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✦ unzeste85 Si jolie XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

Si jolie — Chapitre 17

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unzeste85
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Si jolie

Chapitre 17

Sa tante avait assuré à Claire qu'elle ferait traiter leur demande aussi vite que possible mais la réponse n'arriva que trois semaines plus tard, trois semaines pendant lesquelles les jeunes filles, sur des charbons ardents, eurent le plus grand mal à se concentrer sur leurs études. Naturellement, l'arrivée du courrier provoqua un grand émoi dans la maisonnée et une explosion de joie à la lecture de l'avis positif prononcé par le tribunal d'instance. Alice et Muriel ne furent pas les dernières à se réjouir. D'abord parce qu'elles étaient heureuses pour leurs deux protégées, mais aussi parce qu'elles commençaient à s'attacher à la petite poupée qui occupait dans la ‘' famille ‘' une place grandissante, place qu'elle revendiquait d'ailleurs avec vigueur. L'heureux évènement fut fêté dignement à avec une bouteille de mousseux et une assiette de petits fours sucrés, quelques morceaux de boudoirs finissant même dans l'estomac de Gwendoline.
Margaux était à la fois heureuse, frustrée et déterminée. Heureuse parce que la petite fille pour laquelle elle avait littéralement ‘'craqué'' dès le premier instant où elle avait dû s'en occuper allait pouvoir rester auprès d'elle. Un peu frustrée, tout de même, parce qu'elle n'avait aucun droit sur elle étant donné que seule Claire bénéficiait de la délégation d'autorité parentale. Elle était donc déterminée à adopter un jour Gwendoline car c'était le moyen le plus sûr et le plus définitif de pouvoir lui prodiguer l'amour qu'elle ressentait pour elle sans craindre à chaque instant qu'on ne la lui reprenne. Elle allait donc commencer par épouser Claire, comme celle-ci le désirait manifestement. Le plus tôt serait le mieux. Elle décida de l'annoncer au cours du dîner. Profitant d'une pause pendant une discussion à bâtons rompus, elle annonça.
— J'ai pris une décision importante dont je voudrais vous faire part.
Les trois autres convives se tournèrent vers elle en lui souriant d'un air interrogateur.
— Nous t'écoutons, mon ange ! l'encouragea Claire.
— L'autre jours, tu as exprimé le désir que nous nous épousions rapidement.
— Oui ! Cela m'a paru être le seul moyen pour que nous puissions partager la responsabilité de l'éducation de Gwen.
— Eh bien, je suis non seulement d'accord pour le faire, mais je veux qu'on fasse ça le plus rapidement possible.
— Pourquoi ? intervint Muriel en plaisantant. Tu attends un enfant ?
— En quelque sorte oui. J'attends Gwendoline. Je veux être sa nouvelle maman.
— Je comprends mais, une fois que vous serez mariées, tu pourras demander de partager la délégation d'autorité parentale avec Claire.
— Mais moi, je ne veux pas être seulement la gentille tante par alliance qui s'occupe d'elle à la place de sa maman morte et de son papa invalide. Je veux être sa maman qui l'aime et s'occupe d'elle comme toutes les mamans du monde. D'ailleurs, Claire a déjà évoqué cette possibilité devant David. Je sais qu'elle est du même avis que moi.
— C'est vrai, mais je pensais opérer en deux temps. D'ailleurs, David veut se contenter de la délégation de responsabilité pour l'instant.
— Oui, mais il a quand même dit qu'il allait y réfléchir.
— D'autre part, il y a un élément nouveau. Nous savons maintenant que les parents de Laura sont toujours vivants et qu'apparemment, il n'y a ni frère ni sœur. Je ne sais pas s'il faut réunir un conseil de famille, mais il va sûrement falloir obtenir leur accord pour pouvoir adopter Gwen.
— Vous avez leur adresse ?
— On a une adresse mais elle date de plusieurs années. De toute façons, la première chose à faire, c'est de décider quand on se marie.
— Vous devriez le faire le plus rapidement possible pour profiter de la levée du confinement. Le gouvernement pourrait bien remettre ça au printemps et vous devriez alors attendre l'été. Si vous arrivez à passer entre les gouttes, vous pourriez faire un petit voyage de noces dès le début des vacances d'été. Par contre, vous ne pourrez pas avoir un grand mariage avec beaucoup d'invités en plein hiver et en pleine pandémie.
— Ça, on s'en fiche totalement ! Margaux ne connait personne en dehors de vous. Quant à moi, en dehors de ma famille proche, je n'ai pas envie d'inviter qui que ce soit. Ici, nous sommes quatre. Plus papa et David, ça fait six. Si on ajoute Henri, Angélique, leurs parents et la sœur d'Angélique, ça ferait treize personnes plus un bébé.
— C'est déjà beaucoup, à mon avis, en pleine pandémie. Treize personnes dans un local fermé, obligés de porter un masque et de respecter les gestes barrière, c'est quasiment impossible.
— Moi, j'ai une meilleure idée, intervint Margaux.
— Laquelle ? demanda Alice.
— On se marie sans personne ; rien que nous quatre ! On explique aux gens qu'on fera une petite fête cet été mais qu'à cause du covid on se marie dans la plus stricte intimité. On fait ça ici, à Clermont-Ferrand, et c'est vous qui nous servez de témoins. On n'a rien à préparer et on a juste à fixer une date pour la mairie.
— Ce ne sera pas très festif observa Alice.
— La fête, on la ferait cet été ! la rassura Claire. Puis elle s'adressa à Margaux.
— Tu as tout à fait raison, mon ange. Notre mariage aura autant de valeur pour moi que s'il y avait une centaine de personnes. Et, du coup on peut réserver dès que possible à la mairie. Moi, ça me va parfaitement.
—'Dès que possible'' ne signifiait malheureusement pas ‘'immédiatement'' et elles le constatèrent à leurs dépens. Elles n'étaient pas les seules à vouloir passer devant monsieur le maire en plein hiver. Le Covid avait bouleversé les prévisions de bien des candidats au mariage et nombreux s'étaient résignés à faire comme elles. En définitive, elles ne trouvèrent qu'un jeudi en fin d'après-midi vers la mi-mars. Elles se résignèrent mais ne purent se défaire de l'impression que les mariages ‘'atypiques'' du même genre que le leur ne bénéficiaient pas des meilleurs créneaux horaires et, encore moins de ceux du samedi. Sauter un cours en fin d'après-midi pour se ruer à la mairie ne correspondait pas à l'idée qu'elles se faisaient d'un mariage, même dans l'intimité, mais elles devraient s'en contenter. Elles réagirent avec une légère morosité pendant un ou deux jours puis, une fois habituées, le bonheur procuré par leur prochaine union reprit le dessus. Elles passèrent tout le temps que dura leur attente enlacées et échangeant de petits baisers. Elles dormaient enlacées, et vivaient enlacées. Les seuls moments pendant lesquels elles ne l'étaient pas, c'était pendant les repas et lorsqu'elles étaient à la fac pour des travaux pratiques ou dirigés. Cette simple signature qu'elles allaient apposer sur un registre opérait déjà comme un catalyseur, sinon de leur amour, du moins de son expression.
Leurs deux protectrices les observaient avec attendrissement. Le bonheur affiché par leurs protégées rejaillissait sur elles. Elles avaient décidé que le soir du mariage serait un soir de fête malgré son caractère intime. Elles décidèrent donc de leur offrir deux cadeaux : D'abord deux manteaux qu'elles pourraient mettre pour se rendre à la mairie. Elles choisirent elles-mêmes la forme et la couleur afin de ménager la surprise aux deux jeunes femmes. La couleur sable se marierait très bien avec le rose de la robe de Claire et le bleu turquoise plairait sûrement beaucoup à Margaux. Elles décidèrent d'autre part de commander un repas de mariage complet que le meilleur traiteur de Clermont-Ferrand leur livrerait en début d'après-midi.
L'évolution de la pandémie leur fit craindre qu'un nouveau confinement vienne remettre en cause au dernier moment la date du mariage. Quelques départements avaient rapidement dû le rétablir et il était à craindre qu'il soit rapidement étendu à tout le pays. Ce fut effectivement le cas mais, par bonheur, seulement au début du mois d'avril.
Un deuxième sujet de préoccupation se présenta. Il était paradoxalement le résultat d'une bonne nouvelle : La campagne de vaccination avait commencé. Elle concerna dès le début du mois de février les personnes âgées de plus de soixante-quinze ans.
La presse, à l'affut d'informations inquiétantes, se faisait un malin plaisir de signaler chaque effet secondaire, aussi rare ou bénin soit-il mais présenté à chaque fois comme une grave menace pour la santé des candidats au vaccin. Les instances médicales devaient passer leur temps à défendre le bilan globalement largement positif du vaccin choisi pour la campagne. Les deux vieilles dames craignaient néanmoins qu'un effet secondaire intempestif vienne contrarier la fête. Elles reculèrent donc volontairement le moment de leur première injection pour que cette dernière ait lieu fin février de sorte que la seconde ait lieu fin mars, c'est-à-dire après le mariage.
La suite leur prouva qu'elles s'étaient inquiétées bien inutilement. Le seul effet secondaire perceptible fut un léger hématome à l'endroit de la piqure lors de la deuxième injection, hématome qui disparut le surlendemain. Leur décision leur avait tout de même apporté la tranquillité d'esprit.
Quant au mariage, ce fut une réussite à tous points de vue. Claire et Margaux, avaient pris rendez-vous chez le coiffeur où Angélique exerçait ses talents et s'étaient légèrement maquillées pour l'occasion. Vêtues de leurs robes fourreaux, de leurs escarpins assortis et de leurs nouveaux manteaux, elles étaient toutes les deux aussi belles qu'élégantes. Leur arrivée à la mairie ne passa pas inaperçue et les regards admiratifs que leur jetèrent les gens qu'elles croisèrent leur procura un plaisir coupable mais, oh combien!, agréable.
La conseillère municipale chargée ce jour-là des mariages était une jeune femme. Elle était très fière d'être chargée de cette responsabilité. Célébrer un mariage n'était pas pour elle quelque chose de banal. Elle les traita donc avec un mélange de respect et de familiarité qui aurait pu laisser penser qu'elle les connaissait. Elle évita tout allusion à leur situation particulière dans un petit speech romantique parlant d'amour et de fidélité, dit avec le sourire et d'un ton chaleureux. A la fin de la cérémonie, elle leur serra la main à chacune en s'excusant de ne pouvoir leur faire la bise à cause de la pandémie.
Au retour de la mairie, Les deux jeunes mariées furent priées sans ménagement de se réfugier au premier étage et de ne redescendre que lorsqu'on les appellerait, ce qu'elles firent avec docilité. Elles patientèrent en compagnie de Gwen qu'elles câlinèrent et firent jouer avant de la changer pour la nuit et de la mettre au lit. Elles retournèrent dans leur chambre et continuèrent à attendre, tendrement enlacées, en bavardant à voix basse. Lorsqu'elles furent rappelées, elles découvrirent une table de salle à manger recouverte d'une nappe brodée au centre de laquelle trônait un magnifique chandelier à cinq branches en métal argenté. Les couverts étaient assortis au chandelier et les assiettes étaient en porcelaine fine. En dehors des bougies du chandelier, quelques éclairages indirects fournissaient une ambiance romantique soulignée par une musique diffusée en sourdine. Les seuls verres mis à la disposition des convives étaient des verres à eau et des flûtes à champagne.
Le repas se ferait donc au champagne. C'était d'ailleurs déjà le cas pour l'apéritif pour lequel les flûtes étaient déjà remplies.
— Dis-moi, ma chérie ! ironisa tendrement Claire, j'espère que tu ne vas pas te beurrer au champagne, cette fois !
Elle expliqua à leurs deux ainées qui ignoraient ce à quoi elle faisait allusion.
— Mademoiselle Margaux a une certaine tendance à surestimer sa capacité d'absorption de l'alcool. Lors du réveillon de fin d'année de deux mille dix-neuf, j'ai dû la faire danser pendant au moins une heure pour la dessaouler. Heureusement, elle a le vin gai bien qu'un peu coquin. Un peu plus et elle montrait ses fesses à l'assistance.
— D'abord, répliqua Margaux en affectant un air outragé, je ne l'ai pas fait et ce n'est pas Mademoiselle Margaux mais Madame Margaux.
— Ça fait un peu mère maquerelle, tu ne trouves pas ?
— Mauvaise langue ! Ensuite, ce n'était pas du champagne mais de la bière et du whisky. Le champagne, ça ne saoule pas, c'est bien connu.
— Ben voyons !
— Si, Si !Et puis, de toute façon tu dois me porter dans tes bras quand on ira se coucher.
— Compte là-dessus !
— En tout cas, remarqua Alice, C'est un aspect de ta personnalité que je ne connaissais pas.
— Ah bon ? Je ne savais pas qu'on appelait comme ça cet endroit du corps! rétorqua Margaux en rigolant.
— Margaux !
— Là, vous voyez, c'est juste après une petite gorgée de champagne ! Rigola Claire à son tour.
— Ça promet !
Le traiteur avait bien fait les choses. Il avait tout simplement réalisé un repas de mariage classique mais pour quatre personnes seulement : Verrines et foie gras de canard en entrée, Turbot au champagne, poularde au vin jaune et aux morilles ; Il y avait même la pièce montée traditionnelle mais elle était simplement plus petite.
Heureuses d'être toutes les quatre ensemble pour ce repas à la fois intime et festif, elles ne regrettèrent pas un instant qu'il n'y ait personne d'autre. Une ambiance tendre et chaleureuse régna pendant tout le repas, avec juste une petite pointe d'émotion lorsqu'Alice puis Muriel lurent, au moment du dessert, le petit compliment aux mariées que chacune avait préparé.
A la fin du repas, elles allèrent s'installer dans le salon pour continuer à bavarder. Au bout d'une demi-heure, Alice fit observer qu'il commençait à se faire tard. Aussitôt les deux jeunes filles se proposèrent pour desservir et faire la vaisselle. Elles se firent gentiment envoyer sur les roses par Muriel.
— Aujourd'hui, c'est vous les reines de la fête. Vous avez certainement mieux à faire ensemble ce soir.
— Dans ce cas…
Claire jeta à Margaux un regard Malicieux. Elle lui enleva ses chaussures et fit de même pour les siennes.
— Finalement, nous allons respecter la tradition comme tu le souhaitais. Mesdames, nous vous remercions pour cette délicieuse soirée et vous souhaitons le bonsoir !
Elle prit ensuite sa petite compagne un peu pompette dans ses bras et se dirigea vers l'escalier. Elle monta à l'étage sous le regard amusé, quoiqu'un peu inquiet des deux vieilles dames qui avaient peur qu'elles tombent, pénétra dans leur chambre et posa son précieux fardeau sur leur lit. Elle retourna fermer la porte et … le reste peut aisément se deviner.
*****
Le nouveau confinement, dont le gouvernement, devant l'ampleur de la nouvelle vague de contaminations, gratifia de nouveau la France entière, ne leur permit pas de progresser de façon notable dans leur projet d'adoption. Tout au plus, réussirent elles à localiser les parents de Laura. La chose ne fut pas facile.
Au départ, elles ne disposaient que de deux choses : Le nom de famille de Laura, ‘'Bergerol'', et une adresse à Lille figurant sur un document administratif datant de l'époque à laquelle Laura avait été condamnée par la justice. Malheureusement, l'immeuble correspondant à l'adresse avait été démoli et remplacé par un immeuble de bureaux comme on pouvait d'ailleurs le constater sur ‘'Street-view''. Elles se mirent donc à chercher des ‘'Bergerol'' habitant à Lille en utilisant les services de l'annuaire téléphonique et ceux de la mairie de Lille. Elles téléphonèrent ensuite aux personnes en question pour leur demander si elles avaient une fille du nom de Laura et qui était âgée d'une trentaine d'années.
