00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
✦ Pulsar05 Les Chroniques de l'Ether XSTORY
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Les Chroniques de l'Ether — Chapitre 20 · L'Aile et la Queue

19 minutes
793
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteurs

Utilisateur supprimé Ce compte a été fermé. Le pseudo reste affiché pour préserver l'attribution de l'œuvre.

Les Chroniques de l'Ether

Chapitre 20 · L'Aile et la Queue

Chapitre 20 - L'Aile et la Queue
Dans sa grande majesté, le corbeau noir aux ailes larges et endurantes entamait son troisième cycle de voyage. Il avait survolé avec une crainte assurée les troupes qui défloraient sans vergogne la plaine auparavant blanchie par la neige. Il était encore consterné par cette manifestation de violence gratuite. Il redoutait pour sa famille le danger qui se profilait aux portes de la cité, mais la mission qui lui avait été confiée était de la plus haute importance. Sa confiance en cette nouvelle instance qui œuvrait pour le bien-être de tous depuis une vingtaine d'années valait bien qu'il risquât sa vie et qu'il remît la sécurité de ses proches entre leurs mains. Il louait chaque lever de Jour depuis leur venue. Leur puissance avait irradié partout en ville et autour d'eux, et il était heureux qu'il eût pu autant profiter de sa famille et d'une vie pleine.
Les souvenirs jaillissaient fugacement dans son esprit alors qu'il atteignit enfin la sombre forêt. Celle-ci l'effrayait grandement et ce, malgré les années qui s'allongeaient derrière lui. Il n'en avait pourtant pas beaucoup entendu parler. Néanmoins, une sombre terreur animait son petit cœur palpitant, rien qu'à l'évocation de ce lieu sinistre. Malheureusement, la Nuit masquée par les nuages épais s'élevait dans le ciel noir et le vol lui était désormais mal assuré. Aussi, le repos était de rigueur.
Appuyé au sommet d'un vieux chêne retors et déformé, il s'assura que son message était toujours correctement fixé à sa patte par un petit coup de bec. Le silence lugubre qui régnait le força à garder ses sens en alerte.
Lorsque le Jour poignait à l'horizon, colorant le ciel d'une teinte rose orangé, il se remit en route, épuisé par le sommeil saccadé. Le survol de la sombre et immense forêt devenait une véritable épreuve pour le messager ailé. Le vent mugissait à son encontre, mêlant les cristaux de glace à son souffle rageur. Chaque effort lui coûtait, chaque battement d'ailes était un supplice. Et pourtant il maintint comme il pouvait le rythme. Mais très vite, l'accablement le reprit et, au prix d'une ultime poussée, il finit par trouver une clairière glacée et silencieuse. Les rafales chutèrent soudainement et le calme pesant s'appuyait lourdement sur l'esprit du corbeau. Une menace insidieuse planait autour de lui sans qu'il ne pût la localiser. Il finit par se poser au plus haut de l'un des deux seuls arbres présents au milieu de cette place naturelle, des lambeaux de cordes y pendouillant mollement, tachés et déchirés.
Le voyage devenait manifestement pénible, comme si le mal qui assaillait la Capitale avait pris son origine au cœur de cette sombre forêt. Le Jour brillait encore, malgré le fait qu'il passait derrière les faîtes des hauts mélèzes. Les ombres s'étiraient autour de lui, pointant leurs doigts spectraux à son encontre. Reprendre des forces relevait de l'impossible, ou presque, tellement la tourmente l'épuisait davantage. Et ce fut l'esprit peuplé de cadavres, de fantômes et de funestes idées que le messager finit par s'effondrer, éreinté.
Tout au long de la présence de la Nuit noire dans le ciel, son sommeil fut interrompu par divers craquements de branches, cris lointains inidentifiables et autres bruitages terrifiants. Son imagination lui offrit tous les scénarios les plus vils, les plus inquiétants. Finalement, lorsque la nue se teinta d'une couleur aurorale, il réussit à les chasser non sans vraiment les effacer de sa mémoire. Et, courbaturé, les articulations endolories par l'âge, il s'éleva de nouveau, le cœur toujours décidé, bien que résigné.
