Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Mémoires d'une toute petite queue — Chapitre 11
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Mémoires d'une toute petite queue
Chapitre 11
Le départ de Mathilde m'avait beaucoup plus affecté que je ne me l'étais avoué. J'y avais cru. J'avais cru que nous ferions, sinon toute la route, du moins un bon bout de route ensemble. Et puis…
Je cédais au découragement. Qui, mais qui, avec l'infirmité dont j'étais accablé, pourrait un jour vouloir de moi ?
Je cédais au découragement. Qui, mais qui, avec l'infirmité dont j'étais accablé, pourrait un jour vouloir de moi ?
Ce qu'elle appelait mes jérémiades avait le don d'agacer prodigieusement Éva.
‒ Qui ? Mais personne ! Quand est-ce que tu vas enfin te mettre ça dans la tête ? Arrêter de te raconter des histoires ? Personne ! Ça fait des années que je me tue à te le répéter. Personne ! Prends-en ton parti une bonne fois pour toutes. T'es comme ça, et alors ? Ça t'empêche pas de profiter de tas de trucs. Je suis bien placée pour le savoir. Alors continue ! Profite ! Tant que tu peux. Et arrête de t'apitoyer sur ton sort.
‒ Qui ? Mais personne ! Quand est-ce que tu vas enfin te mettre ça dans la tête ? Arrêter de te raconter des histoires ? Personne ! Ça fait des années que je me tue à te le répéter. Personne ! Prends-en ton parti une bonne fois pour toutes. T'es comme ça, et alors ? Ça t'empêche pas de profiter de tas de trucs. Je suis bien placée pour le savoir. Alors continue ! Profite ! Tant que tu peux. Et arrête de t'apitoyer sur ton sort.
Irina était rentrée de ces vacances-là rayonnante.
‒ Un peu que ça va ! Ça a rarement été aussi bien. Tu verrais comment il est redevenu amoureux, Loïc. C'est de la folie ! Mais tu verras… Parce qu'on t'attend, hein !
Et j'ai vu. J'ai vu leurs photos de vacances. Des paysages. Des châteaux. Du ciel bleu. Et puis eux. Des dizaines de fois. Eux, enlacés, enamourés, les yeux dans les yeux.
– Lui, c'est Gilbert.
C'était un grand brun à l'allure athlétique.
– Un ami. On a fait sa connaissance là-bas.
‒ Un peu que ça va ! Ça a rarement été aussi bien. Tu verrais comment il est redevenu amoureux, Loïc. C'est de la folie ! Mais tu verras… Parce qu'on t'attend, hein !
Et j'ai vu. J'ai vu leurs photos de vacances. Des paysages. Des châteaux. Du ciel bleu. Et puis eux. Des dizaines de fois. Eux, enlacés, enamourés, les yeux dans les yeux.
– Lui, c'est Gilbert.
C'était un grand brun à l'allure athlétique.
– Un ami. On a fait sa connaissance là-bas.
Irina s'est levée.
– C'est pas tout ça, mais demain, pour moi, le réveil oubliera pas de sonner.
Il a baissé la voix.
– Oui, un ami… Un ami qui nous a bien rendu service. Elle a de gros besoins, Irina. De très gros besoins. Je défie n'importe quel type normalement constitué d'arriver à la satisfaire. Alors un ami. Gilbert est vigoureux. Et il a de l'expérience. Beaucoup d'expérience. Je peux te dire qu'elle y a trouvé son compte. Moi aussi d'ailleurs ! Parce que regarder sa femme s'envoyer en l'air avec un autre tu peux pas savoir, toi, t'es pas marié, mais tu peux pas savoir quel pied tu prends.
– C'est pas tout ça, mais demain, pour moi, le réveil oubliera pas de sonner.
Il a baissé la voix.
– Oui, un ami… Un ami qui nous a bien rendu service. Elle a de gros besoins, Irina. De très gros besoins. Je défie n'importe quel type normalement constitué d'arriver à la satisfaire. Alors un ami. Gilbert est vigoureux. Et il a de l'expérience. Beaucoup d'expérience. Je peux te dire qu'elle y a trouvé son compte. Moi aussi d'ailleurs ! Parce que regarder sa femme s'envoyer en l'air avec un autre tu peux pas savoir, toi, t'es pas marié, mais tu peux pas savoir quel pied tu prends.
Ça a beaucoup amusé Éva.
‒ Ben voyons ! Tu le vois pas venir, là, avec ses gros sabots ? Je donne pas quinze jours avant qu'il t'ait proposé de faire un truc à trois. Le seul problème pour toi, c'est que… Mais je veux pas remuer le couteau dans la plaie.
‒ Ben voyons ! Tu le vois pas venir, là, avec ses gros sabots ? Je donne pas quinze jours avant qu'il t'ait proposé de faire un truc à trois. Le seul problème pour toi, c'est que… Mais je veux pas remuer le couteau dans la plaie.
J'ai reçu, quelques jours après mon retour, une longue lettre de Véronique. Je lui avais proposé de l'écouter : elle avait bien l'intention d'en profiter…
‒ Surtout que c'est à toi que j'ai envie de parler. Et à personne d'autre. Je sais pas pourquoi, parce qu'on n'a jamais été vraiment très proches jusque-là tous les deux, mais c'est comme ça.
Ses Vacances lui avaient laissé un goût amer.
– Je l'ai découvert encore sous un autre jour, Pierre-Antoine. Un de plus. Qui m'écœure. Tu verrais ces photos qu'il a ramenées ! Qu'il montre à qui veut les voir. Des fermes délabrées. Des dépôts d'ordures sauvages. Des pépés en guenilles. Ça existe, bien sûr que ça existe. Seulement il y a pas que ça. Et le reste, il l'a pas vu. Ou il a pas voulu le voir. Et cette façon qu'il a d'en parler ! Comme s'il revenait d'une dangereuse expédition chez les primitifs. Il nous méprise. Mais c'est de là que je sors, moi, merde ! C'est de là qu'on sort. Non, jamais j'aurais dû l'emmener là-bas. Jamais. Et je suis pas près de recommencer.
‒ Surtout que c'est à toi que j'ai envie de parler. Et à personne d'autre. Je sais pas pourquoi, parce qu'on n'a jamais été vraiment très proches jusque-là tous les deux, mais c'est comme ça.
Ses Vacances lui avaient laissé un goût amer.
– Je l'ai découvert encore sous un autre jour, Pierre-Antoine. Un de plus. Qui m'écœure. Tu verrais ces photos qu'il a ramenées ! Qu'il montre à qui veut les voir. Des fermes délabrées. Des dépôts d'ordures sauvages. Des pépés en guenilles. Ça existe, bien sûr que ça existe. Seulement il y a pas que ça. Et le reste, il l'a pas vu. Ou il a pas voulu le voir. Et cette façon qu'il a d'en parler ! Comme s'il revenait d'une dangereuse expédition chez les primitifs. Il nous méprise. Mais c'est de là que je sors, moi, merde ! C'est de là qu'on sort. Non, jamais j'aurais dû l'emmener là-bas. Jamais. Et je suis pas près de recommencer.
Loïc m'a glissé une clef USB dans le creux de la main.
‒ Tiens, tu regarderas ça ! Elle sait que je te la donne, mais elle supposée ne pas le savoir.
C'était, mis bout à bout, Irina et Gilbert. Gilbert dans Irina nouée à lui. Irina à grands coups de bassin contre Gilbert. Irina gorgée de plaisir, éperdue, hurlant des mots obscènes. Dix fois. Vingt fois. À l'infini.
Et, au magasin, Irina me parlait, me souriait. Irina prenait appui contre moi, je sentais ses seins contre mon dos, pour s'emparer d'un livre auquel je faisais écran. Sa main rencontrait parfois rapidement la mienne dans la caisse. Je respirais son parfum. Je me baignais dans ses yeux.
Je rentrais. Je m'installais devant elle. Je la retrouvais. Jusque tard dans la nuit.
‒ Tiens, tu regarderas ça ! Elle sait que je te la donne, mais elle supposée ne pas le savoir.
C'était, mis bout à bout, Irina et Gilbert. Gilbert dans Irina nouée à lui. Irina à grands coups de bassin contre Gilbert. Irina gorgée de plaisir, éperdue, hurlant des mots obscènes. Dix fois. Vingt fois. À l'infini.
Et, au magasin, Irina me parlait, me souriait. Irina prenait appui contre moi, je sentais ses seins contre mon dos, pour s'emparer d'un livre auquel je faisais écran. Sa main rencontrait parfois rapidement la mienne dans la caisse. Je respirais son parfum. Je me baignais dans ses yeux.
Je rentrais. Je m'installais devant elle. Je la retrouvais. Jusque tard dans la nuit.
Véronique ne supportait plus Pierre-Antoine.
‒ C'est physique. Tout m'agace chez lui. Tout. Il me hérisse. Dès qu'il me touche… Tiens, rien que d'en parler tu peux pas savoir ce que ça me fait. J'ai les poils qui se dressent de partout. Non, mais comment j'ai pu aller me marier avec ça ? Tu fais de ces trucs des fois ! Et maintenant il veut que je lui fasse un gamin. Il parle plus que de ça. Mais je veux pas, moi ! Pas avec lui. C'est moche, Gabriel, tout ça ! C'est moche ! Et le pire, c'est que je vois vraiment pas comment je peux en sortir.
‒ C'est physique. Tout m'agace chez lui. Tout. Il me hérisse. Dès qu'il me touche… Tiens, rien que d'en parler tu peux pas savoir ce que ça me fait. J'ai les poils qui se dressent de partout. Non, mais comment j'ai pu aller me marier avec ça ? Tu fais de ces trucs des fois ! Et maintenant il veut que je lui fasse un gamin. Il parle plus que de ça. Mais je veux pas, moi ! Pas avec lui. C'est moche, Gabriel, tout ça ! C'est moche ! Et le pire, c'est que je vois vraiment pas comment je peux en sortir.
Loïc attendait des commentaires.
‒ Alors ? Comment t'as trouvé ?
‒ Faut pas lui en promettre.
– Ah, ça, c'est sûr ! Il assure Gilbert, hein ! Et je peux t'assurer qu'elle attend l'été prochain avec une impatience ! Oh, mais je la connais. Elle tiendra jamais jusque-là. Moi non plus d'ailleurs. Oh, mais on va bien lui trouver quelqu'un en attendant. Ce sont pas les candidats qui manquent.
Ce qui a beaucoup amusé Éva
– Et ça, c'est pas un appel du pied peut-être ?
‒ Alors ? Comment t'as trouvé ?
‒ Faut pas lui en promettre.
– Ah, ça, c'est sûr ! Il assure Gilbert, hein ! Et je peux t'assurer qu'elle attend l'été prochain avec une impatience ! Oh, mais je la connais. Elle tiendra jamais jusque-là. Moi non plus d'ailleurs. Oh, mais on va bien lui trouver quelqu'un en attendant. Ce sont pas les candidats qui manquent.
Ce qui a beaucoup amusé Éva
– Et ça, c'est pas un appel du pied peut-être ?
La corvée ! L'insupportable corvée. À laquelle Véronique s'efforçait d'échapper aussi souvent que possible.
‒ Et je suis capable de déployer des trésors d'imagination pour ça. Mais hier soir pas moyen de faire autrement. J'ai dû y passer. Tu sais que j'ai jamais eu de plaisir avec lui ? Jamais. Pas une seule fois. J'en ai même seulement jamais approché. Je vois pas comment je pourrais d'ailleurs. Vu la façon dont il s'y prend. Je suis vraiment qu'une vide-couilles pour lui. Il y a pas d'autre mot. C'est gratifiant, hein ? Enfin, il a eu ce qu'il voulait. Et, dans trois jours, il va me demander, d'un air attendri, si je suis enceinte. Il y a pas de risque. Je prends la pilule en douce.
‒ Et je suis capable de déployer des trésors d'imagination pour ça. Mais hier soir pas moyen de faire autrement. J'ai dû y passer. Tu sais que j'ai jamais eu de plaisir avec lui ? Jamais. Pas une seule fois. J'en ai même seulement jamais approché. Je vois pas comment je pourrais d'ailleurs. Vu la façon dont il s'y prend. Je suis vraiment qu'une vide-couilles pour lui. Il y a pas d'autre mot. C'est gratifiant, hein ? Enfin, il a eu ce qu'il voulait. Et, dans trois jours, il va me demander, d'un air attendri, si je suis enceinte. Il y a pas de risque. Je prends la pilule en douce.
Loïc voulait savoir. À mon avis ? À mon avis, elle avait un amant Irina ? Il voulait dire… Quelqu'un pour qui il serait pas au courant. Hein ? Mais j'en savais rien, moi ! J'aurais pu… J'aurais pu remarquer quelque chose. Des coups de téléphone. Des regards lourds de sens furtivement échangés avec un collègue ou un prétendu client. Autre chose. Mais non ! Non ! J'avais rien remarqué du tout. Pourtant, lui, il sentait bien que ça la travaillait en ce moment. Qu'elle avait envie de vivre quelque chose en dehors de lui. Et de Gilbert. Il y avait des indices. Beaucoup d'indices concordants. Elle n'allait pas tarder à sauter le pas, c'était évident. Oh, mais il en ferait pas une maladie, hein ! Au contraire même ! Au contraire ? Au contraire, oui… Ça allait peut-être me paraître bizarre, mais l'idée qu'elle puisse avoir, en cachette, un ami de cœur – et de corps, parce qu'évidemment, la connaissant, ça allait de soi. – n'était pas pour lui déplaire. Il la trouvait même extrêmement troublante.
– Ah, si je pouvais me trouver un complice. Un complice en qui j'aurais toute confiance, qui la séduirait et qui me raconterait tout. Jusque dans les moindres détails. Ça te dirait pas ?
– Moi ?
– Toi, oui ! Elle te plaît pas Irina ?
– Oh, si, si !
– Eh bien alors ! Toi aussi tu lui plais en plus ! Et pas qu'un peu ! T'entendrais comment elle parle de toi. Il suffirait que tu te montres un peu entreprenant.
– Ah, si je pouvais me trouver un complice. Un complice en qui j'aurais toute confiance, qui la séduirait et qui me raconterait tout. Jusque dans les moindres détails. Ça te dirait pas ?
– Moi ?
– Toi, oui ! Elle te plaît pas Irina ?
– Oh, si, si !
– Eh bien alors ! Toi aussi tu lui plais en plus ! Et pas qu'un peu ! T'entendrais comment elle parle de toi. Il suffirait que tu te montres un peu entreprenant.
Éva en a suffoqué de rire.
‒ Et toi, t'as accepté ! Mais t'es vraiment un grand malade. Le roi des cons ! T'as vraiment le don de te mettre dans des situations impossibles. Tu vas te ridiculiser, c'est couru. Une fois de plus. Oh, mais je te plains pas. Non, je te plains pas. Tu l'auras bien cherché.
‒ Et toi, t'as accepté ! Mais t'es vraiment un grand malade. Le roi des cons ! T'as vraiment le don de te mettre dans des situations impossibles. Tu vas te ridiculiser, c'est couru. Une fois de plus. Oh, mais je te plains pas. Non, je te plains pas. Tu l'auras bien cherché.
Pourquoi elle avait épousé Pierre-Antoine, Véronique ?
‒ À cause de Patrice. C'est le seul que j'aie jamais aimé Patrice. À en crever. Le jour où j'ai enfin compris qu'il y avait pas le moindre espoir mon univers s'est effondré. Plus rien n'avait d'importance. Pierre-Antoine passait par là. Il était convaincu que nous étions faits l'un pour l'autre. Il était poli, courtois. Il me couvrait de cadeaux. Lui ou un autre je m'en fichais. Et ça a été Pierre-Antoine. Ça aurait pu être n'importe qui.
‒ À cause de Patrice. C'est le seul que j'aie jamais aimé Patrice. À en crever. Le jour où j'ai enfin compris qu'il y avait pas le moindre espoir mon univers s'est effondré. Plus rien n'avait d'importance. Pierre-Antoine passait par là. Il était convaincu que nous étions faits l'un pour l'autre. Il était poli, courtois. Il me couvrait de cadeaux. Lui ou un autre je m'en fichais. Et ça a été Pierre-Antoine. Ça aurait pu être n'importe qui.
‒ Loïc a tout de suite voulu savoir.
‒ Alors ! Raconte ! T'as avancé ?
– Un peu, oui.
– Un peu ? C'est-à-dire ?
– C'est-à-dire que je l'ai invitée au restaurant hier à midi.
– Et elle a accepté. Évidemment qu'elle a accepté. Elle m'en a pas parlé. Et alors ? Après ?
– Ça a suivi tout doucement son cours. En regards qui disent. En mots qui explorent.
– Tu lui as tenu la main ?
– Pressé. Deux fois.
– Tu l'as embrassée ?
– Effleuré les lèvres sur le trottoir en sortant.
– J'en étais sûr. Avant la fin de la semaine tu l'auras emmenée à l'hôtel, c'est couru.
Et Éva a conclu.
– C'est là que les ennuis vont commencer.
‒ Alors ! Raconte ! T'as avancé ?
– Un peu, oui.
– Un peu ? C'est-à-dire ?
– C'est-à-dire que je l'ai invitée au restaurant hier à midi.
– Et elle a accepté. Évidemment qu'elle a accepté. Elle m'en a pas parlé. Et alors ? Après ?
– Ça a suivi tout doucement son cours. En regards qui disent. En mots qui explorent.
– Tu lui as tenu la main ?
– Pressé. Deux fois.
– Tu l'as embrassée ?
– Effleuré les lèvres sur le trottoir en sortant.
– J'en étais sûr. Avant la fin de la semaine tu l'auras emmenée à l'hôtel, c'est couru.
Et Éva a conclu.
– C'est là que les ennuis vont commencer.
J'avais Véronique au téléphone tous les soirs.
‒ Et sa mère ! Ah, sa mère ! Tout un poème sa mère ! Parce qu'évidemment on l'a sans arrêt par les pieds. On a notre aile à nous. Oui, bien sûr. Indépendante. Il paraît… Mais on mange avec eux. Et elle dispose toujours d'un excellent prétexte pour nous tomber dessus dix fois par jour. Figure-toi qu'elle s'est mis en tête de me dégrossir. Me dégrossir, oui. C'est son mot. Parce que, selon elle, je n'ai aucune éducation. Je ne sais même pas mettre la table. Eh non ! Je sais pas mettre la table. La queue des petites cuillères ça se tourne vers le couteau. Et pas de l'autre côté. Quant aux verres… Ah, les verres ! T'en as quatre à chaque repas. Tous différents. Et ça se dispose pas n'importe comment les verres. C'est toute une organisation les verres. Et c'est comme ça pour tout. Absolument tout. Mais qu'est-ce que je suis allé faire dans cette galère, moi ?
‒ Et sa mère ! Ah, sa mère ! Tout un poème sa mère ! Parce qu'évidemment on l'a sans arrêt par les pieds. On a notre aile à nous. Oui, bien sûr. Indépendante. Il paraît… Mais on mange avec eux. Et elle dispose toujours d'un excellent prétexte pour nous tomber dessus dix fois par jour. Figure-toi qu'elle s'est mis en tête de me dégrossir. Me dégrossir, oui. C'est son mot. Parce que, selon elle, je n'ai aucune éducation. Je ne sais même pas mettre la table. Eh non ! Je sais pas mettre la table. La queue des petites cuillères ça se tourne vers le couteau. Et pas de l'autre côté. Quant aux verres… Ah, les verres ! T'en as quatre à chaque repas. Tous différents. Et ça se dispose pas n'importe comment les verres. C'est toute une organisation les verres. Et c'est comme ça pour tout. Absolument tout. Mais qu'est-ce que je suis allé faire dans cette galère, moi ?
Loïc était sûr que ça y était.
‒ Oui, hein ?
– Oui.
– Vous êtes allés où ?
– Dans le petit hôtel, près de la pharmacie, avenue de la République.
– Ah oui, je vois, oui. Et alors ?
– Ben, elle avait très envie. Moi aussi.
– Il y a eu des préliminaires ?
– Pas beaucoup, non. Elle s'est déshabillée.
– Oui. Elle a horreur qu'on la déshabille. Elle trouve ça humiliant. Et après ?
– On s'est un peu embrassés. Un peu caressés. Elle m'a voulu presque tout de suite en elle. C'est elle qui m'y a mis.
– Elle a joui ?
– Deux fois. Et ça a été très… tempétueux.
– Ça ! Avec elle, j'imagine. Et t'es pas au bout de tes surprises.
‒ Oui, hein ?
– Oui.
– Vous êtes allés où ?
– Dans le petit hôtel, près de la pharmacie, avenue de la République.
– Ah oui, je vois, oui. Et alors ?
– Ben, elle avait très envie. Moi aussi.
– Il y a eu des préliminaires ?
– Pas beaucoup, non. Elle s'est déshabillée.
– Oui. Elle a horreur qu'on la déshabille. Elle trouve ça humiliant. Et après ?
– On s'est un peu embrassés. Un peu caressés. Elle m'a voulu presque tout de suite en elle. C'est elle qui m'y a mis.
– Elle a joui ?
– Deux fois. Et ça a été très… tempétueux.
– Ça ! Avec elle, j'imagine. Et t'es pas au bout de tes surprises.
Léa n'en croyait pas un mot.
– T'as tout inventé. T'arrives pas à rentrer.
Oui, j'avais inventé. Bien sûr que j'avais inventé. Et alors ? L'imaginer, le lui raconter à lui, c'était un peu comme si ça avait vraiment eu lieu. Comme si j'étais comme tout le monde. Je pouvais bien avoir droit au moins à ça, non ?
Tout était faux alors ?
– Sauf le restaurant. On y est vraiment allés, mais bon…
– Et s'il s'en rend compte ?
– Faudrait qu'il lui en parle. Il le fera pas. Ça l'excite trop qu'elle sache pas qu'il sait. »
– T'as tout inventé. T'arrives pas à rentrer.
Oui, j'avais inventé. Bien sûr que j'avais inventé. Et alors ? L'imaginer, le lui raconter à lui, c'était un peu comme si ça avait vraiment eu lieu. Comme si j'étais comme tout le monde. Je pouvais bien avoir droit au moins à ça, non ?
Tout était faux alors ?
– Sauf le restaurant. On y est vraiment allés, mais bon…
– Et s'il s'en rend compte ?
– Faudrait qu'il lui en parle. Il le fera pas. Ça l'excite trop qu'elle sache pas qu'il sait. »
Véronique n'en pouvait plus.
– J'étouffe, Gabriel ! J'étouffe. J'ai besoin d'air. De respirer. Je m'étiole. Complètement. Si t'avais ton chez-toi tu me verrais débouler, tiens ! Pour une bonne semaine. Ça me ferait un bien fou.
‒ Ben, viens !
‒ Chez ton père ? Non, merci. Sans façons. Il va encore me prendre la tête avec la maison de grand-mère. Que les papiers sont toujours pas faits. Qu'il faudrait quand même bien qu'on finisse par se mettre d'accord. Et j'ai vraiment pas besoin de ça en ce moment.
– J'étouffe, Gabriel ! J'étouffe. J'ai besoin d'air. De respirer. Je m'étiole. Complètement. Si t'avais ton chez-toi tu me verrais débouler, tiens ! Pour une bonne semaine. Ça me ferait un bien fou.
‒ Ben, viens !
‒ Chez ton père ? Non, merci. Sans façons. Il va encore me prendre la tête avec la maison de grand-mère. Que les papiers sont toujours pas faits. Qu'il faudrait quand même bien qu'on finisse par se mettre d'accord. Et j'ai vraiment pas besoin de ça en ce moment.
Éva a enfoncé le clou.
‒ Oui, c'est vrai ça ! Pourquoi t'as pas ton appart à toi ? À trente ans passés il serait quand même temps, non ?
‒ Oui, c'est vrai ça ! Pourquoi t'as pas ton appart à toi ? À trente ans passés il serait quand même temps, non ?
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