Comme elles ne trouvèrent ainsi aucune trace des parents de Laura, elles étendirent les recherches aux communes environnantes, puis à tout le département. C'était un travail long et fastidieux car après avoir exploité l'annuaire, il fallait interroger chaque mairie afin de vérifier s'il n'y avait pas des ‘'Bergerol'' qui habitaient la commune mais dont le téléphone était sur liste rouge ou bien qui n'avaient pas de ligne fixe. Ce qui compliquait encore plus les choses, c'était qu'elles ne devaient pas sacrifier leurs études pendant ce temps-là. Elles étaient conscientes du fait que leurs recherches comportaient certainement de nombreux ‘'trous'' mais elles se devaient au moins d'essayer. Naturellement, il n'était pas question d'étendre la recherche à la France entière.
Elles commençaient à se dire qu'elles n'y arriveraient jamais et que ce n'était pas la bonne solution lorsqu'enfin elles eurent une réponse qui leur permit d'espérer être dans la bonne direction.
— Allo ?
— Bonjour, monsieur, pardonnez-moi de vous déranger ; Je m'appelle Claire Lefront-Chastelain et je souhaiterais parler à Monsieur ou Madame Bergerol.
— Je suis Monsieur Bergerol.
— Enchantée ! Je cherche les parents d'une certaine Laura Bergerol qui aurait une trentaine d'années. Serait-ce par hasard votre fille ?
L'interlocuteur de Claire se mit à rire.
— Il faudrait que j'aie été sacrément précoce. Je n'en ai que trente-cinq.
— Pas de chance ! eh bien, excusez-moi de vous avoir dérangé.
— Attendez ! Ce prénom me dit quelque chose. Ah oui ! C'était il y a quelques années, au mariage de la fille d'une des cousines de mon père.
— Vous l'avez vue à ce moment-là ?
— Non, mais j'en ai entendu parler. Enfin, pas directement, mais de ses parents. Ils avaient été invités mais n'avaient même pas répondu. Pourtant, disait mon oncle, qui était le père de ma cousine, ils n'habitaient pas très loin de Dunkerque depuis qu'ils étaient en retraite.
— Il a dit où ils habitaient ?
— Non. Il a seulement dit qu'ils habitaient près de Calais et que le patelin où ils habitaient avait de jolies plages.
— Et ils avaient une fille qui s'appelait Laura ?
— Apparemment. Mon oncle disait que c'était depuis que leur fille Laura avait fait de la prison qu'ils avaient coupé les ponts avec la famille. Ils devaient avoir honte, je suppose. Voilà, c'est tout ce que je sais.
Après avoir chaleureusement remercié leur interlocuteur, Claire raccrocha avant de regarder Margaux à la fois ravie et déstabilisée.
— Tu te rends compte de la chance qu'on a si ce sont les bons ?
— C'est sûr qu'on ne risquait pas de les trouver en cherchant dans le département du Nord.
— Il ne nous reste plus qu'à explorer les communes des environs de Calais situées en bord de mer.
— En espérant qu'on soit tombées sur les bons.
— On a quand même les probabilités en notre faveur. Des Laura Bergerol qui ont fait de la prison à la même époque que Laura et dans la même région, ça ne doit pas courir les rues.
— A condition, bien sûr, qu'ils n'aient pas de nouveau déménagé depuis le fameux mariage.
— Ne sois pas négative ! La chance finira bien par tourner.
Elles commencèrent immédiatement une nouvelle recherche dans l'annuaire en sélectionnant directement tous les Bergerol du Pas de Calais. Elles en trouvèrent une dizaine dont un couple qui habitait une commune des environs de Calais située en bord de mer : « Monsieur et Madame Claude Bergerol, 15 rue de l'espadon, Petit-Port-Philippe ». Claire exprima son plaisir par un éclat de rire.
— Ça y est ! je crois qu'on est tombé sur les bons, cette fois.
— Espérons que ce ne sera pas une nouvelle déception, tempéra Margaux qui ne voulait pas se faire une fausse joie.
— A quelle heure tu penses qu'on peut leur téléphoner ?
— En général, les retraités dînent tôt et passent la soirée devant la télé. Il ne faut pas les déranger à partir de sept heures du soir. Je pense qu'à six heures du soir il y a des chances pour qu'ils soient chez eux et qu'on ne les dérange donc pas trop. Donc, ce soir c'est un peu tard. Il vaut mieux qu'on attende demain vers dix-huit heures.
Le lendemain, elles se réfugièrent dans leur chambre à dix-huit heures pile et, pendant que Margaux essayait de faire tenir tranquille Gwendoline qui essayait de s'emparer du téléphone, Claire composa le numéro des Bergerol de Petit-Port-Philippe.
— Allo ?
— Oui, allo ?
— Je suis bien chez Monsieur et Madame Bergerol ?
— Oui. C'est à quel sujet ? La voix féminine au bout du fil était légèrement méfiante.
— Bonjour, Madame. Je m'appelle Claire Lefront-Chastelain et je souhaiterais savoir si vous avez bien une fille qui se nomme Laura.
— Oh là ! Je vous arrête tout de suite. Laura a trente ans et nous n'avons plus aucun contact avec elle depuis plus de dix ans. Si elle a fait une nouvelle bêtise, nous ne sommes pas responsables.
— Non, il ne s'agit pas de ça. Laura n'a commis aucun acte répréhensible.
— Tant mieux. Mais pourquoi c'est vous qui nous appelez et pas elle ?
— C'est que, Madame, je suis au regret de vous annoncer une triste nouvelle. Votre fille Laura est décédée dans un accident de voiture.
— Quand ?
— Début octobre.
— Et c'est seulement maintenant que vous nous prévenez ?
— C'est que je ne suis pas une administration, Madame. Je suis seulement une proche de votre fille et je vous téléphone en tant que telle.
— Ah bon ! Excusez-moi. Mais pourquoi personne ne nous a prévenu ?
— Je l'ignore, Madame. Comme l'accident a eu lieu en République Tchèque, le consulat à Prague n'a pas dû trouver vos coordonnées et a dû la faire enterrer sur place. Mais , si vous voulez avoir des précisions, je vous conseille de leur téléphoner directement. Si ça se trouve ils ont fait des recherches pour vous retrouver. Moi-même, j'ai eu le plus grand mal à retrouver vos coordonnées. Tout ce que j'ai trouvé c'était une ancienne adresse à Lille.
— Mais que faisait Laura en République Tchèque ?
— Elle dirigeait l'agence de sa société à Prague. Elle avait réussi à obtenir ce poste quelques mois auparavant.
— Ça marchait bien pour elle, apparemment.
— Oui, plutôt bien. Elle était appréciée. C'est pour ça qu'elle a eu ce poste.
— Bon ! eh bien, je vous remercie de nous avoir prévenus.
— Attendez ! Madame Bergerol, je souhaiterais vous rendre visite car il y a certains points qui vous concernent, à mon avis et dont je désirerais vous parler.
— Lesquels ?
— Laura a un enfant. Une petite fille de neuf mois. C'est moi qui en ai la garde pour le moment. Je souhaiterais vous voir afin de régulariser cette situation.
— C'est que nous sommes trop vieux pour nous occuper d'un enfant. Ça ne va pas être possible.
— Ce n'est pas pour ça que je souhaite vous voir. Je suis la tante de Gwendoline et même sa marraine. Je suis prête, en tant que telle à m'occuper d'elle. Mais je voudrais obtenir votre accord pour régulariser la situation de façon définitive. Ce n'est pas très facile au téléphone et c'est pour ça que je souhaite vous rendre visite lorsque le confinement sera terminé.
— Bon, d'accord si c'est pour vous rendre service.
— Je me permettrai donc de vous retéléphoner pour convenir d'un rendez-vous quand la fin du confinement sera annoncée.
— Oh ! j'y pense tout d'un coup ! la fille de Laura est bien son héritière ? Ou bien, c'est son mari ?
— Laura n'était pas mariée. Mon frère était son compagnon mais ils n'étaient ni mariés ni pacsés. Il a tout de même reconnu Gwendoline. Mais , oui, je suppose que Gwen est l'héritière de sa maman. Je ne suis pas habilitée à m'occuper de ça. Moi, ce qui m'intéresse, c'est de m'occuper de Gwen. Pourquoi cette question ?
— Par curiosité.
Lorsque Claire raccrocha, elle avait un air grave.
— J'ai bien peur qu'on ait des difficultés avec eux.
— Pourquoi ? Ils semblent ne pas vouloir s'occuper de Gwen.
— C'est la question de la mère de Laura au sujet de l'héritage qui m'a inquiétée. S'ils pensent que Gwen hérite d'une somme importante, ils risquent de se mettre à s'intéresser à elle.
— Tu ne crois pas que si Laura laissait quelque chose, David serait au courant ?
— Probablement, mais ils n'en savent rien et ils vont peut-être vouloir vérifier avant de signer quoi que ce soit. Ça peut prendre un temps fou s'ils se lancent dans ce genre de procédure. Et puis, imagine que Laura ait un bien immobilier. On n'a pas beaucoup d'informations sur elle. Sa sortie de prison, ça date de dix ans. Elle avait trempé dans des magouilles. Elle a pu faire des choses dont elle n'a jamais parlé à David.
— Il faut absolument qu'on les décourage de faire quoi que ce soit.
— Oui, mais comment ?
— A mon avis, il faut qu'on sache exactement ce que Laura laisse derrière elle. Elle doit avoir un compte en banque sur lequel elle touchait son salaire et ses primes. Il faut partir de là. On peut savoir si elle faisait des économies ou si elle dépensait tout. Et, si elle transférait des sommes sur d'autres comptes, ça apparaîtra sur ses relevés de compte. Quel dommage qu'on ait rendu tous les papiers de Laura à David !
Elle réfléchit quelques instants avant de continuer.
— On ne va pas pouvoir faire grand-chose pendant le confinement. Ensuite, on va être très prises par les examens de fin d'année. Je vais tout de même téléphoner à David pour voir s'il peut déjà s'avancer sur le sujet mais moi, je nous vois plutôt aller voir les parents de Laura début juillet. De toute façon, ça nous prendra au moins trois jours : Un jour pour nous rendre à Lille.
— Pourquoi à Lille ?
— Je voudrais exploiter la lettre que Laura avait commencé à écrire à ses parents, mais pour cela, il faut qu'on vérifie auprès des gens du quartier où ils habitaient si ce qu'elle écrit dans cette lettre correspond à la réalité. Si les parents de Laura ne s'occupaient pas d'elle elle devait trainer dans les rues. Donc, le soir on couche à Lille. Le lendemain on enquête dans le quartier.
Elle hésita en fronçant les sourcils avant de reprendre.
— Mouais ! J'imaginais qu'on enquêterait le matin et qu'on irait voir les parents de Laura l'après-midi, mais je ne crois pas que ce soit réaliste. Donc on couche à l'hôtel à Lille la première nuit en on enquête le lendemain avant d'aller dormir à Petit-Port-Philippe. Le troisième jour, on va voir les parents de Laura et on couche de nouveau à l'hôtel à Petit-Port-Philippe. Le quatrième jour, on rentre à la maison.
— Ça va coûter bonbon, ce déplacement !
— Ta maman a dit qu'elles voulaient, Mamounette et elle, nous payer un voyage de noces cet été. On a qu'à dire que c'est ça notre voyage de noces. On peut même rentrer plus tard. Comme ça, on joint l'utile à l'agréable.
— Tu as raison. On pourrait rester à Petit-Port-Philippe quelques jours. Il y a une très belle plage. L'eau est froide mais on pourra promener et faire jouer Gwen sur la plage. L'air de la mer lui ferait le plus grand bien.
— Ce soir, on leur en parle pendant le repas. Je suis sûre qu'elles seront d'accord.
— Par contre, il va falloir aussi aborder de nouveau le sujet avec David.
— Oui, je sais. Il va bien falloir un jour où l'autre obtenir son accord. Il est hors de question que nous entrions en conflit avec mon frère à propos de Gwen. Il ne mérite pas qu'on lui fasse ce coup-là. N'oublions pas que si ma mère et morte et que mon frère est invalide, c'est parce qu'il était à Prague afin d'obtenir de Laura le droit de s'occuper lui aussi de sa fille. Il a des défauts mais il a la fibre paternelle et c'est un tendre.
— Tu sais, si tu étais d'accord j'aimerais bien qu'on lui propose une chose.
— Laquelle, mon ange ?
— Pour l'instant, lui il est coincé à Montluçon chez ton papa et nous à Clermont-Ferrand chez maman Alice et Mamounette. Mais ça n'est pas gravé dans le marbre pour le restant de notre vie. Quand on aura terminé nos études, on va prendre rapidement notre indépendance. Tout ça, ça va bouger, les lieux ou chaque couple habitera, comment on s'occupera de Mamounette et d'Alice à notre tour, etc… .
— Oui, et alors ?
— Alors, David aura peut-être envie de devenir plus autonome, lui aussi, vis-à-vis de ton papa.
— C'est bien possible. D'ailleurs, papa en aura peut-être un peu marre de s'occuper de lui.
— Je me disais qu'on pourrait proposer à David de venir habiter avec nous ou au moins tout près. Par exemple deux logements dans le même immeuble.
— Mais oui ! Pourquoi pas ? Ou même carrément en coloc !
— Ou même en coloc ; moi, ça ne me dérangerait pas du tout. Il est gentil, David. Et puis, nos enfants auraient toujours un adulte dans la maison et David verrait sa fille tous les jours.
— Nos enfants ?
— Pourquoi pas? Je suis certaine que Gwen serait très contente d'avoir une petite sœur ou un petit frère… ou plus.
— Tu sais, ça n'est pas très facile d'adopter pour un couple de femmes. C'est comme pour la P.M.A.. On n'est pas prioritaires. On y a droit en théorie, mais en pratique on passe après tout le monde.
— On verra bien, répondit Margaux avec un petit sourire, on verra bien.
Pendant le dîner, elles firent part de leurs intentions à leurs protectrices.
— Nous pensons qu'il faut compter quatre jours de délais pour traiter le problème des parents de Laura. Deux jours pour l'aller-retour, un jour à Lille pour notre enquête de voisinage et le lendemain pour aller à Petit-Port-Philippe. Avec un peu de chance on pourrait essayer de faire Lille et Petit-Port-Philippe le même jour mais ça nous paraît trop juste. Ça ferait donc trois nuits d'hôtel. Du coup, on avait pensé faire coïncider ce déplacement avec notre voyage de noces et rester quelques jours à Petit-Port-Philippe.
— Ce n'est pas là que vous auriez choisi d'aller en voyage de noces, j'imagine ?
— On n'y aurait pas pensé sans doute parce qu'on pense en général à des régions plus attractives comme le midi de la France mais quand on voit les maisons sur internet, il y a des gens qui ont des moyens et qui viennent là tous les ans en vacances. Ça ne doit pas être si mal que ça.
— Maintenant, continua Claire, il va falloir aussi demander à David d'accepter qu'on adopte sa fille. Pour ça, on a l'intention de lui proposer d'habiter avec nous quand on s'installera après nos études. On joindrait l'utile à l'agréable car David assurerait une présence permanente à notre domicile, ce qui serait sécurisant pour nos enfants.
— Vos enfants ? releva Alice en haussant un sourcil.
Claire éclata de rire.