Peu à peu, les raisons qui l'avaient poussé à entreprendre ce périple dangereux avaient été essuyées par les inquiétudes et les ressentiments qu'il subissait à chaque coup d'ailes. Il en oubliait presque ce pourquoi il voyageait, le contenu du message attaché à sa patte, les personnes qui lui avaient confié cette mission ô combien importante et les destinataires. Seul l'instinct de survie régissait sa morne existence, et la peur qui semblait le repousser de cette immense forêt. Les vents tourbillonnaient sans cesse, le faisant dériver. L'unique résolution ne suffirait peut-être pas à en venir à bout.
Finalement, à l'ombre du troisième cycle de cette traversée interminable, à bout de nerfs et de force, il atteignit l'orée orientale de cette forêt haïssable. Malheureusement pour lui, le voyage ne s'achevait pas là. L'horizon était encore bien loin, mais à la lueur de la Nuit naissante, il espérait bénéficier d'un sommeil réparateur.
Scrutant le ciel et la terre, qui défilait en contrebas, il reprit un rythme de croisière, poussé par des vents de nouveau favorables, porté par les souvenirs joyeux qui lui revenaient, pressé par l'urgence de la mission. Le messager ignorait désormais la douleur et la fatigue pour récupérer son retard. Mais le corps avait ses propres limites, et, bien malgré lui, s'il pouvait sauter un cycle de sommeil, il dut s'arrêter pour le suivant.
Le Jour se montrait toujours trop vite, et descendait encore plus vite. Le temps lui glissait entre les plumes. Chaque degré qui s'écoulait offrait une chance à l'ennemi de vaincre les Fondateurs, qui savait ce qu'il se passerait ensuite ? Il ne devait pas échouer. La Capitale comptait sur lui. Le continent comptait sur lui !
Soudain, perçant la couche nuageuse, une ombre apparut à l'horizon. Etait-ce l'ultime étape de son voyage ? Il y croyait. Il ne pourrait pas continuer plus avant de toute façon. Aussi longtemps que brillait le Jour, il gardait en vue cette masse difforme, qui grandissait à mesure que la lumière décroissait. Il vola lorsque la Nuit se réveilla. Et il était encore en l'air lorsqu'elle disparut. La vue de la ville baignée dans une lumière douce fut pour lui un véritable souffle libérateur : Zincheng, et la baie derrière qui reflétait les lueurs troublées de l'aurore naissante.
***
Kryphakalos et Tectheria avaient affrété, auprès du maire, un esquif afin de pouvoir explorer l'étendue d'eau qui bordait la puissante cité. Depuis leur discussion, ils entreprirent, chaque cycle, tour à tour ou ensemble, de lancer les recherches pour trouver l'île dont leur avait parlé le vieux guide. Lorsqu'ils pouvaient, ils envoyaient un autochtone qui maîtrisait ces eaux et leurs récifs traîtres.
Ils voguaient, cheveux au vent, avec un sentiment incongru de puissance et de sérénité. Chacun poussait l'autre au meilleur de lui-même. Et rien ne les retenait à la cité, en ce cycle sacré pour les habitants de la région. Aussi, ils vivaient leur amour librement, explorant les endroits qu'ils n'avaient pas encore visités. S'éloignant toujours plus du littoral, ils finirent par se rendre à l'évidence : si l'île existait bel et bien, elle devait se trouver plus loin au large, voire même au-delà de la zone territoriale de la ville. Alors, exploitant la marée descendante, ils tirèrent la grande voile, qui se gonfla par la force du vent, et glissèrent entre les mouvements de la houle, pour se diriger au large et vers les eaux méridionales. Leur embarcation semblait vivante, alors qu'elle nageait, accompagnée de la Nuit encore présente dans le ciel.
N'ayant aucun relief en vue, le jeune homme s'approcha de sa femme, debout à la proue, le regard perdu dans l'horizon. Chaussée de bottes à l'épreuve des glissades sur le bois humide, elle portait un capri de cuir de bambou et un cache-cœur de satin émeraude noué sur le côté. Elle était protégée des embruns frais par une redingote qui claquait sous le vent. Kryphakalos se colla à son dos, l'enlaçant de ses bras, caressant son ventre, lieu de leur joie, facilement accessible entre les pans de son haut. Elle profita de cet instant de douce sensualité, renversant légèrement sa tête en arrière. Elle était heureuse et souhaitait qu'il le comprît. Il l'embrassa dans le cou, tandis qu'il faisait lentement remonter ses mains vers sa poitrine voluptueuse. Lui aussi voulait profiter et la fée entendait bien que les choses évoluassent ainsi ! Elle défit les nœuds qui le gênaient et il massa les deux beaux seins offerts qui, exposés à l'air salé et frais, frémirent d'un fugace plaisir. L'instant était au désir et aucune ombre ne pourrait obscurcir leurs intentions. Sauf…
