Samedi matin. Gare de Metz.
Sept heures dix. Le quai est presque vide. Le TGV est là. Long. Blanc.
Je vais voir ma mère. À Paris. Je porte un manteau long. Une jupe sombre. Courte. Qui s'arrête haut sur mes cuisses. Des bas noirs. Fins. Avec un haut dentelé qui remonte sur la cuisse. Des escarpins. Une petite valise.
Je monte. Voiture 12. Place 34. Côté fenêtre. Je m'installe. Je croise les jambes. Le haut des bas tire. Je regarde par la vitre.
Le train démarre.
Vingt minutes passent.
Mon téléphone vibre.
— Bonjour.
— Je suis dans le train. Voiture 12. Comme toi.
Je me retourne. Ngolo. À cinq rangées. Chemise blanche. Lunettes fines. Un carnet. Il me regarde. Il attend.
— Ne te retourne plus. Regarde devant.
— Quel gage ?
— Tu enlèves ta culotte. Aux toilettes. Maintenant.
— Non.
— Alors je viens m'asseoir à côté de toi. Et je parle. Devant tout le monde.
Je me lève. Je traverse le wagon. Je marche jusqu'aux toilettes. J'entre. Je ferme. Je glisse ma main sous ma jupe. Je baisse. Je dégage. Le long de mes bas. Je la mets dans mon sac. Je rajuste ma jupe. Je remonte mes bas. Je sors.
Je ne retourne pas à ma place. Je continue. Je marche jusqu'à la rangée suivante. Un homme. Soixante-dix ans. Cheveux blancs. Veste de tweed. Un journal. Il est seul. La place en face est libre.
Je m'assois. Face à lui.
Il lève les yeux. Un petit salut. Poli. Il retourne à son journal.
Mon téléphone vibre.
— Bien. Maintenant. Tu croises les jambes. Tu les décroises. Tu les recroises. Lentement. Sans te presser. Tu regardes par la fenêtre. Tu ne regardes pas le monsieur. C'est tout.
Je croise les jambes. Lentement. La gauche sur la droite. Les bas se tendent. Le tissu de la jupe remonte. Juste ce qu'il faut. Je regarde par la fenêtre.
Je décroise. Lentement. Les jambes s'ouvrent. L'air passe. Le tissu retombe. Puis remonte.
Je recroise.
Je décroise encore.
Le train roule. Les roues. Les rails.
Et je le sens.
Son regard.
Il ne lit plus son journal. Il l'a baissé. À peine. Il regarde. Pas mes yeux. Pas mon visage. Il regarde mes jambes. Il regarde mes bas. Il regarde le haut dentelé qui remonte sur ma cuisse. Il suit la ligne. La couture. Le bord. La dentelle. Il remonte. Lentement. Puis il redescend. Puis il remonte encore.
Je ne le regarde pas. Je regarde par la fenêtre. Mais je le vois. Du coin de l'œil. Je le vois. Il a posé son journal. Il a posé ses mains sur ses genoux. Il ne bouge plus. Il regarde. C'est tout.
Je rougis.
Je le sens. Cette chaleur qui monte. Du cou. Aux joues. Cette rougeur que je ne peux pas cacher. Je baisse les yeux. Je regarde mes genoux. Je ne le regarde pas. Je ne peux pas.
Je décroise encore.
Plus lentement. Les jambes qui s'ouvrent. Le tissu qui remonte. Plus haut. Un peu plus haut. Juste un peu. Juste assez.
Et là. Il voit.
Je le sais. Il voit. Il voit ce qu'il n'aurait pas dû voir. Il voit le haut de mes cuisses. Il voit la peau. Il voit l'endroit où les bas s'arrêtent. Il voit l'ombre. Il voit. Et il ne détourne pas les yeux.
Son souffle change. Je l'entends. À peine. Un souffle plus court. Plus sifflant. Il serre les mâchoires. Il serre les poings sur ses genoux. Il ne dit rien. Il ne bouge pas. Mais il regarde.
Et sous son pantalon, quelque chose change.
Je le vois. Du coin de l'œil. Cette bosse. Qui apparaît. Qui grandit. Qui se tend. Il bande. Le monsieur de soixante-dix ans. Il bande. Devant moi. Dans un TGV. À dix heures du matin. Parce qu'il a vu mes cuisses.
Je deviens rouge. Plus rouge. Écarlate. Je le sens. Je regarde par la fenêtre. Je ne le regarde pas. Je ne peux pas. Mais je suis excitée. Terriblement excitée. Cette chose qui monte. Cette chaleur entre mes cuisses. Cette mouille qui perle. Je mouille. Là. Maintenant. Devant ce vieil homme. Parce qu'il me regarde. Parce qu'il bande. Parce qu'il ne dit rien. Parce qu'il ne peut rien faire. Parce que je suis en train de l'exciter. Moi. Sans le toucher. Sans lui parler. Juste en écartant les jambes.
Je décroise encore.
Et cette fois, je ne recroise pas.
Je laisse mes jambes ouvertes. Sous la tablette. Devant lui. Je remonte ma jupe. Doucement. Du bout des doigts. Un centimètre. Deux. Trois. Jusqu'à ce que le haut de mes cuisses soit entièrement visible. Jusqu'à ce qu'on voie tout. Les bas. La peau. L'ombre. L'endroit. Tout.
Il regarde. Il ne peut pas ne pas regarder. Il regarde comme on regarde une chose qu'on n'aurait jamais dû voir. Il regarde comme on regarde une chose qu'on n'oubliera jamais. Il regarde. Et il bande. Et il ne dit rien.
Je glisse ma main sous ma jupe.
Lentement. Sans le regarder. Je la pose sur ma cuisse. Je remonte. Je trouve l'endroit. Je ne fais rien. Je pose juste mes doigts. Là. Sur ma chatte. Devant lui. Et je ne bouge pas.
Il regarde. Il voit ma main. Il voit mes doigts. Il voit où ils sont. Il comprend. Il comprend tout. Il ouvre la bouche. Il la referme. Il ne dit rien.
Et alors je les écarte.
Avec deux doigts. Doucement. Lentement. J'écarte les lèvres. Juste un peu. Juste ce qu'il faut. Pour qu'il voie. Pour qu'il comprenne. Pour qu'il sache. Je les écarte. Et je reste comme ça. Ouverte. Devant lui. Dans un TGV. À dix heures du matin.
Il regarde. Longuement. Sans bouger. Sans respirer. Il regarde. Et il bande. Et il ne dit rien.
Je le regarde. Enfin. Je lève les yeux. Je le regarde. Dans les yeux. Longuement. Il me regarde. Il ne détourne pas. Il ne peut pas. Il est subjugué. Complètement. Absolument. Il est à moi.
Je souris. Un petit sourire. Puis je retire ma main. Je rabaisse ma jupe. Je recroise les jambes. Je regarde par la fenêtre.
Mon téléphone vibre.
— Bien.
Un silence.
— Tu as aimé.
Je ne réponds pas.
Le train ralentit. Paris. Gare de l'Est.
Je me lève. Je prends ma valise. Je ne regarde pas le monsieur. Je passe devant lui. Je descends. Je marche dans la gare. La foule. Les annonces.
Je sors. Je prends un taxi. Je m'assois. Je croise les jambes.
Et je me dis une chose — une seule.
Il a vu. Et il n'oubliera jamais.
Commentaires ()