Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Si jolie — Chapitre 8
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Si jolie
Chapitre 8
Le week-end suivant qui était le dernier avant le début des vacances fut à l'image de cette dernière quinzaine studieuse. Elles arrivèrent à Montluçon le samedi après-midi et se mirent tout de suite au travail. Elles purent ainsi passer une soirée en famille autour de la table basse du salon en buvant une tisane dans l'agréable chaleur dispensée par quelques bûches crépitant dans la cheminée.
Les parents de Claire qui avaient pour habitude de vacciner eux-mêmes leurs enfants s'étaient vus opposer un refus catégorique de leur fils de se faire vacciner contre la grippe. Se trouvant possesseurs d'une dose qui serait bientôt périmée, ils proposèrent à Margaux de l'en faire profiter. Malgré une légère appréhension, cette dernière accepta. Cette opération leur fit penser à des informations qui faisaient état d'une nouvelle maladie due à un virus inconnu qui commençait à faire quelques dégâts en Chine. Ils philosophèrent quelques instants sur les problèmes de salubrité posés par des régions à la fois surpeuplées et sous-développées puis passèrent rapidement à des sujets les concernant plus directement. La Chine, c'était loin.
— Normalement, la nouvelle décoration de la chambre d'amis devrait être prête pour le week-end prochain. Nous n'avons pas trouvé exactement les mêmes motifs que pour la chambre de Claire à Clermont-Ferrand puisque ce sont de nouvelles collections mais les teintes et les motifs sont très proches.
— Vous avez fait drôlement vite !
— On est allé voir un jeune décorateur qui a besoin de se faire une clientèle. Il s'est débrouillé. Ceux qui ont déjà pignon sur rue font moins d'efforts.
— A propos du week-end prochain. On ne sera pas là nous non plus.
— Vous restez sur Clermont-Ferrand ?
— Nous sommes invitées par la grand-tante de Margaux le dimanche vingt décembre. Elle aime beaucoup Margaux, alors elle a organisé pour elle un repas d'anniversaire qu'elle a appelé ”spécial Margaux ” sur les bords du lac Chambon. Du coup on n'arrivera à Montluçon qu'en début de soirée, comme vous. Si on arrive les premières, est-ce que vous voulez qu'on prépare à manger ?
— Oui mais on fera simple : quatre filets de saumon surgelés sept minutes au micro-ondes au dernier moment avec une boîte de haricots verts et deux sachets de 200 grammes de riz long grain treize minutes dans de l'eau bouillante légèrement salée.
— Pas d'assaisonnement ?
— On mettra sur la table tous les assaisonnements ne nécessitant pas de préparation et chacun prendra ce qu'il veut.
— Vous avez fait drôlement vite !
— On est allé voir un jeune décorateur qui a besoin de se faire une clientèle. Il s'est débrouillé. Ceux qui ont déjà pignon sur rue font moins d'efforts.
— A propos du week-end prochain. On ne sera pas là nous non plus.
— Vous restez sur Clermont-Ferrand ?
— Nous sommes invitées par la grand-tante de Margaux le dimanche vingt décembre. Elle aime beaucoup Margaux, alors elle a organisé pour elle un repas d'anniversaire qu'elle a appelé ”spécial Margaux ” sur les bords du lac Chambon. Du coup on n'arrivera à Montluçon qu'en début de soirée, comme vous. Si on arrive les premières, est-ce que vous voulez qu'on prépare à manger ?
— Oui mais on fera simple : quatre filets de saumon surgelés sept minutes au micro-ondes au dernier moment avec une boîte de haricots verts et deux sachets de 200 grammes de riz long grain treize minutes dans de l'eau bouillante légèrement salée.
— Pas d'assaisonnement ?
— On mettra sur la table tous les assaisonnements ne nécessitant pas de préparation et chacun prendra ce qu'il veut.
Le lendemain matin, comme Margaux ne se ressentait pas de son vaccin de la veille, elles décidèrent de se rendre au même endroit que la semaine précédente, c'est-à-dire leur ”allée des bords du Cher ”. Elles avaient amené leurs survêtements et des baskets et, Margaux prenant son courage à deux mains, elles entamèrent une séance de jogging. Claire comprit rapidement que sa petite compagne n'était guère capable de tenir longtemps un rythme tant soit peu soutenu. Elle n'avait visiblement aucune résistance et, surtout, aucun entraînement. Elle l'obligea donc à se contenter de trottiner à son propre rythme sans essayer d'aller plus vite. De son côté, elle essaya de faire les mêmes foulées au même rythme, ce qui lui fut si peu naturel qu'elle finit par trébucher et manqua de s'étaler de tout son long. Elles éclatèrent de rire et furent obligées de s'arrêter.
— Je crois que je ne vais pas pouvoir y arriver ainsi. J'ai l'impression de sauter sur place.
— Tu sais ce que tu devrais faire ? Chaque fois que je ferais deux foulées, tu en ferais une seule deux fois plus longue.
— Bonne idée ! On va essayer de faire comme ça.
— Tu sais ce que tu devrais faire ? Chaque fois que je ferais deux foulées, tu en ferais une seule deux fois plus longue.
— Bonne idée ! On va essayer de faire comme ça.
Pour que cela fonctionne elles durent adapter la longueur de leurs pas pour que ce soit facile pour toutes les deux mais cela fonctionna finalement si bien que, petit à petit et sans s'en rendre compte leurs pas devinrent plus rapides de sorte que Margaux commença à fatiguer et se mit à trébucher à son tour. Claire s'en rendit compte et la força immédiatement à s'arrêter.
— Bravo, mon ange ! Tu as été super pour quelqu'un qui n'a aucun entraînement. Je suis certaine que si on peut recommencer régulièrement ce genre d'exercice, tu pourras encore t'améliorer et en plus, ça te fera le plus grand bien. Je propose que nous nous contentions de cette première séance pour aujourd'hui. N'oublie pas que tu viens de te faire vacciner. Notre banc de la semaine dernière n'est pas loin. On va le rejoindre tranquillement et on se reposera un peu.
— Tu sais, ma douce, je me rends bien compte de la frustration que tu dois ressentir en courant tout doucement pour ne pas risquer de me distancer. Si tu veux, je vais m'asseoir toute seule sur le banc pendant que tu continueras à courir. Je contemplerai le paysage tranquillement et tu me récupéreras au retour. Ça ne me dérange pas du tout.
— Eh bien moi, ça me dérange ! D'abord, je n'ai pas l'intention de te laisser seule à risquer de te faire importuner, peut-être même, agresser par le premier quidam venu. Ensuite, je préfère mille fois être assise avec toi sur ce banc que de courir toute seule. Tu sais, mon ange, depuis que je te connais ma hiérarchie des valeurs a, elle aussi, beaucoup évolué.
— Dans ce cas, il ne nous reste plus qu'à faire un gros câlin.
— Tu sais, ma douce, je me rends bien compte de la frustration que tu dois ressentir en courant tout doucement pour ne pas risquer de me distancer. Si tu veux, je vais m'asseoir toute seule sur le banc pendant que tu continueras à courir. Je contemplerai le paysage tranquillement et tu me récupéreras au retour. Ça ne me dérange pas du tout.
— Eh bien moi, ça me dérange ! D'abord, je n'ai pas l'intention de te laisser seule à risquer de te faire importuner, peut-être même, agresser par le premier quidam venu. Ensuite, je préfère mille fois être assise avec toi sur ce banc que de courir toute seule. Tu sais, mon ange, depuis que je te connais ma hiérarchie des valeurs a, elle aussi, beaucoup évolué.
— Dans ce cas, il ne nous reste plus qu'à faire un gros câlin.
Elles rejoignirent donc leur banc préféré, provoquant la fuite éperdue d'un écureuil qui grimpa à toute vitesse sur l'arbre situé derrière le siège et disparut après les avoir copieusement insultées.
Le week-end précédent avait été riche en émotions ; celui-ci se présentait sous un jour beaucoup plus serein. Les parents de Claire étaient maintenant au courant de leurs sentiments et de leurs intentions et ne leur opposeraient aucun obstacle. La gentillesse qu'ils témoignaient à Margaux semblait sincère. Les problèmes que pourraient poser le père et la mère de la jeune fille lorsqu'elle devrait les prévenir n'étaient pas encore d'actualité et elles pouvaient penser à autre chose. Les joggeurs et joggeuses du dimanche matin semblaient déjà plus naturels, se contentant le plus souvent d'un petit signe de la main en passant devant le banc sur lequel elles étaient assises, pelotonnées l'une contre l'autre.