— J'ai eu la même réaction que vous tout à l'heure. Margaux se voit bien en mère de famille nombreuse. Enfin, comme elle dit : on verra bien. Bref, je ne vois pas pourquoi David pourrait ne pas être d'accord.
— Ça veut quand même dire que vous lui demandez de vous permettre tout de suite d'adopter Gwendoline mais que vous ne lui renvoyez l'ascenseur que dans une huitaine d'années ou peut-être plus. Il peut s'en passer des choses en huit ans, objecta Muriel.
— C'est une question de confiance. Je suis sûre que David aura confiance en moi.
— Peut-être, mais il aurait encore plus confiance s'il était assuré de voir sa fille chaque fois que possible. Tous les week-end, par exemple.
— Moi je veux bien mais David est incapable, dans l'état où il est, de s'occuper d'un bébé ou d'un petit enfant. Quand à papa, il m'a carrément dit qu'il avait suffisamment de boulot avec David pour ne pas avoir en plus à s'occuper de Gwen. Ça veut dire que chaque week-end il nous faudrait monter toute une expédition pour amener Gwen à Montluçon le samedi soir ou le dimanche matin et la ramener le dimanche soir.
— Ou alors, ce serait lui qui viendrait à Clermont-Ferrand. On pourrait même lui réserver une chambre puisque le salle de gym ne sert plus guère.
— Vous oubliez qu'il y a un étage et pas d'ascenseur.
— Ah oui, c'est vrai. Je n'y pensais plus.
— Et un monte escalier ? intervint Alice. Ce n'est pas très cher. Il y a sans arrêt des publicités sur la 3. Et puis, on pourrait bien être contentes d'en avoir un d'ici quelques années ; un monte escalier et une douche pour remplacer la baignoire.
— On en fait aussi la publicité tous les soirs sur la 3.
— Avec les appareils pour les sourds.
— Et les culottes antifuites.
— La 3, c'est peut-être la chaine des régions, mais c'est aussi la chaine des vieux.
— C'est bien pour ça qu'on la regarde tous les soirs, ma chérie.
— Enfin, bref. On n'aurait qu'à réutiliser les meubles qu'on a monté au grenier quand on a vidé la chambre de Muriel. Oui, bon ! (Margaux avait laissé échapper un petit ricanement).
Le lendemain, Claire téléphona à David. Elle était encore sous le coup de la surprise. Non seulement Muriel et Alice n'avaient exprimé aucune réticence à l'exposé de leur projet concernant son frère, mais elles en avaient rajouté en proposant de l'héberger quand il voudrait voir sa fille. C'est vrai que tout ceci paraissait très logique, mais, tout de même, elles acceptaient avec une facilité déconcertante toute modification de leurs habitudes qui leur permettent de faciliter sa vie et celle de Margaux. Comment ne pas les aimer après ça ? Comment ne pas leur rendre la pareille quand elles seraient devenues trop vieilles pour s'en sortir sans aide extérieure ? Cette maison était la maison de l'amour et elle ferait tout ce qu'elle pourrait pour que ça dure, tant qu'elle serait vivante.
— Allo David ?
— C'est toi, Claire ?
— Comment vas-tu mon David ?
— Ça va. Je progresse. Je me muscle des bras et des épaules. Ça m'aide beaucoup pour me déplacer ou pour me transférer sur mon lit, une chaise ou le tabouret de la douche. Mais j'ai encore des problèmes d'équilibre. J'ai besoin de me tenir à quelque chose de fixe, mais le Kiné dit que d'ici quelques mois je trouverai automatiquement les bonnes positions. Et vous ? Tout va bien à Clermont-Ferrand ? Ma poussinette va bien ? Tu sais qu'elle me manque de plus en plus ? Je suis en train de rater ses premières années. Je sais que je ne peux pas m'occuper d'elle, mais j'en bave. Je ne pourrai pas assister à ses premiers pas ; je ne pourrai pas entendre les premiers mots qu'elle prononcera. Je vais tout rater.
— Mon pauvre Davidounet ! Si je pouvais d'un coup de baguette magique faire que tout ça ne soit jamais arrivé ! Mais, ne t'en fais pas ! Dès que le confinement sera fini, tu pourras voir ta fille tous les week-ends, si tu veux. On en a parlé toutes les quatre avec la maman de Margaux et Muriel. Elles vont faire installer un monte escalier et une douche à l'italienne et aménager une chambre pour que tu puisses venir chaque week-end.
— Elles vont faire ça rien que pour moi ? C'est adorable, mais c'est de la folie ! Elles ne me connaissent même pas ; elles ne m'ont jamais vu !
— Oui. Elles sont toutes les deux très gentilles.
— Très gentilles ? Tu rigoles ! Elles sont exceptionnelles !
— Par contre, il faudrait que tu puisses venir en train parce qu'avec nos études ça ne serait pas très facile de venir te chercher à chaque fois à Montluçon et de t'y ramener.
— Normalement, il y a dans chaque train au moins un wagon aménagé pour l'accès en fauteuil roulant. Papa m'amènerait à la gare et viendrait m'y reprendre au retour.
— Et nous, on ferait la même chose à Clermont-Ferrand. Alors, tu serais d'accord ?
— Naturellement ! Il faudrait que je sois complètement taré pour refuser !
— Je voudrais te soumettre une autre idée, pas pour tout de suite, mais pour plus tard.
— Si c'est dans le même esprit que la précédente, c'est tout de suite oui !
— C'est Margaux qui en a eu l'idée.
— Alors, c'est deux fois oui ! c'est un vrai bijou, ta petite épouse.
Claire sourit devant l'enthousiasme de son frère.
— Ce n'est pas moi qui dirai le contraire. Bref, ce qu'on voudrait te proposer, ce serait d'habiter ensemble, tous les trois, Margaux, toi et moi quand nous aurons fini nos études de médecine. Nous nous occuperions tous les trois de Gwen et d'autres enfants que nous pourrions avoir ou adopter, Margaux et moi. Evidemment, il y a des choses que tu ne pourrais pas faire, comme les conduire à l'école ou chez le médecin. Mais , à la maison, tu pourrais les surveiller, les faire jouer, leur lire des histoires, les aider dans leur travail, des tas de choses comme ça… allo ? … David ? … tu es toujours là ?
— Oui… c'est tellement… tellement… je ne sais pas quoi dire.
Il ajouta d'un ton plaintif.
— Il ne faut pas me faire des émotions pareilles !
La voix de David tremblait au téléphone. Il semblait être en train de pleurer. Il parvint néanmoins à continuer.
— Tu ne peux pas savoir quel effet me fait ta proposition. J'ai l'impression de voir le bout d'un tunnel. Je me voyais vivre seul, avec pour seule distraction mon métier ou, de temps en temps, la visite éclair d'un membre de ma famille, venant me voir plus par obligation que par plaisir ; là, tu me proposes une vraie vie de famille avec les gens que j'aime. Gwendoline va avoir une vraie famille ; un vrai papa et une, non deux mamans. Parce que je suppose que tu vas me reparler de votre projet d'adopter ma fille ?
— Oui, avec ton accord, bien sûr. Tu sais, ça ne diminuerait en rien tes droits sur elle.
— Je sais. Je me suis renseigné.
— Tu serais d'accord ?
— Il faudrait que je sois un sacré égoïste pour ne pas l'être, surtout après tout ce que vous me proposez par ailleurs. Oui, je suis d'accord. Gwendoline ne pourrait pas avoir de meilleures mamans que Margaux et toi. Vous comptez faire ça rapidement ?
— On aimerait bien mais il y a un obstacle possible.
— Ah bon ?
— Ce sont les parents de Laura. On a fini par retrouver leur trace et on les a contactés. Ils pourraient nous mettre des bâtons dans les roues.
— Pourquoi ils feraient ça ?
— Tu sais, ils n'ont pas l'air d'être des gens très nets.
— Comment ça ?
