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✦ Exorium Mémoires d'une toute petite queue XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Mémoires d'une toute petite queue — Chapitre 27

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Exorium
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Mémoires d'une toute petite queue

Chapitre 27

Au magasin Mathilde trônait derrière la caisse.
– Qu'est-ce tu fais là, toi ?
– Je bosse. Ça se voit pas ? Je suis embauchée. Depuis lundi.
– Ben, et moi ?
– Viré. Fallait pas t'absenter. Mais non, oh, fais pas cette tête-là ! Je déconne. Non. Jasmine ouvre une autre boutique. Un truc qu'a fait faillite. Qu'elle a eu pour une bouchée de pain. Toi, tu tiendras ici, elle là-bas et moi je ferai la navette entre les deux. En fonction des besoins. Après faudra voir comment ça va tourner.
– Si je comprends bien tu te mets en ménage avec Jasmine ?
– Je vais habiter avec elle, oui ! Ça t'ennuie ? Tu m'avais dit que…
– Oh, que non ! Vous faites bien ce que vous voulez. Mais est-ce que c'est pas un peu prématuré ? Vous vous connaissez à peine.
– Oui, oh mais ça ! On n'a pas du tout l'intention de se prendre la tête. De s'emprisonner l'un l'autre. C'est le meilleur moyen de se casser la figure.
– T'as pas toujours tenu ce discours.
– J'ai évolué. C'est pour ça : il y a rien de changé pour toi, tu sais ! Vous pourrez vous voir autant que vous voudrez. Continuer à être exactement comme avant tous les deux. C'est pas moi qui y trouverai quoi que ce soit à redire. Au contraire. Au contraire, oui. J'adore ça voir deux mecs ensemble. Je vous ai sous la main. Je vais pas m'en priver. Et, de mon côté, ce serait bien le diable si j'arrivais pas à me dégotter une belle petite nana dont m'occuper devant Jasmine. Je lui dois bien ça. Ah oui, à propos, il y a Estelle qui est passée. Plusieurs fois. Elle a demandé après toi. On a pas mal discuté toutes les deux. Comment elle t'a à la bonne ! C'est rien de le dire. Elle te porte carrément aux nues, oui.
Éva s'est esclaffée.
– Et maintenant qu'est-ce qui va se passer ? Tu sais pas ? Non ? Cherche bien ! Mais oui, tu y es presque. Ben oui, obligé, c'est couru. C'est avec Estelle qu'elle va vouloir offrir le spectacle à Jasmine et, à un moment ou à un autre, d'une façon ou d'une autre, elle va forcément découvrir que Jasmine n'est pas seulement la belle jeune femme qu'elle prétend être. Par ricochet, elle aura obligatoirement des doutes sur ton identité à toi. Des doutes qu'elle voudra lever. Qu'elle finira par lever et, une fois de plus, tu seras grillé.
– Mais qu'est-ce que je peux faire alors ?
– Rien. Absolument rien. La seule solution consisterait à les empêcher de se voir, mais tu n'as ni la personnalité ni l'imagination qui te permettraient d'y parvenir. Non, ce que tu peux faire, c'est reconnaître enfin – ce ne serait pas trop tôt – que tu t'aventures obstinément sur un terrain qui ne relève absolument pas de ton domaine de compétence. Admets une bonne fois pour toutes que je suis – et depuis toujours – le seul pôle réel de stabilité dans ton existence. Et tires-en les conséquences.
* * *
– Ça vous plaît ?
– Je serais difficile.
Estelle avait tenu à m'emmener au restaurant.
– Je vous invite. C'est mon tour.
Et elle avait fait les choses en grand. Cadre raffiné. Cuisine d'exception. Serveurs en livrée.
– Mais dites-moi, là ! La femme qui s'est battue au magasin l'autre fois…
– Mathilde ?
– Mathilde, oui, c'est ça. Elle y travaille maintenant ?
– Comme si tu le savais pas !
– Vous allez pas vous en aller au moins ?
– Tu me regretterais ?
– Oh oui ! Et pas qu'un peu ! Vous savez trop bien me faire honte. Ce que ça a pu me me manquer pendant tous ces jours où vous avez été absente.
– Il n'y en a eu que cinq.
– C'était long.
– Eh bien on va rattraper le temps perdu alors !
– Quand ? Demain ?
– Non, tout de suite.
– Ici ?
– Ici, oui.
Elle a jeté un bref coup d'œil aux occupants à conversations feutrées des tables voisines.
– Mais comment ?
– Oh, c'est très simple, tu vas voir.