Le week-end précédent avait été riche en émotions ; celui-ci se présentait sous un jour beaucoup plus serein. Les parents de Claire étaient maintenant au courant de leurs sentiments et de leurs intentions et ne leur opposeraient aucun obstacle. La gentillesse qu'ils témoignaient à Margaux semblait sincère. Les problèmes que pourraient poser le père et la mère de la jeune fille lorsqu'elle devrait les prévenir n'étaient pas encore d'actualité et elles pouvaient penser à autre chose. Les joggeurs et joggeuses du dimanche matin semblaient déjà plus naturels, se contentant le plus souvent d'un petit signe de la main en passant devant le banc sur lequel elles étaient assises, pelotonnées l'une contre l'autre.
Elles-mêmes avaient arrêté de se câliner de manière ostentatoire lorsque quelqu'un approchait. Seul le jeune joggeur qui les avait abordées le dimanche précédent réagit en passant devant elles. Il hocha la tête d'un air navré et prononça de nouveau un ”quel dommage !” avant de poursuivre sa route. Les deux amies éclatèrent de rire.
— Il doit faire des études de biologie, celui-là !
— En tout cas, il sait comment on fait les bébés.
— En tout cas, il sait comment on fait les bébés.
Elles furent aussi abordées par deux joggeuses qui couraient de concert. D'un physique qu'on pourrait qualifier de moyen, le couple qu'elles formaient se remarquait surtout à cause de leur chevelure. L'une des deux avait rasé une large bande de cheveux juste au-dessus de son oreille gauche tandis que l'autre avait teint en vert fluo une non moins large bande allant du front jusqu'à l'arrière du crâne. Leurs lèvres étaient peintes en noir. Elles se plantèrent devant le banc et engagèrent la conversation.
— Salut Claire !
Claire grogna un vague bonjour tout en les regardant d'un air glacial qui ne sembla pas les décourager. Miss crâne rasé continua.
— Bienvenue dans le monde de la féerie !
Claire resta de marbre mais Margaux dont la curiosité était piquée et que la situation amusait demanda.
— C'est quoi, ce monde de la féerie ?
Miss vert fluo expliqua :
— Le monde de la féerie, c'est le monde des fées. Les fées, ce sont les filles. Les garçons en sont exclus car ils ne sont pas dignes de nous. C'est un monde qui ne connaît qu'une seule loi, la loi de l'amour et du partage. Nous nous aimons toutes. Nous sommes toutes sœurs et amantes. Nous nous réunissons chaque fois que nous le pouvons, à deux, à quatre ou à huit, ou vingt, pourquoi pas, et nous célébrons ensemble le culte de notre seul dieu : Éros.
Margaux avait écouté ces élucubrations en se retenant difficilement d'éclater de rire. Ce n'était visiblement pas le cas de Claire qui n'avait pas l'air de trouver ça drôle du tout. Son visage était d'un rose tirant progressivement sur le carmin et elle semblait bouillir intérieurement. Miss fluo, qui ne s'était rendue compte de rien continua de plus belle.
— Comme vous êtes nouvelles dans le monde de la féerie, ma compagne et moi nous nous proposons de vous initier … elle fut brutalement interrompue par un rugissement.
— QUOI ?
— QUOI ?
Claire avait bondi sur ses pieds et toisait, menaçante, la fille aux cheveux verts qui fit précipitamment un pas en arrière en balbutiant :
— Bien sûr, si ça vous intéresse.
Claire avait tellement l'air d'être hors d'elle que Margaux eut peur que les choses ne dégénèrent. Elle se leva à son tour et se plaça entre son amie et les deux joggeuses.
— Désolée mais nous n'appartenons pas à votre monde de la féerie. Nous appartenons au monde de Claire et de Margaux et dans ce monde-là, il n'y a que Margaux et Claire . Sa seule loi, c'est aussi la loi de l'amour mais pas celle du partage. Je vous conseille donc d'aller chercher de nouvelles adeptes ailleurs car vous n'en trouverez pas ici. S'il vous plaît ! nous sommes ici pour profiter du calme et de la beauté des bords du Cher. Nous ne dérangeons personne et ne demandons qu'un peu de tranquillité.
La fille aux cheveux verts voulut répliquer mais sa compagne la tira par la manche.
— Allez, viens !
Elles reprirent leur trot et ne tardèrent pas à disparaître. Claire regardait encore vers le virage après lequel elles avaient disparu.
— Tu as vu ça ?
Elle avait l'air outragée. Margaux lui prit la main et l'entraîna vers le banc sur lequel elles se rassirent.
— Calme-toi. Ça n'est pas bien grave. C'était plutôt drôle.
— Je suis désolée mais je ne supporte pas les lesbiennes !
— Je suis désolée mais je ne supporte pas les lesbiennes !
Devant l'énormité de cette réflexion, Margaux fut consternée. Elle risqua timidement.
— On l'est un peu nous aussi, non ?
— Ça n'a rien à voir ! Les lesbiennes, c'est du sexe. Nous, c'est de l'amour !
— Ça n'a rien à voir ! Les lesbiennes, c'est du sexe. Nous, c'est de l'amour !
Elle serra Margaux contre son cœur et répéta avec délectation :
— Nous, c'est de l'amour, mon ange.
Margaux ne put s'empêcher de se demander quelle serait la réaction de Claire si elle apprenait que ”son ange” faisait chaque soir dans son lit des rêves érotiques dont elle était le personnage principal.
*****
La dernière semaine était particulièrement chargée jusqu'au samedi midi. La seule exception était le vendredi qui était consacré à des conférences à caractère très général portant sur les problèmes que rencontrait le monde médical dans son activité quotidienne. Les conférenciers du matin avaient la lourde tâche de faire percevoir l'importance des nombreuses, pesantes et néanmoins nécessaires obligations administratives auxquelles étaient astreints hôpitaux et médecins. L'assistance était malheureusement loin d'être passionnée par ce qu'elle entendait. Ce n'était pas le meilleur moment de l'année pour aborder ce genre de sujet mais il n'y en avait probablement pas de vraiment bon. C'était le sujet plus que le moment qui était en cause. Les conférenciers de l'après-midi avaient une tâche plus aisée.
Ils traitaient des aspects psychologiques relatifs aux situations dramatiques auxquelles se trouvait confronté le personnel médical et aux problèmes relationnels pouvant se poser entre ce personnel médical et le patient.
A la fin de la dernière intervention, les deux jeunes filles, qui avaient suivi avec passion celles de l'après-midi rejoignirent rapidement l'appartement de Claire et constituèrent rapidement un dossier sur ce qu'elles avaient retenu. Elles enregistrèrent ensuite soigneusement les références d'articles traitant du sujet et qu'elles comptaient consulter pendant les vacances. Elles décidèrent d'un commun accord d'examiner ensemble leurs atouts et handicaps pour réussir leurs études et, aussi, leur activité professionnelle.
Une chose ressortait de ce qu'elles avaient entendu ce jour-là : il ne suffisait pas d'accumuler des connaissances techniques, même si c'était indispensable, pour être un bon médecin. Encore fallait-il être capable de les utiliser à bon escient. Pour cela, il fallait aussi posséder ou acquérir des qualités humaines et/ou sociales telles que la capacité d'écoute, la diplomatie, la patience, l'humilité, la maîtrise du stress sans exclure pour autant la fermeté et le sens de l'objectif à atteindre. L'exercice se révéla plus difficile qu'elles ne l'avaient prévu. Pourtant, elles étaient toutes les deux convaincues qu'elles devaient se remettre en cause et attendaient une critique objective afin de déterminer les défauts qu'elles devaient corriger et les qualités à améliorer. Le problème était qu'elles étaient incapables de surmonter la crainte de blesser l'autre en appuyant sans le vouloir ”là où ça fait mal”.
Chaque fois que l'une d'entre elles se reprochait un défaut ou une insuffisance, l'autre s'empressait de le minimiser, voire d'en faire ressortir un côté soi-disant positif. Ce fut Margaux qui s'en rendit compte la première.
— Je crois que nous sommes en train de faire preuve sans nous en rendre compte d'un défaut au moins aussi important que ceux sur lesquels nous n'arrivons pas à nous mettre d'accord.
— Lequel ?
— Nous manquons d'objectivité et nous perdons de vue l'objectif à atteindre. Nous sommes censées nous aider mutuellement par une critique constructive et, au lieu de ça, nous dressons un véritable panégyrique l'une de l'autre. Ces grandes déclarations d'amour sont certes très agréables à entendre mais ne nous sont d'aucune utilité pour atteindre notre objectif qui est, je le rappelle, de déterminer les défauts ou insuffisances susceptibles de nous nuire pendant nos études puis, plus tard, dans l'exercice de notre profession.
— Lequel ?
— Nous manquons d'objectivité et nous perdons de vue l'objectif à atteindre. Nous sommes censées nous aider mutuellement par une critique constructive et, au lieu de ça, nous dressons un véritable panégyrique l'une de l'autre. Ces grandes déclarations d'amour sont certes très agréables à entendre mais ne nous sont d'aucune utilité pour atteindre notre objectif qui est, je le rappelle, de déterminer les défauts ou insuffisances susceptibles de nous nuire pendant nos études puis, plus tard, dans l'exercice de notre profession.
