— Voilà, dis-je. C'est fait.
Je me tourne vers Catherine. Elle est là, à quelques centimètres, les lèvres entrouvertes, le souffle court. Je tends la main. Je prends la sienne — froide, nerveuse, les doigts fins, les ongles soignés. Je la retourne, paume vers le ciel. Je la regarde. Elle me regarde.
— Ton index, dis-je.
Elle ne comprend pas tout de suite. Ou elle fait semblant de ne pas comprendre. Ses yeux glissent vers la table basse, vers le plug posé là, luisant, encore tiède. Puis vers moi. Puis vers sa propre main, que je tiens toujours.
— Mets-le, dis-je doucement. À la place.
Le silence se tend d'un cran. J'entends Marc déglutir. Sophie, derrière, retient son souffle. Le maire a rallumé son téléphone — je le vois dans le coin de mon œil, la petite lumière blanche qui tremble. Françoise, elle, n'a pas bougé. Mais elle regarde. Tout le monde regarde.
Catherine hésite. Une seconde. Deux. Sa main tremble légèrement dans la mienne — pas de peur, non. D'excitation. De cette excitation qu'on ne s'avoue pas, celle qui serre la gorge et fait briller les yeux. Je la connais, cette excitation. Je la porte en moi depuis le début de la soirée.
— Catherine, dis-je. Maintenant.
Elle ferme les yeux. Elle inspire. Et elle bouge.
Lentement, elle écarte les cuisses — pas trop, juste ce qu'il faut. Elle incline son poignet. Son index se tend, hésitant, cherche l'ouverture. Je sens le bout de son doigt qui frôle la dentelle, qui trouve la peau. Elle s'arrête.
— Plus loin, dis-je.
Elle obéit.
Son doigt entre. Lentement. Précautionneusement. Je sens la pression, la chaleur, l'intrusion. C'est différent du plug. C'est vivant. C'est elle. Je ferme les yeux une seconde. Juste une seconde. Quand je les rouvre, Catherine me fixe — les joues rouges, la bouche entrouverte, le doigt enfoui jusqu'à la deuxième phalange. Elle n'ose plus bouger.
— Bien, dis-je. Reste comme ça.
Elle reste.
Autour de nous, la pièce a cessé d'exister. Il n'y a plus que Catherine, son doigt en moi, et moi qui la regarde. Marc, quelque part à ma droite, s'est penché en avant. Je l'entends respirer. Je l'entends serrer les poings. Je l'entends souffrir — de cette souffrance douce qui n'est rien d'autre que du désir qu'on ne sait plus où mettre.
Sophie s'est approchée. Elle est là, tout près, les yeux brillants. Elle regarde la main de Catherine, mon visage, ma bouche. Elle voudrait être à sa place. Je le vois. Je le sais. Mais ce n'est pas son tour. Pas encore.
— Bouge, dis-je à Catherine. Doucement.
Elle bouge. Un va-et-vient minuscule, à peine un frémissement. Mais suffisant. Suffisant pour que je sente chaque millimètre, chaque nerf, chaque terminaison. Je laisse ma tête partir en arrière. Je laisse un souffle m'échapper. Je ne le retiens pas. Je veux qu'ils entendent. Je veux qu'ils sachent.
— C'est ça, murmuré-je. Encore.
Elle continue. Plus assurée, maintenant. Le doigt va et vient, lentement, régulièrement. Elle trouve un rythme. Elle me regarde. Elle guette ma réaction — elle veut me voir céder, elle veut me voir perdre pied. Mais je ne cède pas. Pas encore. Pas devant eux.
Le maire filme toujours. Thomas a sorti son téléphone lui aussi. Deux écrans braqués sur moi, sur nous. Je les ignore. Je ne suis plus là pour eux. Je suis là pour Catherine. Pour son doigt. Pour ce qu'elle me fait.
— Assez, dis-je finalement.
Elle retire son doigt. Lentement. Je la sens qui glisse hors de moi, qui me laisse vide, qui me laisse ouverte. Elle le porte à son nez. Elle le respire. Sans que je le lui demande. Comme si c'était naturel. Comme si c'était la chose à faire.
— Garde-le, dis-je. Pour ce soir.
Elle hoche la tête. Elle ne l'essuie pas. Elle ne le baisse pas. Elle le tient là, devant elle, comme un trophée minuscule. L'index de Catherine. Mon odeur sur sa peau.
Je me tourne vers les autres.
— Alors ? je demande. Qui veut essayer ?
Personne ne répond.
Mais Marc se lève.
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