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✦ unzeste85 Si jolie XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

Si jolie — Chapitre 16

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Si jolie

Chapitre 16

L'arrivée de Gwendoline et l'état de Claire perturbèrent considérablement le fonctionnement de la petite communauté. Malgré toute leur bonne volonté, Alice et Muriel étaient totalement incapables de s'occuper de Gwendoline. Elles avaient tout à découvrir sur les soins à apporter à un bébé et n'avaient plus l'âge ni la motivation pour le faire. Alors que Margaux ressentait un véritable bonheur quand elle faisait la toilette de la petite fille ou lui donnait le biberon, la perspective de risquer un jour de devoir en faire autant leur apparaissait au mieux comme une désagréable contrainte et au pire comme un obstacle insurmontable. Elles avaient le plus grand mal à se projeter dans un futur où elles devraient côtoyer un enfant tous les jours du matin jusqu'au soir.
Après avoir veillé sur Gwendoline la première nuit, Angélique était revenue s'occuper d'elle les premiers jours qui suivirent. Elle ne put toutefois continuer à venir car elle avait été embauchée par un des coiffeurs les plus réputés de Clermont-Ferrand grâce à une attestation particulièrement élogieuse de son ancienne patronne du salon de coiffure de Vichy.
Malheureusement, Margaux ne pouvait espérer aucune aide de la part de Claire. Cette dernière faisait preuve de la plus totale indifférence vis-à-vis de Gwendoline. Margaux voulait croire que les choses pourraient s'arranger de ce côté-là car elle connaissait le tempérament maternel de Claire mais, en attendant, elle devait s'occuper toute seule de la petite.
Cependant, ce n'était pas ça le plus perturbant. A la limite, en s'organisant bien, elle arrivait à s'occuper de Gwen. Gwendoline, comme tous les bébés de cet âge, dormait beaucoup et faisait ses nuits. Comme c'était un bébé qu'on pouvait qualifier de facile et qu'on n'avait pas encore abordé le problème des petits pots, s'occuper d'elle n'était pas pour le moment une bien grande source de dérangement. En plus, Margaux, qui adorait la petite poupée, était ravie de s'en occuper et n'aurait cédé sa place pour rien au monde.
Le plus perturbant était l'état de Claire et son attitude vis-à-vis d'Alice et de Muriel. Le matin, elle était à peu près en forme et faisait preuve à leur égard d'une amabilité teintée d'indifférence mais, son état se dégradant progressivement en cours de journée, elle finissait par les ignorer totalement. Alice s'en accommodait d'autant plus facilement que, si elle appréciait beaucoup Claire, elle réservait à Margaux un amour quasiment maternel. Il n'en allait pas de même pour Muriel. Elle adorait Claire et souffrait de la situation. Elle avait cru pouvoir devenir un jour comme une seconde mère pour la jeune fille et en arrivait à se demander si elle pourrait même être simplement une vague confidente qu'on apprécie quand tout va bien mais qui passe au second plan quand un drame survient.
Margaux n'était pas victime de cette dégradation quotidienne de l'état de Claire. Disons plutôt que si elle en était victime, c'était pour des raisons inverses. Le matin, tout allait bien. Claire se comportait normalement et le binôme travaillait en harmonie et avec efficacité. L'après-midi par contre, au fur et à mesure que son état se dégradait, Claire devenait de plus en plus passive et dépendante de Margaux qui était obligée d'assurer une part de travail grandissante jusqu'à ce qu'elle s'aperçoive que Claire ne suivait plus du tout. Si la situation ne s'améliorait pas rapidement elles allaient rater ce premier trimestre.
Le salut vint à la fois du confinement et de la présence innocente de Gwendoline.
Fin octobre, devant l'ampleur de la reprise de l'épidémie, le gouvernement décréta un nouveau confinement. Contrairement à ce qu'on aurait pu espérer et malgré les prévisions alarmistes des experts, une partie de la population avait négligé de se préparer à cette nouvelle poussée de l'épidémie. Le résultat au niveau de la fac de médecine fut une totale désorganisation pendant une quinzaine de jours, désorganisation amplifiée par les informations tardives et contradictoires provenant d'une administration vite débordée. Une partie non négligeable des cours ne put être assurée ou ne put être enregistrée dans des conditions acceptables. Ceci contribua mécaniquement à amortir le retard que l'état de Claire provoquait dans leur travail.
L'incapacité d'Alice et de Muriel à s'occuper de Gwendoline obligeait Margaux à s'occuper seule du bébé. Comme elle adorait remplir ce rôle et qu'elle considérait que cela ne se limitait pas à la nourrir et à la garder propre, elle avait décidé de garder la petite près d'elle pendant la journée. Elle avait donc installé le landau dans le bureau à côté de la table sur laquelle Claire et elle travaillaient. Ce landau, bien utile, servait de deuxième lit lorsque Gwendoline dormait ou jouait avec ses joujoux d'éveil mais la petite passait aussi une partie du temps dans ses bras, ce qui ne lui facilitait d'ailleurs pas la tâche pour taper sur le clavier de sa tablette ou du Portable.
Au début, Claire ne sembla pas du tout intéressée par la présence du bébé. Elle se comportait comme s'il n'existait pas. Au bout d'un certain temps cependant, elle commença à observer Margaux quand celle-ci donnait le biberon à Gwendoline. Elle finit un jour par lui demander :
— J'ai remarqué que tu tournes le biberon chaque fois avant de le lui donner.
— Oui. C'est parce que l'ouverture dans la tétine est une fente. Le liquide coule plus ou moins fort selon que la fente est verticale ou horizontale où entre les deux. Si la fente est verticale, quand Gwen serre les lèvres, la fente devient un vrai trou et le lait passe facilement. Si la fente est horizontale, le lait passe beaucoup plus difficilement.
— Ah ! Pas bête !
— Là, elle est presque verticale. Bientôt, il faudra changer de tétine pour en avoir une avec une plus grande fente.
— Que tu mettras à l'horizontale.
— Tu as tout compris.
Les jours suivantes, ce fut non pas au biberon que Claire s'intéressa mais à Gwendoline. Elle faisait, comme en passant, des remarques sur sa sagesse ou sa gaité ou encore sur le fait qu'elle était mignonne. Et puis un jour, elle se mit à la caresser, d'abord du bout des doigts, comme avec timidité, puis plus franchement au fur et à mesure que les jours passaient. Margaux l'observait sans intervenir, préférant la laisser faire toute seule connaissance avec sa filleule car son intérêt pour Gwendoline allait de pair avec l'amélioration de son état sans qu'on puisse dire si l'un était la conséquence de l'autre.
Un matin, Margaux, comme à son habitude, était allée préparer le bain de Gwendoline avant d'aller la réveiller. Lorsqu'elle arriva devant la porte de la chambre de la petite fille, elle entendit le bruit d'un baiser suivi d'un cri puis de la voix de Claire en train de bêtifier complètement.
— AIE ! Dis donc, espèce de brute, tu appelles ça un bisou ? La boxe, c'est pour les vilains garçons. Quand tu seras une grande fille comme Tatie, tu feras la boxe aux vilains garçons s'ils veulent t'embêter. Hein ? tu feras la boxe comme Tatie ? Tu feras la boxe aux vilains garçons comme Tatie ? Gwen, elle fera la boxe comme Tatie ? Hein, ma chérie ! mais Tatie, elle veut pas embêter Gwen ! Tatie, elle veut juste faire des bisous à Gwen. Tu sais, Tatie, elle est comme toi. Tatie aussi, elle a perdu sa maman. On est toutes les deux pareilles. Mais, il ne faut pas être malheureuse. Nos mamans elles sont au ciel ensemble parce qu'elles aimaient toutes les deux Gwen très-très fort. Et puis, tu vas voir ! Tatie Margaux et Tatie Claire vont bien s'occuper de toi. Elles vont s'occuper de toi comme si elles étaient tes mamans. Elles seront tes nouvelles mamans. Elles seront… AIE ! Non ! Arrête ! Ça fait mal ! … C'est quoi cette odeur ?