En définitive, elles parvinrent à la conclusion que les principaux handicaps de Margaux étaient la timidité et une résistance limitée au stress. Pour Claire, elles eurent un certain mal à se mettre d'accord sur le fait qu'elle manquait de diplomatie dans certaines circonstances et se mettait assez facilement en colère.
Le lendemain, dernier jour de classe avant les vacances, fut comme prévu un samedi studieux : cours le matin et révisions tout l'après-midi. La soirée fut écourtée car chacune devait préparer ses affaires pour la journée du lendemain et surtout pour leur séjour à Montluçon.
*****
Le lendemain, dernier jour de classe avant les vacances, fut comme prévu un samedi studieux : cours le matin et révisions tout l'après-midi. La soirée fut écourtée car chacune devait préparer ses affaires pour la journée du lendemain et surtout pour leur séjour à Montluçon.
*****
Lorsque Margaux se mit au lit, elle se lova avec délices entre ses draps. Elle avait du mal à réaliser sa chance. Quand elle était arrivée à Clermont-Ferrand, elle était très motivée et enthousiaste mais elle avait conscience des nombreux obstacles qu'elle aurait à vaincre pour arriver au bout de ses études. Elle avait aussi conscience de la vie austère à laquelle elle même s'était condamnée pour une dizaine d'années dans une ville où la seule personne qu'elle connaissait, et encore très vaguement, était une grand-tante de soixante-quinze ans. Trois mois plus tard, elle allait fêter son anniversaire en compagnie de deux adorables vieilles dames qui l'avaient prise en affection et de l'amour de sa vie, la merveilleuse et inattendue Claire dont l'existence avait fait exploser toutes ses certitudes pour en imposer de nouvelles.
Quand elle se réveilla le lendemain matin, il faisait encore nuit. Il était trop tôt pour se lever. Elle avait mis son réveil à sonner à huit heures et il n'était qu'à peine plus de six heures. Elle essaya de se rendormir mais elle était bien trop excitée pour y parvenir. Elle décida donc de se lever malgré l'heure matinale. Elle n'aurait qu'à faire les choses lentement : faire son lit, préparer son petit déjeuner, le prendre, faire sa toilette, se maquiller, s'habiller, le tout sans se presser. Malheureusement, lorsqu'on essaye de faire les choses qu'on a l'habitude de faire tous les jours mais en ne se pressant pas, on ne met pas beaucoup plus de temps que d'habitude, de sorte qu'elle fut prête alors qu'il n'était pas encore neuf heures ce qui allait l'obliger à attendre près de deux heures et demie dans la petite chambre en ne sachant pas où s'asseoir sans risquer de froisser sa robe. Bon !
Première chose à faire : enlever cette fichue robe et remettre son jean et son tricot de la veille. Elle pourrait au moins s'installer sur le lit. Elle était à peine installée que son téléphone sonna. C'était Claire.
— Je ne sais pas comment j'ai fait, mais je suis déjà prête et je tourne en rond. Je peux venir ? J'essayerai de ne pas te déranger pendant que tu te prépares.
— Tu me dérangeras d'autant moins que je suis déjà prête moi aussi. Viens en jean. Tu remettras ta robe au dernier moment. C'est ce que je ferai avec la mienne.
— D'accord ! Je serai chez toi d'ici une petite demi-heure. À tout à l'heure, mon ange.
— A tout à l'heure, ma douce. Je t'aime.
— Moi aussi, je t'aime.
— Tu me dérangeras d'autant moins que je suis déjà prête moi aussi. Viens en jean. Tu remettras ta robe au dernier moment. C'est ce que je ferai avec la mienne.
— D'accord ! Je serai chez toi d'ici une petite demi-heure. À tout à l'heure, mon ange.
— A tout à l'heure, ma douce. Je t'aime.
— Moi aussi, je t'aime.
Margaux regarda le ciel à travers la vitre de sa fenêtre. Il semblait qu'il ferait beau ce jour-là mais il ne ferait sans doute pas très chaud car on avançait dans la saison. Elle remarqua aussi que le mendiant n'était pas là. Cela faisait plusieurs jour qu'il ne venait plus et elle le regrettait un peu car il faisait partie du paysage. Elle se demanda si le bonhomme reviendrait au printemps. Il lui était peut-être arrivé quelque chose. Elle préféra ne plus y penser. Ça risquait de lui gâcher sa journée.
Lorsque Claire pénétra dans la petite chambre après avoir frappé discrètement à la porte, elle portait sur son bras gauche sa robe fourreau qu'elle posa délicatement à plat sur le bas du lit. Elle expliqua :
Lorsque Claire pénétra dans la petite chambre après avoir frappé discrètement à la porte, elle portait sur son bras gauche sa robe fourreau qu'elle posa délicatement à plat sur le bas du lit. Elle expliqua :
— J'allais te téléphoner pour que tu viennes m'ouvrir quand ta tante a ouvert le portail du jardin et m'a dit de rentrer la FIAT à l'intérieur. Elle m'a aussi dit que sa copine passerait nous prendre vers onze heures et demie. Figure-toi qu'elle m'a fait la bise ! C'est gentil, non ?
— Ça prouve qu'elle t'aime bien. Tu sais, c'est important pour le jour où je devrai lui révéler notre relation.
— Tu ne crois pas que tu pourrais le faire maintenant ?
— Non. Je préfère la prévenir à la fin de l'année scolaire comme pour mes parents. Au moins, si elle réagit mal, j'aurai l'été pour me retourner.
— Tu as peur qu'elle réagisse mal ?
— Je n'en sais rien. Elle a quand même soixante-quinze ans, ce qui veut dire qu'elle est d'une génération qui n'acceptait pas ce genre de choses.
— Et Muriel ? tu ne crois pas qu'elle en a parlé à ta tante ?
— Elle lui a téléphoné devant moi le jour où je suis allée la voir et quand tante Alice lui a demandé pourquoi j'avais voulu la voir, elle lui a répondu que ça ne la regardait pas. De toute façon, à l'époque je lui ai dit que tu n'étais pas au courant de mon amour pour toi.
— Ça prouve qu'elle t'aime bien. Tu sais, c'est important pour le jour où je devrai lui révéler notre relation.
— Tu ne crois pas que tu pourrais le faire maintenant ?
— Non. Je préfère la prévenir à la fin de l'année scolaire comme pour mes parents. Au moins, si elle réagit mal, j'aurai l'été pour me retourner.
— Tu as peur qu'elle réagisse mal ?
— Je n'en sais rien. Elle a quand même soixante-quinze ans, ce qui veut dire qu'elle est d'une génération qui n'acceptait pas ce genre de choses.
— Et Muriel ? tu ne crois pas qu'elle en a parlé à ta tante ?
— Elle lui a téléphoné devant moi le jour où je suis allée la voir et quand tante Alice lui a demandé pourquoi j'avais voulu la voir, elle lui a répondu que ça ne la regardait pas. De toute façon, à l'époque je lui ai dit que tu n'étais pas au courant de mon amour pour toi.
A l'heure prévue, Alice frappa à la porte et, sans attendre la réponse, pénétra en trombe dans la chambre et se précipita toute excitée sur Margaux pour l'embrasser bruyamment sur les deux joues.
— Joyeux anniversaire, ma petite Margaux chérie !
Puis, pour faire bonne mesure, elle embrassa Claire à son tour.
— C'est vrai que je t'ai déjà dit bonjour ce matin, mais ça ne fait rien.
Muriel qui avait pénétré dans la chambre à son tour, embrassa, elle aussi, les deux jeunes filles. Elle contempla Claire en se reculant un peu.
— Tu es vraiment une jeune femme très belle, ma chérie ! Tu féliciteras tes parents de ma part.
Claire rougit sous le compliment et balbutia un remerciement.
— C'est gentil.
— C'est sincère. Bon, on y va ? J'ai hâte de vous faire admirer mon splendide véhicule. Il est garé dans la rue.
— C'est sincère. Bon, on y va ? J'ai hâte de vous faire admirer mon splendide véhicule. Il est garé dans la rue.
En arrivant sur le trottoir, les deux jeunes filles cherchèrent des yeux une berline du genre de la Mercedes d'Alice mais Muriel se dirigea droit vers une voiture de couleur rouge aux lignes profilées.
— Je vous présente ma BMW X4 coupé sport diesel 6 cylindres de 3 litres. Ça n'a pas l'air, mais ça arrache. Comment vous la trouvez ?
Ni Margaux ni Claire ne surent quoi répondre. La voiture était splendide mais ne correspondait pas du tout à ce à quoi elles s'attendaient. Elles pénétrèrent avec précaution à l'arrière du coupé, impressionnées par l'épaisse moquette recouvrant le plancher et par le cuir des sièges. Finalement Claire risqua un commentaire.
