Antimatière contre prosexe — Chapitre 1 · Les clés
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On est happé dès les premières lignes par la voix de Julie : drôle, caustique, lucide sur elle-même sans jamais se plaindre. Les dialogues avec Fabienne sonnent parfaitement juste — cette femme qui relève sa jupe en plein repas pour illustrer un argument sur la séduction, c'est culotté et irrésistible. Et puis il y a cette façon de croquer des personnages en quelques détails concrets, le bronzage alterné à vélo, les boucles d'oreilles de Fabienne jamais oubliées, qui rendent tout immédiatement vivant.
Antimatière contre prosexe
Chapitre 1 · Les clés
Un trousseau de clés. Un simple trousseau de clés comme il en existe des milliers, tombé sans doute d'une poche ou d'un sac. Pas de bol pour le ou la propriétaire qui devait peut-être le chercher désespérément, se faire engueuler, ou se trouver coincé dehors sans que personne ne puisse l'aider, je n'osais pas imaginer la somme d'emmerdements que pouvait engendrer la perte de ses clés. J'allais les remettre à la serveuse du bar quand j'ai eu la curiosité de détailler ces sésames orphelins.
Le porte-clés représentait un nageur, et le badge en plastique portait le nom du lycée de la ville voisine où j'avais fait mes classes. Nul besoin donc d'être un enquêteur talentueux pour en deviner le détenteur : Éric.
Éric, c'est le mari de Fabienne. Ils habitent le même village que nous, c'est à dire ma mère et moi (mon père est parti avec une autre il y a quinze ans) quelques maisons plus bas dans la même rue. Lui est prof de sport au lycée et entraîneur du club de natation local, Fabienne est gérante d'un magasin de sports à la sortie de la ville où je vais rarement. Je sais qu'Éric prend le train pour aller enseigner, et nous avons quelquefois fait le trajet ensemble.
Je n'avais cours ce matin-là que jusqu'à 11h, alors plutôt que de refiler les clés à la patronne du bar qui avait sans doute d'autres chats à fouetter, j'ai décidé de les déposer chez eux en rentrant, espérant que le lundi Fabienne serait à la maison car son magasin est fermé.
Elle est sympa Fabienne, et je la connais depuis que je suis enfant. La quarantaine largement dépassée je crois, toujours souriante, c'est une sportive accomplie qui pratique le vélo, la natation (Éric et elle se sont rencontrés dans la flotte je ne sais plus où…) le fitness et encore d'autres activités. Le cheveu court, ses larges épaules et ses cuisses pour le moins musclées lui confèrent une allure robuste, qu'elle sait habiller élégamment de chemisiers à motifs, de robes ou jupes en lien avec sa morphologie qu'elle semble assumer pleinement, et de chaussures à talons pour affiner sa silhouette. Elle est toujours maquillée avec soin, et je crois que je ne l'ai jamais vue sans boucles d'oreilles.
En ce qui me concerne, je n'ai malheureusement pas hérité du corps gracieux de ma mère qui, à cinquante ans passés, peut porter tous les vêtements qu'elle souhaite sans jamais avoir l'air boudinée ou endimanchée. Héritière seulement de ses ravissants yeux verts, de sa voix très particulière qui charme dès ses premiers mots et de sa peau de pêche, je ne lui ressemble guère, à ma maman…Dame Nature m'a plutôt conçue « solidement charpentée » comme me décrit notre médecin de famille, mes épaules n'ont rien de fragile, ma poitrine est très généreuse et on me prédit des accouchements faciles au vu de mon large bassin, reposant sur deux jambes dont la solidité ne fait de doute pour personne. A vingt-cinq ans, je ne fais pas vraiment se retourner les garçons sur moi, ou alors juste pour proférer des vacheries et des commentaires graveleux.
- Ou encore Il paraît qu'elle va être engagée comme mannequin chez Cochonou la Julie !
- On dit que quand elle va à la piscine, elle nage avec un sac de sable sur le dos pour pouvoir mettre la tête sous l'eau ! Elle risque pas de se noyer en tout cas, vu la paire de roberts qu'elle trimballe !
- Je suis sûr que celui qui la baise, sauf s'il est monté comme un âne, il doit se sentir comme un petite cuillère dans un bol vide !