— Ça, ça veut dire qu'il est temps que Tatie Margaux change la couche de Gwen, intervint Margaux en pénétrant dans la chambre. Ça tombe bien, j'ai préparé son bain.
— Je peux venir ?
— Bien sûr ! Tu vas voir ! C'est un moment magique.
Quand Margaux vit Claire couvrir de baisers le petit ventre rond de Gwendoline pendant que celle-ci agitait frénétiquement bras et jambes en riant de plaisir, elle comprit qu'elle allait dorénavant devoir partager. Elle en fut ravie car Claire rayonnait littéralement et tout indiquait qu'elle allait beaucoup mieux. Elles en eurent confirmation l'après-midi même car pour la première fois depuis leur retour de Prague elles purent travailler jusqu'à l'heure du dîner. Margaux était incapable de décider si Gwendoline était la cause ou le témoin de l'amélioration de l'état de Claire mais il ne faisait aucun doute que les deux étaient liés.
Le repas du soir se passa de manière moins triste que les semaines précédentes, même si Claire semblait encore psychologiquement convalescente. Son regard trahissait encore une certaine tristesse malgré ses efforts pour témoigner son affection à son entourage. Avait rapidement
Lorsque ce soir là elles allèrent se coucher Margaux eut de nouveau une bonne surprise. Depuis leur retour de Prague, la passivité de Claire lorsque Margaux tentait de lui faire l'amour et son incapacité à avoir le moindre orgasme malgré tous les efforts de cette dernière découragea rapidement celle-ci. Margaux avait l'impression de jouer avec une poupée gonflable et ça ne l'intéressait pas du tout et elle arrêta rapidement de faire la moindre tentative à ce sujet. Ce fut Claire qui dès qu'elles furent couchée entreprit de la caresser et de l'embrasser avec une passion retrouvée. Elles firent de nouveau l'amour comme elle ne l'avaient plus fait depuis la première fois dans le petit appartement de Claire
Convaincue que Gwendoline était pour quelque chose dans la renaissance de sa marraine, Margaux décida au bout de quelques jours de laisser à Claire le soin de s'occuper toute seule de Gwendoline mais celle-ci refusa catégoriquement.
— Nous sommes en couple ; nous sommes officiellement fiancées et, je l'espère, un jour mariées. Ce que je ressens pour Gwen, c'est ce que tu ressens toi aussi, je le vois bien. Ça va bien au-delà du sens du devoir. Je ne veux pas que nous nous occupions d'elle alternativement comme si c'était une tâche à se répartir ; je veux que nous nous occupions d'elle ensemble. Je veux que ce soit un bonheur partagé. Je ne sais pas si nous serons un jour obligées de laisser d'autres personnes prendre soin de Gwen à notre place, mais, en attendant, c'est notre enfant. Tu n'es pas d'accord ?
— Si ! et, si tu veux savoir, ça me fait infiniment plaisir de t'entendre dire ça.
Il suffit de quelques jours pour que Claire retrouve tout son allant. Penser à sa mère continuait et continuerait encore longtemps à la rendre triste mais, entre leurs études et la présence de plus en plus envahissante de Gwendoline, elle n'avait guère le temps d'y penser. Quant aux nuits, Margaux se faisait un plaisir de les animer avant qu'elles ne s'endorment comblées dans les bras l'une de l'autre.
Muriel, qui avait été la principale victime de la crise dépressive de Claire, fut la principale bénéficiaire de la fin de celle-ci. Elle accepta la chose avec simplicité mais elle avait d'autant plus souffert de l'éloignement affectif de la jeune fille qu'elle s'était dépensée sans compter pour l'aider lors de leur aller-retour épuisant en république Tchèque et de leur séjour stressant à Prague. Elle n'avait pas compris pourquoi Claire semblait indifférente, voire hostile depuis leur retour. Claire en avait conscience. Une autre à sa place aurait peut être tenté d'éluder ce problème mais elle estima que Muriel ne le méritait pas.
— Ma Mamounette chérie, je ne t'ai pas très bien traitée ces derniers temps et tu aurais bien des raisons de m'en vouloir, lui dit-elle un jour en la prenant dans ses bras.
— Ce n'est pas grave, murmura la vieille dame. Tu as reçu un grand choc.
Claire la fit s'asseoir avec elle sur la banquette du séjour et la maintint serrée contre elle.
— Moi, je trouve que c'est grave. J'ai honte de l'ingratitude dont j'ai fait preuve à ton égard.
Comme Muriel se taisait, ne sachant que répondre, elle enchaîna :
— Vois-tu, ces derniers mois, en fait depuis le début de l'année, mes relations avec ma maman ont été difficiles. J'ai eu des raisons de lui en vouloir de son attitude vis-à-vis de Margaux et aussi d'une jalousie hors de propos à votre égard. J'ai fait des efforts pour que les choses s'arrangent entre nous mais nos relations n'étaient plus comme avant, gâchées qu'elles étaient par une tension quasi permanente. Une certaine distance s'est établie entre nous alors qu'au contraire ton attitude affectueuse et désintéressée me rapprochait de toi et j'ai fini par te préférer à elle ou en tout cas par préférer ta tendresse et ta sérénité. Quand j'ai appris sa mort, j'ai ressenti un choc épouvantable accompagné d'un terrible sentiment de culpabilité. J'ai complètement perdu les pédales au point de t'en vouloir, comme si c'était de ta faute si je m'étais mise à moins aimer ma mère. Alors, je te demande pardon de t'avoir fait de la peine. Je t'aime autant qu'avant et, peut-être même mieux. J'espère que c'est réciproque, même si je ne le mérite pas.
— Ce que tu viens de me dire me prouve que tu le mérite, ma chérie. Tu es une jeune femme honnête et c'est une qualité que j'apprécie particulièrement chez toi. Alors, ne perd pas ton temps en de vains regrets. La vie continue et c'est à ton avenir que tu dois penser, pas au passé. Moi, en tout cas, c'est ton avenir qui m'intéresse.
Claire, ayant retrouvé tous ses moyens, se remit tout naturellement à prendre en main l'organisation de leur vie quotidienne. Elle avait conscience de la difficulté de faire cohabiter trois générations condamnées à rester enfermées la plupart du temps et s'efforçait de trouver des solutions propres à éviter les conflits. Naturellement, la présence de Gwendoline ne facilitait pas les choses.
Finalement, ce fut surtout la bonne volonté des occupantes et l'affection profonde qui les liait qui leur permirent de faire les efforts nécessaires pour vivre ensemble de manière satisfaisante.
*****
La situation de Gwendoline n'était pas claire. Les documents que le consulat avait remis à Claire lui attribuait clairement la responsabilité de ramener Gwendoline en France et indiquaient Clermont-Ferrand comme lieu de destination. Cependant, il n'était indiqué nulle part ce qu'elle devait faire du bébé une fois arrivée à Clermont-Ferrand. Devait-elle le garder jusqu'à ce qu'on vienne le lui réclamer ? Devait-elle le signaler à l'aide sociale où aux affaires familiales ? Margaux, comme à son habitude, penchait pour la solution la plus simple : Ne rien faire en espérant qu'on les oublierait. Lorsqu'elle exprima son opinion, elle fit bondir Claire.
— Est-ce que tu réalises ce que tu dis ?
Margaux devin toute rouge et balbutia :
— Ben, si personne n'est au courant…
— Ah oui ? Et les vaccinations obligatoires ? Et les visites chez le pédiatre ? Et l'entrée en maternelle ?
— Excuse-moi, je crois que j'ai dit une bêtise.
— Oui ! Je confirme ! Si on ne devait garder Gwen que quelques mois, ton idée se défendrait, encore qu'il y aurait tout de même des démarches à faire, ne serait-ce qu'auprès de mon frère.
