Isabelle, son fils Tom ... et Valérie
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Le clic de la serrure s'est éteint dans le couloir, mais son écho continue de résonner dans mes tempes comme un coup de semonce, nous clouant sur place dans une terreur absolue. Le tic-tac de l'horloge murale de la cuisine est devenu un métronome implacable, trop lourd, trop rapide.
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— Tom... soufflé-je d'un ton à peine audible, ma voix brisée par une panique que je ne cherche même plus à masquer. Dis-moi qu'elle n'a pas vu... Putain, dis-le-moi. Est-ce qu'elle a ouvert les yeux au moment où... ?
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Il ne répond rien. Sa mâchoire est verrouillée, ses dents serrées au point de se faire mal. Il n'ose pas baisser les yeux, sachant pertinemment ce qui s'étale sur le velours du canapé à quelques centimètres de ses genoux. Cette auréole sombre, cette empreinte organique de notre débauche, c'est notre acte d'accusation permanent.
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— Bouge pas, chuchoté-je en me redressant d'un bloc.
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C'est moi qui prends les commandes. Alors qu'il est complètement pétrifié, le souffle court, incapable d'aligner une seule pensée cohérente, j'agis avec une urgence froide. Mes jambes nues sont encore luisantes de notre sueur, mais la terreur m'a vidée de toute hésitation. Je me penche pour ramasser ma culotte trempée de nos sucs et de son sperme, une boule humide et tiède que je serre frénétiquement dans mon poing avant de la fourrer au fond de mon sac. Je ramasse mon chemisier froissé, le boutonne à la hâte en tremblant de tous mes membres, puis j'enfile mon pantalon, mes mains agitées de spasmes incontrôlables.
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De son côté, Tom est incapable d'esquisser le moindre mouvement constructif. Il reste là, avachi sur le bord du canapé, à trembler comme une feuille, les yeux fixés sur le couloir sombre qui mène à la chambre d'Isabelle.
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— Aide-moi, putain ! sifflé-je en le tirant brusquement par l'épaule. Ne reste pas là à contempler les dégâts !
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Sous mon impulsion, il se met à genoux sur le tapis. Ses mains cherchent à l'aveugle dans le noir partiel, attrapant un vieux torchon de cuisine qu'il a extirpé de l'évier en y allant à tâtons. Il s'attaque au velours. Il frotte frénétiquement, de toutes ses forces, pour effacer la trace de ses fluides et de ma mouille. Mais l'étoffe est épaisse, le liquide s'est infiltré dans les fibres. Plus il appuie, plus j'ai l'impression qu'il étale l'infamie, qu'il enfonce notre secret un peu plus profondément dans la matière même de ce salon.
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— Doucement, idiot ! Pas comme ça, tu l'étales ! coupé-je en le repoussant d'un geste sec.
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Je prends le relais, ramène le pan du plaid par-dessus la zone souillée pour masquer la misère, mes doigts s'affairant avec une méticulosité désespérée pour redonner au canapé un aspect à peu près neutre. De l'autre côté de la porte fermée, au bout du couloir, c'est le néant absolu. Pas un bruit. Pas le moindre soupir. Ce silence est mille fois pire qu'il n'y paraît : il nous laisse suspendus au-dessus du vide, incapables de savoir si la foudre est déjà tombée ou si elle s'apprête à nous écraser au réveil.
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— Tu crois qu'elle a simulé le réveil ? chuchoté-je, les yeux exorbités, en me tournant vers lui alors que la sueur perle sur mon front. Dis-moi la vérité, Tom... Quand tu t'es tourné vers elle, ses yeux étaient fixés sur nous, non ? Elle a vu. Elle a forcément vu notre merde !
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— Je ne sais pas... répète-t-il en boucle, la voix complètement brisée, les mains moites et tremblantes. J'en sais rien, Val... J'ai cru qu'elle dormait, mais sa façon de parler, sa voix plate... Putain, elle sait tout. C'est sûr qu'elle sait tout.
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— Mais arrête de paniquer deux secondes ! soufflé-je avec une âpreté féroce, en le secouant rudement par les épaules pour le forcer à me regarder. Réfléchis ! Si elle savait vraiment, si elle avait vu cette horreur en face d'elle, elle aurait hurlé. Elle nous aurait jetés dehors à l'instant, elle aurait réveillé tout l'immeuble ! Elle ne se serait pas couchée tranquillement en nous souhaitant une bonne nuit !
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— Tu ne la connais pas... murmure-t-il, au bord de l'hystérie, la voix montant dans les aigus. C'est pire avec elle. Elle n'explose jamais, elle pourrit les gens de l'intérieur... Val, il faut qu'on s'en aille. Tout de suite. On prend nos affaires, on va à l'hôtel, n'importe où, mais je ne peux pas rester une minute de plus sous son toit.
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— À trois heures du matin ? coupé-je, effarée par sa crise de panique. Tu veux qu'elle nous entende faire nos valises ? Tu veux qu'elle ouvre sa porte et qu'elle nous voie fuir comme des voleurs ? Si on part maintenant, Tom, on lui jette notre culpabilité à la figure !
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Il s'arrête net, la main suspendue vers son blouson. Il me regarde, et je lis dans ses yeux la même épine venimeuse qui me dévore les tripes : le doute absolu. Est-ce pire de fuir et de confirmer sa suspicion, ou de rester pour subir un réveil dont nous ignorons tout ?
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— La... la chambre d'amis, murmure-t-il en déglutissant difficilement, me désignant d'un signe de tête furtif la porte au fond, près de la cuisine. Ma mère... elle l'avait préparée pour toi avant que tu arrives, avec les oreillers propres et tout... Il faut qu'on fasse genre, Val. Si elle se lève et qu'elle voit qu'on a dormi ensemble, ou que tu n'étais pas dans ton lit, c'est fini.
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Je hoche la tête, saisie d'un frisson glacial. C'est insensé, c'est pervers au possible d'aller nous coucher dans un lit qu'elle a agencé pour donner le change, mais c'est notre seule bouée de sauvetage.
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— D'accord, murmuré-je en ramassant mon sac. On fait ça.
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Il me guide à pas de loup, ouvrant la porte de la chambre d'amis en grimaçant au moindre craquement de parquet. Je m'y glisse dans l'obscurité et referme le bois sans un bruit, glissant le petit verrou intérieur.
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Mais une fois seule dans cette pièce, l'atmosphère me prend à la gorge. L'air est imprégné d'une odeur de lessive propre et surannée, un parfum de propre un peu lourd, typique du linge d'Isabelle, qui semble tapisser les murs et s'accrocher aux oreillers qu'elle a tendus de ses propres mains. Ce lit d'invitée, voulu et apprêté par elle, n'a rien d'un refuge : c'est une cellule. Je passe une main tremblante sur mes lèvres et le long de mon cou, et l'odeur âcre et salée de notre intimité se mélange à cette senteur de lessive maternelle. Je suis enfermée dans son univers, cernée par sa propreté méthodique.
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Le corps encore vibrant de notre étreinte et la peau poisseuse de terreur, je fixe le plafond blanchi par la lueur blafarde des lampadaires extérieurs. La nuit est perdue. Chaque craquement de l'appartement résonne comme une menace, et l'attente du lever du jour, prisonnière de ses draps propres, a des allures de marche vers l'échafaud.
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