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✦ Pulsar05 Les Chroniques de l'Ether XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Les Chroniques de l'Ether — Chapitre 22 · Etat de Siège

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Les Chroniques de l'Ether

Chapitre 22 · Etat de Siège

Chapitre 22 - Etat de Siège
Aerkyr était à son poste, en haut de la Tour, à surveiller les mouvements des troupes adverses. Il était dépassé par les événements, mais comment le reconnaître quand tout le monde comptait sur lui ? Il n'avait jamais vu pareil étalage de violence gratuite. D'ailleurs, il supposait, à raison, que personne à Myréthnopole n'avait été témoin d'un spectacle similaire d'une telle cruauté.
La plaine autour de la ville était ravagée jusqu'à l'enceinte encore debout. La terre était souillée par les cadavres qui s'amoncelaient et qui disparaissaient ensuite. Ce phénomène demeurait un mystère alors qu'il voyait les bûchers qui brûlaient un peu partout, alimentant les forges. Le plus choquant avait été l'abattage systématique des arbres sur plus d'une lieue autour de la cité. Apparemment, leur ennemi, non encore clairement identifié, bien qu'Aerkyr eût quelques doutes, ne manquait pas de main-d'œuvre.
D'une certaine façon, il était impressionné par le zèle dont son armée faisait preuve ainsi que de son infatigabilité. Il ne comprenait guère où il avait pu se procurer une telle force. De leur côté, les citoyens ne manquaient pas de répondant, mais ils semblaient avoir plus à perdre. Aussi, ils renâclaient souvent lorsque le Seigneur des Airs imposait une sortie pour harceler les ennemis et les repousser des murs d'enceintes, l'objectif étant clair : saper le terrain et détruire leurs engins de siège. Cependant, cela se soldait généralement par une échauffourée désorganisée ou une embuscade mal synchronisée.
Cela faisait près de deux cycles de Nuit que son messager était parti. Chaque aurore comme celui-ci, il scrutait le ciel, loin vers le Levant, dans l'attente d'apercevoir un augure favorable. Malheureusement, le Jour se dressait glacial sur une terre stérile, sans apporter plus d'espoir que la veille. Son regard se porta alors sur la ville. La vie des citadins n'avait plus rien à voir avec la jovialité qui les animait. Il constatait leur désarroi, leur résignation et leur crainte éhontés.
Leurs forges fonctionnaient sans relâche sous la direction de la brillante Thermoptès. On fabriquait les plus belles armes, adaptées à chaque volontaire, mais aussi à chaque désigné volontaire. Le tintement des marteaux sur les lames en devenir ne cessait jamais, résonnant dans les rues désertes, au cœur des apprentis chauffés. On faisait fondre les couverts, les pièces d'art et d'architecture, les meubles sertis, les bijoux et tout ce qui pouvait alimenter cette production.
Ailleurs, des maîtres d'armes s'apprêtaient à l'entraînement quotidien, dans l'expectative de l'ultime bataille qui n'arrivait plus. On y travaillait le maniement de l'épée, des dagues, du sabre, de l'arc, de l'arbalète, le tout évidemment, lorsque cela était possible, sous l'influence de l'éther. En effet, les homomorphes en maîtrise, tels que les fées et les changeurs de peau, pouvaient chuchoter à leur arme, leur conférant une meilleure précision, une frappe plus percutante, ou une parade moins éprouvante.
Là-bas, suivie de son armée de golems particulièrement grossie par les récents événements, l'Ingénieure Typhlodème arpentait avec détermination les chemins de garde des murailles. Elle inspectait chaque recoin, chaque aspérité, chaque anfractuosité susceptible d'offrir à l'ennemi l'opportunité de la franchir. Elle s'assurait ensuite de la solidité des grandes poternes, désormais closes. Ce n'était pas une tâche aisée, mais elle était absolument essentielle pour garantir la sécurité des citoyens.
Cependant, tôt ou tard, un problème allait survenir. Nourrir tout ce petit monde…
***
Kryphakalos s'effondra sur les genoux, le message dans une main. Le grand corbeau noir était juché sur son épaule et lui picorait affectueusement l'oreille. Il ne comprenait pas comment tout avait pu dégénérer à ce point. D'après ce qu'il lisait, la Capitale était attaquée et l'on priait instamment à Tectheria de revenir prêter main forte à la Fondation pour affronter l'armée qui campait au pied de la cité. Avec ou sans lui.
