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Réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Entre les lignes — Chapitre 20

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Entre les lignes

Chapitre 20

Chapitre 20
Je referme la porte d'entrée derrière nous, ce battant de bois pesant qui, pendant trois ans, a agi comme la grille d'une cellule psychologique. À l'intérieur, l'air de la maison semble soudain changer de densité, se réchauffer et se charger d'une électricité nouvelle au simple contact de sa présence. Nans est là, debout dans mon entrée, sa silhouette familière se découpant contre les murs blancs que Noélie avait choisis pour leur froideur chirurgicale. Sans un mot, comme poussés par une force magnétique que l'exil n'a pas réussi à affaiblir, nous nous jetons à nouveau l'un vers l'autre.
Je l'entoure de mes bras avec une force que je ne me soupçonnais plus, enfouissant mon visage dans le creux de son cou, respirant l'odeur de sa peau, ce mélange de pluie, de vent et de vie que j'ai désespérément cherché dans mes rêves les plus sombres. Nous nous effondrons l'un contre l'autre, nos corps secoués par des sanglots longs, profonds, presque effrayants de puissance. Ce ne sont pas seulement des larmes de joie ; ce sont les larmes de quinze ans de secret étouffant, de trois ans de deuil véritable et de mille jours d'une solitude absolue qui me rongeait les os. Nous pleurons comme des enfants perdus qui finissent par se retrouver au milieu d'une forêt impénétrable. Je sens son torse se soulever violemment contre le mien, ses mains qui agrippent mon dos, froissant mon pull, avec une telle intensité que j'ai l'impression qu'il veut fusionner avec moi pour ne plus jamais former qu'un seul être.
— Plus jamais... murmuré-je entre deux sanglots, ma voix étouffée et brisée contre son épaule. Plus jamais tu ne me quittes, Nans ? Promets-le-moi. Dis-moi que ce n'est pas un rêve cruel, que je ne vais pas me réveiller seul dans ce lit glacé dans dix minutes.
Il s'écarte juste assez pour prendre mon visage entre ses paumes. Ses mains sont un peu rudes, marquées par le temps, mais leur chaleur est le seul ancrage dont j'ai besoin. Ses yeux, d'un brun profond et inondés de larmes, plongent dans les miens avec une sincérité qui me brûle le cœur.
— Je te le promets, Dorian. Regarde-moi. Plus jamais je ne partirai. Je resterai toujours près de toi, quoi qu'il arrive, quels que soient les obstacles, quelles que soient les menaces. Je suis à toi, j'ai toujours été à toi, même dans le silence.
Il scelle sa promesse par un baiser d'une douceur infinie, un baiser de réconfort qui vient panser les plaies encore béantes de mon âme. Quand nos lèvres se détachent enfin, je le fixe, encore incrédule, la gorge serrée par cette question qui me torture depuis la nuit de sa disparition.
— Où étais-tu, Nans ? Pendant tout ce temps... où te cachais-tu ? Je suis allé voir Magalie il y a trois ans, juste après ton départ. Elle m'a juré qu'elle ne savait rien, qu'elle était aussi perdue et dévastée que moi... Elle m'a regardé dans les yeux et elle a menti.
Nans baisse les yeux un court instant, un sourire triste et chargé de regrets flottant sur ses lèvres. Il prend une profonde inspiration.
— Je sais que tu l'as vue, Dorian. Je savais tout. C'est moi qui lui ai fait promettre de ne rien te dire, quoi qu'il arrive. Je l'ai suppliée, je l'ai conjurée de garder le secret. Je pensais que c'était le seul moyen de te protéger, de protéger ta carrière et surtout de protéger l'enfant qui allait naître. Je pensais qu'en disparaissant totalement, Noélie te laisserait en paix.
Je reste bouche bée, le souffle coupé par cette révélation. L'idée que le secret était si proche, à portée de main, qu'il suffisait d'un mot de Magalie pour mettre fin à mon calvaire, me donne un vertige atroce. Mais avant que la moindre amertume ne puisse poindre, il reprend, sa voix se faisant plus basse, vibrante d'une confession intime.
