Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Si jolie — Chapitre 18
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Si jolie
Chapitre 18
Dès le début du mois de mai, les travaux d'aménagement concernant l'escalier et la salle de bains purent être lancés et tout fut terminé avant la fin du mois. David put donc commencer à venir passer le week-end à Clermont-Ferrand.
Les débuts furent un peu difficiles. Ni Alice, ni Muriel n'avaient eu l'occasion de cohabiter avec une personne de sexe masculin depuis la fin de ses études pour Muriel, depuis le jour où son époux l'avait fichue à le porte pour Alice. Cela entraina quelques situations gênantes, en particulier lors du partage de la salle de bains car elles n'avaient pas l'habitude de s'enfermer lorsqu'elles l'utilisaient. David crut bon d'essayer de détendre l'atmosphère par quelques traits d'humour mais ces derniers tombèrent complètement à plat. Heureusement les choses finirent par s'arranger toutes seules. Alice et Muriel prirent l'habitude de fermer le verrou quand elle utilisaient la salle de bains et David prit celle de ne l'utiliser que le dimanche matin très tôt, avant que les autres ne se lèvent. Comme, par ailleurs, il avait à cœur de se conduire avec discrétion et politesse avec elles, les deux vieilles dames l'adoptèrent rapidement.
Pour séduire Gwendoline, il trouva un ‘'truc'' assez simple mais qui se montra très efficace. Il se rendait dans la chambre de sa fille et descendait de son fauteuil roulant. Il rampait ensuite pour s'emparer de quelques jouets dans le coffre à jouets et commençait à s'amuser avec eux sous le regard un peu étonné de la petite fille qui se demandait qui était cet intrus qui lui prenait ses jouets. Elle venait alors vers lui pour les lui reprendre mais il réussissait à les garder hors de portée tout en profitant de la situation pour lui faire des chatouilles. Il devint ainsi rapidement un copain de jeu pour elle. Quand il la rejoignait dans sa chambre, elle se précipitait vers le coffre à jouets et y puisait quelques joujoux qu'elle jetait dans sa direction pour le provoquer.
Les week-ends passés à Clermont-Ferrand faisaient un bien fou à David. L'ambiance chaleureuse qui régnait dans la villa, la gentillesse des deux vieilles dames et l'affection que lui témoignaient aussi bien Claire que Margaux le changeaient agréablement de la solitude dans laquelle il vivait à Montluçon pendant la semaine, son père étant avant tout préoccupé par son activité professionnelle. Mais c'étaient les heures passées auprès de Gwendoline qui lui étaient les plus précieuses. Lorsqu'il était auprès de sa fille, il en arrivait à oublier son handicap et pendant le restant de la semaine, il passait les heures qu'il ne consacrait pas à son travail à penser à Gwendoline, aux jeux qu'il partagerait avec elle et aux petits pots qu'il lui donnerait lui-même à midi. Ce n'était peut-être pas une activité très intellectuelle mais, c'était ça qui le rendait heureux.
La fin de l'année universitaire avait été plutôt mouvementée l'année précédente. A la fois dramatique , lors de la rupture entre Margaux et ses parents mais particulièrement positive en raison du soutien d'Alice, devenue depuis sa mère adoptive et aussi des brillants résultats obtenus par le binôme qu'elles avaient constitué dès le mois de septembre précédent et qui leur avait apporté à la fois le bonheur et la réussite.
Deux-mille-vingt-et-un fut l'exact contraire de deux-mille-vingt : Après un début cataclysmique, aucun évènement dramatique n'était venu perturber l'harmonie régnant au sein de ce qui ressemblait de plus en plus à une famille. Peut-être pas une famille classique, étant donné la faiblesse de la représentation masculine mais une famille tout de même étant donné les liens affectifs existant entre ses membres.
Ce fut par contre du côté des études que les résultats furent décevants. Elles n'avaient pas aussi bien travaillé que lors de la première année. La mort de Laura et de Julie Lefront et l'arrivée de Gwendoline les avaient complètement désorganisées et leur choix de privilégier systématiquement le suivi en distanciel des cours les avait coupées du personnel enseignant, leur faisant perdre l'avantage qu'apporte le dialogue avec ce dernier. Elles s'étaient aussi beaucoup dispersées à cause de leur mariage et des démarches et recherches diverses entreprises à cause de Gwendoline. Enfin, étudier avec un bébé sur les genoux ou en train de gazouiller dans la même pièce n'est pas le meilleur moyen de se concentrer surtout quand l'instinct maternel s'en mêle.
Si leurs résultats avaient été brillants l'année précédente, ils furent cette année-là à peine moyens. C'était suffisant pour passer en troisième année mais certainement pas pour aller jusqu'au bout d'études parmi les plus exigeantes du cursus universitaire.
Claire prit la chose avec philosophie et détermination. Elle réfléchissait déjà à la meilleure manière de s'organiser pour éviter autant que possible les écueils auxquels elles s'étaient heurtées cette année-là. Elle s'en était ouverte à Muriel qui était prête à payer les services d'une nounou à domicile pour les aider, Alice et elle, à s'occuper de Gwendoline jusqu'à ce que cette dernière soit en âge d'aller à la maternelle.
Margaux prit les choses nettement moins bien. Ses parents et, surtout son père, n'avaient pas cessé de mettre en doute ses capacités d'aller jusqu'au bout de ses études. Les résultats brillants qu'elle avait obtenus jusqu'à ce jour l'avaient convaincue que ses parents se trompaient en la sous-estimant. Les résultats seulement moyens de cette deuxième année la convainquirent du contraire et elle s'effondra littéralement en les apprenant.
— C'est mon père qui avait raison. Jamais je n'y arriverai ! J'aurais mieux fait de l'écouter. J'ai raté mon année et saboté la tienne. Tu t'en serais mieux sortie sans moi !
Claire essaya de la consoler et de la raisonner mais à la fin, elle se mit carrément en colère.
— Arrête de pleurnicher et de dire des bêtises ! Ca va bien comme ça ! On ne l'a pas ratée, notre deuxième année ! On ne l'a pas très bien réussie mais on ne l'a pas complètement ratée non plus. On passe en troisième année. Si nos résultats sont moins bons que ce que nous espérions, ce n'est pas parce que nous ne sommes pas au niveau. C'est parce que nous avons voulu trop en faire ! trop tôt ! Et puis ce n'est pas tous les jours qu'on a sa maman qui meurt !
Sa voix s'étrangla et elle se mit à pleurer.
— Tu vois, tu me fais pleurer !
Margaux se précipita pour la prendre dans ses bras, son propre chagrin oublié mais la jeune femme se reprit, sécha ses larmes et continua.
— Tu dis que tu as saboté mon année, mais c'est le contraire qui s'est passé. C'est toi qui m'as portée à bout de bras sans te plaindre quand j'étais en pleine dépression et que je me raccrochais à toi. C'est toi qui t'es occupée de Gwen nuit et jours alors que je n'avais ni la capacité ni même l'envie de t'aider. Si je ne t'avais pas eue, j'aurais complètement coulé ! Tu parles d'un sabotage !
Elle continua plus calmement.
— Mamounette et maman Alice sont prête à nous aider encore un peu plus en engageant une nounou mais j'ai eu David au téléphone et il est prêt à assumer son rôle de père sur le plan financier. Entre sa pension d'invalidité et son salaire de développeur, il gagne maintenant très bien sa vie, d'autant plus que les assurances commencent à assumer les leurs, de responsabilités. Dorénavant, il va nous verser une pension alimentaire destinée à pourvoir à l'entretien et à l'éducation de Gwen. Il veut aussi participer aux frais quand il vient pour les Weekends à Clermont-Ferrand, mais nos mamans ne veulent pas. Tu vois, on va de nouveau avoir une vie tranquille qui nous permettra de nous concentrer sur nos études comme pendant notre première année. Cet été, on met en route le dossier d'adoption de Gwen et c'est tout. Il prendra le temps qu'il faudra, rien ne presse. Même s'il faut attendre plusieurs années pour que l'adoption devienne une réalité, on n'aura même pas vingt-cinq ans à ce moment-là. Bien des couples on leur premier enfant après cet âge-là.
— L'argent que David va verser, ce sera sur ton compte ?
— Non, je vais ouvrir un deuxième compte pour ça. Je vais être obligée de tenir deux comptabilités, une pour nous et une pour Gwen. Alors, avec deux comptes séparés ça sera plus simple. C'est la banque qui fera le travail. Moi, il me suffira de contrôler. Ah oui ! j'oubliais ! David m'a appris que papa avait réussi à trouver un nouveau médecin pour remplacer ma maman. C'est une femme. D'après David, elle n'est pas débutante. Elle.
— L'argent que David va verser, ce sera sur ton compte ?
