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✦ unzeste85 Si jolie XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

Si jolie — Chapitre 11

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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unzeste85
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Si jolie

Chapitre 11

Claire, tout en conduisant, jetait de temps en temps un petit coup d'œil à Margaux. Pendant les premiers kilomètres de leur retour, celle-ci s'était contentée de regarder le paysage d'un air morose. Elle donnait l'impression de ruminer les évènements de la matinée. Elle lui demanda soudain d'arrêter d'urgence la voiture. Croyant à un besoin pressant, Claire lui fit remarquer qu'il allait lui falloir attendre le prochain village pour trouver un café susceptible d'être ouvert un premier janvier.
— Pas la peine. Tu n'as qu'à t'arrêter au premier endroit disponible.
— Tu veux enlever ton manteau pour que ce soit plus commode ?
— Non, il ne me gêne pas.
— Tout de même ! Tu risques de le salir.
— Je ne vois pas pourquoi.
Finalement, Claire trouva un endroit discret où elle put se garer. Margaux descendit prestement et apparut à travers du pare-brise arrière.
— Tu peux m'ouvrir le coffre ?
— Il y a un rouleau dans la boîte à gants, ma chérie.
— C'est une bonne idée, mais est-ce que tu peux m'ouvrir le coffre ?
En soupirant, Claire actionna la commande d'ouverture du coffre arrière. Margaux farfouilla quelques instants dans les bagages avant de pousser un grognement de satisfaction. Quelques instants plus tard, elle referma le coffre ou plutôt essaya de le refermer.
— Tu peux venir fermer le coffre ? Moi, je n'y arrive pas.
Claire poussa de nouveau un petit soupir et descendit fermer le coffre tandis que Margaux retournait s'asseoir. Elle avait été plutôt rapide finalement. Mais, quand la conductrice revint s'asseoir, Margaux avait déjà remis sa ceinture et venait d'allumer sa tablette qu'elle était allée récupérer dans ses bagages. Elle remarqua d'un petit ton tranquille.
— C'est une bonne idée d'avoir toujours un rouleau sous la main au cas où.
Claire éclata de rire.
— J'ai dit quelque chose de drôle ?
— Je t'aime, ma chérie.
— Moi aussi, ma douce.
— C'est pour quoi faire, ta tablette ?
— Je vais écrire à tes parents. Je vais leur donner ma version des faits.
— Tu me mettras en copie ?
— Bien sûr ! De toutes façons je te ferai lire mon mail avant de l'envoyer.
Sitôt dit, Sitôt fait ; Claire avait à peine démarré que Margaux était déjà en train de pianoter furieusement sur l'écran de sa tablette de ses petits doigts agiles. A voir avec quelle rapidité elle arrivait à promener sa main droite sur le clavier virtuel de la petite machine et à choisir le bon caractère sans se tromper malgré les cahots de la route, Claire ne pouvait s'empêcher d'éprouver un sentiment d'envie. Cette dextérité jointe à sa formation à la sténographie lui donnait un énorme avantage pour prendre des notes pendant les cours magistraux en amphi. Margaux travaillait en regardant sa tablette d'un air vengeur, ponctuant sa saisie de grognements agressifs, de reniflements méprisants, de claquements de langue et de ”mmmmnnnan !” satisfaits. Elle était en train d'écrire tout ce qu'elle regrettait d'avoir été incapable d'exprimer oralement une heure plus tôt.
Quand elle eut terminé, elle relut plusieurs fois son texte, supprimant, rajoutant ou remplaçant un mot, un bout de phrase voire tout un passage. Après de nombreux aller-retours, elle exprima enfin sa satisfaction par un ”Et voilà !” suivi d'un ”Non, mais !” vengeur. Puis elle demanda :
— Tu veux que je te le lise ?
— Si ça ne te fait rien, je préférerais attendre d'être arrivée. Là, je suis en train de conduire et je veux pouvoir me concentrer sur ma conduite.
— Oh oui ! Tu as bien raison ! Il ne faut pas distraire le conducteur en lui parlant.
Margaux se tut et relut son texte en murmurant puis se mit à observer la signalisation de l'autoroute qu'elles empruntaient à présent. Elle remarqua d'un ton innocent.
— Tu as vu ? Il y a une aire de repos dans cinq kilomètres.
— Oui, mon ange. Je sais ! Je fais ce trajet toutes les semaines depuis plus d'un an.
— On pourrait peut-être s'y arrêter.
— Il y a un problème ?
— Non, mais je pourrais te lire mon texte.
— Ma chérie ! On en a pour à peine une petite heure de route.
— Oui, mais tes parents vont peut-être aller se promener et ils ne seront pas chez eux.
— C'est un mail, ma chérie. Un mail, pas un coup de téléphone ! De toute façon, tu ne peux pas envoyer un mail avant qu'on soit arrivées. C'est une tablette que tu as, pas un smartphone. Tu as besoin du Wi-Fi pour envoyer un mail. C'est pour ça que tu ne peux pas en envoyer depuis chez ta tante Alice, ce que tu sais très bien d'ailleurs.
— Ah oui ! J'oubliais.
Comme elles arrivaient en vue de Clermont-Ferrand, Margaux s'inquiéta.
— Tu crois qu'il y aura des embouteillages ? Ça peut faire perdre beaucoup de temps, les embouteillages.
— Ma chérie ! Je te rappelle qu'on est le premier de l'an en milieu de journée. Les gens sont chez eux.
— Et les accidents ? Tous ces gens qui ont fait la fête pendant toute la nuit.
— Arrête ! On dirait une gamine. Je te rappelle que tu viens d'avoir vingt-et-un ans. Tu es même plus vieille que moi. Tu devrais être plus raisonnable que moi.
— Pas forcément. Ce qui compte, c'est l'âge qu'on paraît. Moi, j'ai l'air plus jeune que mon âge alors que toi, tu fais plus vieille. C'est donc à toi d'être la plus raisonnable. C'est une question de justice.
— Finalement, je me demande si tu as fini de cuver ton whisky.
— Le chien aboie et la caravane passe.