— C'est vraiment une très belle voiture. Elle n'est pas trop difficile à conduire ?
— Pense-tu ! Ça se conduit tout seul ! Si tu as de bons réflexes et que tu gères bien le régime du moteur, elle t'obéit au doigt et à l'œil.
— Pense-tu ! Ça se conduit tout seul ! Si tu as de bons réflexes et que tu gères bien le régime du moteur, elle t'obéit au doigt et à l'œil.
Les deux jeunes filles se regardèrent avec une légère inquiétude, se demandant quel type de conduite annonçait la réponse de Muriel. Elles furent bientôt fixées. Après avoir démarré en trombe, le véhicule atteignit rapidement le premier croisement où il tourna à gauche sans ralentir grâce à un superbe dérapage contrôlé exécuté avec aisance. Claire pensait qu'elles allaient passer par le centre-ville avant de se diriger vers le lac Chambon mais le véhicule se dirigea à l'opposé.
— Tu préfères contourner Clermont-Ferrand ?
— Oui. Comme ça, je peux rouler à quatre-vingt-dix et j'ai le droit de doubler. C'est plus agréable.
— Oui. Comme ça, je peux rouler à quatre-vingt-dix et j'ai le droit de doubler. C'est plus agréable.
Le trajet fut un véritable festival d'accélérations et de freinages brutaux, de dépassements millimétrés et de virages pris aux limites de l'adhérence. Si elle voulait impressionner ses passagères, c'était parfaitement réussi. A chaque dépassement et à chaque virage, les deux amies, serrées l'une contre l'autre, devaient contenir une envie d'exprimer bruyamment leur peur. Pourtant, à chaque fois, sans doute grâce à la puissance du véhicule et à l'adresse de la conductrice, cela passait et même très bien. D'ailleurs Alice assise tranquillement à la place ”du mort” n'avait pas l'air du tout inquiète. Les deux vieilles dames bavardaient tranquillement, comparant les diverses voitures qu'elles avaient possédées, parlant de puissance, de régime et de couple, bref de notions auxquelles s'intéressent surtout les passionnés. Claire profita d'un moment de silence pour glisser timidement.
— Vous avez l'air de bien vous y connaître en matière de voitures.
— C'est normal quand pendant une vingtaine d'années on a participé à des rallyes sur route et à des courses de côte.
— Je me disais bien que vous ne conduisez pas comme tout le monde.
— C'est normal quand pendant une vingtaine d'années on a participé à des rallyes sur route et à des courses de côte.
— Je me disais bien que vous ne conduisez pas comme tout le monde.
La voix un peu tremblotante de Claire poussa Alice à se retourner et elle éclata de rire en découvrant les deux jeunes filles serrées l'une contre l'autre, le visage blême et l'air terrifié.
— Je crois que Margaux et Claire ont besoin de s'habituer à ton style de conduite, Muriel. Ne vous en faites pas, les filles, Muriel est une excellente conductrice. Elle n'a jamais eu d'accident. Contrairement à ce que vous croyez, elle a toujours une marge de sécurité. Simplement ses qualités de conductrice lui permettent d'en prendre une plus petite que la plupart des gens.
A l'arrivée, Claire et Margaux que les explications d'Alice n'avaient que très peu rassurées descendirent du véhicule les jambes flageolantes.
— Quand je pense au retour, j'ai déjà l'estomac qui se tord.
— Moi, pour l'instant, j'ai surtout un besoin urgent d'aller aux toilettes.
— Je crois que je vais t'accompagner.
— Moi, pour l'instant, j'ai surtout un besoin urgent d'aller aux toilettes.
— Je crois que je vais t'accompagner.
Après avoir satisfait un besoin pressant, Claire examina les lieux d'un air déçu.
— Ça a l'air plutôt spartiate comme installation !
— Ne t'en fais pas. C'est sûrement très bien aménagé à l'intérieur.
— Ne t'en fais pas. C'est sûrement très bien aménagé à l'intérieur.
La grande salle du restaurant avait été coupée en deux grâce à une cloison réalisée à l'aide de panneaux stratifiés de couleur crème. Cette cloison était munie de deux portes. La plus éloignée de l'office, côté lac, était une porte classique munie d'une serrure commandée par une simple poignée. Celle de droite était une porte battante destinée au service.
Marcelline, la patronne, les accueillit avec cérémonie. Elle était vêtue d'un magnifique costume folklorique constitué d'une robe de taffetas rouge à manches longues et fermée jusqu'au cou. Le haut de la robe était couvert dans le dos et sur les épaules d'un grand châle de dentelle noire tandis que le bas était protégé par un tablier gris s'arrêtant à une trentaine de centimètres du sol. Lorsqu'elle se déplaçait, elle laissait apparaître des bas de laine blancs et des chaussures vernies noires. Ses cheveux étaient dissimulés sous une grande coiffe blanche. Elle les précéda pour leur tenir la porte battante pendant qu'elles pénétraient dans la salle qui leur était réservée.
La décoration devait certainement provenir d'un théâtre ou avoir été récupérée après le tournage d'un film car elle reproduisait de manière saisissante la salle d'un château de l'époque médiévale telle qu'on l'imagine de nos jours. L'espace auquel on devait pouvoir accéder par l'autre porte était séparé de celui où elles se trouvaient par une lourde tenture qui en dissimulait totalement le contenu.
La partie où elles allaient fêter l'anniversaire de Margaux était occupée par une imposante table de bois brut recouverte d'une nappe en imitation brocart sur laquelle trônaient deux imposants chandeliers. Les verres et les assiettes étaient en étain ainsi que les couverts, à l'exception des couteaux qui étaient en acier avec des manches en corne. Quatre grandes chaises de bois garnies de confortables coussins étaient disposées deux par deux de chaque côté de la table. Un petit vestiaire délimité par un paravent en face de la porte battante leur permit de se mettre à l'aise.
Marcelline avait bien fait les choses. Elle eut droit aux félicitations d'Alice car elle avait parfaitement compris ce que celle-ci désirait et l'avait parfaitement réalisé. Elle était très fière de ce qu'elle avait réussi à obtenir d'un studio de cinéma de la région parisienne qui avait accepté de prêter le décor médiéval, à charge pour elle de s'occuper du transport pour lequel elle avait obtenu d'un fournisseur qu'il lui fasse une petite place dans un de ses poids lourds.
Elle avait ainsi réussi à réduire considérablement la coquette facture qu'Alice allait devoir régler pour sa petite fête. Margaux et Claire étaient à la fois éblouies et stupéfaites. Eblouies parce-que le décor était magnifique et la table somptueuse. Stupéfaites parce-que même si un esprit chagrin pouvait relever le côté un peu kitsch du décor, c'était un décor mis en place pour fêter l'anniversaire d'une banale jeune personne qui n'était ni une princesse ni la fille d'un riche industriel.
Lorsqu'elles se furent assises toutes les quatre, Claire et Margaux l'une à côté de l'autre, tournant le dos au vestiaire, Alice et Muriel en face d'elles, elles commencèrent à bavarder pendant que Marcelline leur servait un verre de Porto et des amuse-gueules.
— Alors, Margaux, ma chérie ! Comment tu trouves ma petite surprise ?
— Je la trouve merveilleuse, tante Alice, mais c'est beaucoup trop ! Je ne mérite pas tout ça. Quand je pense à tout ce que tu as déjà fait pour moi alors que tu ne me connaissais même pas et que je ne peux pas te rendre la pareille, je me demande ce que j'ai fait pour mériter une telle gentillesse de ta part.
— Je vais te dire, ce que tu as fait. Tu m'as apporté une famille. Une famille, ce sont des gens qui sont unis par les liens du sang mais aussi par l'affection. Dans une vraie famille, on a plaisir à se voir et on crée des occasions de le faire. Jusqu'à présent, la seule personne que je connaissais et avec laquelle j'étais unie par des liens de sang était ton père puisque c'est mon neveu. Malheureusement, aucun lien affectif n'a jamais existé entre nous. Ce n'est ni sa faute ni la mienne mais nous ne nous sommes jamais appréciés. Sans doute sommes-nous trop différents tant par nos goûts que par nos convictions. Nous ne nous sommes jamais fréquentés et les seules nouvelles que j'ai reçues de vous en dehors des vœux de nouvel an qu'on envoie par principe ont été le faire-part de mariage de tes parents, celui de ta naissance et, me semble-t-il, celui de ta communion solennelle. Je peux donc dire que jusqu'à il y a quelques mois, je n'avais pas de famille, jusqu'au jour où nous sommes rencontrées.
— Je la trouve merveilleuse, tante Alice, mais c'est beaucoup trop ! Je ne mérite pas tout ça. Quand je pense à tout ce que tu as déjà fait pour moi alors que tu ne me connaissais même pas et que je ne peux pas te rendre la pareille, je me demande ce que j'ai fait pour mériter une telle gentillesse de ta part.