— Non, je vais ouvrir un deuxième compte pour ça. Je vais être obligée de tenir deux comptabilités, une pour nous et une pour Gwen. Alors, avec deux comptes séparés ça sera plus simple. C'est la banque qui fera le travail. Moi, il me suffira de contrôler. Ah oui ! j'oubliais ! David m'a appris que papa avait réussi à trouver un nouveau médecin pour remplacer ma maman. C'est une femme. D'après David, elle n'est pas débutante. Elle.
doit avoir une bonne dizaine d'année de moins que papa, mais ce n'est pas une débutante. Elle s'appelle Madeleine Boisbrulé. David n'en sait pas plus pour l'instant.
XXVI PETIT-PORT-PHILIPPE
Claire désirait traiter le problème des grands-parents de Gwendoline le plus rapidement possible afin d'être tranquilles. Elle leur avait téléphoné dès le lendemain des derniers résultats et réussi à fixer la date du mercredi de la semaine suivante pour aller les voir à Petit-Port-Philippe.
— lundi, la plupart des commerces sont fermés. Pas question de faire notre enquête à Lille ce jour-là. Nous voyagerons lundi et nous ferons notre enquête mardi. mardi soir j'ai retenu notre hôtel à Petit-Port-Philippe jusqu'au lundi suivant. mercredi on va voir les parents de Laura et ensuite ce sont les vacances avec Gwen.
— Tu crois que ça va marcher ?
— Evidemment ! sinon on n'irait pas là-bas. De toute façon je ne repartirai pas avant qu'ils aient signé la renonciation.
— Tu as l'air bien sûre de toi.
— Oui ! c'est ma marque de fabrique.
— Tu crois que ça va marcher ?
— Evidemment ! sinon on n'irait pas là-bas. De toute façon je ne repartirai pas avant qu'ils aient signé la renonciation.
— Tu as l'air bien sûre de toi.
— Oui ! c'est ma marque de fabrique.
Le lundi matin, elles remplirent le coffre de la BMW avec les bagages qui leurs seraient nécessaires pour une semaine de vacances avec Gwendoline, à savoir deux grosses valises chargées de bien plus de vêtements que nécessaire pour chacune car elles avaient l'intention de faire des effets de toilettes le soir dans les restaurants. S'y ajoutaient, outre une poussette-canne, une pharmacie complète permettant de faire face à n'importe quel problème depuis la piqure de moustique jusqu'à l'épanchement de synovie. Le lait en poudre et les petits pots complétaient l'ensemble.
Elles partirent aux aurores car elles avaient un long chemin devant elles et ne voulaient pas devoir se presser. Gwendoline était confortablement installée à l'arrière à côté de Margaux et s'était déjà endormie. La voiture roulait sans bruit ni secousses sur l'autoroute en direction de la région parisienne. Elles pouvaient se parler sans élever la voix.
Elles partirent aux aurores car elles avaient un long chemin devant elles et ne voulaient pas devoir se presser. Gwendoline était confortablement installée à l'arrière à côté de Margaux et s'était déjà endormie. La voiture roulait sans bruit ni secousses sur l'autoroute en direction de la région parisienne. Elles pouvaient se parler sans élever la voix.
— David ne t'a pas reparlé de la nouvelle collègue de ton père ?
— Si ! Elle était médecin du côté de Nantes où son mari et elle avaient un cabinet un peu comme papa et maman. Ils ont divorcé et elle est venue s'installer à Montluçon.
— Comme ça ? à Montluçon ? Elle connaissait Montluçon ?
— Ben, faut croire que oui. Papa a dû mettre des annonces dans des journaux spécialisés, je suppose.
— Parce que Montluçon, ça n'est pas très connu quand on n'est pas de la région.
— Il ne faut pas exagérer, ce n'est quand même pas un trou perdu ! Et puis ce n'est pas très cher pour se loger. C'est un avantage.
— Encore que trouver un logement à acheter, ça prend du temps car je me suis laissé dire que l'immobilier n'était pas très dynamique dans le coin.
— De toute façon, pour l'instant, papa l'héberge. Elle occupe la chambre d'amis.
— Ah bon ?? …
— Quoi ‘'Ah bon'' ?.
— Rien. … … Même le Weekend ?
— J'en sais rien ! … Bravo ! Tu as gagné ! maintenant, je ne vais pas arrêter de me demander s'ils couchent ensemble !
— Ça, c'est parce que tu as l'esprit mal tourné.
— Tu es gonflée ! C'est toi qui … c'est ça ! Fiche-toi de moi !
— Ça te ferait quoi ?
— Rien du tout ! … Enfin si … ça me ferait peut-être quelque-chose. … enfin … C'est un peu rapide, tu ne trouves pas ?
— Si ! Elle était médecin du côté de Nantes où son mari et elle avaient un cabinet un peu comme papa et maman. Ils ont divorcé et elle est venue s'installer à Montluçon.
— Comme ça ? à Montluçon ? Elle connaissait Montluçon ?
— Ben, faut croire que oui. Papa a dû mettre des annonces dans des journaux spécialisés, je suppose.
— Parce que Montluçon, ça n'est pas très connu quand on n'est pas de la région.
— Il ne faut pas exagérer, ce n'est quand même pas un trou perdu ! Et puis ce n'est pas très cher pour se loger. C'est un avantage.
— Encore que trouver un logement à acheter, ça prend du temps car je me suis laissé dire que l'immobilier n'était pas très dynamique dans le coin.
— De toute façon, pour l'instant, papa l'héberge. Elle occupe la chambre d'amis.
— Ah bon ?? …
— Quoi ‘'Ah bon'' ?.
— Rien. … … Même le Weekend ?
— J'en sais rien ! … Bravo ! Tu as gagné ! maintenant, je ne vais pas arrêter de me demander s'ils couchent ensemble !
— Ça, c'est parce que tu as l'esprit mal tourné.
— Tu es gonflée ! C'est toi qui … c'est ça ! Fiche-toi de moi !
— Ça te ferait quoi ?
— Rien du tout ! … Enfin si … ça me ferait peut-être quelque-chose. … enfin … C'est un peu rapide, tu ne trouves pas ?
Claire n'avait encore jamais eu l'occasion de se rendre dans le nord de la France. Elle avait demandé à Muriel si elle avait une carte routière afin de préparer son trajet. Muriel en avait une ancienne qui datait de l'époque où elle courrait en rallye. Elle n'était plus très à jour, surtout pour les autoroutes. Claire préféra donc se fier au GPS qui équipait la voiture. Comme elle souhaitait pouvoir se rendre à Lille sans trop se presser, elle choisit le trajet le plus direct. Elles pourraient ainsi rouler tranquillement, s'arrêter où et quand elles le désireraient pour s'occuper de Gwendoline, la faire un peu marcher et jouer dans l'herbe sur une ou plusieurs aires d'autoroutes qui parsemaient le trajet.
Les choses ne se passèrent pas exactement comme elle l'espérait. Certes, le lundi matin, les touristes ou les retours de Week-End sont rentrés la veille. Mais ils sont remplacés par les camionneurs et ces derniers font un grand usage des aires autoroutières. Traverser un parking en zigzaguant entre d'énormes camions et en respirant des odeurs d'huile et de diésel pour atteindre une hypothétique bande de gazon n'a rien de particulièrement excitant.
D'autre part, le trajet le plus direct pour aller de Clermont-Ferrand à Lille passe, devinez par où, … par Paris ! Et à Paris, qu'est-ce qu'on trouve ? Des voitures ! beaucoup, beaucoup, beaucoup de voitures ! Des voitures qui, toutes ensemble, toutes au même moment se rendent au même endroit ; des voitures qui toutes ensemble veulent entrer dans Paris, veulent sortir de Paris, veulent contourner Paris par les mêmes voies. Des voies qui n'ont de rapides que le nom sauf entre neuf heures du soir et six heures du matin. Et c'est là que Claire commit l'erreur que seuls commettent ceux qui ne connaissent pas la région parisienne : Essayer de prendre un autre chemin en espérant se dégager d'un bouchon où la voiture est engluée. Elle se retrouva bientôt dans un autre bouchon et de bouchon en bouchon s'embarqua dans des directions aussi variées qu'improbables et dont le seul point commun était de ne pas permettre de se diriger vers Lille.
Au bout de plusieurs heures de navigation, elle finirent enfin par se retrouver dans les environs de Roissy sur une bretelle d'accès de l'autoroute A1 et, par chance, dans le bon sens !!!. Elle aurait été bien incapable d'expliquer comment elle avait pu arriver là.
Margaux, avait essayé au début de donner son avis sur ce qu'il convenait de faire mais s'était faite envoyer sur les roses. Elle s'était depuis abstenue de tout commentaire, se contentant de fredonner en sourdine des comptines à l'intention de Gwendoline ou simplement de se taire. Elle crut bon d'exprimer sa satisfaction lorsqu'il apparut qu'elles étaient enfin sorties d'affaire.
