00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
Couverture de Ma voisine de dessous, par z.d.black06
Couverture de Ma voisine de dessous, par z.d.black06
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Ma voisine de dessous — Chapitre 9 · L’invitation

37 minutes
7.2k
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteur

Photo de profil de z.d.black06
z.d.black06
Histoires publiées
17
Abonnés
63
J'aime cumulés
2.2k

Ma voisine de dessous

Chapitre 9 · L’invitation

Je me replongeai en mars 2000. À une époque où nos vies étaient encore loin de devenir compliquées.
Nous étions en première année de lycée. À cette période, nous n'étions que de simples amis. Elle faisait partie de ce petit groupe avec lequel je passais presque toutes mes journées : les pauses, les sorties après les cours, les longues discussions assis sur les marches du lycée.
Un lundi après-midi, alors que nous n'avions pas cours, quelqu'un avait proposé qu'on se retrouve au cinéma du centre-ville pour voir un film qui venait de sortir. À cette époque, personne n'avait encore de téléphone portable. On se donnait simplement rendez-vous et on espérait que les autres viendraient.
Ma copine devait être là. Les autres aussi.
Mais lorsque j'arrivai devant le cinéma, il n'y avait que Souhila. Elle portait un jean bleu clair, une veste noire un peu trop grande pour elle, et ses longs cheveux roux aux reflets bordeaux retombaient librement sur ses épaules. Elle me sourit en me voyant arriver avant de regarder derrière moi, espérant apercevoir les autres.
Nous attendîmes encore un moment devant l'entrée, mais les minutes passaient et personne ne venait. Finalement, nous décidâmes d'entrer malgré tout dans la salle, pensant que le reste du groupe finirait peut-être par nous rejoindre.
Le film commença.
Souhila s'installa sur la même rangée que moi, laissant volontairement un siège vide entre nous. À cette époque, elle n'avait pas de copain. Moi, j'étais au début de ma relation avec ma petite amie, et tout semblait encore nouveau, maladroit, presque enfantin.
Pendant une bonne partie du film, nous regardâmes l'écran sans vraiment suivre l'histoire. Nous étions surtout distraits par les sièges vides autour de nous et par l'absence des autres.
Dans l'obscurité de la salle, je remarquai plusieurs couples. Certains se tenaient la main. D'autres s'embrassaient discrètement en croyant que personne ne les voyait. Lorsque je tournai légèrement la tête vers Souhila, je compris qu'elle observait la même chose que moi.
Une heure passa. À ce moment-là, nous comprîmes tous les deux que personne ne viendrait. Déçus de ne pas pouvoir profiter de l'après-midi comme prévu, nous hésitions entre rester ou partir. Finalement, après quelques secondes de silence, Souhila vint s'asseoir juste à côté de moi.
Cette fois, il n'y avait plus le siège vide entre nous. Je sentis immédiatement sa proximité, son parfum, la chaleur légère de son bras contre le mien. 
Elle se mit à parler de ma copine, me conseillant timidement de profiter davantage des moments où nous nous retrouvions seuls tous les deux. Elle savait que le cinéma faisait partie des rares endroits où je pouvais me permettre d'être proche d'une fille sans attirer les regards.
Souhila avait toujours été comme ça avec nous. Elle essayait constamment d'arranger les choses entre ma copine et moi, elle trouvait toujours les mots pour nous rapprocher. Elle semblait sincèrement vouloir que notre relation fonctionne.
Peu à peu, la conversation dériva vers les premiers baisers et les maladresses de l'adolescence. Souhila se mit à parler avec amusement de tout ce qu'elle avait entendu au lycée, lu dans les magazines ou vu dans les films romantiques.
Elle essayait sincèrement de me donner des conseils pour me rapprocher de ma copine. Selon elle, il ne fallait jamais se précipiter. Tout se jouait dans les regards, dans la façon de se rapprocher doucement, de laisser l'autre comprendre avant même le premier geste.
Elle mimait parfois certains mouvements sans même s'en rendre compte : la manière de relever légèrement le visage, de fixer les yeux quelques secondes avant de descendre vers les lèvres. Moi, je l'écoutais attentivement, à la fois gêné et fasciné. Puis elle se mit à rire en voyant à quel point j'étais mal à l'aise. Ce rire finit par me faire rire aussi. Peu à peu, la gêne disparut entre nous.
Dans l'obscurité de la salle, nous étions désormais très proches l'un de l'autre. Je sentais son parfum, sa respiration, la chaleur de son épaule contre la mienne. Elle continua à parler doucement, toujours sur ce ton léger, presque taquin, en m'expliquant qu'un baiser venait souvent naturellement lorsqu'on cessait d'y réfléchir. Et sans vraiment savoir comment, nos regards finirent par se perdre l'un dans l'autre. Nos sourires ralentirent. Un silence étrange s'installa entre nous. Le temps sembla s'arrêter.
Puis, dans un mouvement maladroit et hésitant, nos visages se rapprochèrent lentement jusqu'à ce que nos lèvres se frôlent presque par accident. C'était maladroit, doux, hésitant. Et pourtant, ce fut probablement l'un des moments les plus intenses de mon adolescence.
Après quelques secondes, nous nous éloignâmes brusquement, presque surpris par ce que nous venions de faire. Un silence gêné s'installa avant qu'un rire nerveux nous échappe presque au même moment.
Je me sentis soudain incapable de tenir en place, comme si mon corps s'était décollé du siège. Une chaleur étrange se répandait dans tout mon ventre, et dans ses yeux, je voyais exactement la même émotion.
Nos regards continuaient de s'attirer comme deux aimants. Alors nous recommençâmes, plus lentement cette fois, comme si aucun de nous ne voulait que ce moment s'arrête.
Nous continuâmes à nous embrasser pendant le reste du film, dans l'obscurité de cette salle presque vide. Ma main caressait doucement son visage pendant qu'elle gardait la sienne posée contre la mienne. C'était tendre. Innocent. Magique. Un baiser que je n'oublierais jamais.