— Comme je suppose que tu as déjà réfléchi à la question, tu as sans doute déjà un plan ?
— Non, pas du tout ! Pour avoir un plan, il faut d'abord savoir dans quel contexte on se situe et ensuite, ce que dit le droit.
— Qu'entends-tu par contexte.
— Je parle du contexte humain. Quelles sont les personnes concernées ? Que veulent elles ou même que peuvent-elles ? Quels sont leurs droits et leurs devoirs ? Peut-être que certaines ne sont même pas au courant de la situation et il faudra qu'elles le soient.
— C'est bien compliqué, tout ça !
— Oui et c'est pour ça qu'il y a des juges aux affaires familiales.
— On essaye de dresser la liste des personnes qu'on connaît déjà ?
— Ça sera un bon début.
— Alors, en premier David.
— En second, mon papa.
— D'accord ! Ensuite, toi.
— Et toi.
— Pourquoi moi ?
— Tu ne te sens pas concernée ?
— Si, bien sûr mais c'est surtout sur le plan affectif.
— Sauf que tu t'occupes d'elle au moins autant que moi et que peut-être un jour, on sera amenées à l'adopter. Si ce n'est pas être concernée, je ne vois pas qui l'est.
— Mam… Mamie ? C'est drôle ! J'ai de plus en plus tendance à l'appeler maman.
— Je doute que ça la dérange. Donc Mamie et Mamounette. Ce sont elles qui payent actuellement. C'est très généreux de leur part mais ça ne pourra pas durer éternellement.
— Henri et Angélique ?
— Non, ils ne sont pas vraiment concernés. Henri peut-être si on devait réunir un conseil de famille. Ma tante, par contre peut nous aider, voire nous pistonner puisqu'elle est juge aux affaires familiales.
— Bon ! Je crois qu'on a fait le tour des gens qu'on connaît. Il reste maintenant la famille de Laura.
— Là, on n'a aucune info. On ne sait même pas si ses parents sont encore en vie et on ignore si elle a des frères et sœurs. Il va falloir qu'on enquête. On va déjà téléphoner à papa pour qu'il se renseigne auprès de David. Mais d'abord, j'aimerais savoir comment tu verrais dans l'idéal notre avenir avec Gwen.
— Pour moi, c'est très clair. Dans l'idéal, nous sommes mariées et nous adoptons Gwen. Et je te le dis carrément : Si pour ça, il faut que j'arrête mes études de médecine, je n'hésiterai pas à le faire.
— Je ressens exactement la même chose. D'ailleurs, je vais peut-être devoir arrêter mes études. Si David ne peut plus travailler, papa va devoir le prendre en charge financièrement et comme maman n'est plus là, il ne pourra sans doute plus me payer mes études avec des revenus diminués de moitié.
— On pourrait essayer de passer les concours pour entrer dans l'administration. On se ferait une petite vie tranquille et on aurait le temps de s'occuper de Gwen.
— Pour l'instant, on n'en est pas là. Je vais commencer par téléphoner à papa pour prendre des nouvelles. Je l'appellerai vers treize heures. Il sera en train de manger.
A treize heures, après s'être excusées auprès d'Alice et de Muriel, elles se levèrent de table et allèrent s'enfermer dans le bureau. Tandis que Margaux donnait son biberon à Gwendoline, Claire composa le numéro du portable de son père. Celui-ci répondit immédiatement.
— Bonjour, ma chérie ! Comment vas-tu ?
— Très bien, papa ! Je venais prendre des nouvelles.
— Je vais bien. Évidemment, je me sens un peu seul. Il faut que je m'habitue à l'absence de ta maman.
— Mon pauvre papa, dès que le confinement sera levé, on viendra te voir à Montluçon.
— Ça me fera très plaisir. Et ça fera aussi plaisir à David. Il va venir s'installer ici, figure-toi.
— Il pourra se déplacer en plein confinement ?
— Oui ! Ça fait partie des dérogations.
— Ça n'est pas un peu tôt ?
— De toute façon, on ne lui a pas laissé le choix. L'hôpital a besoin de récupérer des lits à cause du Covid. Mais il faut voir le bon côté des choses : Ça va me faire de la compagnie.
— Ça ne va pas te poser des problèmes financiers ?
— Je suppose que tu te demandes si je vais encore pouvoir payer tes études ?
— Eh bien, j'aimerai surtout savoir comment m'organiser.
— Je comprends. Pour l'instant il n'y a pas de problème. Ta maman et moi, avions souscrit chacun une assurance vie au profit de l'autre. Ça devrait largement suffire pour continuer à payer tes études.
— Et pour David ? Ça se passe comment pour lui sur le plan financier ?
— Pour l'instant, son séjour à l'hôpital est pris en charge par la sécurité sociale et sa mutuelle. Ensuite, il touchera des indemnités journalières pendant un certain nombre de mois avant de toucher une pension d'invalidité.
— Est-ce que les médecins pensent qu'il pourra marcher de nouveau un jour ?
— Non ! C'est très clair. La moelle épinière a été atteinte. C'est irréversible.
— Pauvre David ! Comment est-ce qu'il prend la chose ?
— Bien mieux que je ne le craignais ! Je suis très fier de lui ! Il a déjà repris contact avec son employeur et va sans doute continuer à travailler pour sa société comme développeur. On n'a pas besoin de jambes pour écrire des programmes informatiques et c'est un des domaines qui se prêtent le mieux au travail à domicile.
— Il se souvient de ce qui s'est passé pour l'accident ?
— David avait décidé d'aller voir Laura à Prague. Il espérait pouvoir la convaincre d'accepter que Gwendoline vienne passer de temps en temps quelques jours de vacances avec lui à Montluçon. Ta mère a voulu absolument l'accompagner car elle pensait qu'il ne serait pas capable de négocier face à Laura. David n'a pas osé refuser et je dois avouer à ma grande honte que moi non plus. Tu connais ta mère : Quand elle a décidé quelque chose, il est très difficile de la faire changer d'avis. Tu vois, j'ai encore du mal à parler d'elle au passé.
Sa voix s'étrangla et il se tut. Elles n'entendirent plus que quelques halètements.
— Papa ? Tout va bien ?
— Evidemment que non ! Bref ! ils revenaient de l'aéroport où Laura était venue les chercher. Au lieu de faire preuve de diplomatie, Julie a attaqué bille en tête en accusant Laura d'avoir trahi sa confiance. Bien entendu, Laura s'est rebiffée et elles ont commencé à se disputer dans la voiture. Du coup, Laura, distraite par leur dispute, a laissé la voiture se déporter sur la gauche et, malgré une manœuvre désespérée, celle-ci est venue percuter un camion qui venait en face. Tu connais le bilan : Julie et Laura tuées sur le coup et ton frère et le conducteur du camion grièvement blessés. On peut épiloguer sur les responsabilités de chacun mais, je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça, c'est tout de même bien cher payé pour un bébé.
— Justement, je voulais te parler de Gwendoline.
— Gwendoline ? Pour elle, c'est très simple ! TU TE DÉMERDES ! Moi, je n'ai pas le temps de m'en occuper. Tu as la chance de pouvoir faire de bonnes études sans être obligée de chercher de quoi les payer et tu as même une voiture. Alors, le moins que tu puisses faire, c'est de mettre la main à la pâte. Après tout, je te rappelle que c'est ta filleule. Tu es censée aider ses parents s'ils ont des difficultés pour l'élever. Moi j'ai bien assez à faire avec David, sans compter mes patients qui râlent parce-que je les ai laissés tomber et ceux de Julie qui font le siège du cabinet pour que je m'occupe d'eux. Maintenant, tu m'excuseras mais je vais devoir te laisser. Ma journée est loin d'être terminée.
Claire regarda Margaux complètement déstabilisée.
— Tu as vu comme il m'a envoyé balader ?
— On a quand même eu des informations intéressantes, répondit la blondinette avec philosophie.
— Et puis, ce n'est pas lui qui viendra nous embêter à propos de Gwen, rajouta Claire, un peu dépitée quand même.