Lorsqu'elles pénétrèrent dans ce qu'elles avaient commencé à appeler ”notre” logement, Margaux, sans même prendre la peine d'enlever son manteau se précipita vers la grande table du séjour pour y poser sa tablette puis, toujours en manteau, elle s'assit devant celle-ci en prenant un petit air satisfait.
— Assieds-toi, toi aussi. C'est moi qui te le lis.
Sans répondre, Claire enleva tranquillement son manteau et alla le ranger dans la penderie de l'entrée. Elle revint ensuite dans le séjour, força Margaux à se lever de sa chaise, et lui enleva elle-même son manteau avant de retourner dans l'entrée pour le pendre à son tour. Elle revint dans le séjour, hésita quelques instants en regardant les bagages posés par terre sous le regard inquiet de Margaux puis en souriant, elle s'approcha d'elle, la fit de nouveau se lever, s'assit à sa place et la prit sur ses genoux.
— Je t'écoute, mon ange.
Margaux lui répondit par un sourire enchanteur suivi d'un petit baiser sur les lèvres qui les fit frissonner toutes les deux. Elle prit sa tablette dans sa main gauche et débuta sa lecture.
‘'Chère Julie, cher Jérôme, je vous prie de me pardonner si j'ai l'audace de vous appeler par vos prénoms mais, n'ayant pas eu la présence d'esprit de vous demander ce que vous préfériez, je me trouve un peu démunie.
Je voudrais tout d'abord vous remercier pour le merveilleux séjour que vous m'avez permis de passer auprès de vous et avec ma Claire adorée. Je garderai un souvenir impérissable de notre fête de fiançailles qui grâce à vous, à la présence chaleureuse de votre neveu Henri et de son adorable fiancée et, au magnifique cadeau que vous nous avez offert fera de ce jour-là un des plus beaux jours de ma vie. Ces quelques dix jours passés à Montluçon ont été dix jours de bonheur. C'est de ce bonheur là que je veux me souvenir et non pas d'une conclusion malheureuse due, je veux le croire, à un malentendu que nous sommes tous, j'en suis certaine, désireux de voir se lever.
Laura nous a fait part de manière véhémente de son mécontentement à mon égard en raison de paroles et de gestes agressifs que j'aurais eu envers elle. J'en ai été profondément surprise et, je dois le dire, peinée, d'autant plus que j'avais plutôt l'impression que c'était le contraire qui s'était passé. Je m'en étais d'ailleurs ouverte hier à Claire et nous avions décidé de rentrer plus tôt à Clermont-Ferrand si les choses ne s'amélioraient pas. Ce matin, face à ce qu'il faut bien appeler une agression de la part de Laura, je n'ai pas su comment réagir. Ce n'est pas parce-que j'étais d'accord avec ce qu'elle disait mais parce-que, et j'ai honte de le dire, l'agressivité me paralyse. Claire a tout de suite compris que si j'essayais de répondre à chaud, j'allais me faire écrabouiller par quelqu'un de beaucoup plus doué que moi pour la polémique.

Elle est aussitôt venue à mon secours, comme elle sait si bien le faire et, après avoir pris ma défense avec vigueur a décidé de raccourcir notre séjour. J'en ai été désolée mais aussi soulagée. J'ai pu ainsi prendre le recul nécessaire pour me remémorer sereinement et avec une objectivité que je revendique les évènements qui ont ponctué ces dernières vingt-quatre heures.
Bien entendu, je ne suis absolument pas d'accord avec les allégations de Laura. Pour m'en expliquer, je vais passer en revue les moments pendants lesquels Laura et moi nous sommes trouvées ensemble au même endroit et donc susceptibles d'échanger. Rassurez-vous, ce ne sera pas très long.
Margaux commençait par raconter ce qui s'était passé lors de l'arrivée de Laura la veille au matin et leur prise de bec dans la chambre d'amis.
— Je suis certaine que Claire dans une telle situation n'aurait pas dit ”tu te trompes de chambre, celle-ci est la mienne” mais ”qui t'a autorisée à fouiller dans mes affaires ?”. Malheureusement pour moi, je ne suis pas Claire et j'avais à faire à quelqu'un en face de qui je ne faisais pas le poids.
Elle continuait en parlant succinctement de la journée pendant laquelle elles n'avaient eu pratiquement aucun contact avec Laura.
Compte tenu de la difficulté que nous avions à établir un contact avec Laura, nous avons préféré consacrer l'après-midi à notre travail. Nous avons aussi décidé que si nous ne parvenions pas à nous rapprocher de Laura au cours de la soirée, nous retournerions plus tôt à Clermont-Ferrand. Nous avions suffisamment profité de votre gentillesse. C'était le tour de votre fils et de Laura.
Le mel décrivait enfin la soirée en boite de nuit et l'attitude de Laura.
Mais nous n'y sommes pour rien si leurs amis ne sont pas venus. Et ce n'est pas de ma faute si les amis de Claire s'intéressaient plus à moi qu'au bébé de Laura.
Elle concluait.
Ceci est la description honnête et précise de ce qui s'est réellement passé entre Laura et moi. Vous aurez certainement remarqué que nos deux récits diffèrent non pas sur des faits bruts mais sur des intentions et des sentiments. Dans la plupart des cas, c'est sa parole contre la mienne. Mais , maintenant que vous commencez à bien nous connaître toutes les deux, que vous commencez à connaître notre tempérament, je vous engage à vous poser la question : lequel des deux récits est le plus vraisemblable ?
Voilà ! Je n'ai plus rien à ajouter sinon que je suis désolée d'être une cause de soucis pour vous. Croyez bien que c'est involontaire. Je regrette que ce qui s'est passé me prive de la joie de vous revoir dans les prochaines semaines et j'espère pouvoir très prochainement vous faire part de nouveau de toute mon affection.
Je vous embrasse tous les deux de tout mon cœur.
Je vous aime.
Margaux.''
— Et voilà ! Qu'est-ce que tu en penses ?
Claire aurait quant à elle écrit quelque chose de plus percutant mais elle pouvait se permettre d'être agressive avec ses parents, ce qui n'était pas le cas de Margaux. En plus, elle trouvait que c'était bien écrit.
