Note de l'auteur
Isabelle a toujours fait ce qu'on attendait d'elle : femme correcte, épouse discrète, secrétaire impeccable. Mais sous les chemisiers sages et les talons nets, une femme endormie attendait qu'on la touche autrement. Gérard, son mari, n'a jamais su faire autre chose que prendre. Jusqu'au jour où un homme surgit au détour d'un accident Luc. Calme. Fort. Silencieux. Et dans son regard : tout ce que le corps d'Isabelle n'avait jamais osé réclamer. Peu à peu, elle va s'abandonner. Corps contre corps, souffle après souffle.
Jusqu'à ce que le plaisir ne soit plus une concession, mais un cri. Mais derrière le plaisir, rôde l'ombre. Et certaines femmes, dans l'ombre, ne supportent pas qu'une autre apprenne à jouir.
Il est 20h15.
Une lumière tiède descend lentement sur les murs du salon, s'infiltre à travers les rideaux blancs, étire les ombres sur le carrelage clair. Le jour s'efface avec douceur. La télévision est allumée sur une émission animalière, le son au minimum. Un félin traverse la savane en silence. Isabelle, elle, ne bouge pas.
Assise au bord du canapé gris, elle laisse son corps se poser avec une souplesse contenue. Sa jupe noire, mi-cuisses, épouse la courbe de ses jambes ; son chemisier blanc entrouvert laisse entrevoir la dentelle discrète d'un soutien-gorge noir. Les talons vernis sont posés bien droits au sol, comme si leur alignement contenait encore un peu d'ordre, un reste de contrôle.
Elle regarde l'écran, mais ne voit rien. Ses yeux fixent les images qui défilent, sans les enregistrer. Elle sent la tension dans ses épaules, l'étirement de ses omoplates crispées sous le chemisier. Sa nuque chauffe, raide à force de maintenir cette posture droite. Son ventre est creux, glacé, une pierre dans l'estomac.
À l'intérieur, c'est le vide, mais un vide qui pèse, qui tire vers le sol, comme si son propre corps tentait de s'effacer. Chaque tic-tac de l'horloge dans la cuisine est une goutte d'eau qui tombe sur sa peau nue, froide, lente, insupportable. Une forme de flottement la gagne, mais un flottement pesant, engourdi, où chaque nerf est en veille, prêt à encaisser.
Puis vient le bruit. Celui de la serrure qui tourne. Sec, métallique, inévitable. Ce son est ancré en elle comme un réflexe conditionné, il déclenche une contraction dans sa nuque, un frisson qui lui descend dans le dos. Une tension s'installe dans ses lombaires, ses mâchoires se crispent.
Elle redresse la tête lentement, comme si elle pesait soudain plusieurs kilos. Sa gorge se serre, un goût métallique remonte dans sa bouche. Mais elle ne se lève pas. Pas besoin. Ses cuisses se tendent légèrement sous la jupe, prêtes à supporter, à encaisser. Elle sait ce qui va suivre. Son cœur ralentit au lieu d'accélérer, comme s'il savait aussi qu'il faut économiser l'énergie.
Gérard entre. Claque la porte. Une vibration monte dans les murs. Isabelle sursaute à peine, mais son estomac se contracte. Il lance ses clés sur le buffet. Elles ricochent sur le bois avec un bruit sec, tranchant. Elle sent la tension monter dans ses omoplates. Il traverse la pièce d'un pas lourd. Chaque pas résonne dans le sol, dans ses côtes, dans sa poitrine. L'air qu'il déplace pèse.
Il pue la bière tiède, le tabac froid, et cette sueur séchée qui colle à sa peau, mélange fétide qu'Isabelle sent s'insinuer dans sa gorge, lui laissant un goût rance sur la langue. Son jean pend de travers sur ses hanches larges, son polo colle à ses aisselles. Sa veste de travail, jetée sur une chaise, semble suinter l'effort d'un autre homme, celui d'avant, celui qu'elle a connu autrefois.
Il regarde la télé, hausse un sourcil, et elle sent ses tripes se crisper comme un linge tordu. Même ce geste banal lui parait brutal.
— Y a à manger ?
Isabelle répond sans tourner la tête :
— Une assiette dans le micro-ondes.
Il ne répond pas. File aux toilettes. La porte claque, un souffle d'air froid glisse dans le couloir. Isabelle entend la cascade de l'urine contre la porcelaine, brutale, bruyante, presque indécente. Elle ferme les yeux, sent ses tempes battre lentement, comme si chaque pulsation cognait contre sa peau trop tendue.
La chasse d'eau explose dans le silence, un choc liquide, puis le froissement du tissu, le zip strident de la braguette remontée.
Chaque bruit lui traverse le ventre, comme une lame émoussée. Elle reste figée, le dos droit, les cuisses serrées. Sa respiration est courte, bloquée dans le haut de la poitrine, et ses mains, sur ses genoux, sont moites, collées contre la peau fine de ses bas. Le cuir du canapé colle légèrement à l'arrière de ses jambes nues.
Elle ne bouge toujours pas. Ne respire qu'à peine. Chaque son semble retentir à l'intérieur d'elle comme un avertissement. Elle compte les secondes. Se prépare. Son cœur cogne doucement, avec la précision d'une montre à retardement.
Il revient. Se plante devant elle. Son ombre la recouvre.
Elle sent son odeur avant même de lever les yeux : un souffle rance, épais, presque chaud contre son visage.
L'écran derrière diffuse une scène dans laquelle un lion monte une femelle, des râles animaux mêlés au grésillement de la télévision. La lumière bleutée découpe la silhouette de Gérard, large et brutale, son ventre légèrement tendu contre le tissu de son polo.
— T'as vu cette salope ? Elle se fait démonter… et en plus, elle aime ça.
— Vous êtes vraiment toutes des salopes.
Ses yeux passent sur elle. Elle sent son regard comme une pression sur sa poitrine, une pesanteur qui l'écrase. Sa gorge se serre. Un nœud monte, mais ne sort pas.
Il pose ses mains sur sa ceinture. Le cuir grince sous ses doigts. Le métal claque doucement. Elle entend son souffle, lent, court, agacé. Une chaleur se répand dans ses joues. Pas de honte, pas de trouble : une rougeur mécanique, une réaction physiologique.
Ses genoux s'impatientent, prêts à plier. Son ventre se creuse, son dos se tend. Elle sait. Elle anticipe déjà l'odeur, le goût, la posture, la brûlure au sol. Et elle se prépare. Comme une plaie qui s'habitue à la lame.
— J'ai passé une journée de merde. Je suis tendu. Suce-moi.
Elle baisse les yeux. Lentement. Comme une machine bien rodée. Ses cils battent une seconde de trop. Elle sent une pointe de vertige derrière les paupières.
Elle se lève. Ses talons claquent à peine sur le carrelage, mais la vibration remonte dans ses chevilles, jusqu'au creux de ses reins. Elle s'agenouille, et le choc de ses rotules contre le sol lui arrache un souffle discret.
Son chemisier tire sur les boutons, le tissu frotte contre sa poitrine tendue, une friction glacée sur sa peau trop chaude.
Elle ne la replace pas. Elle ne bouge plus. Son souffle est court, son ventre durci, et une fine pellicule de sueur commence à perler dans le creux de ses reins. Elle est là, offerte, mais enfermée dans sa propre carcasse.
Ses doigts déboutonnent le jean, glissent sans trembler, mais chaque pression du tissu contre ses phalanges l'irrite comme une brûlure invisible. Elle sent la chaleur poisseuse de sa peau monter sous ses ongles, la moiteur étouffante qui se libère de l'intérieur du pantalon. Une bouffée d'air saturée d'odeurs : sueur aigre, urine mal rincée, relents de cuir et de fatigue rance. L'odeur s'accroche à ses narines, descend dans sa gorge, la pique.
— Allez, sors-moi le monstre, Isa. Et nettoie-le bien pendant que t'y es, t'as compris ? Ce n'est pas compliqué de faire plaisir à son homme.
Le ton est gras, possessif, comme une main qui écrase. Chaque mot résonne en elle comme une injure polie, déguisée en ordre légitime. Elle tire le tissu, découvre le sexe déjà lourd, moite, et le prend en main, comme on manipule un objet sale avec résignation. La chaleur lui brûle les doigts. Un filet d'odeur monte, plus fort encore. Elle inspire malgré elle, et sent son estomac se contracter violemment. Mais son visage reste lisse. Comme s'il n'appartenait plus à son corps.
Son estomac se noue. Un haut-le-cœur menace, mais elle l'écrase d'un réflexe entraîné. Ses articulations sont rigides, comme rouillées. Elle sent ses poignets vibrer légèrement, non de peur, mais de cette fatigue nerveuse qui s'installe au bout de tant d'années à répéter le même geste.
Mais son visage reste lisse. Neutre. Vide. Elle a appris à dissocier chaque partie de son corps, à les faire fonctionner comme des outils. C'est devenu une technique. Elle se débranche. Elle fait le vide. Elle devient un néant utile, silencieux, précis.
— Tu sens ça ? Hein ? Ça, c'est l'odeur d'un homme qui rentre après une vraie journée de taf.
Tu devrais être fière de me soulager, Isa. Tout ce que t'as ici, c'est grâce à moi. Cette maison, tes jupes, ton petit confort…
— Tu crois que t'as mérité tout ça toute seule ?
— T'es ma femme, et t'as un devoir. Alors, arrête ton air hautain, et fais ce que t'as à faire.
Elle ne répond pas. Ne tressaillit même pas. Une larme coule sur sa joue, chaude, puis froide. Elle ne l'essuie pas. Elle est là, offerte dissociée.
Il ne la regarde pas. Il regarde le lion à l'écran, hypnotisé. Le mâle saisit la femelle à la nuque, la cloue au sol, puissant, impérieux. Gérard a un rictus bref. Une pensée traverse son esprit, brutale : il aurait dû être un lion. Un vrai. Il l'aurait prise là, par terre, sur le carrelage, comme une bête. En lui mordant la nuque pour lui faire passer ses airs de bourgeoise. Ça lui aurait remis les idées en place. Fini les minauderies silencieuses, les œillades hautaines. Juste une bonne prise sauvage, et elle aurait appris à respecter.
Elle se penche. Le sexe entre ses lèvres est chaud, veiné, pesant, presque repoussant. Une masse vivante qui pulse, qui s'impose. L'odeur sature l'air autour d'elle, acide, animale, suffocante. Une chaleur étouffante remonte dans sa gorge, lui brûle les amygdales, l'irrite jusqu'à lui faire monter des larmes aux yeux. La base frotte contre son palais, sa langue glisse mécaniquement, contraint de suivre un rythme qu'elle n'a pas choisi.
Elle respire par le nez, lentement, très lentement, pour ne pas suffoquer. L'air lui semble épais, chargé d'humiliation. La salive coule trop vite, s'accumule, la gêne. Elle avale, encore, encore. Sa mâchoire tire déjà, ses muscles mandibulaires sont en tension, tremblants. Des crampes s'installent, familières, comme un vieux réflexe de douleur muette.
Ses genoux lui donnent l'impression de fondre contre le carrelage. Le sol est froid, mais son corps brûle. Une sueur acide lui coule le long de l'échine. Son estomac se tord. Un haut-le-cœur monte, elle le contient de justesse. Elle pense à son souffle, à ne pas s'étrangler. Elle pense à la prochaine seconde. Et à celle d'après. Et encore.
La routine. Une habitude. Une soumission sans fin. Aucune envie. Aucun plaisir. Mais au fond d'elle, une pensée, sourde, douloureuse, revient comme un murmure empoisonné : Tu n'es qu'un réceptacle. Une bouche utile. Une fonction. Une absence vivante.
Alors elle continue. Va-et-vient. Souffle court. Corps figé. Chaque mouvement est mesuré, calculé, précis.
Elle sait ce qu'il faut faire : aspirer un peu à l'entrée, détendre la gorge pour laisser passer, glisser sa langue sur le dessous pour accélérer. Ne pas trop contracter les lèvres, sinon il grogne. Ne pas ralentir, jamais. Maintenir le rythme. Créer une illusion de plaisir qu'elle ne ressent pas.
Tout pour qu'il vienne vite. Moins ça dure, mieux c'est. Elle pense : Va jusqu'au bout. Ne respire pas trop fort. Ne pas tousser. Ne pas pleurer. Ne pas laisser échapper un son.
Et cette même prière intérieure, lancinante, rythmée par chaque va-et-vient : Fais-le vite. Ne pas t'étouffer. Avale. Nettoie. Repars.
Gérard soupire comme un homme qui s'allonge enfin. Son ventre se relâche, son bassin s'enfonce légèrement en avant, son souffle s'échappe comme une vapeur lourde et chaude qui vient lui effleurer la tempe. Isabelle, elle, sent ce relâchement dans tout son corps, comme un poids soudain qui s'appuie plus fort sur sa gorge.
Le goût se répand dans sa bouche, salée, saturée. Sa langue s'alourdit, sa mâchoire crie, tendue jusqu'à l'épuisement. Un frisson désagréable lui traverse l'échine, comme si ce soupir, à lui seul, suffisait à envahir son être. Son nez est bouché. Sa gorge sèche. Mais elle sait : ce soupir-là, c'est le signal qu'il ne reste plus longtemps. Elle se répète : Bientôt fini. Tiens encore. Avale. Laisse-toi faire. Respire. Respire. Respire.
Ses genoux commencent à brûler contre le carrelage, une douleur vive, étalée, comme si sa peau se dissolvait lentement sous le poids de son propre corps. Le sol est dur, glacé, et cette froideur mord sa chair, fait vibrer ses rotules. Elle pince les lèvres. Ce qu'elle sent dans sa gorge lui remonte au nez. Pourquoi est-ce que son sexe sent autant la pisse ? se demande-t-elle. Il ne peut pas se rincer, juste une seconde, après avoir uriné ?
Au début, pourtant, il le faisait. Il était presque tendre, attentif. Il s'essuyait. Il l'embrassait. Il la regardait.
Aujourd'hui, il ne fait même plus semblant. Il rentre, se soulage, et elle est là. À genoux. Un réceptacle. Un objet de service. Une bouche utile.
Elle ravale sa nausée. Inspire par le nez. La brûlure revient dans sa gorge. Elle pense à la vaisselle, au linge à étendre, à la commande Drive à récupérer. À tout ce qui n'a pas d'odeur.
Tout ce qui ne colle pas. Tout ce qui ne laisse pas ce goût de cendre, de pisse, ni cette odeur fauve, lourde et rance de sexe mal lavé, mêlé à celle d'une urine âcre, qui s'accroche à son palais comme une honte tenace.
Quand il jouit, il attrape son chignon, tire plus fort que d'habitude. Sa tête se cambre violemment en arrière, sa nuque se tend comme un arc, et elle sent l'élancement net dans sa colonne. À chaque spasme, il donne un coup de reins plus profond, brutal, sec, qui cogne contre sa gorge, la pousse à la limite du réflexe de suffocation.
Elle encaisse. Elle ne recule pas. Elle serre les yeux. Elle se concentre sur un seul objectif : survivre à ces secondes. Ne pas paniquer. Ne pas tousser. Ne pas s'étouffer. Il murmure entre deux râles :
— Avale. Ne gaspille pas ton repas.
Puis, il ricane, la voix basse, moqueuse :
— T'aimes ça, hein ? Mon jus… T'es vraiment une belle salope.
Son ventre se contracte sous le choc, ses côtes vibrent à chaque impact. Ses mains tremblent légèrement, ses doigts s'agrippent au jeans pour ne pas vaciller. Elle n'est plus là. Elle est ailleurs. Dissoute. Transparente.
Elle a cette sensation viscérale, écrasante, d'être juste là pour le vider. Comme un évier. Comme un sac. Comme une bouche offerte, sans nom, sans droit, sans contour.
Elle avale. Non pas par envie. Mais pour en finir. Vite.
Elle ne gémit pas. Elle ne bronche pas. Elle ferme les yeux une seconde de plus, et imagine une porte. Fermée. Verrouillée. De l'autre côté, peut-être un autre monde.
Il la relâche. Elle repose ses mains au sol.
— Rhabille-moi. Allez.
Elle remonte le pantalon, les mains encore engourdies, moites, tremblantes. Ses doigts effleurent le tissu, chaud encore de son corps. Elle sent la fermeture sous ses ongles, le cliquetis du bouton qui résiste légèrement avant de se caler dans sa boutonnière. Le frottement du denim lui agresse la pulpe des doigts.
L'odeur reste accrochée à ses paumes, persistante, écœurante. Tout est propre. En apparence. Bien rangé. Comme si rien ne s'était passé.
Comme si elle n'avait été qu'un souffle, un outil silencieux refermé dans une routine huilée.
Elle inspire à peine, et ravale une seconde nausée.
— Merci. Il n'y a pas à dire. Une bonne pipe en rentrant du boulot, ça vous détend un homme.
— Tu es vraiment une bonne pompe à jus.
Il se détourne, retourne s'asseoir, augmente le son de la télé.
Une hyène grogne à l'écran, son cri rauque couvrant un instant le bruit humide de sa propre gorge qui déglutit encore.
Isabelle reste à genoux quelques secondes de plus. Elle a la bouche pâteuse, envahie par un goût tenace, fétide, mélange âcre de sperme lourd et d'urine tiède.
Le fond de sa langue la démange, un arrière-goût acide colle à son palais, au point de lui arracher un frisson involontaire.
Elle a l'impression que son souffle lui remonte à l'envers, saturé de ce goût qui ne part pas, de cette humiliation qui sature.
Ses lèvres picotent, son menton est moite. Sa gorge brûle. Elle veut cracher. Mais elle ne peut pas.
Alors, elle reste là, le dos cambré, le ventre en vrac, et attend que le haut-le-cœur reflue.
Elle ravale. Encore. Et encore.
Elle pense : Si je bouge trop vite, je vomis.
Elle se lève. Ses jambes sont engourdies, douloureuses, comme si le sang y circulait de nouveau à contrecœur. Ses rotules craquent doucement.
La sensation du carrelage froid s'efface, remplacée par une lourdeur moite. Sa jupe est froissée, collée par endroits à la peau moite de ses cuisses, comme une seconde peau inconfortable.
Une douleur sourde pulse dans ses mollets. Son bas droit glisse légèrement sur sa cheville.
Elle passe devant lui, le dos raide, le souffle encore court, la bouche toujours amère.
Il ne la regarde pas. Pas un mot. Pas un signe. Juste sa main qui descend paresseusement jusqu'à son entrejambe, comme s'il se remerciait lui-même.
Le cuir du canapé grince sous son poids. Isabelle sent, derrière son dos, la lourdeur de sa présence, son indifférence poisseuse comme une couche invisible sur sa peau.
— Change-toi. Mets ton truc rouge. Celui de petite pute. J'arrive. Ce soir, je te mets une bonne pétée.
Elle monte les escaliers. Pas de colère. Pas de peur. Juste un immense vide, et entre dans la salle de bain, referme doucement la porte.
Le miroir lui renvoie son reflet. Une femme sans voix, sans contour, les lèvres rougies par l'effort, la mâchoire encore endolorie.
Elle enlève ses boucles d'oreilles. Défais son chignon. Les épingles tombent une à une dans le lavabo, cliquetis secs sur la porcelaine froide.
Elle soupire. Les traits tirés. Les yeux vides, mais la gorge en feu, attrape la brosse à dents comme une arme, presse le dentifrice, l'écrase jusqu'à faire couler plus que nécessaire. Et frotte trop fort. Le goût mentholé pique violemment sa langue, mais ce n'est pas assez.
Elle veut faire sortir ce qu'elle a avalé. Ce jus épais, tiède, qui colle encore au fond de sa gorge.
Elle crache fort, bruyamment, avec une grimace, comme si cela pouvait arracher l'humiliation incrustée dans sa bouche. Elle se rince, encore. Puis encore. Mais le goût reste. Fétide, acide.
Elle le sent jusque dans ses sinus, jusque dans ses tempes, s'appuie sur le lavabo, tête baissée. Le miroir lui rend le haut de son crâne. Et son souffle court. Le robinet coule encore. Lentement. Comme elle.
Elle regarde la buée qui commence à napper la glace. Elle s'y voit disparaître.
Puis elle ouvre le tiroir.
Ses doigts fouillent dans le linge jusqu'à toucher cette matière lisse et glissante. La nuisette rouge. Celle qu'il aime. Celle qu'elle déteste.
Le tissu glisse entre ses doigts comme une insulte silencieuse. Froid. Léger. Presque provocant.
Une provocation qui n'est pas la sienne.
Elle la tire du tiroir avec un pincement au ventre, une crispation dans la nuque.
Comme la moitié des sous-vêtements qu'il lui achète, cette lingerie criarde, vulgaire, bon marché qu'elle n'aime pas, qu'elle n'a pas choisie. Mais qu'elle est parfois obligée de porter. Par peur d'un commentaire. D'une remarque. D'un soupir de travers.
Le tissu colle à ses paumes moites. Elle l'enfile sans émotion. Le satin lui glisse sur la peau, froid contre ses seins encore sensibles, effleurant ses hanches avec une indécence feutrée. Elle frissonne. Non de désir. Mais d'inconfort. D'aliénation. Elle ne regarde pas ce que cela donne dans le miroir. Elle n'en a pas besoin. Ce n'est pas un corps qu'elle voit. C'est un outil. Un emballage. Une fonction. Une armure trouée qu'on lui a imposée.
Elle s'assoit sur le bord du lit. Entends les rires gras de la télé en bas. Les applaudissements d'un jeu idiot. Puis, elle entend les pas. Lourds.
Il monte.
Elle fixe le mur, prend une grande inspiration, comme pour s'ancrer dans ce qu'elle n'a pas choisi de vivre.
Et dans un coin de sa tête, très loin, une pensée timide, fragile, presque coupable :
Est-ce que je suis morte, ou est-ce que c'est la vie qui l'est ? Ou est-ce que c'est juste ça, être une femme mariée ? Il était en déplacement aujourd'hui, il n'a même pas pu vider ses couilles dans sa secrétaire. Et moi, je suis là, à combler le manque. C'est logique, non ? Je me sens presque coupable. Il doit être frustré. Mais ce que je me sens légère quand c'est elle qu'il baise. Je peux respirer, ces jours-là. Comme en vacances.
Elle se promet de ne pas pleurer. Pas ce soir. Pas pour lui. Elle attend. Le satin remonte sur ses cuisses, colle à sa peau moite, remue un frisson de dégoût plus que de froid. Ses cuisses se touchent légèrement, et l'humidité lui donne l'impression de s'enliser dans son propre corps. Chaque seconde qui passe amplifie son malaise.
Puis il entre, déjà torse nu, le ventre gonflé, la peau marbrée de sueur, déboutonnant son pantalon tout en marchant, haletant, impatient. Le claquement métallique de la boucle résonne dans la pièce comme un compte à rebours. L'air semble s'épaissir.
Elle perçoit déjà l'odeur de sa peau, mêlée au cuir de sa ceinture, à la bière et au tabac. Son estomac se serre. Son corps anticipe chaque geste, chaque mot. Elle se raidit.
— Allez, mets-toi à quatre pattes. La bourgeoise... une bonne levrette, ça te remettra les idées en place... tu tireras moins la tronche.
Isabelle obéit. Elle se retourne, s'agenouille sur le lit, les genoux enfoncés dans le matelas, les coudes dans les draps encore froids. Le tissu grince sous ses bras, râpe la peau de ses avant-bras, laisse une fine sensation d'éraflure. Elle serre déjà les poings dans le coton pour ne pas trembler, les ongles plantés dans la paume, une douleur muette qui l'aide à tenir.
— Allez, bouge ton cul, feignasse.
Elle cambre ses fesses, tendue, chaque muscle contracté dans une tension presque douloureuse, mécaniquement prête. L'air glacé lui caresse l'intérieur des cuisses, et la chair de ses fesses exposées picote. Sa respiration se coupe d'avance, s'écrase dans sa gorge, courte, silencieuse, bloquée, juste assez pour ne pas trahir le tremblement de son ventre.
Derrière elle, il rote bruyamment.
— Putain, il faut que j'arrête la bière, moi.
Puis une claque cingle, sa fesse nue, un claquement sec qui fend l'air avant de la frapper avec une violence sourde. La peau rougit instantanément, un picotement brûlant se propage jusqu'à sa hanche.
Elle sent la chaleur se répandre, pulsante, comme une tache de feu sous la chair. La douleur est vive, éclatante, mais elle l'enfouit sous la mâchoire qu'elle serre de toutes ses forces.
Elle mord le drap pour étouffer un cri, ses dents s'y plantent avec une rage muette, son ventre contracté au point d'en trembler. Le coup a fait vibrer ses reins, un écho sec et brutal dans son bassin. Ses fesses se tendent malgré elle, un réflexe de défense inutile.
— Allez, t'es prête, la bourgeoise ?
Il s'agenouille derrière elle, et d'un geste rapide, brutal, il crache entre ses cuisses. La salive tiède coule le long de sa peau tendue, glisse lentement entre ses fesses comme une insulte visqueuse.
Elle frissonne, non de froid, mais de dégoût. Son corps se crispe, ses orteils se recroquevillent dans le vide. Elle serre les draps plus fort, son souffle coupé. La sensation gluante la dégoûte autant qu'elle la glace. Elle pense : Plus que deux minutes. Deux longues minutes.
Elle baisse la tête, l'enfouit dans le drap. Puis il commence. C'est froid. Sans affection. Sans regard. Isabelle ne sent rien d'autre qu'un piston entre ses cuisses, une mécanique brutale et vide. Gérard la pénètre comme on pousse une porte mal huilée. Son gros ventre heurte le haut de ses fesses à chaque va-et-vient. Il gémit bruyamment, haletant :
— Putain, tu la sens, hein, ma salope ?
Il transpire comme un bœuf, son souffle râpeux martèle sa nuque. L'odeur de sueur et de bière la submerge. Elle ferme les yeux. Et disparais à l'intérieur. Puis il jouit en elle, dans un cri qu'elle ne supporte plus, rauque et gras, qui résonne comme une injure dans l'air figé de la chambre.
Il s'écroule sur elle, tout son poids l'écrase, l'étouffe, l'enfonce dans le matelas. Son souffle manque. Son dos ploie. Enfin, il roule sur le côté, se redresse en soufflant, et se dirige vers les toilettes en traînant les pieds.
— Putain, tu pourrais faire un effort quand je te déboîte… On dirait un sac.
Commentaires ()
Merci pour votre commentaire. Hommage est un bien grand mot j'essaie juste d'aborder le sujet.
Il est beau par son horreur et j'avoue être curieux de la suite car j'aime la plume et la justesse des personnages dans ce que vous décrivez.
Merci pour votre commentaire.
J'espère que la suite vous plaira.
C'est un hommage bien mérité pour les femmes maltraitées et malheureusement il y en a
la suite est atttendu sauf sauver la moral bravo d'avoir ou le corage d'écrire ça
Merci pour votre commentaire, j'espère que vous apprécierez la suite.
Merci pour votre commentaire ravi que cela vous plaise.
Malheureusement ca arrive a tellement de femmes.
On est dans le spectre du viol.
Je suis certaine que le type va en baver dans la suite
S'il te plaît ne dévoile pas la fin tu as déjà deviné.
C’est tellement révoltant qu’on a peine à croire que cela puisse exister. Malheureusement la réalité dépasse fréquemment l’admissible. Et c’est vrai aussi que le site regorge de textes que je n’apprécie pas. J’attends la suite avec impatience. Vous m’avez en effet habitué à de beaux récits qui me donnent beaucoup de plaisir et je ne doute pas que la suite me ravira
Merci pour votre commentaire,
je ne veux pas vous raconter la suite dès le premier chapitre. Mais tout est dit dans le titre, il va y avoir du positif pour le personnage féminin. :)
Merci pour ton commentaire ceci est juste une modeste façon de dénoncer les violences faites aux femmes car lorsque je lis le nombre d'histoires soi-disant vrai où la femme n'est pas du tout respectée avec un nombre de like énorme je ne comprends pas trop.
Ceci n'est qu'une fiction et cette femme va prendre le dessus.
Bonne continuation à vous sur le site
J’attends la suite avec impatience et j’espère qu’il va morfler.
merci pour ce commentaire,
je ne veux pas vendre la mèche, mais oui, vous avez deviné, cela ne va pas bien se passer pour li : )
c'est ce qu'on appelle le viol conjugal , j'espère que la suite sera positive
Merci pour votre commentaire, ceci est la mise en place du 1er chapitre et la présentation des personnages. Il va de soi que la suite sera positive pour le personnage féminin.
Je suis personnellement contre la violence faite aux femmes, j'ai malheureusement vu en trente-cinq ans d'intervention trop de violences faite aux femmes.