Lors de ma deuxième année de master à l'université, j'ai vécu mon premier grand amour. Sylvain, un grand échalas aussi fin que je suis massive, s'est rapproché de moi assez timidement. Très doué en physique, il m'a aidée à comprendre quelques concepts un peu ardus, avec patience, semblant totalement ignorer mon corps. Un cérébral, drôle, délicat, c'est lui qui venait à ma rencontre, alors je me suis prise à rêver qu'il pourrait se passer quelque chose entre nous. Au gré de nos longues conversations, toujours après les cours, il m'a expliqué sa passion pour le vélo, sport qu'il pratiquait depuis l'âge de 14 ans, dans un club de la région qui souhaitait créer une équipe féminine. Sans fausse pudeur, Sylvain m'a expliqué qu'au vu du diamètre de mes cuisses je devais développer une grande puissance sur un vélo et que je devrais essayer. Je l'ai donc accompagné un matin à son vélo-club et y ai rencontré coach et entraîneur, des types sympas et sans aucun préjugé quant à ma stature. Rapidement je me suis retrouvée les fesses sur un vélo, pour un test de puissance/endurance sur un home trainer adapté.
Stupéfaction chez les deux testeurs, j'approchais d'assez près les valeurs de coureurs régionaux chevronnés. Tout a été mis en œuvre pour me faciliter les entraînements, horaires, matériel, si bien qu'après trois mois j'ai été inscrite à un critérium régional dont j'ai gravi la troisième marche du podium, déclenchant quelques commentaires jaloux voire indécents. J'ai pris goût à ce sport et me suis organisée pour le mener en parallèle de mes études de physique, pour le plus grand bonheur de Sylvain, avec qui je m'entraînais sur route régulièrement et qui parfois peinait à me suivre sur le plat. Dans les bosses, je souffrais terriblement, mon poids me rappelant alors les règles incontournables de la gravité. Ces efforts soutenus m'ont aidée à affiner et affermir un peu ma silhouette, restant tout de même plus proche de celle d'un bûcheron que d'une danseuse étoile. Souvent, après un entraînement en commun, je me douchais dans la salle de bains de son studio d'étudiant près de l'université, il me voyait donc régulièrement en sous-vêtements mais cela n'avait pas l'air de l'intéresser ni de le repousser, il riait simplement de mon bronzage alterné, cuisses et bras hâlés versus blanc laiteux pour le reste du corps. Un soir pourtant, je finissais de me rhabiller pour partir quand je l'ai vu sortir de la douche, son sexe au garde à vous.
Mue par je ne sais quelle pulsion nouvelle, irrépressible, fébrile et presque tremblante je me suis approchée de lui et lui ai demandé de m'embrasser.
- Moi non plus Sylvain… moi non plus…Alors viens !
Au bout de quelques semaines je m'étais enhardie, et à plusieurs reprises j'ai entraîné mon amoureux dans des lieux discrets pour qu'il me lutine. De me découvrir nue sous ma robe l'excitait terriblement et il me baisait comme un soudard, sans retenue, recherchant uniquement notre plaisir et j'adorais cela. Retourner en cours l'air concentrée alors que le long de mes cuisses s'écoulait la semence que dégorgeait mon sexe encore luisant d'excitation me faisait me sentir femme, désirable et désirée, oubliant mon corps si peu féminin aux dires des jalouses.
Au bout de six mois j'ai présenté Sylvain à ma mère, enchantée de notre relation, du sport en commun, elle nous voyait déjà mariée et s'imaginait grand-mère. J'étais au sommet du bonheur, amoureuse, épanouie, étudiante brillante et sexuellement comblée par un amant insatiable, la vie me souriait. Et puis il y a eu ce 20 novembre, date qui pour le commun des mortels n'a aucune connotation particulière, sauf à se prénommer Edmonde, sainte du jour selon certains calendriers.
A l'approche des examens, Sylvain et moi avions un peu espacé nos rencontres afin de nous concentrer sur nos études. Je révisais chez moi mais il était toujours le bienvenu à la maison et y venait dormir assez régulièrement, nous faisions l'amour discrètement pour éviter à ma maman de subir les sons de nos ébats…Un après-midi, je travaillais dans ma chambre lorsque j'ai constaté que Sylvain avait oublié son smartphone sur la table de chevet. Il a vibré quelques fois mais je n'y ai pas prêté attention, jusqu'à ce qu'un message insistant soit accompagné de plusieurs photos aux commentaires sans équivoque. On y voyait plusieurs selfies de Chloé, une étudiante de notre volée avec qui nous n'avions que peu de contacts (enfin, c'est ce que je croyais…), à quatre pattes sur son lit, sa jupe relevée, ses mains écartant ses fesses nues.
J'ai adoré quand tu m'as enculée, et ça doit être plus facile qu'avec ton boude à gros cul pour trouver le trou ! Tu reviens quand, me prendre comme la salope que je suis ? J'ai envie de ta queue entre mes petites fesses !
J'ai eu l'impression que mon cœur s'arrêtait, que tout s'effondrait sous mes pieds. Sylvain, si attentionné, si gentil avec moi, me trompait avec Chloé, une petite bourge en minijupe portant sans soutif des tops arachnéens, je ne pouvais certes pas rivaliser sur la plastique, mais question sexe c'est plutôt moi qui l'avais déniaisé, Sylvain, même si je refusais de me faire sodomiser ou de le laisser se répandre dans ma bouche mais que cela ne semblait pas le frustrer.
J'ai balancé le téléphone contre le mur et me suis mise à hurler, ma mère accourue au triple galop a compris me voyant en larmes, elle a été incroyable de compréhension et d'empathie alors que j'étais anéantie. Je suis restée trois jours enfermée dans ma chambre, incapable de bouger. Sylvain a essayé de me contacter, puis il est venu à la maison où ma mère l'a reçu plutôt fraîchement, en lui rendant son téléphone fracassé accompagné d'une lettre de ma part. Dans cette missive de rupture au vocabulaire ordurier je lui préconisais de se concentrer sur l'enculage de sa pimbêche, précisant que plus jamais il ne devrait m'approcher ni m'adresser la parole. Heureusement que c'était ma dernière année avant de partir étudier ailleurs, sinon le croiser chaque jour durant encore trois ans m'aurait été insupportable. Je n'ai pas démissionné du club cycliste, mais me suis organisée pour ne pas l'y rencontrer, avec l'aide des entraîneurs qui se sont montrés compréhensifs et n'ont fait aucun commentaire.
Donc, avant de rentrer chez ma mère, je me suis arrêtée chez Fabienne et Éric pour y déposer les clés. Comme espéré elle était à la maison ce lundi-là, et s'est d'abord montrée étonnée, presque mal à l'aise en m'ouvrant la porte.
- Regarde, porte-clé du lycée, figurine de nageur, ce n'était pas bien compliqué à deviner.
- Tu es adorable de les avoir rapportées, merci Julie, merci ! Il est midi, tu veux manger ici ? Éric ne rentre pas et je n'irai au magasin que vers 14h.
- Oui, un peu trop peut-être, mais comme tu peux le voir je n'ai pas vraiment à me soucier de ma silhouette, j'ai déjà essayé des régimes mais ça ne sert à rien, grosse je suis née et grosse je resterai.
- Oh ! Ne dis pas de pareilles horreurs Julie, tu n'es pas « grosse ». Tu as un corps solide, c'est vrai, mais tu as une peau magnifique, des yeux…irrésistibles, tu respires la santé, tu es sportive, et tes rondeurs te vont plutôt bien surtout si tu les assumes. Regarde, moi aussi j'ai des cuisses de catcheur et un fessier de crémière, mais je les mets en valeur plutôt que d'essayer de les cacher ! Tu sais, les mecs ils aiment aussi les rondes, crois-moi, un peu de dentelles et ils sont au garde à vous !
- Oh Julie, mais Éric et moi on a un peu chacun notre vie après tant d'années de mariage ! Lui il trousse ses collègues dont certaines sont plutôt délurées, et moi disons que…que je m'organise. Voilà. Je sais qu'il me trompe, il sait que j'offre parfois mes charmes à d'autres mais nous restons ensemble et on fait même l'amour assez régulièrement. Tu sais, nous n'avons malheureusement pas pu avoir d'enfants, alors nous pouvons donner libre cours à notre sexualité sans devoir rendre de comptes.
- Oh là jeune fille, tu me sembles bien pressée ! Le magasin est fermé le lundi, j'y vais quand je veux et je t'assure que ton histoire m'a émue, personne ne mérite qu'on lui mente comme ce Sylvain l'a fait avec toi. Je t'ai connue presque bébé et aujourd'hui c'est une jeune femme épanouie que je retrouve, aussi sensible que solide, dure au mal, brillante intellectuellement, alors je serais ravie si tu passais de temps à autre discuter un moment, boire un café ou même manger avec moi. Pas besoin de t'annoncer, tu sonnes et tu verras bien si je suis là ou pas.