À la fin de la séance, nous quittâmes le cinéma presque timidement, silencieux tous les deux. Et le soir, je revis cette scène encore et encore dans ma tête : son regard, son sourire, la sensation de ses lèvres contre les miennes.
Le lendemain matin, au lycée, je ne savais même plus comment me comporter avec elle. Pendant la pause, notre groupe se retrouva dans la cour de récréation. Ma copine s'accrocha immédiatement à mon bras pendant que tout le monde s'excusait pour son absence au cinéma.
Mais regarder Souhila dans les yeux était devenu presque impossible. Elle aussi était silencieuse. Et parfois, je sentais son regard posé sur nous, sur ma copine accrochée contre moi. Presque jalouse.
Quelques jours plus tard, Souhila commença à voir un garçon. Puis, un matin, elle nous présenta son copain. Et sans jamais reparler de ce qui s'était passé dans cette salle de cinéma, nous avions simplement continué nos vies. Même après plusieurs années, ce souvenir-là était resté intact.
Elle avait changé. Plus femme. Plus élégante. Plus sûre d'elle aussi. Mais son regard, lui, était resté le même.
— Ça fait longtemps… dit-elle finalement.
— Oui… très longtemps.
Un léger malaise s'installa aussitôt entre nous. Pas un silence gênant. Plutôt ce genre de silence chargé de souvenirs qu'aucun de nous ne savait vraiment comment affronter.
Elle retrouva rapidement son naturel en parlant du projet, des équipements, des finitions, des cuisines. Elle connaissait parfaitement le dossier. Mais très vite, la conversation changea.
— Et toi… qu'est-ce que tu deviens ?
La question paraissait simple. Pourtant, quelque chose se serra immédiatement en moi.
Des souvenirs que j'essayais d'oublier remontèrent d'un seul coup à la surface. Mon ex. La rupture. Mes amis qui avaient disparu les uns après les autres. Les années passées enfermé sur moi-même.
Et surtout… elle. Parce qu'au fond, malgré toutes ces années, une partie de moi lui en avait toujours voulu. Elle avait toujours été là avant ça. Toujours au milieu de nos disputes. Toujours à essayer de nous réconcilier. Toujours à me conseiller. Toujours à défendre notre couple. Elle connaissait toute notre histoire. Alors quand tout s'était écroulé… j'avais espéré qu'elle ferait encore comme avant. Qu'elle me soutiendrait. Mais elle aussi avait disparu. Comme les autres.
Je la regardai quelques secondes avant de souffler :
— Au début… je t'en voulais beaucoup.
Son regard changea immédiatement. Je poursuivis calmement :
— Toi surtout. Parce que tu étais toujours là quand ça allait mal entre nous. Tu nous rabibochais tout le temps… et puis, j'ai compris que c'était ton frère.
Elle baissa légèrement les yeux.
— J'aurais aimé que tu me soutiennes malgré ça.
Le silence retomba. Souhila resta immobile quelques secondes avant de répondre doucement :
— Il y avait des choses que tu ignorais à l'époque.
Je relevai les yeux vers elle. Elle sembla hésiter à continuer… puis abandonna finalement l'idée.
— Je suis désolée, Juba.
Des excuses. Étrangement… cela ne changea pas grand-chose. La douleur avait déjà fait son travail depuis longtemps.
Je haussai légèrement les épaules.
— Ce n'est pas grave. C'était un obstacle dans ma vie… et je l'ai franchi.
Elle me regarda longuement, comme si elle cherchait encore quelque chose dans mon visage. Puis elle sourit doucement pour alléger l'atmosphère.
— Tu as changé.
— Toi aussi.
Nous échangeâmes encore quelques mots, quelques idées sur la cuisine, avant de nous quitter.
Katia continua de rythmer ma vie. Nous étions devenus presque inséparables. Dès qu'une occasion se présentait, nous en profitions pour nous retrouver. Avec elle, je ne m'ennuyais jamais. Et dès que nous étions seuls, nous finissions inévitablement dans les bras l'un de l'autre, incapables de nous retenir bien longtemps.
Concernant Nadia, en revanche, plus rien. Son salon était resté fermé depuis la dernière fois. Même sur Facebook, elle semblait avoir disparu. Cette absence me surprenait parfois… mais en présence de Katia, mes pensées finissaient toujours par repartir ailleurs.
Un soir, alors que nous étions allongés dans mon lit après l'amour, encore essoufflés et emmêlés dans les draps, Katia m'annonça une nouvelle avec un enthousiasme presque enfantin. Son mari venait d'être accepté dans une grande société pétrolière au sud du pays. Le salaire serait presque quadruplé. Mais en contrepartie, il devrait travailler loin d'elle, en rotation : un mois complet dans le Sud, puis un mois de repos à la maison.
Là où n'importe quelle épouse aurait affiché de la tristesse ou de l'inquiétude… Katia, elle, semblait presque heureuse.
— Tu te rends compte ? souffla-t-elle avec un sourire fébrile. On va avoir un mois entier tranquilles…
Je la regardai sans répondre immédiatement. Pour la première fois depuis longtemps, j'essayais réellement de me mettre à la place de son mari. Un homme qui partait loin pour travailler, pour gagner mieux sa vie, pendant que sa femme attendait surtout son départ avec impatience. Cette pensée me serra légèrement le ventre.
Katia remarqua mon silence. Son sourire s'effaça doucement. Elle resta un moment à regarder le plafond, perdue dans ses pensées, puis sa voix changea complètement.
— Tu crois que je suis heureuse comme ça, Juba ?
Je tournai la tête vers elle sans répondre. Ses yeux brillaient déjà.
— J'ai tout essayé avec lui… vraiment tout…
Sa voix tremblait légèrement, désormais. Elle me parla de son mariage arrangé. Des débuts où elle avait voulu y croire malgré tout. Des efforts qu'elle avait faits pour devenir une « bonne épouse ». Elle racontait cela avec une douleur qu'elle ne montrait jamais d'habitude.