— Il y a quelque chose au loin ? s'interrompit l'époux, les doigts tortillant les tétons de la fée.
Celle-ci sortit de son rêve, presque déçue, et suivit son regard. Elle vit la même chose que lui. Une petite île se profilait à quelques encablures. Elle ne comprit pas vraiment sa structure, et l'air soucieux de son amour lui confirma qu'il était dans le même état de consternation. Il avait par ailleurs cessé de lui torturer les seins, les massant au contraire presque nonchalamment.
Ce fut lorsqu'ils furent suffisamment proches qu'ils commencèrent à cerner ce qu'ils étaient en train de découvrir : une ancienne montagne sous-marine avait créé une espèce d'immense atoll. La structure œuvrait comme une enceinte protégeant son lagon des courants maritimes. La fée fut la première à identifier un chenal par lequel ils pouvaient passer pour accéder à ce petit havre. Ramenant la grande voile pour mieux maîtriser son embarcation, le jeune homme la dirigea suivant les instructions données. Cependant, au moment où ils s'y engagèrent, un fort courant latéral les prit et projeta violemment le bateau contre le récif. Les secousses furent rudes pour les deux navigateurs novices et, malgré eux, ils étaient immobilisés. Une chance pour eux, la coque avait supporté vaillamment le choc et ne prenait pas l'eau.
— Rien de cassé ? s'enquit consciencieusement Kryphakalos.
— Plus de peur que de mal ! Comment allons-nous procéder pour atteindre l'île au milieu ?
— On peut marcher sur le récif jusqu'à atteindre le point le plus proche à la nage ? Mais cela risque d'être dangereux, les courants sont forts autour. 
D'ailleurs, j'avais lu plusieurs ouvrages de géographie, je ne me rappelais pas qu'il y avait des îles au milieu d'un atoll…
— Et nager directement depuis le bateau ? On n'aura pas trop de courant, mais on sera porté par le courant du chenal. Donc, en fonction de la marée, cela peut être plus ou moins compliqué. Mais pas de vol : il faudrait qu'on reste discret. On ne sait pas ce qui nous attend là-bas.
La proposition était tentante. Aussi, ils essayèrent d'évaluer la distance qui les séparait de leur objectif, sans succès.
— La marée descend encore, alors marchons un peu sur le récif pour nous écarter du chenal, puis nageons comme tu le suggères.
Tectheria rhabillée, un baiser prompt mais appuyé, et le couple s'élança, confiant. Et ils avaient raison, puisque, une fois éloignés du chenal, ils purent plonger et nager dans le lagon sans être pollués par les courants contraires. Il atteignirent rapidement le bord de l'îlot sur lequel ils purent se hisser. Ils avaient une sensation étrange à cet instant car, en regardant vers le fond de l'eau à cet endroit, ils ne virent rien d'autre qu'une profondeur noire et insondable alors qu'ils avaient le fond sablonneux en visuel un peu plus loin.
Ils parcoururent d'abord du regard l'espace rocailleux qui s'étalait autour d'eux. Il ne paraissait pas immense, quelques cocotiers offraient une végétation rare entre les roches hautes et basaltiques. Alors que, ensembles et peu assurés, ils exploraient la zone dans un silence uniquement rompu par le clapotis des mouvements de l'eau contre la bordure de pierres, le sol se dérobèrent sous leurs pieds et ils glissèrent en criant et jurant dans une crevasse masquée par les arbres et les reliefs acérés.
Lorsqu'ils s'immobilisèrent enfin, allongés sur une petite grève de sable, le souffle court et le dos endolori, Kryphakalos, le premier debout, leva les yeux vers la brèche, à quelques toises au-dessus de leurs têtes. Il aida son épouse à se remettre sur pied, mais, avant qu'il ne tentât de la rassurer, l'entrée s'obstrua dans un choc sourd et poussiéreux.
— On fait quoi ? On fait exploser la grotte ou on l'explore ?
La fée ria nerveusement puis joyeusement, dont l'éclat retentit clairement dans la cave :
— Non, on ne va rien faire exploser : tu veux nous enterrer vivants ? se moqua-t-elle.
— Effectivement, c'est un bon argument.
— Allez, inspire, ferme les yeux et imagine une lumière, comme je l'ai enseigné.
Son élève s'exécuta, mettant tout son cœur à l'œuvre. Quand il rouvrit les yeux, une pâle lueur indigo se diffusait dans la grotte.
— Regarde ! Ce sont tes ailes qui s'illuminent ! C'est magnifique ! s'exclama Tectheria, joviale.