- Oh c'est adorable Fabienne, mais je ne crois pas que j'oserai venir te casser les pieds, tu as un mari, un magasin, des activités…alors venir te pleurer dans le gilet….
- Bon, puisque tu es têtue comme une mule, on va faire autrement. Lundi dans deux semaines, tu viens à mon magasin à 11h30. On grignotera une petite bricole et après je veux te proposer quelque chose, j'y pense depuis un bon moment mais comme je n'ai pas encore tous les éléments pour t'en parler avec précision je pensais t'appeler plus tard, mais puisque tu es là…D'accord ?
- Mais…mais…Fabienne, je suis juste venue te rapporter les clés de ton mari, pas te demander quoi que ce soit, tu…
- Qu'elle t'a offert son cul, je sais, mais c'est la loi de la concurrence. Dommage que tu n'aies pas osé me le dire.
- Non…non…Chloé elle m'a déjà largué…elle est…c'est une…Mais c'est toi que j'aime Julie, je te jure ! Tu me manques, j'ai été le dernier des cons…Tu crois que…
Le lundi je me suis présentée comme convenu au magasin de Fabienne. Sans raison particulière, je m'étais vêtue avec plus de soin que d'ordinaire, une robe longue boutonnée assez ample, des sandales à talon et même des boucles d'oreilles alors que je n'en portais que rarement. J'avais opté pour un maquillage mettant mes yeux en valeur, même si c'était complètement idiot.
Tu peux le constater, dans mon magasin, je propose la marque Probike Racers qui est plutôt du haut de gamme, mais le fabricant me demande d'augmenter les ventes pour les tenues féminines sous peine de me retirer la concession. Il y a quelques années, lorsque moi aussi je pratiquais le vélo de compétition, c'était plus facile, on venait me trouver au magasin et je faisais la promotion de la marque. Maintenant je suis trop vieille, je ne cours plus, et la cible ce sont les jeunes athlètes pour lesquelles je cherche une ambassadrice idéale. Tu la connais.
- Tu te trompes ma jolie, complètement. Tu devrais le savoir, toi, mieux que tout le monde, les femmes rondes se mettent désormais au sport sans complexes et veulent aussi un accès aux tenues haut de gamme, nous avons nos mannequins, nos blogs... Regarde Julie, tu as vu ma carrure ? Mes seins ne sont pas beaucoup plus petits que les tiens, quant à mes fesses…Et puis je vais être franche avec toi : je veux une femme, une vraie comme toi, avec un cul et des nichons qui font bander les mecs, pas une planche à pain de 35 kg dont les os vont crever son cuissard et son maillot. Je t'assure Julie, tu es la candidate idéale, tu es magnifique, tes rondeurs font bien plus envie que pitié, je te le jure !
- Fabienne, je n'ai aucune raison de ne pas te faire confiance, mais je ne suis pas sûre d'avoir compris ce que tu me demandes.
- C'est normal, ma chérie (j'ai sursauté à ce mot, que personne d'autre que Sylvain n'avait jamais prononcés pour moi) parce que je ne te l'ai pas encore dit. Alors voilà. Pendant une année, la marque Probike Racers te fournit cuissards, maillots, coupe-vent, cagoules, manchettes, jambières chaussettes et gants, sauf erreur de ma part trois exemplaires de chaque. En échange, tu viens travailler avec moi tous les samedis au magasin, de mi-mars à septembre qui est en gros la saison cycliste et tu assures la promotion de la marque dans ma boutique. Si tu as une compétition pas de problème, c'est prévu, bien que les courses cyclistes amateurs se déroulent plutôt le dimanche. Enfin, avant que tu ne me poses la question, je te paierai tes heures – on discutera salaire quand tu auras accepté - avec un pourcentage sur les ventes si elles sont bonnes. Maintenant je t'ai tout dit. Rassure-toi, je ne te demande pas une réponse tout de suite, j'imagine que tu dois réfléchir, en parler à ta mère, à ton club car tu vas faire un peu de pub etc. On est en décembre, donc pour le vélo c'est calme, alors je te laisse jusqu'à la mi- janvier pour me répondre. Ça te va, ma beauté ? (Décidément, elle était créative en matière de surnoms…)
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