— Au début, je me suis dit que ça viendrait avec le temps… qu'on allait apprendre à se connaître… à s'aimer…
Elle baissa les yeux.
— Mais parfois, j'ai l'impression d'être invisible.
Un silence lourd s'installa dans la chambre. Elle essuya rapidement une larme qui venait de couler, comme honteuse de craquer devant moi.
— Il y avait des périodes où il me touchait enfin… trois jours… une semaine, parfois… puis plus rien. Plus un regard. Plus une caresse. Comme si j'existais seulement quand ça lui revenait.
Sa gorge se serra.
— Et moi… moi, j'avais besoin de me sentir désirée… de sentir qu'on me regarde… qu'on me veuille…
Une autre larme roula sur sa joue, cette fois. Je restai silencieux. Parce qu'au fond, je comprenais enfin quelque chose que je n'avais jamais vraiment voulu voir jusque-là. Derrière son obsession du sexe, derrière ses provocations, derrière cette femme toujours brûlante et insatiable… il y avait aussi une immense solitude.
Katia esquissa un petit sourire.
— Tu sais ce qui me rend heureuse ?
Elle releva enfin les yeux vers moi. Son regard brillait encore de larmes.
— C'est de venir ici… Dans cet appartement, je me sens plus chez moi que dans ma propre maison.
Cette phrase me traversa comme une lame douce. Une partie de moi fut heureuse de l'entendre. Parce qu'elle parlait de cet endroit comme d'un refuge. Parce qu'avec moi, elle semblait respirer autrement. Mais une autre partie de moi se sentit soudain coupable.
Katia était triste. Vraiment triste.
Derrière ses sourires, derrière son désir insatiable, derrière cette femme toujours brûlante et pleine de vie… il y avait une solitude immense que je commençais enfin à voir.
Son mariage ne tenait plus qu'à un fil. Le mot « divorce » ne sortit jamais de sa bouche. Pourtant, il était partout. Dans ses silences. Dans ses yeux humides. Dans cette façon qu'elle avait de serrer les draps entre ses doigts pour s'empêcher de craquer complètement.
Et moi… je me demandais si je n'étais pas devenu une partie du problème. Ou peut-être simplement l'endroit où elle venait oublier qu'elle était malheureuse.
Elle finit par essuyer ses larmes avec un petit sourire gêné.
— Désolée… je ne voulais pas plomber l'ambiance.
Je secouai doucement la tête avant de la rapprocher contre moi.
— Chut…
Je l'enlaçai lentement. Elle se blottit contre mon torse sans résister, comme épuisée. Nous restâmes ainsi un long moment, en silence. Et pour une fois, ce n'était ni le sexe ni le désir qui nous retenaient l'un contre l'autre. C'était quelque chose de plus lourd. De plus triste aussi.
Le soir suivant, avec Katia, nous reprîmes cette routine devenue presque obsessionnelle. Le moment de fragilité que nous avions partagé la veille sembla s'être dissous dans une nouvelle nuit de désir.
Avec elle, ce n'était jamais assez. Il y avait le sexe, bien sûr… mais aussi les rires, les provocations, les longues discussions qui suivaient nos ébats, quand nous restions allongés l'un contre l'autre sans voir le temps passer. Nous nous protégions quand il le fallait. Mais dès que le risque disparaissait, le besoin de sentir sa peau contre la mienne reprenait toujours le dessus.
Katia aimait repousser les limites du plaisir. Son jouet faisait presque toujours partie de nos ébats. Elle voulait sans cesse aller plus loin. Elle me demandait de le lui enfoncer par derrière pendant que je la prenais par-devant, et faisait la même chose quand je la prenais par-derrière. Une façon pour elle de s'offrir une double sensation qui la faisait trembler de plaisir. L'appartement était devenu notre terrain de jeu favori. Nous faisions l'amour partout : sur le canapé du salon, contre la table de la cuisine, sous la douche.
Et même, une fois, sur le balcon. En pleine nuit, sous un ciel noir piqué d'étoiles, avec la ville silencieuse autour de nous. Je me souviens encore du vent froid sur notre peau brûlante et du rire étouffé de Katia lorsqu'un bruit nous avait fait croire qu'un voisin nous observait.
Cette femme était folle. Et avec elle, je devenais fou moi aussi.
Parfois, après le boulot, quand son mari était à la maison, elle descendait du bus plusieurs arrêts plus loin juste pour venir me voir quelques minutes. Le temps d'une étreinte rapide, urgente, presque animale. Un moment qui suffisait à nourrir son manque jusqu'au lendemain. Avant de repartir comme elle était venue, les joues encore rouges et le regard brillant.
Et chaque fois qu'elle repartait, elle me lançait ce même regard brûlant qui promettait déjà la prochaine fois.
Dimanche 11 mars 2012
Alors que j'étais au travail, mon téléphone vibra peu avant midi. Je baissai les yeux machinalement… puis mon cœur accéléra aussitôt.
Souhila.
Son nom s'affichait sur ma ligne personnelle. Je n'avais jamais changé de numéro. Elle non plus, apparemment. Je restai quelques secondes à fixer l'écran avant de répondre.
— Allô ?
Le simple son de sa voix provoqua immédiatement une vague de nostalgie.
— Bonjour, Youb… Joyeux anniversaire.
Un petit rire m'échappa malgré moi. J'avais complètement oublié. Vingt-huit ans déjà.
— Je sais que c'était hier, ajouta-t-elle en riant doucement.
Sa voix avait gardé cette chaleur familière. Cette façon de parler calmement, naturellement, comme si les années et les silences n'avaient jamais vraiment existé entre nous.
Pendant quelques secondes, j'eus l'impression de revenir en arrière. À cette complicité que nous avions perdue.
Elle voulait m'inviter à déjeuner. Et j'acceptai.
