dans ses yeux, je lisais quelque chose de simple et de rare : de la tendresse pure.
Après ce jour-là, mon aventure avec Sabrina continua.
Très vite, nous eûmes du mal à nous quitter des yeux. Les jours passaient, puis les semaines, et cette impression que nous avions eue dès le début ne disparaissait pas. Au contraire, elle se renforçait.
Puis le confinement fut instauré. Il n'était pas totalement strict et certaines heures permettaient encore de circuler. Nous profitâmes donc de ces moments pour nous retrouver dès que nous le pouvions.
Cette période aurait pu nous éloigner. Elle eut finalement l'effet inverse. Nous passions chaque instant possible ensemble et, en quelques mois seulement, je pris une décision que je n'aurais jamais imaginé prendre aussi rapidement.
Je demandai Sabrina en mariage.
Cette fois, je ne rencontrai presque aucune opposition. Tout le monde me soutenait dans ma démarche. Même ma mère, dont je pensais qu'elle pourrait s'opposer à cette union, donna son accord. Peut-être avait-elle simplement compris ce que je ressentais. Ou peut-être avait-elle vu, elle aussi, que quelque chose était différent cette fois.
Nous finîmes donc par nous marier en février 2021, en pleine période de pandémie. Nous organisâmes une petite cérémonie. Djamel nous proposa sa villa au bord de la mer et nous y célébrâmes notre mariage entouré de nos familles et de quelques amis proches.
Ce fut une journée simple. Mais pour moi, elle représentait énormément.
Nous nous installâmes ensuite dans mon appartement. Anaïs, la fille de Sabrina, n'eut pas de difficulté à m'accepter dans sa vie. Notre relation se construisit naturellement, sans que nous cherchions à forcer les choses. Même son père semblait accepter cette nouvelle vie pour sa fille.
Quant à l'appartement de Sabrina, nous finîmes par le louer à un couple marié.
Quelques mois plus tard, en novembre 2021, Sabrina me donna mon premier enfant, un garçon. Anaïs était heureuse d'avoir enfin un petit frère. Même s'ils n'avaient pas le même père, je voyais dans son visage une véritable joie.
Notre famille s'agrandissait. J'avais enfin l'impression d'avoir construit cette vie stable que j'avais si longtemps cherchée.
Pourtant, malgré tout ce bonheur, quelque chose continuait à me manquer.
Sabrina le savait. Elle avait appris à reconnaître ces moments où je devenais silencieux, lorsque mon esprit s'éloignait et que quelque chose me préoccupait. Elle savait souvent ce qui se passait en moi sans que j'aie besoin de parler.
Asma continuait parfois à m'envoyer des photos d'Amel. Je les regardais toujours avec une émotion difficile à expliquer. Je savais que je ne pouvais pas simplement prendre sa place dans sa vie. Mais je savais aussi que cette petite fille était une partie de moi.
Sabrina, elle, ne s'énervait jamais lorsque ces souvenirs revenaient. Au contraire. Elle avait pris soin d'imprimer toutes les photos qu'Asma m'envoyait et de les réunir dans un album.
Un jour, elle me le tendit. Je le regardai sans comprendre.
— Pourquoi tu as fait ça ?
Elle me répondit simplement :
— Parce que c'est ta fille.
Je restai silencieux. Elle poursuivit :
— Pour moi, nous avons une grande famille. Et tant que nous resterons soudés, notre famille restera toujours unie.
Je regardai l'album entre mes mains. À l'intérieur, il y avait des photos d'Amel. Des années de sa vie auxquelles je n'avais pas participé. Des sourires que je n'avais pas vus. Des moments que j'avais manqués. Et pourtant, grâce à Sabrina, ils avaient désormais une place chez nous.
Je compris alors que l'amour ne consistait pas toujours à effacer le passé pour construire une nouvelle vie. Parfois, il fallait simplement apprendre à faire une place au passé dans le présent.
Et Sabrina venait de m'offrir cette place.
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