— Je n'ai jamais quitté la région, Dorian. Je n'aurais jamais pu t'abandonner tout à fait, partir loin de toi était au-dessus de mes forces. J'étais là, tapi dans l'ombre, à seulement quelques kilomètres d'ici. Magalie m'a énormément aidé, elle a été mon pilier. C'est elle qui me donnait des nouvelles en secret, qui me disait que tu tenais bon, que tu continuais d'écrire malgré tout. Elle a été mon seul lien avec la vie, ma seule fenêtre sur toi. Nous avons divorcé depuis, officiellement, mais elle est restée ma complice la plus fidèle. Je ne pouvais pas te voir, je ne pouvais pas t'approcher à cause du chantage de Noélie, mais je respirais le même air que toi. Je n'ai jamais cessé de penser à toi, pas une seule seconde de chaque jour.
Le choc me laisse sans voix. Il était là, si près, souffrant en silence tandis que je me mourrais de son absence. Je me jette à nouveau dans ses bras, incapable de supporter la moindre distance physique. Nous nous dirigeons vers le salon, ce lieu où j'ai tant erré comme une âme en peine. Nous nous laissons tomber sur le canapé, nos jambes s'entrelaçant naturellement, retrouvant les réflexes d'autrefois.
Nous nous allongeons l'un contre l'autre, ses mains caressant mes cheveux avec une lenteur rituelle, les miennes s'égarant sous son pull pour retrouver la chaleur de sa peau. Nous nous embrassons encore et encore, des baisers fiévreux, affamés, comme si nous voulions rattraper chaque seconde, chaque minute volée par ces trois années de vide. C'est un corps à corps magnifique, une redécouverte totale. Dans la pénombre du salon, nous nous aimons avec la force de ceux qui reviennent de l'enfer.
Nans s'interrompt un instant, son visage tout près du mien, son front contre le mien. Son regard devient soudain d'une détermination farouche, presque guerrière.
— Dorian, écoute-moi bien. Je t'ai fait une promesse de rester, et je vais en faire une autre maintenant. Je vais t'aider à retrouver ta fille. Je ne sais pas où elle est, je ne sais pas où Noélie l'a emmenée, mais je te jure sur tout ce que nous avons de plus cher que je mettrai chaque fibre de mon être dans cette recherche. On va fouiller la terre entière s'il le faut. On va la retrouver, et je serai à tes côtés à chaque étape. Je ne te laisserai plus jamais porter ce poids seul.
Le silence qui suit nos paroles n'est plus un vide, mais une tension électrique insupportable, un besoin animal et sacré qui sature chaque centimètre carré de l'air du salon. Nous n'avons plus besoin de parler, plus besoin de justifier ces années de souffrance par des phrases compliquées. Nos regards, ancrés l'un dans l'autre avec une intensité presque douloureuse, disent tout ce que les mots ne pourraient qu'effleurer maladroitement. Après quinze ans de secret et trois ans d'une agonie sans nom, la peau réclame enfin son dû. La reconnaissance ne passe plus par la voix, mais par le toucher, par l'odeur, par la chaleur.
Je suis allongé sur le canapé, Nans pesant de tout son corps sur moi, une pression délicieuse et massive qui m'assure enfin, après tant de cauchemars, de sa réalité physique. Mes mains, tremblantes de désir, de peur et d'une impatience dévastatrice, se glissent avec une hâte fébrile sous sa chemise. Je sens la chaleur de son dos, la courbe familière de ses muscles, et je commence à déboutonner le tissu, un bouton après l'autre, mes doigts maladroits s'accrochant parfois par pure nervosité. En retour, Nans attrape le bas de mon pull, le soulevant avec une urgence partagée, m'aidant à m'en débarrasser d'un geste brusque pour que plus rien, absolument plus rien, ne s'interpose entre nous.
Nous nous frottons l'un à l'autre dans un corps-à-corps désespéré, nos torses nus se rencontrant enfin dans un choc thermique qui me fait frissonner de la tête aux pieds. Nous nous embrassons avec une passion dévastatrice, comme si nous voulions nous dévorer mutuellement, nous fondre l'un dans l'autre pour ne plus jamais être deux. Nos langues s'enroulent, s'explorent, se cherchent, retrouvant le goût unique de l'autre dans une danse assoiffée et fiévreuse. Dans un mouvement instinctif, j'enroule mes jambes autour de sa taille, resserrant l'étreinte de toutes mes forces, le forçant à se plaquer encore plus cruellement contre moi. Je veux sentir chaque pore de sa peau, chaque tressaillement de ses muscles, chaque battement de son cœur contre le mien. Mes bras entourent sa taille, le verrouillant littéralement contre moi, tandis que je gémis contre ses lèvres, ivre de le retrouver enfin.
Nous nous relevons brusquement du canapé, trop à l'étroit pour l'incendie qui nous dévore les entrailles. Nous nous retrouvons face à face, haletants dans la pénombre du matin qui commence à envahir la pièce. Nans pose ses mains sur mes fesses, les agrippant avec une force possessive, presque sauvage, ses doigts s'enfonçant profondément dans ma chair comme pour y laisser son empreinte éternelle.
— Mon Dieu, tu m'as tellement manqué, souffle-t-il, le regard voilé de larmes et d'un désir si pur qu'il me transperce. Je suis tellement désolé d'en être arrivé là, Dorian, tellement désolé d'avoir dû partir...
Je pose un doigt sur ses lèvres pour étouffer ses remords. Je ne veux plus de passé, plus de culpabilité, plus de larmes amères.
— Je t'aime, Nans. C'est tout ce qui compte aujourd'hui. Tu es là maintenant, et c'est l'essentiel. On va enfin pouvoir vivre ensemble, vivre notre vie au grand jour.
Dans un même mouvement de déshabillage fiévreux, nos pantalons tombent au sol, révélant notre nudité totale, notre vulnérabilité absolue et cette envie devenue physiquement insupportable. Je pousse doucement Nans pour qu'il s'assoie sur le bord du canapé et je viens chevaucher ses cuisses, m'asseyant sur lui dans un geste de possession totale. Je prends son visage en coupe pour l'embrasser encore plus fort, mes mains s'égarant avec délices dans ses cheveux en bataille, ces boucles brunes que j'aime tant. Je commence à remuer mes fesses, d'un mouvement lent, rythmé et circulaire, contre son sexe déjà bien dur qui presse avec insistance contre mon intimité. Nans lâche un grognement de plaisir sourd, un râle qui part du fond de sa gorge, tandis que sa tête bascule en arrière.
Le désir m'aveugle complètement. Je porte ma main à ma bouche, recueillant ma propre salive pour en enduire mon index, préparant mon corps à le recevoir après cette si longue attente. Je recrache encore pour enduire généreusement le sexe de Nans, sentant sous mes doigts la pulsation de son envie. J'attrape sa verge, brûlante et palpitante, et je la présente devant mon petit trou. Je m'abaisse doucement, avec précaution, sentant chaque millimètre de lui pénétrer en moi. Ma tête bascule en arrière, les yeux révulsés, tandis que Nans me maintient fermement par la taille, ses doigts s'ancrant dans mes hanches. Il donne de petits à-coups vers le haut pour faire rentrer sa queue doucement, mais sûrement, en moi.
— Oh mon Dieu que ça m'avait manqué ce petit cul serré... lâche-t-il dans un souffle court.
En entendant ses paroles, une décharge électrique me parcourt et je capture ses lèvres avec une passion renouvelée, une fureur de l'aimer. Je finis par prendre enfin entièrement la bite de Nans, m'asseyant bien à fond sur lui en gémissant de plaisir, un son de délivrance que je n'avais pas poussé depuis des années. Nans ne perd pas une seconde et commence ses coups de reins. D'abord avec une lenteur délicieuse, savourant la sensation de nos chairs unies, puis de plus en plus vite, de plus en plus fort, dans un rythme de plus en plus pressant.
Au bout d'un moment, l'intensité devient telle que Nans entoure ma taille de ses bras puissants et, d'un mouvement athlétique, me porte tout en étant toujours au fond de moi. Je m'accroche à son cou comme si ma vie en dépendait. Il se lève et me colle contre le mur, le froid de la paroi contrastant violemment avec la chaleur incandescente de nos corps. Il repose une de mes jambes au sol pour s'équilibrer, tout en soulevant mon autre jambe pour que ses coups de reins aillent encore plus à fond, encore plus profondément chercher le centre de mon plaisir.
Il me retourne ensuite face au mur, me faisant bien cambrer, mes mains s'appuyant contre le plâtre. Il continue ses allers-retours avec une force magnifique, ses reins frappant mes fesses avec une cadence métronomique. Il attrape ma tête, la faisant pivoter pour m'embrasser une fois de plus, dévorant ma bouche.
— Je vais venir, Dorian... je vais venir... murmure-t-il contre mes lèvres.
Je fais juste oui de la tête, incapable de prononcer le moindre mot, la bouche légèrement ouverte, gémissant encore plus fort alors que le sommet approche. Nans passe alors sa main entre nous, attrapant ma queue pour me branler bien fort, un geste qui provoque instantanément mon éjaculation, suivie quelques secondes plus tard par celle de Nans qui se vide intégralement en moi dans une ultime et puissante secousse.
Nous nous écroulons ensuite tous les deux sur le sol, les membres emmêlés, le souffle court, nos peaux encore brûlantes collées l'une à l'autre. Nans me prend immédiatement dans ses bras, me serrant contre lui comme le trésor le plus précieux au monde.
— Je t'aime... Je t'aime tellement, murmure-t-il entre deux baisers sur mon épaule. Je suis désolé, Dorian, si désolé pour tout ce temps perdu. Mais maintenant je suis là. On est là tous les deux, et on va la retrouver, ta fille. On va la ramener à la maison.
Je me serre contre lui, mon visage enfoui dans son cou, et je commence à pleurer. Mais cette fois-ci, ce sont des larmes de joie pure, de soulagement total. Le vide a disparu. Je pleure en l'embrassant à nouveau, sentant enfin que ma vie, notre vie, commence véritablement ce matin.
Le contrecoup de l'émotion et de la fureur charnelle finit par réclamer son dû. Le corps a ses limites que l'esprit, dans son exaltation, oublie parfois. Pour moi, les quinze derniers jours n'ont été qu'une longue apnée, et cette nuit de veille devant la fenêtre a épuisé mes dernières réserves d'adrénaline. Allongé là, sur le sol du salon contre le torse de Nans, je sens mes paupières devenir des enclumes. La chaleur de sa peau, le rythme enfin apaisé de sa respiration et la certitude qu'il est bien là agissent comme un puissant sédatif. Mes pensées s'effilochent, je commence à sombrer, ma tête, glissant doucement contre son épaule.
Nans le sent. Il dépose un baiser protecteur sur mon front et murmure d'une voix douce, mais ferme :
— Dorian, mon amour, tu es épuisé. Il faut que tu te reposes un peu. Viens, aide-moi à te lever.
D'un mouvement tendre, il me soutient, guidant mes pas chancelants jusqu'au canapé, ce témoin de nos retrouvailles. Je m'y laisse tomber, le corps lourd, l'esprit embrumé par un sommeil qui n'attend plus. Nans se dirige vers le fauteuil, attrape le grand plaid en laine que j'y avais jeté la veille et revient vers moi. Il me recouvre avec une infinie précaution, bordant les côtés comme on le ferait pour un enfant, s'assurant que pas un courant d'air ne vienne troubler mon repos. Il ne s'en va pas tout de suite. Il reste assis sur le rebord du sofa, caressant mes cheveux, déposant de doux baisers sur mes tempes, mes joues, mes paupières closes. Je m'endors bercé par le murmure de son amour, une promesse silencieuse que, cette fois, il sera encore là à mon réveil.
Le réveil se fait en douceur, quelques heures plus tard. Ce n'est pas le sursaut d'angoisse habituel, ce n'est pas le froid du vide qui me tire de ma torpeur. C'est une odeur. Une odeur riche, profonde, familière : celle du café fraîchement moulu qui sature l'air de la maison. J'ouvre les yeux et je vois Nans, debout dans l'encadrement de la porte. Il me regarde déjà, un grand sourire illuminant son visage, un sourire qui semble effacer d'un coup les cernes de fatigue qui marquent ses traits.
— Ne bouge pas, me dit-il alors que je tente de me redresser. Reste sous ce plaid. Je t'apporte ta tasse.
Il revient quelques instants plus tard avec deux mugs fumants. Il s'installe à mes pieds, et nous restons là, dans le calme de ce début d'après-midi, à boire notre café en silence. Nous nous regardons, nous nous sourions bêtement, avec cette innocence retrouvée des amants qui n'ont plus peur du lendemain. On dirait deux enfants qui viennent de réussir le plus beau des coups, deux rescapés qui s'étonnent encore d'être en vie. La lumière traverse les rideaux, dansant sur les murs, et pour la première fois en trois ans, cette maison ne ressemble plus à un mausolée.
Mais le répit est de courte durée. La réalité de notre mission nous rattrape. Nans pose sa tasse vide sur la table basse et son regard change, redevenant celui du journaliste d'investigation, celui de l'homme d'action.
— Dorian, maintenant qu'on s'est retrouvés, on n'a plus une seconde à perdre. Montre-moi tout. Tout ce que tu as sur Noélie, tous les éléments que l'avocat et les gendarmes t'ont donné. Je veux voir chaque dossier, chaque rapport, chaque note.
Je me lève, encore un peu engourdi, et je vais chercher la lourde chemise cartonnée que je garde cachée dans mon bureau. Je la pose sur la table et nous nous plongeons dedans. Pendant des heures, nous épluchons les documents. Nous faisons des recherches en ligne, croisons les dates, analysons les derniers mouvements bancaires que l'enquête avait pu tracer avant de stagner. Nans prend des notes, griffonne des schémas, passe des appels à ses anciens contacts dans le milieu de la presse pour vérifier des détails sur les propriétés de la famille de Noélie à l'étranger.
Son expertise de journaliste est une arme que je n'avais pas. Il sait poser les bonnes questions, il sait lire entre les lignes des rapports officiels. Vers la fin de l'après-midi, il s'empare de son téléphone.
— Je vais appeler quelqu'un, me dit-il. Un type avec qui j'ai bossé sur une affaire de corruption il y a quelques années. C'est un ancien flic devenu détective privé. Si quelqu'un peut localiser une femme qui se cache avec un enfant sans laisser de traces officielles, c'est lui.
J'écoute, le cœur battant, tandis qu'il compose le numéro. La conversation est rapide, technique, professionnelle. Nans expose les grandes lignes : l'enlèvement parental, le passage à la télévision, la certitude qu'elle se cache sous une fausse identité. À l'autre bout, le détective semble accrocher.
— Il est d'accord, annonce Nans en raccrochant, un éclair de triomphe dans les yeux. L'affaire l'intéresse. C'est un dossier complexe comme il les aime, et il a des entrées que les autorités n'utilisent pas. On a rendez-vous avec lui demain matin pour lui remettre le dossier complet.
Nous nous regardons. L'étau se resserre. Ce qui n'était qu'un espoir fou hier est devenu un plan d'attaque concret. Nous passons le reste de la soirée à préparer les documents, à passer d'autres appels pour verrouiller certaines pistes. Nous travaillons côte à côte, nos mains se frôlant parfois, rappelant que nous sommes désormais une équipe.
— On va la coincer, Dorian, murmure Nans en refermant le dossier. Elle a cru qu'elle pouvait nous briser en nous séparant, mais elle a seulement créé une force qu'elle ne peut pas imaginer.
Je hoche la tête, une détermination nouvelle coulant dans mes veines. Nous avons retrouvé notre amour, nous avons retrouvé notre souffle, et maintenant, nous allons retrouver ma fille. Plus rien ne pourra nous arrêter.
Le lendemain matin, l'air semble plus léger, mais aussi plus électrique. Nous n'avons pas beaucoup dormi, non plus à cause du désespoir, mais à cause de cette urgence qui nous brûle les veines. Nans est resté près de moi toute la nuit, son bras protecteur barrant mon torse, une ancre dans l'obscurité. Dès l'aube, nous étions debout, prêts à transformer notre espoir en action concrète.
Le rendez-vous avec le détective privé, un homme nommé Marc Tessier, est fixé dans un café discret en périphérie de la ville, un endroit où les habitués ne posent pas de questions et où le brouhaha des machines à café couvre les conversations trop privées. Nans conduit sa vieille voiture, sa main droite posée sur la mienne sur le levier de vitesse, un contact permanent qui me donne la force de ne pas sombrer sous la pression.
Marc Tessier nous attend déjà au fond d'un box en cuir élimé. C'est un homme entre deux âges, le regard acéré derrière des lunettes fines, le genre d'homme qui semble voir à travers les murs. Nans fait les présentations d'une voix calme. Sans perdre de temps, il étale sur la table la chemise cartonnée contenant les éléments que nous avons rassemblés la veille.
— Merci d'avoir accepté de nous voir si vite, Marc, dit Nans en s'asseyant.
Le détective hoche la tête, ses doigts feuilletant déjà les documents avec une rapidité professionnelle.
— Votre passage à la télé a fait pas mal de remous, Dorian, dit-il en me fixant brièvement. Les gens comme Noélie n'aiment pas la lumière. Ça les force à bouger, et quand on bouge, on fait des erreurs. Nans m'a résumé la situation au téléphone, mais je voulais voir les détails de mes propres yeux.
Pendant plus d'une heure, nous passons en revue les faits. Tessier écoute, prend des notes dans un petit carnet noir, pose des questions précises sur les habitudes de Noélie, ses contacts en Espagne, les comptes bancaires qu'elle pourrait encore utiliser par le biais de prête-noms. Puis, il sort une tablette et commence à taper des commandes complexes sur un logiciel qui ne ressemble à rien de ce que je connais.
Le silence s'installe, seulement troublé par le cliquetis des touches et le bruit des passants à l'extérieur. Je sens mon cœur tambouriner dans ma poitrine. Nans serre ma main sous la table. Soudain, Tessier s'arrête. Ses sourcils se froncent.
— Regardez ça, dit-il en tournant l'écran vers nous. J'ai croisé les signalements récents reçus par les autorités locales avec les registres de consommation d'eau et d'électricité de plusieurs propriétés suspectes appartenant à des sociétés écrans liées à la famille de Noélie.
Il pointe un point rouge sur une carte satellite de la côte espagnole.
— Ici, sur la Costa Blanca, près d'Alicante. C'est une villa isolée, haut perchée, quasiment invisible depuis la route. Elle appartient à une société basée au Panama. Mais ce qui est intéressant, c'est que la consommation électrique a bondi il y a exactement dix jours, au moment même où la pression médiatique montait en France. Quelqu'un s'y est installé en urgence.
Le souffle me manque. Dix jours. Juste après mon cri du cœur à l'antenne.
— J'ai un contact sur place, un ancien collègue de la police espagnole qui fait de la surveillance, continue Tessier d'une voix monocorde. Il a pris ces clichés hier soir avec un objectif longue portée.
Il fait défiler deux photos. La première montre une silhouette de femme, de dos, sur une terrasse. Même floue, je reconnais cette raideur dans les épaules, cette façon hautaine de porter la tête. C'est elle. Noélie. Mais c'est la deuxième photo qui me fait basculer. Une petite fille, les cheveux blonds en bataille, jouant avec un ballon près d'une piscine. Elle ressemble tellement à Nans, et en même temps, je retrouve mes propres expressions dans le pli de son sourire.
— Ma fille... murmuré-je, mes doigts effleurant l'écran froid. C'est Milla. Nans, regarde, c'est elle. Elle est vivante.
Nans se penche, ses yeux s'embuant de larmes alors qu'il découvre pour la première fois le visage de l'enfant qui est le fruit de notre amour secret. Il reste pétrifié, le souffle court, incapable de détacher son regard de l'image.
— Elle est magnifique, Dorian... souffle-t-il, la voix étranglée par l'émotion. Elle est là. On l'a trouvée.
— Elle est dans cette villa, confirme Tessier. Mais attention, elle ne sera pas seule. Noélie a probablement engagé du personnel ou de la sécurité. Si vous débarquez là-bas sans plan, elle disparaîtra à nouveau avant même que vous n'ayez franchi le portail.
Nans se redresse, sa détermination de journaliste et de père se mêlant dans un cocktail explosif.
— On part quand ? demande-t-il, sa voix ne tremblant plus.
— Il nous faut vingt-quatre heures pour organiser la logistique sur place et s'assurer qu'elle ne bouge pas, répond le détective. Je m'occupe des billets et de la voiture de location. Préparez vos affaires, juste l'essentiel. On décolle demain matin.
Nous sortons du café dans un état second. Le soleil brille, mais le monde n'est plus le même. La traque a commencé. Nous ne sommes plus dans l'attente, nous sommes dans la conquête. En remontant dans la voiture, Nans m'attire à lui et m'embrasse avec une force qui me redonne espoir.
— On arrive, Milla, dit-il contre mes lèvres. Papa arrive.
Nous rentrons à la maison pour préparer nos sacs, l'esprit déjà tourné vers l'Espagne, vers cette villa sur la falaise, et vers le moment où, enfin, nous reprendrons ce qui nous a été volé.
Fin du chapitre 20.
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