00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
✦ Pulsar05 Les Chroniques de l'Ether XSTORY
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Les Chroniques de l'Ether — Chapitre 16 · Discorde Et Revanche

19 minutes
997
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteurs

Utilisateur supprimé Ce compte a été fermé. Le pseudo reste affiché pour préserver l'attribution de l'œuvre.

Les Chroniques de l'Ether

Chapitre 16 · Discorde Et Revanche

Chapitre 16 - Discorde et Revanche.
Les trois Fondateurs étaient réunis autour de la grande table, un air dédaigneux grimaçant leurs visages placides. Aucun ne semblait vouloir interrompre le silence pesant qui s'appuyait allègrement sur leurs épaules, tel un vieil ami. Ce dernier se serait bien amusé de leurs états d'esprit, tantôt revanchards, tantôt passifs-agressifs. Il circulait de l'un à l'autre, jusqu'à ce qu'il fût chassé par un éclaireur, revenu avec des nouvelles inquiétantes.
— Que le Jour brille sur vos existences ! annonça-t-il pompeusement.
— Viens-en aux faits, rétorqua Aerkyr, glacial.
D'abord décontenancé, le jeune homme se reprit et alla commencer son rapport, mais :
— Tu as besoin d'être aussi désagréable ? Toujours aussi imbu de ta personne ! s'exclama Typhlodème, venimeuse.
— Vous nous retardez avec vos simagrées ! Prenez-vous une chambre ! siffla la dryade.
— On ne t'a rien demandé, toi ! Et si t'es pas contente, va te trouver un arbre ailleurs pour pleurer !
— Silence ! s'écria le Tanneur, tapant du point sur la table.
— Mais, ta gueule, toi aussi ! On n'entend pas plus l'éclaireur ! D'ailleurs a-t-il une langue ??
L'interpellé recula d'un pas, visiblement médusé par l'échange houleux et complètement saugrenu entre les trois Fondateurs. Mais, il finit par ravaler sa salive avant d'annoncer :
— On a perdu la trace de Dame Tectheria et du jeune animal qui l'accompagnait. Mon collègue vient de m'envoyer un corbeau, ajouta-t-il en montrant un petit papier enroulé.
— Comment ça “Vous avez perdu sa trace”?! houspilla la dryade.
— Eh bien, ils sont rentrés dans la forêt noire de Mirkwood. Ils ont essayé de les suivre mais au bout de deux cycles, à peine, ils s'étaient enfoncés trop vite et trop loin. Alors, les éclaireurs assez effrayés par les lieux ont choisi de rebrousser chemin.
— QUOI ?? tempêta Aerkyr.
— Arrête de hurler pour te donner en spectacle ! le rabroua Mantarkh.
— Il n'empêche que ses incapables ont abandonné mon amie de toujours ! Dégage de là, incompétent ! Ou je te fais enfermer !
Typhlodème était enragée par l'incapacité des éclaireurs à donner des informations claires et précises. Tout l'énervait, de ce fait : Aerkyr avec son air supérieur, croyant qu'il était le chef de leur ordre, Mantarkh, toujours dans le vague et à côté de ses obligations.
Et il y avait Thermoptès. Enfin, non, ils ne l'avaient toujours pas retrouvée. D'ailleurs, ils n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur une méthode, chacun prônant la sienne. Par conséquent, ils n'avaient pas avancé. Et maintenant, on leur annonçait que Tectheria était perdue. La colère monta encore et, rageusement, elle se leva et quitta la pièce en claquant violemment la porte, laissant ses deux collègues déplaisants se disputer à propos de Kryphakalos.
Elle quitta la Tour de marbre pour rejoindre son atelier, esseulée et la rancune maugréant au fond d'elle, mais se dissipant peu à peu. Une fois arrivée, un poids semblait lui être levé de son cœur. Et ce fut avec une légèreté nouvelle qu'elle s'attela à sa tâche, depuis trop longtemps laissée de côté. Aidée par trois golems qu'elle avait modelés suite à l'incident, elle entreprit de reconstituer sa petite armada dans le but d'automatiser son atelier et honorer les commandes standards qu'elle recevait.
En effet, son activité était florissante et ne souffrait aucune oisiveté. Et heureusement qu'elle avait su développer cette étonnante capacité, car elle n'aurait jamais pu faire preuve d'autant d'efficacité. Cependant, ses golems suscitaient en elle des interrogations. Oui, ils étaient plus faciles à concevoir que les automates faits de métal, mais, au fond, qu'étaient-ils ? D'où provenait fondamentalement la vie qu'elle insufflait en eux ? Elle avait bien noté qu'elle réemployait les vies perdues récemment, car elle savait intrinsèquement qu'elle ne pouvait pas créer la vie. Mais d'où venait ce vivier ? Elle finirait bien par lever le voile sur ses questionnements.
En attendant, pendant qu'elle concevait son douzième golem, elle réfléchissait aux évènements à la Tour. Avec Mantarkh, elle s'était faite copieusement virer de la chambre d'Aerkyr, alors qu'ils avaient passé un cycle nocturne de folie. Et depuis lors, elle n'avait cessé de ressentir, non pas une aversion haineuse, mais plutôt un rejet discordieux et catégorique vis-à-vis de ses deux amis. C'était d'ailleurs assez dingue car la moindre chose sur laquelle elle passait d'ordinaire lui avait fait horreur et l'avait fait réagir avec pulsion et ressentiment. Et, étant donné la réaction des deux autres, elle devinait sans mal, avec du recul, qu'ils étaient en proie au même trouble. Pourquoi ?
Elle envoya ses aides sur les différents postes de travail pour l'élaboration de divers artéfacts et autres modules, leur réparation, etc. De son côté, elle retrouva son dispositif qui lui permettait de détecter et, surtout, amplifier et identifier les fluctuations dans l'éther. Elle souffla dessus, décollant une jolie pellicule de poussière. Elle appuya sur l'interrupteur, mais, après un démarrage faiblard, il finit s'arrêter. Plus d'énergie. Lorsqu'elle le démonta, elle découvrit plusieurs choses : le disrupteur d'énergie était fondu et la fiole d'Erotium était vidée. Elle put remplacer le disrupteur sans souci, bien qu'elle ne comprît pas l'origine de la défaillance.
Elle fouilla ensuite pour mettre la main sur une fiole d'Erotium. Aucune. La panique la gagnait captieusement. Ses gestes devinrent frénétiques, renversant des bocaux, des outils, claquant les tiroirs, secouant les caisses en bois. Soit elle avait tout consommé et mal anticipé sa consommation et ses besoins, soit elle avait été volée. En même temps que le convecteur temporel ? Possible. Elle rassembla toutes ses fioles d'eau claire et tenta de communiquer avec Thermoptès, comme leur avait enseigné Mantarkh. Quel exercice difficile… Toujours introuvable, cette fée ! Où est-elle ? se demandait l'ingénieure. Elle avait très mal choisi son moment pour s'éclipser.
— Bon, concentrons-nous, se calma-t-elle à haute voix, je n'ai pas besoin du détecteur pour détecter Thermoptès.
Elle inspira, vida son esprit, ralentit son rythme cardiaque et ferma les yeux. Dans le noir, grâce à son oeil bionique, elle discernait un nouveau monde, brillant et fait de couleurs irradiantes. Elle y décela ses golems, caractérisés par leur faible fluctuation dans l'éther : leurs lumières étaient plutôt ternes et mates. Lorsqu'elle s'éleva, elle vit la ville inondée par les ondes dans l'éther de tous les êtres sensibles. Mais aucune lumière ne correspondait à celle de Thermoptès. En revanche, une agitation proéminente rougeoyante et agressive saturait la Tour et se diffusait autour, envahissant très lentement la ville.
Lorsqu'elle revint dans son atelier, elle prit sa décision. Elle se concocta un nouveau dispositif, le déflecteur cérébral, pour protéger son cerveau des ondes malveillantes. Elle le rendit passif, afin de se soustraire de l'énergie dont elle ne disposait plus, par des petits chuchotements de sa création. Elle en profita également pour changer sa toilette, enfilant un nouveau pantalon de cuir brun plaqué de cuivre et surmonté d'une ceinture à laquelle elle fixa quelques outils, un corsage d'argent doublé de lin pour protéger la peau de sa poitrine ferme, une longue redingote faite en peau d'auroch. Elle ajusta dans sa chevelure blonde son déflecteur qui ressemblait à un diadème discret, dont le chatoiement oscillait entre le bronze et le laiton. Une fois ses bottes attachées par de grosses boucles de cuivre, elle sortit de son atelier, prête à conquérir la Tour.
***
Ses poignets la faisaient souffrir. Ses chaînes semblaient s'être contractées peu à peu à mesure que les cycles passaient inlassablement. Son sang coulait lentement le long de ses bras et la morsure des maillons ne s'effaçait plus, même après qu'un sixième minotaure fût venu la saillir. Chaque orgasme que cela lui procurait provoquait une violente décharge qui terrassait la bête monstrueuse et faisait exploser les jarres au sol. Elles paraissaient être réalimentées à chaque fois, bien que, le sommeil l'ayant quitté, elle n'eût jamais vu personne le faire. Thermoptès, malgré l'abstraction vaporeuse qui ne la lâchait plus, soupçonnait une entité douée pour ce tour de force.
De plus, pour la première fois de toute son existence, en dépit de sa condition de fée, l'excitation qu'elle pouvait ressentir au début de sa captivité se dégradait. Alors qu'elle avait pris un réel plaisir, à en redemander toujours plus ; très vite, cela avait laissé place à une lassitude douloureuse. Chaque bête qui venait lui dilater les orifices méthodiquement et machinalement lui procurait de moins en moins d'entrain ; les premiers signes de douleur et de malaise naquirent au plus profond de sa chair. Son sexe, son anus et ses seins étaient devenus si sensibles que le moindre courant d'air lui arrachait de faibles mais déagréables gémissements. Et les maillons de diamant qui enserraient sa poitrine la blessaient continuellement.
Quand la porte du fond s'ouvrit aujourd'hui sur une nouvelle bête monstrueuse, elle ne ressentit aucune excitation, mais la frayeur fleurit en elle. Elle ne voulait pas, elle ne pouvait pas accueillir sa verge. Les larmes montèrent et coulèrent à chaque pas du minotaure qui faisait vibrer le sol. Elle pleurait et implorait, elle le répudiait et se répudiait elle-même de l'avoir accepté jusque-là. Elle se mit à chuchoter, tant bien que mal à cause de la peur qui la tenaillait.
Son chuchotement devint peu à peu une incantation, l'affolement gonflant dans sa poitrine. Elle y mit toute sa peur, toute sa colère, toute sa rancune. Elle brûlait en chantant, mais le monstre avançait encore tranquillement et si lentement, comme s'il savourait la torture qu'il lui infligeait. Des larmes de flammes coulaient sur ses joues et perlaient au sol, ses ailes luisaient d'une aura incandescente. L'air autour en était saturé de poussières, de roches et de mortier sublimés par la chaleur étouffante. Les chaînes rougeoyaient. Et pourtant, elle sanglotait de tous ses sentiments mélangés et confus.
Le minotaure s'arrêta à quelques pas de la fée flamboyante. Elle était belle et l'excitait, mais aussi elle l'effrayait avec toutes ses flammes. Il voulut encore s'avancer mais la chaleur avait consumé l'air autour d'elle. Elle s'était entourée d'une véritable bulle ardente. Pourtant, il fut fouetté. Il poussa un grognement mais il ne pouvait pas avancer ! Peu importait sa vie, apparemment. Contraint, il fit un pas, cela lui arracha un hurlement de douleur : sa jambe était entièrement calcinée.
Elle continuait son enchantement, accentuant l'entrain qu'elle y avait mis. Il n'avancerait pas, il ne la violerait pas, voilà la promesse qu'elle s'était faite. Les larmes coulaient encore mais la rage et la détermination finirent par tarir la source et sa voix se posa et ne trembla plus.
Il la voyait comme en pleine lumière. Elle était la lumière. Elle était terrifiante, tant sa beauté le faisait grimacer, l'éblouissait douloureusement, lui brûlant les rétines. Son image se grava dans sa tête. Malgré sa nudité et les chaînes blanchies aux pieds, aux mains et aux seins, elle s'était parée de ses plus splendides atours : sa peau était nimbée de flammes, ses yeux étaient semblables à deux cratères effusifs d'où avaient coulé deux rivières de lave. Ses ailes flamboyaient d'une lumière bleue et mordorée. Mais désormais, il ne la voyait qu'au fond de son crâne, alors que la lumière s'éteignait dans ses yeux. Il sentait la chaleur environnante qui progressait à chacun de ses mots, mais sa cécité le paralysait. Les coups de fouet lui lacéraient le dos, cependant il fit un pas en arrière. Puis un autre.
Il reculait ! Elle sentait sa victoire proche ! L'exaltation de ce sentiment la gagnait de nouveau et la joie malsaine de vaincre entretenait son chant. Le ton de sa psalmodie monta et l'énergie qu'elle accumulait s'amplifiait. Les chaînes finirent par fondre mais elle resta en suspens au-dessus du sol. La température et ses ailes la faisaient léviter. Sa majesté brillait de mille feux, plus rien ne pouvait se cacher d'elle dans la prison où elle demeurait seule face au minotaure. Alors, elle hurla et expulsa toute la colère, la haine, la peur, la rancœur qui lui avaient étreint les tripes.
Il entendit son cri sauvage. Mais il ne vit pas le souffle de feu le frapper en pleine face. En revanche, il sentit la brûlure lui carboniser le visage, le torse, le ventre, les bras, la verge et les jambes. Cela ne semblait jamais se finir. La douleur fut d'une atrocité inédite pour lui. Il lui semblait s'enflammer mais, soudainement, il finit par ne plus rien ressentir. Après la douleur était venue l'absence de sens. Il ne sentait plus rien, ne voyait plus rien, n'entendait plus rien. Son souffle s'alourdit dans des spasmes stertoreux. Il finit par s'effondrer à genoux, hagard et noir.
Elle s'approcha de la bête cornue, toujours lévitante. Il était secoué de faibles soubresauts, en cause les graves brûlures qui couvraient son corps et ses poumons incendiés. Sa haine voulut le laisser souffrir pour le mal qu'il allait lui faire, mais un élan de pitié la ramenait à la raison. Alors elle serra son poing droit et son bras tout entier devint une lame de flamme immense et tranchante. Elle lui asséna un puissant coup qui le frappa au niveau du trapèze gauche et traversa le corps jusqu'au bassin. Le monstre s'effondra dans un déluge de charbon ardent, toute vie ayant été soufflée par ce geste libérateur.
Son feu sacré ne faiblissait toujours pas. Il l'envoûtait complètement et la grisait de sa puissance. Elle releva la tête vers la zone du mur où elle supposait qu'était la porte. Elle s'y approcha et des deux mains vers l'avant elle projeta la plus puissante déflagration qu'elle pouvait produire. La température atteignit des sommets, alors que la pierre entra en fusion, coulant en langues épaisses de lave. Puis le pan tout entier de la façade éclata dans des gerbes de flamme et de roches fondues.
***
Voilà deux quinzaines qu'un cultivateur les avait trouvés, blottis l'un contre l'autre, à l'abri d'un vieux saule alors les congères montaient sur le bord des routes. Il n'avait pas sourcillé lorsqu'il eut remarqué leur nudité, leur aspect morbide et décharné.
C'était un vieil homme xanthoderme, aux cheveux grisonnants, aux rides rieuses très marquées par les années. Son regard aux paupières épicanthiques leur avait témoigné une telle empathie qu'ils n'eurent point refusé la main qu'il leur avait tendue. Armé d'un bâton de marche, il leur avait donné d'épaisses couvertures de laine de mouflon et les avait guidé à travers les arbres et les petites montagnes jusqu'à son logis.
Aujourd'hui, les deux amis se préparaient pour rejoindre la ville de Zincheng. Le vieillard avait été très affable avec eux, les avait nourris, logés et habillés pendant tout ce temps. En échange, Kryphakalos l'avait aidé dans le nettoyage de ses rizières, le soin de son troupeau et l'alimentation de son logis en nourriture et combustible. Il détestait être oisif, et cela lui avait permis de retrouver une certaine routine temporaire, afin de se remettre de leur terrible épreuve.
Tectheria était encore bien faible, mais le traitement de choc de son ami lui avait sauvé la vie, endiguant la potentielle infection à venir et contenant l'hémorragie. Cependant, toute joie s'était dissipée depuis lors. Chaque cycle était sans saveur, elle avait perdu toute envie du moindre plaisir solitaire qui lui était pourtant si coutumier. Elle avait tenté d'aider leur hôte en réparant ses outils, grâce à la belle forge qu'il possédait, mais cela ne lui avait procuré aucun bien-être. Ce fut Kryphakalos qui eut fini par s'en occuper, en plus de tout le reste.
Son esprit était partagé. D'un côté, elle lui était reconnaissante de lui avoir sauvé la vie, d'avoir tout risqué pour elle. Et, elle l'aimait d'autant plus pour tout ça. De l'autre, cela lui rappelait qu'elle avait subi tous ces sévices pendant que lui profitait du spectacle, sans avoir encouru la moindre égratignure. Elle savait que ce qu'elle pensait n'était pas juste, mais tout la ramenait à cette lutte interne entre l'amour qu'elle ressentait de plus en plus pour lui et la colère sourde qui la harcelait ensuite, qu'elle éprouvait à son égard pour avoir été si passif et conciliant. Elle ne supportait plus cette dualité dans ses pensées, jusqu'à finir par regretter son voyage.
Leur hôte les accompagna pendant un demi-cycle, afin qu'ils puissent rejoindre la grande route. Il leur racontait les histoires et légendes des montagnes autour, la colère vindicative de tel ou tel esprit qui hantait cette grotte-ci ou cette autre-là. Kryphakalos buvait ses paroles avec intérêt, tandis que, juchée sur son cheval, la jolie brune affichait un visage distant et songeur.
— Zincheng n'est pas sans reste, en termes de mythologie, reprenait-il avec son fort accent oriental.
— Comment ça ? s'enquit vivement le jeune homme.
La fée sourcilla de cette curiosité encore plus forte. Le vieillard leva les yeux au ciel, marmonnant dans sa barbe, puis déclara :
— Attendons le zénith. Certaines histoires ne se mentionnent qu'à la plus forte lumière.
Les deux amis furent mi-étonnés, mi-amusés de la superstition dont faisait souvent preuve leur guide. Mais son âge avancé et son acuité intellectuelle leur suffisaient pour preuve de ce qu'il leur avait narré pendant leur séjour. Ils avaient, grâce à lui, appris l'histoire tragique et violente de Charya, leur bourreau, qui s'était transformée il y avait plus de 1200 ans en Wendigo lorsqu'elle eut dévoré ses parents. Cela avait remué beaucoup de mauvais souvenirs mais cela les avait aidés à mieux comprendre ce qu'il leur était arrivé.
Aussi, lorsqu'ils finirent par s'arrêter au pied d'un grand mélèze, la grande route passant à quelques pas de là, il les firent s'asseoir et ils partagèrent quelques nourritures. Bien que les deux amis n'en avaient pas un besoin vital, ils s'y plièrent de bonne grâce et apprécièrent le geste de leur guide.
— Vous avez rencontré Charya, il n'y a pas très longtemps, commença-t-il, imaginez maintenant qu'elle a une grande soeur.
— E-Elle a une soeur ??? s'exclama le jeune homme.
— Oui, encore plus terrible et terrifiante, d'après les rumeurs. Apparemment, ce serait l'acte de sa petite soeur qui l'aurait rendue folle. Elle serait entrée dans une frénésie meurtrière. Elle tuait systématiquement les femmes, et elle séduisait les hommes pour s'accoupler avec avant de les assassiner et de s'en repaître. En tous points, cela ressemble au mode opératoire de Charya. La grande différence est qu'elle n'y prenait aucun plaisir, qu'elle ne torturait pas non plus, comme si, finalement, elle s'y sentait contrainte. Par contre, elle tuait avec méthode, méticuleusement, et avec un savoir-faire assez effarant.
Il marqua un pause, observant son auditoire, puis il reprit :
— Vous savez, c'était la première herpanthrope, donc elle n'était pas aussi “réussie” que les générations actuelles. Et lors de son premier rapport amoureux, si on peut dire cela, sa transformation fut cataclysmique pour elle. La créature qu'elle devint avait les attributs et de la femme et du serpent, mais sans pour autant passer de l'un à l'autre. Une véritable erreur de la nature, et cela la faisait souffrir. La légende décrivait une femme magnifique et triste avant qu'elle ne basculât. Et son état accentua sa frénésie. Si Charya hantait les bois au centre de la Maïacina, elle, elle hantait les montagnes et les rivières du côté de Myréthnopole…
— Quoi ? l'interrompit Tectheria, d'une voix rauque.
— Mais oui, Myréthnopole. D'ailleurs, c'est étonnant que vous n'en ayez jamais entendu parler. C'est le monstre qui s'est allié à Dynamagos, celui que vous appelez le Tyran, afin de lui apprendre ses savoirs occultes du voyage astral.
— Je croyais que seules les dryades pouvaient voyager ? interrogea Kryphakalos.
Le vieillard éclata de rire.
— Et de qui ont-elles appris ce pouvoir ? Pourquoi éprouvent-elles autant de difficulté à le maîtriser ? C'est elle la Déesse du voyage astral, puisque c'est elle qui l'a créé.
Les deux amis, pensant à la même personne, se regardèrent, interdits.
— Vous deux, vous connaissez une dryade, n'est-ce pas ? C'est une chance pour vous, car vous avez accès à pléthore d'informations, mais un risque immense pour elle, car la dimension astrale est Son royaume. Espérons que vous ne la faites pas trop s'y aventurer. Bref, Dynamagos l'a trahie, poussé par Charya, l'a mutilée et enfermée le plus loin qu'il ait trouvé : sur une île au large du port de Zincheng.
— Effrayante, cette histoire, commenta la fée.
— Voyez-vous pourquoi j'attendais que le Jour soit bien haut ?
Le silence tomba, laissant le vent murmurer à l'oreille des voyageurs, les oiseaux siffler malgré le froid. Kryphakalos n'y tenant plus, il demanda :
— Quel est le nom de cette créature ?
Le vieillard observa avec un intensité rare son interlocuteur, avant de répondre simplement :
— Une Gorgone.
Le jeune homme ne comprit pas, mais Tectheria se redressa :
— Donc elles existent ! Elles ont le pouvoir de transformer en pierre les gens qui croisent le regard d'un de ses serpents, ajouta-t-elle à l'intention de son élève et ami.
— Non, elle existe. Elle est unique. Et c'est son regard qu'il ne faut pas croiser, contrairement à ce que vous croyez.
— Qu'en savez-vous ? L'avez-vous déjà vu ?
— Non mais les récits sont formels, là-dessus. Jamais personne n'a survécu à sa rencontre.
— Et comment a-t-on pu raconter ces légendes ? s'agaçait Tectheria. Au moins un a dû survivre pour écrire une légende…
Le vieillard se tut, un léger sourire et le regard parti loin. Kryphakalos interrompit ses pensées :
— Et quel est son nom ?
— J-Je… pourquoi voulez-vous le savoir ?
— Par curiosité, répondit honnêtement le jeune dragon.
Leur guide prit une inspiration :
— Scylla.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 17 · Révélations
22 minutes
811
2
4
Chapitre suivant

