Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Si jolie — Chapitre 14
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Si jolie
Chapitre 14
Quelques jours plus tard, alors que le mois de mai se terminait et que Margaux venait de se mettre au volant de la FIAT pour se rendre à la faculté de médecine afin d'assister avec Claire à un des derniers cours magistraux de l'année, le téléphone de celle-ci se mit à sonner.
— Allo ? Claire Lefront à l'appareil.
— Bonjour, Claire, tu vas bien ? C'est Laura à l'appareil.
— Bonjour, Claire, tu vas bien ? C'est Laura à l'appareil.
Claire hésita quelques instants en regardant Margaux d'un air étonné. Cette dernière, concentrée sur sa conduite, ne lui rendit pas son regard mais montra sa surprise en écarquillant les yeux.
— Bonjour, Laura, comment vas-tu ?
— Très bien ! Je viens d'avoir mon bébé.
— Félicitations ! Tu n'as pas trop souffert ?
— Non, enfin pas plus que ça. C'est une petite fille et on va l'appeler Gwendoline.
— Très bien ! Je viens d'avoir mon bébé.
— Félicitations ! Tu n'as pas trop souffert ?
— Non, enfin pas plus que ça. C'est une petite fille et on va l'appeler Gwendoline.
Claire avait monté le son de son smartphone de sorte que Margaux puisse suivre la conversation. Quand Margaux entendit le prénom choisi par Laura, elle sursauta et fit faire une légère embardée à la voiture. Claire réprima un fou rire.
— C'est un très joli prénom.
— J'ai voulu que Margaux et toi soyez parmi les premières à apprendre la nouvelle.
— Eh bien, ça nous fait en effet très plaisir d'apprendre cette bonne nouvelle. Margaux est au volant mais elle entend tout.
— Bonjour Margaux ! Tu vas bien ?
— Toutes mes félicitations pour ton bébé.
— Merci ! C'est gentil.
— David est content d'avoir une fille ?
— Il est enchanté. Dis-moi, Claire, David et moi, on aimerait que tu sois la marraine de Gwendoline.
— Bien sûr ! J'en serais ravie. Et qui sera le parrain ?
— David voudrait que ce soit votre cousin Henri. Il doit être en train de lui téléphoner.
— Tu es où là ? Tu as accouché à Montluçon ?
— Non ! On était déjà revenus en région parisienne. J'ai accouché à l'hôpital Henri Mondor de Créteil. Mais je sors ce soir. Ils ont besoin de place. Du coup je retourne me reposer à Montluçon. David fait le chauffeur et restera quelques jours avant de retourner travailler. Moi, il me reste encore deux semaines de congés de maternité que je passerai à Montluçon. J'espère qu'on aura l'occasion de se voir.
— On essayera de passer te voir à Montluçon mais on entre dans la période des examens et ça nous bouffe tout notre temps.
— Je m'en doutais un peu. Enfin, faites comme vous pouvez. Bon ! J'ai un appel en attente. Il faut que je vous laisse. Ciao, ciao !
— Bisous !
— J'ai voulu que Margaux et toi soyez parmi les premières à apprendre la nouvelle.
— Eh bien, ça nous fait en effet très plaisir d'apprendre cette bonne nouvelle. Margaux est au volant mais elle entend tout.
— Bonjour Margaux ! Tu vas bien ?
— Toutes mes félicitations pour ton bébé.
— Merci ! C'est gentil.
— David est content d'avoir une fille ?
— Il est enchanté. Dis-moi, Claire, David et moi, on aimerait que tu sois la marraine de Gwendoline.
— Bien sûr ! J'en serais ravie. Et qui sera le parrain ?
— David voudrait que ce soit votre cousin Henri. Il doit être en train de lui téléphoner.
— Tu es où là ? Tu as accouché à Montluçon ?
— Non ! On était déjà revenus en région parisienne. J'ai accouché à l'hôpital Henri Mondor de Créteil. Mais je sors ce soir. Ils ont besoin de place. Du coup je retourne me reposer à Montluçon. David fait le chauffeur et restera quelques jours avant de retourner travailler. Moi, il me reste encore deux semaines de congés de maternité que je passerai à Montluçon. J'espère qu'on aura l'occasion de se voir.
— On essayera de passer te voir à Montluçon mais on entre dans la période des examens et ça nous bouffe tout notre temps.
— Je m'en doutais un peu. Enfin, faites comme vous pouvez. Bon ! J'ai un appel en attente. Il faut que je vous laisse. Ciao, ciao !
— Bisous !
Margaux et Claire éclatèrent de rire en même temps.
— Tu es sûre que c'était Laura ?
— J'ai reconnu sa voix.
— Moi aussi, mais pas le texte ; ni le ton d'ailleurs.
— Moi non plus. Tu sais ce qui va se passer maintenant ?
— Non ?
— Je vais recevoir un coup de téléphone de maman. Laura va la prévenir que notre coup de fil s'est bien passé et du coup elle va téléphoner à son tour.
— Normalement, ça devrait être le contraire, tu ne crois pas ?
— Tu sais, l'important pour moi c'est leur attitude à ton égard. Le reste, je m'en fiche un peu. C'est tellement moins important que ce qui t'arrive avec tes parents ! Tiens ! Voilà maman ! Elles sont allées vite. Allo, maman ?
— Allo, ma chérie ! J'ai une grande nouvelle à t'annoncer. Laura a eu son bébé.
— Je sais, maman ! Je viens de l'avoir au téléphone.
— Ah ! Elle m'a prise de vitesse. Alors tu sais que c'est une petite Gwendoline ?
— Oui ! Et Laura m'a demandé d'être sa marraine.