— Dis-donc ! Tu as peut-être du mal à t'exprimer face à quelqu'un d'agressif mais par écrit tu assures. Elle doit avoir les oreilles qui sifflent la Laura !
— Alors, tu penses que je peux l'envoyer comme ça ?
— Moi, je ne changerais pas une ligne.
— Bon ! Alors je l'envoie tout de suite. Du coup, qu'est-ce qu'on fait cet après-midi ?
— Déjà, je vais ranger mes affaires. Après, on se fait à manger et ensuite on va chez ta tante Alice ranger tes affaires à toi. Après, on fera ce qui te fait plaisir.
Margaux savait ce qui lui ferait plaisir. C'était de faire plaisir à Claire. Elle prit donc son téléphone pour appeler le domicile de Muriel. Elle tomba sur son répondeur. Elle essaya alors d'appeler son portable et eut immédiatement une réponse.
— Allo ? C'est toi, Margaux ?
— Oui, c'est moi. Je vois que tu as mis à jour ton répertoire. Je te téléphone pour te souhaiter la bonne année.
— Bonne année à toi aussi, ma chérie. Tu vas bien ? Vos fiançailles se sont bien passées ?
— Oui ! On te racontera tout ça.
— Et Claire, elle va bien ? Elle est avec toi ?
— Elle est en train de défaire ses bagages.
— Vous êtes déjà rentrées ?
— Oui, on est rentrées plus tôt.
Muriel poussa un petit cri de joie puis se mit à appeler.
— Alice, Alice ! Les petites sont rentrées !
S'en suivit une discussion animée puis Muriel revint au téléphone.
— On est en train de se préparer un repas de crêpes avec Alice. Vous voulez venir ?
— Attends ! Je vais prévenir Claire.
Margaux se précipita dans la chambre où Claire avait commencé à déballer ses affaires.
— J'ai Muriel au téléphone. Elle nous invite à manger des crêpes à midi.
Claire lui arracha littéralement le téléphone des mains.
— Allo ma…mounette ?
— Bonne année ma chérie.
La voix de Muriel était légèrement tremblotante. Claire aussi était émue.
— Bonne année mamounette. Vous êtes où ?
— Chez Alice.
— On arrive.
Claire raccrocha et alla chercher les manteaux.
— Le rangement pourra attendre.
— Puis elle prit Margaux dans ses bras et la fit virevolter.
— Ça c'est encore une idée à toi !
Puis, elle remarqua mi gênée, mi heureuse.
— J'ai failli l'appeler maman.
— Mamounette, c'est gentil aussi comme surnom. C'est à cheval entre maman et mamie. Et puis c'est commode pour te rattraper si tu recommences à gaffer.
— Et toi ?
— Quoi moi ?
— Pourquoi tu n'appellerais pas ta tante Alice Mamounette ?
— D'abord, ça ferait copieuse. Ensuite, Muriel aimerait que tu la considère comme une sorte de seconde mère alors que tante Alice revendique plutôt celui de grand-mère. Si je devais l'appeler autrement que tante Alice, je l'appellerais plutôt mamie.
*****
Lorsqu'elles se garèrent dans le jardin de la maison d'Alice, les deux vieilles dames les attendaient sur le perron, emmitouflées dans de grands châles aux motifs indiens semblables à ceux qu'affectionnait Alice mais en version hiver. Alice tendit les bras à Margaux qui se jeta à son cou et l'embrassa tendrement. Plus elle connaissait sa grand-tante, plus elle l'aimait et c'était manifestement réciproque. Claire et Muriel s'approchèrent l'une de l'autre avec timidité. Elles ne s'étaient pas revues depuis l'anniversaire de Margaux et ne savaient pas trop comment se comporter l'une avec l'autre. Elles se tendirent la main comme pour se la serrer puis Claire, après quelques hésitations, attira contre elle une Muriel rayonnante et la serra tendrement dans ses bras.
— Bonne année, Mamounette chérie.
— Bonne année, ma Clairette.
Puis Claire embrassa à son tour tante Alice tandis que Margaux en faisait de même avec Muriel et elles rentrèrent toutes les quatre à l'intérieur. Margaux prit la main de sa tante Alice et y déposa un petit baiser.
— Tu sais que tu es une petite cachotière, Tante Alice. Tu ne m'as jamais fait visiter ton appartement.
— Je ne vois pas comment j'aurais pu faire, ma chérie. Tu n'es jamais là pendant la journée et le week-end tu es à Montluçon. Je ne te vois pratiquement jamais. Bientôt, quand je voudrai te voir, il faudra que je prenne rendez-vous trois semaines à l'avance.
Il y avait un léger reproche dans le ton qu'avait employé Alice. Avant de répondre, Margaux consulta Claire des yeux. Celle-ci acquiesça silencieusement.
— Alors, tu vas être contente. Claire et moi on reste à Clermont-Ferrand tout le mois de janvier. On n'ira plus à Montluçon avant le mois de février. Tu vas pouvoir me gâter.
— Nous allons pouvoir vous gâter car, si j'ai bien compris, tu restes toi aussi à Clermont-Ferrand, Claire.
— Oui, oui ! De toutes façons, j'ai décidé d'aller moins souvent à Montluçon. Le week-end il faut qu'on travaille et le samedi matin on est libres de moins en moins souvent. Alors, si c'est juste pour arriver le samedi en début de soirée et repartir le dimanche en début d'après-midi ça ne vaut pas le coup.
Muriel intervint d'un petit ton tranquille.
— Si je comprends bien, les seuls moments où vous êtes libres, c'est le samedi soir et le dimanche jusqu'en début d'après-midi. Je me trompe ?
— Non, non ! Tu ne te trompes pas.
— Ça pourrait vous intéresser de dîner le samedi soir et de déjeuner le dimanche midi avec deux vieilles dames qui vous concocteraient de bons petits plats et vous gratifieraient d'une conversation édifiante ?
