— Fin de la première pose, dit Françoise. Vous pouvez bouger.
Nadia bouge. Lentement. Elle fait rouler ses épaules. Elle tourne la tête. Elle me cherche. Elle me trouve. Elle sourit. Un petit sourire. Le même pli. Puis elle regarde Sophie. Sophie ne bouge pas. Elle reste immobile. Ses mains sont le long de son corps. Ses doigts se serrent. Se desserrent. Se serrent encore. Elle regarde devant elle. Elle ne me voit pas.
Françoise s'approche de l'estrade. Elle parle à Nadia. Puis à Sophie. Elle leur explique la deuxième pose. Je n'entends pas. Mais je vois Sophie hocher la tête. Sa queue de cheval oscille. Elle rougit encore. Plus fort.
Puis Françoise va jusqu'au fond de la salle. Elle baisse un peu les lumières. Les projecteurs restent, mais la salle s'assombrit. La lumière devient tamisée. Plus douce. Plus intime. Et elle met un fond de musique classique. Un piano. Lent. Discret. Quelques notes qui tombent dans le silence comme des gouttes d'eau.
Françoise se retourne vers les peintres. Vers les photographes. Vers le public.
— Deuxième pose. Nadia, tu gardes ta robe. Mais tu la laisses glisser sur une épaule. Sophie, tu gardes ton chemisier. Mais tu déboutonnes le haut. Pas complètement. Juste assez. Vous restez debout. Vous vous tenez droites. Vous regardez devant vous. C'est parti pour six minutes.
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Nadia ne défait pas sa robe. Elle ne la retire pas. Elle la laisse glisser. Juste sur une épaule. La soie noire descend. Lentement. Elle découvre l'épaule. La clavicule. La naissance du cou. La bretelle du soutien-gorge. Noire. Fine. Elle ne fait rien d'autre. Elle reste là. L'épaule nue. Le reste couvert. Mais on devine. On devine tout.
La lumière tamisée glisse sur sa peau. Sur l'épaule. Sur la clavicule. Sur le creux de son cou. La soie noire contraste. Elle ne bouge pas. Elle ne tremble pas. Elle regarde devant elle.
Puis elle relève le menton. Lentement. Elle regarde le public. Pas au-dessus des chevalets. Pas dans le vide. Le public. Les visages. Les silhouettes. Elle les regarde. Un peu effrontée. Le regard qui ne cille pas. Le petit pli au coin de la bouche.
Le préfet le remarque.
Je le vois. Au premier rang. Il se redresse un peu. Ses mains se posent à plat sur ses cuisses. Ses doigts se crispent. Il soutient son regard. Un instant. Deux. Trois. Nadia ne baisse pas les yeux. C'est lui qui détourne. Il regarde ses genoux. Il déglutit. Lentement. Sa pomme d'Adam monte et descend.
Sa femme tourne la tête vers lui. Elle ne dit rien. Elle regarde son mari. Puis elle regarde Nadia. Puis son mari. Elle ne sourit pas. Elle ne fronce pas les sourcils. Elle observe.
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Sophie ne défait pas son chemisier. Elle ne l'enlève pas. Elle déboutonne le haut. Un bouton. Deux. Trois. Le col s'ouvre. La naissance de sa gorge. La peau. Le creux entre ses seins. Le soutien-gorge. Clair. Discret. Elle ne fait rien d'autre. Elle reste là. Le chemisier ouvert. Le reste couvert. Mais on devine. On devine tout.
Sa queue de cheval oscille. Ses joues sont rouges. Ses mains sont le long de son corps. Ses doigts se serrent. Se desserrent. Se serrent encore.
La musique continue. Le piano. Lent. Discret. Les notes tombent dans le silence.
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Au fond de la salle, les photographes travaillent.
Missa est là, derrière son appareil. Il a attendu. Il a cadré. Il a guetté le bon moment. Maintenant, il mitraille. Le déclic de l'obturateur résonne, rapide, régulier. Une rafale. Il change d'angle. Il se penche. Il se relève. Il ne dit rien. Il ne dirige personne. Il prend ce qu'on lui donne. Mais il prend tout.
À côté de lui, il y a deux autres photographes. Des professionnels. Des habitués. Un homme d'une quarantaine d'années, chauve, lunettes fines. Une femme d'une trentaine, cheveux courts, gilet sombre. Ils ont signé la charte, eux aussi. La charte de la séance. Celle que Françoise fait signer à tous les photographes. Pas de flash. Pas de bruit. Pas de contact avec les modèles. Pas de photos sans accord. Pas de diffusion sans signature. Pas de regards qui traînent. Pas de gestes qui dépassent. Juste des images. Juste du travail.
Ils la respectent. Ils la connaissent. Ils l'ont signée. Ils mitraillent, eux aussi. Leurs déclics se mêlent à celui de Missa. Un crépitement discret. Continu. Presque musical. Comme un accompagnement au piano.
Ils ne parlent pas. Ils ne commentent pas. Ils ne s'exclament pas. Ils font leur métier. Mais je les vois. Je vois leurs yeux. Je vois leurs mains. Je vois la façon dont ils tiennent leur appareil. La façon dont ils cadrent. La façon dont ils attendent. Ils sont professionnels. Mais ils sont des hommes. Et des femmes. Et ils regardent.
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Le plus jeune peintre — vingt-trois ans — regarde Sophie. Il ne peut pas s'en empêcher. Ses yeux vont de la queue de cheval aux joues rouges. Des joues rouges au col ouvert. Du col ouvert à la peau. Il rougit. Ses joues se colorent. Son cou. Ses oreilles. Il baisse les yeux. Il les relève. Il regarde Sophie. Il rougit encore. Plus fort. Il essaie de se cacher derrière son chevalet. Mais je le vois. Tout le monde le voit.
Le deuxième peintre — vingt-six ans — regarde Nadia. Son épaule nue. La bretelle noire. La soie qui glisse. Il ne rougit pas. Mais ses mains tremblent. À peine. Il tient son pinceau. Il le pose. Il le reprend. Il ne sait pas où regarder.
Le troisième peint — trente ans — ne regarde personne. Mais je vois qu'il ralentit. Ses gestes sont plus lents. Plus précis. Comme s'il voulait graver chaque détail. Chaque ombre. Chaque ligne.
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Dans le public, personne ne bouge.
Le préfet est toujours au premier rang. Ses mains sont posées à plat sur ses cuisses. Ses doigts ne bougent pas. Mais je vois sa pomme d'Adam qui monte et qui descend. Il déglutit. Lentement. Souvent. Ses yeux vont de Nadia à Sophie. De Sophie à Nadia. Il ne sourit pas. Il ne fronce pas les sourcils. Il regarde. Mais depuis que Nadia l'a fixé, quelque chose a changé. Il est plus raide. Plus tendu. Il ne regarde plus comme avant.
Sa femme est à côté de lui. Chignon. Tailleur. Elle ne bouge pas. Elle ne parle pas. Elle regarde. Ses yeux vont de l'épaule nue de Nadia au col ouvert de Sophie. Elle ne sourit pas. Elle ne fronce pas les sourcils. Elle observe. Mais quelque chose dans son regard a changé. Je ne sais pas quoi. Quelque chose.
Derrière eux, il y a les autres. Des hommes. Des femmes. Des jeunes. Des moins jeunes. Des gens qui tiennent leur sac à deux mains. Des gens qui croisent les jambes. Décroisent. Recroisent. Des gens qui regardent leurs chaussures. Des gens qui regardent l'estrade. Des gens qui ne savent pas où regarder.
Personne ne parle. Personne ne bouge. Le silence est total. On entend les pinceaux. Les respirations. Le piano. Le crépitement des appareils photo. Le bourdonnement des projecteurs. Et rien d'autre.
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Nadia est calme. Son épaule nue. La soie noire. La bretelle. La lumière tamisée. Elle ne bouge pas. Elle ne tremble pas. Elle regarde le public. Un peu effrontée. Le regard qui ne cille pas. Sa respiration est lente. Régulière. On voit sa poitrine se soulever. À peine. Sous la soie noire. Le tissu épouse la forme. La lumière dessine l'ombre entre ses seins. La courbe de son ventre. Le creux de sa taille.
Sophie rougit. Sa queue de cheval oscille. Le col ouvert. La peau. Le soutien-gorge. Elle ne bouge pas. Elle ne tremble pas. Elle regarde devant elle. Mais ses joues sont rouges. Ses mains sont le long de son corps. Ses doigts se serrent. Se desserrent. Se serrent encore.
Le temps passe. Lentement. Les pinceaux. Les respirations. Le piano. Les déclics. Et rien d'autre.
— Fin de la deuxième pose, dit Françoise. JB
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