Il s'enorgueillit de sa prouesse, pour la première fois réussie. Et ils s'engouffrèrent plus en avant dans la caverne. A mesure qu'ils progressaient dans le corridor sombre et unique, les parois se firent de plus en plus lisses, et le matériau semblait changer. Si, au lieu de leur chute, la roche était plutôt plutonique et riches en cristaux en tout genre, désormais elle revêtait un caractère brillant, noir et poli comme du verre. Le sol changea lui aussi : le sable laissait peu à peu place à des grains grossiers et légers qui crissaient sous leurs pas. L'air se faisait plus chaud, plus lourd et oppressant.
Par ailleurs, autre chose avait changé. Hormis leurs pas qui résonnaient sous la voûte qui baissait quelque peu, le silence s'était installé et la jovialité qui les avait accompagnés les avait complètement désertés. Kryphakalos se sentit troublé par des images étranges. Sa lumière vacillait. De son côté, Tectheria était mal à l'aise. Elle ressentait le trouble de son amant, mais elle s'interrogea si une chose inconnue n'était pas aussi responsable de leur état. La peur s'insinuait dans l'esprit de la fée, tandis qu'un désir malsain assaillant l'esprit de Kryphakalos.
— Tout va bien ?
— Oui oui.
Aucun n'osait avouer leurs troubles mais chacun semblait deviner que tout ce qu'il se passait prenait une tournure anormale. Et pourtant, ils continuaient de progresser dans la profonde crypte qui s'enfonçait dans la Terre. Il errèrent ainsi, décidés mais résignés par la pesanteur qui les étouffait, dans ce labyrinthe sombre et tortueux. Car il était une chose à laquelle ils n'avaient pas prêtée attention : les nombreux passages dérobés dissimulés qui se révèleraient à eux sur le chemin du retour.
Il arriva un moment où ils n'entendirent même plus leur propre respiration, ni leurs propres pas. Aucun n'osait braver ce silence d'enfer par un mot. De ce fait, leur ouïe était poussée à son paroxysme, imaginant le moindre bruit suspect, la moindre interférence susceptible de leur donner un indice sur la présence d'une forme de vie, quelle qu'elle fût.
Ils finirent par se trouver face à une incongruité, compte tenu de tout ce qu'ils avaient traversé. Et ce fut un Kryphakalos assez tourmenté par ses idées impures qui rompit le silence :
— Ces débris sont étranges au sol, comme s'ils avaient été expulsés vers nous !
— En effet, c'est très singulier. Et regarde leur surface, elle est parfaitement plane et lisse ! Qu'y a-t-il après ?
— Je ne sais pas, allons voir !
Tectheria le retint par le bras, elle était visible effrayée :
— Tu es sûr de vouloir y aller ? J'ai un mauvais pressentiment…
— Ne t'inquiète pas, mon amour. Il ne nous arrivera rien, je te le promets.
— Je suis navrée d'être hésitante, mais depuis toute à l'heure, je ne suis pas à mon aise. C'est comme si quelque chose me faisait peur, sans que je sache ce que c'est. Tout mon corps me dit de ne pas y aller. Et je t'en prie, n'y va pas.
L'époux regarda sa femme avec intensité, décelant toute la terreur qui semblait la figer, mais il était décidé, comme possédé par une obsession malsaine :
— On ne va pas s'arrêter maintenant ! Il est possible que la réponse se trouve juste là !
Il fit un pas en avant, alors que la fée le retint une dernière fois par la main, et le supplia à genoux :
— Et si la mort était la réponse ?? Reste avec moi ! Retournons en arrière et nous trouverons une autre solution ! Cet endroit est mauvais ! Je t'en prie !
Il fit un autre pas et les larmes coulèrent sur les joues de sa femme :
— Je t'en prie ! Pour notre famille, reste !
Il se libéra de sa poigne et entra dans l'immense crypte noire.
***
Après un cycle complet à errer au-dessus de la ville pour chercher, sans succès, les destinataires, l'oiseau finit par localiser le cœur de la cité. Il s'engouffra dans le plus bel édifice, suivant son instinct et son flair. Il fut bloqué par une porte, au pied de laquelle il croassa à pleins poumons. Cette dernière s'ouvrit alors sur un secrétaire agacé d'être gêné ainsi. Il ne lui laissa pas le temps d'identifier la source et s'envola dans la pièce et atterrit sur le bureau du Maire.
Il saisit le message à sa patte et le déposa devant le politicien, interloqué. Ce dernier se décida et déplia le minuscule document pour commencer à le lire. Il regarda ensuite le corbeau stoïque et lui adressa ces mots :
— Je suppose que tu me comprends : les destinataires de ton appel d'urgence ne sont pas là et viennent de quitter la cité. Ils ont pris la mer pour explorer les environs à la recherche d'un mythe, l'île du Crâne. Peut-être les trouveras-tu !
Il roula le message et le réajusta à sa patte. Il se leva ensuite pour se diriger vers une armoire. Il en sortit un fruit qu'il découpa dans une assiette et une petite coupelle qu'il remplit t d'un mélange d'eau et de miel :
— Restaure-toi, Messager, et vole aussi vite que l'urgence te portera !
***
Tectheria, toujours sur le palier de la crypte, observait son époux en train de l'explorer. Sa lumière n'était pas assez forte pour éclairer les murs et la voûte de la caverne. Son cœur cognait violemment dans ses côtes, elle craignait terriblement les découvertes qu'il ferait. Elle transpirait la peur par tous les pores de sa peau froide. Les frissons parcouraient son échine à chaque fois que Kryphakalos bousculait du pied un objet non identifié ou qu'elle croyait deviner une paroi. Son esprit lui jouait mille tourments, lui faisait imaginer mille horreurs. Sa respiration s'accélérait, son cou palpitait avec force, faisant vibrer sa boîte crânienne en rythme. L'attente était insoutenable pour elle.
De son côté, prudent, le jeune homme progressait dans la vaste salle. Il ne voyait pas grand-chose autour de lui. Il essayait de sonder le fond mais, pour cela, il lui fallait avancer. A ses pieds, il bousculait parfois un os brisé, sans être capable d'en identifier l'origine. La crainte de son épouse lui avait laissé une trace dans sa tête et choisit de faire preuve d'un peu de circonspection dans son avancée. Cependant, il fallait bien aller au bout de la quête. Et il y avait ces petites images qui se glissaient dans sa tête : lascives et malsaines, elles lui imprimaient sur la langue le goût salé de l'excitation qu'il appréciait déguster chez Tectheria. Cette enivrante sensation lui chuchotait obscénités décisions.
Soudain, il atteignit la paroi du fond. Il tenta de forcer un peu sur sa lumière et il la parcourut du regard, tout en marchant le long. Quelque chose de brillant attira son attention. C'était brillant, joliment ouvragé. Aussi, lorsqu'il s'en saisit pour l'examiner au plus près, il fut surpris de sa légèreté et de la matière : du diamant. Il n'en avait jamais vu en telle quantité. Il tira dessus pour déterminer son ancre et la suivit presqu'aveuglément. Il longea sur quelques toises la paroi lisse et noire jusqu'à atteindre les points de fixation au mur. Le reste de la longe de diamant avait été arraché et gisait par terre dans un entrelac de nœuds et de mailles solides.
— Une chaîne, murmura-t-il pour lui-même, mais pour attacher quoi ?
Il releva la tête et observa autour de lui, cherchant la fée des yeux qui paraissait bien petite, à cinquante toises de lui. Les images cérébrales l'assaillirent plus intensément, lui provoquant une érection assez handicapante, pendant qu'un mouvement brusque et puissant retentit dans la caverne.
— TECTHERIA !
Trop tard, bien qu'il se rua vers elle, éclairant la grande salle d'un faible halo, il entraperçut qu'une immense créature reptilienne était déjà sur elle, l'enserrant de ses puissants anneaux d'écailles rouges et ocres. Il ne reconnut pas le monstre. Tectheria, elle, devina son destin scellé et condamné alors que la Gorgone plongea son regard dans le sien. Ses pupilles se contractèrent vivement en une simple fente. La fée sentit ses membres s'alourdir et s'ankyloser. Ses pensées se dissipèrent bien qu'elles furent toutes dirigées vers son époux en danger. Puis tout fut immobile et son esprit s'enfuit.
Il hurla tant qu'il put mais la monstrueuse créature avait déjà parachevé son horrible œuvre. Cette dernière libéra la statue de pierre avant de l'exploser en mille morceaux d'un puissant coup de queue. Kryphakalos, la rage au ventre, se rua sur la menace à détruire, mais la créature se retourna vigoureusement vers lui, glissant à son encontre jusqu'à l'ultime face à face. Malheureusement, il s'immobilisa alors que son regard croisa les deux grands yeux jaunes de son adversaire.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 21 · L'Echo du Passé
21 minutes
1.2k
3
6
Chapitre suivant