— Et tu as accepté ?
— Bien sûr ! Je suis ravie d'être marraine. Surtout d'une petite fille. Enfin, malgré mes goûts douteux en la matière, je suis sûre que tu sauras la protéger de mon influence perverse.
— Heu oui. A propos… enfin non… je veux dire… heu…Margaux va bien ?
— Elle va très bien. Je ne peux pas te la passer parce qu'elle conduit mais j'ai mis le hautparleur.
— Ah ! Bonjour Margaux ! Tu vas bien ?
— Merveilleusement bien et plus amoureuse que jamais !
— Super ! Quand est-ce qu'on vous voit à Montluçon ?
— Quand tu nous inviteras, maman. Un dimanche bien sûr.
— Vous ne viendriez pas tout le week-end ?
— Non. On est en pleines révisions pour nos examens et on a encore des cours.
— Ça vous irait dimanche prochain ? On invitera Henri et Angélique puisqu'Henri sera le parrain et on fêtera la naissance tous ensemble.
— D'accord ! On sera là dimanche prochain.
— S'il y a un contre temps je te téléphone. Sinon on vous attend, mais tu sais, vous n'avez pas besoin d'une invitation pour venir nous voir.
— Pour l'instant, on préfère que tu nous invites. Cela évitera tout risque de malentendu.
— Bon, d'accord, mais c'est dommage.
— On va devoir te laisser. On arrive à la fac et on n'est pas en avance.
— Alors, je vous embrasse toutes les deux.
— On t'embrasse aussi, maman. Au revoir !
— A dimanche prochain !
— J'ai reconnu sa voix.
— Moi aussi, mais pas le texte ; ni le ton d'ailleurs.
— Moi non plus. Tu sais ce qui va se passer maintenant ?
— Non ?
— Je vais recevoir un coup de téléphone de maman. Laura va la prévenir que notre coup de fil s'est bien passé et du coup elle va téléphoner à son tour.
— Normalement, ça devrait être le contraire, tu ne crois pas ?
— Tu sais, l'important pour moi c'est leur attitude à ton égard. Le reste, je m'en fiche un peu. C'est tellement moins important que ce qui t'arrive avec tes parents ! Tiens ! Voilà maman ! Elles sont allées vite. Allo, maman ?
— Allo, ma chérie ! J'ai une grande nouvelle à t'annoncer. Laura a eu son bébé.
— Je sais, maman ! Je viens de l'avoir au téléphone.
— Ah ! Elle m'a prise de vitesse. Alors tu sais que c'est une petite Gwendoline ?
— Oui ! Et Laura m'a demandé d'être sa marraine.
— Et tu as accepté ?
— Bien sûr ! Je suis ravie d'être marraine. Surtout d'une petite fille. Enfin, malgré mes goûts douteux en la matière, je suis sûre que tu sauras la protéger de mon influence perverse.
— Heu oui. A propos… enfin non… je veux dire… heu…Margaux va bien ?
— Elle va très bien. Je ne peux pas te la passer parce qu'elle conduit mais j'ai mis le hautparleur.
— Ah ! Bonjour Margaux ! Tu vas bien ?
— Merveilleusement bien et plus amoureuse que jamais !
— Super ! Quand est-ce qu'on vous voit à Montluçon ?
— Quand tu nous inviteras, maman. Un dimanche bien sûr.
— Vous ne viendriez pas tout le week-end ?
— Non. On est en pleines révisions pour nos examens et on a encore des cours.
— Ça vous irait dimanche prochain ? On invitera Henri et Angélique puisqu'Henri sera le parrain et on fêtera la naissance tous ensemble.
— D'accord ! On sera là dimanche prochain.
— S'il y a un contre temps je te téléphone. Sinon on vous attend, mais tu sais, vous n'avez pas besoin d'une invitation pour venir nous voir.
— Pour l'instant, on préfère que tu nous invites. Cela évitera tout risque de malentendu.
— Bon, d'accord, mais c'est dommage.
— On va devoir te laisser. On arrive à la fac et on n'est pas en avance.
— Alors, je vous embrasse toutes les deux.
— On t'embrasse aussi, maman. Au revoir !
— A dimanche prochain !
Claire raccrocha en affichant un air satisfait.
— Dimanche prochain sera le jour de la grande réconciliation !
— Lorsque l'enfant paraît…
— Le cercle de famille applaudit à grands cris (Victor Hugo). En tout cas, maman a compris que la balle est dans son camp. Si elle veut nous voir, c'est à elle de veiller à ce que ça se passe bien.
— Lorsque l'enfant paraît…
— Le cercle de famille applaudit à grands cris (Victor Hugo). En tout cas, maman a compris que la balle est dans son camp. Si elle veut nous voir, c'est à elle de veiller à ce que ça se passe bien.
Le dimanche suivant, ce fut Margaux qui conduisit pendant tout le trajet. Alice et Muriel leur avaient proposé d'utiliser une des deux grosses voitures mais elles avaient préféré prendre la FIAT. Le trajet presqu'entièrement autoroutier ne présentait aucun élément pédagogique justifiant un gros véhicule. D'autre part, arriver à Montluçon au volant d'une Mercedes ou d'une BMW aurait entraîné une foule de questions sur un sujet qu'elles n'avaient pour l'instant pas abordé, à savoir les relations des deux jeunes filles et en particulier celles de Claire avec Muriel et Alice. Claire avait décidé, une bonne fois pour toutes d'afficher au grand jour ses choix affectifs. Elle l'avait fait très tôt en ce qui concernait son amour pour Margaux et elle estimait que l'affection qui la liait à Muriel n'avait rien de honteux et n'avait pas de raisons d'être dissimulée.
Elle avait voulu dans un premier temps ménager la sensibilité de ses parents mais le contexte avait changé et elle ne voulait plus passer son temps à faire attention à ce qu'elle disait, à éviter les gaffes et à éluder les questions indiscrètes. Encore fallait-il présenter les choses au bon moment et de la bonne manière. Elle comptait annoncer leur nouvelle organisation dans un mail une fois que les examens seraient terminés en se faisant aider par Margaux dont elle admirait la qualité de l'expression écrite.
Lorsqu'elles arrivèrent, elles étaient bonnes dernières mais les autres avaient réussi à leur laisser une petite place pour que la FIAT puisse se faufiler à l'intérieur du jardin. Bien qu'un peu crispée, Margaux réussit sa manœuvre sans accrocs, ce qui lui valut en récompense les félicitations de Claire accompagnées d'un gros baiser.
— Bravo, ma chérie ! Tu es une championne !
— Heureusement qu'on a pris la FIAT sinon tu n'aurais pas pu admirer mes talents.
— Heureusement qu'on a pris la FIAT sinon tu n'aurais pas pu admirer mes talents.
Julie Lefront qui guettait leur arrivée depuis le porche se précipita vers la voiture.
— J'avais peur que vous ayez changé d'avis.
— Si ça avait été le cas, on t'aurait prévenue, Maman !
— Je suis tellement contente de vous revoir !
— Si ça avait été le cas, on t'aurait prévenue, Maman !
— Je suis tellement contente de vous revoir !
Elles furent chaleureusement accueillies par l'assemblée toute entière, y compris par Laura, manifestement décidée à ce que les choses se passent bien entre Margaux et elle. Jérôme Lefront serra cette dernière dans ses bras.
— Tu m'as manqué, petite Margaux.
— Toi aussi, répondit la jeune fille émue.
— Toi aussi, répondit la jeune fille émue.
Quant à Angélique, qui comme d'habitude se tenait à moitié cachée derrière Henri, elle se précipita vers Margaux dès qu'elle put l'approcher, lui prit la main et s'y accrocha comme à une bouée de sauvetage. Henri lui glissa à l'oreille :
— Laura la terrorise.
Pendant toute la durée de l'apéritif et du repas qui suivit, Laura se montra tout à fait charmante, s'efforçant de s'intéresser à tout le monde ou, du moins, d'en avoir l'air. Elle essaya même d'adresser quelques mots à Angélique mais cette dernière, la regardant comme un petit rongeur hypnotisé par le serpent qui s'apprête à l'avaler, balbutia une réponse que personne ne comprit.
A la fin du repas, Laura demanda à la maman de Claire si elle pouvait préparer le biberon de Gwendoline pendant qu'elle-même allait la changer avant de la descendre. Margaux décida d'en profiter pour lui parler en tête à tête. Elle voulait comprendre ce qui lui avait valu l'animosité dont la compagne de David avait fait preuve à son égard dès le premier abord.
A la fin du repas, Laura demanda à la maman de Claire si elle pouvait préparer le biberon de Gwendoline pendant qu'elle-même allait la changer avant de la descendre. Margaux décida d'en profiter pour lui parler en tête à tête. Elle voulait comprendre ce qui lui avait valu l'animosité dont la compagne de David avait fait preuve à son égard dès le premier abord.
— Tu veux bien que je vienne avec toi ? Je pourrai t'aider.
— Si tu veux. Je n'ai pas encore une grande habitude des bébés et un peu d'aide peut me faire gagner du temps.
— Si tu veux. Je n'ai pas encore une grande habitude des bébés et un peu d'aide peut me faire gagner du temps.
Arrivée sur le palier, Margaux entama aussitôt la conversation.
— Tu sais qu'Angélique a peur de toi ?
— Ça m'est plutôt indifférent. Ce genre de petite femelle au physique de poupée barbie et dotée d'un quotient intellectuel de poisson rouge ne m'intéresse pas beaucoup.
— Tu me classes dans cette catégorie ?
— Pas du tout ! Toi, tu fais partie des loups déguisés en moutons. En tout cas, c'est comme ça que je te perçois. Avec tes airs de petite chose fragile, tu n'hésites pas à user de ton charme pour obtenir ce que tu désires. Sans avoir l'air d'y toucher, tu as complètement embobiné les parents de Claire. Quand je les ai entendus parler de toi pour la première fois, ils ne tarissaient pas d'éloges.
— Je suppose qu'ils voulaient simplement justifier le fait qu'ils m'avaient bien accueillie.
— Le fait est que tu as tout de suite occupé une place importante dans la famille Lefront.
— C'est ça qui t'a dérangée ?
— Absolument ! Que ce soit sur un plan professionnel ou personnel, je veux ce qu'il y a de meilleur. En ce qui me concerne, je n'ai pas à me plaindre mais je vise plus haut et je veux aussi ce qu'il y a de meilleur pour ma fille. Alors, quand quelqu'un se met en travers, j'essaye de casser son image. C'est pour ça que je n'ai pas cessé de te provoquer. Mon but était de déclencher une réaction violente de ta part mais ça n'a pas marché. C'est pour ça que le lendemain matin, je me suis carrément plainte de ton attitude à mon égard. Là, je crois que j'en ai trop fait et que mon histoire était un peu trop caricaturale. Heureusement, l'intervention violente de Claire m'a sauvé la mise. Elle a indisposé fortement sa mère et ça a empêché celle-ci de porter un regard critique sur mon récit. Voila ! J'ai obtenu ce que je voulais : le meilleur pour Gwendoline. Je suis certaine, maintenant, qu'elle passera toujours avant toi.