— Si vous pouvez nous certifier que les petits plats seront bons et la conversation édifiante, ça pourrait nous intéresser. Non, je plaisante. Pour ma part, ça me ferait très plaisir et je suis certaine que Margaux pense comme moi.
— D'accord, mais à une condition.
— Laquelle mon petit chou ?
— Moi, je veux en plus des câlins. De gros câlins de ma mamie.
— Ça devrait pouvoir se faire, ma chérie. Bon ! Je vous fais visiter ?
Pour une célibataire sans enfants, Alice avait prévu grand. La maison était en mesure d'accueillir toute une famille. Le rez-de-chaussée était occupé par un grand séjour, un bureau, une cuisine de dimensions confortables et diverses dépendances tandis que le premier étage comportait trois chambres, une pièce qui devait être une quatrième chambre mais qui avait été transformée en salle de gym, une salle de bains et une buanderie. Un petit escalier permettait d'accéder au grenier et à la chambre de bonne occupée par Margaux. Ce dernier étage était aussi desservi par une entrée indépendante située sur l'arrière de la maison. C'était l'entrée que Margaux utilisait lorsqu'elle partait tôt ou rentrait tard.
L'aménagement et la décoration des pièces révélaient une occupante plus attirée par l'aspect fonctionnel que par le côté romantique. Les murs étaient blancs et les meubles, recouverts de stratifié l'étaient aussi. Le sol était en carrelage clair. L'entretien devait être facile : serpillière pour le sol, éponge pour les meubles. Lorsqu'elle s'occupait encore de son commerce, Alice ne devait pas avoir beaucoup de temps à consacrer à l'entretien de son logement et, depuis qu'elle avait pris sa retraite, elle n'avait pas jugé utile de changer ses habitudes.
La cuisine et la buanderie étaient très bien équipées, de même que les salles de bain et de gymnastique. Par contre, l'équipement ”high-tech” se réduisait à une télévision et un téléphone fixe.
L'impression qu'on avait visitant ce pavillon n'avait rien à voir avec celle que donnait la ”bonbonnière ” de Muriel. Margaux avait vu le bureau et le boudoir et entre-aperçu le séjour et les trois pièces étaient à la fois petites et délicieusement aménagées, surtout le boudoir. La chambre devait certainement être du même acabit. Étant donnés les goûts de Claire en matière de décoration, nul doute que la vue de l'appartement de Muriel ne la conforte dans son affection pour celle qui était désormais sa mamounette.
Margaux n'éprouvait aucune jalousie vis-à-vis des sentiments que se portaient la jeune fille et la septuagénaire. D'abord, l'amour que lui prodiguait sa fiancée, sa manière de la protéger en toute circonstances et la confiance aveugle qu'elle lui témoignait ne laissaient planer aucun doute sur ses sentiments. D'autre part, il y avait quelque chose de tellement naturel dans ce qui se passait entre Claire et Muriel qu'on avait presque l'impression qu'elles étaient unies par les liens du sang. En y réfléchissant, Muriel qui était remarquablement conservée pour son âge paraissait dix ans de moins qu'elle en avait en réalité et Claire faisait bien vingt-cinq ans au lieu de presque vingt-et-un de sorte qu'en les voyant passer bras dessus bras dessous dans la rue, on aurait pu croire croiser une mère et sa fille. De nos jours, avoir un enfant à quarante ans n'est pas si rare que ça. Et puis, Margaux les aimait tellement toutes les deux qu'elle était heureuse de les voir si bien s'entendre.
Comme elle et sa mamie ! Sa mamie ! C'était bizarre ; il y avait à peine plus d'une heure, elle avait parlé de l'appeler ainsi comme d'une simple éventualité et tout à l'heure, ça lui était venu tout naturellement. Compte tenu du plaisir qu'elle avait ressenti en le disant et de l'émotion qu'elle avait déclenchée chez sa grand-tante elle décida de l'appeler comme ça dorénavant.
Après avoir visité la maison, elles se rendirent dans la cuisine où trônait une grande jatte remplie de pâte à crêpes. Il devait bien y avoir de quoi faire une bonne trentaine de crêpes. Alice commenta.
— Quand Muriel m'a dit que vous veniez, j'ai pensé qu'il n'y aurait pas assez de pâte alors j'en ai préparé un peu plus.
— Tu comptes nous faire prendre combien de kilos, Mamie ?
Alice regarda Margaux l'air enchantée avant de répondre.
— Ça n'est jamais que de la farine.
— Et des œufs.
— Oui, j'oubliais.
— Et du lait.
— Demi écrémé.
— Du beurre.
— Je n'avais pas de crème.
— Et, peut-être un peu de kirsch.
— Juste un verre pour le goût.
— Grand, le verre ?
— Tu ne vas pas chipoter sur la taille du verre ! C'est l'hiver. Il fait froid l'hiver ! Et puis, il n'y a que des choses faciles à digérer.
— Si tu le dis. Bon ! alors qui s'y colle ?
— Moi ! se proposa Claire. Je suis là reine des crêpes.
— J'avais cru remarquer.
— Au sens propre !
Après avoir copieusement graissé la crêpière antiadhésive, Claire y déposa une petite louche de pâte qu'elle étala avec une raclette et fit cuire une première crêpe. Voyant que Margaux l'observait fascinée par ses gestes et, en particulier, par son art de faire sauter la crêpe pour la retourner, elle lui expliqua complaisamment ce qu'elle faisait.
— Tu vois, Margaux, juste un petit coup sec du poignet et la crêpe se retourne toute seule. Ça permet de la saisir des deux côtés sans que l'intérieur ne soit trop cuit et qu'elle soit complètement cramée d'un côté.
Margaux suivit attentivement le processus de fabrication. Claire faisait à chaque fois des crêpes parfaitement rondes avec une facilité déconcertante. Au bout d'une dizaine de crêpes elle décida de prendre la suite.
— Finalement, ça n'est pas compliqué du tout. Je suis sûre de faire ça aussi bien que toi.
