Ma vie amoureuse — Chapitre 1
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On est happé dès les premières lignes par cette voix de narrateur adolescent, maladroite et sincère, qui observe Margaux avec une intensité touchante — les seins qui oscillent dans l'échancrure, les fesses moulées par le short, tout ça raconté avec une candeur désarmante. La mère bavarde qui déclenche tout sans le savoir apporte une vraie légèreté. Et la progression lente, les matins au café, les journées à peindre, donne au désir le temps de mûrir avant d'éclater.
Ma vie amoureuse
Chapitre 1
— Une femme. Seule, apparemment. Il y a qu'un nom sur la boîte aux lettres. Margaux Boulimier. Elle avait pas l'air d'y être cet après-midi. Tout était fermé. Oh, mais j'y repasserai un de ces jours. J'y repasserai. Histoire de voir à quoi elle ressemble.
— Hein ? Mais je fais pas la tête !
— Ça te fera le plus grand bien ! Ça te sortira un peu de ces bandes dessinées idiotes sur lesquelles tu passes ta vie à t'abrutir.
— Je viens pour... Ma mère m'a dit... Les meubles... Pour les déplacer...
— Ah, t'es le petit voisin. C'est très gentil à toi d'avoir accepté de venir m'aider. Parce que toute seule... Tiens, entre ! C'est par là. Ce qu'il faudrait d'abord, c'est pousser ce gros bahut, là, au milieu. Que je puisse accéder au mur. Tu y es ? Un, deux, trois...
— Oh, de rien ! Si vous avez encore besoin...
— Je ferai appel à toi. C'est entendu. Je me gênerai pas.
— Mais même...
— Même ?
— Si vous voulez que je vous donne un coup de main pour vos peintures. Ça vous avancera.
— Je voudrais pas abuser.
— Oh, non ! Non ! Ça m'occupera. Je suis en vacances.
— Si tu veux alors ! C'est pas de refus. Parce que, franchement, les peintures, c'est le genre de truc qui me barbe, mais qui me barbe à un point que tu peux même pas imaginer.
— Bon, ben je reviens alors. Je reviens tout de suite. Je vais me changer.
— Tu avances vite, toi, dis donc ! J'ai bien fait de t'embaucher. Par contre... Par contre, faut bien reconnaître que t'es pas très causant. T'es toujours comme ça ?
— Oh, non ! Non ! Je parle d'habitude.
— Mais pas à moi ! Pourquoi ? Parce qu'à une vieille comme moi tu sais pas trop quoi raconter ?
— Mais vous êtes pas vieille !
— C'est gentil ce que tu me dis là. Eh bien parle-moi alors ! Dis-moi des choses. Tiens, ta petite amie, par exemple. Elle s'appelle comment ?
— Ma petite amie ?
— Ta petite amie, oui. T'as bien une petite amie quand même ! T'as quel âge ?
— Dix-neuf.
— À dix-neuf ans, tout le monde a une petite amie. Tous les garçons. Non ? Pas toi ?
— Si ! Enfin non !
— Comment ça ?
— Disons que j'avais. Et que j'ai plus.
— Ah... Oh, mais tu retrouveras. T'es beau garçon. Agréable à regarder. Pour autant que je puisse en juger, t'as l'air d'avoir un excellent caractère. Alors tu retrouveras. Tu retrouveras forcément.
— Parce que tu crois que ça se torche comme ça, toi ? En deux temps trois mouvements. Il y a tous les enduits à faire. Les sous-couches à passer. Et si on veut que ce soit à peu près potable.
— Oh, mais moi ce que j'en dis, hein ! Tu peux bien y rester tant que tu veux. Au contraire ! Pendant ce temps-là, j'entends pas ta musique beugler.
Le plus souvent, je la trouvais en train de déjeuner. Dans un grand pyjama noir à motifs asiatiques.
Je rebuvais un café avec elle. Un autre. On discutait. De tout. De rien. On plaisantait. Et puis...
S'habiller, ça voulait dire aussi se couler dans des shorts qui lui moulaient les fesses au plus près. D'adorables petites fesses délicieusement joufflues dont je me repaissais, insatiable, quand elle me tournait le dos ou qu'elle était juchée sur l'escabeau.
On peignait. On marquait des pauses. On parlait. Rarement d'elle.
— Il y a pas de raison.
Le soir tombait. Je la quittais, tout rempli du bonheur de ma journée. Et déjà impatient de celui du lendemain.
Elle a posé son pinceau.
Elle a escaladé le rebord de la baignoire.
À mon tour, je me suis déshabillé. En lui tournant le dos. Parce que... Ben, parce que j'étais pas trop présentable, là, en bas. À mon tour j'ai enjambé. Toujours en lui tournant le dos.
— Oh, non ! Non !
— Qu'est-ce tu caches alors ?
— Mais rien...
— Menteur ! Fais voir ! Fais voir, j'te dis !
Elle a tranquillement posé les yeux dessus.
Elle a cherché mon regard.
J'ai fermé les yeux. Et c'est venu. Tout de suite. J'ai déchargé. Au hasard. Sur ses doigts. Sur son poignet. Sur son avant-bras. Partout.
Elle a encore ri.
Elle m'a attiré contre elle.
Elle a froncé les sourcils. Grimacé.
Je me suis allongé sur elle. J'ai cherché. Maladroitement tâtonné.
Elle est venue à mon secours, m'a pris en main, voulu m'introduire en elle. Elle n'en a pas eu le temps. J'ai éclaté. Déchargé sur son ventre.
Je suis retombé. Sur le dos.
— Oh, si ça fait ! Si ! Je suis nul.
— Oh, oui, hein !
— Promis.
Elle a ri.
Après, elle m'a gardé en elle. Elle m'a souri.
— Toujours tu t'en souviendras de ce moment-là. Toujours. Toute ta vie. Toujours tu te souviendras que j'ai été la première.
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Commentaires ()
Bravo.
Je crois qu'on garde tous un souvenir ému de cette première fois.
Merci pour le partage