Chapitre 24 — Pas mercredi
Le premier soir où leur complicité cessa de se cacher derrière le rituel du mercredi fut un vendredi. Trois semaines avaient passé depuis la rupture avec Nina. Elsa ne comptait plus les jours, mais elle savait que la douleur avait changé de texture : moins aiguë, plus mêlée aux habitudes qui revenaient. Jean devait dîner avec Adrien. Cette information n’était plus cachée. Il avait dit à Camille où il allait avant de partir, d’une voix presque trop neutre encore, et Camille lui avait souhaité une bonne soirée. Après son départ, elle resta quelques minutes dans la cuisine puis monta frapper à la chambre d’Elsa. Elle proposa d’aller boire un verre dehors. Rien dans l’invitation ne ressemblait à un remplacement. C’était justement la nouveauté : Jean avait sa soirée, Camille pouvait en avoir une aussi sans fabriquer d’alibi.
Elsa accepta. Lorsqu’elle descendit une demi-heure plus tard, Camille l’attendait dans sa chambre, toujours incapable de choisir une tenue. La robe du samedi précédent pendait à la porte de l’armoire. Sur le lit se trouvaient un pantalon noir, une jupe, deux tops et une robe très simple en satin sombre. Elsa se moqua de la quantité d’options pour un verre dans un bar. Camille lui répondit qu’elle n’avait aucun droit de critiquer puisqu’elle avait désormais pris l’habitude de lui demander ce qu’elle devait porter le mercredi. Le mot les fit sourire mais ne les ramena pas vers la piscine. Camille prit la robe satinée et la tendit à Elsa. « Essaie. »
Elsa ne demanda pas pourquoi. Elle retira son tee-shirt devant Camille, puis son jean. Elle portait une culotte noire et, comme presque toujours désormais, rien sur la poitrine. Elle sentit le regard de Camille avant même de lever les yeux. Il ne cherchait plus à être furtif. Camille regardait sa petite poitrine, les mamelons déjà dressés par la fraîcheur de la chambre, le ventre plat, les longues cuisses. Lorsque Elsa se retourna pour prendre la robe, le regard descendit franchement sur ses fesses. Elle aurait pu plaisanter ; elle préféra laisser le silence exister. Elle passa la robe par la tête. Le satin suivit son corps sans vraiment remplir la poitrine et s’arrêta haut sur les cuisses.
Camille fit le tour d’elle comme si elle évaluait réellement la tenue. Elsa lui demanda si elle comptait lui faire passer un examen. Camille répondit qu’elle vérifiait. « Quoi ? » demanda Elsa. Camille eut un sourire. « Si j’ai choisi correctement. » Elle posa deux doigts sur une bretelle, la raccourcit légèrement, puis lissa le tissu sur la taille. Ses mains s’arrêtèrent une seconde sur les hanches d’Elsa avant de se retirer. Dans le miroir, Elsa vit que Camille ne regardait plus la robe mais son reflet entier.
La ligne de la culotte se devinait légèrement sous le satin. Elsa le remarqua et dit, presque pour plaisanter, que Camille connaissait pourtant la solution à ce problème. La phrase changea l’air de la chambre. Camille regarda son reflet, puis Elsa. « On n’est pas mercredi. » Elsa répondit : « Je sais. » Il y eut un silence. Camille demanda alors, très simplement, si Elsa avait envie de continuer le jeu ce soir-là. La question, parce qu’elle laissait réellement la possibilité de dire non, rendit le oui d’Elsa beaucoup plus net. Elle glissa les doigts sous le côté de la culotte, la fit descendre le long de ses jambes et la posa sur le lit. Camille suivit le mouvement des yeux sans détourner le regard.
Elsa se redressa dans la robe, consciente du satin directement contre sa peau et surtout du fait que Camille savait. Ce secret n’était plus un automatisme de sortie de piscine ; elles venaient de le choisir ici, un vendredi, dans une chambre. Elsa regarda les vêtements de Camille et désigna à son tour une robe noire plus près du corps. « Celle-là. » Camille arqua un sourcil. Elsa ajouta : « Et puisque tu vérifies jusqu’au bout… » Elle ne termina pas. Camille rit doucement, puis commença à se déshabiller.