Elle s'empara de la crêpière et y versa une petite louche de crème qu'elle tenta d'étaler puis, voyant qu'il n'y avait pas assez de pâte, décida d'en rajouter. Elle avait maintenant assez de pâte pour couvrir le fond de la crêpière. Elle en avait même un peu trop. Comme la pâte qu'elle a ait versée au début avait déjà commencé à cuire, la deuxième couche avait tendance à rester liquide alors que le dessous commençait à fumer. Elle dût décoller la partie de la crêpe qui n'avait pas encore fini de cuire avec une spatule que Claire lui avait tendue sans faire le moindre commentaire. Elle secoua la crêpière avec prudence et, constatant que la crêpe était décollée, donna un petit coup sec du poignet comme elle avait vu procéder Claire. Un bord de la crêpe se souleva légèrement mais ce fut tout. Un deuxième essai se conclut par le même résultat. Il fallait donner une secousse beaucoup plus forte, ce qu'elle fit d'un grand geste du bras.
La crêpe se détacha enfin mais au lieu de monter à la verticale, elle exécuta une superbe parabole en direction de Claire qui s'écarta précipitamment et termina sa course sur le carrelage (la crêpe ! pas sa reine !) . Claire s'empressa de jeter la crêpe à la poubelle et de nettoyer par terre tandis que Muriel constatait d'un ton encourageant.
— Moi je suis certaine qu'elle était très bonne cette crêpe.
Margaux reposa la crêpière avec autant de dignité qu'elle put.
— Finalement, ça n'est pas si drôle que ça de faire des crêpes.
Elle alla ensuite se réfugier en boudant sur les genoux de sa mamie qui la serra tendrement dans ses bras. Dieu ! Que c'était agréable de régresser de temps en temps !
Lorsque Claire eut préparé une vingtaine de crêpes, elle nettoya soigneusement les saletés qu'elle n'avait pu éviter de faire sur les plaques électriques du fourneau pendant que, suivant les instructions d'Alice, Margaux transvasait la pâte à crêpes restante dans une bouteille qu'elle rangea dans le réfrigérateur. Elles nettoyèrent la table de cuisine et mirent le couvert. Alice et Muriel n'avaient prévu que du sucré pour garnir les crêpes : sucre en poudre, miel, confitures allégées, pâte à tartiner et chocolat en poudre leur permettraient de varier les plaisirs. Une bouteille de cidre doux ajoutait un supplément de gaité à un repas ressemblant plutôt à un goûter compte tenu de l'heure.
Elles s'attablèrent et commencèrent à savourer les crêpes encore chaudes, chacune choisissant la garniture satisfaisant le plus sa gourmandise. Pendant qu'elles se régalaient, Claire et Margaux racontèrent à la demande d'Alice leur séjour à Montluçon. L'exercice ne fut pas des plus faciles. A plusieurs reprises elles faillirent gaffer, en particulier en parlant de la visite d'Henri et d'Angélique le jour de Noël. Emportée par l'enthousiasme, Claire avait commencé à brandir sa gourmette obligeant Margaux à cacher précipitamment son bras sous la table et de transférer discrètement la sienne dans la poche de son jean. Fort heureusement, Muriel, qui partageait leur secret, réussit à détourner l'attention d'Alice grâce à une remarque n'ayant aucun rapport avec le sujet abordé. Claire essaya ensuite de ne pas trop s'étendre sur les difficultés qu'avait rencontré Margaux avec Laura et qui expliquait leur retour prématuré à Clermont-Ferrand.
Elle ne put néanmoins éviter qu'Alice fasse preuve d'un certain étonnement.
— Et, c'est à cause de ça que tu ne vas pas fêter ton anniversaire la semaine prochaine à Montluçon ?
Muriel réussit de nouveau à sauver la situation.
— Est-ce que ça veut dire que dans votre famille, on respecte la tradition des vingt-et-un ans.
Puis, sans transition, elle expliqua.
— Dans le temps, la majorité était à vingt-et-un ans. C'était encore le cas du temps de notre jeunesse. Dans certaines régions comme la Bourgogne, mais aussi plus bas, jusque dans l'Allier, il était de tradition de ne pas fêter en famille le vingt-et-unième anniversaire. Notez que ça n'empêchait pas de faire des cadeaux et qu'ensuite on recommençait à fêter normalement l'anniversaire de la personne. C'était donc juste un rite de passage. Maintenant, la majorité est à dix-huit ans mais le rite n'a pas changé.
Claire saisit la balle au bond.
— C'est exact. J'avoue que j'ai été un peu déçue quand mes parents me l'ont annoncé à l'occasion de mes vingt ans mais finalement, (elle éclata d'un rire joyeux) j'aurai quand même droit à mon cadeau la prochaine fois que j'irai à Montluçon !
— Et puis tu auras quand-même droit à une fête avec nous.
— Oui et j'en serai très heureuse.
Vers dix-neuf heures, elles décidèrent de quitter leurs protectrices. Elles voulaient faire le point sur ce qu'elles voulaient encore réviser pendant ce dernier week-end de vacances. D'autre part, Claire tenait à ranger les bagages qu'elle n'avait pas eu le temps de déballer en arrivant. Pendant le trajet, Elle ne put s'empêcher de remarquer.
— Tu as réalisé dans quel pétrin j'ai failli tomber tout à l'heure ?
— Lequel ?
— Quand ta mamie (puisque maintenant tu l'appelle comme ça) s'est étonnée que je ne fête pas mon anniversaire avec mes parents.
— Heureusement, Muriel a pu donner une explication crédible à la chose.
— Une explication bidon, tu veux dire.
— Pourquoi ? Ce n'est pas une tradition ?
— Tu plaisantes ? Muriel à tout inventé.
— Tu es sûre ?
— Certaine. Elle m'a fait un petit signe de connivence.
— En tout cas moi, je l'ai crue.
— Peu importe mais ça veut dire qu'avec cette idée de ne rien dire à ta mamie, on va finir par faire une gaffe qu'on n'arrivera pas à rattraper et Alice nous en voudra à mort et elle en voudra aussi à Muriel. Je trouverais très injuste que la gentillesse de mamounette lui retombe dessus.
