Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Si jolie — Chapitre 13
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Si jolie
Chapitre 13
Le lendemain matin, pendant qu'elles prenaient leur petit déjeuner, Margaux remarqua l'air préoccupé de Claire. Elle se préparait à lui en demander la raison lorsque Claire la devança.
— Je me demandais ce que tu comptais faire quand le confinement sera terminé.
— A quel point de vue ?
— Tu comptes retourner dormir chez ta mamie ?
— Ben… je pensais que, si tu veux bien, je pourrais… peut-être… rester dormir ici ; non ?
— J'espérais bien que tu allais répondre ça.
— A quel point de vue ?
— Tu comptes retourner dormir chez ta mamie ?
— Ben… je pensais que, si tu veux bien, je pourrais… peut-être… rester dormir ici ; non ?
— J'espérais bien que tu allais répondre ça.
Claire eut un petit rire de gorge puis regarda Margaux en souriant tendrement.
— Je vais pouvoir continuer à profiter de ma petite bouillotte pour me tenir chaud la nuit.
Puis, reprenant son sérieux.
— Donc, tu t'installes ici définitivement ?
— Oui ! Jusqu'au jour où on décidera de s'installer ensemble ailleurs.
— D'accord ! mais, à court terme, la question est de savoir ce que tu vas dire à ta mamie. Je te rappelle qu'elle ne sait rien de notre relation. Il va falloir que tu te décides à lui en parler. Elle va bientôt être la seule de la région à ne pas être au courant. Si elle apprend notre liaison par quelqu'un d'autre avant que tu lui en aies parlé, elle risque de le prendre très mal.
— Je comptais en parler d'abord à mes parents, juste avant les vacances, mais ce satané Covid a tout fichu par terre.
— C'est à toi de décider comment tu t'y prends mais il faut que ce soit toi qui préviennes ta tante Alice et personne d'autre.
— Tu as raison. Je vais prévenir mes parents d'ici la fin du confinement et, tout de suite après, j'en parle à Mamie.
— C'est toi qui vois.
— Ce qui m'ennuie le plus, c'est que Mamie a dépensé plein d'argent pour réaménager ma nouvelle chambre et que je l'aurai utilisée à peine deux mois.
— Rien ne nous interdira de continuer à l'utiliser de temps en temps comme au début de l'année. Quand on n'aura pas besoin d'internet ou qu'on aura fini de l'utiliser, on peut aller dîner avec ta mamie et rester dormir le soir. Je suis sûre qu'elle en serait ravie et que Mamounette le serait aussi. Parce-que, je ne sais pas si tu as remarqué mais, jusqu'à présent , chaque fois qu'on a passé la soirée là-bas, Mamounette était là. Je suis sûre que ta mamie lui téléphone chaque fois pour la prévenir.
— C'est normal, mamie sait que Muriel tient énormément à toi. Et puis, elles se voient très souvent. D'ailleurs, une des chambres est pour Muriel.
— Oui ! Jusqu'au jour où on décidera de s'installer ensemble ailleurs.
— D'accord ! mais, à court terme, la question est de savoir ce que tu vas dire à ta mamie. Je te rappelle qu'elle ne sait rien de notre relation. Il va falloir que tu te décides à lui en parler. Elle va bientôt être la seule de la région à ne pas être au courant. Si elle apprend notre liaison par quelqu'un d'autre avant que tu lui en aies parlé, elle risque de le prendre très mal.
— Je comptais en parler d'abord à mes parents, juste avant les vacances, mais ce satané Covid a tout fichu par terre.
— C'est à toi de décider comment tu t'y prends mais il faut que ce soit toi qui préviennes ta tante Alice et personne d'autre.
— Tu as raison. Je vais prévenir mes parents d'ici la fin du confinement et, tout de suite après, j'en parle à Mamie.
— C'est toi qui vois.
— Ce qui m'ennuie le plus, c'est que Mamie a dépensé plein d'argent pour réaménager ma nouvelle chambre et que je l'aurai utilisée à peine deux mois.
— Rien ne nous interdira de continuer à l'utiliser de temps en temps comme au début de l'année. Quand on n'aura pas besoin d'internet ou qu'on aura fini de l'utiliser, on peut aller dîner avec ta mamie et rester dormir le soir. Je suis sûre qu'elle en serait ravie et que Mamounette le serait aussi. Parce-que, je ne sais pas si tu as remarqué mais, jusqu'à présent , chaque fois qu'on a passé la soirée là-bas, Mamounette était là. Je suis sûre que ta mamie lui téléphone chaque fois pour la prévenir.
— C'est normal, mamie sait que Muriel tient énormément à toi. Et puis, elles se voient très souvent. D'ailleurs, une des chambres est pour Muriel.
*****
Pour les deux jeunes filles, cette période de confinement fut une période de rêve malgré les difficultés de la situation. Leur bonheur les rendait égoïstes et c'était tout juste si elles se préoccupaient de l'actualité. Elle vivaient entre parenthèses, ne s'occupant que d'elles-mêmes et repoussant à plus tard les décisions à prendre et les problèmes à résoudre. C'était un peu comme si elles étaient en voyage de noces ; un voyage de noces en chambre.
Pour les deux jeunes filles, cette période de confinement fut une période de rêve malgré les difficultés de la situation. Leur bonheur les rendait égoïstes et c'était tout juste si elles se préoccupaient de l'actualité. Elle vivaient entre parenthèses, ne s'occupant que d'elles-mêmes et repoussant à plus tard les décisions à prendre et les problèmes à résoudre. C'était un peu comme si elles étaient en voyage de noces ; un voyage de noces en chambre.
Cependant, tout a une fin et elles virent bientôt poindre le moment du déconfinement. Il allait falloir se décider à révéler aux parents de Margaux puis à sa grand-tante les liens d'amour qui les unissaient. Margaux opta pour le mail. C'était plus rapide que le courrier. C'était, d'autre-part, plus facile que le téléphone compte tenu du décalage horaire et surtout, cela lui évitait de prendre son père de front. Il était capable, parfois, d'être très gentil mais il n'en était pas moins très autoritaire, même avec son épouse, et ne tolérait pas qu'on lui résiste quand il avait pris une décision. Margaux réfléchit longuement avant de rédiger son message.
”Cher papa, chère maman, je vous écris ce message pour vous donner des nouvelles. Je tiens à vous rassurer tout de suite, tout va bien. Le déconfinement est annoncé pour début mai et la fin de cette première année d'études approche à grand pas.
Grâce à mon amie Claire avec qui je travaille en binôme et dont j'ai déjà eu l'occasion de vous parler, j'ai pu continuer à travailler d'arrache-pied pendant la période de confinement et les examens qui se profilent devraient n'être qu'une formalité si tout se passe normalement.
Claire est une fille extrêmement sérieuse et ses résultats scolaires le prouvent. Elle aussi a eu son baccalauréat scientifique avec mention très bien et notre collaboration est extrêmement fructueuse. C'est aussi une fille adorable que vous trouveriez charmante si vous la connaissiez.
A ce propos, il faut que je vous confie un secret que j'ai jusqu'à présent gardé au fond de mon cœur le temps d'être certaine de mes sentiments, de nos sentiments réciproques, devrais-je dire : J'aime et je suis aimée. Je parle de Claire, bien entendu. Je sais que cette situation est inhabituelle et a pu choquer à une époque heureusement révolue. C'est la raison pour laquelle j'ai bien réfléchi avant de vous en parler. Vous connaissez le sérieux avec lequel j'ai toujours géré ma personne depuis que j'ai acquis mon autonomie et j'espère que vous saurez où se trouve mon bonheur. Il est avec Claire, je vous le certifie.
Je vous embrasse tendrement. Je vous aime. Margaux.
P.S. : Je vous communiquerai les résultats de mes examens au fur et à mesure de leur sortie. Je suis certaine qu'il n'y aura que de bonnes nouvelles. ”.
Le lendemain même, Margaux reçut un message de réponse de son père.
”Ma petite Margaux, j'ai bien reçu ton message et je t'en remercie. Nous sommes heureux d'apprendre que tu as pu échapper à la pandémie. Rassure-toi, nous ne t'en voulons absolument pas de l'aveu que tu nous as fait. Ce qui t'arrive est tout à fait naturel et n'a rien de bien nouveau. Nous aussi, nous avons été jeunes et avons appris à accepter avec indulgence ces petites incartades sans grandes conséquences surtout entre jeunes filles encore naïvement romantiques. Quand nous avons accepté que tu restes en France au lieu de nous suivre en Nouvelle Calédonie, nous n'avons pas assez tenu compte de ta jeunesse et de ta fragilité que nous avons certainement sous-estimées. Ce qui t'arrive est de notre faute et nous prouve que tu as encore besoin de ton papa et de ta maman. Ne t'en fais pas, nous prenons les choses en main. Tu recevras bientôt un billet d'avion pour nous rejoindre à Nouméa où tu pourras oublier bien vite toutes ces bêtises dont tu seras certainement la première à rire.
Affectueusement, Ton père. ”.
Margaux, consternée, lut et relut plusieurs fois le message avant de le montrer à Claire. Celle-ci la regarda stupéfaite.
P.S. : Je vous communiquerai les résultats de mes examens au fur et à mesure de leur sortie. Je suis certaine qu'il n'y aura que de bonnes nouvelles. ”.
Le lendemain même, Margaux reçut un message de réponse de son père.
”Ma petite Margaux, j'ai bien reçu ton message et je t'en remercie. Nous sommes heureux d'apprendre que tu as pu échapper à la pandémie. Rassure-toi, nous ne t'en voulons absolument pas de l'aveu que tu nous as fait. Ce qui t'arrive est tout à fait naturel et n'a rien de bien nouveau. Nous aussi, nous avons été jeunes et avons appris à accepter avec indulgence ces petites incartades sans grandes conséquences surtout entre jeunes filles encore naïvement romantiques. Quand nous avons accepté que tu restes en France au lieu de nous suivre en Nouvelle Calédonie, nous n'avons pas assez tenu compte de ta jeunesse et de ta fragilité que nous avons certainement sous-estimées. Ce qui t'arrive est de notre faute et nous prouve que tu as encore besoin de ton papa et de ta maman. Ne t'en fais pas, nous prenons les choses en main. Tu recevras bientôt un billet d'avion pour nous rejoindre à Nouméa où tu pourras oublier bien vite toutes ces bêtises dont tu seras certainement la première à rire.
Affectueusement, Ton père. ”.
Margaux, consternée, lut et relut plusieurs fois le message avant de le montrer à Claire. Celle-ci la regarda stupéfaite.
— C'est incroyable ! Ils sont dans le déni le plus total. S'ils exprimaient de la colère ou même simplement de la réprobation, on pourrait comprendre mais, là, c'est comme si notre histoire n'existait pas ; comme si JE n'existais pas. Un simple fait divers qu'on oublie en tournant la page.
— Ils veulent que je les rejoigne en Nouvelle Calédonie.
— Oui, comme chaque fois. C'est la seule chose qui leur importe : que tu abandonnes tes études et que tu les rejoignes.
— C'est vrai, mon père a une idée très précise de la personne qu'il veut me voir épouser et il n'en démordra pas.
— Là, il va plus loin. Ce billet d'avion, c'est une façon de te forcer la main.
— Il faut que je leur fasse comprendre qu'ils doivent prendre notre relation au sérieux et qu'il n'est pas question que celle-ci prenne fin. D'autre part je ferai tout pour continuer mes études de médecine. S'ils doivent me couper les vivres, j'aurai sans doute des difficultés à poursuivre mes études mais, si je cédais, je les abandonnerais carrément. Je vais leur répondre en ce sens.
— Ils veulent que je les rejoigne en Nouvelle Calédonie.
— Oui, comme chaque fois. C'est la seule chose qui leur importe : que tu abandonnes tes études et que tu les rejoignes.
— C'est vrai, mon père a une idée très précise de la personne qu'il veut me voir épouser et il n'en démordra pas.
— Là, il va plus loin. Ce billet d'avion, c'est une façon de te forcer la main.
— Il faut que je leur fasse comprendre qu'ils doivent prendre notre relation au sérieux et qu'il n'est pas question que celle-ci prenne fin. D'autre part je ferai tout pour continuer mes études de médecine. S'ils doivent me couper les vivres, j'aurai sans doute des difficultés à poursuivre mes études mais, si je cédais, je les abandonnerais carrément. Je vais leur répondre en ce sens.
Elle rédigea donc un nouveau message.
”Cher papa, chère maman, j'ai bien reçu votre message et je vous en remercie. Le ton que vous utilisez et la bonté que vous me manifestez me vont droit au cœur et me laissent espérer que j'arriverai à vous convaincre de la pureté et du sérieux de ma démarche.
”Cher papa, chère maman, j'ai bien reçu votre message et je vous en remercie. Le ton que vous utilisez et la bonté que vous me manifestez me vont droit au cœur et me laissent espérer que j'arriverai à vous convaincre de la pureté et du sérieux de ma démarche.
Comme vous avez pu vous en rendre compte, cela fait déjà de nombreuses années que je rêve d'être médecin. J'ai toujours été une élève sérieuse et mes résultats scolaires en témoignent, mais mon rêve a toujours été et continue à être le plus puissant moteur de ma réussite. On appelle ça la vocation et, chez moi, elle est particulièrement bien enracinée.
J'ai été jusqu'ici discrète sur la relation que j'entretiens avec Claire. D'abord parce-que je voulais être sûre de nos sentiments réciproques avant de les étaler au grand jour ; d'autre part, je voulais pouvoir prouver que notre relation, loin d'être un obstacle à ma réussite scolaire, en était, elle aussi, un moteur important.
J'ai fait la connaissance de Claire le premier jour de la rentrée universitaire et nous sommes devenues immédiatement amies. Cette amitié s'est très rapidement transformée en une affection sincère puis en amour. Nous nous sommes déclaré notre amour il y a maintenant plus de six mois et je peux affirmer que, loin d'être un simple feu de paille, il n'a cessé d'aller en grandissant. Nous nous aimons d'un amour sincère et serein et bénissons chaque jour le merveilleux hasard qui nous a fait nous rencontrer.
S'il vous plait ! N'essayez pas de m'obliger à sacrifier mon amour et ma vocation pour vous rejoindre à Nouméa. C'est au-dessus de mes forces.
Je vous embrasse tendrement. Votre fille Margaux. ”.
Le lendemain même, Margaux reçut un nouveau message de son père. Très sec, il ne comportait ni introduction, ni formule de politesse.
”Tu as exactement deux jours pour me confirmer que tu es décidée à m'obéir. Si c'est le cas, ton billet d'avion te sera envoyé à l'adresse que tu voudras bien m'indiquer. Si ce n'est pas le cas, je refuse de participer financièrement plus longtemps à cette minable petite comédie. J'ai mieux à faire qu'à dépenser mon argent pour quelqu'un qui ne le mérite pas.”.
Je vous embrasse tendrement. Votre fille Margaux. ”.
Le lendemain même, Margaux reçut un nouveau message de son père. Très sec, il ne comportait ni introduction, ni formule de politesse.
”Tu as exactement deux jours pour me confirmer que tu es décidée à m'obéir. Si c'est le cas, ton billet d'avion te sera envoyé à l'adresse que tu voudras bien m'indiquer. Si ce n'est pas le cas, je refuse de participer financièrement plus longtemps à cette minable petite comédie. J'ai mieux à faire qu'à dépenser mon argent pour quelqu'un qui ne le mérite pas.”.
Margaux, catastrophée montra le message à Claire.
— Cette fois c'est grave. Si mon père met sa menace à exécution, je vais perdre ma seule ressource financière. Non seulement je n'aurai pas les moyens de poursuivre mes études à la rentrée mais je n'aurai même pas de quoi vivre d'ici là. Il faut que je trouve un boulot d'urgence.
— Attends ! Ne nous précipitons pas. Il n'est pas question que tu rates tes examens parce-que tu vas te mettre à chercher un boulot au lieu de les préparer. Se mettre à chercher un boulot, c'est un travail à plein temps surtout par les temps qui courent. On va se débrouiller avec la somme que me versent mes parents chaque mois en attendant la fin des examens. Ensuite, on recherchera toutes les deux un boulot.
— C'est gentil, mais je ne veux pas que tu mettes en péril tes études à cause d'un problème qui ne te concerne pas.
— Ah bon ? Ta vie ne me concerne pas ? Ça n'est pas très gentil ce que tu me dis là !
— Mais non, ma douce ! Ma vie te concerne, bien entendu ! Ce que je veux dire, c'est que tu n'es pas responsable de l'attitude de mes parents.
— Tu n'en es pas plus responsable que moi. Quant à la situation dans laquelle nous nous trouvons, j'en suis aussi responsable que toi. Que je sache, tu ne m'as pas mis le grappin dessus. C'est plutôt le contraire qui s'est passé, si je me souviens bien. Bon ! Pour l'instant, je crois qu'il faut tout de même que tu lui fasses une réponse.
— Pour lui dire quoi ?
— Pour lui demander de revenir sur sa décision. On ne sait jamais. Peut-être qu'il bluffe pour te faire plier. Et puis tu peux lui demander un délai, le temps de passer tes examens et de chercher un emploi. Ça ne te coûte rien d'essayer.
— Attends ! Ne nous précipitons pas. Il n'est pas question que tu rates tes examens parce-que tu vas te mettre à chercher un boulot au lieu de les préparer. Se mettre à chercher un boulot, c'est un travail à plein temps surtout par les temps qui courent. On va se débrouiller avec la somme que me versent mes parents chaque mois en attendant la fin des examens. Ensuite, on recherchera toutes les deux un boulot.
— C'est gentil, mais je ne veux pas que tu mettes en péril tes études à cause d'un problème qui ne te concerne pas.
— Ah bon ? Ta vie ne me concerne pas ? Ça n'est pas très gentil ce que tu me dis là !
— Mais non, ma douce ! Ma vie te concerne, bien entendu ! Ce que je veux dire, c'est que tu n'es pas responsable de l'attitude de mes parents.
— Tu n'en es pas plus responsable que moi. Quant à la situation dans laquelle nous nous trouvons, j'en suis aussi responsable que toi. Que je sache, tu ne m'as pas mis le grappin dessus. C'est plutôt le contraire qui s'est passé, si je me souviens bien. Bon ! Pour l'instant, je crois qu'il faut tout de même que tu lui fasses une réponse.
— Pour lui dire quoi ?
— Pour lui demander de revenir sur sa décision. On ne sait jamais. Peut-être qu'il bluffe pour te faire plier. Et puis tu peux lui demander un délai, le temps de passer tes examens et de chercher un emploi. Ça ne te coûte rien d'essayer.
Margaux éperdue se jeta dans les bras de Claire.
— Qu'est-ce que je ferais sans toi !
— Sans moi, tu n'aurais pas tous ces problèmes, mon ange.
— Sans moi, tu n'aurais pas tous ces problèmes, mon ange.
Margaux rédigea donc un ultime message à destination de son père.
”Cher papa, j'ai lu ton dernier message avec beaucoup de tristesse. Ta décision de me couper les vivres est un coup dur pour moi à la fois sur le plan matériel, car j'ai besoin de ressources financières pour poursuivre mes études, et sur le plan affectif, car j'ai le sentiment d'avoir perdu l'affection dont j'espérais encore bénéficier de ta part.
”Cher papa, j'ai lu ton dernier message avec beaucoup de tristesse. Ta décision de me couper les vivres est un coup dur pour moi à la fois sur le plan matériel, car j'ai besoin de ressources financières pour poursuivre mes études, et sur le plan affectif, car j'ai le sentiment d'avoir perdu l'affection dont j'espérais encore bénéficier de ta part.
Je n'ai pas d'arguments supplémentaires pour te faire changer d'avis. Je me contenterai donc de te prier humblement de revenir sur ta décision.
A défaut, te serait-il possible de la retarder de quelques mois pour me permettre de trouver un travail, ce qui, tu t'en doutes, ne se fait pas facilement.
Je t'embrasse tristement. J'espère en avoir encore le droit.
Ta fille, Margaux.”.
Margaux ne s'attendait guère à un revirement de la part de son père. A la rigueur, peut-être accepterait-il un délai pour lui laisser le temps de se retourner. Elle attendait donc avec beaucoup d'anxiété et fort peu d'espoir le prochain, et peut-être dernier message de son père. Cependant, alors que le dernier message qu'elle avait envoyé datait du lundi, la fin de semaine arriva sans qu'elle ait reçu de réponse. Elle ne savait pas comment interpréter cette absence de réponse. Bon signe ou mauvais signe ? Son père, mis au pied du mur par le refus de sa fille d'obtempérer, hésitait il à mettre à exécution une menace qui avait seulement pour but de la faire céder ? Ou alors, au contraire, avait-il déjà pris ses dispositions et ne voyait pas l'intérêt d'une réponse ?
A défaut, te serait-il possible de la retarder de quelques mois pour me permettre de trouver un travail, ce qui, tu t'en doutes, ne se fait pas facilement.
Je t'embrasse tristement. J'espère en avoir encore le droit.
Ta fille, Margaux.”.
Margaux ne s'attendait guère à un revirement de la part de son père. A la rigueur, peut-être accepterait-il un délai pour lui laisser le temps de se retourner. Elle attendait donc avec beaucoup d'anxiété et fort peu d'espoir le prochain, et peut-être dernier message de son père. Cependant, alors que le dernier message qu'elle avait envoyé datait du lundi, la fin de semaine arriva sans qu'elle ait reçu de réponse. Elle ne savait pas comment interpréter cette absence de réponse. Bon signe ou mauvais signe ? Son père, mis au pied du mur par le refus de sa fille d'obtempérer, hésitait il à mettre à exécution une menace qui avait seulement pour but de la faire céder ? Ou alors, au contraire, avait-il déjà pris ses dispositions et ne voyait pas l'intérêt d'une réponse ?
La réponse vint de tante Alice le vendredi en milieu d'après-midi. Alors que Margaux avait eu sa mamie au téléphone le matin même et que tout semblait aller bien, celle-ci la rappela aux environs de seize heures. La première pensée qui vint à l'esprit de la jeune fille en voyant ”Mamie” s'afficher sur son smartphone fut qu'une des deux femmes avait attrapé le virus.
— Allo, Mamie ? Tout va bien ?
— Non !
— Non !
Alice avait l'air très énervée au téléphone.
— J'ai reçu un recommandé avec accusé de réception de ton père. Je veux te voir dès demain pour qu'on s'explique. J'ai des dispositions à prendre.
— Ça n'est peut-être pas très prudent que je vienne chez toi, Mamie.
— Tu as le covid ?
— Eh bien non, je ne crois pas ! On n'a pas mis les pieds dehors.
— Maintenant on peut de nouveau sortir. Je t'attends demain en début d'après-midi.
— Claire peut m'accompagner ?
— Évidemment ! A moins que tu préfères venir à pied.
— Bon, alors à demain Mamie.
— A demain.
— Ça n'est peut-être pas très prudent que je vienne chez toi, Mamie.
— Tu as le covid ?
— Eh bien non, je ne crois pas ! On n'a pas mis les pieds dehors.
— Maintenant on peut de nouveau sortir. Je t'attends demain en début d'après-midi.
— Claire peut m'accompagner ?
— Évidemment ! A moins que tu préfères venir à pied.
— Bon, alors à demain Mamie.
— A demain.
Claire qui avait tout entendu, ne put s'empêcher de remarquer.
A trop vouloir temporiser, tu vas perdre sur tous les tableaux. Ton père te coupe les vivres et ce n'est pas toi qui auras prévenu ta mamie de notre relation. Tu aurais mieux fait de lui en parler tout de suite. En plus, tu as mis Mamounette dans une situation impossible en te confiant à elle tout en comptant sur sa discrétion alors que ta tante Alice est sa meilleure amie.
A trop vouloir temporiser, tu vas perdre sur tous les tableaux. Ton père te coupe les vivres et ce n'est pas toi qui auras prévenu ta mamie de notre relation. Tu aurais mieux fait de lui en parler tout de suite. En plus, tu as mis Mamounette dans une situation impossible en te confiant à elle tout en comptant sur sa discrétion alors que ta tante Alice est sa meilleure amie.
— Tu crois que Mamie va me renier, elle aussi ? Elle n'avait pas l'air contente au téléphone.
— Nous ignorons ce qu'elle pense de l'homosexualité féminine et je me vois mal lui expliquer que, bien qu'on couche ensemble, ça n'a rien à voir avec l'homosexualité. Ceci étant, elle t'aime beaucoup et je serais très étonnée qu'elle ait une réaction du même type que celle de ton père. Attend-toi tout de même à un savon.
— Alors finalement, tu penses qu'on est homosexuelles ?
— Je n'en sais rien et je m'en fiche un peu. Peut-être que j'étais une homosexuelle qui s'ignorait ou peut-être que je suis juste ”Margaux sexuelle”, quelle importance ? Ce qui est important, c'est que je t'aime, que je veux vivre avec toi, que je veux dormir avec toi et faire l'amour avec toi. Mais, une chose est certaine : Je n'ai plus le même regard qu'avant sur l'homosexualité. Ce n'est pas un comportement déviant, c'est simplement un choix minoritaire. Et toi ?
— Je ne sais pas trop. Je n'ai jamais vraiment connu de garçon. Je n'ai donc pas de point de comparaison. La seule personne qui compte pour moi c'est toi. Ceci étant, je me sens peut être plus à l'aise avec une fille, c'est vrai, mais je crois que c'est plus de la timidité qu'autre chose. Mais, quoi qu'il en soit, je refuse d'être mise dans une case. Je ne suis pas Margaux l'homo ou la bi ou je ne sais pas quoi d'autre. Je suis Margaux Chastelain, étudiante en médecine et amoureuse de Claire, avec qui je vis.
— Nous ignorons ce qu'elle pense de l'homosexualité féminine et je me vois mal lui expliquer que, bien qu'on couche ensemble, ça n'a rien à voir avec l'homosexualité. Ceci étant, elle t'aime beaucoup et je serais très étonnée qu'elle ait une réaction du même type que celle de ton père. Attend-toi tout de même à un savon.
— Alors finalement, tu penses qu'on est homosexuelles ?
— Je n'en sais rien et je m'en fiche un peu. Peut-être que j'étais une homosexuelle qui s'ignorait ou peut-être que je suis juste ”Margaux sexuelle”, quelle importance ? Ce qui est important, c'est que je t'aime, que je veux vivre avec toi, que je veux dormir avec toi et faire l'amour avec toi. Mais, une chose est certaine : Je n'ai plus le même regard qu'avant sur l'homosexualité. Ce n'est pas un comportement déviant, c'est simplement un choix minoritaire. Et toi ?
— Je ne sais pas trop. Je n'ai jamais vraiment connu de garçon. Je n'ai donc pas de point de comparaison. La seule personne qui compte pour moi c'est toi. Ceci étant, je me sens peut être plus à l'aise avec une fille, c'est vrai, mais je crois que c'est plus de la timidité qu'autre chose. Mais, quoi qu'il en soit, je refuse d'être mise dans une case. Je ne suis pas Margaux l'homo ou la bi ou je ne sais pas quoi d'autre. Je suis Margaux Chastelain, étudiante en médecine et amoureuse de Claire, avec qui je vis.
Lorsque Margaux, accompagnée de Claire se présenta chez sa tante, elle ne se sentait pas très fière. Pourtant, depuis la veille, Claire s'était montrée encore plus tendre que d'habitude, multipliant petites attentions, câlins et mots d'amour. Elle avait insisté sur le fait que Margaux n'avait plus besoin d'une chambre chez sa mamie puisque, dorénavant, elles vivaient ensemble. Pourtant, elles savaient bien toutes les deux que ce qui était en cause, c'était l'affection que la vieille dame lui portait jusque-là et que la jeune fille craignait d'avoir perdu.
En arrivant devant la villa, elle remarqua le mendiant qui était revenu et se trouvait à sa place habituelle. Il avait réchappé à l'hiver et au Covid. Elle voulut y voir un bon signe.
Bien qu'ayant les clefs, elle préféra sonner et attendre qu'on lui ouvre. Ce fut Muriel qui vint ouvrir et qui la regarda d'un air un peu étonné.
En arrivant devant la villa, elle remarqua le mendiant qui était revenu et se trouvait à sa place habituelle. Il avait réchappé à l'hiver et au Covid. Elle voulut y voir un bon signe.
Bien qu'ayant les clefs, elle préféra sonner et attendre qu'on lui ouvre. Ce fut Muriel qui vint ouvrir et qui la regarda d'un air un peu étonné.
— Tu as oublié tes clefs ?
En réponse, Margaux se contenta de chuchoter.
— Comment va Mamie ?
— Ça va mieux, mais la lettre de ton père lui a fait un choc. Elle est dans le séjour. Je ne vous embrasse pas à cause du covid mais le cœur y est.
— Ça va mieux, mais la lettre de ton père lui a fait un choc. Elle est dans le séjour. Je ne vous embrasse pas à cause du covid mais le cœur y est.
Lorsqu'elles pénétrèrent dans le séjour, elles y trouvèrent Alice assise dans un des fauteuils faisant face à la banquette dans la partie salon. Elle leur fit un petit signe de la main.
— Pas de bisous à cause du covid. Installez-vous sur la banquette.
Le ton restait relativement aimable mais l'air était plutôt sévère. Elle entra tout de suite dans le vif du sujet.
— J'ai reçu hier, en fin de matinée une lettre de ton père. Il a jugé bon de l'envoyer en recommandé avec accusé de réception, sans doute pour lui donner un caractère officiel. En voici le contenu :
”Très chère tante Alice, c'est avec honte et colère que je vous écris cette lettre. Honte parce-que mon manque de vigilance va vous causer une grande déception, colère parce-que l'attitude de ma fille Margaux va couvrir notre famille d'une tache indélébile qui ternira vos vieux jours et nuira à une carrière que je m'étais jusqu'ici efforcé de mener de manière irréprochable.
Je ne sais pas comment présenter les choses alors je vais être direct. Je suis un soldat et un soldat se doit de dire les choses clairement. Ma fille, votre petite nièce, est une homosexuelle. C'est une gouine ! Elle m'a annoncé la nouvelle tout récemment avec cynisme comme si cette perversion était une chose toute naturelle alors que les statistiques prouvent de manière irréfutable que le vice est la cause principale de cette déviance ; une gangrène qui envahit insidieusement notre société qui n'avait certes pas besoin de ça. J'aurais beaucoup à dire sur ce sujet mais là n'est pas le propos de cette missive.
Sachez que j'ai tout fait pour la conjurer de mettre fin à ce scandale mais j'avoue avoir échoué. J'ai été jusqu'à la menacer de lui couper les vivres si elle n'obtempérait pas mais ce fut en vain. J'ai donc décidé de mettre ma menace à exécution.
A compter d'aujourd'hui Margaux ne recevra plus un cent de ma part. J'ignore quelles sanctions vous avez, pour votre part, l'intention de prendre à son égard mais sachez que si vous décidez, comme il me paraîtrait naturel en de telles circonstances, de lui fermer votre porte, vous aurez mon approbation la plus totale.
Vous renouvelant toutes mes excuses pour avoir, par ma faiblesse, été la cause du scandale qui nous touche tous, je vous prie d'agréer, chère tante Alice l'expression de mon respect le plus sincère.
Votre neveu Grégoire Chastelain. ”.
— Voilà ce qu'écrit ton père. Ça a le mérite d'être clair. Mais, dis-moi, ça fait combien de temps que vous êtes amoureuses l'une de l'autre ?
— Ça s'est fait presque tout de suite mais nous ne nous le sommes avoué que début novembre, peu après que je sois allé voir Muriel. On ne se l'est pas dit tout de suite mais on a su toutes les deux que c'était réciproque.
— Donc, ça fait six mois et en six mois tu n'as pas daigné m'en parler ?
— Je n'ai pas osé.
— Merci pour la confiance ! Et merci à toi aussi, Muriel ! Votre confiance à toutes les deux me va droit au cœur !
— QUOI ?
— Ça s'est fait presque tout de suite mais nous ne nous le sommes avoué que début novembre, peu après que je sois allé voir Muriel. On ne se l'est pas dit tout de suite mais on a su toutes les deux que c'était réciproque.
— Donc, ça fait six mois et en six mois tu n'as pas daigné m'en parler ?
— Je n'ai pas osé.
— Merci pour la confiance ! Et merci à toi aussi, Muriel ! Votre confiance à toutes les deux me va droit au cœur !
— QUOI ?
Ce fut un véritable rugissement que poussa Muriel.
— C'est toi qui me reproches ma discrétion ?
Alice rougit. Elle n'arborait plus son air sévère mais regardait Muriel avec consternation. Manifestement, elle venait de faire une gaffe.
Elle balbutia.
Elle balbutia.
— Ça n'est pas la même chose.
— Comment ça, ça n'est pas la même chose ? C'est exactement la même chose ! Vous êtes bien pareilles, toutes les deux. Vous étiez vraiment faites pour vous entendre !
— Comment ça, ça n'est pas la même chose ? C'est exactement la même chose ! Vous êtes bien pareilles, toutes les deux. Vous étiez vraiment faites pour vous entendre !
Muriel regarda Margaux d'un air vengeur.
— Tu ne t'es pas posé la question de savoir quels problèmes ça pouvait me poser de taire ton petit secret à la femme que j'aime ! C'était bien plus confortable de croire que, même à la retraite, j'étais tenue à une sorte de secret professionnel alors que j'agissais par pure affection.
Au lieu de se taire prudemment, Alice crut bon de glisser une petite remarque au passage, croyant ainsi amadouer Muriel.
— Ça, c'est bien vrai ! Muriel a raison !
Mal lui en prit. Muriel changea de cible pour exprimer sa rancœur.
— Toi, ça fait plus de quarante ans que tu fais la même chose ! Presque cinquante années ! Un demi-siècle !
— Tu sais bien que c'était une autre époque ! Essaya de se défendre Alice.
— Oui, c'était une autre époque ! Oui, on devait se cacher ! Tu me disais ”Oh, ma chérie ! Si ça ne tenait qu'à moi !” Et j'étais d'accord. Mais , justement, c'était une autre époque. La loi a changé. Le regard des gens a changé. Mais toi tu n'as pas changé. ”Si ça ne tenait qu'à moi, si ça ne tenait qu'à moi !”. Justement, ça ne tient qu'à toi. Si tu le voulais tu aurais pu dire à Margaux que nous nous aimons depuis près de cinquante ans. Nous pourrions le dire à tout le monde. Nous en aurions le droit ! Tu entends ? Le droit !
— Tu sais bien que c'était une autre époque ! Essaya de se défendre Alice.
— Oui, c'était une autre époque ! Oui, on devait se cacher ! Tu me disais ”Oh, ma chérie ! Si ça ne tenait qu'à moi !” Et j'étais d'accord. Mais , justement, c'était une autre époque. La loi a changé. Le regard des gens a changé. Mais toi tu n'as pas changé. ”Si ça ne tenait qu'à moi, si ça ne tenait qu'à moi !”. Justement, ça ne tient qu'à toi. Si tu le voulais tu aurais pu dire à Margaux que nous nous aimons depuis près de cinquante ans. Nous pourrions le dire à tout le monde. Nous en aurions le droit ! Tu entends ? Le droit !
Craquant complètement, elle fondit en larmes et murmura.
— Si tu voulais, tu aurais même le droit de me demander en mariage.
Alors, Claire qui, comme Margaux, avait écouté ébahie la diatribe de Muriel, se leva les larmes aux yeux et, s'asseyant sur l'accoudoir de son fauteuil, lui passa un bras autour des épaules avant d'apostropher Alice en la foudroyant du regard.
— Alors, qu'est-ce que tu attends ?
Comme Alice ne répondait rien, se contentant de regarder Muriel d'un air catastrophé, Claire décida de mettre les points sur les « i ».
— Moi, c'est une des premières choses que j'ai faite quand je suis tombée amoureuse de Margaux : faire mon ‘'comingout'' et la demander en mariage. Alors, de deux choses l'une : Ou bien tu demandes en mariage celle que tu prétends aimer depuis cinquante ans, ou bien tu lui expliques que tu ne l'aime pas assez pour l'épouser !
Alice adressa à Muriel un regard de reproche.
— Tu ne m'en as jamais parlé.
— Je n'ai pas osé.
— Je n'ai pas osé.
Alice hésita quelques secondes avant de se décider à parler d'une voix enrouée par l'émotion :
— Je te demande pardon de t'avoir blessée. Je pensais pas que c'était important pour toi.
— Ca n'est pas grave murmura Muriel.
— Si ! c'est grave ! Je n'ai pas d'excuse. J'ai trop pensé à moi et pas assez à toi dans cette histoire mais je veux croire que je peux réparer le mal que je t'ai fait . Puisque tu désires que nous nous mariions, nous allons le faire. Il est encore temps que nous sautions le pas. Les petites nous montrent le chemin et nous aussi, nous avons droit à un bonheur sans nuages.
— Ca n'est pas grave murmura Muriel.
— Si ! c'est grave ! Je n'ai pas d'excuse. J'ai trop pensé à moi et pas assez à toi dans cette histoire mais je veux croire que je peux réparer le mal que je t'ai fait . Puisque tu désires que nous nous mariions, nous allons le faire. Il est encore temps que nous sautions le pas. Les petites nous montrent le chemin et nous aussi, nous avons droit à un bonheur sans nuages.
Sans répondre, Muriel lui tendit les bras et Alice se précipita pour la prendre dans les siens et la serrer contre elle. Margaux, très émue par la scène à laquelle elle assistait, ne savait trop quoi faire. Elle se demandait si Alice lui en voulait encore et n'osait pas s'approcher du trio mais Alice lui fit signe de les rejoindre. Elle s'approcha donc à son tour et toutes les quatre, enlacées, firent un énorme câlin.
Si le virus était présent dans la pièce, il devait être en train de se régaler !
Elles restèrent ainsi, serrées les unes contre les autres puis Margaux qui commençait à s'ankyloser se libéra en s'étirant et retourna s'asseoir sur la banquette bientôt rejointe par Claire. Margaux remarqua :
Si le virus était présent dans la pièce, il devait être en train de se régaler !
Elles restèrent ainsi, serrées les unes contre les autres puis Margaux qui commençait à s'ankyloser se libéra en s'étirant et retourna s'asseoir sur la banquette bientôt rejointe par Claire. Margaux remarqua :
— Mamie chérie, je te demande pardon si mon manque de franchise et de confiance t'ont blessée. Je suppose que ce n'est pas uniquement pour ça que tu voulais me voir ?
Alice n'avait pas quitté les bras de Muriel qui la regardait d'un air béat. Elle se sentait libérée. Elle sourit tendrement à la jeune fille.
— En dehors de te gronder, je voulais te dire que, naturellement, j'ai l'intention de me substituer à tes parents pour le financement de tes études. Cela nécessitera peut-être de modifier notre organisation en fonction de tes besoins financiers. Je pensais en parler aujourd'hui mais si avec Muriel on doit se marier, ça introduit un fait nouveau dont il faut que nous discutions toutes les deux avant de vous proposer quelque chose. Ça vous dirait de venir déjeuner demain ? On fera bien attention, encore que si on ne s'est pas transmis le Covid aujourd'hui, on ne doit pas courir de grands risques demain. Enfin, restons prudentes tout de même. Ne tentons pas le diable. On mangera tranquillement et on aura tout l'après-midi pour voir comment on s'organise. Je vais aussi préparer un brouillon de lettre pour ton père. J'ai l'intention de lui dire ce que je pense de lui mais avant, je voudrais avoir ton avis sur la lettre qu'il m'a envoyée. Il va réellement te couper les vivres ou bien c'est du bluff ?
— Je peux relire sa lettre ?
— La voilà.
— Je peux relire sa lettre ?
— La voilà.
Alice tendit la lettre à Margaux qui la relut plusieurs fois en essayant d'y trouver matière à espérer avant de la lui rendre résignée.
— Sincèrement, je ne crois pas à un bluff de sa part. Si c'était le cas, je ne crois pas qu'il prendrait le risque que tu me flanques à la porte. En plus, il a des tas de défauts, entre autres de ne pas supporter la contradiction, mais il n'est pas retors ; il ne manipule pas les gens, il les fait plier. Il te le dit d'ailleurs très clairement : il déteste les homosexuels et pense que s'il accepte mon homosexualité cela nuira à sa carrière. Maintenant, je peux me tromper, mais je ne crois pas. Il veut me rayer de sa vie, sauf si je plie, ce qui est exclu.
— Et ta mère dans tout ça ? Elle est d'accord avec lui ?
— Ma mère ? Je crois qu'elle s'en fout complètement. Mon père a épousé une potiche et ça leur convient à tous les deux. Elle est belle, élégante, mondaine et bien élevée. Il n'y a pas grand-chose d'autre à en dire.
— Donc, je peux me lâcher complètement dans ma lettre ?
— Vas-y ! Défoule-toi, ça me défoulera en même temps.
— Tu peux lui écrire toi aussi.
— Pour l'instant je crois que je lui ai suffisamment écrit comme ça. Un nouveau message n'apporterait rien de plus.
— A ta guise.
— Par contre, lorsque Claire et moi on se mariera, je me ferai un plaisir de le prévenir. Je l'inviterai cordialement à notre mariage et je lui demanderai s'il ne serait pas de bon ton que j'envoie un faire-part à ses supérieurs hiérarchiques. Ce sont des choses qui se font, non ?
— Oh ! Ça c'est méchant ! Tu crois qu'il te répondra ?
— Je n'en sais rien mais une chose est sûre : il fera dans son pantalon.
— Moi, j'ai une idée plus méchante encore : Tu lui écris que tu enverras un faire-part sauf s'il préfère le faire lui-même. Ça l'obligera à te répondre.
— Tu as raison. Il ne sera pas dupe et il détestera ça.
— Pendant qu'on y est, ça t'ennuierait de m'imprimer les mails que tu as échangés avec ton père ? Enfin, ceux que tu jugeras que je peux lire, bien sûr. Je ne voudrais pas dire des bêtises dans ma lettre et ça pourrait m'aider.
— Il n'y a rien de secret. Je t'amène ça demain.
— Et ta mère dans tout ça ? Elle est d'accord avec lui ?
— Ma mère ? Je crois qu'elle s'en fout complètement. Mon père a épousé une potiche et ça leur convient à tous les deux. Elle est belle, élégante, mondaine et bien élevée. Il n'y a pas grand-chose d'autre à en dire.
— Donc, je peux me lâcher complètement dans ma lettre ?
— Vas-y ! Défoule-toi, ça me défoulera en même temps.
— Tu peux lui écrire toi aussi.
— Pour l'instant je crois que je lui ai suffisamment écrit comme ça. Un nouveau message n'apporterait rien de plus.
— A ta guise.
— Par contre, lorsque Claire et moi on se mariera, je me ferai un plaisir de le prévenir. Je l'inviterai cordialement à notre mariage et je lui demanderai s'il ne serait pas de bon ton que j'envoie un faire-part à ses supérieurs hiérarchiques. Ce sont des choses qui se font, non ?
— Oh ! Ça c'est méchant ! Tu crois qu'il te répondra ?
— Je n'en sais rien mais une chose est sûre : il fera dans son pantalon.
— Moi, j'ai une idée plus méchante encore : Tu lui écris que tu enverras un faire-part sauf s'il préfère le faire lui-même. Ça l'obligera à te répondre.
— Tu as raison. Il ne sera pas dupe et il détestera ça.
— Pendant qu'on y est, ça t'ennuierait de m'imprimer les mails que tu as échangés avec ton père ? Enfin, ceux que tu jugeras que je peux lire, bien sûr. Je ne voudrais pas dire des bêtises dans ma lettre et ça pourrait m'aider.
— Il n'y a rien de secret. Je t'amène ça demain.
Au moment où elles franchissaient le portillon du jardin pour rejoindre la FIAT, Margaux chercha le mendiant du regard puis elle sortit de son porte-monnaie un billet de dix Euros qu'elle plia soigneusement et courut déposer dans la casquette un peu crasseuse que ce dernier avait posé devant lui et qui contenait quelques pièces.
— C'est pour vous remercier.
— De quoi ?
— D'avoir été là aujourd'hui.
— De quoi ?
— D'avoir été là aujourd'hui.
Elle expliqua ensuite à Claire.
— Je l'avais remarqué l'an dernier. Il était là tous les jours et puis il a disparu. J'étais un peu inquiète parce que je me demandais ce qu'il devenait l'hiver. Alors, quand je l'ai revu en arrivant j'ai espéré que ce soit un bon signe. Du coup je me dis qu'il m'a porté chance… dans mon malheur. Bon, c'est vrai ! Ma chance je la dois surtout à Mamie Alice mais je suis tellement soulagée que je peux bien accorder un peu de reconnaissance à un mendiant.
Elle remarqua pensive.
— Je me demande quand même où il était cet hiver.
— Papa m'a dit qu'il en avait soigné un qui allait passer l'hiver sur la Côte d'azur ou même sur la Riviera italienne. Il voyageait clandestinement en train ou arrivait à se faire prendre par un camionneur. Il mettait le temps qu'il fallait mais finissait toujours par arriver où il voulait.
— Papa m'a dit qu'il en avait soigné un qui allait passer l'hiver sur la Côte d'azur ou même sur la Riviera italienne. Il voyageait clandestinement en train ou arrivait à se faire prendre par un camionneur. Il mettait le temps qu'il fallait mais finissait toujours par arriver où il voulait.
Sur le chemin du retour, Margaux s'exclama soudain.
— Mais oui, bien sûr ! C'est évident !
— Qu'est-ce qui est évident, mon ange ?
— Mamie et ta Mamounette !
— Oui, qu'est-ce qu'elles ont ?
— Muriel à bien dit qu'elles étaient ensemble depuis un peu moins de cinquante ans ?
— Oui. Ça s'appelle la fidélité.