La femme-serpent, bien qu'elle en eût perdu l'essentiel des stigmates, sanglotait encore, jetant rageausement à travers la pièce tout ce qui lui rappelait son ancienne condition. Sa rétro-métamorphose restait encore incompréhensible. Elle ne semblait pourtant pas être plus affectée. Sa vie tout entière était remise en question. Dorénavant, elle pouvait partir, renaître et devenir qui elle voulait, qui elle pouvait. Elle laissa le jeune homme pleurer son épouse morte par sa faute. Jusqu'à présent, elle n'avait jamais senti le moindre remord de ses actes de cruauté. Cependant, sa condition humaine refaisant surface, elle prit de plein fouet l'étendue de sa déchéance, l'impact de sa haine injustifiée et la violence de la douleur qu'elle avait pu provoquer.
Il sentit Scylla s'approcher de lui, comme portée par un élan de compassion, et lui poser une main sur l'épaule. Elle semblait chercher des mots de réconfort qu'elle n'avait pas prononcés depuis si longtemps qu'ils ne vinrent jamais.
— Laisse-moi, murmura-t-il, sans la regarder. Tout cela est de ta faute.
Il secouait le message, résigné, puis ajouta :
— Ils avaient besoin d'elle. Par ton meurtre arbitraire, tu condamnes à mort toute la Capitale…
Elle ne répondit toujours rien, alors qu'elle sentit rouler, malgré elle, des perles salées sur ses joues sales. Scylla mesurait sans difficulté le tourment qu'éprouvait le jeune homme. Elle lui avait retiré son amour, et elle avait précipité la chute de la ville qui l'avait certainement recueilli. Il lui semblait pourtant qu'il ressentait une amertume à peine dissimulée à l'égard des régents de Myréthnopole, une rancœur tenace nuancée par un profond respect. Il lui suffit d'une fraction de seconde pour qu'elle vît ses souvenirs de la grande cité. Elle ne reconnut que la sage dryade parmi ses souvenirs, mais elle fut également témoin des supplices qu'ils lui avaient infligés par crainte.
Lorsqu'elle porta son regard sur lui, à genoux dans le sable, elle s'aperçut que cette crainte était injustifiée. Pourtant, on n'avait jamais cessé de le harceler et de le malmener. Et maintenant, il se traînait là, au cœur d'une île à près d'un millier de miles de son foyer détruit. Alors, s'agenouillant pour se mettre à son niveau, elle prit la parole :
— Savez-vous au moins qui attaque la ville ?
— Non…
— Et ne crois-tu pas que tu pourrais faire quelque chose pour eux ?
— Lis par toi-même, lança-t-il en lui jetant le message au visage, et habille-toi, je n'ai nul besoin de contempler l'ampleur de ma faute.
Sans sourciller, Scylla ramassa le papier et le lut une telle difficulté que Kryphakalos finit par lui lire à haute voix :
— Tu vois ! C'est elle qu'ils veulent, pas moi !
— Pourtant, seul toi a le pouvoir de faire quelque chose, que tu le veuilles ou non. Tu n'es pas elle…
— NE T'AVISE JAMAIS DE LA MENTIONNER !
- …mais tu as de la force en toi, et certainement les moyens de créer la surprise, continua Scylla sans se laisser distraire par l'interruption.
— Tu n'en sais rien !
— Non, en effet. Mais Mantarkh, qui n'est même pas signataire de ce mot, donc possiblement non informée de cet appel à l'aide, avait et a toujours foi en toi. Il serait peut-être temps de lui prouver qu'elle avait raison de sacrifier une famille bien pour t'élever.
Le ton était doux, mais les mots résonnèrent en lui. Les propos étaient acerbes et accusateurs et, en même temps, ils le poussaient à se prendre en main.
— Tu es beaucoup plus puissant que tu l'imagines. Et ta force ne vient pas de ta capacité à devenir un dragon, ou cracher tes éclairs. Non, elle puise dans l'humanité que tu accordes à chaque geste que tu réalises, chaque décision que tu prends. Alors, arrête de te lamenter. Tu aurais pu me tuer cent fois depuis que j'ai recouvré une forme plus agréable. Pourtant, tu ne l'as pas fait.
— Elle n'aurait pas voulu que je cède à la vengeance… Et ce n'est pas l'envie qui me manque.
Disant ces mots, il se redressa et se leva, dominant la créature nue encore à genoux dans le sable. Il posa un regard dur sur elle, qui leva les yeux vers lui, trahissant une peur sourde. Puis, il se dirigea vers le tas de pierre qui était auparavant sa femme et creusa dans le sol. Lorsqu'il jugea le trou assez profond, il déposa au fond les fragments. Ses larmes coulèrent dessus, mélange d'amertume et de tristesse. Il conserva celui qui représentait un de ses yeux, la roche avait gardé une teinte olivâtre qui lui rappellerait son doux regard empli de malice. Enfin, il recouvrit le corps inerte de Tectheria dans un dernier adieu.
L'oiseau toujours sur son épaule semblait s'impatienter, alors il s'avança sur le pas de la porte en pierre éventrée. Le messager lui piqua le cou de son bec avec insistance, croassant dans son oreille. Dans un soupir, malgré sa colère, sa haine par-dessus laquelle il ne passerait jamais et la tristesse qui ne le quitterait jamais, il s'arrêta et, sans se retourner :
— Tu viens ?
***
Thermoptès était nappée de flammes qui brûlaient l'air autour d'elle. Un mélange détonnant de sentiments s'était insinué en elle et transparaissait telle une aura incandescente dans son sillage. L'Ange de Feu était devenu une créature infernale, déversant l'enfer en flots ardents sur la plaine, allumant des brasiers depuis le ciel dans les bastions de fortune de l'armée ennemie.
Ses harcèlements furent accueillis par des tirs d'armes inconnues, projetant des traits de lumière rouge. Le manque de précision des guerriers au sol permit à la fée de s'octroyer un ultime aller-retour avant d'organiser sa retraite derrière les murs d'enceinte de la capitale assiégée.
Cependant, une vive douleur la frappa à l'aile. Avant qu'elle ne pût déterminer le pourquoi du comment, le trait qui l'avait percée agit comme une ancre et elle sentit tout son corps brutalement se rabattre vers le sol. Elle percuta la terre, tel un météore tombant du ciel. L'impact fut accompagné d'un éclair mordoré qui illumina la zone, faisant voltiger des éclats de roches mêlées de boue.
Elle se relevait à peine, titubant, l'aile brisée repliée, que déjà les hordes l'encerclaient. La situation devenait critique pour elle. Elle les observa attentivement la jauger du regard, les armes brandies vers elle, meuglant des inepties incohérentes. Une odeur immonde de putréfaction supplantait les fragrances musquées du brasier qu'elle avait provoqué dans sa chute.
Les soldats semblaient être de toutes espèces : fées, changeurs de peau, humains, dryades. Leur peau se desséchait sur leurs os saillants. Des lambeaux de chair pendaient parfois ça et là. Leurs yeux, en revanche, paraissaient être le seul organe vivant de leur organisme. Elle comprit alors : ils étaient morts. Un autre individu les dominait tous d'une bonne tête. Son aspect sinistre imposait à lui seul un silence pesant et glacial. Le feu qui animait la fée vacillait à mesure que l'autre se frayait un chemin parmi ses sbires.
Thermoptès sentait la peur refroidir son cœur et ses flammes s'éteignirent, la plongeant dans l'obscurité du crépuscule, seule. La créature se dressait désormais face à elle. D'elle émanait une puissance antique et un parfum ignoble et nauséabond. Ses andouillers suintaient d'un liquide sombre et épais, qui s'écoulait lentement autour de son visage féminin creusé par la famine. La peau crayeuse était diaphane et laissait entrevoir ses os pointus. Décharnés, ses bras se finissaient par de longues mains squelettiques pourvues de griffes acérées. Le manteau de fourrures noires de poix qui la parait s'ouvrait sur un buste paradoxalement charnu. Elle arborait, en effet, une poitrine opulente qui révélait des lacérations anciennes mais à peine cicatrisées. Son ventre maigre faisait saillir les fibres de ses muscles atrophiés ainsi que son bassin proéminent. Ses jambes étaient du même acabit que ses membres supérieurs, mais se terminaient velues et serties d'un sabot en guise de pied. Elle claqua des doigts, dans un bruit écoeurant d'os fracturé, et toute sa troupe recula de quelques pas, docile.
— Tu admires mon œuvre, petite pute ailée ?
La fée tiqua à l'emploi de ce qualificatif. Cependant, elle trembla sous la cruauté qui s'élevait de sa voix désincarnée, métallique et rauque.
— Tu vas peut-être m'aider, qui sait ? Je suis face à un dilemme : j'hésite entre te détruire et battre ta viande pour la dévorer, et observer mes braves soldats dépecer ton corps de traînée volante.
Thermoptès ne répondit toujours rien, préférant se concentrer et chuchoter pour elle-même.
— Je dois donc tout faire une fois de plus ! De toute façon, j'ai trop faim pour les regarder jouer avec ma nour….
Avant qu'elle ne terminât sa phrase, la fée patiente projeta de ses mains un puissant rayon ardent qui frappa la créature en pleine poitrine. Elle fut expulsée quelques pas derrière elle avant de se relever. Son sourire s'était effacé et la haine habitait son visage d'une froide pâleur. Entre ses deux gros seins presque disgracieux, apparut l'impact de son attaque, noircissant la peau.
— Allez, viens te battre, vieille salope, attisa la fée, déterminée, dégainant son épée aux tons chatoyants mordorés.
Sous les yeux des troupes ennemies, à une vingtaine de toises du pied des remparts, le feu et la glace, la vie et la mort, l'espoir et la déchéance se jetèrent l'une sur l'autre.
***
Ailleurs, sur le champ de bataille, Aerkyr tentait de sauver les villageois qui l'accompagnaient dans une énième croisade visant à briser les lignes ennemies. La manœuvre s'était très mal déroulée et le groupe s'était retrouvé coupé en deux. Les morts ambulants les harcelaient et les encerclaient, grognant, poussant toujours plus loin leur chance. Tous les braves compagnons étaient fourbus, les bras lourds, et les entailles déchirant le cuir de leurs armures.
Dans un réflexe précaire, l'Ornitanthrope déploya ses ailes, offrant une petite bouffée d'air à ses frères d'arme en difficulté. Il profita de cette accalmie pour se projeter de nouveau dans la bataille et se frayer un passage vers le groupe isolé. Soutenu par trois fées et deux changeurs-lion, il se démena comme dix, portant un coup de bec tantôt d'un côté, un coup d'aile de l'autre. Il ne pouvait pas s'envoler au risque de voir ses alliés assaillis de plus belle. Aussi, la lutte fut acharnée pour atteindre les braves qui survivaient vaillamment. Les morts étaient fracassés au sol, l'odeur était atroce et leur emplissaient les narines. Et lorsqu'ils se regroupèrent enfin, il firent un mur avec les ennemis qui tombaient sous leurs coups. Les éclairs de lumière irradiaient le sol, alors que les éclats des armes brillaient à chaque estoc.
Ce qui devait être une simple embuscade se transformait en une bataille rangée. Fatigués, les deux camps luttaient sans relâche et avec bravoure. Si, d'un côté, les soldats étaient poussés par les fouets de leur maître, de l'autre, la volonté de protéger leur famille et leur foyer leur fournissait l'énergie et l'ardeur nécessaire pour se sauver mutuellement des assauts des cadavres ambulants. La lutte était terrible. Et, dans le crépuscule ocre et flamboyant, ils n'étaient plus que des ombres, tranchant et brisant l'ennemi qui venait toujours en surnombre.
Aerkyr et ses compagnons étaient acculés et peu à peu repoussés vers le rempart de la cité. Ce fut un bien mauvais calcul de la part des assiégeants puisqu'ils furent accueillis par une salve de traits provenant des créneaux. L'autre qui suivit calma leur progression. Un mouvement de foule agita l'armée noire et puante et une poignée de soldats se dressèrent face à au groupe, forts et immenses, pourvus d'armes bizarres.
Aerkyr comprit bien trop tard, lorsqu'ils les mirent en joue. Il eut à peine le temps de déployer les ailes que l'ordre fut hurlé, déchaînant un enfer de lumière.
***
Il était de nouveau sur l'esquif qui était resté sur le bord du chenal. Cependant, ce n'était plus Tectheria qui l'accompagnait. Un sentiment de trahison coupable lui enserrait la poitrine mais ne dit rien. Après tout, il lui avait proposé de l'accompagner…
Il fit gonfler la grande voile et dirigea l'embarcation vers la ville de Zincheng, après un ultime regard sur l'île du Crâne, une larme brillant sur sa joue. Scylla était dans la cabine, en train de s'habiller. Il lui avait indiqué les vêtements de sa défunte épouse, puisque, de toute façon, elle n'en aurait plus besoin. Néanmoins, il doutait qu'ils fussent à sa taille, étant donné la poitrine très volumineuse qu'elle arborait. Mais, une fois encore, il se tut.
Le corbeau voletait gentiment autour d'eux. Kryphakalos tenta de forcer l'allure, car il lui sembla que le temps était compté pour la Capitale. Soudain, il entendit du bruit dans la cabine, avant de la voir surgir face à lui. Sa chevelure, toujours pourvue de serpents de métal, encadrait un visage xanthoderme désormais agréable et sensuel. Ses yeux dorés aux paupières épicanthiques trahissaient une intelligence accrue et une sagesse ancienne, et pétillaient malgré elle d'une joie nouvelle. Sa bouche aux lèvres veloutées conservait néanmoins un air grave. Elle paraissait gênée, consciente du rappel constant qu'elle lui faisait subir. Alors, sans un mot, elle s'installa à la proue, le plus loin possible de lui et observa l'horizon.
Il était déstabilisé par la vue qu'elle lui avait offerte, ainsi que par l'illusion onirique qui lui était apparue. Scylla était aussi belle que par le passé, il le comprit à la lumière du Jour fugace. En mémoire, il garda la volupté de ses courbes gracieuses qui s'étaient mues vers l'extrémité du pont. Elles emplissaient, non sans une certaine fierté nuancée d'une honte, une tunique émeraude de soie au corsage lacé serré. Les chausses qu'elle portait moulaient ses hanches harmonieuses et s'enfonçaient dans ses bottes de cuir brun entrelacé de pièces métalliques. Enfin, la redingote de Tectheria finissait cette tenue qui lui froissait le cœur. Était-ce une bonne idée ? Aurait-il un jour la réponse ?
A l'horizon, le silence rompu par les clapotis de l'eau sur la coque et le vent claquant dans la voile, ils virent la cité grossir. Ils y seraient bientôt et pourraient réfléchir à la suite des événements.
Ils furent accueillis, au port, sans grande cérémonie par le Maire de la Ville, qui reconnut l'oiseau, Sin Miyagi, ainsi que quelques dignitaires de la cité.
— Où est Dame Tectheria ? s'enquit immédiatement Miyagi. Et qui est-elle ?
— Laisse-leur le temps de reprendre leur souffle, lui intima un fonctionnaire.
— Nous avons trouvé l'île du Crâne, et voici Scylla, déclara sans conviction Kryphakalos.
Tous eurent un mouvement de recul, ne comprenant guère la situation. Était-ce le personnage légendaire qui était mentionné dans leur folklore ? Pourquoi avait-il réussi à trouver son repaire, à l'inverse de leurs compatriotes ? Pourquoi cette apparence ? Pourquoi l'avoir ramenée ?
— Vous nous laissez quelque peu déconcertés, balbutia le maire. Que signifie cette mascarade ? Et le projet ? Et l'ambassadrice Tectheria ? Il va nous falloir quelques réponses !
Scylla, bousculant leurs us, prit la parole :
— il n'y a aucun subterfuge. Votre projet ne pourra aboutir qu'après la guerre à Myrethnopole. Je crois savoir que vous avez intercepté le message et l'avez lu ? Donc vous connaissez la situation précaire dans laquelle se trouve votre émissaire.
Le silence tomba au milieu du port. Les badauds passaient au hasard, sans seulement imaginer qu'un conciliabule de la plus haute importance se déroulait à portée d'oreilles.
— Ah oui ! Pour mon plus grand déshonneur, c'est moi qui suis responsable de la mort de l'ambassadrice, ajouta-t-elle.
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Utilisateur supprimé
13 décembre 2024 à 08:26
Plus on avance dans cette histoire, plus j’ai de la peine pour Kryphakalos. J’ai hâte de connaître la suite et en même temps je n’ai pas trop envie que cette histoire se termine.
Merci encore
Soyez respectueux
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Monsieur Plume
13 décembre 2024 à 07:55
J'ai beaucoup apprécié ce chapitre riche en action et en rebondissements. Les choses semblent mal tourner pour tes héros et j'ai hâte de voir comment (si ?) il vont s'en sortir.
Soyez respectueux
Répondre

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