— Eh bien voilà ! ça n'était pas si difficile, finalement!
Puis elle rajouta précipitamment :
— Toutes mes félicitations, ma chérie ! Tu es la meilleure !
— Continue et j'arrête la bagnole à la prochaine aire et je continue à pied !
— C'est complètement idiot !
— Oui, mais ça soulage.
— Continue et j'arrête la bagnole à la prochaine aire et je continue à pied !
— C'est complètement idiot !
— Oui, mais ça soulage.
L'hôtel où elles avaient une chambre réservée pour une nuit faisait partie de ces hôtels rattachés à une même chaine et qui proposent une prestation standard pour un prix abordable mais qui sont situés en général dans la banlieue des villes. Il y avait le même à Montluçon. Chaque chambre était pourvue d'un grand lit à deux places, de deux chaises et d'une sorte de plateforme faisant table accrochée au mur devant une baie vitrée occupant la moitié supérieure de la façade. Un placard penderie permettait de ranger quelques affaires et contenait couvertures et oreillers de secours. La salle de bains simple mais bien entretenue comportait tous les éléments de confort qu'on est en droit d'attendre d'un deux étoiles. Après s'être installées et avoir pris une bonne douche, elles firent la toilette de Gwendoline et la changèrent avant de remplacer leurs jeans et leurs sweets plus adaptés pour le trajet par des robes d'été plus seyantes.
Elle allèrent s'installer dès l'ouverture du service du soir au restaurant attenant à l'hôtel et y passèrent une petite heure avant d'aller se coucher. Comme il y avait un service de réveil assuré par l'accueil, elles choisirent de se faire réveiller à huit heures du matin.
Le mardi matin, après avoir pris un solide petit déjeuner au restaurant de l'hôtel, elles payèrent leur note, remirent dans le coffre de la voiture les sacs qu'elles y avaient pris la veille et repartirent en direction du quartier où les parents de Laura avaient vécu avant d'aller habiter à Petit-Port-Philippe. Cette fois, le GPS leur indiqua un trajet satisfaisant et vers dix heures trente, elles se garaient sur un parking payant à moins de dix minutes à pieds de la rue de la tour qui était la rue qu'elles cherchaient. Celle-ci restait relativement animée en dépit de la transformation d'une proportion grandissante d'immeubles d'habitation en immeubles de bureaux.
Elles choisirent de se concentrer sur la rue de la tour et sur les quelques rues adjacentes qui la croisaient. Leur quête se révéla plus difficile qu'elles ne l'espéraient. La plupart des commerces où elles essayèrent de se renseigner étaient tenus par des personnes, soit trop jeunes pour avoir connu Laura ou ses parents, soit trop occupées pour accepter de répondre à leurs questions. Elles finirent par tomber sur une petite boulangerie tenue par une femme d'une cinquantaine d'années, rondelette et bavarde. Elle tenait cette boulangerie avec son mari depuis une trentaine d'années et connaissait Laura.
— Moi, je l'aimais bien cette petite, au début. C'était souvent elle qui venait acheter le pain. Elle était toute mignonne, mais il faut bien dire qu'elle n'était pas très propre sur elle.
— Vous voulez dire qu'elle ne se lavait pas ?
— Pas souvent, je crois. Et puis c'était surtout ses vêtements. Quand elle se faisait une tâche, eh bien la tâche, elle restait sur la robe ou le pantalon pendant des semaines et les parents avaient l'air de s'en fiche. Et puis, un jour, je me suis aperçue qu'elle chapardait. Oh, pas grand-chose ! Un malabar par-ci par-là, ça n'est pas bien grave ; alors je me suis contentée de lui reprendre ce qu'elle volait et de la gronder, mais elle a continué. Alors, j'en ai parlé à sa mère. Elle, elle travaillait à la poste ; lui, il était camionneur. Ils n'étaient pas de la haute, mais vous n'allez pas me dire qu'ils ne pouvaient pas les lui acheter, les malabars et lui les nettoyer, ses vêtements !
— Comment ils ont réagi ?
— Eh bien, du coup je ne les ai plus revus. Ni eux, ni la petite. Enfin, la petite si, je l'ai revue, mais pas dans le magasin. Par contre, elle était à jouer et à faire des bêtises dans le quartier jusqu'à plus d'heures. Ils étaient toute une bande et c'était devenu elle, leur chef.
— Et ses parents, ils ne disaient rien ?
— Ils avaient l'air de s'en foutre complètement. Alors, moi, je n'allais pas être plus royaliste que le roi. Ça ne me regardait pas, après tout.
— Vous connaissez d'autres personnes qui pourraient nous renseigner sur cette famille ?
— Peut-être, mais qui êtes-vous pour poser toutes ces questions ?
— La petite fille que vous voyez avec nous s'appelle Gwendoline. Je suis à la fois sa tante et sa marraine. Son père est mon frère et sa mère était Laura. Je dis ‘'était'' car elle est morte l'automne dernier. Laura ne parlait jamais de ses parents et ils n'étaient pas au courant de son décès. Nous avons réussi à retrouver leur trace et nous allons les voir à Petit-Port-Philippe demain pour leur présenter Gwendoline. Mais , avant, nous voulions un peu savoir qui sont ces gens-là. Ils pourraient vouloir s'occuper eux-mêmes de leur petite fille.
— Eh bien, s'ils veulent s'en occuper comme ils se sont occupés de leur fille, vous pouvez tout de suite réserver une place à la prison. C'est une honte d'élever un enfant de cette manière !
— J'espère bien qu'on n'en arrivera pas là, mais s'il devait y avoir une enquête des services sociaux, est-ce que vous accepteriez que je donne votre nom ?
— Oh oui ! J'aurais beaucoup à dire.
— Vous connaitriez d'autres personnes que nous pourrions contacter ?
— Il y a bien le restaurant ‘'Le coq hardy''. ‘'Le coq hardy'', c'est un jeu de mots. Vous savez les aventures de Laurel et Hardy. Hardy, c'est le gros. Il fait un peu le coq. Mais, c'était du temps de ma jeunesse, enfin, plutôt de celle de mes parents. C'est fou ce que le temps passe. Moi qui vous parle, je…
— Vous disiez donc ‘'Le coq hardy'' ?
— Oui, je m'égare. C'est en face, à cinquante mètres. Vous ne pouvez pas le rater. La patronne, elle est là depuis longtemps. C'était déjà elle qui faisait la cuisine quand nous nous sommes installés ici, mon mari et moi. Les parents de Laura, ils aimaient bien aller manger chez elle. C'est bon et pas cher.
— Quelqu'un d'autre ?
— Je ne vois pas trop. Ils étaient assez sauvages. Ah si ! Il y a Madame Bouillaud. Elle habite rue Bernard Palissy au dix. C'est la rue parallèle à celle-ci.
— Elle les connait ?
— Pas vraiment, mais elle dirigeait l'école primaire. Elle est maintenant en retraite. Elle pourra peut-être vous parler de Laura.
— Vous voulez dire qu'elle ne se lavait pas ?
— Pas souvent, je crois. Et puis c'était surtout ses vêtements. Quand elle se faisait une tâche, eh bien la tâche, elle restait sur la robe ou le pantalon pendant des semaines et les parents avaient l'air de s'en fiche. Et puis, un jour, je me suis aperçue qu'elle chapardait. Oh, pas grand-chose ! Un malabar par-ci par-là, ça n'est pas bien grave ; alors je me suis contentée de lui reprendre ce qu'elle volait et de la gronder, mais elle a continué. Alors, j'en ai parlé à sa mère. Elle, elle travaillait à la poste ; lui, il était camionneur. Ils n'étaient pas de la haute, mais vous n'allez pas me dire qu'ils ne pouvaient pas les lui acheter, les malabars et lui les nettoyer, ses vêtements !
— Comment ils ont réagi ?
— Eh bien, du coup je ne les ai plus revus. Ni eux, ni la petite. Enfin, la petite si, je l'ai revue, mais pas dans le magasin. Par contre, elle était à jouer et à faire des bêtises dans le quartier jusqu'à plus d'heures. Ils étaient toute une bande et c'était devenu elle, leur chef.
— Et ses parents, ils ne disaient rien ?
— Ils avaient l'air de s'en foutre complètement. Alors, moi, je n'allais pas être plus royaliste que le roi. Ça ne me regardait pas, après tout.
— Vous connaissez d'autres personnes qui pourraient nous renseigner sur cette famille ?
— Peut-être, mais qui êtes-vous pour poser toutes ces questions ?
— La petite fille que vous voyez avec nous s'appelle Gwendoline. Je suis à la fois sa tante et sa marraine. Son père est mon frère et sa mère était Laura. Je dis ‘'était'' car elle est morte l'automne dernier. Laura ne parlait jamais de ses parents et ils n'étaient pas au courant de son décès. Nous avons réussi à retrouver leur trace et nous allons les voir à Petit-Port-Philippe demain pour leur présenter Gwendoline. Mais , avant, nous voulions un peu savoir qui sont ces gens-là. Ils pourraient vouloir s'occuper eux-mêmes de leur petite fille.
— Eh bien, s'ils veulent s'en occuper comme ils se sont occupés de leur fille, vous pouvez tout de suite réserver une place à la prison. C'est une honte d'élever un enfant de cette manière !
— J'espère bien qu'on n'en arrivera pas là, mais s'il devait y avoir une enquête des services sociaux, est-ce que vous accepteriez que je donne votre nom ?
— Oh oui ! J'aurais beaucoup à dire.
— Vous connaitriez d'autres personnes que nous pourrions contacter ?
— Il y a bien le restaurant ‘'Le coq hardy''. ‘'Le coq hardy'', c'est un jeu de mots. Vous savez les aventures de Laurel et Hardy. Hardy, c'est le gros. Il fait un peu le coq. Mais, c'était du temps de ma jeunesse, enfin, plutôt de celle de mes parents. C'est fou ce que le temps passe. Moi qui vous parle, je…
— Vous disiez donc ‘'Le coq hardy'' ?
— Oui, je m'égare. C'est en face, à cinquante mètres. Vous ne pouvez pas le rater. La patronne, elle est là depuis longtemps. C'était déjà elle qui faisait la cuisine quand nous nous sommes installés ici, mon mari et moi. Les parents de Laura, ils aimaient bien aller manger chez elle. C'est bon et pas cher.
— Quelqu'un d'autre ?
— Je ne vois pas trop. Ils étaient assez sauvages. Ah si ! Il y a Madame Bouillaud. Elle habite rue Bernard Palissy au dix. C'est la rue parallèle à celle-ci.
— Elle les connait ?
— Pas vraiment, mais elle dirigeait l'école primaire. Elle est maintenant en retraite. Elle pourra peut-être vous parler de Laura.
Au moment de partir, Margaux, qui avait laissé Claire diriger la conversation fit un grand sourire charmeur à la boulangère.
— En tout cas, ça aura été un vrai plaisir de faire votre connaissance. Ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre une personne aussi aimable que vous et aussi décidée.
— Ah ! , c'est que moi, je dis toujours ce que je pense.
— Ah ! , c'est que moi, je dis toujours ce que je pense.
Eh bien, vous avez bien raison ! Si tous les gens faisaient comme vous, le monde se porterait mieux.
— Et ne vous en faites pas. Si les services sociaux viennent me voir, je saurai bien quoi leur dire.
En quittant la boulangerie, elles firent quelques pas avant que Claire n'éclate de rire.
— J'espère qu'après ce copieux cirage de pompes, il te restera encore de quoi faire reluire celles des suivants.
— Rigole ! N'empêche que si les services sociaux viennent l'interviewer, elle ne va pas se censurer.
— Bon, qui est-ce qu'on va voir, maintenant ?
— Etant donné qu'il est midi, on pourrait peut-être aller déjeuner au ‘'Coq Hardy'', puisque c'est bon et pas cher.
— Rigole ! N'empêche que si les services sociaux viennent l'interviewer, elle ne va pas se censurer.
— Bon, qui est-ce qu'on va voir, maintenant ?
— Etant donné qu'il est midi, on pourrait peut-être aller déjeuner au ‘'Coq Hardy'', puisque c'est bon et pas cher.
Mais, au ‘'Coq Hardy'', les choses ne se passèrent pas aussi bien qu'à la boulangerie. La patronne était débordée et les envoya balader quand elles voulurent la questionner au moment de passer la commande.
— Je n'ai pas pour habitude de parler de mes clients et de toutes façons, je n'en ai pas le temps. Qu'est-ce que vous prenez ?
Le ‘'Coq Hardy'' n'était peut-être pas cher mais quant à figurer sur le guide Michelin, il y avait non pas une marge mais un gouffre. La mayonnaise des œufs mimosa n'était pas fraîche, le steak de Margaux était de la semelle et la truite aux amandes de Claire baignait dans l'huile. Elles se contentèrent d'un café au lieu de prendre un dessert et s'empressèrent de quitter le restaurant. En plus, la patronne leur avait fait la tête parce qu'elles avaient utilisé une chaise pour asseoir Gwendoline. Pourtant, le restaurant était loin d'être plein.
— Il ne reste plus que la directrice en retraite, mais on ne va tout de même pas aller la voir maintenant. Elle doit être en train de manger à cette heure.
— De toute façon, il faut lui téléphoner pour savoir si elle peut nous recevoir.
— Si elle n'est pas dans les pages blanches, c'est fichu !
— De toute façon, il faut lui téléphoner pour savoir si elle peut nous recevoir.
— Si elle n'est pas dans les pages blanches, c'est fichu !
Le numéro de Madame Bouillaud était bien dans les pages blanches et elles allaient pouvoir prendre contact avec elle.
— Cette fois, ce sera toi qui l'interrogeras, décida Claire. Avec une vieille dame tu sauras mieux t'en sortir que moi.
— D'accord ! On fait comme ça mais chez les parents de Laura, ce sera surtout toi qui parleras.
— Ne t'en fais pas pour ça. On verra en fonction des circonstances.
— D'accord ! On fait comme ça mais chez les parents de Laura, ce sera surtout toi qui parleras.
— Ne t'en fais pas pour ça. On verra en fonction des circonstances.
Margaux composa le numéro de la directrice en retraite. Le téléphone sonna plusieurs fois puis, alors que Margaux se préparait à raccrocher, le bruit de quelqu'un qui décroche fuit suivi d'une voix aimable quoiqu'un peu ensommeillée.
— Je suis bien chez madame Bouillaud ?
— Elle-même.
— Je vous prie de m'excuser si je vous dérange. Peut-être préfèreriez-vous que je rappelle plus tard ?
— Je me préparais à faire ma petite sieste quotidienne mais, puisque je n'ai pas commencé, je puis bien vous écouter.
— Merci beaucoup. Permettez-moi de me présenter. Je m'appelle Margaux Lefront-Chastelain. Je fais actuellement des études de médecine à Clermont-Ferrand. Je suis de passage à Lille et j'aurais souhaité pouvoir vous rendre une petite visite cet après-midi pour parler d'une ancienne élève de la dernière école où vous avez officié.
— De quelle élève s'agit-il ?
— Elle se nommait Laura Bergerol. Mais l'histoire est un peu compliquée et j'ai un peu peur de mélanger tout ça au téléphone. C'est pourquoi, je souhaiterais vous rendre une petite visite pour en parler tranquillement en essayant de vous déranger le moins possible, bien sûr.
— Elle-même.
— Je vous prie de m'excuser si je vous dérange. Peut-être préfèreriez-vous que je rappelle plus tard ?
— Je me préparais à faire ma petite sieste quotidienne mais, puisque je n'ai pas commencé, je puis bien vous écouter.
— Merci beaucoup. Permettez-moi de me présenter. Je m'appelle Margaux Lefront-Chastelain. Je fais actuellement des études de médecine à Clermont-Ferrand. Je suis de passage à Lille et j'aurais souhaité pouvoir vous rendre une petite visite cet après-midi pour parler d'une ancienne élève de la dernière école où vous avez officié.
— De quelle élève s'agit-il ?
— Elle se nommait Laura Bergerol. Mais l'histoire est un peu compliquée et j'ai un peu peur de mélanger tout ça au téléphone. C'est pourquoi, je souhaiterais vous rendre une petite visite pour en parler tranquillement en essayant de vous déranger le moins possible, bien sûr.
Margaux fusilla du regard Claire qui la regardait d'un air rigolard en mimant un violoniste en train de jouer de son instrument. La vieille dame répondit après avoir réfléchi quelques instants.
— Eh bien, je peux vous recevoir vers seize heures. J'aurai fini ma sieste à cette heure-là.
— C'est vraiment très gentil de votre part. Oh ! j'oubliais. Cela vous dérangerait-il si je venais accompagnée ? Je suis avec une autre jeune femme qui a un bébé. Je ne voudrais pas la laisser toute seule pendant notre entretien.
— Vous avez bien raison. Les rues ne sont pas sûres de nos jours.
— C'est vraiment très gentil de votre part. Oh ! j'oubliais. Cela vous dérangerait-il si je venais accompagnée ? Je suis avec une autre jeune femme qui a un bébé. Je ne voudrais pas la laisser toute seule pendant notre entretien.
— Vous avez bien raison. Les rues ne sont pas sûres de nos jours.
Claire regarda Margaux scandalisée. Celle dernière lui retourna un sourire moqueur mais, se rendant compte qu'elle risquait de créer un malentendu dont il serait ensuite difficile de sortir elle rectifia.