— Je ne suis pas sûre que, ce faisant, tu aies amélioré ta propre image.
— Oh, ça n'a aucune importance. C'est pour Gwendoline que je fais ça, pas pour moi. De toute façon, je suis sa mère et quelle que soit l'opinion des parents de Claire à mon sujet, je reste maîtresse du jeu.
— Tu sais, je crois que tu t'es donné beaucoup de mal pour rien. Mes amours sont à Clermont-Ferrand, pas à Montluçon. Je ne cherche à occuper aucune place particulière à Montluçon, même si j'ai plaisir à y venir avec Claire. C'est Claire, mon projet ; pas sa famille. Jamais je ne chercherai à concurrencer Gwendoline dans le cœur de quiconque.
— Ça m'est plutôt indifférent. Ce genre de petite femelle au physique de poupée barbie et dotée d'un quotient intellectuel de poisson rouge ne m'intéresse pas beaucoup.
— Tu me classes dans cette catégorie ?
— Pas du tout ! Toi, tu fais partie des loups déguisés en moutons. En tout cas, c'est comme ça que je te perçois. Avec tes airs de petite chose fragile, tu n'hésites pas à user de ton charme pour obtenir ce que tu désires. Sans avoir l'air d'y toucher, tu as complètement embobiné les parents de Claire. Quand je les ai entendus parler de toi pour la première fois, ils ne tarissaient pas d'éloges.
— Je suppose qu'ils voulaient simplement justifier le fait qu'ils m'avaient bien accueillie.
— Le fait est que tu as tout de suite occupé une place importante dans la famille Lefront.
— C'est ça qui t'a dérangée ?
— Absolument ! Que ce soit sur un plan professionnel ou personnel, je veux ce qu'il y a de meilleur. En ce qui me concerne, je n'ai pas à me plaindre mais je vise plus haut et je veux aussi ce qu'il y a de meilleur pour ma fille. Alors, quand quelqu'un se met en travers, j'essaye de casser son image. C'est pour ça que je n'ai pas cessé de te provoquer. Mon but était de déclencher une réaction violente de ta part mais ça n'a pas marché. C'est pour ça que le lendemain matin, je me suis carrément plainte de ton attitude à mon égard. Là, je crois que j'en ai trop fait et que mon histoire était un peu trop caricaturale. Heureusement, l'intervention violente de Claire m'a sauvé la mise. Elle a indisposé fortement sa mère et ça a empêché celle-ci de porter un regard critique sur mon récit. Voila ! J'ai obtenu ce que je voulais : le meilleur pour Gwendoline. Je suis certaine, maintenant, qu'elle passera toujours avant toi.
— Je ne suis pas sûre que, ce faisant, tu aies amélioré ta propre image.
— Oh, ça n'a aucune importance. C'est pour Gwendoline que je fais ça, pas pour moi. De toute façon, je suis sa mère et quelle que soit l'opinion des parents de Claire à mon sujet, je reste maîtresse du jeu.
— Tu sais, je crois que tu t'es donné beaucoup de mal pour rien. Mes amours sont à Clermont-Ferrand, pas à Montluçon. Je ne cherche à occuper aucune place particulière à Montluçon, même si j'ai plaisir à y venir avec Claire. C'est Claire, mon projet ; pas sa famille. Jamais je ne chercherai à concurrencer Gwendoline dans le cœur de quiconque.
Margaux se sentait rassurée. Elle savait maintenant où elle mettait les pieds. Elle n'était pas du tout intéressée par ce genre de compétition et n'y participerait pas. Elle ne craignait plus Laura.
— Tu t'es conduite à mon égard comme si j'étais pareille que toi. Seulement, je ne suis pas comme toi. Je ne sais pas si je suis meilleure que toi ou si c'est l'inverse ; je suis simplement différente. Je ne cherche pas à être meilleure que les autres. Je me contente d'essayer d'être la meilleure possible et, si quelqu'un d'autre fait mieux que moi, tant mieux pour lui mais je ne me sentirai pas rabaissée pour autant. Alors, je ne pense pas que nous soyons un jour copines mais nous pouvons au moins afficher une amabilité de façade ne serait-ce que par égard pour Claire. J'ai déjà été reniée par mes parents alors, crois-moi, j'ai suffisamment de problèmes comme ça sans en rajouter.
— Tes parents t'ont reniée ?
— Eh oui ! Certaines personnes réagissent comme ça quand elles apprennent que leur fille est une gouine. Alors moi, tu sais, les problèmes de préséance, ça me passe très, très, très au-dessus de la tête.
— Tes parents t'ont reniée ?
— Eh oui ! Certaines personnes réagissent comme ça quand elles apprennent que leur fille est une gouine. Alors moi, tu sais, les problèmes de préséance, ça me passe très, très, très au-dessus de la tête.
Laura regarda Margaux d'un air pensif.
— Je ne pensais pas que nous étions…
Elle hésita quelques instants puis haussa les épaules.
— Non ! Je n'ai rien dit. De toute façon, ça ne change rien.
Pendant le trajet du retour, Margaux relata à Claire sa discussion avec Laura. Quand elle eut terminé, Claire resta songeuse quelques instants avant d'exprimer son opinion :
— Elle est vraiment tordue, cette nana. J'espère que Gwendoline ne tiendra pas de sa maman.
*****
Elles s'attendaient à un mois de juin chargé. Ce fut un mois de folie. Les épreuves, toutes plus denses les unes que les autres se succédèrent à un rythme effréné pendant tout le mois. Elles avaient à peine terminé une épreuve qu'elles se dépêchaient de retourner se préparer pour l'épreuve suivante. Pour ne pas sombrer dans la folie et s'aérer l'esprit, elles allaient piqueniquer le dimanche sur les bords du lac Chambon. Cette petite sortie leur permettait de recharger les batteries et, accessoirement, permettaient à Margaux d'aligner des kilomètres supplémentaires en plus des trajets fréquents vers les lieux d'examens. Elles terminèrent néanmoins le mois complètement épuisées nerveusement et physiquement et dès la fin de la dernière épreuve, elles rentrèrent immédiatement. Elles se firent couler un bain qu'elles prirent ensemble en se massant mutuellement puis allèrent se coucher et s'endormirent dans les bras l'une de l'autre pour n'émerger qu'au bout de vingt-quatre heures.
Dès le début du mois de juillet, les résultats commencèrent à arriver en rafale. Elles étaient confiantes et réalisèrent effectivement un sans-faute. Elles avaient réussi toutes les épreuves avec une confortable marge de sécurité. Chaque fois qu'un nouveau résultat tombait, elles envoyaient un SMS aux parents de Claire. Elles n'avaient pas besoin d'en faire autant avec Alice et Muriel car elles avaient décidé de venir s'installer avec elles immédiatement après avoir passé la dernière épreuve.
Tout était prêt pour les recevoir. Le bureau et la chambre de bonne avaient été réaménagés. Seule manquait la box internet mais elle arriva quelques jours plus tard, ce qui d'ailleurs n'était pas un exploit vu que la commande datait de la fin du mois de mai. Il ne restait plus qu'à amener leur matériel, leurs livres, leurs vêtements et leurs affaires de toilette.
Alice et Muriel eurent à traiter un autre problème de déménagement. En effet, étant donné qu'elles avaient l'intention de se marier et que tout le monde allait bientôt être au courant, elles n'avaient plus de raisons d'occuper deux logements différents. Compte tenu du lien affectif qui les unissait toutes les quatre, le choix du logement commun était évident. Ce qui l'était moins, c'était celui des meubles. Les meubles d'Alice étaient avant tout fonctionnels et elle n'y était pas particulièrement attachée. Ceux de Muriel étaient beaucoup plus jolis et elle y tenait beaucoup. Elles décidèrent donc d'échanger le mobilier de la salle à manger, du boudoir et de la chambre de Muriel avec celui du séjour et de la chambre d'Alice et de changer la moquette et la tapisserie de la chambre en s'inspirant de ce qui avait été fait dans la chambre de Margaux devenue la chambre du jeune couple.
Muriel avait tenu à emporter et à afficher dans leur chambre le superbe tableau qu'elle avait fait réaliser à partir d'une photo de Claire. Alice accepta à condition d'en faire réaliser un second à l'effigie de Margaux, ce qui donna lieu à une séance de pose homérique et à une prise de bec entre Alice et Muriel qui prouva aux deux jeunes filles que l'âge n'avait pas entamé la combativité de leurs protectrices.
Margaux avait été très heureuse du geste d'Alice car le grand portrait d'elle qui ornait maintenant le mur de la chambre de cette dernière actait une relation qui, elle l'espérait, était en train de devenir une relation mère fille conforme à ce qu'allait bientôt être son nouvel état civil. Claire était un peu moins enthousiaste. Certes, elle avait été très heureuse lorsqu'elle avait vu son portrait sur le mur de la chambre de Muriel début janvier, mais c'était à un moment où elle en voulait à sa mère de son attitude vis-à-vis de Margaux. Maintenant qu'elles s'étaient réconciliées, elle était un peu gênée par ce qui lui paraissait une infidélité. Elle ne se voyait pas demander à Muriel de décrocher le tableau mais elle ne se voyait pas non plus révéler son existence à sa mère. Elle réalisa à cette occasion que, contrairement à ce qu'elle avait eu trop tendance à penser, la franchise était une qualité dont il fallait parfois user avec prudence.
Les deux vieilles dames n'avaient pas encore réfléchi à ce qu'elles feraient de l'appartement de Muriel. Étant donné qu'il était entièrement meublé et équipé, en confier la gestion à une agence de location semblait une bonne solution mais la vente pouvait sembler plus sûre et moins source de difficultés.
Margaux passa son permis de conduire avec succès. Les inspecteurs du permis de conduire n'aimaient pas d'ordinaire le donner au premier essai mais celui auquel Margaux eut affaire fut favorablement impressionné quand Margaux commenta les trajets empruntés et les véhicules utilisés pour la conduite supervisée. En particulier, l'utilisation d'une Mercedes en milieu urbain, y compris pour se garer en créneau confirmée par un trajet sans anicroche ni hésitation dans de petites rues encombrées et un créneau impeccable le convainquirent des capacités et du sérieux de la jeune candidate.
Les inspecteurs ne sont pas des machines et leur jugement est toujours empreint d'une part de subjectivité. Il y a les manœuvres que le candidat réussit parfaitement celles qu'il rate complètement et celles qu'il réussit plus ou moins facilement. Au bout du compte, une impression d'ensemble et une note ”de gueule” aboutiront à une décision finale favorable ou défavorable. Dans le cas de Margaux elle fut favorable. Sa ”gueule” y contribua probablement un peu.
Margaux et Claire n'avaient pas l'intention de passer l'été sans rien faire. Elles avaient réussi à trouver des stages au mois d'août. Ce n'étaient pas des stages très bien rémunérés car ils ne nécessitaient pas de compétences particulières. Claire avait obtenu un stage d'hôtesse d'accueil chez un concessionnaire automobile et Margaux un poste de caissière dans un supermarché. Les lieux de travail se trouvaient en périphérie et distants l'un de l'autre.
Elles allaient devoir utiliser une voiture pour se rendre à leur travail mais ne pouvaient utiliser la même. Les stages de plus en plus nombreux qu'elles seraient tenues d'effectuer de plus en plus souvent pendant leurs études risquaient de poser les mêmes problèmes. Elles allaient donc avoir besoin de deux voitures. Elles auraient ainsi quatre voitures pour quatre personnes. Cela paraissait beaucoup. Alice décida donc de vendre la Mercedes. La voiture de Muriel était quasiment neuve et c'eut été dommage de la revendre alors que la Mercedes commençait à accuser son âge même si ce genre de voiture passe pour ‘'increvable''. Une petite voiture d'occasion suffirait à Margaux pour les trajets qu'elle ne pourrait effectuer avec Claire. Elles trouvèrent une vieille Twingo de plus de dix ans mais n'ayant pas beaucoup servi dont la propriétaire était morte de vieillesse et dont ses enfants désiraient se débarrasser. Elles purent l'acquérir pour quelques milliers d'euros.
Margaux était enchantée. C'était sa voiture à elle. Elle lui trouvait toutes les qualités et s'efforçait de convaincre ses interlocutrices attendries que c'était un modèle spécial très supérieur aux voitures du même modèle.
Le mariage d'Alice et Muriel était programmé à la mi-septembre. C'était la période idéale. Tout le monde était rentré de vacances et cette fin d'été promettait d'être douce et romantique à la fois. Elles décidèrent d'organiser un petit cocktail dans l'auberge de Marcelline sur les bords du lac Chambon. Elles ne comptaient pas inviter beaucoup de monde. Simplement les membres de leur petit groupe folklorique et quelques membres de leur club de bridge. Au total, une trentaine de personnes étaient prévues en comptant les conjoints et conjointes. La date du mariage ayant été fixée suffisamment à l'avance, elles envoyèrent fin juillet les faire-part d'invitation.
”Alice et Muriel ont décidé de partager leurs destinées en s'unissant par les liens du mariage samedi douze septembre à quinze heures à la mairie de Clermont-Ferrand. Elles vous invitent cordialement à assister à la signature du registre des mariages et au cocktail qui aura lieu à partir de seize heures trente à '' L'auberge de Marcelline'' sur les bords du lac Chambon.
Alice Chastelain et Muriel Meunier
12, allée des Tilleuls
63000 Clermont-Ferrand ”
Les réponses parvinrent rapidement par téléphone ou par écrit… toutes négatives. Elles se ressemblaient tellement que ça en aurait été risible sauf que c'en était plutôt insultant. A chaque fois, la personne félicitait le couple et regrettait de ne pouvoir être présente ce jour-là pour des raisons, bien entendu, impératives. Seule Marcelline qui était à la fois organisatrice et invitée avait répondu positivement. Humiliées et consternées, les deux vieilles compagnes étaient bien obligées de constater que si la loi avait changé, les mentalités n'avaient pas forcément suivi. Beaucoup affichaient des points de vue libéraux mais beaucoup moins nombreux étaient ceux qui étaient prêts à les traduire dans la réalité. Il y avait certainement aussi ceux qui devaient trouver un peu ridicules deux femmes de leur âge faisant leur coming-out. Elles se résignèrent à téléphoner à Marcelline pour annuler le cocktail. Elles se contenteraient d'un petit repas à quatre.
12, allée des Tilleuls
63000 Clermont-Ferrand ”
Les réponses parvinrent rapidement par téléphone ou par écrit… toutes négatives. Elles se ressemblaient tellement que ça en aurait été risible sauf que c'en était plutôt insultant. A chaque fois, la personne félicitait le couple et regrettait de ne pouvoir être présente ce jour-là pour des raisons, bien entendu, impératives. Seule Marcelline qui était à la fois organisatrice et invitée avait répondu positivement. Humiliées et consternées, les deux vieilles compagnes étaient bien obligées de constater que si la loi avait changé, les mentalités n'avaient pas forcément suivi. Beaucoup affichaient des points de vue libéraux mais beaucoup moins nombreux étaient ceux qui étaient prêts à les traduire dans la réalité. Il y avait certainement aussi ceux qui devaient trouver un peu ridicules deux femmes de leur âge faisant leur coming-out. Elles se résignèrent à téléphoner à Marcelline pour annuler le cocktail. Elles se contenteraient d'un petit repas à quatre.
Margaux essaya de les consoler tout en leur donnant raison mais Claire se rebella. Elle n'avait pas l'habitude de céder sans se battre.
— Je ne suis pas d'accord ! Vous ne pouvez pas accepter ça sans rien dire. On doit pouvoir faire quelque chose. Vous avez bien le temps d'annuler. Le mariage est encore dans un mois et demi.
Muriel observa tristement.
— Qu'est-ce que tu veux faire ? On ne va tout de même pas téléphoner aux gens pour les supplier de venir !
Margaux intervint.
— Elle a raison, Claire ; on ne peut pas faire venir les gens de force. Il vaut mieux essayer de trouver une solution de remplacement sympa.
— Eh bien moi, je vais leur écrire à ces gens-là !
— Ils ont déjà le faire-part. Tu ne vas pas leur en envoyer un autre ?
— Je vais leur envoyer une lettre ; une lettre manuscrite leur expliquer pourquoi il faut qu'ils viennent.
— Et comment tu comptes les convaincre ?
— Je n'en sais rien, mais tu vas m'aider. Tu sais très bien argumenter, sûrement mieux que moi. En tout cas ce sera mieux que de ne rien faire.
— Eh bien moi, je vais leur écrire à ces gens-là !
— Ils ont déjà le faire-part. Tu ne vas pas leur en envoyer un autre ?
— Je vais leur envoyer une lettre ; une lettre manuscrite leur expliquer pourquoi il faut qu'ils viennent.
— Et comment tu comptes les convaincre ?
— Je n'en sais rien, mais tu vas m'aider. Tu sais très bien argumenter, sûrement mieux que moi. En tout cas ce sera mieux que de ne rien faire.
Margaux n'était pas convaincue du tout de l'utilité de relancer des invités qui faisaient faux bond qu'elle qu'en soit la raison mais Claire insista avec véhémence. Elle était révoltée à l'idée d'accepter sans rien faire l'affront qui était infligé à leur deux protectrices et amies.
— Moi, je n'accepte pas que Muriel et ta Mamie soient victimes de l'ostracisme de gens qui se disaient jusque-là leurs amis. Elles ne font de mal à personne. Elles ne méritent pas l'affront qui leur est fait.
Voyant que Claire était au bord des larmes, Margaux n'insista pas et les deux jeunes filles allèrent s'isoler dans leur chambre pour essayer de construire un texte susceptible de convaincre les invités des deux vieilles dames de revenir sur leur décision de décliner l'invitation.
Argumenter sur les aspects légaux de leur situation ne leur parut pas une voie méritant d'être explorée. Se placer du point de vue moral pouvait se révéler contre-productif et risquait de conduire à un résultat inverse de celui attendu. Finalement, elles optèrent pour le point de vue romantique. Il fallait raconter une histoire d'amour. Les gens adorent les histoires d'amour, surtout si elles finissent bien. Le style devait être chaleureux et l'argumentation positive : les gens n'étaient pas conviés à un enterrement. Il fallait aussi que le ton soit respectueux : elles allaient s'adresser à des personnes dont la plupart avaient une bonne quarantaine d'années de plus qu'elles.
L'histoire était relativement facile à raconter : c'était celle de deux amies d'enfance qui tombent dans les bras l'une de l'autre en se retrouvant après une longue séparation. L'amour qui les unit est plus fort que les conventions mais elles sont obligées de le cacher pendant plus de quarante années afin d'échapper à la vindicte de leurs contemporains. Aujourd'hui, elles veulent secouer la chape de plomb et vivre sereinement les années qui leur restent en retrouvant la liberté qui leur a si longtemps été contestée. Il leur faut beaucoup de courage pour affronter le jugement que les autres vont porter sur elles et comptent sur leur amis et amies pour leur apporter le soutien de leur affection par leur seule présence.
Naturellement, il n'était pas possible d'écrire un courrier différent pour chaque invité. Cependant un minimum de personnalisation leur semblait nécessaire. Elles interviewèrent donc rapidement leurs aînées sur chaque personne pour se faire une idée de son caractère et de son statut social et elles essayèrent d'en tenir compte dans leur argumentation finale. Il leur fallut deux journées entières pour concevoir et rédiger les vingt lettres et une demi-journée pour faire le tour des boîtes aux lettres.
Les premières réponses arrivèrent au compte-goutte puis le rythme s'accéléra au point qu'Alice et Muriel décidèrent de maintenir le cocktail prévu. En effet, ces réponses étaient presque toutes positives. Leurs auteurs avaient pu, apparemment, se libérer. Quant aux réponses négatives, elles semblaient souvent justifiées par des raisons impérieuses. En définitive, lorsqu'arriva le mois de septembre, moins de dix personnes sur la trentaine prévue manqueraient à l'appel.
Depuis que les deux jeunes filles étaient installées dans la villa d'Alice, Claire s'était faite apprécier par sa gentillesse et sa serviabilité au point qu'elle avait même réussi à séduire la femme de ménage, d'ordinaire plutôt distante. Le succès de l'opération sauvetage qu'elle avait initiée et portée à bout de bras propulsa sa popularité au zénith. Muriel, en particulier, ne tarissait pas d'éloges sur ”sa Claire ” qui, à l'entendre, savait tout faire mieux que tout le monde. Elle avait perdu toute objectivité à l'égard de la jeune fille qu'elle parait de toutes les qualités. Il est vrai que Claire était en train de s'imposer au sein du quatuor. Sa forte personnalité et son esprit de décision associés à un goût certain pour l'ordre la rendaient incontournable pour régler les nombreux petits problèmes d'organisation inhérents à la vie en commun de deux jeunes filles de vingt-et-un ans avec deux septuagénaires. Pour Margaux, cette situation n'était pas nouvelle.
Dès le début de leur relation Claire c'était mise à la materner et elle adorait ça. Muriel et Alice étaient en train de subir le même sort, ce qui était nouveau pour elles mais n'était pas pour leur déplaire.
En définitive, si le mariage d'Alice et Muriel fut une réussite, ce fut avant tout grâce au cocktail organisé de main de maître par Marcelline. Lors de la signature du registre des mariages, l'adjoint au maire avait bafouillé un vague discours et la signature du registre par les deux parties et leurs témoins (Margaux et Claire s'étaient volontiers dévouées) ne prit que quelques minutes. Cela n'empêcha pas les deux vieilles dames, mais toutes jeunes mariées d'échanger un tendre baiser nuptial sous le regard attendri de leurs témoins et du secrétaire de mairie. Au moment de sortir de la salle des mariages, elles se prirent par la main et, les yeux pleins d'étoiles, ne se quittèrent plus jusqu'au moment où la BMW, conduite par Claire, les déposa devant l'auberge de Marcelline.
