Réel
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Entre les lignes — Chapitre 9
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Entre les lignes
Chapitre 9
Chapitre 9
Le calme qui règne dans la chambre après l'orage de notre union est d'une densité presque surnaturelle. La lumière de la petite lampe de chevet, que nous n'avons jamais éteinte, continue de baigner nos corps d'une lueur cuivrée, révélant chaque parcelle de notre peau encore luisante et vibrant du souvenir de nos érections mêlées. Nous ne sommes plus deux étrangers séparés par douze années de vide, mais deux amants qui ont enfin retrouvé leur place exacte dans l'univers. Nans est allongé contre moi, son corps puissant agissant comme un bouclier contre la réalité qui commence à poindre derrière les rideaux fermés. Sa main ne cesse de bouger sur mon corps ; elle descend le long de mon torse, remonte vers mon cou, s'attarde sur mes hanches avec une dévotion qui me tire des frissons à chaque contact.
— On ne peut plus se quitter, Dorian... murmure-t-il, sa voix encore éraillée par le plaisir et l'émotion. C'est impossible maintenant. Je ne te laisserai pas redevenir une simple image ou une voix dans ma tête.
— On ne se quittera plus, Nans, répondu-je en plongeant mon regard dans le sien, dont le vert semble s'être intensifié sous l'effet de la passion. Le fait que tu sois installé si près de chez moi... c'est le destin qui nous rend ce qu'il nous a volé. On se verra tout le temps, je te le promets.
— On ne se quittera plus, Nans, répondu-je en plongeant mon regard dans le sien, dont le vert semble s'être intensifié sous l'effet de la passion. Le fait que tu sois installé si près de chez moi... c'est le destin qui nous rend ce qu'il nous a volé. On se verra tout le temps, je te le promets.
Dans cette pénombre protectrice, nous décidons de sceller notre pacte. Nous nous redressons légèrement, nos peaux se frôlant dans un crissement de draps. Je cherche mon carnet et un stylo sur la table de nuit, et nous échangeons nos numéros de téléphone et nos adresses exactes. Voir son écriture s'étaler sur le papier à côté de la mienne est une victoire silencieuse. Nous savons désormais où nous trouver, comment nous joindre. Cette simple transmission de données est un acte de rébellion contre nos vies d'hommes mariés.
Soudain, la vibration stridente de mon téléphone sur le bois de la table de nuit brise l'harmonie. L'écran s'illumine, projetant une clarté bleutée et agressive. Je jette un coup d'œil : "Éditeur". Il doit être hors de lui, cherchant à comprendre pourquoi j'ai déserté la séance de dédicace la veille. Je regarde le nom s'afficher, l'appel insister, mais je ne tends pas la main. Je m'en moque. Le succès, la gloire, les explications professionnelles... tout cela n'est que du bruit face au silence sacré de cette chambre. Je laisse l'appel mourir dans le vide, choisissant délibérément de rester plus longtemps dans les bras de l'homme que j'aime.
— Tu ne réponds pas ? demande Nans en passant ses doigts sur mes lèvres.
— Non. Rien n'est plus important que cet instant avec toi. Rien.
— Non. Rien n'est plus important que cet instant avec toi. Rien.
Nous nous laissons retomber sur les oreillers, nous enlaçant avec une ferveur renouvelée. Nans commence alors une lente litanie de baisers sur tout mon corps. Il commence par mon front, descend sur mes tempes, avant de capturer mes lèvres pour un baiser d'une tendresse infinie. Puis, son visage descend plus bas. Il embrasse ma gorge, là où mon sang bat furieusement pour lui, puis mes épaules, mes bras, jusqu'au bout de mes doigts qu'il mordille doucement. Chaque caresse est empreinte d'un amour que les années n'ont fait qu'aiguiser. Ses mains parcourent mon ventre, mes cuisses, redécouvrant la douceur de ma peau rousse.
— Je n'ai jamais cessé de t'aimer, Dorian, souffle-t-il contre ma peau, son souffle chaud me faisant cambrer le dos. Même quand je faisais semblant d'être heureux, même quand je fermais les yeux la nuit... c'était toi. Toujours toi. Magalie n'a jamais eu mon cœur, il était resté prisonnier de tes mots.