Après avoir raccroché, je restai immobile devant mon bureau, le téléphone encore dans la main. Mon esprit partit immédiatement dans tous les sens.
Pourquoi voulait-elle me voir ? Était-ce vraiment juste pour mon anniversaire ? Pour reparler du passé ? S'excuser encore une fois ? Ou bien autre chose ?
Puis une pensée absurde traversa soudain mon esprit. Et si Djamel lui avait parlé de ces histoires d'échangisme ? Et si cette invitation cachait quelque chose de plus trouble ?
Un sourire nerveux apparut malgré moi avant que je secoue légèrement la tête. Je devenais paranoïaque. Mais en même temps… ma vie avait tellement changé que plus rien ne me semblait totalement impossible.
Je repensai aussitôt à Asma. À la manière dont tout avait commencé avec elle. Puis à cette chute lente. Et aujourd'hui encore, malgré le temps, malgré les autres femmes… je continuais à penser à elle. Toujours cette même question revenait me hanter au pire moment. Cette pensée ne me quittait jamais vraiment. Je ne voulais pas revivre ce genre d'histoire. Je ne voulais plus m'attacher à une femme, à quelqu'un d'inaccessible.
Et pourtant… au fond de moi, quelque chose s'était déjà réveillé au simple son de la voix de Souhila. Une curiosité. Une nostalgie dangereuse. Peut-être même un désir enfoui depuis des années.
Je passai une main sur mon visage avant de souffler discrètement. Tout se mélangeait dans ma tête. Les souvenirs. Les regrets. Les fantasmes. La culpabilité. Et plus j'y pensais, plus cette invitation commençait à m'inquiéter autant qu'elle m'attirait.
Je prévins mon supérieur que je risquais d'avoir un peu de retard après la pause déjeuner. Et il me répondit en souriant :
— Prends ton temps.
J'avais de bonnes relations au travail. J'apprenais vite, je gérais correctement mes dossiers, et le directeur financier me faisait de plus en plus confiance.
Mais même en essayant de me concentrer, mon cœur battait anormalement vite à l'approche du rendez-vous.
Quand je sortis enfin du bâtiment, un énorme SUV noir était garé un peu plus loin. Je reconnus immédiatement Souhila derrière le volant. Je ne pus m'empêcher de sourire intérieurement « La vie des riches ».
Elle me salua d'un geste léger quand je montai à côté d'elle.
Pendant les premières minutes du trajet, nous étions tous les deux un peu nerveux. C'était étrange. Autrefois, nous pouvions parler pendant des heures sans jamais manquer de sujets. Mais cela remontait à une autre vie.
— Tu te rappelles d' « Aami Mustapha » ? demanda-t-elle en brisant le silence.
Je tournai la tête vers elle, surpris.
— Le petit restaurant près du lycée ? Avec leurs pizzas carrées ?
— Oui ! répondit-elle en riant.
Quelques minutes plus tard, nous étions assis à une vieille table en plastique, presque inchangée. Le propriétaire leva immédiatement les yeux vers nous avant d'afficher un immense sourire.
— Ahhh… mes anciens amoureux !
Souhila rougit immédiatement.
— On n'était pas ensemble, protesta-t-elle en riant.
— Oui, oui… bien sûr.
Nous éclatâmes de rire tous les deux. Et pendant quelques secondes, j'eus réellement l'impression de remonter le temps. Elle me parla d'elle, de son couple, et moi, je lui parlai aussi de ce que j'étais devenu.
Je lui demandai ensuite comment elle connaissait Nadir, et elle me raconta tout, presque sans gêne. Elle savait déjà que Nadir m'avait parlé d'eux, alors elle n'avait rien à me cacher.
Ils s'étaient rencontrés en Europe. Souhila et son mari, Djamel, aimaient vivre et s'amuser. Elle m'expliqua qu'ils avaient fréquenté des clubs libertins et échangistes et m'avoua qu'ils étaient passés à l'acte trois fois seulement.
— Rien que trois fois, précisa-t-elle, presque pour se justifier.
Mais au fond, elle n'avait pas à se justifier. C'était leur façon de vivre leur couple. Une fois mariés, tant que les deux étaient d'accord, cela ne regardait qu'eux.
Quant à Nadir, ils l'avaient rencontré à l'aéroport, au moment de rentrer au pays. Nadir avait reconnu Djamel, car il l'avait déjà aperçu dans un de ces clubs.
À cette annonce, un étrange soulagement me traversa. Comme si, inconsciemment, je ne voulais surtout pas imaginer Nadir avec Souhila.
C'était en juin 2010 et, en y repensant, c'était un mois avant ma rencontre avec Asma et Nadir. Je lui demandai alors s'il était accompagné de sa femme. Et Souhila me confirma qu'il était seul.
Une colère soudaine m'envahit. Alors il trompait Asma.
Je révélai alors à Souhila qui était la femme de Nadir. Asma avait été dans la même promotion que nous lors de notre première année universitaire. Souhila se souvenait parfaitement d'elle.
Nadir avait ensuite repris contact avec Djamel pour organiser un éventuel rendez-vous. Et quand ils s'étaient finalement rencontrés, c'était justement le jour où j'avais revu Souhila et rencontré Djamel pour la première fois.
Souhila ajouta même que Nadir avait proposé à Djamel un mélange de trois couples.
Alors, à mon tour, je racontai toute l'histoire à Souhila. Je lui expliquai comment Nadir comptait sur moi pour convaincre sa femme de participer. Plus je parlais, plus je revoyais cette journée différemment. Trois couples ? Alors qui était cette troisième femme ?
Après le déjeuner, Souhila me déposa au bureau et nous nous quittâmes presque comme avant. Comme deux vieux amis qui avaient laissé trop d'années s'écouler entre eux.
Quelques jours après le déjeuner avec Souhila, je reçus finalement l'appel que j'attendais sans vraiment vouloir me l'avouer.
C'était Djamel. Sa voix était calme, posée, presque rassurante dès les premiers mots.
— Salut, Juba. J'espère que je ne te dérange pas.
Je m'isolai immédiatement dans le couloir du travail.
— Non, pas du tout.
Il échangea quelques banalités sur le dossier de l'appartement, puis sa voix changea légèrement. Plus sérieuse.
— Je voulais aussi te parler d'autre chose… si ça te dit qu'on se voie autour d'un café.
Je compris immédiatement de quoi il voulait parler. Et malgré moi, mon ventre se noua. Et Nous nous donnâmes rendez-vous après le travail dans une petite cafétéria du centre-ville.
Je m'installai au fond de la salle, près d'une baie vitrée embuée par la pluie. Je ne savais même pas pourquoi j'étais stressé. Après tout, je connaissais déjà l'histoire. Nadir m'avait parlé d'eux. Souhila elle-même m'avait confirmé certaines choses. Et pourtant… cette fois, c'était différent. Parce que ce n'était plus un fantasme raconté entre deux discussions. Cette fois, c'était réel.
Djamel arriva quelques minutes plus tard. Toujours aussi propre sur lui. En costume, barbe parfaitement taillée, parfum discret. Il me salua chaleureusement avant de s'asseoir en face de moi. Au début, nous parlâmes de choses banales : le travail, l'appartement, les travaux à venir. Puis, après quelques minutes, il posa tranquillement sa tasse de café. Et là, il entra directement dans le sujet.
— Souhila te connaît bien, et Nadir m'a déjà parlé de toi.
Je restai silencieux. Il continua calmement :
— Souhila m'a aussi dit que tu fréquentais une femme.
Mon cœur accéléra immédiatement. Mais lui gardait le même ton naturel. Comme si nous parlions d'un simple projet entre amis.
— Écoute… je vais être direct avec toi. Nous, on aime certaines expériences. On les a découvertes à l'étranger, pendant nos voyages. Et honnêtement… ça nous manque ici.
Il me regardait droit dans les yeux, sans gêne.
— On aimerait retrouver cette liberté avec des gens qu'on apprécie et en qui on a confiance.
Je ne répondis pas tout de suite. Djamel avait une façon étrange de parler. Il rendait tout simple. Presque logique. Comme s'il parlait d'un dîner entre amis.
— Nadir m'avait déjà parlé un peu de tout ça… dis-je finalement.
Djamel esquissa un petit sourire.
— Oui. Mais Nadir, c'est… différent.
Il hésita légèrement avant d'ajouter :
— Disons qu'il mélange parfois trop les choses.
Je repensai immédiatement à Asma. À cette colère silencieuse qui m'avait traversé quand Souhila m'avait raconté que Nadir fréquentait ces endroits sans sa femme. Djamel, lui, semblait fonctionner autrement. Tout chez lui donnait une impression de contrôle.
Il se pencha légèrement vers moi.
— Je vais être honnête avec toi, Juba. Il n'y a aucune obligation. Si toi ou cette femme n'êtes pas à l'aise, on oublie complètement.
Il insistait énormément sur ce point : Le respect. La discrétion. La confiance.
Comme s'il voulait absolument éviter que je me sente piégé. Et paradoxalement… cela me mettait encore plus à l'aise.
— Souhila aimerait rencontrer cette femme avant, ajouta-t-il.
— Juste la rencontrer ? demandai-je en relevant les yeux de ma tasse de café.
— Oui. Discuter un peu, voir si le feeling passe, répondit-il avec un sourire.
— Après… on verra, ajouta-t-il calmement.
Un silence s'installa. Je remuais lentement mon café devenu froid. Dans ma tête, c'était la pagaille. Tout ce qui m'arrivait. Cette vie que je n'aurais jamais imaginé connaître quelques années plus tôt.
Djamel me regardait réfléchir sans me presser. Puis il finit par dire avec un petit rire :
— Tu sais… la première fois, tout le monde croit que c'est quelque chose d'énorme. Mais quand les limites sont claires et que tout le monde est d'accord… ça devient beaucoup plus naturel qu'on l'imagine.
Naturel. Ce mot me fit presque sourire intérieurement. Parce qu'au fond de moi… rien de tout cela ne me semblait réellement naturel. Et pourtant… j'étais encore là. Assis face à lui. À écouter cette proposition sans me lever. Sans partir.
Djamel termina son café avant de reprendre calmement :
— Réfléchis tranquillement. Parle avec cette femme. Et si elle veut rencontrer Souhila, on organisera juste une soirée tranquille. Sans pression.
Je hochai lentement la tête. Mais au fond de moi, je savais déjà que cette histoire était en train d'aller beaucoup plus loin que ce que j'avais imaginé.
Je devais en parler à Katia. Je savais déjà qu'elle accepterait. Mais une partie de moi culpabilisait à l'idée de l'entraîner dans cette histoire.
Quand je lui annonçai la proposition, son visage prit toutes les expressions possibles : l'excitation, l'inquiétude, la curiosité… puis une forme de colère contre moi.
Je lui expliquai que Souhila voulait d'abord la rencontrer, simplement pour faire connaissance avant quoi que ce soit. 
Et immédiatement, je repensai à une ancienne discussion. Bien avant tout ça, lorsque je lui avais raconté ce fameux couple que Nadir m'avait présenté, sa réaction avait été immédiate : « S'il te recontacte un jour… appelle-moi. »
À l'époque, elle disait cela presque comme un fantasme lointain, quelque chose d'irréel. Mais cette fois, ce n'était plus un simple jeu d'imagination. Elle se retrouvait face à la réalité de la situation, et je sentais que cela la stressait profondément.
Pourtant… malgré ses hésitations, malgré ses questions et cette nervosité qu'elle essayait de cacher, Katia accepta quand même de rencontrer Souhila.
Après leur rencontre, nous fixâmes finalement un rendez-vous. Deux semaines plus tard, Katia souhaitait que nous nous retrouvions une fois que son mari serait parti dans le Sud.
Le jour J arriva enfin : le premier samedi du mois de mai.
Je conduisais la voiture de mon père avec une tension que je ne parvenais plus à cacher. Mes mains restaient crispées sur le volant tandis que je suivais la voiture de Souhila, avec Katia à bord. Sous un ciel gris et nuageux de cette fin d'après-midi, le trajet jusqu'à la maison de Djamel me sembla interminable.
La pluie avait cessé depuis quelques heures, mais la route brillait encore sous les lumières des voitures.
Nous quittâmes finalement la route principale pour emprunter un petit chemin longeant la plage.
Au loin, j'apercevais déjà la maison. Une grande villa moderne, isolée, avec une terrasse donnant directement sur la mer. Les murs blancs et les immenses baies vitrées reflétaient encore l'humidité laissée par la pluie.
Djamel nous ouvrit le portail. Comme d'habitude, il affichait ce calme impressionnant qui me déstabilisait toujours.
— Enfin ! lança-t-il avec un grand sourire.
Lorsque nous descendîmes de voiture, le bruit des vagues remplissait presque tout l'espace.
Il me serra chaleureusement la main, puis salua Katia avec une aisance naturelle qui sembla immédiatement la rassurer.
— Putain… tout ça, c'est juste une maison pour passer le week-end ? murmura-t-elle, impressionnée, à côté de moi.
— Ouais, répondis-je en souriant.
Elle était devenue nerveuse. Elle riait parfois sans raison, simplement pour évacuer le stress.
— On est vraiment en train de faire ça… souffla-t-elle, la voix légèrement tremblante.
— On peut encore faire demi-tour, suggérai-je en lui jetant un bref regard.
— Non… maintenant qu'on est là, répondit-elle en secouant la tête.
Sa voix mélangeait excitation et inquiétude. Pendant quelques secondes, aucun de nous ne parla. Puis elle prit ma main et la serra.
— J'ai peur de faire n'importe quoi.
— Même moi, je suis stressé.
Elle éclata d'un petit rire nerveux.
— Toi ? Arrête… t'as l'air calme.
Si seulement elle savait. Depuis que j'avais repris contact avec Souhila et depuis l'appel de Djamel, mon esprit tournait sans arrêt.
J'essayais d'imaginer ce rendez-vous, mais dès que j'y pensais réellement, mon ventre se nouait. Je revivais presque la même panique que lorsque Nadir m'avait demandé de venir chez lui. J'étais dans tous mes états. Mais là, c'était différent…
Il y avait Souhila. Je paniquais à l'idée de me retrouver face à elle. De la regarder dans les yeux. De l'embrasser. Et de faire l'amour avec elle.
Après toutes ces années, j'allais surement me retrouver seul nu avec elle. Cette idée suffisait à faire battre mon cœur beaucoup trop vite.
Une fois à l'intérieur, l'ambiance était tamisée. Une odeur de parfum flottait dans l'air, accompagnée d'une musique douce. Djamel ne faisait pas les choses à moitié : des amuse-bouche étaient disposés sur la table, avec à manger et à boire en quantité.
Je regardais autour de moi, admirant l'intérieur, lorsque mon regard croisa celui de Souhila.
Debout aux côtés de son mari. Pendant une seconde, tout le reste disparut autour de moi.Elle avait changé… et pourtant, pas vraiment. Les années avaient rendu ses traits plus mûrs, plus féminins. Elle portait une robe noire simple et élégante qui épousait parfaitement son corps, tandis que ses longs cheveux roux retombaient jusqu'au bas de son dos. Mais son regard… c'était toujours le même. Elle sourit doucement.
Katia, elle, regardait partout autour d'elle, essayant de cacher son stress derrière des sourires maladroits. Souhila vint près de nous et proposa à Katia de lui faire visiter la maison. Et, bizarrement, cela détendit immédiatement l'atmosphère.
Nous nous installâmes ensuite dans le salon. Souhila et Katia nous rejoignirent juste après la visite. Djamel parlait de tout et de rien, lançait des sujets légers pour détendre l'ambiance. Le seul qui semblait parfaitement à l'aise… c'était lui.
Moi, j'avais l'impression que mon cœur cognait jusque dans ma gorge.
À plusieurs reprises, mes yeux croisèrent ceux de Souhila. Et à chaque fois, cette même sensation revenait. Cette chaleur. Ce souvenir. Comme si notre dernier vrai moment ensemble remontait à la veille.
Katia laissa échapper un rire nerveux.
— Je crois qu'on est tous stressés, en fait.
— C'est normal, la première fois, répondit Djamel avec un sourire rassurant.
Sa manière de parler rendait tout presque banal. Comme si notre rendez-vous n'avait rien d'extraordinaire. Comme si tout cela était simplement… naturel.
Puis il se leva lentement et tendit la main vers Katia avec élégance.
— Viens… on va laisser les anciens amis discuter un peu.
Katia me regarda immédiatement. Je vis dans ses yeux l'hésitation. Le stress. Mais aussi cette curiosité brûlante qui l'avait poussée à venir jusqu'ici.
Elle se leva lentement. Et, au moment où Djamel posa doucement sa main dans son dos pour l'accompagner vers l'escalier, une pointe de jalousie me traversa brutalement. Une sensation sèche. Rapide. Je regardai Katia monter les marches avec hésitation. Elle riait nerveusement. Et moi, je réalisai soudain que c'était la première fois qu'un autre homme allait toucher la femme avec qui je couchais depuis des mois. Je serrai les mâchoires sans même m'en rendre compte.
À côté de moi, Souhila observait calmement la scène. Aucune jalousie dans son regard. Aucune hésitation. Seulement ce petit sourire étrange. Puis elle tourna lentement les yeux vers moi. Et, dans son expression, je compris immédiatement ce qu'elle voulait dire. « À nous maintenant ».
Un silence s'installa. Le bruit des vagues semblait soudain plus fort.
Je pris finalement une inspiration avant de me lever. Comme Djamel quelques secondes plus tôt, je tendis lentement la main vers elle.
Souhila éclata doucement de rire. Un rire nerveux… mais sincère. Puis elle leva les yeux vers moi. Et, pendant une seconde, le temps sembla réellement revenir en arrière.
Elle finit par poser sa main dans la mienne. Et, dès que ses doigts touchèrent les miens, un frisson me traversa.
Elle se leva alors lentement avant de s'approcher doucement de moi. Ma main glissa autour de sa taille. Elle releva légèrement le visage vers moi. Son regard plongé dans le mien, son souffle mêlé au mien… et, sans trop réfléchir, nos lèvres se retrouvèrent. Douze années plus tard.
Un baiser de quelques secondes seulement, mais doux, passionné, intense… électrique.
Ses yeux se rouvrirent lentement, brillants, posés sur moi, et nous restâmes debout sans réellement bouger. Nos lèvres demeuraient proches, nos souffles se mélangeaient encore, comme si aucun de nous ne voulait briser cet instant. Puis Souhila baissa légèrement les yeux avec un sourire troublé.
— Après toutes ces années… souffla-t-elle doucement.
Sa voix tremblait à peine, mais suffisamment pour me faire comprendre qu'elle ressentait exactement la même chose que moi.
Elle vint ensuite poser doucement sa tête contre mon torse. Mon cœur battait beaucoup trop vite. Pas uniquement à cause du désir. Il y avait autre chose. Quelque chose de plus profond. Une émotion ancienne que je croyais enterrée depuis longtemps.
À cet instant, je revis toute ma vie défiler. Et ce simple contact, cette proximité retrouvée, me donna soudain l'impression d'avoir fait le mauvais choix, des années plus tôt.
Un silence tomba entre nous. Puis Souhila releva lentement les yeux vers moi et me sourit doucement. Nos lèvres se retrouvèrent une deuxième fois dans la soirée. Un baiser tendre au début… puis le désir monta peu à peu.
Mais, à l'étage, un éclat de rire de Katia résonna brusquement et nous interrompit. Souhila me regarda un instant et, en une fraction de seconde, nous éclatâmes de rire tous les deux, comme deux enfants pris sur le fait en train de découvrir quelque chose d'interdit. Nos rires retombèrent lentement, laissant derrière eux une légère gêne… mais surtout cette tension qui ne cessait de grandir entre nous.
Souhila passa une main dans ses cheveux avant de détourner légèrement le regard, comme si elle cherchait à reprendre le contrôle d'elle-même. Elle releva ensuite les yeux vers moi. Mes mains glissèrent lentement dans son dos pendant qu'elle se rapprochait davantage pour m'embrasser encore.
Je sentais son corps trembler légèrement. Ses doigts se refermèrent sur ma chemise pendant qu'elle m'embrassait avec une intensité grandissante, comme si elle essayait de rattraper quelque chose. Puis elle posa doucement son front contre le mien.
— On ne devrait peut-être…, murmura-t-elle en jetant un regard hésitant vers le couloir.
— D'accord, soufflai-je discrètement.
Je compris à cet instant qu'elle ne pouvait plus attendre pour passer à la suite.
Elle prit doucement ma main. Sans un mot. Et commença lentement à m'entraîner vers le couloir. Chaque pas augmentait encore cette tension étrange entre nous.
Arrivés devant la porte de la chambre, elle s'arrêta quelques secondes. Sa main resta posée sur la poignée. Puis elle tourna légèrement la tête vers moi. Un mélange de nervosité, de désir et d'émotion traversait encore son visage. Et, à cet instant précis, je compris que ce n'était pas seulement une histoire de corps. C'était deux morceaux de passé qui étaient en train de se retrouver.
À l'intérieur, malgré les volets grands ouverts, la chambre était plongée dans une semi-pénombre à cause du ciel gris et de la pluie qui avait repris.
Arrivés près du lit, elle se retourna vers moi et, cette fois, il n'y avait plus aucune barrière. Mes mains tremblaient légèrement lorsque je pris son visage.
— Souhila… murmurai-je d'une voix rauque.
Elle ferma les yeux une seconde, comme si mon simple murmure l'avait touchée au plus profond d'elle-même. Puis elle posa doucement sa main sur ma poitrine.
— J'ai toujours rêvé de cet instant… souffla-t-elle.
Je l'embrassai alors, non pas avec urgence, mais avec tout ce que j'avais retenu pendant plus d'une décennie. Un baiser lent, profond, presque révérencieux. Ses doigts s'accrochèrent à ma chemise comme si elle craignait que je disparaisse. Nous nous déshabillâmes lentement, non par timidité, mais parce que chaque vêtement retiré ressemblait à une couche de temps qu'on arrachait.
Quand elle fut nue devant moi, je pris le temps de la regarder vraiment. Ma gorge se serra : cette peau blanche et ferme qui rougissait au moindre contact, cette belle poitrine, ce visage doux…
— T'es très belle, dis-je d'une voix cassée et sincère.
Elle sourit, émue. Je l'embrassai encore plus intensément, puis dans le cou, sur les épaules, sur sa poitrine qui se soulevait rapidement. Puis je la couchai doucement sur le lit.
Souhila gémit mon prénom, les doigts plongés dans mes cheveux. Elle m'attira vers elle pour m'embrasser encore. Nos corps nus étaient collés l'un contre l'autre, brûlants.
Mon érection était déjà dure. Pendant que je continuais à l'embrasser, nos sexes se touchèrent, et à chaque contact, elle relevait les yeux vers moi comme pour m'inviter à continuer, à aller plus loin. Je sentais son intimité humide frotter contre moi, invitante, exigeante. J'étais sur le point de perdre complètement le contrôle.
— Je dois mettre un préservatif d'abord… lui chuchotai-je.
C'était l'une des règles que Djamel avait imposées : nous devions absolument nous protéger.