Commentaires ()

Passer les 6 commentaires
Photo de profil de Wedreca
Wedreca
17 novembre 2024 à 14:09
Dis donc, Pulsar... tu te la joues à la GoT ou quoi !? Non mais c'est pas vrai ! Tuer Tectheria ? Sérieux 😳 ?!
J'y crois pas 😑 !

Et tu crois qu'après ça, on va continuer à te lire ?
Bon... ben oui on va continuer à te lire... Mais je suis pas contente ! C'est pas gentil de faire ça à mon petit cœur tout mou 🥺.
Je rigole, hein 😋.
Modifié 17 novembre 2024 à 14:10
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Monsieur Plume
Monsieur Plume
15 novembre 2024 à 21:54
Je dois dire qu'une histoire qui comporte un corbeau ne peut pas être une mauvaise histoire :)

Sinon, bien sûr, à la fois le périple du volatile et les aventures exploratrices du couple sont très prenantes. Et ce final ! Quelle torture pour le lecteur qui doit attendre la suite...
Soyez respectueux
Répondre
Utilisateur supprimé
15 novembre 2024 à 20:19
@Downstar cela a été un déchirement aussi pour moi. Mais d’un autre côté, cela servira la suite (ou comment justifier le meurtre de mon personnage ^^)

Je suis en train de finir l’ultime chapitre (le 24e) qui sera bcp plus long. A l’issue je publierai les 21, 22, 23 et 24e chapitres.
Soyez respectueux
Répondre
Utilisateur supprimé
15 novembre 2024 à 19:07
Pauvres Tectheria et kryphakalos… Ils étaient mes personnages préférés. J’espère vivement un retournement de situation salvateur pour ces deux là.
Même si je ne veux pas vraiment arriver au bout de ce récit (Toujours aussi formidable), j’avoue être un tantinet frustré par cette fin suspendue.
Vivement le prochain chapitre…
Soyez respectueux
Répondre

Histoires similaires

✦ tounet777 Les murmures de Phobetor XSTORY
Les murmures de Phobetor
Chapitre 8
Par tounet777
0
0
3
Gays
✦ Phoroeckx Xanths XSTORY
Xanths
Chapitre 8
Par Phoroeckx
19
3
3.9k
Hétéro
✦ Phoroeckx Xanths XSTORY
Xanths
Chapitre 10
Par Phoroeckx
70
8
3.2k
Hétéro
✦ tounet777 L'appel des Abysses XSTORY
L'appel des Abysses
Chapitre 3
Par tounet777
0
0
1
Gays
✦ BrusselX [Sci-Fi / Tentacles] Le réveil d'Odin XSTORY
[Sci-Fi / Tentacles] Le réveil d'Odin
Chapitre 2
Par BrusselX
103
0
6.9k
Hétéro
✦ Irina Chroniques immortelles - Viracocha XSTORY
Chroniques immortelles - Viracocha
Chapitre 1
Par Irina
90
10
4.1k
Hétéro
✦ Lihonaka Gardien de la forêt XSTORY
Gardien de la forêt
Chapitre 4
Par Lihonaka
58
4
2k
Hétéro
✦ tounet777 L'appel des Abysses XSTORY
L'appel des Abysses
Chapitre 5
Par tounet777
0
0
4
Gays

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio