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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Mémoires d'une toute petite queue — Chapitre 5

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Exorium
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Mémoires d'une toute petite queue

Chapitre 5

Pour les vacances d'été, j'ai manifesté l'intention d'aller passer mes vacances là où je les avais toujours passées. Chez ma grand-mère.
Mon père a haussé les épaules.
‒ Si la solitude te fait pas peur ! Mais tu sais, c'est resté en l'état. Exactement comme c'était le jour où ta grand-mère est morte. On n'a touché à rien.
La solitude ne me faisait pas peur, non ! Mes souvenirs non plus. Et puis je me faisais une véritable fête de revoir enfin Éva. Qui avait, depuis peu, rompu avec Ludo. Qui me réclamait à cor et à cri.
– Mais si, allez ! Ça nous changera les idées.
* * *
‒ Coucou !
Je venais à peine d'arriver. J'étais en train de m'installer.
– Coucou ! C'est nous !
Florence et Véronique, mes cousines. Avec un monceau de bagages.
– Ben alors ! Ça a pas l'air de te faire plaisir de nous voir.
– Oh si ! Si ! C'est que… je vous attendais pas.
– Eh ben, tu vois ! On est là. Et bien décidées à en profiter. On va te faire une de ces fêtes !
Elles étaient un peu plus jeunes que moi. Vingt ans pour Florence et dix-neuf pour Véronique. On s'était toujours très bien entendus tous les trois, même si on ne se voyait que très rarement.
Elles ont vite pris leur rythme à elles. Elles se levaient à midi, allaient faire un tour à la plage, s'enfermaient aussitôt rentrées dans la buanderie.
‒ Quand tu penses qu'avec tout le pognon qu'elle avait, elle a seulement jamais été foutue de s'installer une salle de bains correcte.
– Et encore faut pas se plaindre. Maintenant il y a l'eau chaude.
Elles en ressortaient vers vingt heures. Sur leur trente et un.
– Bon, ben on y va. C'est vrai, tu veux pas venir ?
– Non, non, merci.
Elles rentraient tard dans la nuit. Avec des garçons. Des filles. Tout un groupe. Ça parlait fort. Ça riait. Ça buvait. Ça chantait. Et ça finissait par s'éparpiller dans les chambres.
Éva a voulu savoir.
– Et ça baise ?
– Évidemment que ça baise !
– Et de là où elle est ta chambre, t'entends partout. À droite, à gauche, en dessous. Et t'en profites tout seul. Comme un vrai salaud que tu es.
– Tu veux venir ? Je t'empêche pas, moi, hein ! Au contraire.
Le soir même, elle était là. Avec moi, dans ma chambre. À s'impatienter.
‒ Bon, mais alors qu'est-ce qu'ils foutent ? Ah, ça y est ! Ben, c'est pas trop tôt. C'est qui là ? Florence ? Oui, c'est Florence. Eh ben dis donc ! Comment elle y va ! Tout le monde en profite. Mais ça, avec elle, j'en étais sûre. Je la connais. Faut toujours qu'elle fasse son intéressante, elle peut pas s'empêcher. C'est qui le mec ? Tu l'as déjà vu ? Écoute ! Il y en a une autre en dessous. Elle miaule. Non, mais elle miaule vraiment. Comme un chat. Tu la connais pas ? Non ? Faudrait qu'on voie leurs têtes. Qu'on sache qui est avec qui. On en profiterait mieux.
* * *
Ils étaient en train de déjeuner tous ensemble, tous les huit, dans la cuisine. En nous apercevant, Eva et moi, sur le pas de la porte, Florence a étouffé un fou rire derrière sa main. Véronique, elle, s'est précipitée pour embrasser Eva.
‒ Toi ! C'est pas vrai ! Depuis le temps ! Tu as dormi ici ? Avec lui ? C'est pas vrai ! Oui, ben on se quitte plus, hein, maintenant qu'on s'est retrouvées. On va à la plage. Tu viens avec nous ?
Quand elle m'a rejoint, le soir, elle savait tout. Ou presque.
‒ Que je t'explique ! C'est simple. Et compliqué à la fois. Véronique est amoureuse folle de Patrice qu'en a rien à foutre d'elle. Il couche avec Isabelle, celle qu'on a entendue miauler hier soir. Alors, faute de mieux, elle se tape Lionel. Qui baise très bien, paraît-il. Florence, elle, elle a décidé de se faire le plus de mecs possible pendant ses vacances. Elle en est déjà au quatrième. Elle marque tout sur un petit carnet. Avec plein de détails. Elle m'a montré. Quant aux deux autres, Corinne et Philibert, ce sont des campeurs qu'elles ont rencontrés en boîte et qui sont plus tranquilles ici que sous la tente. Tu suis ? De toute façon ça va ça vient. Ça change tous les soirs. Bon, mais allez, on se tait maintenant. On écoute.
* * *
Véronique est venue s'asseoir dehors, sur le banc, à mes côtés.
Et elle a attaqué d'emblée.
– Tu sors avec ?
– Avec qui ?
– Ben avec Éva, tiens ! Vous dormez ensemble. Vous couchez ?
– Et toi, avec Lionel, tu couches ?
– Ben évidemment ! Mais ça n'a rien à voir.
– Pourquoi ça n'a rien à voir ?
– Parce que Lionel, lui… Oh, et puis merde ! Ce que tu peux être chiant quand tu t'y mets. Garde-le si tu veux pas le dire.
Et elle m'a planté là.
Je suis monté rejoindre Éva qui, dans la chambre, était penchée à la fenêtre.
‒ Regarde ! Ça doit être possible finalement.
– Quoi donc ?
– Elle est assez large la corniche. En faisant bien attention. En s'accrochant au mur. Elles sont pas si loin leurs fenêtres. Et on peut tout voir à travers les fentes des volets. J'ai vérifié. Ce soir, moi, je mate.
Et elle l'a fait.
‒ Ça valait le coup ?
– Un peu que ça valait le coup. T'as pas entendu ? Elle en est de la comédie, Florence. Et il y a aucun danger. C'est un boulevard, cette corniche. Avec plein d'aspérités dans le mur pour se tenir. Si tu tombes, c'est vraiment que tu le fais exprès. Allez, à ton tour ! Ça commence, Véronique. Dépêche-toi ! Tu vas manquer le meilleur.
À mon tour, oui. Elle avait raison, Éva. En étant prudent, on risquait pas grand-chose. Encore un mètre. Encore cinquante centimètres. Le volet était là, tout près. Avec la lumière derrière. J'allais poser la main dessus quand… tout s'est dérobé sous mes pieds.
C'est Véronique qui m'a emmené. Avec Éva. Toutes les deux. Chaque cahot m'arrachait un gémissement de douleur.
‒ Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce qu'il fichait là-haut ?
– Une crise de somnambulisme. Il en fait presque toutes les nuits. Je l'ai bien vu enjamber, mais j'ai toujours entendu dire qu'il fallait jamais réveiller un somnambule. J'aurais peut-être mieux fait finalement.
Le médecin urgentiste a élevé les radios dans la lumière.
– Fracture du poignet droit. Foulure du poignet gauche. Faut plâtrer. Il y a pas d'autre solution.
* * *
Éva m'a regardé essayer maladroitement de me déshabiller.
‒ Comme tu t'y prends t'y arriveras jamais. Et t'es capable de te casser encore quelque chose. Laisse-moi faire ! Ça vaudra mieux.
Avec mille précautions.
– Là… Et maintenant au lit.
Un peu plus tard, dans la nuit, Véronique a doucement arpergé son plaisir.
– Tu vois ce que t'as perdu ? À croire que toi, dès qu'il y a une occasion de se casser la figure, tu la loupes pas.
Elle a ri tout bas.
– Tu mériterais que je te donne la fessée, tiens ! Comme ta bonne femme des cartons, là-bas.
Elles me donnaient la becquée. Florence, Véronique et Éva. Toutes les trois.
‒ Une cuillerée pour papa ! Une cuillerée pour maman !
Elles me coupaient ma viande. Elles m'essuyaient la bouche. Elles m'y versaient à boire. Elles étaient aux petits soins pour moi.
– Maintenant qu'il est handicapé.
– Oh, ça, il l'a toujours été.
Et elles sont parties d'un grand fou rire toutes les trois.
– Et… mais pour se laver ? Il va faire comment ? Il y arrivera pas tout seul !
Éva a proposé de s'en occuper.
– On t'aidera. On viendra t'aider. Parce qu'ils sont hauts les bacs. Sans les mains, il pourra jamais y grimper. Faudra qu'on le monte dedans. Et là, on sera pas trop de trois.
* * *
Elles m'ont dépiauté de mes vêtements.
‒ Lève les bras ! Mais lève ! Fais pas semblant. Ce que tu peux être empoté quand tu t'y mets. Qu'est-ce qu'il y a ? Ça fait mal ? Oh la la ! Pauvre choune ! T'en verras d'autres, va ! Bon, allez ! Attention ! On le soulève. Un ! Deux ! Trois !
Je suis retombé lourdement sur le ciment.
– Mais non ! On s'y prend mal. Tiens-le sous les bras, Florence ! Et toi, Éva, bien en même temps que moi. On recommence.
Je suis resté suspendu en l'air. J'ai désespérément battu des chevilles sur le rebord du bac. En vain.
– On y arrivera jamais !
– Mais si ! Allez, cette fois c'est la bonne !
C'était effectivement la bonne.
– Ouf ! Ça y est ! Il est lourd, l'animal.
Et elles m'ont fait ma toilette. Toutes les trois. En mains partout. La figure. Le torse. Le dos.
‒ Tu te rappelles du temps de grand-mère dans ce bac, le samedi ?
– Si je me rappelle ! Ce qu'on a pu rigoler !
– Oui, oh, c'était il y a des années ! Il supportait pas qu'on le voie. Et nous, évidemment, on faisait exprès de le regarder tant qu'on pouvait.
– Cette tête qu'il faisait !
Le ventre… Les pieds… Les fesses…
– On se demandait, tu te rappelles, si ça resterait toujours comme ça !
– Ça paraît même encore plus petit maintenant qu'il a grandi.
C'est Éva qui me l'a lavée. Consciencieusement. En décapuchonnant bien à fond. En glissements doux. En frottements légers.
– Il bande !
– Mais non !
– Je te dis qu'il bande !
– Peut-être un peu, oui, mais pas vraiment.
Éva a tranché.
– Il peut pas plus.
– Ah, tu vois !
Elle s'est attardée tout au bout, s'en est éloignée, y est revenue.
– Tu vas le faire gicler, si tu continues.
Elle a haussé les épaules.
– De toute façon il peut pas tout seul. Il a plus de mains. Et il a bien le droit à un peu de plaisir, lui aussi, non ?
Elle s'est faite plus précise, plus insistante. Elles se sont penchées. Tout près. Et c'est venu.
– Mais il y a presque rien.
– Ben forcément ! C'est proportionnel.
Pour me sortir de là, elles ont appelé les garçons.
‒ Lionel ! Patrice ! Non, parce que je tiens pas à me tuer le dos, moi ! Et si on l'échappe et qu'il se casse encore quelque chose, on aura tout gagné.
Ils sont venus. Isabelle aussi. Qui m'a jeté dessus un regard stupéfait. On m'a sorti. On m'a rhabillé.
Je suis retourné dans ma chambre. Sur la terrasse, en bas, je les ai entendus rire. Longtemps.
Éva trouvait que je faisais des progrès.
‒ Si, c'est vrai ! Ç'aurait été il y a pas encore si longtemps que ça qu'est-ce que j'en aurais entendu parler de cette après-midi dans la buanderie ! T'aurais ressassé pendant des heures. Tu t'y es enfin fait, on dirait. C'est pas trop tôt. De toute façon t'as pas d'autre solution. Toute ta vie tu seras confronté à ça. Parce que tu t'en rends peut-être pas compte, mais à ce point-là, tant qu'on l'a pas vu, on peut pas y croire. Alors c'est obligé que ça commente, que ça rigole, que ça se moque. C'est pas forcément méchant pour autant. Et puis, si ça tombe, de te faire foutre de toi comme ça un jour tu finiras peut-être par trouver que c'est pas si désagréable que ça. Mais bon, allez ! Ça commence à côté.
Et elle a enjambé la fenêtre.
– Qu'est-ce tu fais ? T'es complètement folle ! Elle s'est cassé la gueule, la corniche.
– Du côté de Véronique. Pas du côté de Florence.
* * *
Au réveil, il y avait un camping-car sous la fenêtre.
‒ Qu'est-ce que c'est que ça ?
« Ça », c'était Norbert.
– Un copain de Patrice. Il revient d'Afrique. Elles bavent toutes devant. Elles vont se battre comme des chiffonnières pour l'avoir. Ça promet.
Elles buvaient effectivement ses paroles, suspendues à ses lèvres, et les repas se prolongeaient jusque tard dans l'après-midi. Jusqu'à ce qu'il regagne son camping-car dont il ne ressortait que le soir pour aller en boîte avec toute la bande.
Éva les accompagnait.
– Ce boute-en-train que c'est en plus ! Tu verrais ça ! Il te met une de ces ambiances ! Mais pour le reste, elles sont de la revue. Elles ont beau essayer, et toutes, hein ! Faut voir la gueule des autres mecs ! Il en a rien à foutre. Il rentre se coucher tout seul dans son truc là-bas en dessous. Elles sont vertes.
Elle restait longtemps à la fenêtre, dans la nuit, les yeux fixés sur son camping-car.
– On voit rien. Il y a de la lumière, mais on voit rien.
* * *
On finissait de déjeuner, tous les quatre, dans la cuisine.
‒ Bon, mais c'est pas tout ça ! Faudrait peut-être te laver, toi, depuis le temps ! Ça remonte à combien depuis l'autre fois ? Trois jours ? Non, quatre.
Florence et Véronique se sont scandalisées/
– Quatre jours ! C'est vrai, ça ! T'es vraiment un gros porc. Tu vas puer à force !
– Bon, allez, on y va ! Ah si ! Ah Si ! Ça s'impose.
– Ils sont où les mecs ?
– Partis je sais pas où.
– Ils sont chiants. Comment on va faire ? En tout cas, moi, je le soulève pas. Pas question. Pendant deux jours j'ai eu le dos fracassé après.
– Il y a Norbert dans le camping-car.
– J'y vais. Je vais le chercher.
Il les a aidées à me faire monter dans le bac, les a regardées me laver.
‒ Eh ben dis donc ! Ça vaut le coup de se casser les abattis. Trois petites nanas qui te frottent partout. Je me demande si je vais pas suivre son exemple, moi ! M'arranger pour me démolir quelque chose/
– Pas la peine d'en arriver là. Il y a un autre bac, là, à côté. Alors t'y montes, si tu veux. Un de plus, un de moins. On n'est pas à ça près.
– Faudrait pas me le répéter deux fois.
– Il y a un autre bac, là, à côté.
– Faites gaffe ! Je vais vous prendre au mot.
– T'as qu'à de la gueule !
– Vous l'aurez voulu.
Et il s'est déshabillé. Il a tout enlevé. Il a grimpé à côté.
– Là ! Et maintenant vous êtes bien avancées. Qui c'est qui va se dégonfler ?
– Oh, alors là, tu nous connais pas !
Et elles m'ont planté là. Elles l'ont copieusement aspergé. Avec de grands rires.
– Ah, on est des dégonflées ! Tu vas voir si on est des dégonflées.
Savonné. Frotté.
– Lève les bras !
– Tourne-toi !
– Encore !
Éva s'est approchée d'en bas. S'est éloignée. Y est revenue. Plus près. Encore plus près.
Ils se sont regardés, tous les deux. Droit dans les yeux.
– T'oseras pas !
– Ah oui ! J'oserai pas ?
Et elle l'a empoigné. À pleine main. Ça s'est dressé de toute sa hauteur. Gigantesque.
Il s'est penché vers elle, lui a murmuré quelque chose à l'oreille. Elle a fait signe que oui. Oui. Il est sorti du bac. Il a dégouliné jusqu'à la porte. Elle l'a suivi. Véronique et Florence ont couru jusqu'au petit vasistas.
– Ils vont au camping-car !
– Évidemment ! Tu t'attendais à quoi ?
– Non, mais ça te viendrait à l'idée, toi, de te faire tirer comme ça par le premier venu, juste parce qu'il claque des doigts ?
– Oh, mais avec elle on peut s'attendre à tout.
– Elle a bien su mener sa barque, va, t'en fais pas !
‒ La salope ! Non, mais quelle salope !
‒ Oui, mais alors ça bouge pas qu'elle va pas l'emporter au paradis.
Bon, mais… Et moi ?
– C'est vrai qu'il est toujours là, l'autre ! Dans le bac.
– Faut le finir !
Elles l'ont fait. À grands coups de gant de toilette rageurs. Sans un mot.
– Quant à sortir de là-dedans, t'attendras qu'ils aient fini de tirer leur coup.
Et elles m'ont planté là.
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