Et je l'ai giflée. Une gifle sonore, énergiquement lancée. Un silence soudain. Tous les regards ont convergé vers nous. Curieux, amusés ou réprobateurs. Des fourchettes sont restées suspendues en l'air. Cramoisie, elle a piqué du nez dans son assiette. Autour de nous, lentement, les uns après les autres, les repas ont repris leur cours. Les conversations aussi.
– Tu vois que c'était pas bien compliqué.
– Je m'y attendais pas en plus. C'est mille fois mieux quand on s'y attend pas. Et… c'est la deuxième.
– Tu aimes ça les claques, hein ?
– Quand c'est vous qui les donnez, oui. Mais dites, qu'est-ce que vous croyez qu'ils ont pensé les gens ?
– À ton avis ?
– Je sais pas. Que vous êtes ma sœur. Oui, sûrement. Que c'est vous qui m'avez élevée. Et que, même à mon âge, vous me mettez encore des gifles.
– Que tu acceptes sans broncher.
– On me regarde encore autour ?
– Oui, le couple à droite, près de la fenêtre. Il arrête pas. Et tu les fais beaucoup rire. Et puis une femme au fond. De l'autre côté aussi on parle de toi. Ça fait pas l'ombre d'un doute. Tu sais où sont les toilettes ?
– Oui, faut traverser toute la salle. Et après c'est à droite, au bout du couloir.
– Eh ben tu vas y aller alors.
– Oh non ! J'oserai jamais maintenant.
– Bien sûr que si ! Ou je te remets une gifle. C'est comme tu veux. Tu choisis.
Elle s'est levée.
– Vous êtes diabolique. Comment vous faites pour me comprendre aussi bien ?
* * *
Pierre-Antoine avait une maîtresse.
– Une maîtresse, oui ! Pierre-Antoine ! Tu te rends compte ? J'ai découvert ça avant-hier. Et moi qui culpabilisais ! Quand je pense – non, mais quand je pense – que moi on m'enferme, on m'attache et que lui pendant ce temps-là… Ça, c'est la meilleure. Je suis trop bête, tiens ! Pierre-Antoine ! Tu sais que j'arrivais pas à y croire au début ? Et pourtant si ! Il a une maîtresse. Une rouquine d'une trentaine d'années. Quelconque. Vraiment très quelconque. Tu te retournerais pas dessus dans la rue. Et il la saute. Moi, il y a des mois qu'il m'a pas touchée et il va sauter ça. Grand bien lui fasse. Grand bien leur fasse. Parce que s'il s'y prend avec elle comme il s'y prenait avec moi elle doit pas atteindre le Nirvana tous les jours. Mais tu sais quoi ? Eh bien je m'en fous. Complètement. Pierre-Antoine, il y a belle lurette que j'éprouve plus rien pour lui. Si j'ai jamais vraiment éprouvé quoi que ce soit d'ailleurs. Alors qu'il fasse sa vie de son côté si ça lui chante. Ça m'est parfaitement égal. Mais je peux t'assurer que moi, par contre, maintenant je vais faire la mienne. Et c'est sûrement pas la vieille qui va m'en empêcher.
Éva s'est récriée.
– Bien sûr que si ! Elle est complètement sous sa coupe. Il suffit d'un froncement de sourcils, d'un claquement de doigts, d'un léger haussement de ton pour que Véronique se liquéfie devant elle. Et Pierre-Antoine ou pas, ça va continuer. Il a rien à voir là-dedans, Pierre-Antoine. Il n'a jamais été qu'un prétexte. C'est entre elles deux – et uniquement entre elles deux – que ça se passe.
Il n'y avait personne à la caisse et on riait aux éclats dans la cabine. Estelle y était nue. Mathilde tenait une petite culotte mauve à la main.
– Ah, ça y est ? T'es revenu. Qu'est-ce qu'il t'a dit le toubib ? C'est rien de grave ? Bon, ben je file moi alors, Jasmine m'attend là-bas.
Estelle s'est reculottée.
– Elle est drôlement sympa.
– Elle est sympa, oui, mais méfie-toi quand même !
Elle a ouvert de grands yeux.
– De quoi donc ?
– Je ne veux pas trahir des secrets qui ne m'appartiennent pas, mais elle serait capable de t'entraîner dans de drôles d'histoires.
– Quel genre d'histoires ?
– Je peux pas te dire. J'ai pas le droit. Mais si elle veut t'emmener quelque part. Chez elle. Ou ailleurs. N'accepte pas ! Surtout n'accepte pas !
– Vous êtes jalouse, c'est ça ?
– Ce n'est pas la question !
– Si, vous êtes jalouse, si ! Oh, mais n'ayez pas peur ! Il y a que vous qui savez me faire honte comme il faut.
* * *
– Je divorce. Non, IL divorce. Il m'a tranquillement annoncé ça hier soir entre la poire et le fromage. « Mais vous n'aurez absolument aucun souci financier, Véronique. J'y veillerai. À condition, bien entendu, que vous n'entraviez en rien la procédure. » J'entraverai rien du tout. Qu'il aille donc s'installer avec sa rouquine si ça lui chante. Puisque, à l'évidence, c'est elle qui est derrière tout ça. Oh, elle a su le manœuvrer, va ! Je l'imagine bien se pâmant tant et plus dans ses bras en hoquetant de soi-disant plaisir. Et l'autre, qui a jamais été foutu de faire jouir qui que ce soit, tu penses bien qu'il se sent plus. Et elle a plus qu'à encaisser les bénéfices. Seulement si elle se figure que je vais lui laisser empocher le pactole sans lever le petit doigt ! Je vais être gourmande. Très gourmande. J'ai quand même bien droit à ça après tout ce que j'ai dû supporter pendant toutes ces années, non, tu crois pas ? En attendant il faut que j'envisage ma nouvelle vie. Je vais en faire quoi ? J'en sais rien. C'est encore trop frais, tout ça. Tout est embrouillé dans ma tête. La seule chose dont je sois vraiment sûre c'est que je vais descendre habiter la maison de grand-mère. À condition, évidemment, que tu n'y voies pas d'inconvénient puisqu'elle t'appartient tout autant qu'à moi. Une fois que je serai là-bas, que j'aurai retrouvé mes marques, j'y verrai sans doute beaucoup plus clair. Et je peux te dire qu'il va pas me manquer, Pierre-Antoine. Ah, non alors ! Aussi bizarre que ça puisse paraître, c'est ma belle-mère que je vais regretter. Et pas qu'un peu.
Éva a eu son petit rire haut perché.
– Elle m'aura, moi. Et je peux t'assurer qu'elle perdra pas au change.
– Vous aviez raison pour Mathilde. Elle m'a invitée.
– Ah, tu vois ! Et qu'est-ce que tu vas faire ?
– Je sais pas. Vous m'avez fait peur avec vos histoires. Qu'est-ce que je risque au juste ?
– De te retrouver au milieu de messieurs dont tu auras le plus grand mal à te dépatouiller.
– Oh, mais non ! Il y aura qu'elle et Jasmine, elle m'a dit.
– Libre à toi de la croire.
– Et elle est comme moi, Mathilde. Elle aime pas les hommes.
– Ne te fie pas trop aux apparences ! Tu pourrais bien avoir une sacrée surprise.
– Je sais plus quoi faire, moi, du coup.
– Ce que tu veux, mais je t'aurai prévenue.
– C'est demain en plus que je dois y aller.
– Trouve un prétexte ! Donne-toi au moins le temps de la réflexion.
– Oui, je vais inventer quelque chose. Parce que si c'est pour me retrouver au milieu de tout un tas de bonshommes, merci bien !
* * *
Véronique était installée.
– Enfin, si on veut ! J'attends le gros de mes affaires pour mercredi. Ça se passe plutôt bien avec Pierre-Antoine. Il est convaincu que sa rouquine est totalement désintéressée. Elle n'a pas encore dû oser apparaître sous son vrai jour. Si bien qu'il se montre très généreux avec moi. J'accepte tout. Je signe tout. Je pousse même à la roue de peur qu'il se ravise. Ça devrait être rapidement réglé. Pour le reste, je suis toujours dans le brouillard. Éva passe beaucoup de temps avec moi. Tu la connais : elle est très directive. Plus que ma belle-mère peut-être encore. Différemment. Ce que ma belle-mère voulait, c'était m'empêcher de courir. C'était, pour elle, la seule chose qui comptait. Éva, elle, m'impose de faire, dans tous les domaines, ce qu'elle a décidé que je devais faire. C'est ce dont j'ai besoin. Surtout en ce moment. J'ai besoin d'être une petite fille qui obéit et que son obéissance protège de tous les dangers. Je sais que tu me comprends. Ah, si seulement je pouvais parler un peu avec toi. Et si tu descendais ? Ça doit pas être trop difficile pour toi de te libérer. Essaie ! Allez, viens ! Je t'attends.
Éva a abondé dans son sens.
– Mais oui ! On t'attend ! Et amène cette fameuse Estelle. Qui ne demandera pas mieux. Ça la soustraira aux insistantes sollicitations de Mathilde. Et, pour toi, ça retardera un peu les échéances.
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