— Ne t'en fais pas pour ça, ma douce. Le jour où mamie apprendra que nous sommes en couple, j'assumerai tout et je lui expliquerai que c'est à cause de moi si vous ne lui en avez pas parlé. Mamounette n'aura pas à souffrir de la situation.
— Tu sais, je crois que plus ça va, plus je m'attache à elle. C'est quelqu'un de rare. Tu vois, mon cœur est comme une pyramide faite de cases distinctes. Au sommet, il y a la case ”amour de ma vie” dans laquelle il y à toi toute seule. Si je devais la définir plus précisément, je paraphraserais Montaigne parlant de La Boétie ” parce-que c'est toi et parce-que que c'est moi”. Comme elle est au sommet, elle est forcément toute petite, mais ça ne fait rien parce qu'elle ne peut contenir qu'une seule personne. En dessous, il y a deux cases. La première est la case ”amour filial”. C'est là que se trouvent mon papa et ma maman. La deuxième, je l'appellerais ”amour” tout simplement . C'est là que se trouve Muriel. La principale différence entre cette case et les deux autres c'est que, contrairement à celles-ci, je suis capable de donner les raisons pour lesquelles quelqu'un se trouve dans cette case. Et puis, il y a une quatrième case en dessous des précédentes. Elle est beaucoup plus grosse que ces dernières parce qu'elle contient toutes les personnes pour lesquelles j'éprouve de l'affection ou même simplement de la sympathie. Si je dois un jour faire un choix entre deux personnes, je choisirai celle qui est dans la case la plus haute.
— Ta description est à la fois très romantique et très mécaniste mais je l'aime bien. Mais dis-moi. Comment tu fais si les deux personnes sont dans la même case ou dans des cases adjacentes ?
— J'analyse la situation et j'essaye d'être le plus juste possible. Mais, tu sais, ce que je te décris, c'est plus un constat qu'une règle de fonctionnement.
— Mais, ça veut dire qu'entre Muriel et ta maman, tu pourrais choisir Muriel ?
— Hier, je t'aurais dit que non mais, après ce qui s'est passé ce matin et cet après-midi, j'en suis moins certaine.
— C'est horrible ce que tu dis ! C'est quand même ta mère.
— Ah oui ? Alors, construis ta pyramide et dis-moi qui tu choisirais : ta mamie ou ton père ?
— Ma mamie, bien sûr ! Répondit Margaux sans réfléchir. Puis elle devint écarlate.
— Tu vois mon ange, reprit Claire doucement, moi je ne trouve pas ça horrible. Ta mamie t'adore et ne perd pas une occasion de te le montrer tandis que ton père semble incapable de te faire autre chose que la morale. En ce qui concerne ta maman, je suppose qu'elle sait lire et écrire mais j'en serai certaine si tu reçois un jour au moins un SMS ou une carte de vœux, ce qui, si je ne m'abuse, n'est encore jamais arrivé depuis que je te connais. Ce serait pour moi une agréable surprise si elle t'avait donné des nouvelles et que tu n'avais pas pensé à m'en parler.
Margaux secoua la tête tristement. Claire conclut.
— Je ne sais pas pour toi mais il ne doit pas y avoir grand monde dans la case ”amour filial ” de la pyramide de tes parents.
*****
Elles furent interrompues par la sonnerie du portable de Margaux indiquant l'arrivée d'un SMS. Il était envoyé par Alice : J'ai pris un premier rendez-vous pour tes cours de conduite. Demain à onze heures, auto-école du rond-point.
— Mon dieu ! mais je ne suis pas prête ! C'est trop tôt !
— Mais, ma chérie, il n'y a rien à préparer. Tu t'assieds à la place du conducteur, tu écoutes bien ce qu'explique le moniteur et tu fais ce qu'il te dit. Ça n'est pas compliqué.
— Mais je ne suis pas prête … psychologiquement ! On pourrait peut-être téléphoner pour dire que j'ai un cours, que je suis désolée et que je téléphonerai ou plutôt que j'essayerai de leur téléphoner la semaine prochaine ou plus tard pour prendre un autre rendez-vous. Tu ne crois pas ?
— Non, je ne crois pas. Demain matin, je passe te chercher à dix heures et si tu n'es pas prête, je te prends par la peau des fesses, je te fourre de force dans la voiture et je t'amène manu-militari à l'auto-école du rond-point.
— Ça, ce n'est pas gentil !
— Non, ce n'est pas gentil. Mais c'est comme ça !
— Eh bien, si j'ai un accident ça sera entièrement de ta faute. Sur le constat, je mettrai que Claire Lefront est responsable de l'accident parce qu'elle m'a obligée à prendre ma leçon de conduite alors que je n'étais pas prête psychologiquement. Peut-être qu'on te retirera des points sur ton permis. Tu devrais y réfléchir.
— C'est tout réfléchi. Je prends le risque.
Lorsque Claire eut fini de ranger ses affaires, elles rebranchèrent la box et rallumèrent tablettes et PC. Avant de se remettre à travailler, elles consultèrent leur messagerie. Claire avait un message de sa maman. Elle lui exprimait combien elle regrettait qu'elle ait décidé de ne pas venir le week-end du neuf janvier à Montluçon mais que c'était sans doute mieux ainsi. Elle avait bien reçu le mail d'explication de Margaux et voulait bien admettre qu'elle n'avait pas voulu blesser Laura et avait seulement fait preuve de maladresse à son égard. Le temps passant, les choses finiraient bien par s'arranger toutes seules. Elle concluait en proposant à Claire de lui envoyer son cadeau d'anniversaire par la poste. Claire, furieuse de la réponse de sa mère qui était plus une fin de non-recevoir qu'un message d'apaisement lui envoya en retour un message très sec.
Constatant qu'elles ne faisaient pas la même lecture du mail de Margaux, elle précisait que ce dernier n'était pas un mail d'explication mais un mail de mise au point indiquant comment les choses s'étaient réellement passées. Elle concluait en observant que le propre d'un cadeau d'anniversaire étant justement de fêter un anniversaire, il lui paraissait préférable d'attendre des jours meilleurs ou, pourquoi pas, dans un an, pour en reparler.