Commentaires ()

Passer les 9 commentaires
Utilisateur supprimé
5 novembre 2024 à 10:24
J’espère tenir la distance jusqu’à la conclusion finale !

D'ailleurs, tu as prévu combien de chapitres, en tout ?

23 chapitres !
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Wedreca
Wedreca
5 novembre 2024 à 07:33
J’espère tenir la distance jusqu’à la conclusion finale !

D'ailleurs, tu as prévu combien de chapitres, en tout ?
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Wedreca
Wedreca
5 novembre 2024 à 07:32
Je suis en train de rédiger le bout du tunnel en ce moment ;)

Ah ! Ouf ! Je suis contente pour eux 😊.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Monsieur Plume
Monsieur Plume
4 novembre 2024 à 23:04
Fantastique dans tous les sens du terme !
Le mélange entre fantasy et mythologie fonctionne vraiment très bien ici encore une fois. Cette histoire reste toujours aussi prenante avec ses zones d'ombre et de mystère.
Soyez respectueux
Répondre
Utilisateur supprimé
4 novembre 2024 à 18:30
Encore un épisode enthousiasmant. Notamment la réaction de thermoptès.
C’est toujours un vrai plaisir de vous lire.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Wedreca
Wedreca
4 novembre 2024 à 18:14
Mon Dieu °_° ? Faut pas faire chier une fée ^^' ! Quand elle ne veut pas, elle ne veut pas :P !

En tout cas, de tous les côtés, ça n'a pas l'air d'être la rigolade :/. Les pauvres... Un coup de pouce du destin ne serait pas de refus ;).

Bravo Pulsar :) ! Encore un chapitre digne de ses prédécesseurs ! Tu sais nous garder en haleine :).
Va-t-on enfin voir le bout du tunnel ?
Modifié 4 novembre 2024 à 18:15
Soyez respectueux
Répondre

Histoires similaires

✦ Phoroeckx Xanths XSTORY
Xanths
Chapitre 4
Par Phoroeckx
39
4
7.7k
Lesbiennes
✦ Phoroeckx Xanths XSTORY
Xanths
Chapitre 10
Par Phoroeckx
70
8
3.2k
Hétéro
✦ BrusselX [Sci-Fi / Tentacles] Le réveil d'Odin XSTORY
[Sci-Fi / Tentacles] Le réveil d'Odin
Chapitre 2
Par BrusselX
103
0
6.9k
Hétéro
✦ Phoroeckx Xanths XSTORY
Xanths
Chapitre 8
Par Phoroeckx
19
3
3.9k
Hétéro
✦ Irina Chroniques immortelles - Le voleur de feu. XSTORY
Chroniques immortelles - Le voleur de feu.
Chapitre 5
Par Irina
91
5
2.3k
Hétéro
✦ Phoroeckx Xanths XSTORY
Xanths
Chapitre 5
Par Phoroeckx
70
2
6k
Hétéro
✦ Conteuse Aube Lointaine XSTORY
Aube Lointaine
Chapitre 6
Par Conteuse
240
18
3.3k
Hétéro
✦ Phoroeckx Xanths XSTORY
Xanths
Chapitre 9
Par Phoroeckx
12
3
5k
Lesbiennes

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio