Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Les protectrices du dernier homme — Chapitre 22 · MON LOURD SECRET
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Les protectrices du dernier homme
Chapitre 22 · MON LOURD SECRET
Moi, Jacques, je ne vieillissais pas comme les autres. Au contraire. Je me sentais plus fort, plus vif, comme si le virus m'avait effleuré sans m'atteindre vraiment, ou plutôt en me renforçant. J'ai compris très vite que j'étais différent. Les infirmières me regardaient bizarrement, les médecins prenaient des notes en murmurant.
J'ai fui avant qu'ils ne me mettent en cage. À quatorze ans, j'étais dans la rue. J'ai appris à me cacher. Maquillage grossier pour me faire des rides, vêtements trop grands, démarche voûtée, puanteur volontaire. Je faisais semblant d'être un de ces très rares et derniers vieillards malades pour qu'on ne me remarque pas. La société avait bien fait son travail et ces quelques rares vieux messieurs qui restaient étaient traités en parias abjects. Parce que si elles savaient… si elles voyaient que j'étais toujours jeune, toujours sain, toujours fertile… elles m'auraient pris, disséqué, transformé en machine à reproduction.
J'ai vécu comme un fantôme. Mendiant, dormant sur du carton, mangeant ce que je trouvais. Le monde continuait sans nous. Les femmes avaient pris le relais. Les rues propres, les bus à l'heure, les cinémas qui tournaient, les restaurants ouverts. Mais plus d'hommes, plus d'œstrogènes, plus de sperme frais. Juste des banques gardées comme des coffres-forts, des fioles chères, du synthétique qui ne marchait pas, des garçons qui mouraient avant de naître.
Et puis, en 2041, j'avais vingt-trois ans, elle est arrivée. Hélène.
Elle avait cinquante-quatre ans, mais elle en faisait au moins dix de moins. Gynécologue et pédiatre de renom avant le virus, elle avait toujours eu une clientèle fortunée, des femmes qui payaient cher pour ses mains expertes. Elle avait continué ses études en parallèle, fascinée par les traitements contre les maladies génétiques. Aujourd'hui, elle travaillait pour un grand laboratoire qui cherchait à recréer du sperme viable.
Elle m'a vu un soir d'automne pluvieux, mendiant devant un arrêt de bus. Elle s'est arrêtée, m'a tendu un sandwich tout en m'observant. Elle est revenue quelques jours après, m'a donné un peu d'argent, puis des petits boulots : porter des caisses, nettoyer chez elle, sortir la poubelle. Elle ne me forçait pas à parler. Elle observait et me payait. Elle savait déjà que je n'étais pas ce que je semblais. Mais elle attendait le bon moment.
Un vendredi soir, pluie fine, elle m'a appelé : « Viens chez moi, ce n'est pas pour un boulot mais j'ai besoin de toi. Juste… viens. » J'ai pressé deux fois une touche pour lui dire « ok », ne voulant pas qu'on entende ma voix au téléphone. On est allés dans un petit resto libanais presque vide. Vin rouge, lumière tamisée. On a parlé du ciel, du bruit des rues, du goût du pain. Elle a ri. J'ai ri. Elle m'a regardé longtemps et m'a dit : « T'as les yeux vivants. » Et je commençais à avoir des doutes…
Je l'ai raccompagnée chez elle. Elle titubait un peu. Je la tenais par le bras. Dans l'entrée, elle s'est retournée. « Tu sais, Jacques, j'ai compris ton secret. Et je sais que tu le sais. Je ne veux pas te forcer ni te dénoncer. J'ai besoin de toi pour autre chose. » Elle a souri doucement. « Je te dirai tout demain matin. Là, j'ai trop bu. Dors sur le canapé s'il te plaît et fais comme chez toi. »
Le lendemain, au petit-déjeuner, café chaud, pain frais, elle m'a regardé droit dans les yeux. « T'as quel âge vraiment ? » J'ai avalé ma salive. « Vingt-trois. » Elle a hoché la tête, comme si elle s'y attendait. « T'es fertile ? » J'ai haussé les épaules. « J'sais pas. Mais… je pense que oui. » Elle a posé sa tasse et m'a dit : « Bon, il faut qu'on s'en assure, mais avant, je vais tout t'expliquer. »
Et elle m'a tout raconté. Son travail au laboratoire, ses recherches pour recréer du sperme viable. Elle savait que si par miracle elle réussissait, le gouvernement s'emparerait de la formule pour s'enrichir, pour la vendre au compte-gouttes aux riches. Les femmes ordinaires, celles qui méritaient vraiment un enfant, seraient oubliées.
— Mon plan, si tu es sain et il faudra tester d'abord, c'est de vendre un peu de ton sperme à des folles rombières riches que je connais, avides de jeux étranges avec du vrai sperme. Je sais, c'est très bizarre, mais tu sais comment fonctionne le monde. Comment sont les puissants et leurs caprices toujours plus débiles. Bref, elles ne parleront jamais, par honte et par peur que le gouvernement le découvre, car c'est interdit. Je te rassure, je m'assurerai que ton sperme soit infertile pour elles. Pas de grossesse. Juste du fantasme de tarées.