Mais Souhila semblait m'inviter de plus en plus à commencer. Elle ne me lâchait pas. Nos lèvres ne se décollaient plus. Son bassin bougeait lentement sous moi, et mon sexe effleurait son intimité. Je pouvais sentir à quel point elle était mouillée. Je savais que, sans même guider mon pénis avec la main, je pourrais facilement être en elle. Et il m'arrivait même de sentir le bout glisser légèrement.
Je pris son visage entre mes mains tremblantes et l'embrassai avec une intensité presque désespérée.
— Souhila… attends, soufflai-je contre ses lèvres. On doit se protéger.
Elle secoua doucement la tête, les yeux voilés par un désir incandescent. Ses ongles griffèrent légèrement mon dos tandis qu'elle ondulait des hanches sous moi, pressante.
— Non… pas maintenant, murmura-t-elle d'une voix rauque, presque suppliante. Je veux te sentir vraiment. Tout entier. Sans rien entre nous.
Je fermai les yeux un instant, luttant contre moi-même. Mon corps hurlait de la prendre immédiatement, mais une part de moi essayait encore de rester raisonnable.
— Souhila, je… je dois…
Elle ne me laissa pas finir. Ses jambes s'enroulèrent autour de ma taille et m'attirèrent plus fort contre elle. Son regard plongé dans le mien était brûlant, presque fiévreux.
— Youb…s'il te plait.
Sa voix tremblait de désir pur. Elle se cambra, frottant son intimité trempée contre mon sexe tendu. La sensation était trop forte. Ma raison vacilla, puis céda complètement. Avec un grognement sourd, je cédai à cette fièvre.
D'un coup de reins lent mais puissant, je la pénétrai profondément, sans protection. Souhila lâcha un long gémissement rauque, la tête rejetée en arrière, les ongles plantés dans mes épaules.
— Oui… haleta-t-elle.
Elle était incroyablement chaude, mouillée, serrée. La sensation de sa peau nue autour de moi était vertigineuse.
Je commençai à bouger, d'abord lentement, savourant chaque mouvement, chaque contraction. Puis le rythme s'accéléra naturellement. Nos corps se heurtaient de plus en plus fort.
Souhila gémissait désormais sans retenue, le souffle brisé contre mon oreille. Je la pris avec une passion brute, emporté par la même fièvre qu'elle. Sa poitrine bougeait au rythme de mes mouvements, sa peau rougissait sous mes mains. La pluie et les vagues, dehors, couvraient à peine le bruit de nos corps et de nos souffles mêlés.
Elle jouit la première, violemment. Son corps se contracta autour de moi dans de puissants spasmes, ses ongles labourant mon dos tandis qu'elle criait mon prénom. La sensation fut trop intense. Je tentai de me retirer au dernier moment, mais elle resserra ses jambes autour de moi.
— Reste… murmura-t-elle d'une voix brisée par le plaisir. Reste en moi…
Je craquai complètement. Avec un râle profond, je m'enfonçai jusqu'au fond avant de jouir à mon tour en elle, incapable de retenir plus longtemps cette vague de plaisir.
Nous restâmes longtemps immobiles, soudés, tremblants et essoufflés, son front contre le mien. La réalité revint lentement. Je caressai ses cheveux, encore troublé malgré la puissance de l'instant.
— Souhila… on n'a pas…
Elle posa doucement un doigt sur mes lèvres, un sourire tendre et comblé au coin de la bouche, les yeux encore brillants.
— Ne dis rien… s'il te plaît. Approche.
Elle m'embrassa doucement avant de se blottir contre moi, sa jambe passée sur la mienne. Dehors, la pluie tombait en un doux rideau, mêlée au ressac paisible des vagues. Sur ce lit, nous restâmes longtemps silencieux, étroitement enlacés, bercés par cette mélodie apaisante.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 10 · Les phantasmes de Katia
40 minutes
6.4k
75
2
Chapitre suivant

Commentaires ()

Passer le commentaire
Photo de profil de sebou01
sebou01
24 septembre 2026 à 19:22
Une magnifique suite très excitante et très coquine à souhait pour cette série d'histoire érotique très excitante, j'ai adoré lire ce nouveau chapitre très coquin et très excitant à la fois hummmm
Soyez respectueux
Répondre

Histoires similaires

✦ Mibou Marrakech XSTORY
Marrakech
Chapitre 5
Par Mibou
174
15
7k
Hétéro
✦ zebre222 Nassima et ses deux filles. XSTORY
Nassima et ses deux filles.
Chapitre 3
Par zebre222
204
2
31.1k
Hétéro
✦ zeos Un stage pas comme les autres XSTORY
Un stage pas comme les autres
Chapitre 5
Par zeos
250
12
18.2k
Hétéro
✦ Variabe89 Les explorations d'un couple ordinaire mènent à une… XSTORY
Les explorations d'un couple ordinaire mènent à une découverte incroyable !
Chapitre 1
Par
191
3
9.9k
Hétéro
✦ Master_of_Words Une amitié retrouvée XSTORY
Une amitié retrouvée
Chapitre unique
Par Master_of_Words
241
5
19.8k
Hétéro
✦ La bûche J'ai chiennisé ma collègue arrogante XSTORY
J'ai chiennisé ma collègue arrogante
Chapitre 7
Par La bûche
244
12
40.3k
Hétéro
✦ Vivi75 Pas évident, les études ! XSTORY
Pas évident, les études !
Chapitre 7
Par Vivi75
52
0
3.7k
Hétéro
✦ Haleros Ce que j'ai pris et que je ne lui dirai pas XSTORY
Ce que j'ai pris et que je ne lui dirai pas
Chapitre 2
Par Haleros
156
17
8.4k
Lesbiennes
✦ Teträm Une Saint-Sylvestre pas comme les autres … XSTORY
Une Saint-Sylvestre pas comme les autres …
Chapitre 11
Par Teträm
60
3
2.6k
Hétéro

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio