Fantasme
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Isabelle, son fils Tom ... et Valérie — Chapitre 21 · L'interruption
Auteur
Isabelle, son fils Tom ... et Valérie
Chapitre 21 · L'interruption
Le silence qui suit sa phrase est plus lourd encore que le précédent. C'est un silence qui crépite, saturé d'une électricité sourde, de celles qui précèdent l'orage. Elle ne cille pas. Elle encaisse ma provocation sans reculer d'un pouce, le menton légèrement relevé, un pli de défi et de brûlure au coin des lèvres.
~
— N'inverse pas les rôles, Valérie, reprend-elle dans un souffle à peine audible, sa voix se brisant légèrement, trahissant la fêlure sous son vernis de fer. Ce n'est pas de la philosophie dont il est question ici. C'est de ce qui a été souillé. De ce qui a été pris sans droit.
~
Mais à mesure qu'elle parle, la menace s'effiloche, contaminée par une ambiguïté de plus en plus troublante. Ses prunelles claires parcourent mon visage avec une lenteur presque insoutenable, s'attardant sur la courbe de mon cou, mesurant chaque parcelle de peau exposée comme pour y chercher l'écho de ce qui s'est passé la veille. Ce n'est plus la jalousie d'une geôlière ou la colère d'une mère ; c'est une fascination à l'état pur, une convoitise vorace qu'elle ne cherche même plus à cacher derrière de grands mots.
~
Je sens le sang cogner dans mes tempes. L'idée de Tom, de sa faiblesse, de ses silences anxieux s'évapore d'un coup, renvoyée dans un autre monde. Ici, dans ce salon de Metz aux odeurs de cire et d'encaustique, il n'y a plus que nous deux. L'affrontement a basculé. Ce n'est plus une lutte pour la possession d'un homme-enfant ; c'est un duel de peaux, une confrontation entre sa domination rigide et ce vertige trouble qui m'attire irrésistiblement vers elle.
~
Un silence s'installe, lourd, suspendu entre nos respirations qui s'accordent malgré nous. Elle ne bouge pas. Moi non plus. Le temps semble s'étirer, chaque seconde devenant une épaisseur palpable où nos regards se croisent, s'analysent, se consument. C'est un jeu de dupes et d'aveux muets, une danse immobile où j'attends qu'elle franchisse la ligne de non-retour.
~
~
[Isabelle]
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Lentement, sans rompre le contact de nos prunelles, elle lève la main.
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Ses doigts viennent se poser sur le bord de sa chemise. Un premier bouton cède avec un petit bruit sec, presque indécent dans le calme de l'appartement. Le tissu s'entrouvre d'un pouce, révélant le creux de sa clavicule.
~
Une pause.
~
Mon regard tombe sur cette parcelle de peau dévoilée, et mon souffle se bloque net. Mes lèvres s'entrouvrent imperceptiblement, trahissant une fulgurance de désir brut. Je ne respire plus. Elle retient également la sienne, fascinée par l'effet de sa propre audace sur mon corps d'ordinaire si rigide.
~
Puis, dans un geste calculé, hypnotique, elle glisse ses doigts vers le second bouton.
~
Je prends tout mon temps pour la regarder faire, sentant sa présence me brûler la peau. Elle le défait à son tour, lentement, centimètre par centimètre. La chemise s'écarte un peu plus, découvrant la naissance de ses seins.
~
Une seconde pause, plus longue, plus dense, suspendue au-dessus du vide.
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Je fais un pas en avant. Un seul. Juste assez pour que nos souffles se mêlent, brûlants, au milieu des traces de cire et de notre folie. Ma main se lève, tremblante d'une impatience fiévreuse, prête à m'emparer de l'étoffe. Mais avant que je ne la touche, d'un geste de défi à la fois cruel et enivrant, elle maintient mon regard captif et glisse ses doigts sur le troisième bouton.
~
Elle l'ouvre d'un coup sec.
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Le tissu bascule, écartant franchement les pans de sa chemise pour offrir ses superbes seins à ma vue. Je retiens un hoquet, les yeux brillants d'une intensité presque effrayante, le visage traversé par une déflagration de désir pur et de jalousie consumée. Je suis à deux doigts d'engloutir l'interdit, d'abolir toute distance.
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C'est à cet instant précis, alors que le monde entier se résume à la lueur de ses yeux et au martèlement fou de nos cœurs, qu'un son métallique déchire le silence feutré de l'appartement.
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Clac.
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Le frottement d'une clé dans la serrure de la porte d'entrée.
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Le temps se fige net. Un silence de mort s'abat sur le salon.
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Je me fige, les doigts suspendus à un millimètre de sa peau. Le masque de fer et de désir qui distordait mes traits se dissipe en une fraction de seconde, remplacé par une terreur froide et instantanée. Je ne suis plus la prédatrice de l'aube ni la femme incandescente ; je redeviens, d'un coup, la mère. La femme terrifiée à l'idée que son fils, son fragile équilibre, découvre la pourriture tapie au cœur de leur foyer.
~
Dans un éclair de lucidité panique, mon regard croise le sien. Un échange fulgurant, silencieux, une négociation d'une urgence absolue : fermer les yeux, effacer, faire comme si rien de tout cela n'était jamais arrivé.
~
— Maman ? Valérie ? lance la voix de Tom depuis l'entrée, étouffée par le bruit de ses chaussures qu'il défait dans le couloir. Vous êtes là ? Je suis rentré un peu plus tôt, le prof de TD a annulé la fin de matinée...
~
Le son de ses pas commence à s'avancer sur le lino de l'antichambre.
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Dans un réflexe de survie fulgurant, je recule d'un bond, manquant de trébucher sur le bord du canapé. Mes mains s'agitent, attrapant frénétiquement les pans de mon gilet abandonné sur un fauteuil pour me le passer sur les épaules. De son côté, le sang battant à mes tempes dans un vacarme assourdissant, Valérie rabat calmement les pans de sa chemise, reboutonnant ses boutons avec une assurance glacée, le regard fixe et souverain.
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Nous n'avons eu besoin d'aucun mot. Une complicité monstrueuse, née de l'interdit et de la panique, nous lie soudain. Il n'a rien vu. Il doit continuer de croire que sa mère n'a absolument rien surpris de la nuit dernière. C'est notre pacte tacite, scellé dans l'angoisse.
~
Quand Tom débouche enfin dans l'embrasure du salon, un sac de cours en bandoulière sur l'épaule et l'air un peu perdu, je suis déjà assise bien droite sur le bord de la méridienne, les mains jointes sur mes genoux, le visage impassible et frais. Valérie se tient à quelques pas de moi, le dos tourné vers la fenêtre, ajustant l'étoffe de ses vêtements avec une maîtrise absolue, sans l'ombre d'un tremblement.
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— Ah, te voilà, Tom, fais-je d'une voix parfaitement égale, sans un seul trémolo, un sourire maternel et apaisé accroché aux lèvres. Tu as fini plus tôt ?
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— Oui... dit-il en promenant un regard fatigué sur nous deux, une ombre de perplexité traversant son regard sans rien deviner de l'abîme qui vient de s'ouvrir. Vous discutiez ?
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— De tout et de rien, mon chéri, répond Valérie d'un ton parfaitement assuré, soutenant son regard sans ciller, tandis que je l'observe, mon fils et elle, avec une neutralité de marbre. De tout et de rien.
~
Tom hoche la tête, l'air distrait, déposant son sac lourd sur une chaise. Il y a dans son attitude cette naïveté désarmante, cette certitude inébranlable qui me fait frémir. Il est là, convaincu que le monde tourne rond, persuadé que sa mère ignore tout des nuits blanches, des tensions et de ce qui s'est joué la veille entre les murs de cet appartement. Il faut qu'il continue de croire qu'Isabelle n'avait absolument rien vu, que les ombres de la nuit précédente sont restées ensevelies dans le silence de nos chambres.
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— Tu as l'air fatigué, chéri, je reprends, dosant ma sollicitude avec un art consommé, veillant à ce que chaque intonation sonne comme la douce normalité d'une mère attentive. Tu veux que je te prépare un café ?
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Je lance un regard furtif à Valérie, m'empressant d'écarter l'idée absurde de l'impliquer dans ses études tant l'atmosphère est au bord de la rupture. Dans ses yeux sombres, l'écho de notre vertige partagé fusionne immédiatement avec cette même urgence de fuite et de survie. Elle saisit la perche pour clore le sujet.
~
— Je ne vais pas m'attarder, d'ailleurs, intervient Valérie d'un ton sec, rajustant son sac sur son épaule avec une raideur qu'elle maquille en politesse. J'ai des dossiers qui m'attendent chez moi. Bon courage pour tes révisions, Tom.
~
Le piège se referme sur son esprit sans qu'il en perçoive les mailles. Il esquisse un sourire fatigué, raccompagnant distraitement Valérie vers la porte, totalement rassuré par ce tableau de concorde domestique. Il ignore totalement que les deux femmes qui viennent de se frôler partagent désormais un secret monstrueux, un désir féroce et suspendu qui n'attend que son prochain faux pas pour exploser.
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