Inspiré du réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Parfum de l'interdit — Chapitre 2 · Espoir trahi
Auteur
Parfum de l'interdit
Chapitre 2 · Espoir trahi
POV Amira
Deux mois s'étaient écoulés depuis cette nuit où j'avais jeté ma bague dans le sable. Deux mois pendant lesquels j'avais reconstruit patiemment une façade de normalité. Au travail, chez PetroServ Italy, je souriais aux clients au téléphone, je traitais les appels avec professionnalisme, je prenais mes pauses café avec les autres filles du bureau. À la maison, j'évitais les questions de ma mère sur Mohsin en invoquant vaguement des « incompatibilités » et un « commun accord ». Sarah, ma sœur aînée, avait compris qu'il ne fallait pas insister. Djawida, la cadette, se contentait de me lancer des regards compatissants sans oser parler.
Mohsin avait essayé de me recontacter pendant trois semaines. Messages suppliants, puis furieux, puis à nouveau suppliants. Il était même venu devant l'immeuble un soir, criant mon nom dans la rue jusqu'à ce qu'un voisin menace d'appeler la police. Puis, aussi brusquement qu'il était apparu dans ma vie, il disparut. J'appris par une connaissance commune qu'il s'était fiancé à Madjda. Cela me fit sourire amèrement. Ils se méritaient.
Mais sous cette apparence de guérison, quelque chose en moi s'était durci. La nuit, seule dans mon lit, je revivais la scène. Pas la douleur, non. La douleur s'était transformée en quelque chose de plus froid, de plus calculé. Une détermination.
Je m'étais juré de ne plus jamais être celle qu'on trompe. Mais je m'étais aussi juré, dans un recoin secret de mon cœur que je refusais d'examiner de trop près, que je méritais mieux. Que tous les hommes n'étaient peut-être pas comme Mohsin.
C'est dans cet état d'esprit contradictoire — cynisme de surface et espoir enfoui — que je rencontrai Mehdi.
C'était un jeudi soir, et Sarah m'avait traînée de force à une soirée chez Fahad, son copain. Un appartement spacieux dans un des nouveaux immeubles de Hassi Messaoud, ceux construits pour les cadres des compagnies pétrolières. Climatisation centrale, carrelage italien, cuisine américaine. Un luxe rare dans cette ville de sable et de sueur.
— Ça te fera du bien de sortir, avait insisté Sarah en fouillant dans mon armoire pour me trouver une tenue décente. Tu ne peux pas rester enfermée comme une veuve. Tu as vingt-trois ans, Amira, pas cinquante.
J'avais fini par céder, me laissant habiller d'une robe noire ajustée qui mettait en valeur mes courbes sans être vulgaire, et de talons qui me faisaient gagner quelques centimètres. Sarah avait insisté pour me maquiller — un trait de khôl, du rouge à lèvres discret couleur nude, un soupçon de mascara.
Lorsque je me regardai dans le miroir, je fus surprise de reconnaître une version de moi que j'avais presque oubliée. Celle d'avant Mohsin. Celle qui aimait se sentir belle.
L'appartement de Fahad bourdonnait déjà de conversations et de rires lorsque nous arrivâmes. Une vingtaine de personnes, mélange de jeunes cadres, d'entrepreneurs locaux, et de quelques expatriés français et italiens qui travaillaient dans le pétrole. La musique, un mélange de raï moderne et de pop internationale, créait une ambiance festive sans être assourdissante.
Fahad nous accueillit avec un large sourire, embrassant Sarah avec une familiarité qui me fit détourner les yeux. Il me serra la main chaleureusement.
— Content que tu sois venue, Amira. Sarah me disait que tu avais besoin de te changer les idées. Entre, sers-toi, fais comme chez toi.
Je le remerciai poliment et me dirigeai vers le buffet dressé sur la table de la salle à manger. Des mets algériens et orientaux — houmous, baba ganoush, feuilles de vigne farcies — côtoyaient des pizzas et des sandwichs plus occidentaux. Je me servis un verre de jus d'orange frais et balayai la pièce du regard.
C'est alors que je le vis.
Il était adossé contre le mur près de la fenêtre, un verre à la main, en pleine conversation avec deux hommes qui semblaient boire ses paroles. Grand — facilement un mètre quatre-vingt-cinq — avec une carrure athlétique que sa chemise blanche ajustée ne cachait pas. Des cheveux noirs coupés court, une barbe de trois jours, soigneusement taillée, des yeux marron clair qui brillaient d'intelligence et d'humour.
Il leva les yeux au moment précis où je le regardais, et nos regards se croisèrent.
Le temps sembla se suspendre une fraction de seconde. Puis il sourit. Un sourire lent, confiant, qui creusait une fossette dans sa joue gauche.
Je détournai rapidement les yeux, sentant mes joues chauffer. Ridicule, me sermonnai-je. Tu n'as que vingt-trois ans, pas quatorze.
— Qui est-ce ? demandai-je à Sarah en essayant de paraître détachée.
Elle suivit mon regard et sourit d'un air entendu.
— Mehdi Brahimi. Entrepreneur dans le transport de marchandises. Il a sa propre compagnie, une flotte de camions qui ravitaillent les bases pétrolières. Il est riche, célibataire, et selon Fahad, un type bien. Pourquoi, il t'intéresse ?
— Simple curiosité, répondis-je en haussant les épaules avec une désinvolture feinte.
Sarah rit.
— Bien sûr. Simple curiosité. C'est pour ça que tu rougis.
Avant que je puisse protester, Fahad s'approcha avec Mehdi à ses côtés.
— Les filles, je vous présente Mehdi. Mehdi, voici Sarah, ma copine, et sa sœur Amira.
Mehdi nous salua avec une politesse naturelle, serrant la main de Sarah puis se tournant vers moi. Lorsque sa main enveloppa la mienne, je fus frappée par sa chaleur, sa fermeté. Il ne la serra pas trop fort, juste assez pour être confiant sans être dominateur.
— Enchanté, Amira. Fahad m'a beaucoup parlé de vous.
Sa voix était grave, posée, avec une pointe d'accent de l'ouest algérien qui adoucissait ses consonnes.
— Vraiment ? répondis-je en lançant un regard interrogateur à Fahad. J'espère qu'il n'a dit que du bien.
— Uniquement du bien, assura Mehdi avec un sourire. Il m'a dit que vous travailliez chez PetroServ Italy. Standardiste, c'est ça ?
— Pour l'instant. J'espère évoluer vers un poste d'assistante.
— Ambitieuse. J'aime ça.
Il y avait quelque chose dans sa façon de me regarder — attentif sans être insistant, intéressé sans être prédateur — qui me mit à l'aise immédiatement. Nous parlâmes pendant quelques minutes de nos métiers respectifs, de Hassi Messaoud et de ses particularités, de nos projets.
Puis la conversation dériva vers des sujets plus légers. Il me raconta des anecdotes sur ses voyages avec ses camions à travers le Sahara, des histoires de tempêtes de sable et de pannes en plein désert qui me firent rire. J'oubliai progressivement ma réserve initiale.
À un moment, Sarah et Fahad s'éclipsèrent discrètement, nous laissant seuls près de la fenêtre. La musique avait changé, devenant plus langoureuse, et certains invités commençaient à danser dans le salon.
— Vous dansez ? me demanda Mehdi.
— Ça dépend. Vous dansez bien ?
— Je me débrouille. Mais je promets de ne pas vous écraser les pieds.
Je ris et lui tendis la main. Il me guida vers l'espace dégagé où d'autres couples ondulaient au rythme d'une chanson de Cheb Khaled. Sa main se posa sur le creux de mes reins, respectueuse mais ferme, et je posai la mienne sur son épaule.
Nous dansâmes. Il avait raison — il se débrouillait plus que bien. Nos corps trouvèrent rapidement un rythme commun, se mouvant en harmonie. Je sentais la chaleur de sa paume à travers le tissu fin de ma robe, l'odeur subtile de son eau de toilette — quelque chose de boisé et de frais, très différent du gel douche bon marché de Mohsin.
— Vous êtes doué, dis-je.
— J'ai eu de bons professeurs. Ma mère m'a forcé à prendre des cours de danse quand j'étais ado. Je la maudissais à l'époque, mais maintenant je lui en suis reconnaissant.
— Sage mère.
Il rit, et le son résonna dans sa poitrine contre la mienne. Nous étions proches, très proches. Nos visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Je pouvais voir les paillettes dorées dans ses yeux marron, la texture de sa peau légèrement hâlée par le soleil du désert.
La chanson se termina, mais nous ne nous séparâmes pas immédiatement. Il me regardait intensément, et je sentis quelque chose bouger dans ma poitrine. Quelque chose que je croyais mort.
— Amira, murmura-t-il. Ça vous dirait de sortir prendre un café un de ces jours ? Ou un dîner ?
Mon cœur battait plus vite. Une partie de moi voulait dire non, se protéger, fuir avant de se faire à nouveau briser. Mais une autre partie, plus forte, voulait croire. Croire que tous les hommes n'étaient pas des Mohsin. Que je méritais mieux que la solitude et le cynisme.
— Oui, répondis-je. J'aimerais bien.
Son sourire s'élargit, creusant cette fossette que je trouvais de plus en plus charmante.
— Demain soir ? Je connais un bon restaurant algérien à Ouargla. Pas très loin en voiture.
— D'accord. Demain soir.
Nous échangeâmes nos numéros, et le reste de la soirée passa dans un brouillard agréable. Je sentais son regard sur moi à plusieurs reprises, et chaque fois que nos yeux se croisaient, nous échangions un sourire complice.
Lorsque Sarah et moi rentrâmes, bien après minuit, elle ne put s'empêcher de me taquiner.
— Alors ? Mehdi ?
— Alors quoi ?
— Ne fais pas l'innocente. Vous avez passé la moitié de la soirée à vous dévorer des yeux.
Je souris malgré moi.
— On va dîner demain soir.
Sarah poussa un petit cri de joie et me serra dans ses bras.
— Je suis tellement contente pour toi ! Tu mérites d'être heureuse, Amira. Mehdi est un type bien, je te le promets. Fahad le connaît depuis des années.
Cette nuit-là, dans mon lit, je me surpris à sourire dans le noir. Pour la première fois depuis deux mois, je m'endormis avec autre chose que de l'amertume dans le cœur.
Peut-être. Peut-être que l'amour existait vraiment.
Le lendemain soir, Mehdi vint me chercher à dix-neuf heures pile. Il conduisait une Toyota RAV4 noire, rutilante et visiblement bien entretenue — le genre de véhicule indispensable pour naviguer dans le désert et les routes défoncées du Sud.
Il sortit pour m'ouvrir la portière, un geste que je trouvai à la fois désuet et touchant.
— Vous êtes magnifique, dit-il simplement en me regardant.
J'avais choisi une robe bordeaux à manches longues, élégante mais modeste, avec des sandales à talons. J'avais attaché mes cheveux en un chignon lâche dont quelques mèches s'échappaient pour encadrer mon visage.
— Merci. Vous n'êtes pas mal vous-même.
Il portait un pantalon noir et une chemise blanche roulée aux manches, décontractée mais soignée.
Le trajet jusqu'à Ouargla dura environ quarante-cinq minutes. Nous parlâmes de tout et de rien, découvrant nos goûts communs — nous aimions tous les deux la littérature algérienne, particulièrement Kateb Yacine et Assia Djebar, nous partagions une passion pour les vieux films égyptiens, et nous avions tous les deux voyagé en Europe, lui pour affaires, moi lors d'un séjour linguistique en France pendant mes études.
Le restaurant qu'il avait choisi était un établissement familial, loin des pièges à touristes, avec une décoration traditionnelle et une odeur divine d'épices qui vous prenait dès l'entrée. Nous nous installâmes à une table dans un coin tranquille, et Mehdi commanda pour nous deux — un couscous royal et une pastilla au poulet.
Pendant le dîner, nous plongeâmes dans des conversations plus profondes. Il me parla de son enfance à Oran, de ses parents qui avaient travaillé dur pour lui offrir une éducation, de son choix de venir à Hassi Messaoud pour faire fortune.
— Le désert est dur, dit-il, mais il est honnête. Tu travailles, tu gagnes. Pas de piston, pas de corruption. Enfin, moins qu'ailleurs.
— Et vous ne vous sentez pas seul, ici ? demandai-je. Loin de votre famille ?
Il haussa les épaules.
— Parfois. Mais je retourne à Oran régulièrement. Et puis, je me suis fait des amis ici. Fahad, entre autres. Et maintenant... vous.
Il dit ces derniers mots en me regardant droit dans les yeux, et je sentis à nouveau ce battement dans ma poitrine.
— Parlez-moi de vous, continua-t-il. Qu'est-ce qu'une fille comme vous fait dans un endroit comme Hassi Messaoud ? Vous pourriez travailler n'importe où.
Je réfléchis à ma réponse. Devais-je lui parler de Mohsin ? De la trahison ? Non. Pas ce soir. Ce soir était pour les nouveaux départs, pas pour les vieilles blessures.
— Ma famille s'est installée ici quand j'avais dix-huit ans. Mon père travaillait dans le pétrole. Il est mort il y a trois ans, crise cardiaque. Ma mère a décidé de rester, elle a ses habitudes maintenant. Mes sœurs et moi, on la soutient.
Son visage s'adoucit de compassion.
— Je suis désolé pour votre père.
— Merci. C'était un homme bien.
Nous continuâmes à parler pendant des heures, jusqu'à ce que le serveur vienne poliment nous informer qu'ils fermaient. Dehors, la nuit était fraîche — miracle du désert — et le ciel étoilé s'étendait au-dessus de nous comme un dôme de diamants.
Mehdi me raccompagna jusqu'au RAV4, mais au lieu d'ouvrir la portière, il se tourna vers moi.
— J'ai passé une excellente soirée, Amira.
— Moi aussi.
— Est-ce que... est-ce que je peux vous revoir ?
Je souris.
— J'aimerais bien.
Il s'approcha lentement, me laissant tout le temps de reculer si je le souhaitais. Mais je ne reculai pas. Ses lèvres touchèrent les miennes, douces, respectueuses, sans aucune des pressions ou de l'urgence que j'avais connues avec Mohsin. C'était un baiser qui demandait, pas qui prenait.
Lorsque nous nous séparâmes, j'avais le souffle court.
— Je vous appelle demain ? murmura-t-il.
— Oui. Appelle-moi demain.
Sur le trajet du retour, je posai ma tête contre la vitre fraîche et regardai défiler le désert nocturne, un sourire aux lèvres.
Peut-être, pensai-je. Peut-être que c'est lui. Peut-être que je peux croire à nouveau.
Les semaines suivantes furent comme un rêve. Mehdi et moi nous vîmes presque tous les soirs. Il m'emmenait dîner, au cinéma à Ouargla, ou simplement marcher dans les rares parcs de Hassi Messaoud. Nous parlions pendant des heures, riant, découvrant nos similitudes et nos différences.
Il était généreux — il insistait toujours pour payer, m'offrait des fleurs, de petits cadeaux sans raison. Il était attentionné — il se souvenait de détails que je mentionnais en passant, comme mon thé préféré ou ma chanson favorite.
Et surtout, il était patient. Contrairement à Mohsin qui avait toujours essayé de pousser nos limites physiques, Mehdi respectait mon rythme. Nos baisers devenaient progressivement plus passionnés, nos caresses plus audacieuses, mais jamais il ne me pressait d'aller plus loin.
Un mois après notre première rencontre, alors que nous étions garés dans un endroit isolé en périphérie de Hassi Messaoud après un dîner, nos baisers prirent une tournure différente.
Nous étions dans son RAV4, la banquette arrière spacieuse offrant plus d'intimité. Ses lèvres quittèrent ma bouche pour descendre le long de mon cou, et je sentis son souffle chaud contre ma peau.
— Amira, murmura-t-il d'une voix rauque. Dis-moi si je vais trop vite. Dis-moi si tu veux que j'arrête.
— Ne t'arrête pas, soufflai-je.
Ses mains, jusqu'alors sagement posées sur ma taille, remontèrent lentement le long de mes côtes. Je cambrai le dos, l'encourageant silencieusement. Ses paumes se refermèrent sur mes seins à travers le tissu de ma robe, et je gémis doucement.
— Tu es si belle, chuchota-t-il contre mon oreille. Si belle.
Il défit lentement la fermeture éclair dans mon dos, faisant glisser ma robe sur mes épaules. Je n'avais jamais été aussi loin avec Mohsin. La peur et l'excitation se mêlaient dans ma poitrine.
Mehdi sembla sentir mon hésitation. Il s'arrêta, relevant la tête pour me regarder dans les yeux.
— On n'est pas obligés de continuer si tu n'es pas prête.
— Je suis prête, répondis-je avec plus de confiance que je n'en ressentais.
— Tu en es sûre ?
— Oui.
Ce fut un mensonge et une vérité à la fois. J'avais peur, mais je voulais cela. Je voulais remplacer les souvenirs de Mohsin par quelque chose de meilleur. Je voulais être à Mehdi, et qu'il soit à moi.
Il fit glisser ma robe complètement, révélant mon soutien-gorge en dentelle noire. Ses yeux s'assombrirent de désir, mais ses gestes restèrent tendres. Il embrassa mes épaules, ma clavicule, la naissance de mes seins. Ses mains défaisant l'agrafe de mon soutien-gorge, et soudain, j'étais nue devant lui de la taille jusqu'en haut.
— Mon Dieu, souffla-t-il. Tu es sublime.
Il prit mes seins dans ses mains, les caressant avec une dévotion presque religieuse, puis prit un mamelon dans sa bouche. La sensation me fit frissonner, un courant électrique traversant mon corps jusqu'à mon bas-ventre.
Je gémis à nouveau, mes mains s'enfonçant dans ses cheveux. Il passa à l'autre sein, sa langue traçant des cercles autour du téton durci, et je sentis une chaleur humide se répandre entre mes cuisses.
— Mehdi...
— Oui ?
— Touche-moi. S'il te plaît.
Sa main quitta mon sein pour descendre le long de mon ventre, glissant sous le tissu de ma culotte. Ses doigts trouvèrent mon intimité, déjà trempée de désir, et il poussa un grognement sourd.
— Tu es tellement mouillée...
Il me caressa doucement, ses doigts explorant mes plis avec une habileté qui me fit me demander fugitivement combien de femmes il avait eu avant moi. Mais cette pensée s'envola rapidement lorsqu'il trouva mon clitoris, le massant en cercles lents qui me firent hoqueter de plaisir.
— C'est bon ? murmura-t-il contre mon cou.
— Oui... oui, c'est bon...
Il accéléra imperceptiblement, et je sentis la tension monter dans mon bas-ventre, une vague qui grandissait, menaçait de me submerger. Mes hanches bougeaient d'elles-mêmes contre sa main, cherchant plus de friction, plus de pression.
— Laisse-toi aller, chuchota-t-il. Je te tiens.
Et je me laissai aller. L'orgasme me secoua avec une force que je n'avais jamais connue, me faisant crier son nom dans l'habitacle confiné du RAV4. Mon corps se cambra, tremblant, et il me tint contre lui, murmurant des mots doux en arabe que je ne compris qu'à moitié dans mon état second.
Lorsque je redescendis, haletante, mes joues en feu, je le regardai avec un mélange de timidité et d'émerveillement.
— C'était...
— Incroyable, compléta-t-il avec un sourire tendre. Tu es incroyable.
Je baissai les yeux vers son entrejambe, où une bosse évidente tendait le tissu de son pantalon.
— Et toi ? Tu veux que je...
Il secoua la tête, bien que je visse l'effort que cela lui coûtait.
— Pas ce soir. Ce soir, c'était pour toi. On a tout le temps.
Je l'embrassai, profondément reconnaissante de sa patience, de sa gentillesse. Lentement, je me rhabillai, et il me raccompagna chez moi.
Avant que je descende de la voiture, il attrapa ma main.
— Amira... je sais que c'est peut-être trop tôt pour dire ça, mais... je tiens vraiment à toi. Énormément. Je veux que tu le saches.
Mon cœur se gonfla dans ma poitrine.
— Moi aussi, je tiens à toi, Mehdi.
Et c'était vrai. Contre toute attente, malgré mes résolutions de ne plus jamais aimer, je tombais amoureuse de cet homme.
Trois semaines plus tard, nous franchîmes le dernier pas. Cette fois, ce fut dans un hôtel discret à Ouargla, une chambre propre et impersonnelle mais suffisamment confortable.
Mehdi me déshabilla lentement, comme s'il déballait un cadeau précieux. Il embrassa chaque centimètre de ma peau révélée, murmurant des mots doux qui me faisaient fondre. Lorsqu'il fut lui aussi nu devant moi, je pus admirer son corps — musclé sans être excessif, une fine toison brune sur son torse, et son sexe dressé, impressionnant.
— Je vais être doux, promit-il en s'allongeant sur moi. Si ça fait mal, dis-le-moi.
Il me pénétra lentement, centimètre par centimètre, me laissant le temps d'apprivoiser sa présence en moi. Oui, cela fit mal au début, mais il s'arrêta, embrassant mes larmes, attendant que je m'habitue.
Puis la douleur s'estompa, remplacée par une plénitude, une connexion que je n'avais jamais imaginée. Il bougea en moi, lentement d'abord, puis avec plus d'assurance lorsqu'il comprit que j'étais prête.
Nos corps trouvèrent un rythme commun, une danse ancestrale. Je gémissais son nom, mes ongles griffant son dos, et il murmurait le mien contre mon cou, sa voix brisée par le plaisir.
Lorsque nous jouîmes, ce fut comme une explosion de lumière derrière mes paupières closes.
Après, allongés dans les draps froissés, nos corps moites de sueur enchevêtrés, je me sentis plus heureuse que je ne l'avais été depuis des mois. Des années peut-être.
— Je t'aime, murmurai-je sans réfléchir.
Il se redressa sur un coude, me regardant avec intensité.
— Répète ça.
— Je t'aime, Mehdi.
Son sourire fut comme le soleil se levant sur le désert.
— Moi aussi, je t'aime, Amira. Plus que je ne pensais pouvoir aimer quelqu'un.
En rentrant chez moi ce soir, je me sentais enfin complète, enfin guérie de Mohsin.
J'avais eu raison d'espérer. L'amour existait vraiment.
Ou du moins, c'est ce que je croyais.
Deux semaines plus tard, Sarah organisa une soirée chez Fahad. Une soirée décontractée entre amis, avec moins de monde que la première fois. Mehdi et moi arrivâmes ensemble, main dans la main, officiellement en couple maintenant.
Je portais un jean moulant et un haut noir à manches longues qui dénudait légèrement mes épaules. Mes cheveux tombaient en vagues sur mes épaules. Je me sentais belle, heureuse, aimée.
Mehdi me quitta un instant pour aller chercher à boire, et je me retrouvai sur le balcon avec Yasmine, une sage-femme que j'avais rencontrée lors de la première soirée et avec qui j'avais sympathisé. Elle était algéro-libanaise, avec des cheveux d'un noir profond et des yeux verts perçants qui semblaient voir à travers les gens. Elle travaillait à l'hôpital d'Ouargla et jouissait d'une réputation de femme libre, vivant sa vie selon ses propres règles.
— Alors, toi et Mehdi ? dit-elle en allumant une cigarette. C'est du sérieux ?
— Je crois, oui. Je... je pense que je l'aime vraiment.
Elle me regarda avec un mélange de compassion et de scepticisme.
— Fais attention, Amira. Les hommes sont tous pareils au fond. Ils promettent la lune et les étoiles, mais au final...
— Mehdi n'est pas comme ça, protestai-je. Il est différent.
— C'est ce qu'on dit toutes au début.
Avant que je puisse répondre, Mehdi revint avec nos verres. Yasmine s'éclipsa discrètement, me lançant un regard qui semblait dire : On en reparlera.
La soirée se déroula agréablement. Nous dansâmes, nous rîmes, et à un moment, Mehdi et moi nous retrouvâmes dans un coin du salon, à l'abri des regards. Il m'embrassa, ses mains se faufilant sous mon haut pour caresser ma peau nue.
— Tu me rends fou, murmura-t-il contre mes lèvres.
— Toi aussi, soufflai-je.
Ses mains descendirent vers mes fesses, les pressant à travers le jean. Je sentis son érection contre mon ventre et gémis doucement.
— Pas ici, protestai-je faiblement.
— Personne ne regarde...
Il avait raison. Les autres étaient absorbés par leurs propres conversations ou par la musique. Sa main glissa à l'avant de mon jean, défaisant le bouton et la fermeture éclair avec une habileté née de l'expérience. Ses doigts se faufilèrent sous ma culotte, trouvant mon intimité déjà humide.
— Mon Dieu, tu es trempée, souffla-t-il dans mon oreille.
— C'est ta faute, haleta-je.
Il me caressa rapidement, habilement, me faisant mordre ma lèvre pour ne pas gémir trop fort. Mes hanches bougeaient contre sa main, cherchant plus de friction. J'étais sur le point de jouir lorsqu'il retira brusquement sa main, rajustant mon jean.
— Pas maintenant, dit-il avec un sourire diabolique. Plus tard. Je veux te faire attendre.
Je le regardai avec frustration et désir mêlés.
— Tu es cruel.
— Non, je suis amoureux.
Il m'embrassa à nouveau, puis nous retournâmes vers le groupe. Mais mon corps vibrait encore de désir inassouvi.
Plus tard dans la soirée, alors que nous dansions sur un slow langoureux, je me blottis contre lui, mes lèvres près de son oreille.
— J'ai envie de toi, murmurai-je. Maintenant.
Il grogna doucement.
— Salle de bain. Dans cinq minutes.
Nous nous séparâmes, jouant la comédie de l'innocence. Je papotai avec Sarah pendant quelques minutes, puis m'excusai pour aller aux toilettes. Mon cœur battait à tout rompre tandis que je traversais le couloir vers la salle de bain.
Mehdi m'y attendait déjà. Dès que j'entrai, il verrouilla la porte derrière moi et me plaqua contre le mur, m'embrassant avec une urgence qui me coupa le souffle.
— Tu me rends fou, répéta-t-il en défaisant à nouveau mon jean.
— Alors prends-moi.
Il me retourna face au mur, faisant glisser mon jean et ma culotte jusqu'à mi-cuisses. J'entendis le bruit de sa fermeture éclair, puis je sentis son sexe dur se presser contre mes fesses.
— Tu es sûre ? murmura-t-il.
— Oui. Vite.
Il me pénétra d'un coup, me faisant hoqueter. La position, debout et rapide, était différente, moins tendre que la dernière fois, mais l'urgence, le danger d'être découverts, ajoutait une dimension excitante.
Il bougea en moi avec des coups de reins rapides, une main sur ma bouche pour étouffer mes gémissements, l'autre sur ma hanche pour me maintenir en place. Le bruit de nos corps qui se rencontraient résonnait dans la petite pièce, obscène et délicieux.
— Tu aimes ça ? haleta-t-il contre mon oreille.
— Oui... oui... oh oui...
Il accéléra, et je sentis l'orgasme monter rapidement, trop rapidement. Je jouis en silence, mordant sa paume, mon corps se convulsant autour de lui. Quelques secondes plus tard, il se retira précipitamment, éjaculant sur mes fesses avec un grognement étouffé.
Nous restâmes ainsi quelques instants, haletants, avant de nous rajuster rapidement. Il nettoya mes fesses avec du papier toilette, un geste étrangement intime après ce que nous venions de faire.
— On devrait sortir séparément, dit-il. Toi d'abord.
Je hochai la tête, arrangeai mes cheveux devant le miroir, et sortis en essayant de paraître décontractée. Mon cœur battait encore à tout rompre, et je sentais mes joues en feu.
Personne ne sembla remarquer mon absence. Je retournai vers Sarah et Yasmine qui discutaient près du buffet.
Cinq minutes plus tard, Mehdi réapparut, l'air tout aussi composé que d'habitude. Nos regards se croisèrent, et nous échangeâmes un sourire complice.
Je me sentais vivante. Heureuse. Aimée.
Si seulement j'avais su que ce bonheur était sur le point de s'effondrer.
Cela arriva environ une heure plus tard.
Mehdi discutait avec Fahad et quelques autres jeunes près de la fenêtre. Je m'approchai de lui par derrière, glissant mes bras autour de sa taille dans un geste affectueux. Il se retourna, souriant, et m'embrassa légèrement sur le front.
Mais alors que mon regard descendait le long de son cou, je le vis.
Un suçon. Rouge-violet, de la taille d'une pièce de monnaie, juste au-dessus du col de sa chemise, sur le côté gauche de son cou.
Mon sang se glaça.
Je ne lui avais pas fait de suçon. Jamais. Ce n'était pas mon genre. Et dans la salle de bain tout à l'heure, j'avais été face au mur — je n'aurais pas pu le marquer même si je l'avais voulu.
Le monde sembla ralentir autour de moi. Les voix devinrent étouffées, lointaines. Mon cœur battait si fort que je l'entendais résonner dans mes oreilles.
— Amira ? Ça va ?
La voix de Mehdi me parvint comme à travers un brouillard. Je levai les yeux vers lui, et il dut voir quelque chose dans mon expression car son sourire s'effaça immédiatement.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Je pointai du doigt son cou, incapable de parler.
Il porta instinctivement la main à l'endroit que je désignais, et je vis la panique traverser son visage.
— Amira, attends, je peux expliquer...
— Explique quoi ? demandai-je d'une voix que je ne reconnus pas. Explique ce putain de suçon que tu as au cou et que je ne t'ai pas fait ?
Les conversations autour de nous s'interrompirent. Les gens se tournèrent pour nous regarder.
— Pas ici, dit-il rapidement. Viens, on va parler dehors.
— Non. Explique-toi maintenant.
Il jeta un regard désespéré autour de lui, voyant tous les yeux fixés sur nous. Puis il m'attrapa le bras et m'entraîna de force vers le balcon, refermant la porte coulissante derrière nous.
— Lâche-moi ! crachai-je en me dégageant.
— Amira, écoute-moi...
— Qui est-ce ? Qui t'a fait ce suçon ?
Il passa une main sur son visage, évitant mon regard.
— C'est... c'est compliqué.
— Compliqué ? Tu te fous de moi ? Réponds à ma question ! Qui. Est. Ce ?
Il soupira longuement.
— Fatiha.
Le nom me frappa comme une gifle. Fatiha. La coiffeuse. Une femme d'un certain âge, connue dans le coin pour être ce qu'on appelait pudiquement une « croqueuse d'hommes ».
— Fatiha ? répétai-je, incrédule. La Fatiha qui a au moins quinze ans de plus que toi ?
— Dix ans, corrigea-t-il automatiquement, puis il sembla réaliser l'absurdité de sa précision. Amira, ce n'est pas ce que tu crois...
— Alors éclaire-moi. Parce que de là où je suis, on dirait que tu me trompes avec une femme qui pourrait être ta mère.
— Ce n'est pas... on n'a rien fait ! Je te le jure !
— Ah non ? Et ce suçon, il est apparu par magie ?
Il se tut, pris au piège.
— Quand ? demandai-je, ma voix tremblante de rage contenue. Quand est-ce que tu l'as vue ?
— Hier soir.
— Hier soir. Hier soir, quand tu m'as dit que tu avais une réunion de dernière minute avec un client ?
Il hocha misérablement la tête.
— Putain, Mehdi ! Tu m'as menti !
— Je ne voulais pas te faire de mal...
— Me faire de mal ? Me faire de mal ? Tu te fous vraiment de ma gueule !
Les larmes brûlaient mes yeux, mais je refusai de les laisser couler. Je ne pleurerais pas. Pas devant lui.
— Qu'est-ce qui s'est passé avec elle ? Raconte-moi tout. Maintenant.
Il hésita, puis sembla comprendre qu'il n'avait pas le choix.
— C'est... une relation qui a commencé avant toi. Avant qu'on se rencontre. Elle... elle a une emprise sur moi. Je sais que ça a l'air pathétique, mais c'est la vérité.
— Une emprise. Quel genre d'emprise ?
Il rougit, et soudain je compris.
— Oh mon Dieu. Elle te tient par le sexe, c'est ça ? Elle fait des choses que tu aimes et tu n'arrives pas à t'en passer ?
Son silence fut une confirmation.
— Et moi ? demandai-je, ma voix se brisant malgré mes efforts. Moi, je suis quoi pour toi ? Un passe-temps en attendant tes rendez-vous avec elle ?
— Non ! Amira, non, c'est faux ! Je t'aime ! Je t'aime vraiment !
— Tu m'aimes, répétai-je amèrement. Tu m'aimes tellement que tu vas baiser une autre femme dès que j'ai le dos tourné.
— On n'a pas baisé ! Juste... elle m'a sucé, c'est tout.
Juste. Comme si cela rendait les choses meilleures.
Je le regardai, cet homme que j'avais cru différent, cet homme à qui j'avais donné mon corps, mon cœur, mes espoirs. Et je ne vis qu'un autre Mohsin. Peut-être pire, parce que lui au moins avait eu la décence de ne jamais me dire qu'il m'aimait.
— On a terminé, dis-je d'une voix plate.
— Amira, non, s'il te plaît... je vais rompre avec elle ! Je te le promets ! C'est toi que je veux !
— Tes promesses ne valent rien.
— Je t'en prie, donne-moi une chance de me racheter...
— Une chance ? Une chance ? Tu veux une chance alors que tu m'as menti, trompée, et que tu continues à voir cette femme ?
— Je vais arrêter ! Dès ce soir, je lui dis que c'est fini !
— Tu sais quoi, Mehdi ? Je m'en fous. Fais ce que tu veux avec Fatiha. Mais fais-le sans moi.
Je me dirigeai vers la porte coulissante, mais il me retint par le bras.
— Lâche-moi.
— Amira, je t'en supplie...
— J'ai dit, lâche-moi !
Je le repoussai avec une force que je ne me connaissais pas, et il trébucha en arrière. Sans un regard en arrière, j'entrai dans l'appartement, traversai le salon sous les regards curieux et gênés des invités, et sortis.
Sarah me rattrapa dans le couloir.
— Amira ! Qu'est-ce qui s'est passé ?
— Demande à ton merveilleux ami Mehdi, crachai-je. Demande-lui de te parler de Fatiha.
Je descendis les escaliers en courant, ignorant ses appels. Dehors, la nuit était froide, et je n'avais pas pris de veste. Je m'en foutais. Je marchai rapidement, sans but précis, mes talons claquant sur le trottoir.
Derrière moi, j'entendis Mehdi crier mon nom, mais je ne me retournai pas. Je marchai plus vite, puis me mis à courir.
Cette fois, je ne pleurai pas. Mes yeux restèrent secs, brûlants. La douleur était différente de celle que j'avais ressentie avec Mohsin. Plus profonde. Plus dévastatrice.
Parce qu'avec Mohsin, j'avais été naïve. Mais avec Mehdi, j'avais choisi de croire à nouveau. J'avais choisi d'espérer. Et cet espoir m'avait été arraché encore plus brutalement.
J'arrivai finalement chez moi, montai les escaliers en titubant, entrai dans ma chambre et m'effondrai sur mon lit.
Et là, enfin, les larmes vinrent. Des sanglots déchirants qui me secouaient tout entière. Je pleurai pour l'amour que je pensais avoir trouvé. Je pleurai pour ma stupidité. Je pleurai pour la femme que j'avais été, celle qui croyait encore que l'amour existait.
Cette femme mourut cette nuit-là.
À sa place naquit quelqu'un de nouveau. Quelqu'un de plus dur. De plus froid. Quelqu'un qui ne croirait plus jamais.
Plus jamais l'amour.
Cette fois, c'était définitif.
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