Fantasme
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Isabelle, son fils Tom ... et Valérie — Chapitre 19 · L'étau et l'aveu !
Auteur
Isabelle, son fils Tom ... et Valérie
Chapitre 19 · L'étau et l'aveu !
Le café a refroidi au fond de nos tasses, une pellicule terne et huileuse figée à la surface. Autour de la petite table de la cuisine, le silence n'est plus seulement lourd : il pèse sur nos épaules comme une dalle de béton.
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Isabelle tranche une nouvelle tartine, ses mouvements d'une lenteur exaspérante, calculée pour étirer le temps. Elle mange avec une application machinale, mastiquant dans un silence absolu, tandis que ses yeux clairs font inlassablement la navette entre Tom et moi. Elle n'a pas besoin de parler pour nous rappeler que nous sommes à sa merci. Le simple fait qu'elle respire dans cette pièce suffit à saturer l'espace.
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— Tu ne manges rien, Valérie, lâche-t-elle soudain d'une voix de velours, brisant le ronronnement du réveil. Il faut reprendre des forces. La journée d'hier a dû être... éprouvante. Et puis, il ne faudrait pas donner l'impression que tu boudes ma cuisine.
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Le mot claque, anodin en apparence, mais gorgé d'un venin indicible. Je sens mes mâchoires se serrer au point d'en avoir mal aux dents. Je glisse un regard vers Tom. Il est blême, les yeux rivés sur sa nappe, incapable de soutenir la conversation. Ses mains, posées à plat sur ses genoux sous le bord de la table, tremblent d'une frousse incontrôlable.
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— Je n'ai pas très faim, Isabelle, je réponds en essayant de garder la voix ferme, même si chaque syllabe gratte ma gorge comme du verre pilé. J'ai mal au crâne.
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— Forcément, reprend-elle avec un soupir faussement compatissant, inclinant la tête vers son fils avec une tendresse presque trop appuyée, presque charnelle dans sa manière de fixer sa nuque. C'est de votre âge de veiller si tard, mais quand on manque d'organisation, on le paie le lendemain. Tu le sais bien, Tom... tu as toujours eu besoin qu'on s'occupe de toi, qu'on surveille ton sommeil, tes moindres gestes. Tu as l'air complètement éteint, mon grand.
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Elle tend la main et effleure la joue de Tom du bout des doigts, un geste lent, possessif, qui le fait frissonner. Un pli d'anxiété profonde barre le front de Tom.
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— Oui... justement, murmure-t-il en s'éclaircissant la voix, cherchant désespérément une issue pour s'extraire de cette pièce. Il faut... il faut que je révise. Je dois aller chez un pote cet après-midi, pour bosser sur les dossiers. Il m'attend.
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La phrase tombe, lourde et maladroite. C'est une bouée de sauvetage qu'il se lance à lui-même, un prétexte grossier pour fuir l'appartement, pour s'échapper de ce terrarium où sa mère nous dissèque à petit feu. Mais dans sa hâte de décamper, il commet l'erreur de ne même pas me regarder, trahissant sa lâcheté avec une clarté pathétique. Il me laisse là, seule, en plan.
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Isabelle s'arrête de mâcher. Un silence suspendu s'installe. Elle pose son couteau sur la table avec un petit bruit sec, son regard s'attardant sur la silhouette de Tom avec une avidité étrange.
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— Ah bon ? Chez un ami ? interroge-t-elle, une lueur de fausse surprise amusée dans le regard. C'est curieux, tu ne m'en avais pas parlé... enfin, tu fais bien de t'avancer. Le travail avant tout.
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Le raclement de la chaise de Tom résonne dans la cuisine comme un signal de détresse. Il se lève en hâte, évitant soigneusement de croiser mon regard, bafouillant une excuse sur son sac qu'il doit préparer. Quelques minutes plus tard, la porte d'entrée s'ouvre, puis se referme avec un claquement sec.
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Le verrou enclenché en bas résonne comme un couperet.
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Le silence qui s'abat soudainement sur l'appartement est d'une densité insoutenable. Je reste assise sur ma chaise, les mains crispées sur le bord de la table, sentant l'air se raréfier à mesure que les pas de Tom s'éloignent dans la cage d'escalier. Je suis piégée. Seule. Sans bouclier, sans témoin, face à cette femme qui continue de fixer le fond de sa tasse vide avec une tranquillité de marbre.
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Isabelle ne bouge pas pendant un long moment. Puis, très lentement, elle redresse la tête.
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Ses prunelles claires, d'une netteté redoutable, se posent sur moi. Il n'y a plus trace du masque de bienveillance maternelle. Son visage est d'un calme absolu, presque chirurgical.
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— Tu penses qu'il va m'échapper longtemps, hein ? murmure-t-elle de sa voix de velours, brisant le silence sans hausser le ton. Tu penses que parce qu'il a pris sa veste et qu'il est descendu dans la rue, il est en train d'échapper à mon emprise ?
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Je sens un frisson glacial me parcourir l'échine. Je tente d'avaler ma salive, mais ma gorge est sèche comme du papier de verre.
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— Je ne sais pas de quoi tu parles, Isabelle, je souffle, ma voix à peine plus audible qu'un souffle d'air. On ne cherche à échapper à rien.
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Elle esquisse un hochement de tête imperceptible, plissant les yeux comme si elle jaugeait la piètre qualité de mon mensonge. Elle pose ses mains à plat sur la nappe, juste en face de moi, et se penche légèrement en avant.
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— Ne mens pas, Valérie. Ça ne te va pas. Tu as l'esprit pratique, je le vois bien. Tu essaies de calculer tes coups, de te dire que je suis juste la vieille mère un peu trop intrusive chez qui on vient passer le week-end par obligation. Tu penses que c'est de la colère. Tu t'attends à ce que je crie, à ce que je vous fasse une scène de ménage pathétique, à ce que je joue les mères indignées ou bafouées parce que vous avez brisé mes petites règles.
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Son regard ne quitte pas le mien. Je retiens ma respiration, incapable de formuler le moindre son, littéralement hypnotisée par le poids de ses mots. Elle approche encore son visage, si près que je peux percevoir l'odeur tiède de son café.
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— Je ne suis pas fâchée, Valérie, reprend-elle, sa voix tombant dans un murmure presque intime, d'une sincérité glaçante. Je suis jalouse.
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Le choc de la phrase me frappe en plein sternum. Le mot suspend le temps dans la cuisine.
~
Jalouse.
~
Ce n'est pas la colère d'une mère protectrice. Ce n'est pas la morale outragée d'une femme à cheval sur les principes. C'est autre chose. Une revendication viscérale, tordue, exclusive, qui fait basculer toute cette mascarade dans une dimension insondable et vénéneuse. Mon estomac se noue, et un vertige soudain me prend, me donnant l'impression que le sol de la cuisine se dérobe sous mes pieds.
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