Elsa la regarda sans aucune tentative de discrétion. Camille retira son haut puis son soutien-gorge. Sa poitrine se libéra avec ce mouvement lourd et naturel qu’Elsa connaissait du vestiaire. Elle ôta ensuite son pantalon, resta en culotte quelques secondes, puis regarda Elsa. Celle-ci ne baissa pas les yeux. Camille fit glisser le dernier vêtement et se retrouva nue devant elle. Elsa suivit la courbe des seins, le ventre, les hanches, le pubis sombre, les cuisses, puis le mouvement des fesses lorsque Camille se retourna pour prendre la robe. Ce n’était plus le regard volé d’une étudiante dans un vestiaire collectif. Camille savait exactement qu’elle était regardée et avait choisi de rester là.
La robe noire avait une fermeture dans le dos. Camille aurait pu la remonter seule jusqu’à la moitié, mais elle se tourna vers Elsa. « Tu m’aides ? » Elsa s’approcha. Elle remonta lentement la fermeture depuis le bas des reins, une main posée sur le tissu pour le maintenir. Ses doigts effleurèrent la peau plusieurs fois avant que le vêtement se referme. Elle rassembla ensuite les cheveux de Camille et ajusta la nuque de la robe. Camille frissonna. « Froid ? » demanda Elsa avec un sourire qu’elle ne parvint pas à cacher. Camille tourna légèrement la tête. « Menteuse », répondit-elle, reprenant un mot qu’elles s’étaient déjà lancé autrement. Elsa rit.
Elles sortirent. Le bar était assez bruyant pour empêcher les conversations trop graves et assez calme pour qu’elles puissent parler. Elles discutèrent de tout sauf d’elles : des cours d’Elsa, d’un patient de Camille, de Londres, d’une absurdité professionnelle de Jean. Le jeu était pourtant présent sous chaque banalité. Elsa sentait parfois le satin se déplacer directement contre sa peau lorsqu’elle croisait les jambes. Elle observait Camille porter la robe qu’elle avait choisie et savait que dessous il n’y avait rien. Ce savoir ne demandait aucune action supplémentaire. Il suffisait à charger les silences.
En rentrant, elles ne montèrent pas immédiatement se changer. Camille ouvrit une bouteille d’eau, Elsa s’assit sur le plan de travail de la cuisine. Elles restèrent encore presque une heure à parler. À un moment, Camille évoqua les anciennes photographies de Jean et demanda si Elsa avait vraiment aimé les voir. Elsa répondit oui. Camille demanda pourquoi. Elsa réfléchit moins longtemps qu’elle ne l’aurait fait quelques mois auparavant. « Parce que c’était toi. » La réponse était simple et ne prétendait rien expliquer. Camille baissa les yeux vers son verre puis les releva. Son regard avait changé.
Plus tard, dans la chambre, Camille demanda encore de l’aide pour la fermeture de la robe. Elsa se plaça derrière elle. Cette fois le geste consistait à déshabiller, pas à préparer une sortie. Elle descendit lentement la fermeture. La peau du dos apparut centimètre après centimètre. Lorsqu’elle atteignit le bas des reins, Camille posa une main sur celle d’Elsa sans l’écarter. Elles restèrent ainsi. Puis Camille se retourna alors qu’Elsa avait encore les doigts près de sa taille.
Leurs visages se trouvèrent très proches. Camille regarda d’abord Elsa dans les yeux, puis sa bouche. Elsa vit le mouvement. Elle sentit le regard redescendre une seconde vers sa poitrine sous le satin, puis revenir. Personne ne pouvait cette fois prétendre qu’il s’agissait d’une coupe à vérifier ou d’un vêtement à choisir. Camille murmura : « Tu me regardes depuis longtemps. » Elsa répondit oui. Il n’y eut ni justification ni plaisanterie.
Camille l’embrassa. Le baiser fut bref, presque prudent, comme si la durée pouvait encore permettre de décider ce qu’il signifiait. Elle se recula de quelques centimètres. Elsa resta immobile une seconde, le cœur trop rapide. Puis elle posa une main sur la joue de Camille et revint vers elle. Le second baiser fut le sien. Plus long, toujours sans précipitation, mais débarrassé de l’hypothèse de l’accident. Lorsque leurs lèvres se séparèrent, aucune ne parla tout de suite.
Elsa pensa à Nina, non comme à une personne qu’elle était en train de tromper mais comme à quelqu’un qu’elle avait réellement aimé et qu’elle refusait de transformer rétrospectivement en obstacle. Cette histoire était terminée depuis plusieurs semaines. Elle lui faisait encore mal parfois. Ce baiser ne l’effaçait pas. Devant elle, Camille respirait plus vite et semblait presque aussi surprise qu’elle. Elle posa son front contre celui d’Elsa, sans chercher un troisième baiser. Dans le couloir, une porte claqua quelque part dans l’immeuble. Le monde continua avec une indifférence parfaite. Entre elles, en revanche, quelque chose venait enfin de devenir impossible à ranger parmi les jeux.
Elles ne cherchèrent pas immédiatement un troisième baiser. Camille garda le front contre celui d’Elsa quelques secondes, puis se recula juste assez pour la regarder. Toutes les plaisanteries possibles semblaient soudain trop faciles. Elsa sentit le satin de la robe contre sa peau, la main qu’elle avait encore posée sur la joue de Camille, et surtout l’étrangeté de découvrir que le geste attendu depuis si longtemps pouvait être à la fois bouleversant et très simple.
Camille murmura qu’il faudrait qu’elle parle à Jean. Pas ce soir, pas avant même de savoir ce qu’elles venaient de faire de ce baiser, mais elle ne voulait pas recommencer le silence dont elle venait précisément de sortir avec lui. Elsa acquiesça. Cette phrase ne refroidit pas le moment ; elle lui donna au contraire un poids réel. Camille n’était pas libre comme une femme sans histoire, Elsa n’était plus avec Nina, et pourtant rien de ce qui les précédait ne disparaissait.
Elsa remonta finalement dans sa chambre avec la robe toujours sur elle. Elle ne se déshabilla pas tout de suite. Assise sur le bord du lit, elle pensa à Nina avec une tristesse douce, puis à Camille quelques mètres plus bas. Elle n’éprouvait ni victoire ni délivrance. Seulement la sensation très nette qu’une frontière avait été franchie parce qu’elles l’avaient toutes les deux choisie. Le lendemain ne serait pas plus simple. Pour la première fois, cela ne lui donna pas envie de revenir en arrière.
Chapitre 25 — Le lendemain
Camille parla à Jean le lendemain du baiser. Elle avait pensé attendre le soir, puis compris que l’attente reproduirait déjà quelque chose du silence qu’ils venaient de décider de ne plus construire. Jean préparait du café lorsqu’elle entra dans la cuisine. Il leva les yeux, vit probablement à son visage que la conversation ne concernait ni un patient ni les courses, et posa la tasse avant même qu’elle parle.
— J’ai embrassé Elsa hier.
Elle n’avait pas prévu une phrase aussi courte. Jean resta parfaitement immobile. Pendant quelques secondes, son visage fut celui qu’il avait au bloc lorsqu’une information imprévue obligeait à revoir tout un plan. Puis cette maîtrise se fendit. — Elsa ? demanda-t-il. Ce n’était pas la présence d’une femme qui le surprenait. Le prénom, lui, avait du poids.
Camille acquiesça. Elle expliqua le vendredi, le verre, les vêtements, le premier baiser qu’elle avait donné et le second qu’Elsa avait choisi. Elle ne chercha pas à enjoliver la scène ni à la diminuer. Rien d’autre ne s’était passé. Jean écouta sans l’interrompre, les deux mains autour de sa tasse désormais oubliée. Lorsqu’elle eut fini, il demanda si Elsa était encore avec Nina. Camille répondit non, depuis plusieurs semaines. La question suivante arriva plus difficilement : — Et toi, tu veux que ça continue ?
Camille regarda la table. — Oui. Je crois. Puis, parce que l’expression lui parut lâche : — Oui.
Jean se leva et marcha jusqu’à la fenêtre. Camille le connaissait assez pour voir la colère dans cette manière trop calme de regarder dehors. Elle lui laissa le temps. Lorsqu’il revint vers elle, il dit que sa première réaction était de vouloir répondre non. Pas au sens d’une permission qu’il aurait le droit de distribuer ; un non animal, jaloux, presque absurde. — C’est très pratique, la jalousie. Elle vous donne l’impression d’avoir raison avant même d’avoir réfléchi. Camille ne sourit pas.
Il prononça ensuite ce qui l’inquiétait réellement. Elsa avait dix-huit ans. Elle vivait sous leur toit. Camille l’avait aidée physiquement au début, l’avait accompagnée à la piscine, lui avait donné une place dans leur quotidien. Douze années les séparaient. Jean ne disait pas que cela rendait tout impossible, mais il refusait de faire semblant que ces différences n’existaient pas. Camille reçut le reproche sans se défendre immédiatement. Elle répondit qu’Elsa n’était pas sa patiente, qu’elle n’avait jamais utilisé son métier pour obtenir quoi que ce soit d’elle et qu’elle avait précisément passé des mois à ne pas franchir la limite. Jean demanda si elle était certaine qu’Elsa saurait dire non. Camille pensa à tous les « non » qu’Elsa lui avait déjà opposés sur d’autres sujets, à sa façon nouvelle de décider pour son corps, puis répondit qu’elle le croyait. — Croire n’est pas savoir, dit Jean. — Je sais, répondit-elle.
Cette prudence de Jean la mit d’abord en colère parce qu’elle ressemblait à une supériorité morale qu’il s’était largement refusée à lui-même pendant trois ans. Elle le lui dit. Jean accepta le coup. — Tu as raison. Je n’ai aucune chaire de fidélité à occuper. Il passa une main sur son visage. — Mais je peux être hypocrite et inquiet en même temps. La franchise désarma Camille davantage qu’une défense.
Il y eut un long silence. Puis Jean demanda si elle avait pensé à leur chambre. Camille comprit aussitôt. — Non. Il hocha la tête. — Je ne pourrais pas. Pas notre lit. La demande n’avait rien d’un décret. Elle ressemblait à une frontière qu’il posait parce qu’il ne savait pas encore où placer le reste. Camille répondit qu’elle n’en avait aucune envie non plus. La chambre représentait trop d’années à eux deux, y compris des années que ni Adrien ni Elsa ne pouvaient simplement remplacer.
Jean se rassit. — Je t’aime bien avec elle, dit-il soudain, puis secoua la tête devant la formulation. — Enfin, je l’aime bien, elle. C’est justement le problème. Si c’était une inconnue, je pourrais la détester tranquillement pendant quelques jours. Camille eut malgré elle un rire bref. Jean poursuivit : Elsa mangeait dans leur cuisine, laissait ses chaussures n’importe où, demandait parfois son avis sur ses cours, lui rappelait par certains côtés la fille très jeune et très intimidée qu’elle était arrivée quelques mois plus tôt. — Et maintenant je dois apprendre qu’elle embrasse ma femme. Tu admettras que le programme du week-end est chargé.
Camille posa sa main sur la sienne. Jean la laissa faire. Il ne lui demanda pas de renoncer. Il ne lui dit pas davantage qu’elle était libre. La liberté n’était pas un cadeau qu’il pouvait lui remettre après Adrien. Il dit seulement qu’il ne voulait plus découvrir les choses par accumulation d’indices. Si elle embrassait Elsa de nouveau, si quelque chose changeait, il voulait qu’elle puisse lui en parler sans devoir produire un dossier. Camille demanda s’il lui raconterait tout avec Adrien. Jean répondit non. L’intimité d’Adrien n’appartenait pas à Camille, comme celle d’Elsa ne lui appartiendrait pas. Ils pouvaient être honnêtes sans tout rendre transparent.
Cette distinction leur parut importante. Leur mariage ne deviendrait pas un poste de contrôle où chacun décrirait les gestes faits ailleurs. Ils voulaient seulement supprimer les faux alibis et les mensonges destinés à maintenir une apparence de normalité. Jean finit son café froid et fit une grimace. Camille, qui avait envie de pleurer depuis le début de la conversation, éclata de rire. Lui aussi. Le rire ne signifiait pas qu’il n’avait pas mal. Il signifiait seulement qu’ils se reconnaissaient encore.
Elsa passa presque toute la journée à éviter la cuisine. Camille lui avait écrit en fin de matinée : « Je lui ai parlé. On parlera quand tu voudras. Ça va. Enfin, ça va comme ça peut aller. » Elsa avait relu le message une dizaine de fois. La connaissance abstraite que Jean savait lui donnait une gêne beaucoup plus concrète que le baiser lui-même. Elle se surprit à descendre l’escalier, entendre une voix masculine et remonter sous prétexte d’avoir oublié quelque chose.
En fin d’après-midi, elle n’eut plus le choix. Elle avait faim. Jean était seul dans la cuisine, devant son ordinateur. Il leva les yeux lorsqu’elle entra. Elsa faillit dire bonsoir avec un naturel si forcé qu’il aurait été comique. Jean ferma l’écran.
— Je ne vais pas te faire passer un oral.
Elsa resta près de la porte. — Camille m’a dit que vous aviez parlé.
— Oui.
Le silence qui suivit fut atroce pendant environ trois secondes. Puis Jean désigna le placard. — Si tu continues à éviter la cuisine, tu vas mourir de faim et je vais avoir un problème administratif sur les bras. Elsa rit malgré elle. Elle prit un verre d’eau uniquement pour se donner une occupation.
Jean reprit plus sérieusement. Il n’allait pas lui demander ce qu’elle ne ressentait ni ce qu’elle comptait faire. Il voulait seulement lui dire deux choses. La première : il était jaloux. Elsa baissa les yeux. Jean ajouta aussitôt que cette jalousie ne lui donnait aucun droit particulier et qu’il serait assez ridicule d’utiliser maintenant la fidélité comme un principe à sens unique. La seconde : il aimait bien Elsa. — Ce qui ne simplifie rien.
Elsa releva la tête. Jean avait l’air fatigué, pas hostile. Il dit qu’il ne voulait surtout pas devenir dans sa tête « le mari affreux qu’il faut contourner » pour rendre l’histoire plus confortable. Il avait fait du mal à Camille avec Adrien ; cela ne l’obligeait pas à devenir un méchant utile. Elsa répondit qu’elle ne le voyait pas ainsi. Elle pensa à leurs conversations, à son humour, à la manière dont il embrassait encore Camille en partant travailler, aux photographies anciennes qu’il avait faites d’elle. — Je sais, dit Jean. — C’est bien pour ça que c’est compliqué.
Avant de rouvrir son ordinateur, il ajouta seulement : — Elle tient à toi. Fais attention à elle. Et à toi. Elsa répondit qu’elle essaierait. Jean leva un sourcil. — Formulation de chirurgien : personne ne signe jamais pour le résultat. La plaisanterie remit entre eux assez de normalité pour qu’Elsa ose finalement chercher quelque chose à manger.
Camille rentra une heure plus tard. Elle trouva Elsa dans l’escalier entre l’appartement et la chambre sous les toits. Elles s’arrêtèrent à deux marches de distance. Aucun vêtement choisi, aucune piscine, aucun jeu. Camille demanda si Jean lui avait parlé. Elsa acquiesça. — Tu veux que je m’excuse ? demanda Camille. Elsa secoua la tête. — Non. J’ai surtout envie de t’embrasser.
Cette franchise les surprit toutes les deux. Camille monta les deux marches. Le baiser fut différent de ceux de la veille : plus assuré, moins étonné, mais encore retenu par tout ce qu’elles savaient maintenant. Elsa posa les mains sur la taille de Camille. Camille glissa les siennes dans son dos et la rapprocha. Leurs corps se touchèrent franchement pour la première fois avec un désir reconnu. Elsa sentit la poitrine de Camille contre elle, la chaleur de son ventre, et son souffle changea.
Camille rompit le baiser avant que l’escalier ne devienne une mauvaise idée. Elle posa son front contre celui d’Elsa. — Pas ici. Elsa sourit. — Jean a interdit l’escalier ? Camille rit. — Non. Moi. Puis elle l’embrassa encore, plus brièvement, et descendit. Elsa resta quelques secondes au milieu des marches. Le fait que Jean sache n’avait pas rendu les choses faciles. Il avait supprimé une cachette. Et, étrangement, cette absence de secret rendait le désir plus net.
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