— Oh ! je crois que je me suis mal exprimée. Je voulais dire que Claire, c'est son prénom, a besoin d'assister à notre entretien car elle est intéressée par le sujet au même titre que moi.
— Vers seize heures donc.
— Vers seize heures donc.
Il ne leur restait plus qu'à attendre pendant deux heures. Elles ne se voyaient pas passer ces deux heures assises dans la voiture sur un parking en plein soleil. Par bonheur, elles purent trouver un petit square muni de quelques bancs protégés du soleil par deux ou trois arbres et où elles purent s'asseoir et bavarder tout en surveillant Gwendoline qui s'amusait dans l'herbe avec quelques joujoux qu'elle essayait avec constance d'emboiter les uns dans les autres.
— Espérons que nous aurons des informations intéressantes chez madame Bouillaud. Jusqu'à présent, il n'y a eu que la boulangère pour nous en fournir.
— Ce n'est déjà pas si mal. Elle a beaucoup de choses à dire et, en plus, elle est du genre bavard. Si les services sociaux viennent l'interviewer, ils en auront pour leur argent. Et puis, j'espère bien qu'on en viendra pas jusque-là. Le but, ce n'est pas que les services sociaux fassent une enquête, mais que les parents de Laura craignent qu'il y en ait une. Si ce n'est pas le cas et qu'ils s'en fichent, qu'il y ait une ou dix personnes qui disent la même chose, ça sera pareil. Et puis, si les services sociaux sont amenés à enquêter, ça m'étonnerait qu'il y ait beaucoup de personnes pour déclarer que Laura était une enfant sage dont les parents s'occupaient bien. Au pire, ils resteront évasifs. Enfin, espérons quand même qu'on en viendra pas là.
— Ce n'est déjà pas si mal. Elle a beaucoup de choses à dire et, en plus, elle est du genre bavard. Si les services sociaux viennent l'interviewer, ils en auront pour leur argent. Et puis, j'espère bien qu'on en viendra pas jusque-là. Le but, ce n'est pas que les services sociaux fassent une enquête, mais que les parents de Laura craignent qu'il y en ait une. Si ce n'est pas le cas et qu'ils s'en fichent, qu'il y ait une ou dix personnes qui disent la même chose, ça sera pareil. Et puis, si les services sociaux sont amenés à enquêter, ça m'étonnerait qu'il y ait beaucoup de personnes pour déclarer que Laura était une enfant sage dont les parents s'occupaient bien. Au pire, ils resteront évasifs. Enfin, espérons quand même qu'on en viendra pas là.
Lorsqu'elles se présentèrent au domicile de madame Bouillaud, cette dernière s'était manifestement préparée pour les recevoir. Sa sieste avait dû être très courte ce jour-là. Elle était soigneusement coiffée et avait certainement changé de tenue car la robe qu'elle portait était encore parfaitement repassée. Elle n'avait pas dû être portée depuis son retour de chez le teinturier. La vieille dame les introduisit dans un petit salon où elle avait posé sur une table basse quelques petits gâteaux et un service à thé. Elle y avait aussi posé une vingtaine de feuilles retenues ensemble à l'aide d'un trombone. Elle expliqua :
— Ce sont des documents qui concernent Laura Bergerol. Ils viennent de mes archives personnelles. Ce sont pour moi des souvenirs.
— Nous sommes absolument confuses que vous vous soyez donné tant de mal. C'est vraiment très gentil de votre part.
— Si vous m'expliquiez ce qui vous amène ?
— Bien sûr, mais permettez-moi tout d'abord de vous présenter ma compagne et la petite fille qui est avec nous. Ma compagne se nomme Claire Lefront-Chastelain. Ce n'est pas ma sœur, comme pourrait le laisser penser son nom, mais mon épouse. J'espère que je ne vous choque pas en vous faisant part de notre situation. Si elle n'est pas habituelle, elle témoigne toutefois de la pureté de nos sentiments. Mais , nous ne sommes pas là pour vous importuner avec nos petits problèmes mais pour vous parler de Laura.
— Rassurez-vous ! En plus de trente-cinq ans de carrière, j'ai rencontré beaucoup de gens vivant des situations bien plus délicates et qui m'ont habituée à faire la part des choses. Et je peux vous dire une chose : Ceux qui disent qu'il vaut mieux être seule que mal accompagnée se trompent complètement. Quand on est célibataire, ‘'vieille fille'', comme on dit, c'est comme être veuve, mais sans les petits enfants et les souvenirs. Mais parlons de Laura Bergerol. Que désirez-vous savoir à son sujet ?
— La petite fille qui nous accompagne se nomme Gwendoline. Gwendoline est la fille de Laura. Claire est la tante de Gwen car elle est la jeune sœur de David, son père. Elle est aussi sa marraine.
— Il y a neuf mois environ, il y a eu un drame épouvantable : Un accident de voiture dans lequel Laura et Julie Lefront, la maman de David, ont toutes les deux péri. Quand à David, il a été grièvement blessé et a perdu l'usage de ses deux jambes. Claire et moi, nous avons décidé de nous occuper de David et de Gwen afin de leur permettre de vivre ensemble. Nous avons donc pour projet d'adopter Gwendoline dont la charge nous est pour l'instant attribuée afin de constituer une vrai famille à nous quatre. Mais une autre solution existe. Elle consisterait à confier Gwendoline aux parents de Laura qui habitent près de Calais à Petit-Port-Philippe.
— A votre manière de présenter les choses, je suppose que cette solution n'est pas celle qui a vos préférences. Je me trompe ?
— Non, pas du tout. Je vais être honnête avec vous : nos raisons sont en partie très égoïstes car nous aimons énormément notre petite Gwen et aurions beaucoup de peine si nous devions nous en séparer. Mais il y a une autre raison à nos réticences : Laura n'avait plus aucun contact avec ses parents depuis des années. Elle leur reprochait de ne pas s'être occupés d'elle quand elle était enfant. D'après elle, c'était de leur faute si elle avait mal tourné. Elle les avait complètement rayés de sa vie au point que personne ne savait s'ils étaient encore vivants. La seule trace qui reste dans ses papiers est une lettre non terminée dans laquelle elle leur déclare que si elle a un enfant, elle ne reproduira pas leur modèle d'éducation. Et je peux vous dire que ce que m'avait confié Laura au cours d'une discussion que j'ai eue avec elle et au vu de la garde-robe dont elle avait déjà muni sa fille, cette dernière était certainement l'être qu'elle aimait le plus au monde.
— Vous prenez du sucre dans votre thé ?
— Un morceau, s'il vous plait. En perdant sa mère, Gwendoline a énormément perdu sur le plan matériel et affectif. Alors, vous comprendrez notre préoccupation lorsque nous apprenons qu'il semblerait que les parents de Laura, n'auraient pas voulu ou pas été capables de s'occuper de leur fille. Si c'était exact, je vous le dis franchement, nous nous battrions de toutes nos forces pour éviter que notre petite Gwen leur soit confiée.
— Nous sommes absolument confuses que vous vous soyez donné tant de mal. C'est vraiment très gentil de votre part.
— Si vous m'expliquiez ce qui vous amène ?
— Bien sûr, mais permettez-moi tout d'abord de vous présenter ma compagne et la petite fille qui est avec nous. Ma compagne se nomme Claire Lefront-Chastelain. Ce n'est pas ma sœur, comme pourrait le laisser penser son nom, mais mon épouse. J'espère que je ne vous choque pas en vous faisant part de notre situation. Si elle n'est pas habituelle, elle témoigne toutefois de la pureté de nos sentiments. Mais , nous ne sommes pas là pour vous importuner avec nos petits problèmes mais pour vous parler de Laura.
— Rassurez-vous ! En plus de trente-cinq ans de carrière, j'ai rencontré beaucoup de gens vivant des situations bien plus délicates et qui m'ont habituée à faire la part des choses. Et je peux vous dire une chose : Ceux qui disent qu'il vaut mieux être seule que mal accompagnée se trompent complètement. Quand on est célibataire, ‘'vieille fille'', comme on dit, c'est comme être veuve, mais sans les petits enfants et les souvenirs. Mais parlons de Laura Bergerol. Que désirez-vous savoir à son sujet ?
— La petite fille qui nous accompagne se nomme Gwendoline. Gwendoline est la fille de Laura. Claire est la tante de Gwen car elle est la jeune sœur de David, son père. Elle est aussi sa marraine.
— Il y a neuf mois environ, il y a eu un drame épouvantable : Un accident de voiture dans lequel Laura et Julie Lefront, la maman de David, ont toutes les deux péri. Quand à David, il a été grièvement blessé et a perdu l'usage de ses deux jambes. Claire et moi, nous avons décidé de nous occuper de David et de Gwen afin de leur permettre de vivre ensemble. Nous avons donc pour projet d'adopter Gwendoline dont la charge nous est pour l'instant attribuée afin de constituer une vrai famille à nous quatre. Mais une autre solution existe. Elle consisterait à confier Gwendoline aux parents de Laura qui habitent près de Calais à Petit-Port-Philippe.
— A votre manière de présenter les choses, je suppose que cette solution n'est pas celle qui a vos préférences. Je me trompe ?
— Non, pas du tout. Je vais être honnête avec vous : nos raisons sont en partie très égoïstes car nous aimons énormément notre petite Gwen et aurions beaucoup de peine si nous devions nous en séparer. Mais il y a une autre raison à nos réticences : Laura n'avait plus aucun contact avec ses parents depuis des années. Elle leur reprochait de ne pas s'être occupés d'elle quand elle était enfant. D'après elle, c'était de leur faute si elle avait mal tourné. Elle les avait complètement rayés de sa vie au point que personne ne savait s'ils étaient encore vivants. La seule trace qui reste dans ses papiers est une lettre non terminée dans laquelle elle leur déclare que si elle a un enfant, elle ne reproduira pas leur modèle d'éducation. Et je peux vous dire que ce que m'avait confié Laura au cours d'une discussion que j'ai eue avec elle et au vu de la garde-robe dont elle avait déjà muni sa fille, cette dernière était certainement l'être qu'elle aimait le plus au monde.
— Vous prenez du sucre dans votre thé ?
— Un morceau, s'il vous plait. En perdant sa mère, Gwendoline a énormément perdu sur le plan matériel et affectif. Alors, vous comprendrez notre préoccupation lorsque nous apprenons qu'il semblerait que les parents de Laura, n'auraient pas voulu ou pas été capables de s'occuper de leur fille. Si c'était exact, je vous le dis franchement, nous nous battrions de toutes nos forces pour éviter que notre petite Gwen leur soit confiée.
Margaux reprit sa respiration avant de conclure sous le regard approbateur de Claire.
— Mais, bien entendu, ceci n'est qu'une éventualité. Peut-être faisons-nous fausse route ; peut-être que les parents de Laura se sont démenés pour essayer de corriger ses défauts mais que personne n'y pouvait rien. Peut-être que les reproches que faisait Laura à ses parents dans sa lettre traduisaient simplement l'amertume d'une personne qui s'est fourvoyée et cherche ailleurs les responsables de ses erreurs. C'est pourquoi, avant de décider quoi que ce soit, nous avons tenu à rencontrer des gens du quartier où ils habitaient du temps de la jeunesse de Laura afin de recueillir leur opinion sur le sujet. Nous sommes donc venues vous voir en espérant que vous pourriez nous donner un avis sur l'éducation qu'a reçue Laura du temps où elle fréquentait votre école.
La vieille dame la regarda en souriant avec bienveillance.
— Je vous félicite ! votre propos était très clair et très convaincant. Je vais essayer de vous répondre avec la même clarté. Mais , avant, nous allons prendre quelques gâteaux. J'ai ici des boudoirs qui devraient plaire à mademoiselle Gwendoline qui semble fascinée par le contenu de cette assiette. N'hésitez pas à vous servir, il y en a d'autres.
La cérémonie du thé dura plus d'une demi-heure, temps que Margaux et madame Bouillaud utilisèrent pour parler à bâtons rompus tout en sirotant leur thé pendant que Claire trépignait intérieurement d'impatience et que Gwendoline se gavait de boudoirs.
— Bien ! reprit la vieille dame, j'ai relu les documents que j'ai préparés afin de me les remettre en mémoire car, pour tout vous dire, je ne me souvenais plus vraiment de Laura Bergerol. Ça fait tout de même vingt ans que je n'en n'ai plus entendu parler. Je suis désolée, mais je ne pourrai pas vous laisser emporter ces documents car je tiens à mes archives comme à la prunelle de mes yeux.
— Ne vous en faites surtout pas pour ça ! Nous nous contenterons de les photographier sur un de nos deux smartphones et nous pourrons les imprimer plus tard si nécessaire.
— Alors, voici d'abord les évaluations des professeurs depuis la grande section jusqu'au CM2. Comme vous pouvez l'observer, les résultats sont de moins en moins bons. Ils sont excellents au début mais, arrivée en CM2 ils sont carrément médiocres. Pas assez mauvais pour justifier un redoublement mais tout de même préoccupants. Vous noterez qu'à partir du CE2, elle est présentée comme une élève dissipée, insolente et qui fait peu d'efforts. Après, je ne saurais vous dire car elle est allée au collège. Je l'ai noté sur la dernière évaluation sur laquelle était notée la décision d'accepter l'élève en sixième. Il y a même le nom du collège. Ici, c'est le collège Montaigne qui est indiqué. C'est d'ailleurs curieux car ce n'est pas le collège le plus proche. Normalement, elle aurait dû aller à Paul Valéry.
— Quelle pourrait en être la raison ?
— Je n'en ai pas la moindre idée. Peut-être ses parents se disaient-ils que si elle faisait des bêtises, elle irait les faire plus loin mais il y a des tas d'autres raisons possibles. Mais voyons maintenant les doubles des courriers envoyés aux parents de Laura. Ce sont des doubles de convocations que j'ai envoyées aux parents de la petite.
— Quelle en était la cause ?
— Ce n'est pas marqué sur la convocation. En général, on convoque les parents parce qu'il y a un problème avec l'élève ; la plupart du temps, un problème de discipline ou un problème de santé dont les parents semblent ne pas avoir connaissance.
— Je vois qu'il est marqué ‘'Excusés'' sur la plupart des convocations.
— Ça signifie qu'ils ne sont pas venus au rendez-vous et ont fourni une excuse. Bien sûr, nous ne pouvons pas vérifier si l'excuse est valable ou pas. On n'est pas de la police. Mais , quand c'est systématique, on se doute bien qu'ils se sont tout simplement défilés. Parfois, au lieu de ‘'Excusés'', j'ai noté ‘'Absents''. Ça veut dire qu'ils ne sont tout simplement pas venus sans pour autant prendre la peine de s'excuser. Là encore, ça ne prouve pas qu'ils n'avaient pas une excuse valable. En définitive, c'est l'accumulation de faits identiques qui doit retenir notre attention.
— Et, dans le cas de Laura, vous trouvez qu'il y a accumulation ?
— C'est incontestable !
— Que faites-vous dans ces cas-là ?
— Que voulez-vous qu'on fasse ? Renvoyer l'enfant ? Ce serait pire que de ne rien faire et, de toute façon l'école est obligatoire jusqu'à seize ans. Alors, on ne fait rien.
— Ne vous en faites surtout pas pour ça ! Nous nous contenterons de les photographier sur un de nos deux smartphones et nous pourrons les imprimer plus tard si nécessaire.
— Alors, voici d'abord les évaluations des professeurs depuis la grande section jusqu'au CM2. Comme vous pouvez l'observer, les résultats sont de moins en moins bons. Ils sont excellents au début mais, arrivée en CM2 ils sont carrément médiocres. Pas assez mauvais pour justifier un redoublement mais tout de même préoccupants. Vous noterez qu'à partir du CE2, elle est présentée comme une élève dissipée, insolente et qui fait peu d'efforts. Après, je ne saurais vous dire car elle est allée au collège. Je l'ai noté sur la dernière évaluation sur laquelle était notée la décision d'accepter l'élève en sixième. Il y a même le nom du collège. Ici, c'est le collège Montaigne qui est indiqué. C'est d'ailleurs curieux car ce n'est pas le collège le plus proche. Normalement, elle aurait dû aller à Paul Valéry.
— Quelle pourrait en être la raison ?
— Je n'en ai pas la moindre idée. Peut-être ses parents se disaient-ils que si elle faisait des bêtises, elle irait les faire plus loin mais il y a des tas d'autres raisons possibles. Mais voyons maintenant les doubles des courriers envoyés aux parents de Laura. Ce sont des doubles de convocations que j'ai envoyées aux parents de la petite.
— Quelle en était la cause ?
— Ce n'est pas marqué sur la convocation. En général, on convoque les parents parce qu'il y a un problème avec l'élève ; la plupart du temps, un problème de discipline ou un problème de santé dont les parents semblent ne pas avoir connaissance.
— Je vois qu'il est marqué ‘'Excusés'' sur la plupart des convocations.
— Ça signifie qu'ils ne sont pas venus au rendez-vous et ont fourni une excuse. Bien sûr, nous ne pouvons pas vérifier si l'excuse est valable ou pas. On n'est pas de la police. Mais , quand c'est systématique, on se doute bien qu'ils se sont tout simplement défilés. Parfois, au lieu de ‘'Excusés'', j'ai noté ‘'Absents''. Ça veut dire qu'ils ne sont tout simplement pas venus sans pour autant prendre la peine de s'excuser. Là encore, ça ne prouve pas qu'ils n'avaient pas une excuse valable. En définitive, c'est l'accumulation de faits identiques qui doit retenir notre attention.
— Et, dans le cas de Laura, vous trouvez qu'il y a accumulation ?
— C'est incontestable !
— Que faites-vous dans ces cas-là ?
— Que voulez-vous qu'on fasse ? Renvoyer l'enfant ? Ce serait pire que de ne rien faire et, de toute façon l'école est obligatoire jusqu'à seize ans. Alors, on ne fait rien.
Lorsque Claire eut fini de photographier les documents elles remercièrent chaleureusement madame Bouillaud et prirent congé non sans avoir fait à la vieille dame ravie un baiser affectueux. Il se faisait tard et il leur fallait encore se rendre à Petit-Port-Philippe pour prendre possession de la chambre où elles allaient passer une trop courte semaine.
C'était un petit hôtel assez simple mais sympathique et situé à une centaine de mètres de la plage. Une petite salle munie de quelques tables permettait de prendre le petit déjeuner à l'hôtel. La chambre était confortable et leur séjour promettait d'être agréable.
Claire s'était entendue avec les parents de Laura pour fixer leur rendez-vous en fin de matinée. Elles se présentèrent donc à leur domicile vers onze heures du matin. Elles comprirent d'emblée que les choses n'allaient pas se faire toutes seules quand elles virent l'air hostile qu'affichait d'emblée madame Bergerol, la mère de Laura. Elle les introduisit dans un petit salon où se trouvait déjà son mari. Il ne se leva même pas de son fauteuil pour les accueillir.
Ils formaient , son épouse et lui, un curieux couple. Elle, c'était une grande perche au physique plutôt sec tandis que son mari qui semblait plus petit qu'elle était affublé d'un ventre proéminent et de bras gros comme des jambons. Il n'avait pas l'air plus aimable qu'elle.
Margaux commença à faire les présentations mais madame Bergerol l'interrompit aussitôt.
— Inutile de se perdre en salamalecs. On a bien compris qui vous êtes alors venons-en tout de suite aux faits. Vous prétendez vouloir adopter notre petite fille et vous comptez sur nous pour vous laisser le champ libre.
Ça commençait plutôt mal. Margaux voulut rectifier tout de suite le terme employé par son interlocutrice.
— Ce n'est pas exactement ce que je dirais.
— ‘'Ce n'est pas exactement ce que je dirais !'' la singea celle-ci. Mais moi, c'est comme ça que je dis. Ce qui vous intéresse, c'est de mettre la main sur l'héritage de notre pauvre fille.
— Vous faites erreur. Je peux comprendre votre méfiance mais j'ai ici des documents retraçant la carrière professionnelle de Laura et ses derniers relevés de compte. Ils montrent que si Laura avait réussi professionnellement c'était récent et que, d'autre part, elle ne faisait pas d'économies.
— Ça, ça ne prouve rien. Elle avait peut-être d'autres sources de revenus, d'autres comptes dont vous ne parlez pas.
— ‘'Ce n'est pas exactement ce que je dirais !'' la singea celle-ci. Mais moi, c'est comme ça que je dis. Ce qui vous intéresse, c'est de mettre la main sur l'héritage de notre pauvre fille.
— Vous faites erreur. Je peux comprendre votre méfiance mais j'ai ici des documents retraçant la carrière professionnelle de Laura et ses derniers relevés de compte. Ils montrent que si Laura avait réussi professionnellement c'était récent et que, d'autre part, elle ne faisait pas d'économies.
— Ça, ça ne prouve rien. Elle avait peut-être d'autres sources de revenus, d'autres comptes dont vous ne parlez pas.
L'entretien tourna rapidement à une discussion de marchands de tapis, Margaux essayant de convaincre son interlocutrice de la pureté de leurs intentions à Claire et à elle mais se heurtant à chaque fois à des contre-arguments destinés à la prendre en défaut. La jeune femme commença à perdre pied et jeta un regard implorant à Claire qui avait décidé dans un premier temps de la laisser parler, faisant confiance à ses talents de diplomate, mais commençait à bouillir intérieurement. Il n'en fallait pas plus pour qu'elle intervienne, rouge de colère.
— Ça suffit comme ça !
Elle devint aussitôt le centre de l'attention générale.
— Si vous cherchez un conflit, vous allez l'avoir ! Nous vous donnons l'occasion de vous sortir élégamment de l'impasse dans laquelle vous vous engagez en signant simplement ce document dans lequel vous vous désistez de vos obligations vis-à-vis de votre petite-fille et laissez à la justice le soin de décider si nous remplissons les conditions pour pouvoir l'adopter.
Margaux a essayé de vous expliquer que nous n'avions aucune vue sur un quelconque héritage qui d'ailleurs n'existe pas et vous continuez à ne rien vouloir comprendre. Fort bien ! mais je vous préviens ! Si nous repartons sans ce papier, ce sera noté sur le dossier d'adoption que nous constituerons tout de même et les services sociaux viendront enquêter pour voir si, de votre côté, vous êtes suffisamment dignes de confiance pour que la vie de Gwendoline vous soit confiée. A ce sujet, je puis vous dire que l'opinion que les gens ont de vous à votre ancienne adresse est désastreuse. D'autre part, j'ai ici la copie d'une lettre que Laura a commencé à vous écrire sans aller jusqu'au bout il y a quelques années. Elle vous accuse tout bonnement de n'avoir jamais voulu vous occuper d'elle.
Le père de Laura bondit de son fauteuil en écumant de rage et se mit à hurler.
— Eh bien moi, je te préviens aussi ! Je ne vais pas me laisser insulter par une petite connasse qui a besoin qu'on lui apprenne les bonnes manières. Alors, tu vas lever ton petit cul de lesbienne de cette chaise et t'en aller bien vite si tu ne veux pas te faire claquer la gueule. Et c'est la même chose pour toi, la mal-baisée, dit-il en regardant Margaux avec mépris . Allez ! Du balai !
Quelques instants plus tard, les deux jeunes femmes se retrouvèrent catastrophées dans la rue.
— J'ai bien cru qu'il allait me taper dessus, gémit Claire.
— Moi, j'étais complètement terrorisée. Je crois qu'il va nous falloir revoir à la baisse nos prétentions.
— Tout ceci est de ma faute. Si je n'avais pas réagi comme ça ! mais cette bonne-femme m'a exaspérée. Elle avait décidé d'emblée de refuser tout accommodement.
— Tant pis ! ça n'est pas si grave, et on a fait ce qu'on pouvait. L'important c'est que nous puissions continuer à nous occuper de Gwen. Personne ne pourra nous l'enlever puisque c'est David qui nous l'a confiée.
— Moi, j'étais complètement terrorisée. Je crois qu'il va nous falloir revoir à la baisse nos prétentions.
— Tout ceci est de ma faute. Si je n'avais pas réagi comme ça ! mais cette bonne-femme m'a exaspérée. Elle avait décidé d'emblée de refuser tout accommodement.
— Tant pis ! ça n'est pas si grave, et on a fait ce qu'on pouvait. L'important c'est que nous puissions continuer à nous occuper de Gwen. Personne ne pourra nous l'enlever puisque c'est David qui nous l'a confiée.
Mais Claire savait bien que Margaux était profondément blessée, elle dont le vœux le plus cher était d'être considérée comme la maman de Gwendoline, ainsi qu'elle l'avait dit à plusieurs reprises. La jeune femme était d'autant plus humiliée qu'elle s'était vantée au départ de ne pas quitter Petit-Port-Philippe avant d'avoir le document de renoncement signé par les parents de Laura. Non seulement elle n'avait pas le papier signé mais elle n'avait plus rien du tout car dans la panique elles avaient tout laissé chez les parents de Laura. La technique du char d'assaut s'était terminée par une piteuse retraite. La défaite était complète.
Le retour à l'hôtel ressembla à une marche funèbre et quand elles furent arrivées dans leur chambre, Margaux se jeta sur le lit et se mit à sangloter. Pour un voyage de noces ça commençait plutôt mal.
La nuit leur permit de digérer leur échec mais, le lendemain, elles se posèrent tout de même la question de savoir si ça valait la peine de prolonger leur séjour. Elles décidèrent néanmoins de se laisser le temps d'y réfléchir. L'air de la mer ne pouvait que faire du bien à Gwendoline, et puis, où aller ? Il était un peu tard pour changer leur lieu de vacances. Tout était déjà payé. Elles allèrent donc promener Gwendoline sur la plage. La marée était basse et elles avaient amené avec elles un seau et une pelle avec lesquels elles firent jouer la petite fille dont les rires et la joie de vivre leur mit du baume au cœur.
Comme il faisait vraiment beau ce jour-là, elles s'attardèrent pour pouvoir jouir de la chaleur prodiguée par le soleil puis, sans repasser par l'hôtel, elles allèrent s'installer à une table dans une petite gargote située sur l'avenue longeant la plage. Elles se commandèrent chacune un steak frites et un jambon purée pour Gwendoline. Elles prirent même un peu de vin, histoire de se remonter le moral.
Elles retournèrent ensuite tranquillement à l'hôtel. Gwendoline avait besoin d'une bonne sieste et, elles-mêmes, avaient besoin de se remettre de toutes ces émotions.
Alors qu'elles traversaient la réception et se préparaient à appeler l'ascenseur, elles furent interceptées par leur hôtesse.
Alors qu'elles traversaient la réception et se préparaient à appeler l'ascenseur, elles furent interceptées par leur hôtesse.
— Une dame a déposé cette lettre pour vous pendant votre absence.
Elles reconnurent tout de suite l'enveloppe. C'était celle dans laquelle se trouvait le document qu'elles devaient faire signer aux parents de Laura. Margaux s'en empara et se dirigea de nouveau vers l'ascenseur suivie de Claire qui portait Gwendoline dans ses bras tandis qu'elle-même s'occupait de la poussette. Arrivée dans leur chambre, elle déposa la précieuse enveloppe sur la table et elles couchèrent Gwendoline fatiguée tout en regardant du coin de l'œil le rectangle de papier qu'elles allaient devoir ouvrir. Elles gagnèrent du temps en contemplant leur bout de chou mais Gwendoline finit par s'endormir. Il allait falloir se décider. Claire s'approcha de la table et hésita avant de prendre l'enveloppe, mais elle tremblait tellement qu'elle la fit tomber par terre. Ce fut Margaux qui la ramassa. Elle voulut la lui tendre mais Claire refusa de la reprendre.
— Je ne pourrai jamais.
— Alors je l'ouvre, mais prend-moi dans tes bras et on regarde ensemble.
— Alors je l'ouvre, mais prend-moi dans tes bras et on regarde ensemble.
Ce fut serrées l'une contre l'autre qu'elles déchirèrent l'enveloppe : Le document s'y trouvait, soigneusement complété et signé.
Elles l'examinèrent longuement pour être sûres de ne pas se tromper avant de tomber dans les bras l'une de l'autre, moitié pleurant, moitié riant de bonheur.
Peu leur importait de savoir pourquoi les parents de Laura avaient fini par signer. Il serait toujours temps d'y réfléchir plus tard. Pour l'instant, ce qui comptait, c'était ces deux signatures qui les autorisaient à rêver de leur bonheur futur.
Cette vraie famille à laquelle elles prétendaient en dépit de l'hostilité d'un si grand nombre de personnes, elles allaient pouvoir la construire ensemble avec David, Alice, Muriel et surtout, surtout leur adorable petite Gwen, l'amour de leur vie. C'était la seule chose qui leur importait.
Toutes les portes étaient maintenant ouvertes et elles comptaient bien les empêcher de se refermer.
Elles l'examinèrent longuement pour être sûres de ne pas se tromper avant de tomber dans les bras l'une de l'autre, moitié pleurant, moitié riant de bonheur.
Peu leur importait de savoir pourquoi les parents de Laura avaient fini par signer. Il serait toujours temps d'y réfléchir plus tard. Pour l'instant, ce qui comptait, c'était ces deux signatures qui les autorisaient à rêver de leur bonheur futur.
Cette vraie famille à laquelle elles prétendaient en dépit de l'hostilité d'un si grand nombre de personnes, elles allaient pouvoir la construire ensemble avec David, Alice, Muriel et surtout, surtout leur adorable petite Gwen, l'amour de leur vie. C'était la seule chose qui leur importait.
Toutes les portes étaient maintenant ouvertes et elles comptaient bien les empêcher de se refermer.
EPILOGUE
La jeune fille de dix-huit ans à peine est sagement assise au premier rang de l'amphi de la nouvelle fac de sciences. Elle aurait préféré s'asseoir plutôt au dernier rang car elle est d'un naturel timide et préférerait ne se faire remarquer, ni en bien, ni en mal. Mais elle a promis à ses deux mamans de se mettre devant car on y entend mieux et, aussi on y voit mieux, surtout quand, comme elle, on a besoin d'une paire de lunettes pour distinguer un éléphant dans une salle de bain, comme dit son papa.
Comme elle n'a rien d'autre à faire qu'à attendre ce prof qui n'arrive pas, elle se met à penser à sa famille.
Papa, je l'adore et c'est réciproque même si on passe notre temps à s'envoyer des vannes. Il me traite de ‘bigleuse' et je lui répond en le traitant de ‘nabot'. Ça fait hurler Douce et Ange mais lui, ça le fait rigoler. Ange dit qu'il n'accepterait ça de personne d'autre. Papa et elle s'entendent comme larrons en foire. Ils ont un peu le même humour, parfois un peu limite. Un jour, ils ont annoncé à Douce qu'ils allaient faire un bébé ensemble. Elle l'a très mal pris parce qu'elle a cru qu'ils allaient coucher ensemble. Il a fallu qu'ils lui expliquent que papa allait seulement donner sa semence mais elle n'a pas trouvé ça drôle du tout. Elle s'est même mise à pleurer. Heureusement, Ange sait comment la consoler quand ça arrive. Ça se passe dans leur chambre : elles ferment la porte à clef et ce qu'elle font ne regarde qu'elles.
Papa, je l'adore et c'est réciproque même si on passe notre temps à s'envoyer des vannes. Il me traite de ‘bigleuse' et je lui répond en le traitant de ‘nabot'. Ça fait hurler Douce et Ange mais lui, ça le fait rigoler. Ange dit qu'il n'accepterait ça de personne d'autre. Papa et elle s'entendent comme larrons en foire. Ils ont un peu le même humour, parfois un peu limite. Un jour, ils ont annoncé à Douce qu'ils allaient faire un bébé ensemble. Elle l'a très mal pris parce qu'elle a cru qu'ils allaient coucher ensemble. Il a fallu qu'ils lui expliquent que papa allait seulement donner sa semence mais elle n'a pas trouvé ça drôle du tout. Elle s'est même mise à pleurer. Heureusement, Ange sait comment la consoler quand ça arrive. Ça se passe dans leur chambre : elles ferment la porte à clef et ce qu'elle font ne regarde qu'elles.
Douce aussi, elle aime beaucoup Papa, mais c'est normal étant donné que c'est son frère. Elle ne peut s'empêcher de le materner bien qu'il ait cinq ans de plus qu'elle. De toute façon, elle materne tout le monde. C'est elle la cheffe de famille. Parfois les gens demandent comment elle fait pour s'occuper toute seule de deux enfants, d'un invalide et de deux nonagénaires mais en réalité, si c'est elle qui organise tout, Ange fait sa part de boulot, elle aussi ; Papa aussi d'ailleurs. Et puis, si mes deux grand-mères sont âgées, elles ne sont pas gâteuses pour autant. Simplement, elles n'ont plus beaucoup de résistance et se déplacer leur est de plus en plus difficile sans déambulateur. Alors, elles se contentent de rester dans le salon ou alors l'été dans le jardin à ressasser leurs souvenirs et à jouer au scrabble. Ça suffit à leur bonheur ; ça et la famille.
Un peu compliquée, cette famille ! Aglaé, par exemple : officiellement, elle a un papa et deux mamans, ce qui n'est déjà pas si courant. Du côté de Ange et de papa, pas de problème puisque elle, c'est sa mère biologique et papa son père biologique. Mais Douce, elle est aussi sa mère puisqu'elle l'a adoptée à sa naissance ; mais elle est aussi sa tante puisqu'elle est la sœur de papa ; et puis, elle est aussi un peu sa belle-mère puisqu'elle est l'épouse d'Ange qui est sa mère, encore que là, c'est un peu tiré par les cheveux. Et mamie Alice qui est à la fois la maman d'Ange et sa grand-tante ! Mais, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Ils disent tous que tout ça c'est uniquement pour des questions d'héritage. Enfin pas tous ! Ange, elle dit que c'est d'abord une question d'amour. Moi, je crois que c'est elle qui a raison. Il faut voir comme ils se parlent tous, comme ils nous parlent tous à Aglaé et à moi.
Ma petite sœur et moi, on vit dans un cocon tout doux ! ; tout moelleux ! Et je ne suis vraiment pas pressée que ça s'arrête. Ah non alors ! ça n'est pas demain la veille que…
— Bonjour !
Gwendoline se tourne étonnée du côté d'où provient la voix et son cœur fait un bond dans sa poitrine :
Qu'il est beau !
—
Qu'il est beau !
—
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Commentaires ()
Je vous attends avec bonheur
Merci pour avoir eu le courage de me lire jusqu’au bout et à bientôt peut être.
Et comme ces petits noms vont bien à ses 2 mamans :)