— Je vais te dire, ce que tu as fait. Tu m'as apporté une famille. Une famille, ce sont des gens qui sont unis par les liens du sang mais aussi par l'affection. Dans une vraie famille, on a plaisir à se voir et on crée des occasions de le faire. Jusqu'à présent, la seule personne que je connaissais et avec laquelle j'étais unie par des liens de sang était ton père puisque c'est mon neveu. Malheureusement, aucun lien affectif n'a jamais existé entre nous. Ce n'est ni sa faute ni la mienne mais nous ne nous sommes jamais appréciés. Sans doute sommes-nous trop différents tant par nos goûts que par nos convictions. Nous ne nous sommes jamais fréquentés et les seules nouvelles que j'ai reçues de vous en dehors des vœux de nouvel an qu'on envoie par principe ont été le faire-part de mariage de tes parents, celui de ta naissance et, me semble-t-il, celui de ta communion solennelle. Je peux donc dire que jusqu'à il y a quelques mois, je n'avais pas de famille, jusqu'au jour où nous sommes rencontrées.
Elle trempa ses lèvres dans son verre de porto avant de continuer.
— J'avais déjà un préjugé favorable à ton égard vu ta manière de me demander non pas de t'héberger, mais de t'aider à trouver un logement qui soit dans tes possibilités financières. J'ai trouvé que c'était une façon très délicate de me demander mon aide. Comme quoi, l'opinion qu'on se fait des gens tient parfois à peu de chose. C'est pourquoi je t'ai proposé de te loger gratuitement. Ça ne me coûtait pas grand-chose car jusque-là je ne me servais pas de la chambre que tu occupes et je ne l'ai jamais louée.
Elle mira son verre tout en continuant d'une voix rêveuse.
— J'avoue que j'attendais avec curiosité de faire ta connaissance car je pressentais que tu devais être quelqu'un d'intéressant, mais je ne m'attendais pas à ressentir ce que j'ai ressenti la première fois que je t'ai vue. Tu venais d'arriver à Clermont-Ferrand et le taxi t'avait déposée devant le portail du jardin. Tu as sonné et je suis venue t'ouvrir. Là, j'ai vu un ange blond tout droit sorti d'un tableau de Raphaël ou de Michel-Ange qui me regardait en souriant, comme si tu regardais le bon dieu. La première pensée que j'ai eue a été ”c'est ma petite fille, c'est ma famille ”. Après, je me suis souvenue que tu n'étais pas ma petite fille mais ma petite nièce mais ça n'a aucune importance. Pour moi, tu es ma famille. La seule, l'unique membre de ma famille. Et tu sais qu'elle a été ma deuxième pensée ?
— Non. Ça a été quoi ?
— J'ai pensé : ”qu'est-ce que j'aimerais lui faire un câlin !”.
— Non. Ça a été quoi ?
— J'ai pensé : ”qu'est-ce que j'aimerais lui faire un câlin !”.
Margaux qui avait rougi de confusion pendant le discours de sa tante se leva les larmes aux yeux et, contournant la table alla s'installer sur les genoux d'Alice qu'elle couvrit de baisers.
— Je t'aime, Tante Alice. Tu pourras me faire tous les câlins du monde. Tu es la plus merveilleuse des tantes.
Quand Margaux retourna s'asseoir, Claire lui prit la main et lui déposa un léger baiser sur le bout des doigts.
— Ne change pas, mon ange. Ne change surtout pas ! Et elle ajouta : Margaux c'est une tendre.
Elle se rendait compte que les sentiments qu'Alice éprouvait pour sa petite nièce qu'elle considérait un peu comme sa petite fille étaient suffisamment forts pour résister à la désapprobation qu'elle pourrait éventuellement ressentir en découvrant la relation que celle-ci entretenait avec une autre fille. Et puis, dans le pire des cas, si Alice fichait Margaux à la porte, celle-ci pourrait emménager dans son logement à elle. Ses parents n'y trouveraient certainement rien à redire. Enfin, compte tenu de l'absence totale de relation entre Alice et son neveu, il y avait vraiment très peu de chances pour qu'elle fasse une gaffe. Elle pouvait donc se comporter de manière naturelle avec Margaux en présence d'Alice mais sans rien officialiser.
Le cas de Muriel était différent. D'abord, elle n'était pas directement concernée ce qui lui permettait de prendre du recul. Ensuite, étant donné le métier qu'elle avait exercé elle était à la fois tolérante et discrète. C'était le type même de personne à qui on voulait et on pouvait se confier. D'ailleurs, elle semblait l'y encourager car elle la regardait souvent en souriant et ne manquait pas une occasion de s'adresser à elle et de l'interroger sur ses goûts aussi bien que sur ses études. Elle lui donnait un peu l'impression de s'intéresser plus à elle qu'à Margaux.
Marcelline et son mari s'étaient mis d'accord sur un repas comportant trois plats et un dessert. Chaque plat devrait être suffisamment léger pour ne pas surcharger les estomacs et le dessert devait lui aussi être suffisamment léger pour que les convives ne sortent pas de table avec l'impression d'avoir trop mangé. Marcelline connaissait déjà trois des convives et savait que la solution retenue leur conviendrait. Elle était un peu inquiète pour la quatrième convive qu'elle ne connaissait pas et qui n'était pas prévue au début. Elle avait à cœur de satisfaire tout le monde mais ce n'était pas facile quand tout le monde devait manger la même chose. Lorsqu'elle vit Claire dans sa robe fourreau rose et la ligne parfaite de son corps, elle fut rassurée. Elle n'était ni grosse ni maigre et les quantités proposées lui conviendraient certainement.
Le premier plat était une entrée froide qui se présentait sous la forme de verrines d'avocats au fromage blanc, crème et fines herbes agrémentées de lamelles de saumon fumé. Vint ensuite le plat de poisson. C'était du turbot aux girolles et chapelure de noisettes avec un assortiment carottes et de haricots verts revenus dans du beurre. Le plat de viande était une pintade au cidre servie avec des pâtes fraîches. Le dessert était une crème à la mangue et au cacao cru.
Le repas fut particulièrement animé tant les sujets de discussions étaient nombreux et variés. Alice et Muriel étaient curieuses de connaître la vie qu'avaient vécu les deux jeunes filles depuis leur naissance jusqu'en cette année 2019. C'était Margaux qui avait les histoires les plus intéressantes à raconter car elle avait vécu dans une dizaine d'endroits différents au gré des mutations de son père en métropole, aux Antilles ou en Afrique. La plus intéressée était peut-être Claire qui avait passé toute sa jeunesse à Montluçon et n'avait connu qu'une seule école primaire, un seul collège et un seul lycée. Elle enviait un peu Margaux et rêvait de grands voyages. De leur côté, Alice et Muriel avaient de nombreuses anecdotes à raconter sur leur vie professionnelle, les séjours touristiques qu'elles avaient faits sur tous les continents et les rallyes et courses qu'elles avaient disputés en tant que pilote et navigatrice.
Au moment du dessert, Alice et Muriel se regardèrent d'un air entendu puis, interrompant la discussion en cours, Alice s'adressa à Margaux.
— Margaux, ma chérie, tu devrais aller voir dans le vestiaire. Je crois qu'il y a deux paquets pour toi.
Sur le moment, Margaux ne comprit pas ce que pouvaient être les deux paquets auxquels Alice faisait allusion, puis, comprenant soudain, poussa un petit cri de joie et se précipita derrière le paravent. Pendant quelques dizaines de secondes on entendit des grognements et des bruits de papier déchiré suivis d'un grand silence puis la petite voix tremblotante de la jeune fille.
— Tu crois que je peux la mettre tout de suite, Tante Alice ?
— Bien sûr, ma chérie ! Elle est faite pour ça.
— Claire ! Tu peux venir m'aider ? Je suis trop énervée pour faire ça toute seule.
— Attend, mon ange. J'arrive !
— Bien sûr, ma chérie ! Elle est faite pour ça.
— Claire ! Tu peux venir m'aider ? Je suis trop énervée pour faire ça toute seule.
— Attend, mon ange. J'arrive !
Claire se leva précipitamment et disparut à son tour derrière le paravent. Pendant une dizaine de minutes on entendit uniquement des chuchotements, des exclamations et des rires avant qu'apparaisse enfin Margaux vêtue d'une magnifique robe fourreau d'un style très proche de celle de Claire à ceci près qu'elle était bleu ciel. Elle avait aux pieds des escarpins bleu électrique dont les talons d'au moins six centimètres ne l'empêchèrent pas de se mouvoir avec aisance, de faire deux ou trois tours sur elle-même et d'esquisser quelques pas de danse couvée amoureusement des yeux par une Claire à la fois inquiète et admirative.
— Vous avez vu comme elle est jolie et gracieuse, notre petite Margaux.
Margaux revint embrasser Alice.
— Merci pour ce merveilleux cadeau, Tante Alice. Tu ne peux pas savoir comme il me fait plaisir.
— Tu m'en vois ravie, ma chérie, mais les chaussures sont un cadeau de Muriel.
— Muriel ? C'est toi qui m'as offert les chaussures?
— Elles ne te plaisent pas ?
— Si ! Au contraire ! Elles sont magnifiques ! Je t'aime.
— Tu m'en vois ravie, ma chérie, mais les chaussures sont un cadeau de Muriel.
— Muriel ? C'est toi qui m'as offert les chaussures?
— Elles ne te plaisent pas ?
— Si ! Au contraire ! Elles sont magnifiques ! Je t'aime.
Elle alla l'embrasser elle aussi.
*****
Lorsque Marcelline se présenta pour desservir la table et la nettoyer en prévision du dessert, elle s'exclama :
— Mon dieu que vous êtes jolie comme ça, mademoiselle Margaux ! Une vraie star de cinéma. Et vous aussi, mademoiselle Claire. A vous deux, vous êtes le plus bel ornement de cette fête !
Elle disparut, en poussant le chariot sur lequel étaient posés la vaisselle salie et les débris de nourriture puis revint quelques instants plus tard, poussant le même chariot sur lequel étaient posés des couverts à dessert, une pile d'assiettes et une vingtaine de coupes de champagne. Elle fit ensuite un petit signe à Alice.
— Tout le monde est là, Alice, c'est quand vous voudrez.
Alice se leva et suivit Marcelline en s'excusant.
— Vous voudrez bien me pardonner mais j'ai une petite chose à organiser avec Marcelline.
Les deux jeunes filles regardèrent Muriel l'air interrogateur.
— Tu sais ce qu'elle est allée faire ? Marcelline a dit ”tout le monde est là ”. Elle a d'autres invités ?
— Je ne peux rien vous dire. C'est une surprise.
— Je ne peux rien vous dire. C'est une surprise.
Elles commencèrent à entendre des bruits de voix venant de la salle principale puis celui de la porte menant dans la moitié cachée de la salle où elles se trouvaient. Quelqu'un se mit à s'agiter derrière le rideau et elles entendirent à un moment donné la voix d'Alice répondant à un interlocuteur inconnu.
— Une minute, s'il vous plaît ! Je fais ce que je peux.
Quelques instants plus tard, Alice se déclara prête et invita d'autres personnes à la rejoindre. S'en suivit un brouhaha de voix s'interpellant et de quelques notes de divers instruments de musique. Peu à peu les bruits de voix s'éteignirent, quelques notes de musique retentirent encore puis le silence se fit total. On entendit alors une voix de femme annoncer :
— Prêts ? Alors un, deux, trois !
La lourde tenture qui cachait la salle et ses occupants coulissa laissant apparaître une douzaine d'hommes et de femmes en tenue traditionnelle de la région. Il y avait quatre couples de danseurs et quatre musiciens. Une femme jouait de l'accordéon, une autre de la vielle et deux hommes soufflaient dans des pipeaux. Les quatre danseuses étaient parfaitement connues de Margaux. Il y avait là Fanny et Babette les deux amies d'Alice, Marcelline en personne et enfin Alice qui s'était changée et dont le costume traditionnel était aussi somptueux que celui de Marcelline. Les quatre autres femmes étaient vêtues elles aussi des mêmes tenues, la seule chose qui les différenciait étant la couleur de leurs robes et le tissu dont elles étaient faites. Les six hommes portaient tous un costume identique : pantalon noir et chemise de lin blanche sans col, chaussures noires et chapeau noir. Seuls différaient la couleur de superbes gilets brodés et celle des rubans ornant les chapeaux.
Après une petite introduction jouée par les musiciennes et musiciens, les joueurs de pipeau abandonnèrent leur instrument et se joignirent aux autres pour chanter un premier chant traditionnel bien connu :
— La bourrée en Auvergne, la bourrée y va bien.
— Écoutons la cabrette du pays Limousin.
— Lentement on se place, dansons la deux à deux.
— Dansons la quatre à quatre, et toujours de son mieux.
— Etc…
— Écoutons la cabrette du pays Limousin.
— Lentement on se place, dansons la deux à deux.
— Dansons la quatre à quatre, et toujours de son mieux.
— Etc…
Tout en chantant, les quatre couples se mirent à danser en mesure, tantôt séparés les uns des autres, tantôt par groupes de quatre tantôt tous les huit ensemble. La petite troupe donna pendant une trop courte demi-heure un charmant spectacle où la qualité de la chorégraphie le disputait à celle de l'interprétation et où la rigueur de l'exécution le disputait au plaisir de jouer, de danser et de chanter. Le public, bien que limité à deux personnes, contribuait à l'ambiance par ses cris, ses rires de joie et ses applaudissements enthousiastes. Muriel réagissait plus calmement car si elle appréciait le spectacle, elle le connaissait déjà.
Claire s'était promis de conserver le souvenir de ce jour et avait déjà pris des dizaines de photos, mitraillant tous azimuts les lieux et leurs occupants. Elle continua de plus belle, alternant gros plans sur les musiciens et les danseurs et vues d'ensemble de la scène. C'était l'anniversaire de Margaux et celle-ci devait pouvoir profiter du spectacle sans se laisser distraire par le souci d'en enregistrer le souvenir. Lorsqu'au bout d'une demi-heure les danseurs éprouvèrent le besoin de se reposer, ce qui était tout à fait compréhensible compte tenu de l'âge moyen de la troupe, Margaux se précipita vers Alice pour la prendre dans ses bras puis passa d'un membre de la troupe à l'autre pour les embrasser, les féliciter et les remercier.
Voyant que Muriel était restée assise, Claire hésita un peu puis décida de lui tenir compagnie. Elle l'appréciait de plus en plus et elle savait qu'il en était de même pour Margaux. Muriel était très différente de tante Alice. Celle-ci était à la fois très affectueuse et très directe ; très ‘'brute de fonderie'' : Elle aimait ou elle n'aimait pas et ne s'en cachait pas. Elle adorait sa petite nièce et détestait manifestement son neveu, même si pour ménager Margaux elle édulcorait son propos lorsqu'elle parlait de lui. Muriel, par contre était pleine de retenue et s'exprimait par petites touches, toute en nuances et soucieuse de se faire comprendre sans indisposer. Elle parlait peu mais écoutait beaucoup et multipliait les petites attentions et les gestes affectueux. Claire se sentait bien avec elle.
La jeune fille engagea la conversation.
— Alice a offert à Margaux une magnifique fête. Elle l'aime manifestement beaucoup. Elle s'est très vite attachée à elle.
— A mon avis, il y a plusieurs raisons à cela : d'abord il y a la première impression qu'on a quand on fait la connaissance de quelqu'un. C'est important, la première impression ! C'est elle qui servira de base pour interpréter les premiers échanges. Alors, si en plus ces derniers la confirment ! Alice nous l'a dit elle-même : Quand elle a vu Margaux pour la première fois, avec sa jolie petite frimousse et son regard plein d'espoir, elle a pensé ‘' Qu'est-ce que j'aimerais lui faire un câlin !'' et elle le pense toujours.
— A mon avis, il y a plusieurs raisons à cela : d'abord il y a la première impression qu'on a quand on fait la connaissance de quelqu'un. C'est important, la première impression ! C'est elle qui servira de base pour interpréter les premiers échanges. Alors, si en plus ces derniers la confirment ! Alice nous l'a dit elle-même : Quand elle a vu Margaux pour la première fois, avec sa jolie petite frimousse et son regard plein d'espoir, elle a pensé ‘' Qu'est-ce que j'aimerais lui faire un câlin !'' et elle le pense toujours.
Muriel eut un petit rire avant de continuer en contemplant Claire.
— Toi, ce serait plutôt l'inverse. Je pense que lorsqu'on te voit pour la première fois, avec ta beauté et ton visage de madone, on a plutôt tendance à penser ‘'Qu'est-ce que j'aimerais qu'elle me fasse un câlin !''. C'est apparemment ce qu'a pensé Margaux et je la comprend tout à fait. De plus, votre douceur de caractère et votre gentillesse à toutes les deux font.
qu'on s'attache très rapidement à vous, ce qui est d'ailleurs mon cas.
Claire rougit de confusion. En les englobant volontairement toutes les deux dans sa réponse, Muriel donnait l'impression que c'était surtout à elle que s'adressait le compliment. Elle balbutia après s'être éclairci la gorge :
Claire rougit de confusion. En les englobant volontairement toutes les deux dans sa réponse, Muriel donnait l'impression que c'était surtout à elle que s'adressait le compliment. Elle balbutia après s'être éclairci la gorge :
— Tu as parlé de plusieurs raisons ?
Elle se rendit immédiatement compte mais, malheureusement, trop tard qu'elle avait tutoyé Muriel. Loin d'en avoir l'air choquée, cette dernière lui adressa en réponse un regard chaleureux.
— Alice est comme moi. Nous sommes toutes les deux célibataires et sans enfants. Elle a pour seule famille proche un neveu avec lequel elle n'a aucun contact. Moi, j'ai une sœur et trois neveux qui attendent avec impatience ma mort pour hériter. Alors, Alice a besoin de former quelque chose qui ressemble à une famille avec quelqu'un qu'elle aime et qui l'aime ; une enfant à chérir, en quelque sorte. Mais elle, elle a la chance d'avoir trouvé cette personne en Margaux. Moi, je n'ai pas encore eu cette chance. Alors je me contente d'espérer.
Claire ne savait pas trop quoi répondre mais Muriel, les yeux dans le vague, reprit.
— La vie est parfois bizarre. Tu as soixante-quinze ans et depuis l'âge de vingt ans tu as toujours su ce que tu voulais faire de ta vie. Tu peux légitimement prétendre y être arrivée tant sur le plan professionnel que sur le plan sentimental. Tu n'as plus qu'à te laisser vivre tranquillement en goûtant le bonheur simple d'une amitié précieuse et d'un confort matériel garanti. Tu n'as besoin de rien d'autre et rien d'autre ne menace ta petite tranquillité.
Elle regarda Claire avec intensité, avant de poursuivre avec véhémence.
— Et puis, brusquement, tout cela vole en éclat à cause d'une gamine d'à peine plus de vingt ans, que tu connais à peine.
Elle continua en regardant Claire avec une douceur teintée d'émotion.
— D'un seul coup, tu réalises que tu n'es pas complète et que tu as besoin d'elle pour le devenir. Que tu ne pourras pas être heureuse si elle ne l'est pas. Que tu as besoin de te dire qu'elle va réussir sa vie alors que ça ne dépend pas de toi. Tu la contemples et tu penses ”quel dommage que je n'aie pas eu une fille comme elle; qu'est-ce que je t'aurais aimée !”.
Très émue par cette quasi déclaration d'amour qui s'adressait manifestement à elle, Claire prit la main de Muriel dans la sienne et lui demanda doucement.
— On ne parle plus d'Alice et de Margaux, n'est-ce pas ?
— Non ! on parle de toi et de moi.
— Non ! on parle de toi et de moi.
Claire était partagée entre le plaisir que lui procurait cette déclaration de Muriel et un certain sentiment de culpabilité du fait justement de ce plaisir. Était-il compatible avec son amour pour Margaux ?
— Tu sais toutefois que ma vie, c'est avec Margaux que je vais la construire.
— Je sais et je suis ravie de voir que l'amour que Margaux ressent pour toi est partagé. Mais je ne te parle pas de ça. Je te parle du genre de sentiment qu'éprouvent Alice et Margaux l'une pour l'autre ; de la tendresse que j'éprouve à ton égard et que j'aimerais partager avec toi, même si nous nous connaissons encore très peu. Je crois que tu es la personne que j'espérais sans l'avoir encore rencontrée.
— Je sais et je suis ravie de voir que l'amour que Margaux ressent pour toi est partagé. Mais je ne te parle pas de ça. Je te parle du genre de sentiment qu'éprouvent Alice et Margaux l'une pour l'autre ; de la tendresse que j'éprouve à ton égard et que j'aimerais partager avec toi, même si nous nous connaissons encore très peu. Je crois que tu es la personne que j'espérais sans l'avoir encore rencontrée.
Elle rajouta d'un air convaincu :
— Tu sais, nous pouvons nous apporter beaucoup mutuellement en plus de la tendresse que peuvent éprouver l'une pour l'autre une jeune femme et une femme plus âgée. Je peux t'apporter l'expérience d'une femme qui a pratiqué pendant presque quarante ans une activité proche du métier que tu envisage d'exercer. Toi, tu me permettrais de me réchauffer au contact de ta jeunesse et de ton enthousiasme.
C'était à la fois direct et parfaitement clair. Les sentiments que déclarait éprouver Muriel à son égard étaient de nature maternelle ou plutôt ceux d'un mentor pour son élève. Elle se devait de lui répondre avec la même franchise.
— Muriel, je vais être franche avec toi. D'abord, sache que ce que tu me dis m'émeut énormément. C'est la première fois que quelqu'un me fait une telle déclaration et celle-ci ne me laisse pas du tout indifférente. Nous ne nous connaissons encore que très peu, mais le peu que je sais de toi à travers ce que m'a raconté Margaux et aussi cette fameuse ‘'première impression ''dont tu sembles faire grand cas m'ont donné envie de mieux te connaître. Je serais donc ,pour ma part, heureuse d'avoir avec toi une relation affective plus approfondie.
— Mais il y a Margaux. Je ne sais pas comment elle risque de prendre la chose et avant tout je veux que tout soit clair entre nous trois. Alors, tu comprendras qu'avant toute chose, je souhaite lui parler de cette conversation car nous ne parlons pas d'une simple amitié, mais de sentiments.
— Bien sûr. Je comprends tout à fait. Je tenais surtout à te faire part des sentiments que je te porte, sentiments qui sont parfaitement honnêtes et que je ne saurais renier.
— Et je suis très contente que tu l'aies fait.
— Mais il y a Margaux. Je ne sais pas comment elle risque de prendre la chose et avant tout je veux que tout soit clair entre nous trois. Alors, tu comprendras qu'avant toute chose, je souhaite lui parler de cette conversation car nous ne parlons pas d'une simple amitié, mais de sentiments.
— Bien sûr. Je comprends tout à fait. Je tenais surtout à te faire part des sentiments que je te porte, sentiments qui sont parfaitement honnêtes et que je ne saurais renier.
— Et je suis très contente que tu l'aies fait.
Elles furent interrompues par une Margaux rayonnante qui se jeta dans les bras de Claire pendant que la troupe se répartissait autour de la table et apostrophait en riant Marcelline, lui réclamant le dessert sur l'air des lampions.
— Oh, ma douce, si tu savais comme je suis heureuse. C'est le plus beau jour de ma vie.
— J'espère que tu en auras d'autres encore plus beaux, mon ange.
— J'en connais déjà un qui sera encore plus beau.
— J'espère que tu en auras d'autres encore plus beaux, mon ange.
— J'en connais déjà un qui sera encore plus beau.
Margaux se mit sur la pointe des pieds et chuchota à l'oreille de Claire.
— Le jour où nous signerons ensemble le registre des mariages à la mairie.
Marcelline déposa les verres, les couverts et la pile d'assiette sur la table puis sortit avec le chariot qu'elle ne tarda pas à ramener avec les desserts pour une quinzaine de personnes et deux magnums de champagne. Celui-ci aidant, une ambiance euphorique régna bientôt autour de la table. Muriel s'empara de la main de Claire et la présenta successivement à l'ensemble des convives : ”Une jeune femme que Margaux et moi aimons beaucoup”.
Les ”agapes ” terminées la joueuse de vielle annonça :
Les ”agapes ” terminées la joueuse de vielle annonça :
— Et maintenant, le final !
Le petit groupe se précipita sur la scène et se mit à nouveau à exécuter la danse par laquelle le spectacle avait commencé. Mais les chanteurs remplacèrent les paroles de la bourrée par d'autres plus conformes à l'évènement :
— Joyeux anniversaire, Margaux, joyeux anniversaire,
— Joyeux anniversaire, Margaux, joyeux anniversaire,
— Etc…
— Joyeux anniversaire, Margaux, joyeux anniversaire,
— Etc…
Le groupe termina par un triple ‘'hip hip hourra !'' avant de revenir faire la bise à tout le monde et de repartir accompagné de Marcelline, laissant seules Alice, Muriel et leurs deux protégées. Marcelline avait pris la précaution de mettre une musique d'ambiance pour éviter que leur petit groupe ne soit déstabilisé par le brusque silence. Ils ne leur restait plus qu'à repartir après qu'Alice ait enlevé son costume et remis ses habits de ville. Elles rangèrent soigneusement la robe et les chaussures que Margaux portait à son arrivée, enfilèrent leurs manteaux et allèrent dire au revoir à Marcelline qui ne s'était pas encore changée mais avait déjà repris son rôle de patronne et houspillait son personnel fatigué.
Comme elles approchaient de la BMW, Muriel tendit à Claire les clés de la voiture.
Comme elles approchaient de la BMW, Muriel tendit à Claire les clés de la voiture.
— Pour le retour, c'est toi qui conduis.
Les yeux de Claire brillèrent de gourmandise. Elle adorait sa petite FIAT mais là c'était autre chose. Tandis que Muriel s'asseyait à côté d'elle et que Margaux et Alice s'installaient confortablement à l'arrière, elle régla consciencieusement le volant et le siège à sa taille et passa en revue les diverses commandes de signalisation. Lorsque toutes les ceintures de sécurité eurent été bouclées, elle démarra tranquillement et s'engagea prudemment sur le chemin du retour. Elle parcourut relativement lentement les premiers kilomètres afin de prendre la mesure des dimensions du véhicule ainsi que de la sensibilité de l'accélérateur et de la pédale de frein. Elle se permit ensuite de rouler plus rapidement quoiqu'en douceur, soucieuse avant tout de procurer à ses passagères le maximum de confort et de sécurité. Il y avait trop de gens qu'elle aimait dans cette voiture pour prendre le moindre risque. Margaux à qui ce style de conduite convenait parfaitement s'écria :
— Quand j'aurai mon permis, j'essayerai de conduire comme Claire !
— Pourquoi ne le passes-tu pas ? demanda Muriel.
— Je ne sais pas si j'aurais le temps d'apprendre à conduire. Mes études me prennent tout mon temps. De toutes façons, je n'ai pas de quoi me payer des leçons.
— Pourquoi ne le passes-tu pas ? demanda Muriel.
— Je ne sais pas si j'aurais le temps d'apprendre à conduire. Mes études me prennent tout mon temps. De toutes façons, je n'ai pas de quoi me payer des leçons.
Alice intervint.
— Je peux te les payer, moi, ces leçons.
Claire éclata de rire.
— Normalement, c'est là que Margaux va nous servir son petit couplet sur la charité.
— Oh, mais ce n'est pas de la charité ! C'est seulement une avance.
— Mais, je ne pourrai pas te rembourser avant plusieurs années.
— Je ne te parle pas d'un prêt mais d'une avance.
— Une avance sur quoi ?
— Sur l'héritage, pardi !
— Oh, c'est malin !…
— Non, c'est mathématique. Toute somme que je dépense diminue ma fortune et donc ce que je lèguerai à mes héritiers. Comme tu en fait partie, ça diminuera ta part d'héritage.
— Mais moi, je ne suis pas du tout pressée d'hériter !
— Rassure-toi, je ne suis pas pressée de mourir.
— Ton raisonnement, de toute façon, il est boiteux. La somme que tu dépenses pour moi, tu ne la dépenses pas pour toi.
— Écoute, ma chérie, on peut ergoter des heures sur le sujet mais si je te propose de te payer des leçons de conduite, c'est que je le peux. Si ça peut te rassurer, j'ai des revenus supérieurs à mes besoins et je mets de l'argent de côté. Je place l'argent que je n'ai pas dépensé ce qui augmente un peu plus mes revenus. Ça devient un peu ridicule, à la fin. Tes scrupules t'honorent mais accepter l'aide de ceux qui t'aiment n'a rien de déshonorant. D'autre part, de nos jours il est très important de savoir conduire même si tu n'as pas de voiture. Tu peux être amenée à conduire une voiture de location ou bien la mienne. Regarde Claire. Si elle n'avait pas son permis, elle ne serait pas en train de conduire celle de Muriel.
— Oh, mais ce n'est pas de la charité ! C'est seulement une avance.
— Mais, je ne pourrai pas te rembourser avant plusieurs années.
— Je ne te parle pas d'un prêt mais d'une avance.
— Une avance sur quoi ?
— Sur l'héritage, pardi !
— Oh, c'est malin !…
— Non, c'est mathématique. Toute somme que je dépense diminue ma fortune et donc ce que je lèguerai à mes héritiers. Comme tu en fait partie, ça diminuera ta part d'héritage.
— Mais moi, je ne suis pas du tout pressée d'hériter !
— Rassure-toi, je ne suis pas pressée de mourir.
— Ton raisonnement, de toute façon, il est boiteux. La somme que tu dépenses pour moi, tu ne la dépenses pas pour toi.
— Écoute, ma chérie, on peut ergoter des heures sur le sujet mais si je te propose de te payer des leçons de conduite, c'est que je le peux. Si ça peut te rassurer, j'ai des revenus supérieurs à mes besoins et je mets de l'argent de côté. Je place l'argent que je n'ai pas dépensé ce qui augmente un peu plus mes revenus. Ça devient un peu ridicule, à la fin. Tes scrupules t'honorent mais accepter l'aide de ceux qui t'aiment n'a rien de déshonorant. D'autre part, de nos jours il est très important de savoir conduire même si tu n'as pas de voiture. Tu peux être amenée à conduire une voiture de location ou bien la mienne. Regarde Claire. Si elle n'avait pas son permis, elle ne serait pas en train de conduire celle de Muriel.
Claire intervint de nouveau.
— Tu sais ce qu'on va faire, Alice ? On va aller l'inscrire de force dans une auto-école et on l'inscrira à la conduite supervisée. Elle sera bien obligée d'y aller puisqu'une partie des cours sera déjà payée.
— Bon ! Bon ! Vous avez gagné ! Je veux bien m'inscrire. Mais ça sera à mon rythme et je vous préviens : Peut-être que je ne suis pas douée pour ça. Ça n'est pas la peine de m'inscrire si c'est pour me reprocher ensuite de ne pas y arriver.
— Ne t'en fais pas, mon ange. C'est moi qui serai accompagnatrice pour la conduite supervisée.
— Ça consiste en quoi ?
— Grosse modo tu suis normalement les cours de conduite et le code. Quand tu as obtenu le code, que tu as suivi au moins vingt heures de cours de conduite et sous réserve d'un avis favorable de l'auto-école, tu peux conduire la FIAT avec moi à côté tout en continuant les cours de l'auto-école. Quand tu es prête, tu passes la conduite. Comme ça, tu as beaucoup plus d'heures de conduite au moment de l'examen et ça augmente tes chances de réussite. A mon avis, si tu fais preuve du même sérieux que pour tes études, ça devrait très bien se passer. Maintenant, si ça ne vous dérange pas, nous arrivons bientôt à Clermont-Ferrand. Je n'ai pas l'habitude de conduire une voiture de cette taille et il faut que je reste concentrée si je ne veux pas risquer de rayer la carrosserie.
— Bon ! Bon ! Vous avez gagné ! Je veux bien m'inscrire. Mais ça sera à mon rythme et je vous préviens : Peut-être que je ne suis pas douée pour ça. Ça n'est pas la peine de m'inscrire si c'est pour me reprocher ensuite de ne pas y arriver.
— Ne t'en fais pas, mon ange. C'est moi qui serai accompagnatrice pour la conduite supervisée.
— Ça consiste en quoi ?
— Grosse modo tu suis normalement les cours de conduite et le code. Quand tu as obtenu le code, que tu as suivi au moins vingt heures de cours de conduite et sous réserve d'un avis favorable de l'auto-école, tu peux conduire la FIAT avec moi à côté tout en continuant les cours de l'auto-école. Quand tu es prête, tu passes la conduite. Comme ça, tu as beaucoup plus d'heures de conduite au moment de l'examen et ça augmente tes chances de réussite. A mon avis, si tu fais preuve du même sérieux que pour tes études, ça devrait très bien se passer. Maintenant, si ça ne vous dérange pas, nous arrivons bientôt à Clermont-Ferrand. Je n'ai pas l'habitude de conduire une voiture de cette taille et il faut que je reste concentrée si je ne veux pas risquer de rayer la carrosserie.
La suite du trajet se déroula en silence. A l'arrière, Margaux et Alice somnolaient. Une main se posa doucement sur l'épaule de Claire. A l'occasion d'un stop Claire se tourna vers Muriel. Celle-ci la regardait avec tendresse en lui souriant. Elle lui retourna son sourire avant de redémarrer.
A l'arrivée, elle gara la BMW dans le jardin et tout le petit monde se précipita à l'intérieur de la maison en frissonnant. Il se mettait à faire vraiment froid pour ce premier week-end d'hiver. Les deux jeunes filles se changèrent rapidement, remplaçant par un jean, un gros pull et des baskets leurs robes et leurs escarpins. Elles plièrent soigneusement les robes avant de les ranger dans une valise. Elles allèrent ensuite dire au revoir à Alice et à Muriel qu'elles embrassèrent toutes les deux tendrement, leur donnant rendez-vous début deux mille vingt. Elles finirent de ranger leurs affaires dans la petite FIAT et repartirent en direction de Montluçon.
A l'arrivée, elle gara la BMW dans le jardin et tout le petit monde se précipita à l'intérieur de la maison en frissonnant. Il se mettait à faire vraiment froid pour ce premier week-end d'hiver. Les deux jeunes filles se changèrent rapidement, remplaçant par un jean, un gros pull et des baskets leurs robes et leurs escarpins. Elles plièrent soigneusement les robes avant de les ranger dans une valise. Elles allèrent ensuite dire au revoir à Alice et à Muriel qu'elles embrassèrent toutes les deux tendrement, leur donnant rendez-vous début deux mille vingt. Elles finirent de ranger leurs affaires dans la petite FIAT et repartirent en direction de Montluçon.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()