— Je t'aime aussi, Nans. Je t'aime tellement que ça m'a fait mal pendant douze ans. Je t'aime à en oublier qui je suis.
— Je t'aime aussi, Nans. Je t'aime tellement que ça m'a fait mal pendant douze ans. Je t'aime à en oublier qui je suis.
Nous restons ainsi, suspendus entre la nuit qui s'achève et le jour qui commence, multipliant les gestes tendres. Nans me serre contre lui, sa main s'égarant dans mes cheveux, tandis que je caresse son dos musclé, sentant chaque vertèbre sous mes doigts. C'est une symphonie de regards profonds et de baisers volés, une conversation de chair qui n'en finit plus. Nous savons que nous devons bientôt affronter le monde, mais nous repoussons l'échéance de chaque seconde possible.
Finalement, la faim finit par se manifester, une nécessité physique après une nuit aussi intense. Nous décidons, presque à regret, de quitter la chaleur du lit. C'est un déchirement de se séparer, de rompre ce contact permanent. Nous nous habillons lentement, nos yeux ne se quittant pas. Je regarde Nans ajuster sa veste en jean, et il me regarde boutonner ma chemise, s'arrêtant pour me donner un dernier baiser dans le cou, ses mains glissant une ultime fois sur ma peau nue avant que le tissu ne la recouvre.
Une fois prêts, nous descendons vers le restaurant du petit hôtel. La salle est baignée par la lumière pâle du matin. Nous nous installons à une table isolée, près d'une fenêtre qui donne sur une ruelle calme. Sous la nappe, nos genoux se touchent, nos mains se cherchent. Le café fume devant nous, mais nous sommes trop occupés à nous dévorer du regard pour y toucher vraiment. Nans prend ma main, l'approche de ses lèvres et embrasse ma paume avec une dévotion qui me bouleverse.
— On va se revoir très vite, Dorian. Dès que tu rentres de ta tournée. On trouvera un moyen.
Je hoche la tête, incapable de parler tant l'émotion est forte. Je regarde cet homme, mon premier amour, mon seul amour, et je sais que les obstacles — Magalie, Noélie, les kilomètres — ne sont plus rien. Nous avons survécu au silence, nous survivrons à la réalité. Le petit-déjeuner se poursuit dans une atmosphère de bonheur fragile mais indestructible, ponctuée de sourires complices et de caresses furtives sur les avant-bras.
Le moment de la séparation devant le perron de l'hôtel est un déchirement que je ne peux plus supporter. Cette petite ville de province, avec ses rues pavées et son charme désuet, marquait la toute dernière étape de ma tournée promotionnelle. C'était la fin du voyage officiel, le point final mis à des semaines d'errance médiatique. Alors que la voiture de mon équipe de promotion doit venir me chercher d'une minute à l'autre pour le grand retour collectif, je regarde Nans, sa main déjà posée sur la portière de son vieux véhicule, et un vertige me saisit. Douze ans de manque hurlent en moi. Je ne peux pas monter dans ce van aseptisé, parler de bilans et de critiques littéraires alors que la source de ma vie est là, prête à s'éloigner sur le bitume.
— Nans, attends ! lancé-je, le souffle court, le cœur battant à tout rompre. Je ne peux pas te laisser partir comme ça. Je veux rentrer avec toi.
Il s'arrête net, surpris, un espoir fou et une lueur d'incrédulité brillant dans ses yeux verts.
— Et ton équipe, Dorian ? Ton éditeur ? Tu es censé rentrer avec eux pour clore la tournée.
— Je m'en moque, tranché-je avec une détermination que je ne me connaissais plus. Ils n'ont qu'à dire que je suis épuisé, que j'ai besoin de solitude après cette dernière date. Je vais les voir, je règle ça, et je te rejoins.
— Je m'en moque, tranché-je avec une détermination que je ne me connaissais plus. Ils n'ont qu'à dire que je suis épuisé, que j'ai besoin de solitude après cette dernière date. Je vais les voir, je règle ça, et je te rejoins.
Je me précipite vers le hall de l'hôtel où mon éditeur et l'attachée de presse m'attendent déjà, l'air sombre et pressé. La confrontation est immédiate et électrique. Mon éditeur, le visage rougi par l'impatience, s'avance vers moi, son téléphone à la main comme une extension de son autorité.
— Dorian ! Enfin ! Le van est là, on décolle pour boucler cette dernière étape. Qu'est-ce que tu fabriquais ? On a un planning serré pour le retour !
— Je ne rentre pas avec vous, répondu-je d'une voix glaciale, ignorant les regards médusés du personnel et des clients. Ma tournée s'est terminée hier soir dans cette librairie. Je rentre par mes propres moyens.
— C'est une plaisanterie ? s'écrie l'attachée de presse, scandalisée. Dorian, on a tout organisé ! On ne plante pas une équipe entière sur un coup de tête alors qu'on doit faire le débriefing final !
— Ce n'est pas un coup de tête, c'est ma décision, répliqué-je, le ton montant sous l'effet de la colère. Je vous ai tout donné, j'ai lu ces passages jusqu'à l'écœurement, j'ai signé des milliers de livres. Maintenant, c'est fini. Débrouillez-vous, je prends ma liberté.
— Je ne rentre pas avec vous, répondu-je d'une voix glaciale, ignorant les regards médusés du personnel et des clients. Ma tournée s'est terminée hier soir dans cette librairie. Je rentre par mes propres moyens.
— C'est une plaisanterie ? s'écrie l'attachée de presse, scandalisée. Dorian, on a tout organisé ! On ne plante pas une équipe entière sur un coup de tête alors qu'on doit faire le débriefing final !
— Ce n'est pas un coup de tête, c'est ma décision, répliqué-je, le ton montant sous l'effet de la colère. Je vous ai tout donné, j'ai lu ces passages jusqu'à l'écœurement, j'ai signé des milliers de livres. Maintenant, c'est fini. Débrouillez-vous, je prends ma liberté.
Mon éditeur s'approche alors, l'œil menaçant, évoquant mon contrat et les conséquences juridiques de mon abandon de poste. Je le fixe droit dans les yeux, sans ciller.
— Écoute-moi bien, dis-je d'un ton calme mais tranchant. Mon livre se vend plus que bien, c'est un carton absolu. Si tu tentes de me menacer ou de me forcer, je n'hésiterai pas à faire savoir comment vous traitez vos auteurs. Ta maison d'édition aura une publicité désastreuse et tu sais très bien que tu n'as pas le choix. Alors, laisse-moi partir.
Le silence qui suit est lourd. Il sait que j'ai raison, que mon poids médiatique actuel me rend intouchable. Il s'efface, furieux mais impuissant. Je finis par leur tourner le dos, laissant mon équipe sur le trottoir, et je cours rejoindre Nans qui m'attend, le moteur tournant avec ce ronronnement familier. Quand je grimpe sur le siège passager, une vague de soulagement immense me submerge. Le van de la maison d'édition s'éloigne dans le rétroviseur, emportant avec lui l'image de l'écrivain célèbre, ne laissant dans cette voiture que l'homme amoureux, enfin entier.
Le trajet vers notre région est une parenthèse enchantée, une bulle de tendresse que nous étirons sur des kilomètres de bitume. Nans conduit d'une main, tandis que de l'autre, il cherche désespérément la mienne. Dès que nos doigts s'entrelacent, un calme absolu redescend sur mon âme. Je ne peux pas m'empêcher de poser ma main sur la jambe de Nans, sentant le muscle bouger sous le tissu de son jean à chaque accélération. C'est un contact électrique, vital, une preuve tangible de sa présence. De temps en temps, je me rapproche de lui, mon épaule pressée contre la sienne, et je dépose des baisers furtifs et brûlants dans le cou de Nans, respirant cette peau que la nuit n'a fait que rendre plus indispensable.
— Tu te rends compte, Nans ? On est là, tous les deux... pour de vrai, murmuré-je.
— J'ai l'impression de revivre, Dorian. Pendant le trajet pour venir te chercher dans cette ville, j'avais la gorge nouée. Maintenant, te savoir là, à portée de main, c'est comme si les douze dernières années n'étaient qu'un mauvais chapitre que l'on vient enfin de tourner.
— J'ai l'impression de revivre, Dorian. Pendant le trajet pour venir te chercher dans cette ville, j'avais la gorge nouée. Maintenant, te savoir là, à portée de main, c'est comme si les douze dernières années n'étaient qu'un mauvais chapitre que l'on vient enfin de tourner.
Nous parlons pendant des heures, une conversation longue, fluide, parsemée de rires et de confidences. Nous parlons de nos vies respectives, de ces années où nous avons fait semblant d'être comblés. Nans me raconte son installation récente avec Magalie, ce village à vingt minutes du mien, cette maison qu'il a choisie presque par instinct, sans comprendre que c'était la proximité de mon existence qui l'attirait comme un aimant.
— C'était peut-être ton livre qui traçait la route, dit-il avec un regard tendre. Tes mots ont agi comme un phare.
— Je t'ai écrit pour te forcer à réapparaître, Nans. J'ai pris toute ma douleur et je l'ai mise dans ces pages pour que tu ne puisses plus l'ignorer.
— Je t'ai écrit pour te forcer à réapparaître, Nans. J'ai pris toute ma douleur et je l'ai mise dans ces pages pour que tu ne puisses plus l'ignorer.
Alors que les paysages familiers commencent à défiler et que la réalité de Noélie se rapproche, je sens le besoin de suspendre encore le temps. Je sais que dans quelques minutes, je devrai franchir le seuil de ma vie d'époux.
— Nans, arrête-toi là, s'il te plaît, dis-je en désignant un petit coin tranquille, un chemin de terre bordé d'arbres à l'abri des regards indiscrets.
Il s'exécute immédiatement. Dès que le contact est coupé, nous nous jetons l'un sur l'autre avec une ferveur renouvelée. Je le serre dans mes bras avec une force désespérée, cherchant à retrouver la chaleur de son corps et l'odeur de sa peau avant de retourner voir Noélie. Je passe mes mains sous sa veste, savourant chaque muscle, chaque frisson qu'il dégage. Nos baisers sont profonds, chargés de tout l'amour et de toute la promesse de se revoir très bientôt. Je caresse son visage avec une lenteur infinie, mémorisant chaque trait sous mes doigts.
— Je veux garder ton empreinte sur moi, murmuré-je contre ses lèvres. Ta chaleur est mon seul rempart contre le reste du monde.
— Je suis là, Dorian. Tout près. On ne se perdra plus jamais.
— Je suis là, Dorian. Tout près. On ne se perdra plus jamais.
Nous restons ainsi de longues minutes, enlacés dans le silence de la voiture, avant qu'il ne redémarre pour me déposer en haut de ma rue, à une distance prudente pour éviter les soupçons. Là, nous ne pouvons plus nous embrasser. Nous nous contentons de nous prendre les mains, une dernière fois, nos doigts se serrant avec une intensité folle, cachés par l'ombre de l'habitacle. Le regard de Nans est une promesse à lui seul.
— Je t'aime, Nans, murmuré-je une dernière fois avant d'ouvrir la portière.
— Je t'aime, Dorian. À très vite, mon amour.
— Je t'aime, Dorian. À très vite, mon amour.
Je descends et je marche vers ma porte d'un pas léger. Pour la première fois depuis douze ans, je ne regarde pas Nans partir avec le cœur en lambeaux. Je le regarde s'éloigner avec un sourire radieux, la certitude ancrée en moi qu'il ne s'enfuit pas, qu'il rentre simplement préparer nos prochaines retrouvailles.
Quand je franchis le seuil de ma maison, Noélie est là, assise dans le salon. Elle lève les yeux, surprise de me voir déjà de retour et surtout, de me voir seul.
— Dorian ? Déjà là ? Mais... comment es-tu rentré ? Et qu'est-ce qui se passe ? Tu as un air... je ne t'ai jamais vu comme ça.
Je retire ma veste, le sourire toujours accroché à mon visage, l'esprit encore plein des baisers de Nans et de la douceur de sa peau.
— Je suis juste bien, Noélie, répondu-je avec une sérénité totale. La tournée est finie, et je suis enfin rentré.
Elle me regarde, troublée par ce bonheur soudain qu'elle ne comprend pas, ignorant que l'homme qui lui fait face a laissé son cœur dans une voiture en haut de la rue, et qu'il attend déjà le prochain message de celui qu'il n'a jamais cessé d'aimer.
Le retour à la vie domestique est un choc thermique. Dans le silence de notre maison, chaque bruit semble amplifié : le tic-tac de l'horloge, le froissement des pages du livre de Noélie, et surtout, le bourdonnement frénétique de mon téléphone dans la poche de mon pantalon. Je sens la vibration contre ma cuisse comme une brûlure, un signal secret qui me relie à l'autre côté de la colline, là où Nans existe enfin pour de bon.
Noélie est là, omniprésente. Elle semble flotter dans la maison avec une curiosité nouvelle, ses yeux se posant sur moi avec une insistance qui me met mal à l'aise. Elle sent que quelque chose a glissé dans l'engrenage de notre quotidien, que le Dorian qui est revenu de cette dernière ville de tournée n'est plus tout à fait le même.
— Tu es très silencieux depuis ton retour, Dorian, remarque-t-elle alors que je prépare un café, les mains tremblantes. Est-ce que la fatigue de la tournée te pèse encore ?
— Sans doute, Noélie. C'était intense, répondu-je sans me retourner, fixant la machine à café pour éviter son regard.
— Sans doute, Noélie. C'était intense, répondu-je sans me retourner, fixant la machine à café pour éviter son regard.
Mon téléphone vibre à nouveau. Une, deux, trois fois. Je profite du bruit de l'eau qui coule pour le sortir furtivement. Un message de Nans s'affiche : « Je sens encore ton parfum sur mon pull. J'ai l'impression que tu es encore assis à côté de moi. Ça me rend fou. » Un sourire involontaire étire mes lèvres, mais je l'efface immédiatement en entendant le pas de Noélie derrière moi.
— Tu souris à ton café ? demande-t-elle, une pointe d'ironie dans la voix.
— Je pensais à une critique très positive que j'ai lu ce matin, mentis-je avec une aisance qui m'effraie.
— Je pensais à une critique très positive que j'ai lu ce matin, mentis-je avec une aisance qui m'effraie.
Toute la matinée se transforme en un exercice de haute voltige. Je dois trouver une excuse pour m'isoler, pour répondre à ces messages qui sont devenus mon oxygène. Chaque fois que je monte à l'étage sous prétexte d'aller chercher un dossier ou de vérifier un e-mail professionnel, je m'enferme à clé dans mon bureau. Là, dans la pénombre, je dévore les mots de Nans : « Magalie est partie faire des courses pour l'après-midi. La maison est vide, mais elle est pleine de toi. Viens. Je t'en supplie. »
Mon cœur s'emballe. Il faut que j'y aille. Il faut que je parcoure ces vingt kilomètres qui nous séparent. Mais comment justifier une absence alors que je suis censé être en période de repos ? Noélie frappe à la porte du bureau.
— Dorian ? Tu parles à qui ? J'entends ton téléphone vibrer sans arrêt depuis tout à l'heure.
— C'est mon éditeur, Noélie ! crié-je à travers la porte, le ton légèrement trop brusque. Il est furieux que j'aie planté l'équipe à la fin de la tournée. Je dois gérer les retombées diplomatiques, c'est très tendu.
— Oh, je vois. Tu veux que je t'apporte quelque chose ?
— Non, j'ai besoin de calme. Je vais peut-être devoir passer à l'agence cet après-midi pour signer des documents officiels et calmer le jeu.
— C'est mon éditeur, Noélie ! crié-je à travers la porte, le ton légèrement trop brusque. Il est furieux que j'aie planté l'équipe à la fin de la tournée. Je dois gérer les retombées diplomatiques, c'est très tendu.
— Oh, je vois. Tu veux que je t'apporte quelque chose ?
— Non, j'ai besoin de calme. Je vais peut-être devoir passer à l'agence cet après-midi pour signer des documents officiels et calmer le jeu.
Le mensonge est lancé. Il est lourd, palpable, mais il me donne la clé de ma liberté. Je redescends quelques minutes plus tard, l'air faussement accablé.
— Écoute, Noélie, ils insistent pour que je vienne en personne. Ils parlent de pénalités de retard. Je vais devoir m'absenter quelques heures. Je suis désolé, je sais que je devais rester avec toi aujourd'hui.
— C'est étrange qu'ils ne puissent pas attendre lundi, dit-elle en me fixant avec une acuité troublante. Mais bon, si c'est pour ton livre... Vas-y. Ne rentre pas trop tard.
— C'est étrange qu'ils ne puissent pas attendre lundi, dit-elle en me fixant avec une acuité troublante. Mais bon, si c'est pour ton livre... Vas-y. Ne rentre pas trop tard.
Je quitte la maison avec un sentiment de culpabilité qui s'évapore dès que je mets le contact. Durant tout le trajet, les messages continuent de pleuvoir. Je m'arrête sur le bas-côté pour répondre, incapable d'attendre : « Je suis en route. J'arrive. Prépare-toi, je n'ai plus aucune patience. »
Arriver devant la maison de Nans est une expérience surréelle. C'est une bâtisse charmante, entourée de verdure, qui respire la vie de famille tranquille. C'est ici qu'il vit avec Magalie. C'est ici qu'il a construit son nid, loin de moi. Mais aujourd'hui, Magalie n'est pas là. Aujourd'hui, cette maison m'appartient.
Nans m'attend sur le seuil, l'air aussi fébrile que moi. Dès que je sors de la voiture, il ne me laisse même pas le temps d'entrer. Il m'attrape par la taille et m'entraîne à l'intérieur, refermant la porte avec une urgence qui me coupe le souffle. Nous nous retrouvons dans le hall, contre le mur, nos souffles se mélangeant déjà.
— Tu es là... enfin, souffle-t-il contre mes lèvres.
— J'ai dû inventer mille mensonges, Nans. Ma vie est devenue un roman d'espionnage en trois heures.
— Ça en vaut la peine, Dorian. Regarde-moi.
— J'ai dû inventer mille mensonges, Nans. Ma vie est devenue un roman d'espionnage en trois heures.
— Ça en vaut la peine, Dorian. Regarde-moi.
Il prend mon visage entre ses mains, ses pouces caressant mes joues avec une tendresse infinie. Le contraste entre le froid de l'extérieur et la chaleur de son foyer est saisissant. Il commence à m'embrasser, d'abord avec une douceur exploratrice, puis avec une ferveur qui nous ramène instantanément à la chambre d'hôtel de la veille. Ses mains glissent sous ma veste, cherchant le contact de ma peau, tandis que je m'accroche à ses épaules, respirant son odeur de foyer et de désir.
Nous montons à l'étage. Je ne peux m'empêcher de remarquer les photos de Magalie sur les murs, les signes d'une vie commune qui m'est étrangère. C'est une douleur sourde, mais elle est balayée par la pression de la main de Nans dans la mienne. Il m'emmène dans leur chambre — ou plutôt, dans la sienne pour aujourd'hui.
— Ne regarde pas le reste, Dorian. Il n'y a que nous ici.
Il me pousse doucement sur le lit. Ses baisers descendent dans mon cou, ses mains parcourent mon corps avec une connaissance déjà parfaite de mes zones de plaisir. Nous passons des heures à nous redécouvrir, à nous aimer dans le secret de ces murs qui appartiennent à une autre. C'est un mélange enivrant d'amour pur et de transgression. Chaque caresse est multipliée par l'interdiction, chaque gémissement est étouffé par la crainte d'être découvert.
— Je t'aime, Dorian. Plus que tout ce que tu vois ici, murmure-t-il alors que nous sommes enlacés, la lumière de l'après-midi filtrant à travers les volets mi-clos.
— Je t'aime aussi, Nans. Mais comment on va faire ? Le retour à la maison est de plus en plus difficile.
— On ne pense pas à ça maintenant. On a cet après-midi. C'est tout ce qui compte.
— Je t'aime aussi, Nans. Mais comment on va faire ? Le retour à la maison est de plus en plus difficile.
— On ne pense pas à ça maintenant. On a cet après-midi. C'est tout ce qui compte.
Il reprend ses caresses, ses lèvres parcourant mon torse avec une lenteur délicieuse. Je ferme les yeux, savourant chaque seconde de cette clandestinité, avant que mon téléphone ne vibre à nouveau sur la table de chevet. Un message de Noélie : « Tu en as pour encore longtemps ? J'ai préparé le dîner. »
Je ne réponds pas. Pas tout de suite. Je me replonge dans les bras de Nans, cherchant à ignorer le monde qui m'appelle, préférant rester encore un peu dans cette ombre où nous sommes enfin libres d'être nous-mêmes, loin des regards et des mensonges.
Fin du chapitre 9.
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