— C'est l'époque où Mamie a été fichue à la porte avec pertes et fracas par son mari parce qu'il l'avait surprise au lit avec quelqu'un d'autre en rentrant un jour plus tôt que prévu et qu'elle a été recueillie par Muriel son amie d'enfance. Mamie n'a pas voulu me dire avec qui elle était quand son mari l'a surprise, mais elle m'a dit qu'elle aimait encore cette personne. Conclusion : c'était Muriel qui était dans son lit ce jour-là. Mamie trompait son mari avec son amie d'enfance.
— Oh, les coquines !
— Remarque, on aurait peut-être fait la même chose à leur place.
— Ça, c'est bien possible.
— Je serais curieuse de savoir laquelle a séduit l'autre.
— Vu comment Mamounette s'y est prise avec moi, je ne serais pas étonnée que ce soit elle. Quand elle veut quelque chose, elle sait comment s'y prendre pour arriver à ses fins.
— C'est normal, c'est une psy. En tout cas, moi, demain je le leur demande.
— Qu'est-ce qui est évident, mon ange ?
— Mamie et ta Mamounette !
— Oui, qu'est-ce qu'elles ont ?
— Muriel à bien dit qu'elles étaient ensemble depuis un peu moins de cinquante ans ?
— Oui. Ça s'appelle la fidélité.
— C'est l'époque où Mamie a été fichue à la porte avec pertes et fracas par son mari parce qu'il l'avait surprise au lit avec quelqu'un d'autre en rentrant un jour plus tôt que prévu et qu'elle a été recueillie par Muriel son amie d'enfance. Mamie n'a pas voulu me dire avec qui elle était quand son mari l'a surprise, mais elle m'a dit qu'elle aimait encore cette personne. Conclusion : c'était Muriel qui était dans son lit ce jour-là. Mamie trompait son mari avec son amie d'enfance.
— Oh, les coquines !
— Remarque, on aurait peut-être fait la même chose à leur place.
— Ça, c'est bien possible.
— Je serais curieuse de savoir laquelle a séduit l'autre.
— Vu comment Mamounette s'y est prise avec moi, je ne serais pas étonnée que ce soit elle. Quand elle veut quelque chose, elle sait comment s'y prendre pour arriver à ses fins.
— C'est normal, c'est une psy. En tout cas, moi, demain je le leur demande.
Le lendemain, lorsque les deux jeunes filles arrivèrent chez Alice, elles activèrent elles-mêmes l'ouverture du portail et garèrent la FIAT à côté des deux grosses voitures. Elles s'arrêtèrent quelques instants pour admirer le jardin. Il était littéralement couvert de fleurs. Une véritable armée d'abeilles emplissaient l'air d'un vrombissement par endroits assourdissement tandis que les moineaux se chamaillaient comme d'habitude en se disputant les emplacements qu'ils comptaient utiliser pour y bâtir leurs nids. Elles pénétrèrent dans la maison, et rejoignirent leurs deux aînées dans la cuisine où elles étaient en train de préparer le repas.
Comme c'était un peu un repas de retrouvailles après le confinement qui les avait empêchées de se voir pendant presque deux mois, elles décidèrent d'un commun accord d'attendre l'après-midi avant d'aborder les sujets sérieux. Ce fut donc dans une ambiance joyeuse qu'elles s'affairèrent toutes les quatre dans la cuisine avant d'aller mettre le couvert dans le séjour.
Margaux profita du repas pour se décider à poser la question qui les tracassait, Claire et elle, depuis la veille.
— Dis-moi, Mamie ! Quand tu m'as raconté ta rupture avec ton mari, tu m'as bien dit que tu aimais toujours la personne qui était avec toi ce jour-là ?
Alice la regarda d'un petit air ironique.
— Oh la petite curieuse ! Et tu en déduis quoi ?
— Eh bien, comme avec Muriel, ça fait presque cinquante ans que vous vous aimez, j'en déduis que c'est elle qui était dans ton lit quand ton mari vous a surprises.
— Bravo, Sherlock Holmes, vous avez brillamment résolu l'énigme. C'était bien Muriel.
— J'imagine le scandale que ça aurait été si ça s'était su. Mais , avec Claire on se demandait qui des deux avait séduit l'autre.
— A ton avis ?
— Eh bien, comme Muriel est quelqu'un de plutôt décidé, qu'elle était célibataire et que ses qualités professionnelles lui procurent un avantage dans ses rapports avec les gens, on se disait que c'était probablement elle qui t'avait séduite.
— Désolée, ma chérie, mais cette fois, tu te trompes.
— C'est toi qui a séduit Muriel ?
— Parfaitement !
— Tu étais mariée et tu draguais les nanas ?
— Mais non ! Pas les nanas ! Une nana ! Muriel ! Comme je te l'ai déjà dit, Muriel et moi, on est amies d'enfance. On était inséparables. Malheureusement, alors que nous étions encore adolescentes sa famille est partie s'installer dans le Nord et on s'est complètement perdues de vue. C'est là-bas que Muriel a fait ses études de médecine. Un jour elle m'a téléphoné pour m'annoncer qu'elle revenait à Clermont-Ferrand pour y ouvrir un cabinet et qu'elle serait ravie de me revoir. Je l'ai invitée chez moi. Évidemment, nous avions changé depuis que nous nous étions quittées à l'âge de douze-treize ans. Muriel était magnifique. Je suis immédiatement tombée sous le charme et j'ai entrepris de la séduire. Ça m'a pris plusieurs mois mais je suis tout de même parvenue à mes fins. La suite tu la connais. Quelques mois plus tard, mon mari est rentré plus tôt que prévu et a voulu me faire la surprise.
— Mais… tu étais ”bi” ?
— Je ne sais pas. Ça m'est venu comme ça.
— Et toi, Mamounette ? demanda Claire. Ça ne t'a pas dérangée de te faire draguer par une femme mariée ?
— Qu'elle soit mariée, c'était son problème, pas le mien. A trente ans, elle savait ce qu'elle faisait. En plus, on ne partait pas de zéro puisqu'on était amies d'enfance. On avait des souvenirs de tendresse, voire quelques-uns d'un peu coquins. Mais , contrairement à ce que vous avez l'air de penser, en matière de sentiments, je ne suis pas une manipulatrice. Je n'ai pas essayé de séduire Alice, c'est elle qui m'a séduite. Je reconnais cependant que c'était une très jolie jeune femme et, disons que, je suis particulièrement sensible à la beauté féminine ; le terrain était donc propice.
— Eh bien, comme avec Muriel, ça fait presque cinquante ans que vous vous aimez, j'en déduis que c'est elle qui était dans ton lit quand ton mari vous a surprises.
— Bravo, Sherlock Holmes, vous avez brillamment résolu l'énigme. C'était bien Muriel.
— J'imagine le scandale que ça aurait été si ça s'était su. Mais , avec Claire on se demandait qui des deux avait séduit l'autre.
— A ton avis ?
— Eh bien, comme Muriel est quelqu'un de plutôt décidé, qu'elle était célibataire et que ses qualités professionnelles lui procurent un avantage dans ses rapports avec les gens, on se disait que c'était probablement elle qui t'avait séduite.
— Désolée, ma chérie, mais cette fois, tu te trompes.
— C'est toi qui a séduit Muriel ?
— Parfaitement !
— Tu étais mariée et tu draguais les nanas ?
— Mais non ! Pas les nanas ! Une nana ! Muriel ! Comme je te l'ai déjà dit, Muriel et moi, on est amies d'enfance. On était inséparables. Malheureusement, alors que nous étions encore adolescentes sa famille est partie s'installer dans le Nord et on s'est complètement perdues de vue. C'est là-bas que Muriel a fait ses études de médecine. Un jour elle m'a téléphoné pour m'annoncer qu'elle revenait à Clermont-Ferrand pour y ouvrir un cabinet et qu'elle serait ravie de me revoir. Je l'ai invitée chez moi. Évidemment, nous avions changé depuis que nous nous étions quittées à l'âge de douze-treize ans. Muriel était magnifique. Je suis immédiatement tombée sous le charme et j'ai entrepris de la séduire. Ça m'a pris plusieurs mois mais je suis tout de même parvenue à mes fins. La suite tu la connais. Quelques mois plus tard, mon mari est rentré plus tôt que prévu et a voulu me faire la surprise.
— Mais… tu étais ”bi” ?
— Je ne sais pas. Ça m'est venu comme ça.
— Et toi, Mamounette ? demanda Claire. Ça ne t'a pas dérangée de te faire draguer par une femme mariée ?
— Qu'elle soit mariée, c'était son problème, pas le mien. A trente ans, elle savait ce qu'elle faisait. En plus, on ne partait pas de zéro puisqu'on était amies d'enfance. On avait des souvenirs de tendresse, voire quelques-uns d'un peu coquins. Mais , contrairement à ce que vous avez l'air de penser, en matière de sentiments, je ne suis pas une manipulatrice. Je n'ai pas essayé de séduire Alice, c'est elle qui m'a séduite. Je reconnais cependant que c'était une très jolie jeune femme et, disons que, je suis particulièrement sensible à la beauté féminine ; le terrain était donc propice.
Muriel s'aperçut que Claire s'était mise à rougir. Elle lui sourit mi tendre mi ironique.
— Rassure-toi, ma chérie ! Les sentiments que j'éprouve pour toi ne sont pas influencés par mes goûts en la matière. J'ai passé l'âge.
— Je ne pensais pas du tout à ça.
— J'en suis certaine.
— Bon ! Intervint Alice, on ne va pas passer tout le repas à parler du même sujet. Dis-moi, Margaux, où en es-tu de tes leçons de conduite ?
— Ça se passait très bien quand j'ai dû les interrompre à cause du confinement. Je reprends lundi. J'ai encore trois heures de leçons avant de de passer à la conduite supervisée. Si tout va bien je pourrai me présenter à la session de début juillet.
— Vous allez utiliser la FIAT pour la conduite supervisée ?
— Oui ! Pourquoi ?
— Vous n'avez pas peur qu'elle soit trop petite ?
— Justement ! Ça sera plus facile qu'avec une plus grosse.
— C'est sûr mais tu seras moins bien préparée le jour du permis. Par contre, si vous utilisez la Mercedes, tu cafouilleras peut-être un peu au début mais tu seras bien mieux préparée le jour du permis.
— Je ne pense pas qu'il serait raisonnable que nous prenions ta Mercedes pour aller à la faculté. D'abord, ça ne serait pas commode. Il faudrait qu'on vienne ici avec la FIAT pour changer ensuite de voiture.
— Jusqu'à présent, c'est ce que vous faisiez quand Claire venait te chercher pour aller à la faculté, à part le changement de voiture.
— C'est vrai mais il y a un autre problème : Deux étudiantes qui viennent suivre les cours en Mercedes, ça pourrait faire jaser. Et puis, quand des tagueurs s'en prennent aux voitures, ce sont en général les plus grosses auxquelles ils s'attaquent. Et des tagueurs, si tu voyais les murs de la fac, il doit y en avoir toute une armée de ce côté-là.
— Je ne pensais pas du tout à ça.
— J'en suis certaine.
— Bon ! Intervint Alice, on ne va pas passer tout le repas à parler du même sujet. Dis-moi, Margaux, où en es-tu de tes leçons de conduite ?
— Ça se passait très bien quand j'ai dû les interrompre à cause du confinement. Je reprends lundi. J'ai encore trois heures de leçons avant de de passer à la conduite supervisée. Si tout va bien je pourrai me présenter à la session de début juillet.
— Vous allez utiliser la FIAT pour la conduite supervisée ?
— Oui ! Pourquoi ?
— Vous n'avez pas peur qu'elle soit trop petite ?
— Justement ! Ça sera plus facile qu'avec une plus grosse.
— C'est sûr mais tu seras moins bien préparée le jour du permis. Par contre, si vous utilisez la Mercedes, tu cafouilleras peut-être un peu au début mais tu seras bien mieux préparée le jour du permis.
— Je ne pense pas qu'il serait raisonnable que nous prenions ta Mercedes pour aller à la faculté. D'abord, ça ne serait pas commode. Il faudrait qu'on vienne ici avec la FIAT pour changer ensuite de voiture.
— Jusqu'à présent, c'est ce que vous faisiez quand Claire venait te chercher pour aller à la faculté, à part le changement de voiture.
— C'est vrai mais il y a un autre problème : Deux étudiantes qui viennent suivre les cours en Mercedes, ça pourrait faire jaser. Et puis, quand des tagueurs s'en prennent aux voitures, ce sont en général les plus grosses auxquelles ils s'attaquent. Et des tagueurs, si tu voyais les murs de la fac, il doit y en avoir toute une armée de ce côté-là.
Ébranlée par ce dernier argument, Alice ne sut quoi répondre. Elle désirait trouver un moyen de faire plaisir à Margaux pour la mettre dans de bonnes dispositions avant d'en venir aux décisions importantes qu'elles allaient devoir prendre au cours de l'après-midi. Mais Muriel intervint.
— Puisqu'il s'agit seulement de permettre à Margaux d'utiliser la Mercedes le temps de passer le permis, pourquoi ne pas faire simplement un échange de voiture ? Les deux petites prennent carrément la Mercedes et laissent la FIAT de Claire ici. Le matin, elles viennent ici en Mercedes, elles changent de voiture et vont à la faculté en FIAT. Après les cours ou plus tard, si elles dînent avec nous, elles reviennent ici, changent de nouveau de voiture et retournent chez elles en Mercedes. La seule chose à vérifier c'est que la place de parking de la FIAT est assez grande pour y mettre une Mercedes.
— Pas de problème de ce côté-là, confirma Claire, il y a des monospaces, des SUV et même, de temps en temps, un camping-car ; pas un gros, mais quand même.
— Ça t'irait comme ça, Alice ?
— Tout à fait, ma chérie, tu as eu une excellente idée !
— Et puis, nous, ça ne nous poserait aucun problème puisqu'il nous resterait la BMW en cas de difficultés. D'ailleurs, vous pourriez aussi alterner et prendre la BMW au lieu de la Mercedes.
— Pas de problème de ce côté-là, confirma Claire, il y a des monospaces, des SUV et même, de temps en temps, un camping-car ; pas un gros, mais quand même.
— Ça t'irait comme ça, Alice ?
— Tout à fait, ma chérie, tu as eu une excellente idée !
— Et puis, nous, ça ne nous poserait aucun problème puisqu'il nous resterait la BMW en cas de difficultés. D'ailleurs, vous pourriez aussi alterner et prendre la BMW au lieu de la Mercedes.
Claire éclata de rire.
— Oui, mais alors, je ne suis pas sûre que j'aurais envie de laisser le volant à Margaux.
Muriel la regarda avec tendresse.
— La BMW, tu peux la prendre quand tu veux, ma chérie. Dorénavant tout ce qui est à moi est à toi.
C'était certainement très exagéré mais ça faisait plaisir à entendre.
Lorsque le repas fut terminé, les deux jeunes filles aidèrent leurs aînées à desservir et à ranger la vaisselle dans le lave-vaisselle. Elles retournèrent ensuite dans le séjour et Margaux se dirigea vers la banquette du coin salon pour s'y asseoir. Mais Alice interrompit son geste.
Lorsque le repas fut terminé, les deux jeunes filles aidèrent leurs aînées à desservir et à ranger la vaisselle dans le lave-vaisselle. Elles retournèrent ensuite dans le séjour et Margaux se dirigea vers la banquette du coin salon pour s'y asseoir. Mais Alice interrompit son geste.
— S'il te plaît, ma chérie, je souhaiterais te parler en particulier. C'est quelque chose de très personnel et nous serons certainement plus à l'aise d'en parler en toute intimité.
— Tu ne veux pas que Claire soit au courant ? S'enquit la jeune fille avec inquiétude.
— Non, ça n'est pas ça. Tu pourras en parler ensuite avec Claire autant que tu voudras. Simplement, je serais très mal à l'aise d'aborder un tel sujet devant tout le monde.
— Tu veux qu'on aille dans une autre pièce ?
— Oui ! Si tu veux bien, on va aller dans ta chambre. On y sera mieux pour parler.
— Tu ne veux pas que Claire soit au courant ? S'enquit la jeune fille avec inquiétude.
— Non, ça n'est pas ça. Tu pourras en parler ensuite avec Claire autant que tu voudras. Simplement, je serais très mal à l'aise d'aborder un tel sujet devant tout le monde.
— Tu veux qu'on aille dans une autre pièce ?
— Oui ! Si tu veux bien, on va aller dans ta chambre. On y sera mieux pour parler.
Elles ressortirent du séjour et montèrent au premier étage. Elles pénétrèrent dans la nouvelle et magnifique chambre que Margaux s'était faite offrir par sa grand-tante devenue sa mamie de cœur. Alice s'assit sur le bord du lit et Margaux vint s'asseoir à côté d'elle. Un silence s'établit. Margaux attendit patiemment qu'Alice se décide à parler. Elle avait deviné que le sujet était délicat sinon grave. Voyant qu'Alice avait du mal à se décider, elle fit ce qu'elle savait le mieux faire dans ces cas-là : Être disponible et le montrer. Elle se serra contre elle, lui déposa un petit baiser sur la joue, lui prit la main et posa la tête sur son épaule. Alice commença d'un ton prudent en cherchant ses mots.
— La situation dans laquelle tu te trouves actuellement, bien que très triste et problématique sur un plan purement matériel n'est pas si rare que ça. De nombreux jeunes gens dont certains sont pourtant très méritants ne peuvent pas faire de longues études par ce que leurs parents ne peuvent pas ou ne veulent pas les leur payer. Le pire, je crois, c'est quand les parents ne veulent pas payer alors qu'ils le pourraient. Le jeune homme ou la jeune fille ressent alors le plus souvent une détresse morale qui vient s'ajouter à ses difficultés financières. Certains d'entre eux, cependant, ont la chance et les qualités qui les font remarquer et apprécier par une personne qui a les moyens et le désir de leur venir en aide. Cependant ça n'est pas si facile que cela. Il y a la loi, le fisc, des papiers à remplir, des justificatifs à fournir. Tout ceci peut décourager beaucoup d'entre nous. Mais si on cherche bien…
Margaux interrompit ce petit discours en posant son index sur les lèvres d'Alice.
— Mamie chérie, j'ai bien compris que tu veux m'aider financièrement et je t'en suis infiniment reconnaissante. Je suis certaine que tu as trouvé la meilleure solution pour ça. Ce n'est pas la peine de perdre ton temps à essayer de me convaincre. Je te fais totalement confiance. Qu'est-ce que tu proposes qui semble si délicat à aborder ?
Alors, après avoir toussé plusieurs fois pour s'éclaircir la gorge, Alice avoua comme si elle en avait un peu honte :
— Je voudrais t'adopter.
Puis, comme Margaux c'était redressée et la regardait d'un air ahuri, elle se mit à expliquer en parlant cette fois à toute vitesse.
— Tu sais, ça n'est pas comme une vraie adoption ! enfin si ! C'est une vraie adoption mais ça n'est pas une adoption plénière comme quand on adopte un orphelin. C'est une adoption simple. Tu as toujours le même papa et la même maman. Ça vient en plus, un peu comme si j'étais une maman de secours. Oui, c'est ça ! Je serais ta maman de secours, juste une maman de secours.
Elle regarda Margaux d'un air implorant. Celle-ci se mit à réfléchir posément :
Depuis son installation chez sa tante Alice, cette dernière n'avait pas arrêté de la gâter : Amélioration du confort de la petite chambre où elle était logée gratuitement, simplement par gentillesse, puis cette nouvelle chambre superbement aménagée, la somptueuse fête qu'elle lui avait offert pour son anniversaire, la robe, les leçons de conduite, la Mercedes, la tendresse qu'elle lui témoignait à chaque instant et maintenant sa décision de se substituer à ses parents défaillants sur le plan financier. En face, qu'est-ce qu'elle avait ? Une mère qui l'ignorait et un père qui l'avait pratiquement reniée. Sa tante Alice était bien plus qu'une simple maman de secours et son attitude allait bien au-delà d'une simple aide matérielle. La réponse lui parut évidente.
Depuis son installation chez sa tante Alice, cette dernière n'avait pas arrêté de la gâter : Amélioration du confort de la petite chambre où elle était logée gratuitement, simplement par gentillesse, puis cette nouvelle chambre superbement aménagée, la somptueuse fête qu'elle lui avait offert pour son anniversaire, la robe, les leçons de conduite, la Mercedes, la tendresse qu'elle lui témoignait à chaque instant et maintenant sa décision de se substituer à ses parents défaillants sur le plan financier. En face, qu'est-ce qu'elle avait ? Une mère qui l'ignorait et un père qui l'avait pratiquement reniée. Sa tante Alice était bien plus qu'une simple maman de secours et son attitude allait bien au-delà d'une simple aide matérielle. La réponse lui parut évidente.
— Que tu m'adoptes serait pour moi un honneur et ce serait aussi un grand bonheur de pouvoir t'appeler ”maman”, ma mamie chérie.
— Ça veut dire que tu acceptes ?
— Bien sûr que j'accepte !
— Oh ! Merci ! merci ma chérie ! merci ! J'avais tellement peur que tu refuses. Merci ! Je suis tellement heureuse. Je vais être maman ! C'est le plus beau cadeau dont je pouvais rêver.
— Ton cadeau de mariage en quelque sorte.
— C'est ça ! Tu seras mon cadeau de mariage.
— Ça veut dire que tu acceptes ?
— Bien sûr que j'accepte !
— Oh ! Merci ! merci ma chérie ! merci ! J'avais tellement peur que tu refuses. Merci ! Je suis tellement heureuse. Je vais être maman ! C'est le plus beau cadeau dont je pouvais rêver.
— Ton cadeau de mariage en quelque sorte.
— C'est ça ! Tu seras mon cadeau de mariage.
Quand Alice et Margaux les avaient quittées, Claire et Muriel étaient allées s'asseoir sur la banquette, proches l'une de l'autre pour les attendre. Claire servit deux cafés et elles bavardèrent en patientant.
— Tu sais de quoi Alice veut parler à Margaux ?
— Oui bien sûr ! Nous en avons même longuement parlé.
— C'est un secret ?
— Ah non, par exemple ! Moi, les secrets j'en ai soupé ! Et puis ça n'a aucune raison d'être tenu secret. Alice voudrait adopter Margaux. Elle ne voulait pas lui en parler devant tout le monde parce qu'elle a peur que Margaux ne veuille pas être adoptée.
— C'est vrai qu'une adoption ce n'est pas rien.
— Attention ! Il ne s'agit pas d'une adoption plénière. Les liens avec la famille d'origine ne sont pas rompus. L'adoption simple d'un adulte crée un lien privilégié entre l'adoptant et l'adopté, un lien matériel et moral qui coexiste avec le lien originel sans se substituer à lui. Naturellement, tu te doutes que dans le cas d'Alice, le côté affectif prime sur le côté purement matériel. Elle voue à Margaux une adoration sans borne.
— Elle n'est pas la seule.
— J'avais cru remarquer.
— Une chose est sûre, en tout cas : elle a choisi le bon moment pour en parler. Ça fera du bien à Margaux après la vacherie que lui font ses parents.
— En fait elle y pensait déjà et elle a sauté sur l'occasion.
— Elle a eu raison. Je suis presque certaine que Margaux acceptera d'être adoptée. Elle a besoin qu'on l'aime et qu'on le lui dise.
— Tu sais, il n'est pas impossible qu'un jour je te fasse une proposition semblable.
— Et il ne serait pas impossible que je l'accepte mais pas maintenant.
— Je sais. C'est trop tôt.
— Ce n'est pas un problème de sentiments, tu sais, mais ma situation n'est pas la même que celle de Margaux. J'ai des parents très gentils qui se sont toujours très bien occupés de moi et qui me permettent de faire mes études dans les meilleures conditions possibles. Si Alice adopte Margaux, ça mettra en relief l'insuffisance de ses parents ce qui est plutôt humiliant pour ces derniers. Ce serait la même chose pour les miens et ils ne le méritent pas, même si j'ai quelques petites difficultés avec ma mère à l'heure actuelle.
— Graves ?
— Déplaisantes ! Laura, la compagne de mon frère a pris Margaux en grippe et a déclenché une polémique complètement gratuite contre elle. Au lieu de rester neutre, maman a pris fait et cause pour Laura. Il faut dire que Laura attend un bébé et que pour maman c'est sacré. Évidemment, j'ai très mal pris la chose et maintenant, avec maman, on est un peu en froid. Mais les choses finiront bien par se tasser.
— Tu vas voir. Quand le bébé apparaîtra, bien des choses perdront de leur importance. La naissance est pour bientôt ?
— Si le bébé est à l'heure, il devrait naître courant juin.
— Ça doit être merveilleux d'avoir un bébé. Vous avez l'intention d'avoir des enfants, Margaux et toi ?
— On aimerait bien mais il paraît que c'est très difficile d'en adopter en France. Théoriquement c'est possible mais dans la pratique on n'est pas prioritaires. Alors on attendra que la loi nous autorise à les faire nous-mêmes. Nous, ce qu'on aimerait, ce serait qu'une de nous deux le conçoive et que l'autre le porte mais il paraît que la loi ne l'autorisera pas parce-que ça serait considéré comme de la gestation pour autrui. C'est complètement idiot vu que le bébé serait conçu et porté à l'intérieur du couple. Enfin ! Il doit y avoir des raisons qui nous échappent. Et puis, on pourra faire chacune un bébé. Mais c'est dommage.
— Ne te plains pas trop. La loi a extraordinairement évolué et ce n'est probablement pas fini.
— Il y a aussi un problème de père. Margaux et moi, on pense qu'il est bon pour un enfant d'avoir une référence masculine dans son entourage proche, que ce soit un garçon ou une fille. Ça veut dire qu'il nous faudrait trouver quelqu'un qui serait d'accord pour jouer ce rôle, qu'il soit le père biologique ou non. Malheureusement, la loi n'y peut pas grand-chose. A vrai dire, c'est probablement l'obstacle le plus difficile à surmonter.
— Eh bien, bon courage !
— Oui bien sûr ! Nous en avons même longuement parlé.
— C'est un secret ?
— Ah non, par exemple ! Moi, les secrets j'en ai soupé ! Et puis ça n'a aucune raison d'être tenu secret. Alice voudrait adopter Margaux. Elle ne voulait pas lui en parler devant tout le monde parce qu'elle a peur que Margaux ne veuille pas être adoptée.
— C'est vrai qu'une adoption ce n'est pas rien.
— Attention ! Il ne s'agit pas d'une adoption plénière. Les liens avec la famille d'origine ne sont pas rompus. L'adoption simple d'un adulte crée un lien privilégié entre l'adoptant et l'adopté, un lien matériel et moral qui coexiste avec le lien originel sans se substituer à lui. Naturellement, tu te doutes que dans le cas d'Alice, le côté affectif prime sur le côté purement matériel. Elle voue à Margaux une adoration sans borne.
— Elle n'est pas la seule.
— J'avais cru remarquer.
— Une chose est sûre, en tout cas : elle a choisi le bon moment pour en parler. Ça fera du bien à Margaux après la vacherie que lui font ses parents.
— En fait elle y pensait déjà et elle a sauté sur l'occasion.
— Elle a eu raison. Je suis presque certaine que Margaux acceptera d'être adoptée. Elle a besoin qu'on l'aime et qu'on le lui dise.
— Tu sais, il n'est pas impossible qu'un jour je te fasse une proposition semblable.
— Et il ne serait pas impossible que je l'accepte mais pas maintenant.
— Je sais. C'est trop tôt.
— Ce n'est pas un problème de sentiments, tu sais, mais ma situation n'est pas la même que celle de Margaux. J'ai des parents très gentils qui se sont toujours très bien occupés de moi et qui me permettent de faire mes études dans les meilleures conditions possibles. Si Alice adopte Margaux, ça mettra en relief l'insuffisance de ses parents ce qui est plutôt humiliant pour ces derniers. Ce serait la même chose pour les miens et ils ne le méritent pas, même si j'ai quelques petites difficultés avec ma mère à l'heure actuelle.
— Graves ?
— Déplaisantes ! Laura, la compagne de mon frère a pris Margaux en grippe et a déclenché une polémique complètement gratuite contre elle. Au lieu de rester neutre, maman a pris fait et cause pour Laura. Il faut dire que Laura attend un bébé et que pour maman c'est sacré. Évidemment, j'ai très mal pris la chose et maintenant, avec maman, on est un peu en froid. Mais les choses finiront bien par se tasser.
— Tu vas voir. Quand le bébé apparaîtra, bien des choses perdront de leur importance. La naissance est pour bientôt ?
— Si le bébé est à l'heure, il devrait naître courant juin.
— Ça doit être merveilleux d'avoir un bébé. Vous avez l'intention d'avoir des enfants, Margaux et toi ?
— On aimerait bien mais il paraît que c'est très difficile d'en adopter en France. Théoriquement c'est possible mais dans la pratique on n'est pas prioritaires. Alors on attendra que la loi nous autorise à les faire nous-mêmes. Nous, ce qu'on aimerait, ce serait qu'une de nous deux le conçoive et que l'autre le porte mais il paraît que la loi ne l'autorisera pas parce-que ça serait considéré comme de la gestation pour autrui. C'est complètement idiot vu que le bébé serait conçu et porté à l'intérieur du couple. Enfin ! Il doit y avoir des raisons qui nous échappent. Et puis, on pourra faire chacune un bébé. Mais c'est dommage.
— Ne te plains pas trop. La loi a extraordinairement évolué et ce n'est probablement pas fini.
— Il y a aussi un problème de père. Margaux et moi, on pense qu'il est bon pour un enfant d'avoir une référence masculine dans son entourage proche, que ce soit un garçon ou une fille. Ça veut dire qu'il nous faudrait trouver quelqu'un qui serait d'accord pour jouer ce rôle, qu'il soit le père biologique ou non. Malheureusement, la loi n'y peut pas grand-chose. A vrai dire, c'est probablement l'obstacle le plus difficile à surmonter.
— Eh bien, bon courage !
Lorsqu'Alice et Margaux redescendirent, elles étaient toutes les deux rayonnantes. Alice annonça triomphalement.
— Je vais adopter Margaux !
Claire éclata d'un rire joyeux.
— J'étais certaines que tu allais accepter, mon ange.
Margaux était rose d'émotion.
— J'ai tellement envie d'avoir une vraie maman !
Muriel regarda Alice d'un air légèrement moqueur.
— Alors, je n'avais pas raison en commandant du champagne et des petits gâteaux ?
— Tout de même ! On sort de table !
— On ne mangera pas ce soir et on fera un régime mais, ça se fête.
— Tout de même ! On sort de table !
— On ne mangera pas ce soir et on fera un régime mais, ça se fête.
Après ce petit supplément de dessert improvisé, la discussion revint sur les problèmes pratiques.
— Commençons par le problème du logement. Je suppose que vous n'avez pas l'intention de vivre et dormir séparées, maintenant que tout le monde est au courant ?
— Non, bien sûr !
— Je trouverais stupide que ma fille habite à l'autre bout de la ville alors qu'elle dispose ici d'une chambre qui vient d'être refaite d'autant plus que vous êtes totalement indépendantes en passant par l'escalier extérieur.
— C'est vrai, mais on sera tout de même obligées d'aller dans notre logement actuel pour travailler. On a besoin de place et puis il y a le problème d'internet.
— Internet ne sera bientôt plus un problème. Je vais faire installer un accès dès que possible. De toute façon, tout le monde a Internet de nos jours. Je ne vais pas me contenter de regarder passer le progrès comme une vache qui regarde passer les trains.
— Mamie ! tu n'as rien d'une vache !
— Et j'ai l'intention que ça continue. Quant à la place pour travailler, il y a l'ancienne chambre de Margaux au second, la salle de gymnastique au premier et le bureau au rez-de-chaussée. Il y a même la chambre de Muriel qui servait surtout à donner le change. C'est le bureau qui serait le plus facile à aménager et comme il est au rez-de-chaussée c'est la pièce la mieux située pour qu'on ne vous entende pas si vous travaillez tard le soir. Tu crois que tes parents seraient vexés si tu leur disais que vous vous installez ici, Claire ?
— Non, je ne pense pas. Surtout qu'ils pourraient vendre ou louer le deux-pièces. Ils pourraient louer à des étudiants en colocation ou en couple, par exemple.
— Si vous êtes d'accord, je me propose de remplacer le meuble bureau par une grande table qui dort actuellement dans le grenier et on peut rajouter des étagères.
— Oh ! , ça serait dommage. Ça serait moins joli. On pourrait mettre des étagères dans l'ancienne chambre de Margaux. On enlèverait le lit et on mettrait le meuble bureau à la place. Ça ferait une bibliothèque.
— Une bibliothèque avec une douche et un réfrigérateur, ça ferait un peu bizarre, il me semble.
— Ça, on s'en fiche et puis, un frigo d'appoint ça peut servir, surtout l'été pour avoir des boissons fraîches sans encombrer celui de la cuisine. Et puis, on va être quatre et il n'y a qu'une salle de bain alors, la douche, on risque d'être contentes de l'avoir.
— Non, bien sûr !
— Je trouverais stupide que ma fille habite à l'autre bout de la ville alors qu'elle dispose ici d'une chambre qui vient d'être refaite d'autant plus que vous êtes totalement indépendantes en passant par l'escalier extérieur.
— C'est vrai, mais on sera tout de même obligées d'aller dans notre logement actuel pour travailler. On a besoin de place et puis il y a le problème d'internet.
— Internet ne sera bientôt plus un problème. Je vais faire installer un accès dès que possible. De toute façon, tout le monde a Internet de nos jours. Je ne vais pas me contenter de regarder passer le progrès comme une vache qui regarde passer les trains.
— Mamie ! tu n'as rien d'une vache !
— Et j'ai l'intention que ça continue. Quant à la place pour travailler, il y a l'ancienne chambre de Margaux au second, la salle de gymnastique au premier et le bureau au rez-de-chaussée. Il y a même la chambre de Muriel qui servait surtout à donner le change. C'est le bureau qui serait le plus facile à aménager et comme il est au rez-de-chaussée c'est la pièce la mieux située pour qu'on ne vous entende pas si vous travaillez tard le soir. Tu crois que tes parents seraient vexés si tu leur disais que vous vous installez ici, Claire ?
— Non, je ne pense pas. Surtout qu'ils pourraient vendre ou louer le deux-pièces. Ils pourraient louer à des étudiants en colocation ou en couple, par exemple.
— Si vous êtes d'accord, je me propose de remplacer le meuble bureau par une grande table qui dort actuellement dans le grenier et on peut rajouter des étagères.
— Oh ! , ça serait dommage. Ça serait moins joli. On pourrait mettre des étagères dans l'ancienne chambre de Margaux. On enlèverait le lit et on mettrait le meuble bureau à la place. Ça ferait une bibliothèque.
— Une bibliothèque avec une douche et un réfrigérateur, ça ferait un peu bizarre, il me semble.
— Ça, on s'en fiche et puis, un frigo d'appoint ça peut servir, surtout l'été pour avoir des boissons fraîches sans encombrer celui de la cuisine. Et puis, on va être quatre et il n'y a qu'une salle de bain alors, la douche, on risque d'être contentes de l'avoir.
Margaux écoutait en souriant Claire et Alice tout organiser entre elles. Maintenant qu'elle était acquise à l'idée de loger chez Alice, Claire prenait les choses en main comme à son habitude. Si elle se mettait à s'intéresser à l'organisation de la cuisine, Alice n'allait pas rire.
Muriel intervint pour tempérer leur enthousiasme.
Muriel intervint pour tempérer leur enthousiasme.
— Attention tout de même ! Tout cela ne va pas se faire d'un coup de baguette magique. Il va falloir du temps pour tout organiser. L'installation d'Internet demande sûrement des délais. Il va falloir trouver des déménageurs pour déplacer des meubles entre le rez-de-chaussée et le second étage. Il faut acheter et faire installer des rayonnages dans la chambre de bonne. Et il faudra organiser le rapatriement de toutes les affaires des petites alors qu'elles ont leurs cours et les examens de fin d'année qui arrivent bientôt. Si vous voulez mon avis, pour l'instant les petites se concentrent sur leurs études sans changer l'organisation actuelle. Quand elles auront passé leurs examens et que nous aurons fini l'installation d'Internet et du mobilier et seulement à ce moment-là, elles viendront s'installer ici. Je ne veux pas que quoi que ce soit vienne les perturber en ce moment. Elles le sont déjà suffisamment avec ce qui arrive à Margaux à cause de ses parents.
Une fois réglés les problèmes de logement, Elles abordèrent les problèmes budgétaires. De nouveau Muriel insista pour que pour le moment elles fassent simple.
— Pour l'instant contente toi de virer sur le compte de Margaux ce que son père aurait dû virer. Cet été on aura tout le temps de voir comment on organise tout ça entre ce que versent les parents de Claire et ce que nous verserons de notre côté. En attendant, si les petites ont des imprévus, elles nous préviennent et on complétera ou on paiera nous-mêmes.
Manifestement, Muriel n'avait pas l'intention de laisser Alice décider comme s'il s'agissait uniquement d'un problème entre Margaux et elle. C'était le couple qu'elle et Alice formaient ensemble qui allait s'occuper des deux jeunes filles. C'était une ”famille” de quatre personnes qu'elle comptait bien organiser. D'ailleurs, si elle était guidée par les sentiments qu'elle portait à la fois à Alice et à Claire, elle avait aussi la logique pour elle : Pendant une dizaine d'années, c'est-à-dire la durée de leurs études de médecine, les deux jeunes filles allaient vivre auprès d'elles et dépendre en grande partie d'elles sur le plan financier.
Lorsqu'elle avait évoqué avec Claire une possibilité d'adoption, elle était restée très prudente mais avait tout de même noté que la jeune fille n'y était pas totalement hostile et elle espérait bien qu'après quelques années de cohabitation au cours desquelles elle lui témoignerait toute la tendresse qu'elle éprouvait à son égard, elle arriverait à la convaincre de sauter le pas et de consentir à devenir sa fille adoptive.
Comme elles étaient d'accord sur la suite des opérations, elles se mirent à bavarder pendant qu'Alice prenait connaissance des mails que Margaux avait échangés avec son père. Elle relut ensuite le brouillon de la réponse qu'elle comptait faire à ce dernier et en rédigea une nouvelle qu'elle corrigea plusieurs fois. Quand elle fut satisfaite du résultat, elle interrompit la conversation en cours.
— Désolée de vous interrompre mais, si ça ne vous fait rien, je voudrais vous communiquer la réponse que je viens de rédiger.
— Nous sommes toutes ouïes, ma chérie.
— Voilà : ”Monsieur,
— Nous sommes toutes ouïes, ma chérie.
— Voilà : ”Monsieur,
J'ai lu avec attention votre courrier dans lequel vous m'indiquez que vous avez décidé de couper les vivres à votre fille Margaux au motif qu'elle entretient une liaison amoureuse qui vous déplaît. J'ai aussi pris connaissance des courriers électroniques que vous avez échangés à ce sujet. Permettez-moi de vous dire que j'ai été profondément choquée, et le mot est faible, par le contenu de ces documents. Je connais Margaux depuis maintenant plus de huit mois et je dois dire que je me réjouis chaque jour d'avoir accueilli chez moi une enfant aussi adorable. Elle est charmante, délicate, affectueuse et bien élevée. C'est en plus une enfant extrêmement sérieuse qui s'investit totalement dans ses études. Vous devriez être fier d'elle et lui apporter tout le soutien auquel il me semble qu'elle a droit. Au lieu de cela, vous prononcez contre elle l'anathème au nom d'une soi-disant morale qui ne fait que masquer un esprit rétrograde et une ambition qui ne vous grandit pas. Et pourquoi ?
Parce qu'elle ose aimer quelqu'un qui ne vous convient pas. Vous ne vous demandez pas ce qui a amené votre fille à s'éprendre de son amie Claire au point de vouloir s'unir à elle par les liens du mariage. Vous ignorez quelles qualités celle-ci présente pour avoir su conquérir son cœur. Non, vous ne voulez pas le savoir. La seule chose qui vous importe, c'est de faire plier Margaux. Eh bien, elle n'a pas plié et, contrairement à vos espoirs, je ne lui ferme pas ma porte, bien au contraire. Puisque vous avez décidé de lui couper les vivres, j'ai décidé, moi, de me substituer à vous pour lui assurer les moyens nécessaires afin qu'elle puisse poursuivre ses études. Je vais d'autre part entreprendre les démarches qui vont me permettre d'adopter Margaux avec son accord, bien sûr. Je pourrai ainsi plus aisément la prendre en charge sur le plan financier et elle deviendra en plus mon unique héritière de plein droit.
Parce qu'elle ose aimer quelqu'un qui ne vous convient pas. Vous ne vous demandez pas ce qui a amené votre fille à s'éprendre de son amie Claire au point de vouloir s'unir à elle par les liens du mariage. Vous ignorez quelles qualités celle-ci présente pour avoir su conquérir son cœur. Non, vous ne voulez pas le savoir. La seule chose qui vous importe, c'est de faire plier Margaux. Eh bien, elle n'a pas plié et, contrairement à vos espoirs, je ne lui ferme pas ma porte, bien au contraire. Puisque vous avez décidé de lui couper les vivres, j'ai décidé, moi, de me substituer à vous pour lui assurer les moyens nécessaires afin qu'elle puisse poursuivre ses études. Je vais d'autre part entreprendre les démarches qui vont me permettre d'adopter Margaux avec son accord, bien sûr. Je pourrai ainsi plus aisément la prendre en charge sur le plan financier et elle deviendra en plus mon unique héritière de plein droit.
Vous ne voulez plus rien avoir à faire avec Margaux ? Soit ! Quant à moi je ne veux plus rien avoir à faire avec vous.
Je ne vous salue pas.”
Je ne vous salue pas.”
— Qu'est-ce que vous en pensez ? Margaux, ça te convient ?
Margaux parvint à maîtriser difficilement son émotion pour répondre d'un ton à peu près normal. Elle réalisait qu'elle ne reverrait peut-être plus jamais ses parents et ça avait beaucoup de mal à passer.
— Bien sûr, mamie chérie, mais je ne mérite pas toutes les choses gentilles que tu écris sur moi. Une seule chose : je me demandais pourquoi tu n'as pas parlé de Muriel.
— Parce-que ton père serait trop content de pouvoir dire que c'est moi qui ai eu une mauvaise influence sur toi.
— Sinon, je n'ai rien à redire.
— Et toi Claire ?
— Je m'étais posé la même question que Margaux. En dehors de ça, c'est très bien.
— Muriel ?
— Rien à redire.
— Adjugé ! Demain je mets ma réponse au propre et je l'envoie immédiatement.
— Tu as tout à fait raison ! Il ne faut pas les faire languir. Ils sont certainement avides d'avoir des nouvelles et seront ravis de lire ton si gentil courrier.
— Parce-que ton père serait trop content de pouvoir dire que c'est moi qui ai eu une mauvaise influence sur toi.
— Sinon, je n'ai rien à redire.
— Et toi Claire ?
— Je m'étais posé la même question que Margaux. En dehors de ça, c'est très bien.
— Muriel ?
— Rien à redire.
— Adjugé ! Demain je mets ma réponse au propre et je l'envoie immédiatement.
— Tu as tout à fait raison ! Il ne faut pas les faire languir. Ils sont certainement avides d'avoir des nouvelles et seront ravis de lire ton si gentil courrier.
La petite remarque de Claire provoqua un fou rire général qui détendit une atmosphère devenue pesante car la lecture du courrier d'Alice leur avait rappelé la dramatique relation qui existait à présent entre Margaux et ses parents. Claire avait bien conscience que Margaux aurait besoin de tout le soutien qu'elle pourrait lui apporter pour affronter avec sérénité la période cruciale des examens.
Aux environs de dix-huit heures, elles décidèrent de partir et de rejoindre leur petit appartement, témoin de nombreux instants de bonheur. Elles allaient bientôt tourner la page de leur première année universitaire et elles pressentaient que la suivante allait être très différente. Elles allaient un peu regretter ces derniers mois pendant lesquels elles avaient pu cocooner et profiter l'une de l'autre dans un bien-être égoïste. Mais, d'un autre côté, elles allaient se faire gâter par Muriel et Alice et elles seraient déchargées du souci des courses, du petit déjeuner et du repas du soir. Il y avait aussi la femme de ménage qui passerait trois fois par semaine et s'occuperait aussi du lave-linge et du repassage. En réalité, elles savaient très bien qu'elles participeraient à la confection du repas du soir et qu'elles devraient aider Muriel et Alice à saisir leurs courses hebdomadaires sur internet, du moins au début.
Bien entendu, elles devraient consacrer un minimum de temps à échanger avec les deux vieilles dames mais c'était un plaisir, pas une corvée. Elles allaient échanger une partie de leur intimité contre un supplément de tendresse et de convivialité.
Ce soir-là, lorsqu'elles s'installèrent pour leur soirée télé dominicale, elles réalisèrent que c'était peut-être la dernière fois. Elles allaient entrer en période de révisions intensives et pendant un mois allaient devoir travailler en non-stop du matin jusqu'à l'heure de se coucher. La seule exception serait consacrée aux leçons de conduites. La conduite supervisée serait limitée aux trajets domicile fac, moitié Mercedes, moitié FIAT en essayant de varier les itinéraires et en essayant de pimenter chaque trajet de quelques manœuvres de parking. Il faudrait bien que cela suffise. Margaux se pelotonna en position fœtale contre le giron de Claire qui la serra tendrement contre elle.
— Je suis si bien dans tes bras. Je voudrais que le temps s'arrête.
— Je t'aime, mon ange. Je t'aime de tout mon cœur.
— Je t'aime, mon ange. Je t'aime de tout mon cœur.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()
Merci
Le père de Margaux a malheureusement réagit comme on aurait pu le craindre, mais heureusement Alice est là !
Vivement le prochain épisode