Elle a souri en me disant qu'avec cet argent qu'elle récupérerait, elle m'en donnerait une partie et… d'un air un peu triste, elle m'a dit : « Avec le reste, j'avancerai dans mes travaux. Du sperme de première qualité. Et un jour, quand j'aurai trouvé la formule… je la donnerai au monde. Gratuitement. Pour que personne ne puisse en faire commerce. »
Puis, elle m'a regardé et, d'un air sérieux, m'a dit pendant que je la regardais bouche bée : « Bon, maintenant champion, va te laver dans la salle de bain s'il te plaît. Je ne veux pas ausculter un ours, mais un homme. »
J'ai obéi. J'ai frotté la crasse, les faux cernes, les fausses rides. Je suis ressorti avec une serviette autour des reins. Elle m'a demandé de venir près d'elle, m'a enlevé ma serviette en me prévenant avant de ce qu'elle comptait faire et m'a étudié sous toutes les coutures. Au bout de plusieurs minutes et après avoir examiné chaque parcelle de mon corps, elle s'est arrêtée devant mon pénis en érection – à cause de tous ses attouchements et n'ayant pas eu de contact avec une femme depuis très longtemps. Elle le fixa longuement, pas comme une chienne en chaleur mais comme une professionnelle, les yeux humides, et dit : « Putain, il faut que ça marche… il le faut… »
Elle s'est ressaisie et m'a tendu un flacon très rapidement, en essayant de ne pas me regarder. « Remplis ça. Il faut qu'on sache. C'est vital. »
Je l'ai pris. Je suis allé dans la salle de bain mais plus moyen de bander. J'avais encore ses derniers mots en tête : « Putain, il faut que ça marche… il le faut… » Et si ça ne marchait pas ? Et si je n'étais pas fertile ? Putain, comment vivre avec ça maintenant que j'étais convaincu par le plan d'Hélène ?
Je suis ressorti, penaud. « Je n'y arrive pas, Hélène, putain. »
Elle a soupiré et, tout en me souriant, elle m'a dit : « Oh, surveille ton langage, jeune homme. T'es simplement tendu. Laisse-moi voir. »
Elle m'a tourné autour comme un médecin. Peau parfaite. Testicules symétriques. Elle s'est agenouillée un peu, a regardé ma queue puis m'a regardé en me demandant de faire le vide dans ma tête, de me concentrer sur ma respiration. Au bout de quelques secondes, elle a glissé un doigt le long de ma verge, sur mon frein puis le long de mon gland. Je me suis mis à bander d'un coup. Dur. Elle a souri, un petit tic au coin de la lèvre. « Voilà. T'es sain. T'es entier. Et tu bandes. T'as perdu certains réflexes et tu as la trouille, donc il t'a fallu un petit coup de pouce, c'est tout, mon grand. » J'étais rouge. « Désolé », lui dis-je. Elle rigola et me dit : « Idiot. C'est exactement ce que je veux. »
Elle a pris une chaise, s'est assise devant moi : « Je ne te touche pas. Je te guide seulement, je sens que tu en as besoin. » Elle a croisé ses belles et longues jambes. « Touche-toi, lentement, ne force pas, respire et calme-toi, chéri. »
J'ai obéi. Sa voix me guidait parfaitement : « Plus bas. Serre. Regarde-moi, regarde ta verge et écoute-toi. » Je la regardais. Elle respirait plus fort. « Vas-y, c'est bien comme ça. » C'est vrai qu'elle n'avait pas vu d'homme depuis très longtemps et encore moins en érection devant elle. Cette idée m'a aidé beaucoup, je dois l'avouer, tant je l'appréciais et la trouvais vraiment désirable.
Je me suis branlé comme jamais. Pas pour la science, mais pour elle. Pour cette femme, cette scientifique, cette maman. Pour son regard, pour sa voix. Elle murmurait : « T'es beau. T'es chaud. T'es vivant. » J'ai joui dans le flacon. Long. Blanc. Chaud.
Et on a continué. Une fiole, puis deux, puis trois, puis quatre et enfin une cinquième et dernière. À chaque fois, elle s'assurait que j'allais bien, elle me touchait les parties intimes entre chaque prélèvement. Pas pour me tripoter, mais pour me surveiller et voir comment mon corps réagissait. Et à chaque fois, mon pénis repartait dans la foulée.
À la fin, elle a tout rangé dans une petite boîte frigorifiée en me disant : « Eh bien, quand t'es lancé, on ne t'arrête plus, dis donc. C'est étrange d'ailleurs… Intéressant. Comme si… non, pas de suppositions trop hâtives, Hélène. » Je ne comprenais pas encore ce qu'elle voulait dire et j'étais épuisé mais fier. Fier de ce qu'elle voulait faire. De ce qu'on allait faire ensemble.
Chaque mercredi ou presque depuis, c'est le même rituel à son cabinet. Porte entrouverte. Elle regarde. Je bande. Elle en vend un peu une fortune aux riches. Garde le reste pour la recherche. Et le soir, seule, elle se touche en repensant à moi. Moi, je bande en sachant qu'elle me regarde, je sais qu'elle pense que je ne le sais pas, mais je suis convaincu de son plan et je me suis attaché à elle. Donc je ne lui ai jamais rien dit. C'était toujours le même rituel. Sans jamais se toucher. Sans jamais se le dire.
Parce que je ne suis plus juste un homme. Je suis une source. Un espoir. Un miracle vivant. Et elle, c'est la protectrice de ce secret.
Enfin, la première, car aujourd'hui, mes protectrices sont plus nombreuses. Et je sais qu'elles comprendront pourquoi j'ai dû me taire, garder se secret car s'il venait à s'échapper, non seulement je crains pour moi mais surtout pour Hélène qui prend d'énormes risques ...
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