Julie Lefront n'avait pas envoyé de réponse à Margaux mais son époux en avait envoyé une : ”Ma petite Margaux, j'ai bien reçu ton mail de mise au point et je t'en remercie. Il est clair et détaillé et m'aurait convaincu de ta bonne foi et, en conséquence, de la mauvaise foi de Laura si je ne l'avais pas été dès le départ. Je ne m'étendrai pas sur ce que je pense de cette dernière mais je ne pense pas que sa relation avec David ait un grand avenir. Julie attend avec impatience la naissance du bébé de Laura, moi c'est plutôt avec inquiétude. Une inquiétude que je ne ressens aucunement en ce qui vous concerne, Claire et toi, tant vous me paraissez faites l'une pour l'autre. Une inquiétude par contre en ce qui concerne ma Julie. Je crois qu'elle tombera de haut le jour où elle réalisera qui est réellement Laura. Elle aura alors besoin de tout mon amour et du vôtre.
Je t'embrasse très fort. Embrasse Claire pour moi. Elle sait combien je l'aime.”
— Ça, c'est tout mon papa, murmura Claire.
— En tout cas, moi je sais dans quelle case il va aller, ton papa. Il va aller dans la même case que celle où tu as mis Muriel.
Brusquement, Margaux éclata de rire.
— Tu sais où j'ai mis Laura ?
— Pas bien haut, je suppose ?
— Au quatrième sous-sol !
— Eh bien moi, je la mets carrément dans les catacombes. Na !
Lorsque Claire passa chercher Margaux le lendemain matin pour l'amener à sa première leçon de conduite, elle trouva cette dernière déjà habillée de pied en cape, arpentant nerveusement les quelques mètres carrés de sa petite chambre.
— Tu crois qu'ils sont sévères dans cette auto-école ?
— Ils s'attendent certainement à ce que tu fasses preuve de sérieux et de motivation, mais c'est tout. Je n'appelle pas ça de la sévérité.
— Je veux dire, si je suis maladroite, que je cale tout le temps ou que je me trompe de pédale.
— Rassure-toi, tout le monde a des difficultés au début. Ils le savent et sont justement là pour t'apprendre comment faire. Ils ne sont pas là pour te juger mais pour t'aider. Dis-moi, qu'est-ce c'est tout ce fourbi que tu as mis dans ta sacoche ?
— C'est pour prendre des notes.
— Ah bon ? Alors quand le moniteur te dira de passer la seconde, tu lui dira : ”attendez que je note” ?
— Je peux au moins enregistrer un compte-rendu de ce que je fais sur mon smartphone.
— Comme si tu téléphonais.
— C'est ça.
— Et tu es au courant qu'on ne doit pas téléphoner en conduisant ?
— Ah oui.
— Alors, tu laisses ta sacoche ici. Tu as juste besoin de ta carte d'identité. Et surtout, aie un peu plus confiance en toi. Je suis certaine que tout se passera très bien.
Quand elles arrivèrent devant l'auto-école, Margaux était un peu fébrile et lorsqu'elle s'installa au volant elle tremblotait tellement qu'elle dut s'y reprendre à deux fois avant de boucler sa ceinture. Elle avait réussi à communiquer sa nervosité à Claire qui ne put se résoudre à s'éloigner pour aller faire quelques achats et préféra attendre dans sa voiture en écoutant la radio. Pourtant, le moniteur, un homme d'une soixantaine d'années au physique débonnaire, visiblement attendri par la blondinette, ne risquait pas de la traiter avec brusquerie.
Lorsque la voiture de l'auto-école revint se garer à sa place habituelle non sans quelques à-coups, Margaux avait l'air beaucoup moins nerveuse. Elle bavarda avec animation avec le moniteur avant de descendre et de se précipiter vers Claire sous le regard toujours attendri du vieux monsieur.
— Alors, mon ange ? Comment ça s'est passé ?
— Très bien ! Je n'ai calé que trois fois.
Elles allèrent retrouver le moniteur qui confirma.
— Margaux est très appliquée et soucieuse de bien faire. Je suis très content d'elle. Viens avec moi, Margaux, il faut que je te donne les informations nécessaires pour le code. Et puis il faut que je te donne ton prochain rendez-vous.
— Je te suis, Roger.
Elles suivirent le dénommé Roger à l'intérieur et convinrent de l'heure de la prochaine leçon : le mardi suivant à midi trente.
— Pour le règlement ?
— Je vois ça avec ta mamie.
— Alors à mardi.
Margaux fit une petite bise à Roger et sortit guillerette en lui faisant un petit signe de la main.
Roger la regarda un peu songeur.
— Je me demande pourquoi j'ai envie de l'appeler mon petit chou.
— Oui, elle fait souvent cet effet-là.
Une fois dans la voiture, Claire éclata de rire puis apostropha Margaux d'un ton faussement grondeur.
— Dis donc, ça t'arrive souvent de séduire les vieux messieurs ?
— Je ne les séduis pas. Je suis polie.
— Le bisou, c'est un bisou de politesse ?
— Non mais j'ai remarqué qu'ils aiment beaucoup ça.
— Tu m'étonnes !
— Évidemment, tu ne peux pas comprendre. Toi tu ne pourrais pas faire la même chose.
— Je ne vois pas pourquoi.
— Tu te retrouverais en prison.
— Moi ?
— Homicide involontaire. On a le cœur fragile à cet âge.
Elles retournèrent rapidement chercher la sacoche que Margaux avait finalement laissée dans sa chambre puis se rendirent dans le petit appartement de Claire où, après avoir pris un repas rapide, elles reprirent leurs révisions. Aux environs de dix-neuf heures, elles s'arrêtèrent et rangèrent rapidement leurs affaires avant de retourner chez Alice pour le repas du soir. Elles passèrent une soirée merveilleuse, accueillies et traitées comme des princesses par les deux vieilles dames aux petits soins dont le seul souci était de leur témoigner leur affection.
*****
Au cours de la soirée, elles eurent l'occasion de parler du logement dont disposait Claire à Clermont-Ferrand. Margaux en fit une description enthousiaste qui fit une forte impression sur Alice, en particulier lorsqu'elle décrivit la chambre de Claire. Cette dernière proposa alors d'organiser une visite le lendemain matin .
— Vous pourriez venir toutes les trois en début de matinée. Je vous ferais visiter et nous reviendrions toutes les quatre ici pour préparer le repas ensemble.
— C'est une très bonne idée, s'exclama Muriel ravie. Découvrir où tu vis et préparer le repas en famille, ce sera du pur bonheur. Qu'en pense-tu, Alice ?
— C'est une excellente idée. Je suis curieuse de voir la chambre dont la décoration plaît tant à ma petite-fille. Ça va me donner des idées pour ta nouvelle chambre, ma chérie.
— Ma nouvelle chambre ?
— Oui. C'est complètement stupide de te laisser dormir dans une petite chambre de bonne alors qu'il y a au premier deux chambres inoccupées qui sont beaucoup plus grandes. Je vais donc t'attribuer une des deux chambres. Celle qui est à côté de la mienne, je la réserve à Muriel pour quand elle reste coucher et l'autre qui est près de l'escalier du second sera dorénavant ta chambre. Comme ça tu gardes ton indépendance. Quand tu rentres tard, tu peux passer par derrière pour rentrer mais tu auras aussi une clé de l'entrée principale. La seule chose que je te demande, c'est d'éviter de faire trop de bruit le matin en faisant ta toilette et en prenant ton petit-déjeuner.
Margaux poussa un petit cri de joie et se jeta dans les bras de sa mamie.
— Je vais avoir une belle chambre ! Merci, mamie !
— Je suis contente que ça te plaise, ma chérie. Je ne supportais plus de te voir dans cette chambre de bonne minuscule, obligée de te contorsionner pour t'habiller ou préparer ton petit déjeuner. Si tu veux, tu peux prendre possession de ta nouvelle chambre dès lundi soir. La femme de ménage passe lundi matin. Je lui demanderai de faire le lit et un ménage complet.
— Qu'est-ce que tu vas faire de la chambre de bonne ?
— Tu es intéressée ?
— Non, pas vraiment. Je me disais que tu pourrais la louer à un étudiant ou une étudiante.
— Je ne sais pas. Je n'en ai pas très envie. Je crois que pour l'instant je vais la laisser telle qu'elle. Plus tard on verra. Tu en auras peut-être besoin.
Le lendemain matin, Claire leur fit visiter son appartement. Elle s'était levée tôt afin de le nettoyer à fond et de ranger soigneusement tout ce qui traînait. Le logement était dans un état impeccable lorsque les visiteuses se présentèrent. Claire leur fit faire complaisamment le tour du propriétaire, un bras protecteur affectueusement posé sur les épaules de celle qu'elle appelait maintenant sa mamounette. Alice s'intéressa plus particulièrement à la chambre à coucher.
— C'est toi qui as choisi la décoration de ta chambre ?
— Oui et non. Moi, j'ai demandé une chambre dans les tons de rose mais ce sont mes parents et surtout maman qui sont allé voir dans les magasins ce qui existait en rose.
— Ils se sont adressés directement à des artisans ?
— Je ne crois pas. Ils sont allés au centre commercial ‘'Jaude'' dans un magasin spécialisé qui vend des revêtements de sol et des revêtements muraux. Mais ceux-ci font appel à des artisans en qui ils ont confiance pour la pose.
— Et pour les meubles ?
— Ils sont aussi allés au centre commercial. Il paraît qu'il y a un très bon choix.
— En tout cas, c'est très joli et l'aménagement du séjour est aussi très réussi. C'est à la fois fonctionnel et élégant. Ça va me donner des tas d'idées pour mon chez moi.
— Tu ne vas pas tout refaire, tout de même ! intervint Muriel.
— Non mais je pourrais changer deux ou trois choses par-ci, par-là, faire changer certains revêtements muraux qui commencent à me sortir par les yeux ainsi qu'un ou deux meubles.
— Sois quand même prudente. Tu commences par changer juste un petit meuble et tu t'aperçois que le nouveau jure avec le reste, ne serait-ce que parce qu'il est neuf. Finalement, de proche en proche, tu finis par tout changer. Souviens-toi pour mon boudoir.
— Il est très joli, ton boudoir. Il ne faut rien regretter.
— Je ne regrette rien, mais j'ai explosé mon budget et ma chambre devra attendre.
Elles restèrent quelques dizaines de minutes à discuter puis retournèrent chez Alice pour préparer le repas de midi. L'ambiance était très douce, les marques d'affections nombreuses et le quatuor qu'elles formaient était en train peu à peu de devenir une évidence.
C'était le dernier jour des vacances, aussi les deux jeunes filles s'autorisèrent un petit supplément de liberté avant de retourner travailler mais, quand les vingt heures sonnèrent, elles avaient tout de même travaillé trois bonnes heures. Il était temps de reprendre les bonnes habitudes : Après un repas léger, elles installèrent les coussins en face de la télévision. Claire s'assit, Margaux vint se pelotonner sur ses genoux, elles s'enveloppèrent dans le grand plaid et se préparèrent à passer une nouvelle plus belle soirée de leur vie à grand renfort de baisers et de pop-corn.
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Gubbe
19 janvier 2025 à 12:05
C’est un plaisir de lire. Cela met un rayon de soleil en cet temps incertain. Merci
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Rapido49
14 janvier 2025 à 13:02
Oui vivement le 16 01 toujours un plaisir de lire.
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Moutcho
14 janvier 2025 à 07:36
Vivement le 16 janvier pour la suite
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LecteurNu
13 janvier 2025 à 22:44
Je devore chaque épisode c'est une pure merveille leçon d'amour ça fait du bien dans ce monde rongé par la violence et l'argent.
Grand merci
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Gaynudiste74
13 janvier 2025 à 15:28
Quel plaisir de lire ce nouvel épisode attendu avec impatience vivement le 16 janvier
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OlivX
13 janvier 2025 à 15:20
Encore un vrai plaisir de retrouver nos 2 amoureuses.
Elles se font bichonner par Muriel et tante Alice :)
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