— Tu savais que Laura avait fait de la prison quand elle avait dix-sept ans ?
— Quoi ?
— On a su ça quand on a trié ses papiers. Elle avait commencé une lettre à ses parents qu'elle ne leur a jamais envoyée. Elle avait complètement rompu les ponts avec eux. La lettre se trouve dans la boite marquée ‘'Divers''. On ne t'en a pas parlé jusqu'à présent pour ne pas te perturber. Les parents de Laura ne se sont jamais occupé d'elle. C'est pour ça qu'elle a mal tourné au point d'écoper de six mois de prison. Manifestement, elle en a tiré les leçons et a complètement changé de vie.
— Ça alors ! C'est pour ça qu'elle ne m'a jamais parlé de son passé. Chaque fois que j'ai voulu aborder le sujet, elle a éludé mes questions. A la fin, j'ai laissé tomber.
— Nous, on voulait voir si on risquait d'avoir des problèmes de ce côté-là. On a cherché à savoir s'ils étaient toujours vivants et où ils habitaient. On a fini par les localiser dans un patelin du Pas de Calais à quelques kilomètres de Calais. Ça s'appelle Petit-Port-Philippe. On les a eu au téléphone.
— Et alors ?
— On n'a pas eu une très bonne impression. Ils ont commencé par dire qu'ils ne voulaient pas s'occuper de Gwen mais sur la fin, ils ont eu l'air de s'intéresser à l'héritage que Laura est supposée laisser à sa fille.
— Laura ? Elle n'a pas pu laisser quoi que ce soit, vu qu'elle n'avait pas un rond. Elle gagnait bien sa vie mais elle claquait tout en fringues, en chaussures et en faisant la fête.
— Tu ne sais pas si elle versait de l'argent sur un compte d'épargne ?
— Elle en avait effectivement un sur lequel elle versait à chaque début de mois, une partie de son salaire. A chaque fois, elle disait qu'elle allait faire des économies mais avant la fin du mois son compte en banque se retrouvait à sec et elle retirait en catastrophe l'argent qu'elle avait mis en début de mois sur son compte d'épargne. C'était un vrai panier percé. Heureusement, elle savait parfaitement où elle en était sur le plan financier et son découvert en fin de mois ne dépassait jamais le plafond autorisé.
— Pourrais-tu nous faire parvenir les relevés de compte qui sont dans une des boites que nous t'avons rapportées ? Je voudrais constituer un dossier avant d'aller voir les parents de Laura. On fera des photocopies et on te les renverra ensuite.
— Vous pourrez les garder si vous voulez. Ça m'étonnerait beaucoup d'en avoir besoin un jour. Je prépare un paquet qu'on vous enverra par la poste.
— Pendant que tu y es, est ce que tu pourrais aussi nous faire parvenir tout ce qui concerne ses contrats de travail. Ça nous permettrait de reconstituer sa carrière entre sa sortie de prison et son dernier poste à Prague.
— Pas de problème. Mais , pourquoi tout ça ?
— Nous avons l'intention d'aller voir les parents de Laura pour les convaincre de nous laisser adopter Gwen. Pour ça, il faut leur prouver qu'ils n'ont aucun intérêt financier à prétendre s'occuper d'elle. Compte tenu de leurs premières réactions quand ils ont su qu'ils avaient une petite fille, ça devrait suffire à arrêter chez eux toute velléité de changer d'avis.
— Eh bien, bon courage et bonne chance quand vous irez là-bas. Je vous envoie tout ça. Et surtout, merci pour tout ce que vous faites pour moi. Je vous aime très fort. Embrassez Alice et Muriel de ma part. Je les aime déjà.
Claire ne s'attendait pas à recevoir tout de suite le paquet promis par David. Le confinement perturbait considérablement l'acheminement des colis privés par la poste et il était probable que David attendrait le retour à une situation normale avant de l'expédier. Elle fut donc surprise un matin de trouver sa boite mail encombrée d'une quinzaine de messages comportant chacun un nombre impressionnant de pièces jointes. David avait pris la peine de scanner tous les relevés bancaires qu'il avait trouvés en attribuant à chaque fichier un nom conforme à son contenu. Il en avait fait de même pour chaque document concernant la courte carrière de Laura. Il ne restait plus au deux jeunes femmes qu'à examiner le contenu de chaque fichier et d'imprimer ceux qui leur paraissaient dignes d'intérêt.
Elles purent ainsi reconstituer la carrière de Laura. Celle-ci semblait avoir commencé lorsque Laura avait vingt ans. Comment avait-elle vécu entre sa sortie de prison et l'âge de vingt ans, nul ne le saurait jamais ; probablement difficilement car, quand elle avait commencé sa lettre inachevée, elle était encore en train de se reconstruire. A vingt ans elle avait réussi à se faire embaucher comme manutentionnaire en C.D.D. dans une société de vente par correspondance. Deux ans plus tard, elle quittait son premier emploi et obtenait un poste d'hôtesse d'accueil, toujours en C.D.D. , dans une boîte travaillant à l'international. Elle avait visiblement été appréciée car deux années plus tard elle se trouvait bombardée commerciale avec, cette fois, un C.D.I. . Cela ne lui avait pas suffi car à vingt-six ans elle démissionnait de nouveau pour un poste de commerciale dans la société dans laquelle elle se trouvait encore lorsqu'elle avait réussi à obtenir le poste de chef d'agence à Prague.
L'examen des relevés de compte de Laura était conforme à ce que David avait raconté au téléphone. Elle ne faisait aucune économie. Elle achetait beaucoup et gaspillait beaucoup. Son treizième mois et ses primes servaient surtout à combler ses découverts de fin de mois. Heureusement, elle n'avait encore contracté aucun emprunt. Même sa voiture était en location. Pas d'économies, pas de capital, pas de dettes… pas d'héritage ! Les parents de Laura allaient être déçus. Evidemment, on pouvait imaginer qu'elle avait des biens cachés qui n'apparaissaient nulle part mais c'était complètement invraisemblable. Donc, inutile de fantasmer à ce sujet.
Margaux, toute joyeuse remarqua :
— Si ça se trouve, ce n'est même pas la peine de s'embêter à aller faire une enquête de voisinage à Lille. Les parents de Laura ne voudront sûrement pas s'occuper de Gwen si ça ne leur rapporte rien. Tu ne crois pas ?
Claire regarda sa petite épouse avec une tendresse mêlée d'agacement. Toujours à contourner les problèmes ; à éviter les conflits. Margaux ne changerait jamais.
— J'ai l'intention d'arriver à Petit-Port-Philippe avec le maximum de billes. Mais tu sais, mon ange, si ça t'ennuie de venir avec moi, rien ne t'empêche de rester à l'hôtel ou d'aller promener Gwen pendant que je visiterai les commerçants du coin et même pendant ma visite à Petit-Port-Philippe. Je peux aller voir les parents de Laura toute seule.
— Mais pas du tout ! protesta Margaux avec la plus parfaite mauvaise foi. Tu as mal interprété mes paroles. Ce n'est pas pour moi que je disais ça. Bien sûr que je viendrai avec toi. Je veux simplement t'éviter des soucis pour rien.
— Ça, c'est trop gentil, ma chérie. Ça me va droit au cœur !
Elle serra Margaux dans ses bras et lui fit un énorme baiser. La blondinette murmura encore d'un ton boudeur :
— Tu déformes toujours tout ce que je dis.
Alors Claire la bâillonna de ses lèvres et celles de Margaux les accueillirent avec enthousiasme.
*****
Muriel n'avait plus reparlé d'adoption depuis l'été précédent et Claire n'avait pas très envie qu'elle le fasse. Elle se rendait bien compte qu'un refus de sa part causerait de la peine à la vieille dame. Elle en avait d'autant moins envie que Muriel, non seulement s'était comportée de manière parfaite lorsqu'elles s'étaient rendues à Prague pour aller chercher Gwendoline mais, depuis, multipliait les gestes tendres et les petites attentions à son égard, s'intéressant à tout ce qui la concernait, buvant littéralement ses paroles dès qu'elle s'exprimait, lui réservant sans vergogne les meilleurs morceaux de chaque plat et les meilleurs coussins pour s'asseoir.
C'est pourquoi, lorsque que Muriel lui fit comprendre discrètement qu'elle désirait lui parler seule à seule, elle la suivit dans le jardin avec une boule dans le ventre. Muriel s'empara de son bras et l'entraina dans une promenade le long de l'allée de graviers qui encerclait la villa. Il faisait plutôt beau ce jour-là malgré quelques nuages sombres apparaissant à l'horizon.
— Margaux, entama la septuagénaire, est une jeune femme absolument adorable.
Claire, un peu décontenancée, garda le silence. Muriel continua.
— Non seulement, elle est très jolie avec son petit minois, ses grands yeux innocents, ses jolies boucles blondes et ses petites taches de rousseur sur le bout du nez, mais elle est dotée d'un caractère heureux et d'un grand sens des autres qui la font immédiatement aimer par tout le monde. Ma chère Alice a tout de suite été séduite et toi-même, tu es rapidement tombée sous le charme. En plus, elle est intelligente et pleine d'humour. Je l'adore.
Claire ne pouvait que souscrire à cette description car elle correspondait très exactement aux sentiments qu'elle éprouvait pour Margaux. Elle se préparait à répondre avec chaleur pour exprimer combien elle approuvait ce panégyrique amplement mérité lorsque Muriel continua.
— Mais, moi, c'est toi que j'aime.
Claire sentit disparaitre le peu de détermination qui l'animait jusque-là. Dire non à Muriel allait être encore plus difficile que prévu. Elle ne sut que balbutier.
— Moi aussi je t'aime, Muriel.
Celle-ci continua imperturbable.
— J'aime ta beauté. Ton visage de madone, ton corps de déesse. Tu n'es pas belle, tu es simplement splendide.
Je t'ai dit un jour que si tu avais été ma fille je t'aurais aimée plus que tout. Vois-tu, quand j'étais encore assez jeune pour avoir un enfant, il m'est arrivé très souvent de rêver que j'en avais un. Compte tenu de l'époque, ç'était quasiment impossible pour une fille comme moi, alors j'ai dû me contenter d'en rêver. Evidemment, comme dans tous les rêves, j'idéalisais l'idée que je me faisais de cet enfant que je n'aurais jamais, de son caractère et de son physique. Aussi, lorsque Margaux qui était venue me demander conseil m'a montré une photo de toi, j'ai ressenti un véritable choc : Elle était tout simplement en train de me montrer la fille que j'avais toujours rêvé d'avoir. Margaux m'annonçait qu'elle était amoureuse de ma fille. C'est du moins la façon dont j'ai ressenti la chose.
Ce jour-là, j'ai réalisé que mon rêve pouvait encore devenir réalité.
Des fois, il m'arrive de me demander comment j'aurais réagi si je t'avais connue quand j'avais ton âge. Je pense que j'aurais tout fait pour te séduire et je n'ose imaginer ce qui se serait passé si tu m'avais repoussée.
J'aime ton caractère fait de douceur et de détermination. Quand tu crois en quelque chose, tu vas droit au but. Tu ne cherches pas à te simplifier la vie en contournant les difficultés, tu te bats pour les vaincre comme, par exemple lorsque l'été dernier personne ne voulait assister à mon mariage avec Alice . Tu es une battante mais tu te bas contre les choses, pas contre les gens mais pour les gens. Je t'aime parce que j'aime tout chez toi. Ta beauté et ta personnalité éclairent cette maison.
Muriel resta un moment silencieuse avant de reprendre. Les nuages se faisant plus nombreux et le tonnerre commençant à se faire entendre au loin, elle se mit à parler plus rapidement. Elle avait encore des choses à dire.
— Pour moi, c'est déjà une raison suffisante pour vouloir t'adopter car tu es, avec Alice, la personne que j'aime le plus au monde.
Claire se préparait à répondre sans toutefois être certaine de la réponse qu'elle allait fournir. Cependant Muriel fit un geste pour lui signifier qu'elle n'en avait pas encore terminé.
— Mais ce n'est pas la seule raison.
Elle resta de nouveau silencieuse quelques instants. Elle cherchait manifestement comment présenter les choses. Elle finit par se décider.
— Je ne suis pas fille unique. J'ai une sœur qui a deux ans de moins que moi. Elle est mariée et a trois enfants. Pendant notre jeunesse, je me suis beaucoup occupée d'elle et nous nous aimions beaucoup. Je prenais très au sérieux mon rôle de grande sœur et nos parents étaient ravis de voir leur deux filles s'entendre aussi bien.
Vers l'âge de seize ans, j'ai découvert mon homosexualité. Je n'entrerai pas dans les détails car ce n'est pas de mes premiers émois d'adolescente que je veux te parler.
Elle fit une pause avant de continuer.
Compte tenu des mentalités de l'époque j'ai essayé de cacher mes tendances homosexuelles à mon entourage, mais ma sœur m'a percée à jour et s'est empressée de me dénoncer à mes parents. Je n'avais pas dix-huit ans. Ces derniers ont pris la chose plutôt mal et m'ont fait de sévères reproches mais, comme ils m'aimaient et que c'était de bons parents, ils ne m'ont pas reniée et se sont contentés de m'interdire tout contact avec d'autres filles tant que je dépendrais d'eux financièrement. Quant à ma sœur, elle m'a complètement rejetée et a annoncé à mes parents qu'elle ne voulait plus avoir la moindre relation avec moi.
Sa voix s'étrangla sous le coup de l'émotion.
— Au cours d'une soirée mémorable, elle m'a copieusement insultée et le terme de ‘'salope'' dont elle m'a affublée est loin d'avoir été le plus violent de son répertoire. J'en ai été bouleversée et le suis encore car j'aimais ma sœur et je n'avais jamais essayé d'exercer sur elle mes tendances dites ‘'scandaleuses''. J'ai tenté à de nombreuses reprises de me réconcilier avec elle mais en pure perte à chaque fois. Elle a refusé que je sois présente à son mariage et a élevé ses enfants en leur inculquant le mépris d'une tante qui était la honte de la famille.
Elle a fini par circonvenir mes parents en mettant en parallèle sa vie rangée et ses trois enfants et ma vie ‘'dissolue'' de célibataire, de sorte qu'à leur mort, elle a hérité de la quasi-totalité de leurs biens. J'aurais pu probablement l'attaquer en justice mais cela aurait déclenché un scandale dont j'aurais été la première à pâtir, sans parler des retombées probables sur Alice qui s'était sacrifiée pour me protéger. Je n'en ai conçu aucune amertume car, après tout, elle a trois enfants et moi aucun. Elle avait plus besoin que moi d'un héritage. Ceci étant, elle avait tout de même réussi à me couper de ma famille et ça me ferait mal au cœur qu'elle ou ses enfants prétendent hériter de moi quand je disparaîtrai à mon tour alors qu'elle et les siens m'ont totalement rejetée. Aussi, quand je mourrai, je veux que ce soit toi qui soit mon héritière.
Elle ajouta avec conviction.
— Quand je t'ai fait part de mes sentiments à ton égard, je t'ai dit que j'avais besoin de penser que tu allais réussir ta vie alors que ça ne dépend pas de moi. Effectivement, ça dépend avant tout de toi et de Margaux et de ce côté-là, je n'ai aucun souci. Cependant, on ne vit pas d'amour et d'eau fraiche et quand vos études seront terminées, il va vous falloir disposer de moyens importants pour ouvrir un cabinet médical. Moi, le cabinet médical je l'ai déjà et il est très bien situé. Je ne sais pas où vous déciderez en définitive d'ouvrir un cabinet à Clermont-Ferrand ou ailleurs. J'espère que ce sera à Clermont-Ferrand mais, si c'est ailleurs, je peux revendre mon logement et en racheter un à l'endroit que vous choisirez. Ce logement, moi je n'en ai pas besoin. Vous n'aurez rien à payer pour vous en servir et tu en hériteras à ma mort. Mais ceci, à condition que tu sois mon héritière. Un testament ça peut se contester, pas une adoption.
Elle conclut :
— Tu vois, j'ai des tas de raisons de vouloir t'adopter et tu as des tas de raisons d'accepter.
Réfléchis bien, écoute ton cœur, prends conseil auprès de Margaux, prends ton temps. Rien ne presse. Quant à moi, je suis prête à lancer la procédure d'adoption dès que tu me donneras la réponse que j'espère.
Un éclair monstrueux zébra le ciel suivi d'un coup de tonnerre assourdissant. En quelques instants une pluie diluvienne s'abattit sur elles, accompagnée d'un coup de vent faisant aussitôt chuter la température les obligeant à courir pour se mettre à l'abri.
Lorsqu'elles rentrèrent déjà trempées dans la villa pour y retrouver leurs compagnes, Claire ne savait plus que penser. L'orage était venu à point pour interrompre leur conversation et lui permettre de prendre du recul. Elle n'avait plus vraiment envie de dire non à Muriel mais elle se rendait compte que celle-ci l'avait retournée comme une crêpe en utilisant des arguments présentés avec talent et difficiles à contester. Elle avait évité avec tact (ou avec adresse ?) de lui parler de sa mère et de sous-entendre qu'elle pouvait la remplacer, mais pouvait-on lui reprocher d'avoir essayé d'être convaincante ? Non, bien entendu, à moins de considérer que ceci n'était pour elle qu'un jeu, ce qui n'était bien évidemment pas le cas.
Ce soir-là, après les habituels baisers et caresses précédant le sommeil, Margaux s'apprêtait à s'endormir pelotonnée contre elle lorsque Claire annonça :
— Muriel m'a proposé de m'adopter.
Margaux, brusquement réveillée, leva la tête vers elle et la regarda, devenue soudain attentive.
— Tu as refusé ?
— Non, je ne lui ai pas encore répondu.
— Ah….
Margaux attendit tranquillement la suite. Elle savait que Claire voulait un conseil ou, au moins, une écoute et qu'il fallait lui laisser le temps de formuler ses questions. Au bout de quelques instants Claire reprit la parole.
— Quand Alice t'a proposé de t'adopter, pourquoi tu lui as dit oui ?
— Parce que j'ai eu envie de lui dire oui.
— Evidemment ! mais, pourquoi tu en avais envie ?
— Elle m'aime, je l'aime, elle voulait m'adopter et moi, ça me faisait très plaisir, alors je lui ai répondu oui. C'est tout bête.
— Ça n'a rien à voir avec l'attitude de tes parents ? Ca n'est tout de même pas rien une adoption ! même une adoption simple !
— Je te ferai remarquer qu'elle m'avait déjà dit qu'elle se substituait à mes parents pour payer mes études.
— Oui, mais n'est-ce pas justement pour ça que tu lui as dit oui ?
— Non ! pas du tout ! J'avais envie de lui dire oui. L'attitude de mes parents a simplement supprimé un obstacle car elle a fait taire mes scrupules mais ce n'est pas à cause d'elle que j'ai accepté d'être adoptée. J'ai accepté parce qu'Alice n'a pas arrêté de me gâter depuis que je la connais. Elle m'a dit qu'elle faisait ça parce qu'elle m'aime et moi aussi je l'aime. Pour moi, l'adoption ce n'est pas une question d'intérêt, c'est une question d'amour. C'est comme le mariage. Je t'ai épousée par amour et ma nouvelle Maman et Muriel se sont épousées par amour. C'est pareil pour l'adoption : on va adopter Gwen par amour, Maman m'a adoptée par amour et si Muriel veut t'adopter c'est avant tout parce qu'elle t'aime. Alors, tu fais ce que tu veux mais, si tu l'aimes toi aussi, tu devrais lui dire oui.
Claire eut un peu de mal à s'endormir ce soir-là mais le lendemain matin elle avait pris sa décision. Lorsqu'elle vit Muriel elle alla l'embrasser et lui dit simplement :
— Tu peux lancer la procédure. Je suis d'accord.
Puis, se rendant compte que sa réponse était un peu sèche, elle rajouta en l'embrassant de nouveau :
— Je serai très heureuse d'être ta fille.
Ce jour-là, Muriel prouva à Claire qu'elle savait, elle aussi, anticiper et s'organiser en conséquence. Dès qu'elle entendit cette dernière prononcer les mots qu'elle espérait, elle courut dans sa chambre et redescendit quelques minutes plus tard en rapportant triomphante un dossier de demande d'adoption déjà rempli et accompagné des divers justificatifs nécessaires y compris ceux concernant Claire. La jeune femme interloquée n'eut plus qu'à apposer sa signature sur les formulaires de demande. Muriel avait même anticipé la fin du confinement et pris les rendez-vous nécessaires avec le notaire et un avocat, les mêmes que ceux auxquels Alice avait fait appel pour l'adoption de Margaux. Elle avait bien suivi l'adoption de cette dernière et avait su anticiper tous les écueils rencontrés par Alice dans le traitement du dossier.
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Photo de profil de Gubbe
Gubbe
2 février 2025 à 17:13
Tres belle serie, bravo. À demain pour savoir comment l’histoire fini
Soyez respectueux
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Photo de profil de LecteurNu
LecteurNu
31 janvier 2025 à 23:32
C'est tellement beau que je ne m'en lasse pas chaque fois j'attends la suite que de l'amour et encore de l'amour juste ce qui manque dans ce monde gangréné par le profit et le mepris des autres.
Merci
Soyez respectueux
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Photo de profil de Gaynudiste74
Gaynudiste74
31 janvier 2025 à 23:02
Je suis triste de savoir que je viens de lire l’avant dernier épisode de cette adorable histoire. Je me suis attaché aux personnages. Je ne suis pas un spécialiste de la littérature mais je trouve que l’auteur a su retenir notre attention au fil des épisodes et a su faire preuve d’un certain talent. Bravo et merci
Soyez respectueux
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Photo de profil de Gaynudiste74
Gaynudiste74
31 janvier 2025 à 22:59
Je suis triste de savoir que je viens de lire l’avant dernier épisode de cette adorable histoire. Je me suis attaché aux personnages. Je ne suis pas un spécialiste de la littérature mais je trouve que l’auteur a su retenir notre attention au fil des épisodes et a su faire preuve d’un certain talent. Bravo et merci
Soyez respectueux
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TP3134
31 janvier 2025 à 19:23
Très belle histoire. J'ai pris un énorme plaisir à suivre les aventures de ces jeunes femmes.
J'espère que d'autres récits de cette qualité sont à venir
Soyez respectueux
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Photo de profil de Breizh299
Breizh299
31 janvier 2025 à 15:43
Je lis cette histoire avec beaucoup de plaisir depuis sa première parution
Histoire charmante pleine de douceur, de tendresse et plaisante à lire car bien écrite
Suivre ces deux jeunes femmes dans leur éclosion (comme des papillons) amoureuse, dans les tribulations de la vie est un peu hors sujet du site Xstory, mais cela ne pressente aucune incongruité
J'aurais bien aimer qu'elle dure, dure, dure – La vieillesse des deux Mamies, l'évolution amoureuse et professionnelle de Claire et de Margaux, et plein d'autres sujets (Le devenir du papa de Claire, de David, des parents de Margaux, Etc)
Que voulez vous, je suis accro
Mais il faut une fin à tout !!
Modifié 31 janvier 2025 à 15:46
Soyez respectueux
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Photo de profil de unzeste85
unzeste85
31 janvier 2025 à 15:19
Cet épisode est l’avant dernier.
Soyez respectueux
Répondre

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