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• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Entre les lignes — Chapitre 12

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Entre les lignes

Chapitre 12

Chapitre 12
L'incident de la voiture n'était plus qu'un souvenir lointain, une ombre dissipée par la force tranquille de Nans. Après l'agitation dans le garage pour colmater cette fuite qui menaçait notre secret, le besoin de nous retrouver, de laver la fatigue et le cambouis, mais surtout de dissoudre l'angoisse de la séparation prochaine, nous a conduits vers la salle de bain. Nans a fait couler l'eau, une eau brûlante dont la vapeur a rapidement transformé la pièce en un cocon de brume épaisse qui masquait les contours de la réalité et nous isolait du reste du monde.
Nous nous sommes glissés ensemble dans la baignoire spacieuse, un luxe de chaleur qui contrastait avec la fraîcheur de la soirée. Je me suis installé devant lui, mon dos calé contre son ventre ferme, ma tête, reposant naturellement contre son épaule solide. Les bras de Nans se sont enroulés autour de moi, ses mains larges et apaisantes parcourant doucement mon torse et mes bras, faisant frissonner ma peau sous la surface de l'eau. Le silence n'était rompu que par le clapotis régulier de l'onde et le souffle lourd de notre contentement mutuel, un rythme binaire qui battait au cœur de la maison silencieuse.
— Dorian... murmura-t-il à mon oreille, sa voix vibrant contre ma nuque et résonnant dans toute ma cage thoracique. Je crois que je n'ai jamais été aussi bien de toute ma vie. C'est comme si tout s'était enfin mis en place, ici, dans ce moment précis.
En entendant ces mots, un frisson qui n'avait rien à voir avec la température de l'eau m'a parcouru l'échine. J'ai tourné la tête vers lui, rencontrant son regard si proche, si vrai, brillant d'une sincérité désarmante sous la lueur des spots tamisés. Je l'ai embrassé avec une tendresse infinie, mes lèvres s'attardant sur les siennes pour sceller cet aveu qui nous liait plus encore que n'importe quel contrat.
— Moi aussi, Nans. Je me sens plus que bien. Je me sens enfin chez moi, là où je devrais être.
Nous sommes restés dans la baignoire, immobiles, alors que l'eau commençait lentement à refroidir, devenant tiède sur nos membres enlacés. La chaleur de nos corps suffisait à maintenir l'illusion d'un temps arrêté, une parenthèse enchantée où les obligations sociales n'existaient plus. C'est dans ce calme liquide que j'ai enfin osé aborder le sujet qui me rongeait depuis mon départ de chez moi, ce moment douloureux où j'avais laissé Noélie en larmes derrière la porte, le cœur lourd de mes propres trahisons.
— Nans... comment on va faire ? demandai-je d'une voix basse, presque un murmure étouffé par la vapeur. J'aime Noélie, tu le sais. Mais ce n'est pas un amour qui brûle, ce n'est pas ce feu sacré qu'on vit nous deux. Elle a été là quand je sombrais, elle m'a aidé à revivre quand je pensais ne plus jamais te revoir. Je lui dois tellement... mais maintenant que tu es là, je sais que c'est cette vie-ci que je veux. Avec toi. C'est ce que j'ai toujours voulu, même quand j'essayais de m'en convaincre autrement dans mes silences et mes écrits.
Nans a resserré son étreinte, posant son menton sur le sommet de mon crâne, son souffle chaud caressant mes cheveux encore humides et emmêlés. Ses mains ont cessé leur mouvement pour simplement me presser contre lui, comme pour m'empêcher de m'échapper vers cette autre vie qui m'attendait à quelques kilomètres de là.
— Je sais, Dorian. On porte tous les deux le poids de ceux qui nous ont sauvés quand nous étions perdus et sans repères. Mais on ne peut pas passer le reste de notre existence à rembourser une dette au prix de notre propre cœur. On trouvera une solution. On ne peut plus reculer maintenant, le chemin est déjà tracé sous nos pas et nous l'avons emprunté ensemble.
Nous avons fini par sortir de la baignoire lorsque l'eau est devenue trop fraîche, la peau fripée par l'immersion prolongée mais l'esprit étrangement lucide et apaisé. Nous nous sommes séchés l'un l'autre avec une serviette épaisse et moelleuse, un geste empreint d'une sollicitude domestique et d'une douceur qui me touchait au plus profond de mon être. Puis, nous sommes descendus en cuisine pour préparer ensemble le repas du soir. Ce n'était pas encore l'ultime dîner, car nous avions encore toute la soirée et la journée de dimanche devant nous, mais chaque geste commençait déjà à se charger d'une importance particulière.
La préparation fut un ballet silencieux et harmonieux, une danse à quatre mains parfaitement orchestrées au milieu des casseroles et des aromates. Nous avons cuisiné côte à côte, nous passant les ingrédients dans un accord tacite, nous frôlant sans cesse, cherchant le contact de la peau de l'autre comme une drogue nécessaire. Il n'y avait plus de gêne, plus de précipitation, seulement le plaisir brut d'être ensemble. Nous avons mangé l'un à côté de l'autre sur le petit banc de la cuisine, nos genoux se touchant sous la table, parlant sans discontinuer. Nous avons échangé sur nos lectures de la journée, sur mes doutes d'écrivain face à cette suite secrète, sur ses projets pour la maison. Chaque mot partagé était une manière de prolonger l'instant, de repousser la frontière de l'aube et les réalités du lundi.
La soirée s'est achevée là où tout avait commencé pour nous, des années plus tôt, dans la pénombre rassurante d'une chambre : sur un lit, devant la télévision. Mais tout était radicalement différent. À l'université, nous étions deux garçons qui n'osaient pas s'avouer l'évidence, jouant la comédie de l'amitié pour ne pas effrayer le destin qui nous faisait face. Ce soir, nous étions deux hommes qui s'appartenaient enfin. Nous étions nichés dans les bras l'un de l'autre, ma tête reposant sur sa poitrine solide au rythme de son cœur, sa main caressant inlassablement mes cheveux roux. Les images à l'écran défilaient sans que nous y prêtions vraiment attention ; elles n'étaient qu'un prétexte, un bruit de fond familier destiné à masquer le silence trop lourd de la nuit qui avançait inexorablement.
— On dirait vraiment l'époque de la fac, a souri Nans en déposant un baiser protecteur sur mon front alors que le générique d'un film passait. Sauf que cette fois, je ne te laisserai pas partir aussi facilement. Je ne commettrai pas deux fois la même erreur de te laisser filer.
— Je ne veux plus partir, Nans. Jamais.
C'est dans cette position, soudés l'un à l'autre dans une étreinte protectrice, que le sommeil a fini par nous cueillir. Nous nous sommes endormis ainsi, enlacés, bercés par le bourdonnement sourd de la télévision laissée allumée et la certitude absolue que, quoi qu'il arrive le lendemain et malgré les ombres du lundi, nous avions enfin vécu la vie que le destin nous avait volée.
Le dimanche matin s'est levé avec une douceur trompeuse, une lumière pâle et argentée qui étirait les ombres sur le parquet de la chambre. Nous nous sommes réveillés lentement, prisonniers volontaires de la chaleur de nos draps, retardant de chaque seconde le moment inévitable où nos pieds toucheraient le sol froid de la réalité. Après un petit-déjeuner pris dans le prolongement de notre tendresse de la veille, le calme dominical s'est installé dans la demeure, un silence épais et protecteur que nous ne voulions pas briser.
Vers neuf heures, Nans s'est préparé un second café noir. Il s'est dirigé vers son grand fauteuil en cuir craquelé près de la fenêtre, sa tasse fumante à la main, mais cette fois-ci, il n'a pas ouvert son livre. Il s'est simplement installé, s'enfonçant dans le dossier, et il est resté là, immobile, à me regarder. Je m'étais installé à la table de la salle à manger, mon ordinateur ouvert, pour mettre un point final aux scènes cruciales que j'avais ébauchées la veille. Le cliquetis régulier de mes touches était le seul rythme qui habitait la pièce. À chaque paragraphe, je relevais les yeux et je croisais son regard, chargé d'une admiration et d'une intensité si profondes qu'elles me donnaient le vertige, me faisant presque oublier le sens de mes propres mots.
Nans a alors saisi son téléphone, ses mouvements lents pour ne pas rompre mon flux créatif. Je l'ai vu, du coin de l'œil, cadrer mon visage penché sur l'écran, ma main passant nerveusement dans mes mèches ébouriffées par la nuit. Il prenait des photos volées, capturant l'écrivain dans le feu de l'action, mais surtout l'homme qu'il aimait dans son intimité la plus brute, la plus vulnérable. Il changeait d'angle, cherchant la lumière qui soulignait mon profil ou la concentration sur mon front. Ces clichés étaient ses trésors secrets, des preuves numériques de notre week-end qu'il pourrait contempler en cachette quand le silence reviendrait hanter chaque pièce de sa maison.
— Tu es magnifique quand tu es ailleurs, Dorian, a-t-il murmuré vers dix heures, sa voix brisant délicieusement le silence. Ton visage change quand tu crées, tes traits se durcissent et s'apaisent en même temps. J'aimerais pouvoir figer cet instant et cette lumière pour toujours.
J'ai souri sans lever les yeux, le cœur gonflé d'une joie douloureuse. Je continuais d'écrire, transformant notre présence physique en éternité de papier. Ce n'est qu'en toute fin de matinée, alors que le soleil était au plus haut, que la nécessité technique nous a rappelés à l'ordre. La durite de ma voiture, bien que colmatée provisoirement, nécessitait une intervention plus sérieuse pour garantir mon retour sans encombre.
— Je vais y aller maintenant, a dit Nans en terminant sa dernière gorgée de café froid. Le vieux Jacques m'attend pour qu'on utilise son pont et ses outils. Ça ne prendra pas plus d'une heure. Reste ici, reste dans ta bulle et finis ton chapitre. Je m'occupe de la voiture pour que tu puisses repartir l'esprit tranquille demain matin.
Pendant qu'il s'absentait chez le voisin, je suis resté seul dans cette maison qui n'était pas la mienne, mais dont je connaissais désormais chaque craquement de plancher. J'ai fermé mon ordinateur après quelques minutes, l'inspiration laissant place à une envie irrépressible de prendre soin de lui, de nous. Je me suis glissé dans la cuisine pour préparer le repas de midi. C'était un geste simple : éplucher des légumes, faire rissoler la viande, surveiller le frémissement de la casserole... mais dans ce contexte de vie clandestine, c'était une déclaration d'amour domestique. Je préparais ce déjeuner comme si nous allions partager des milliers d'autres repas, goûtant l'assaisonnement avec soin, dressant la table avec une minutie particulière, savourant le plaisir d'être celui qui attend et qui nourrit.
Nans est revenu vers treize heures, les mains marquées par la graisse et le métal, mais le sourire victorieux aux lèvres.
— C'est bon, ta voiture est parfaitement fonctionnelle, Dorian. Jacques a trouvé une pièce qui s'adapte parfaitement. Tu n'auras aucun problème pour la route.
Nous nous sommes lavés les mains ensemble au-dessus de l'évier, un moment de rires partagés et de contacts furtifs alors que j'essayais d'effacer les traces noires sur ses avant-bras musclés. Le déjeuner qui a suivi a été empreint d'une intensité nouvelle, presque électrique. Nous mangions l'un à côté de l'autre, nos regards se cherchant sans cesse, nos mains se frôlant sur la nappe. La mélancolie du dimanche après-midi commençait doucement à poindre, cette sensation physique que le temps s'accélère à mesure que l'échéance fatidique approche.
— Tu te rends compte, Dorian ? Dans moins de vingt-quatre heures, Magalie franchira cette porte, et toi tu seras de retour dans ton autre vie.
— Ne dis rien, Nans. Pas encore. On a encore tout cet après-midi, toute notre soirée et une dernière nuit entière à nous.
Nous avons passé le reste de la journée à flâner dans les pièces, comme si nous voulions imprégner chaque mur de notre odeur et de notre présence. Nous nous sommes aimés avec une force désespérée, une urgence mélancolique qui transformait chaque caresse, chaque baiser, en un adieu anticipé. Dans ses bras, je sentais mon cœur se serrer à l'idée du vide qui allait suivre. Je pensais à ce que nous vivions, ce secret qui devenait notre seul territoire libre, le seul endroit au monde où nous n'aurions jamais à nous dire au revoir.
En fin de journée, le cœur lourd, j'ai dû commencer à préparer mes affaires. Ranger mes vêtements éparpillés, refermer mon ordinateur, vérifier que rien, absolument rien, ne trahissait mon passage prolongé dans cette maison... chaque geste me déchirait les entrailles. Nans me regardait faire, appuyé contre le cadre de la porte de la chambre, le visage sombre et les bras croisés.
— C'est le moment que je déteste le plus, a-t-il dit d'une voix sourde. Voir ton sac se remplir à nouveau et ta place se vider.
— On trouvera un moyen, Nans... Quand on sera loin l'un de l'autre, on se souviendra de chaque seconde de ce week-end. Ce sera notre force.
Nous nous sommes promis que ce ne serait pas la dernière fois, que nous trouverions d'autres prétextes, d'autres week-ends volés, jusqu'à ce que nous ayons enfin le courage de faire éclater nos vies de mensonges.
Le dîner du dimanche soir fut une véritable épreuve de silence. Nous étions assis à la petite table de la cuisine, la même où nous avions ri quarante-huit heures plus tôt, mais l'atmosphère s'était chargée d'une gravité étouffante. Chaque bruit — le tintement d'une fourchette contre la porcelaine, le craquement du bois dans la structure de la maison — résonnait comme un décompte macabre. Nous mangions sans faim, les yeux fixés sur nos assiettes pour éviter de croiser le regard de l'autre, car nous savions que le moindre contact visuel briserait définitivement le fragile barrage de nos émotions. Chaque bouchée semblait de plomb, chargée de tous les mots, de toutes les promesses et de tous les regrets que nous n'osions plus prononcer à voix haute.
Une fois ce repas pénible terminé, nous nous sommes déplacés vers le salon dans un accord tacite. La pièce n'était éclairée que par la lueur orangée et vacillante des dernières braises dans la cheminée, projetant des ombres mouvantes sur les murs. Nans s'est assis sur le canapé, l'air las, le poids de la séparation imminente déjà visible sur ses traits fatigués. Je n'ai pas pu supporter de le voir ainsi, si vulnérable. Je me suis approché et je me suis installé sur ses genoux, face à lui, mes jambes enserrant fermement sa taille, mon corps cherchant le sien comme un refuge.
Je voulais effacer cette tristesse qui ternissait son regard. J'ai posé mes mains sur ses joues, plongeant mon regard dans le sien avec une intensité sans faille.
— Regarde-moi, Nans, ai-je murmuré contre ses lèvres. On est encore là. Je suis encore là, tout entier pour toi.
Je l'ai embrassé, d'abord avec une douceur désespérée qui goûtait les larmes retenues, puis avec une ferveur brûlante qui a rapidement consumé nos dernières retenues. Je ne voulais pas que ce week-end parfait s'achève sur un sentiment de deuil. Je voulais qu'il s'achève dans l'incendie de nos sens. Mes mains ont commencé à défaire les boutons de sa chemise, lentement, avec une précision presque rituelle, découvrant la peau chaude que j'avais appris à connaître par cœur. À chaque centimètre de peau dévoilé, je déposais un baiser brûlant — sur le creux de sa gorge où battait son pouls, sur la naissance de sa poitrine musclée, sur son ventre plat qui se contractait sous mon souffle.
— J'ai envie de toi, Nans... ai-je soufflé contre son cou, ma voix trahissant mon trouble. J'ai besoin de te sentir encore en moi, de ne plus savoir où je commence et où tu finis. Je veux être tout à toi, une dernière fois avant que l'aube ne nous arrache l'un à l'autre.
Nans a poussé un gémissement sourd, ses mains s'ancrant avec possession dans mes hanches. Il m'a aidé à retirer mon propre vêtement, nos tissus tombant sur le tapis comme des peaux mortes dont nous n'avions plus besoin. Sur ce canapé de tissu sombre, dans la pénombre striée de reflets rouges, nos corps se sont cherchés avec une urgence animale, une soif que rien ne semblait pouvoir étancher. Sa bouche a trouvé ma peau, parcourant mon torse avec une intensité qui me faisait cambrer le dos de plaisir, tandis que mes doigts parcouraient fébrilement les muscles de son dos, gravant chaque relief, chaque grain de beauté dans ma mémoire pour les jours de solitude à venir.
Ce qui se joua alors sur ce canapé fut un combat acharné de peaux et de souffles courts. Nans s'est redressé pour m'asseoir plus fermement sur sa virilité déjà ardente et impatiente. Je me suis guidé sur lui, sentant cette plénitude m'envahir, ce sentiment d'être enfin complet, ancré dans ma propre vérité. Je me suis abaissé lentement, centimètre par centimètre, poussant un cri étouffé lorsqu'il m'a totalement comblé. Ses mains ne me lâchaient pas un instant, une main sur ma nuque pour m'attirer vers ses lèvres avides, l'autre pressant le bas de mon dos pour approfondir chaque mouvement, chaque va-et-vient qui nous rapprochait de l'oubli.
Le rythme est devenu saccadé, dicté par l'exiguïté du canapé et la violence pure de notre désir. Nous n'étions plus que deux corps en sueur, glissant l'un contre l'autre, nos souffles se mélangeant dans l'air de plus en plus frais du salon. Je bougeais sur lui avec une frénésie désespérée, mes mains agrippées à ses épaules solides, cherchant à m'enfoncer toujours plus loin, à fusionner avec lui pour que la séparation de demain soit physiquement, biologiquement impossible. Nans me répondait avec une force brute, ses reins me propulsant vers le haut à chaque mouvement, ses yeux ne quittant jamais les miens, même dans l'obscurité quasi totale de la pièce. C'était une communion violente, un acte de résistance contre le temps qui fuyait.
J'ai senti la tension monter à son paroxysme, cette vague électrique qui part du bas du ventre et finit par envahir tout l'être. Nans a basculé, m'allongeant sous lui sur les coussins étroits, ses jambes s'immisçant entre les miennes pour une proximité plus totale encore. Il a pris mes poignets, les plaquant fermement au-dessus de ma tête, dominant mon plaisir avec une autorité qui me faisait défaillir de bonheur. Ses coups de boutoir étaient profonds, rythmés par ses râles de plaisir qui semblaient venir du plus profond de son âme. J'ai senti son sexe pulser en moi, et cette sensation de chaleur extrême a déclenché mon propre orgasme, une explosion dévastatrice qui m'a laissé tremblant, les yeux révulsés. Nans a suivi quelques secondes plus tard, son corps se tendant à l'extrême avant de s'effondrer de tout son poids contre moi, sa tête nichée dans mon cou, son cœur battant la chamade contre ma poitrine.
Nous sommes restés ainsi pendant ce qui a semblé être des heures, soudés l'un à l'autre sur ce canapé devenu trop petit pour l'immensité de notre amour. La sueur refroidissait lentement sur nos peaux, mais aucun de nous ne voulait se détacher, craignant que le premier mouvement ne signe le début de la fin.
— Tu es à moi, Dorian, a-t-il murmuré d'une voix rauque, presque méconnaissable. Quoi qu'il arrive demain, quoi qu'on doive dire aux autres, n'oublie jamais ça. Tu es ma seule certitude.
Je n'ai pas pu répondre par des mots, ma gorge étant nouée par l'émotion ; je l'ai juste serré plus fort, mes bras l'entourant comme si je pouvais le protéger du monde entier. Vers deux heures du matin, nous nous sommes finalement traînés jusqu'au lit, pour grappiller quelques maigres heures de sommeil avant le glas de cinq heures. Nous nous sommes endormis enlacés, dans un silence de cathédrale, conscients que chaque seconde de repos nous rapprochait inexorablement de la déchirure finale.
Le réveil a sonné à cinq heures précises, un son strident et impitoyable qui a transpercé le silence sacré de la chambre comme une lame glacée. C'était le glas de notre parenthèse enchantée, le signal brutal que le monde extérieur, avec son cortège de règles, de devoirs et de mensonges, reprenait ses droits sur nos vies. Pourtant, aucun de nous n'a esquissé le moindre geste pour obéir à cet appel. Au lieu de cela, dans un mouvement instinctif de résistance, Nans a resserré son étreinte, m'attirant plus fort encore contre son torse puissant, enfouissant son visage dans le creux de mon cou pour y puiser une dernière fois mon odeur. Ses bras m'enserraient comme s'il pouvait, par la seule force de sa volonté, empêcher le soleil de se lever et le temps de s'écouler.
— Ne bouge pas, a-t-il murmuré d'une voix brisée par le sommeil et une tristesse infinie. Pas encore, Dorian. Juste quelques minutes de plus à faire semblant que le monde n'existe pas.
Nous sommes restés ainsi, soudés l'un à l'autre, nos jambes étroitement emmêlées sous les draps qui gardaient encore la chaleur moite de notre nuit d'amour. On s'échangeait des baisers lents, profonds, des baisers qui ne cherchaient plus l'excitation de la chair mais la consolation de l'âme. C'était une lutte perdue d'avance contre les minutes qui s'égrenaient inexorablement. Nans m'embrassait partout : le front, les tempes, les paupières close, les joues, ses lèvres s'attardant sur chaque parcelle de mon visage avec une dévotion de sculpteur, comme s'il voulait en mémoriser le moindre grain, la moindre courbe, pour les jours de famine affective qui l'attendaient. Ses mains parcouraient mon dos dans un mouvement circulaire, hypnotique, refusant de concéder que ce corps, dans quelques instants, ne serait plus à sa portée.
— Je ne veux pas que ça se termine, Dorian. Je ne veux pas que tu sortes de ce lit, je ne veux pas que tu poses un pied au sol, je ne veux pas que tu franchisses cette porte. Si tu pars, la maison va redevenir un tombeau.
— Moi non plus, Nans... Tu n'imagines pas à quel point j'ai mal. C'est comme si on m'arrachait le cœur sans anesthésie.
Finalement, la cruelle nécessité nous a forcés à nous redresser. Nous sommes descendus dans la cuisine sombre, baignée dans une pénombre bleutée, seulement éclairée par la petite lampe jaune au-dessus de l'évier. Le carrelage était d'un froid polaire sous nos pieds nus, rappelant que l'hiver des sentiments nous attendait dehors. Nans a préparé le café dans un silence lourd, presque religieux, mais même là, nous ne pouvions pas supporter d'être à plus de quelques centimètres l'un de l'autre. Pendant que l'eau coulait en bouillonnant, je me tenais derrière lui, mes bras entourant sa taille, ma tête pressée fermement entre ses omoplates. Lorsqu'il s'est retourné, il m'a attiré contre lui dans un besoin de contact viscéral et nous avons bu notre café ainsi, debout, l'un contre l'autre, les tasses fumantes coincées entre nos poitrines, échangeant des regards qui en disaient plus long que n'importe quel long discours. Chaque gorgée était amère, saturée du goût des adieux.
Le moment de partir est arrivé avec une rapidité terrifiante. Mes sacs étaient déjà posés dans le hall, sombres et définitifs comme des cercueils pour nos souvenirs. J'ai enfilé ma veste, sentant le poids écrasant de ma double vie retomber sur mes épaules. En regardant Nans, debout devant moi dans la pénombre de l'entrée, j'ai senti une larme rouler lentement sur ma joue, une larme brûlante que je n'ai pas eu la force de cacher.
— C'est dur, Nans, ai-je dit d'une voix étranglée par un sanglot. C'est tellement dur d'avoir eu cet aperçu de ce qu'on pourrait avoir, de ce que devrait être notre vie chaque jour... et de devoir tout refermer maintenant. On me montre le paradis et on me rejette dans l'ombre.
Nans a pris mon visage entre ses mains calleuses, ses pouces essuyant l'humidité sous mes yeux avec une infinie délicatesse. Ses propres yeux brillaient d'une douleur contenue, une souffrance d'homme qui refuse de plier.
— Ce n'est qu'un au revoir, Dorian. On a goûté à la vérité. On ne pourra plus jamais faire semblant. On va trouver une solution, je te le jure sur tout ce que nous sommes.
Il m'a attiré à lui pour un dernier baiser, un baiser passionné, sans fin, un baiser qui contenait l'essence même de nos quarante-huit heures : l'urgence, la faim, la tendresse, le sexe et cette peur viscérale du vide. C'était un baiser de naufragés, une ultime bouffée d'oxygène avant l'immersion. Nos langues se cherchaient, nos souffles se confondaient une dernière fois dans l'air saturé de regret.
Quand j'ai finalement posé la main sur la poignée de la porte, le cœur battant à m'en rompre les côtes, Nans a saisi ma main libre. J'ai fait un pas sur le perron, dans la grisaille humide et brumeuse de l'aube, mais il ne lâchait pas. Ses doigts serraient les miens avec une force incroyable, une résistance physique contre l'inévitable. Je reculais vers la voiture, et nos bras se tendaient, créant un pont de chair qui refusait de rompre. Ce n'est qu'au tout dernier moment, alors que j'atteignais la portière, que nos doigts ont glissé l'un contre l'autre pour finir par se lâcher.
Je suis monté dans la voiture, j'ai tourné la clé et le moteur a démarré sans faiblir. J'ai passé la première, le cœur en miettes. Mais alors que je commençais à rouler lentement dans l'allée, j'ai vu dans le rétroviseur Nans s'élancer. Il courait derrière la voiture, le visage déformé par l'émotion. J'ai pilé net, le gravier crissant sous les pneus, et j'ai ouvert ma vitre en hâte.
Il s'est penché, le souffle court, ses mains agrippant le rebord de la portière comme si sa vie en dépendait. Il a plongé sa tête par l'ouverture pour m'embrasser une toute dernière fois, un baiser sauvage et désespéré.
— Je t'aime, Dorian ! Je t'aime plus que tout au monde, plus que ma propre vie ! a-t-il hurlé presque, sa voix se brisant dans l'air froid.
— Je t'aime aussi, Nans... Je t'aime de toute mon âme, ai-je répondu, les larmes aveuglant ma vision.
Il a reculé d'un pas, les yeux fixés dans les miens, ne voulant pas rompre le contact visuel.
— Envoie-moi un message dès que tu arrives, promis ? Juste un mot pour que je sache que tu es bien rentré.
— Promis. Je t'écris dès que je peux.
J'ai fini par passer la vitesse et j'ai quitté l'allée pour de bon. Dans le miroir, je voyais sa silhouette immobile au milieu du chemin, diminuant peu à peu dans la brume matinale, jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'un point sombre, puis plus rien. Le silence est retombé dans l'habitacle, un silence de plomb. Le trajet vers mon autre vie commençait, et chaque kilomètre me rapprochait d'un mensonge que je ne savais plus comment porter.
Fin du chapitre 12.
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