— Mais, ce n'est pas lui non plus, apparemment, qui nous donnera de quoi nous occuper d'elle.
— Oui ! Il va falloir faire avec ce que nous avons. Par contre, il faut qu'on s'organise rapidement avec David. Il faut absolument qu'il régularise la situation de Gwen vis-à-vis des impôts et de la sécurité sociale. Il est son seul parent, maintenant. La situation actuelle de Gwen est totalement anormale.
Elles changèrent la couche de Gwendoline avant de la coucher dans le landau puis se rendirent dans la cuisine pour participer à la vaisselle et prendre leur café. Elles en profitèrent pour tenir Alice et Muriel au courant de leur conversation téléphonique avec Jérôme Lefront. Quand elles en arrivèrent à la fin de non-recevoir de ce dernier à propos de Gwendoline, Claire conclut.
— On va être obligées de gratter sur la somme que papa me vire mensuellement sur mon compte. On achètera moins de bouquins, voilà tout. Enfin pour l'instant.
— Ah non, alors ! Protesta Alice. Je n'adopte pas Margaux pour qu'elle rate ses études. Ma fille aura tous les livres dont elle aura besoin.
Muriel approuva chaudement.
— Le plus simple, c'est qu'on ne change rien. Vous vous occupez de Gwendoline et nous, nous occupons de nourrir tout le monde. Par contre, je suis d'accord avec Claire. Je veux, ou plutôt nous voulons bien, Alice et moi faire l'avance des frais de santé de la petite mais ce serait idiot de ne pas se faire rembourser par la Sécurité sociale. Il faut que ton frère David régularise sa situation aussi rapidement que possible.
— C'est vraiment adorable de votre part car rien ne vous oblige à faire tout ça. Vous faites déjà beaucoup pour nous.
— Ce n'est pas la peine de dire à quelqu'un qu'on l'aime si on n'est pas capable de l'aider quand il en a besoin. Et puis, vous embellissez nos vieux jours, alors nous n'avons pas du tout envie de gâcher la chose.
— Ni nous d'en abuser. Bon ! Je ne pense pas qu'il soit très commode de faire quoi que ce soit avant la fin du confinement mais je vais envoyer un mail à David et à Papa pour leur préciser ce que nous aurions besoin qu'ils fassent pour Gwen.
De retour dans le bureau, les deux jeunes femmes entreprirent la rédaction du mail. Claire avait tenu à ce qu'elles le conçoivent toutes les deux et le rédigent au pluriel car, si sur le plan juridique et administratif, c'était elle qui était en première ligne pour le moment, elle voulait qu'il soit clair dès le départ qu'elles étaient concernées toutes les deux au même titre.
Cher papa, cher David,
Suite à notre dernier coup de fil, il nous a paru nécessaire de faire le point sur la situation de Gwendoline. Papa a exprimé de manière véhémente son désir de ne pas avoir à se charger de sa petite fille, tant sur le plan financier que sur le plan matériel. Qu'il se rassure, nous nous ”démerdons” comme il nous le demande et, depuis notre retour de Prague nous entourons notre petite Gwen de tous les soins et de tout l'amour dont elle a besoin. Rassure-toi, David chéri, elle est entre les meilleures mains. C'est avec joie que nous nous occupons d'elle, que nous nous en occuperons tant que cela sera nécessaire et même, pourquoi pas, plus longtemps encore. Il n'en reste pas moins qu'un certain nombre de problèmes sont à régler rapidement. Nous en voyons trois pour l'instant.
Le premier problème, dont dépend la résolution de tous les autres, c'est celui de ton identification définitive comme seul responsable de Gwendoline, étant donné que tu es son père et que sa mère est décédée.
Le deuxième est la mise à jour de ta carte vitale, afin que les soins (pédiatrie, vaccins…) de Gwen soient remboursés par la sécurité sociale. Idem pour ta mutuelle si tu en as toujours une.
Le troisième est un document ressemblant à celui qui a été fourni à ton père par le consulat à Prague et qui lui attribuait la responsabilité provisoire de Gwen. Il annulera ce dernier et précisera que c'est à moi, ta sœur qu'est attribuée dorénavant cette responsabilité.
Comme vous le voyez, nous ne fuyons pas nos obligations familiales. Nous nous contentons de réclamer les outils dont nous avons besoin pour les remplir. Vous remarquerez que nous ne réclamons rien sur le plan financier. Nos deux adorables protectrices ont en effet décidé de compléter, chaque fois que ce sera nécessaire, les ressources dont Papa continue à me gratifier, ce dont nous lui sommes tout à fait reconnaissantes.
Nous vous joignons une vue de la pièce transformée en nursery et entièrement dédiée à notre petite chérie. C'est la grand-tante et mère adoptive de Margaux qui l'a entièrement équipée à ses frais pendant notre séjour à Prague.
Nous vous embrassons très fort tous les deux.
Claire et Margaux. ”
Le soir même, elles reçurent une première réponse de Jérôme Lefront.
”Chères toutes deux,
J'espère que Claire ne m'en veut pas trop de ma réaction un peu brutale de tout à l'heure. Je suis très énervé et passablement fatigué ces derniers temps. Il n'en reste pas moins que je me vois très mal m'occuper d'un bébé alors que j'ai déjà du mal à m'occuper à la fois de David et de mes propres affaires. Je compte donc sur vous pour veiller sur Gwendoline. Pour ce qui est des points que vous soulevez dans votre courrier, je pense que David aura à cœur de s'en occuper rapidement dès son arrivée à Montluçon.
Bisous à toutes les deux,
Jérôme, Papa
Ps : Tu sais, Claire, tu peux écrire à la première personne du singulier. J'ai bien compris que tu le fais ou nom de vous deux.”
Le lendemain matin, elles reçurent un bref message de David.
”Merci beaucoup de votre message et, surtout, merci beaucoup de vous occuper si bien de Gwendoline. Dès que je serai installé à Montluçon, je m'occupe de régulariser notre situation. J'espère vous voir très vite avec Gwendoline dès que ce p… de confinement sera terminé.
Je vous embrasse toutes les deux,
David ”
*****
Bloquées par le confinement, elles ne purent se rendre à Montluçon que le week-end précédant la Noël.
Lorsque Claire aperçut David, elle dût faire appel à toute sa volonté pour ne pas fondre en larmes. David portait encore les stigmates de son accident. Son visage émacié et ses cheveux poivre et sel lui donnaient l'allure d'un petit vieux. Il avait dû perdre au moins une quinzaine de kilos. Margaux, percevant le trouble de sa compagne, se précipita vers le garçon pour lui faire une grande démonstration d'affection et laisser ainsi le temps à Claire de se composer un air plus serein. Après l'avoir embrassé avec effusion, elle lui présenta sa fille.
— Regarde comme elle a bien profité ! Tu dois la trouver changée. Tu sais, on s'en occupe bien, Claire et moi. Elle est comme un coq en pâte ! Tu veux la prendre dans tes bras ?
— Je ne préfère pas. J'aurais peur de la faire tomber.
Lorsqu'elle estima qu'elle en avait assez fait et que faire plus serait en faire trop, elle se recula discrètement pour laisser la place à Claire. Celle-ci , profondément émue, se pencha sur son frère et le serra dans ses bras tout en l'embrassant tendrement.
— Oh mon David ! J'ai eu tellement peur de te perdre, toi aussi ! Mon David chéri ! Tu as l'air encore bien fatigué. Comment vas-tu ?
— Je progresse, tu sais. Maintenant, je peux rester assis plusieurs heures et hier, j'ai même réussi à me déplacer avec mon fauteuil. Le kiné dit qu'à ce rythme, je pourrais bien être autonome d'ici un mois. Bien sûr, pas pour me lever.
— Je suppose que de nos jours, existe des tas de dispositifs pour les gens qui, comme toi ne peuvent pas se servir de leurs jambes ?
— Oui, mais il faut d'abord que je me refasse des muscles. Quand on ne peut plus utiliser ses jambes, il faut compenser en musclant son torse et ses bras.
— Tu as du courage.
— Ce n'est pas du courage, c'est du réalisme. Si je veux avoir une vie qui vaille la peine d'être vécue, il faut que je me fixe des objectifs. J'en ai deux : être autonome sur le plan physique et être autonome sur le plan financier. Je vais être très occupé ces prochaines années mais c'est ça ou bien mourir à petit feu en regardant la télé.
— Tu vas garder ton boulot ?
— Je vais conserver un emploi mais pas comme avant. Je ne peux plus être chef de projet. Je ferai simplement des développements en télétravail. Mais, c'est déjà pas mal et, avec une pension d'invalidité, je devrais m'en sortir. Les développeurs informatique ont toujours été bien payés.
— Si tu as besoin d'aide, n'hésite pas à m'en parler.
David regarda sa sœur avec un petit sourire moqueur.
— Je pense qu'il y a une chose que vous pourriez peut-être faire toutes les deux sans trop rechigner.
— Laquelle ?
— Continuer à vous occuper de Gwendoline.
Avec un bel ensemble, les deux jeunes filles devinrent écarlates mais David reprit son sérieux.
— Je me moque gentiment de vous, mais je dois dire en toute honnêteté que ça m'arrange bougrement que vous vous occupiez d'elle. Ce qui m'ennuie par contre, c'est que je n'ai pas pour l'instant les moyens de participer financièrement à son entretien. Mais dès que ma situation sera régularisée je réserverai à Gwendoline une somme que j'augmenterai progressivement. Et puis, viendra un jour où je vous libérerai de la charge de ma fille, mais je suis incapable de dire quand cela arrivera.
— Tu sais, objecta Claire, ça risque d'être un vrai traumatisme pour Gwen si on la change de famille au bout de cinq ou six ans. Tu nous vois lui expliquer que les personnes qui se sont occupées d'elle depuis des années l'abandonnent au profit d'une autre qu'elle connaît à peine ?
— J'en suis conscient mais je ne vois pas le moyen de faire autrement.
— Moi, j'en vois un. Répondit doucement Claire.
— Lequel ?
Ce fut Margaux qui répondit à la place de Claire.
— Nous garderions Gwen définitivement.
— A quel titre ?
Claire reprit la parole.
— En tant que mères, au pluriel car nous l'adopterions toutes les deux. Nous allons bientôt nous marier.
— Vous voudriez me priver de ma fille ?
— Pas du tout ! Ce serait une adoption simple. Tu ne serais pas privé de tes droits paternels. Tu pourrais avoir ta fille auprès de toi tout ou partie des week-end et des vacances selon tes contraintes, mais c'est nous qui assurerions son éducation au quotidien. Au lieu d'être traumatisée par une rupture affective, elle aurait une petite vie tranquille et la chance d'avoir un papa et deux mamans qui s'entendent le mieux du monde.
— Il faut que j'y réfléchisse. Pour l'instant on va se contenter d'un transfert de responsabilité mais, je vais y réfléchir.
— Tu as pu avancer sur les divers sujets dont je t'avais parlé ?
— Oui ! Gwendoline est officiellement sous ma seule responsabilité. J'ai fait mettre à jour ma carte vitale et ma mutuelle. Pour le transfert de responsabilité, j'ai une autorisation mais provisoire.
— Pourquoi ?
— Il faut qu'un conseil de famille se réunisse pour approuver le transfert.
— C'est quoi, ce conseil de famille ?
— C'est un groupe de gens qui ont des droits sur la personne qui fait l'objet du transfert.
— Il est composé de qui ?
— C'est bien là, le problème. Il peut être composé de moi-même, de Papa, de toi, mais aussi des parents et/ou des frères et sœurs de Laura. Le problème, c'est que Laura ne m'a jamais parlé de sa famille.
— On va peut-être devoir faire appel à un détective.
Jérôme Lefront intervint.
— J'ai au garage un grand carton rempli à ras-bord de papiers administratifs et de factures appartenant à Laura.
— D'où ça sort ?
— C'est le consulat qui me les a envoyés. Ils ne savaient pas quoi en faire et ils ont pensé que David saurait. Ça provenait du logement que Laura louait. L'agence qui gérait le logement avait récupéré tous ces papiers en le vidant après le décès de Laura.
— Ça doit être une véritable mine d'or ce carton ! Ça vous dérangerait de nous, le confier ? Margaux et moi, on est en vacances. On pourrait en profiter pour dépiauter tout ça. On vous tiendra au courant et on vous rendra tous les papiers après les avoir classés et après avoir photocopié ceux qui concernent notre problème. Ensuite, on décidera ensemble ce qu'on fait.
XXIII LA DELEGATION
Dès le lendemain de leur retour, elles se mirent au travail directement sur la moquette de leur chambre. Gwendoline dormait sagement au milieu de leur lit, à portée de main et de regard. Après avoir survolé le contenu du carton, elles décidèrent de répartir les documents dans quatre boîtes de classement : une pour tout ce qui était de l'ordre du commercial ou du financier, une pour l'administratif, une pour la situation familiale et une pour tout le reste.
Dans les deux premières boîtes, les documents relatifs à une entreprise ou à un organisme étaient regroupés dans une même chemise avec en tête tout ce qui était du type contrat et courrier trié par date suivi des documents financiers eux aussi triés par date. Les documents de type familiaux, peu nombreux et difficiles à classer étaient directement mis dans la troisième boîte sans ordre particulier. C'était là qu'elles allaient trouver ou non les informations dont elles avaient besoin pour identifier les membres de la famille de Laura susceptibles de faire partie du conseil de famille voire d'en contester les décisions.
Décrire précisément ce qui était destiné à aller dans la dernière boîte était impossible et le titre de cette quatrième boîte ne pouvait être que ”divers” ou ‘'autres''. Après avoir terminé leur classement, elles ressortirent tous les documents de chacune des trois premières boîtes qui leur parurent dignes d'intérêt et les photocopièrent en plusieurs exemplaires. Ensuite, elles regroupèrent les photocopies des divers documents en faisant un usage intensif de l'agrafeuse et d'un paquet de trombones, se chamaillant de temps en temps pour distinguer ce qui ressortait de l'agrafeuse de ce qui nécessitait l'usage d'un trombone. Une fois tout ceci terminé, elles allèrent ranger dans un coin de leur chambre le carton et les quatre boîtes empilées l'une sur l'autre.
Elles se préparaient à descendre rejoindre Alice et Muriel dans le séjour lorsque Margaux se retourna vers la pile des boîtes en hésitant puis, se dirigeant vers elle, s'empara de nouveau de la quatrième boîte ; celle sur laquelle était écrit ”divers”.
— Il y a un problème ? demanda Claire.
— Quelque chose à vérifier.
Margaux chercha quelques instants dans le fouillis contenu dans la boîte puis, avec une exclamation de satisfaction en retira une enveloppe qu'elle examina quelques instants avant de la brandir triomphalement.
— Je me disais bien que cette enveloppe était bizarre.
— Qu'est-ce qu'elle a de bizarre ?
— Ce n'est pas une lettre que Laura a reçue. C'est une lettre qu'elle a écrite.
— Et alors ?
— Mais, elle ne l'a pas envoyée.
— Et alors ? insista Claire.
— Elle a écrit une lettre à ses parents mais ne la leur a pas envoyé.
— Elle n'a pas dû avoir le temps.
— C'est une vieille enveloppe.
— Elle a dû changer d'avis.
— Alors pourquoi elle ne l'a pas jetée ?
— Je n'en sais rien, moi ! elle a dû oublier !
— Sans répondre, Margaux sortit une feuille de papier de l'enveloppe qui n'était pas fermée. Claire protesta.
— C'est très indiscret, ce que tu fais là !
Malgré la protestation de Claire, Margaux était décidée à satisfaire sa curiosité. Elle commença à lire la lettre, mais petit à petit, son visage se décomposa et elle termina sa lecture en tendant la missive sans un mot à Claire. Elle avait l'air bouleversée et une larme perlait au coin de ses yeux. Claire s'empara de la lettre et la lut à son tour, mais à voix haute.
— ”Cher papa, chère maman,
Je me sens un peu ridicule de commencer cette lettre avec des qualificatifs qui correspondent si peu à la réalité des sentiments qui nous lient. Mais , puisqu'il convient de respecter les formes, donc, cher papa, chère maman,
Si vous recevez ce courrier, ça voudra dire que j'ai réussi à l'écrire jusqu'au bout. J'espère que, de votre côté, vous consentirez à le lire jusqu'au bout mais rien n'est moins sûr. Il a donc de grandes chances de rester inachevé au fond d'un tiroir ou bien à la poubelle.
Aujourd'hui, je fête un anniversaire !
Il y a deux ans, alors que j'avais tout juste dix-huit ans, j'ai quitté la prison pour femmes de Rennes après y avoir été ”accueillie” six mois pour vol avec effraction. Je pense que pour fêter ça, je vais aller ce soir me saouler dans un bar avant de me trouver un autre paumé pour partager un verre et mon lit. Vous êtes d'ailleurs au courant de ma situation; enfin pour la prison seulement, vu que vous ne m'avez pas donné le moindre signe de vie en deux ans et demi.
En prison, on apprend des tas de choses ; par exemple, comment éviter de se faire violer pendant les séances de douches collectives, mais ça, malheureusement, je ne l'ai pas appris tout de suite. Je vous raconte ça à titre d'exemple, mais je doute que cela vous préoccupe d'avantage qu'à l'époque .De toutes ces choses que j'ai apprises j'ai au moins tiré une leçon : Si tu n'es pas assez maligne pour éviter de te faire piquer, reste du bon côté.
Lorsque l'avocat commis d'office a daigné me consacrer une petite heure, il m'a demandé si j'étais une enfant battue. Comme ce n'était pas le cas, il s'est contenté de plaider l'indulgence du tribunal. Sa plaidoirie n'a pas duré plus de cinq minutes. Ça m'a paru tellement grotesque que je n'ai pu m'empêcher d'en rire, ce qui n'a d'ailleurs pas arrangé mon cas.
Si ce con avait daigné s'occuper réellement de mon cas, il aurait peut-être compris que si je n'avais pas été une enfant maltraitée, c'était parce que je n'avais pas été une enfant traitée du tout ; et ça, je peux dire que c'est une sacrée circonstance atténuante. Je crois que si j'avais reçu un jour une paire de baffes j'aurais au moins eu l'impression d'exister. Le chien existait à vos yeux ; pas moi.
Maintenant, au bout de deux ans, je réussis peu à peu, non pas à me reconstruire, mais à me construire tout court. Je crois même que j'arriverai à vivre normalement. Et j'ai un exemple extraordinairement convaincant de ce qu'on ne doit pas faire à un enfant. J'ai donc décidé ”… La lettre s'arrêtait là.
Claire se tut et un long silence s'établit entre elles puis Margaux se mit à soliloquer en complétant les derniers mots de la lettre :
— J'ai donc décidé … que j'aurais un jour un enfant … et qu'il ne connaîtrait jamais la vie que j'ai connue. Ne t'en fais pas, Laura, cet engagement que tu ne pourras pas tenir, nous le tiendrons pour toi.
— Et pour cela, rajouta Claire, cette lettre pourrait bien nous aider. On va la garder et on va même en faire des photocopies.
Margaux ne pouvait s'empêcher de repenser à la discussion qu'elle avait eue avec Laura au début du mois de juin.
— Tu sais, quand j'ai parlé avec Laura au début du mois de juin ; je t'en avais parlé à l'époque.
— Oui, je me souviens. Elle t'avait tenu des propos bizarres, comme quoi elle voulait neutraliser ton influence sur mes parents, ou quelque chose comme ça.
— Ce n'est pas tout à fait ça, mais peu importe. Ce qui me tracasse, par contre, c'est la réaction qu'elle a eue quand j'ai été amenée à lui révéler que mes parents m'avaient reniée. Elle a voulu me dire quelque chose et puis, elle s'est reprise et elle n'a rien dit en définitive.
— Et alors ?
— Je ne sais pas, mais je me demande si elle ne voulait pas me dire qu'on était un peu pareilles, toutes les deux.
— Tu es sûre que tu ne te fais pas un roman ? Et puis de toute façon, qu'est-ce que ça change ? Vous n'êtes pas du tout pareilles. Vous êtes même aux antipodes l'une de l'autre. La seule personne à laquelle tu ressembles un peu du point de vue caractère, c'est Angélique. Bon ! Il est temps de descendre. Muriel et Alice doivent se demander ce qu'on fait.
Lorsqu'elles racontèrent le travail de tri qu'elles avaient effectué, la réaction de leurs deux aînées fut l'étonnement.
— C'était à vous de faire tout ça ?
— Il fallait bien que quelqu'un le fasse. On a besoin de savoir si Laura avait encore ses parents ou des frères et sœurs. On a besoin d'un conseil familial pour pouvoir continuer à nous occuper de Gwen.
— Ça paraît bien compliqué ! remarqua Muriel.
— C'est David qui nous a dit que ça marche comme ça.
— Moi, je crois que vous devriez vous renseigner auprès de quelqu'un qui s'y connaît.
— Il y a bien ma tante.
— Qu'est-ce qu'elle fait ?
— C'est la maman de Henri. Elle est juge aux affaires familiales à Vichy.
— Elle doit bien connaître le sujet, alors. Tu devrais lui demander conseil.
— Tu as raison. Je vais lui téléphoner en fin d'après-midi.
*****
Comme il faisait particulièrement beau ce jour-là, elle décidèrent de faire faire une promenade à Gwendoline dans les rues du quartier et le petit parc qui se trouvait quasiment en face de la villa. Chaque fois qu'elles s'y rendaient, elles étaient saluées par le mendiant qui campait à l'entrée et auquel elles donnaient une pièce après avoir échangé quelques banalités. C'était devenu une tradition. Elles croisaient toujours les mêmes habitués, personnes âgées ou au contraire jeunes mamans accompagnées de leur bambin. Elles étaient plutôt bien acceptées dans l'ensemble, la présence de Gwendoline leur conférant une certaine respectabilité.
La petite fille était maintenant dans son septième mois et se portait comme un charme. Ses deux mamans adoptives qui étaient littéralement en adoration devant elle surveillaient étroitement taille, poids et tour de tête, s'extasiant chaque fois qu'il leur semblait qu'elle prenait de l'avance sur la moyenne indiquée sur le carnet de santé et supportant avec bravoure les pleurs de la petite fille quand il fallait l'emmener chez le pédiatre. Elles commençaient même à se chamailler à propos de la marque et du contenu des petits pots qu'elles commençaient à lui donner à la place ou en plus des biberons habituels.
Gwendoline commençait à tenir assise . Son landau se retrouva donc rapidement exilé au grenier au profit d'une poussette canne beaucoup moins encombrante. Elle commençait aussi à explorer son environnement immédiat en rampant sur le ventre lorsqu'elle était posée par terre sur la moquette de sa chambre où de celle du jeune couple. L'achat d'un ou deux parcs allait bientôt être nécessaire.
Elles tenaient chacune une poignée de la poussette canne et Claire avait passé son bras gauche autour de la taille de Margaux. Elle portait alternativement le même regard attendri sur sa compagne et sur sa nièce. Elle resserra son bras et se pencha vers Margaux pour l'embrasser tendrement.
— Quand je pense au chemin parcouru en un an ! L'an dernier à la même époque, nous n'étions même pas fiancées et nous faisions du jogging le long du Cher. Aujourd'hui, nous vivons maritalement et nous nous promenons bourgeoisement avec une poussette canne dans laquelle gazouille celle qui sera peut-être un jour notre premier enfant.
Elle avait l'air tellement heureuse que Margaux n'eut pas le cœur de lui rappeler les nombreux drames qui avaient parsemé leur trajet pour en arriver là. Le bonheur, ça ne se justifie pas ; ça se déguste.
Vers dix-neuf heures trente, avant le repas du soir, elles se rendirent dans le bureau pour téléphoner à la maman d'Henri.
— Allo, Tatie ? C'est Claire !
— Bonjour, ma grande ! Comment vas-tu ?
— Je vais bien. Et tonton et toi, comment allez-vous ?
— Bien ! Nous avons Henri et Angélique à la maison. Ils commençaient à nous manquer, avec le confinement. Ton frère va bien ?
— Aussi bien que possible compte tenu de son état. Il semble prendre les choses avec détermination.
— Voilà une bonne nouvelle !
— Je te téléphone justement à propos de lui. Il est d'accord pour que je m'occupe de Gwendoline mais il dit que je n'aurai qu'un transfert provisoire de responsabilité en attendant la réunion d'un conseil de famille.
— Vous voulez faire quoi exactement ?
— Eh bien, continuer à faire ce qu'on fait actuellement mais officiellement. Gwendoline vit chez nous. C'est nous qui nous occupons d'elle.
— Ah oui ! une délégation de l'autorité parentale. Mais David mélange tout ! Le conseil de famille sert à contrôler, dans le cadre d'une tutelle, certains actes du tuteur. Ça n'a rien à voir avec la délégation de l'autorité parentale. Celle-ci est dite provisoire parce qu'elle peut être remise en cause par ton frère si ta manière de t'acquitter des tâches qui te sont confiées ne lui convient pas où, tout simplement, s'il n'a plus besoin de toi. C'est le juge des affaires familiales qui valide ou invalide la délégation. Pour cela, il faut remplir un formulaire qu'on peut charger sur internet avec sa notice d'explication qui précise comment le remplir et les pièces justificatives à fournir.
— Mais, David ne m'a pas demandé de fournir des pièces justificatives !
— Alors, sa requête n'est pas complète et ne sera pas traitée.
— Si ça se trouve, il n'a pas fourni de pièces du tout !
— Il faut que tu voies ça avec lui, ma chérie. Je te conseille de télécharger le formulaire et la notice ; comme cela, tu sauras ce qui est demandé et les justificatifs que tu dois fournir. Ça te fera gagner du temps. Rassure-toi, ce sont uniquement des justificatifs d'identité et de domicile. Dès que nous aurons reçu toutes les pièces, je ferai passer votre dossier en priorité.
— C'est vrai que c'est dans ton service que le dossier est traité. Je n'y pensais plus. Tu t'occupes de tout le département ?
— Oui. Même Moulins !
— J'ai une dernière question.
— Si je peux te répondre.
— Est-ce que Margaux peut aussi être délégataire ?
— Oui, à condition que vous soyez mariées. Donc, inutile le la faire figurer sur la demande. Ce serait refusé.
Après avoir raccroché, Claire se tourna, l'air navrée vers Margaux.
— Je suis désolée, ma chérie.
— Ça n'est pas grave. C'est quand Gwen sera scolarisée qu'on aura surtout besoin toutes les deux d'une délégation. C'est surtout sur le plan affectif que ça me fait quelque chose. Mais bon ! je sais bien que je n'ai aucun droit sur Gwen.
— Je ne vois qu'une solution, mon ange. Il faut que tu acceptes de m'épouser tout de suite. Et ensuite, on se l'adoptera notre petit amour !
— OUIIII !!! Rien ne nous résistera !
Comme leur dernier échange s'était fait sur un ton léger, Margaux s'inquiéta.
— Tu es sérieuse quand tu dis que tu veux qu'on se marie maintenant ?
— Je suis on ne peut plus sérieuse ! D'abord parce-que je t'aime et que j'ai envie que tu sois ma femme. Ensuite, être mariées nous donnera les mêmes droits qu'un couple hétéro, ce qui nous simplifiera grandement la vie. Tu vois, pendant notre première année ensemble, nous nous satisfaisions de notre vie d'amoureuses et de notre binôme, mais depuis que nous vivons en couple, je me suis mise à vouloir construire quelque chose ; quelque chose qui va très au-delà de la réussite à nos examens. Ce futur que je veux construire avec toi, je veux commencer à le construire tout de suite. Je ne veux pas attendre dix ans pour commencer. C'est bien trop long.
— Je suis d'accord avec toi. Moi aussi, j'ai très envie qu'on se marie. Mais , ce qui me gêne, c'est que nous sommes totalement dépendantes financièrement, toi de ton père, moi de ma nouvelle maman.
— Je ne vois pas en quoi ça nous empêche de nous marier. Que nous soyons mariées ou pas, ne change rien sur le plan financier. Papa me donne une somme déterminée chaque mois et je me débrouille avec sans avoir de compte à lui rendre sauf si j'ai besoin que la somme soit augmentée. Il me fait confiance. Quant à Alice, j'ose espérer qu'elle ne t'adopte pas pour te mettre sous sa tutelle. D'autre part, je crois que nous sommes suffisamment raisonnables pour ne pas faire n'importe quoi. Ça ne nous empêche pas, lorsque nous avons une décision à prendre, de présenter les choses avec tact et diplomatie et de ne pas mettre les autres devant le fait accompli. Jusqu'à présent, ça ne nous a pas trop mal réussi. D'ailleurs, je ne pense pas que notre façon d'envisager notre avenir soit en contradiction avec ce qu'en pensent nos familles.
— Dis-moi ! J'espère que quand tu parles de ma famille, tu ne fais pas allusion à mes géniteurs !
— Bien sûr que non ! Ta famille, pour nous, c'est Alice et puis, aussi, Muriel qui va être ta belle-maman puisqu'elle est l'épouse de ta maman.
— Tu ne sais pas ? Moi je trouve que, tant qu'à faire Muriel devrait m'adopter. Ensuite elles t'adopteraient toutes les deux. Nous on se mariera et on adoptera toutes les deux Gwen.
— Charmante perspective, mais tout le monde ne serait pas forcément d'accord.
— Ceux qui ne sont pas d'accord, on les zigouille ! Non, je plaisante. Enfin, pas pour nous et Gwen. Mais, tu sais, moi, ça ne me choquerait pas si un jour Muriel t'adoptait.
— Elle a déjà évoqué l'idée.
— Et qu'est-ce que tu en penses ?
— Je ne crois pas que j'accepterais si elle me le demandait.
— Pourquoi ?
— J'aurais trop l'impression qu'on fait ça pour vous imiter. Nos situations sont très différentes. Toi, tes parents t'ont reniée. C'est un peu comme si tu étais orpheline. C'est pour ça qu'Alice t'a adoptée. Moi, je ne suis pas dans la même situation. Je n'ai été abandonnée par personne et je n'ai absolument besoin d'aucune aide. J'éprouve énormément d'affection pour Muriel mais je n'ai pas besoin d'un lien purement artificiel qui n'ajouterait rien de plus, de mon point de vue, à la qualité de notre relation. Tu n'es pas d'accord ?
— Moi, je trouve que dans l'adoption, il y a une composante affective qui est très importante. Quand Alice m'a proposé de m'adopter, elle était littéralement terrifiée à l'idée que je puisse refuser et moi, ça m'a fait chaud au cœur qu'elle me le propose. Pour moi, c'est aussi fort qu'une demande en mariage. Enfin, chacun a sa manière de ressentir les choses.
— Bon ! Pour le moment, l'important, c'est le dossier de la délégation d'autorité parentale. Il faut que je téléphone le plus rapidement possible à David. J'ai l'impression qu'il a fait n'importe quoi.
— Il faudrait peut-être descendre. Elles doivent être en train de nous attendre.
— Tu as raison. On téléphonera après le dîner.
Pendant le repas, elles racontèrent leur conversation avec la tante de Claire.
— Il y a une bonne nouvelle et deux mauvaises : La bonne, c'est que nous n'avons pas besoin de l'accord d'un conseil de famille pour approuver une délégation d'autorité parentale. Dans la mesure ou Laura n'est plus là, David et moi sommes les seuls concernés.
— Je suppose que cela simplifie grandement les choses. Commenta Muriel.
— Oui, mais la mauvaise nouvelle, c'est que Margaux n'est pas concernée. Pour qu'elle puisse l'être, il faudrait que nous soyons mariées. Concrètement, ça veut dire qu'elle ne peut pas, par exemple, amener Gwen chez le pédiatre de son propre chef pour une simple consultation.
— Eh bien, vous n'avez qu'à vous marier ! A moins, bien sûr que vous ne le souhaitiez pas.
— C'est bien mon intention, mais Margaux a des scrupules.
Alice regarda sa fille avec étonnement.
— Tu ne veux pas te marier ?
— Mais non, ce n'est pas ça ! on a toujours dit qu'on ne se marierait que quand on serait indépendantes financièrement. Et, pour le moment, on ne peut pas dire que ce soit le cas.
— Il me semble que ce qui compte, ce n'est pas que vous soyez indépendantes financièrement mais d'avoir votre avenir assuré financièrement. Et, sur ce plan-là, j'ai quand même l'impression que vous n'avez pas beaucoup de craintes à avoir, entre ce que son papa donne à Claire et les dépenses que nous prenons à notre charge de notre côté. D'autre part, je te ferai observer qu'en cas de malheur, tu es maintenant mon unique héritière. Maintenant, si tu préfères, je peux faire comme le papa de Claire et te verser une somme convenue chaque mois sur ton compte au lieu de te verser au coup par coup les sommes dont tu as besoin. Ça ne me dérange pas mais, en définitive, ça ne changera pas grand-chose. De toutes façons, j'assumerai quoi qu'il arrive les dépenses réelles que tu pourras engager. J'ai confiance en toi. Je sais que tu ne feras pas de bêtises.
— Ou alors, intervint Claire d'un ton coquin, c'est que tu ne veux pas qu'on se marie.
Margaux rosit.
— Tu me connais très mal.
— Et la deuxième nouvelle ?
— C'est qu'apparemment David a fait n'importe quoi et qu'il faut qu'on arrive à comprendre ce qu'il a fait, ce qu'il n'a pas fait et ce qu'il a mal fait. Heureusement, c'est ma tante qui est juge aux Affaires familiales pour l'Allier et c'est dans son service que le dossier sera traité. Il va falloir que je lui téléphone pour tout vérifier. J'espère qu'il ne va pas être nécessaire d'aller à Montluçon rien que pour ça.
— Tu lui téléphones ce soir ?
— Non ! Je ferai ça demain. Ce soir, il sera fatigué et sera peut-être déjà couché. Si je téléphone ce soir, vu la confiance que j'aurai dans ses réponses, je suis mûre pour aller à Montluçon. Demain matin il aura les idées plus claires.
Le lendemain matin, Claire réussit à avoir son frère au téléphone en fin de matinée. L'entretien dura une demi-heure et Claire finit par raccrocher complètement frustrée après avoir annoncé sa venue pour le dimanche suivant.
David avait bien utilisé le bon formulaire et l'avait correctement rempli avant de l'envoyer à la bonne adresse. Mais il n'avait pas lu la notice accompagnant le formulaire et précisant, entre autres, les justificatifs à fournir. Il avait plus ou moins deviné ceux qui le concernaient directement et avait joint un acte de naissance et une photocopie de sa carte d'identité. Par contre il n'avait pas joint de justificatif de domicile. Pour Laura, il s'était contenté de joindre son certificat de décès. Rien en ce qui concernait Gwendoline et rien, bien entendu rien en ce qui concernait Claire.
Quand cette dernière entreprit de lui lire le contenu de la notice qu'elle avait téléchargé le matin même en même temps que le formulaire vierge, David se vexa et commença à ergoter sur la nécessité de fournir les pièces indiquées. Pour lui, du moment qu'il avait fourni les bonnes informations le concernant, l'administration avait parfaitement les moyens de faire les recherches nécessaires pour vérifier les autres informations figurant sur le formulaire. Il ne comprenait donc pas pourquoi son dossier lui avait été retourné sans avoir été traité.
Claire tenta de lui expliquer que l'administration n'avait pas le temps de mener une enquête à travers toute la France pour s'assurer que les informations fournies étaient correctes mais, la patience de la jeune femme n'étant pas sa qualité première, elle finit par exploser et, après une courte dispute, raccrocha en le menaçant des pires sévices s'il n'avait pas avancé dans la résolution de leurs problèmes quand elle arriverait à Montluçon en fin de semaine.
Cela ne l'empêcha pas de verser une larme d'émotion lorsqu'elle se retrouva le dimanche matin en sa présence. D'ailleurs, David avait fait l'effort d'obtenir un extrait d'acte de naissance de Gwendoline et une fiche d'état civil de Laura. Claire, de son côté avait amené les justificatifs d'identité et de domicile qui la concernaient et les archives de Laura permirent de remplir les quelques trous qui subsistaient dans le dossier. Ils y ajoutèrent une lettre dans laquelle David expliquait les raisons de sa demande et une copie des principaux éléments de son dossier médical. Pour plus de sureté, Claire décida de s'occuper elle-même de l'expédition, ce qu'elle fit dès le lendemain matin.
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Photo de profil de LecteurNu
LecteurNu
30 janvier 2025 à 22:05
c'est vraiment digne d'un film ce récit me captive chaque fois un peu plus c'est tellement bien ecrit j'en veux encore......
Soyez respectueux
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Photo de profil de Gubbe
Gubbe
29 janvier 2025 à 11:07
De plus en plus accro moi aussi.
Soyez respectueux
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Photo de profil de OlivX
OlivX
28 janvier 2025 à 16:23
Nos 2 tourterelles découvrent une partie de la vie de Laura qui permet de comprendre sa volonté farouche de réussite sociale.
Content de voir que Claire a su remonter la pente et retrouver sa joie de vivre et sa combativité d'antan. Le pauvre David l'a découvert lors des remontrances sur sa façon de rédiger le dossier de delegation d'autorité parentale pour Gwen
Soyez respectueux
Répondre
abriesois
28 janvier 2025 à 15:23
Excellent. Vivement la suite. Mais comme dit par rtx42 qu'est_il devenu de Laura et Julie ?
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de rtx42
rtx42
28 janvier 2025 à 15:16
J'ai trouvé ce chapitre décevant, non par le contenu mais sur la forme. Je le trouve moins bien écrit que les précédents, avec quelques fautes d'orthographe, un début de phrase, qui s'arrête abruptement, un entête de chapitre dont on se demande ce qu'il vient faire là.
Cela donne l'impression d'un chapitre qui a été relu trop rapidement.
Par ailleurs je suis très surpris que l'on ne parle pas de l'enterrement de Laura et Julie, c'est essentiel pour faire son deuil.
Je me rends compte en écrivant, que cela peut être interprété comme des critiques, alors que c'est plutôt une déception vis à vis d'une histoire que j'apprécie.

Pour info un Juge des Affaires Familiales ne peut pas s'impliquer dans un dossier pour lequel il peut y avoir un conflit d'intérêt. Tout au plus le JAF peut indiquer la marche à suivre, comme cela est bien décrit dans le coup de téléphone entre Claire et sa tante, mais il y a peu de chance pour qu'il demande à ce que le dossier soit traité en priorité.
Modifié 29 janvier 2025 à 21:56
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Gaynudiste74
Gaynudiste74
28 janvier 2025 à 12:27
Je suis totalement accro j’attends de lire la suite au plus vite, un grand merci à l’auteur de nous tenir en haleine de cette façon
Soyez respectueux
Répondre

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