Marcelline avait bien fait les choses. Elle avait un talent pour ça : Au lieu d'isoler une partie de la salle à l'aide de cloisons amovibles, elle avait fait installer à côté du restaurant un immense barnum abritant des tables à tréteaux recouvertes de boissons et de victuailles. Marcelline avait revêtu sa tenue traditionnelle, imitée en cela par les membres du groupe folklorique qui avaient répondu positivement à l'invitation. Lorsque le quatuor se dirigea vers le barnum, ils entonnèrent un des chants traditionnels de leur répertoire pour l'accueillir. C'était un moyen pour eux d'indiquer qu'ils étaient là pour fêter un évènement qui concernait deux membres de leur groupe et non le mariage de deux homosexuelles qu'ils n'étaient pas tenus d'approuver ; mais cela prouvait aussi que l'amitié avait pu vaincre leurs réticences et c'était le principal. Margaux, tout naturellement, se chargea du compliment concernant Alice, laissant à Claire le soin de faire celui de Muriel.
Compte tenu de l'affection qu'elles portaient à leurs aînées, il ne leur fut pas très difficile d'en dire du bien.
Parallèlement à la préparation du mariage, Alice et Margaux avaient entrepris les démarches concernant l'adoption de Margaux. Margaux étant majeure, la procédure était relativement simple et un formulaire standard était prévu pour en faire la demande. Il fallait cependant réunir quelques documents justifiant l'identité des requérantes ce qui prenait un peu de temps. Une fois déposé le dossier auprès du procureur de la République, il fallait respecter un délai de deux mois devant permettre une rétractation possible d'une des parties. Il faudrait ensuite patienter le temps que le dossier soit traité ce qui pouvait prendre plusieurs mois. Il valait donc mieux tabler sur la fin de l'année deux mille vingt voire le début de j'année deux mille vingt-et-un pour que l'adoption soit effective.
Parallèlement à la préparation du mariage, Alice et Margaux avaient entrepris les démarches concernant l'adoption de Margaux. Margaux étant majeure, la procédure était relativement simple et un formulaire standard était prévu pour en faire la demande. Il fallait cependant réunir quelques documents justifiant l'identité des requérantes ce qui prenait un peu de temps. Une fois déposé le dossier auprès du procureur de la République, il fallait respecter un délai de deux mois devant permettre une rétractation possible d'une des parties. Il faudrait ensuite patienter le temps que le dossier soit traité ce qui pouvait prendre plusieurs mois. Il valait donc mieux tabler sur la fin de l'année deux mille vingt voire le début de j'année deux mille vingt-et-un pour que l'adoption soit effective.
Vers la mi-septembre, Margaux et Claire allèrent passer une semaine à Montluçon. Elles avaient un peu hésité avant de s'y rendre. Les relations entre Claire et ses parents s'étaient de nouveau tendues. Ce n'était plus à cause de l'attitude de sa mère envers Margaux car Julie Lefront avait indirectement fait amende honorable en multipliant attentions et amabilités envers cette dernière. C'était le déménagement des deux jeunes filles qui passait mal. Les parents de Claire n'en comprenaient pas la nécessité et y voyaient un signe de défiance à leur égard. Claire était dans l'incapacité de justifier une décision dont les raisons étaient plus affectives que pratiques et ce n'était pas dans son tempérament d'inventer une histoire. La seule chose qu'elle pouvait faire c'était de laisser passer le temps en espérant que les choses s'arrangeraient toutes seules. Passer une semaine à Montluçon n'était pas forcément une bonne idée dans ces conditions.
Pourtant, passer toute la durée des vacances sans aller voir une seule fois ses parents paraissait impensable à la jeune fille. Elles décidèrent donc de faire un court séjour en espérant que le sujet ne serait pas abordé.
Margaux, connaissant sa compagne et commençant à connaître la mère de celle-ci était sceptique quant au résultat. Les évènements lui donnèrent malheureusement raison.
Les premiers jours se passèrent plutôt bien. Les deux jeunes filles avaient repris leurs habitudes, profitant de la matinée pour se promener le long du Cher et faisant un peu de tourisme autour de Montluçon. Elles s'occupaient un peu de la préparation des repas et du couvert. Elles voyaient les parents de Claire aux repas et une partie de la soirée.
Les premiers jours se passèrent plutôt bien. Les deux jeunes filles avaient repris leurs habitudes, profitant de la matinée pour se promener le long du Cher et faisant un peu de tourisme autour de Montluçon. Elles s'occupaient un peu de la préparation des repas et du couvert. Elles voyaient les parents de Claire aux repas et une partie de la soirée.
La situation dégénéra brutalement un soir pendant le repas suite à un commentaire innocent de Margaux sur ses leçons de conduites financées par sa grand-tante. Aussitôt, la maman de Claire fit remarquer que c'était grâce à l'argent qu'eux-mêmes donnaient à Claire et au logement qu'ils mettaient gratuitement à sa disposition en plus de la voiture qu'ils lui avaient offerte qu'elles avaient pu suivre leurs études dans les meilleures conditions et qu'elles pourraient au moins faire preuve de reconnaissance à leur égard. Claire, ne voulant pas que Margaux soit en première ligne protesta avec véhémence de leur reconnaissance mais sa mère rebondit aussitôt sur le problème du logement. Elle exigea de savoir pourquoi les deux jeunes filles avaient préféré aller vivre avec une vieille dame qui ne leur était rien au lieu de continuer à utiliser un logement parfaitement adapté à leurs besoins.
Claire essaya d'ergoter sur les avantages de la solution choisie mais, poussée dans ses derniers retranchements finit par avouer que leur décision était motivée par des raisons affectives. C'était naturellement la pire chose à dire.
— Ah bon ? Tu ne t'estimes pas suffisamment aimée dans ta famille, qu'il te faille aller chercher ailleurs ?
— Mais non ! Tu n'as pas compris ce que je voulais dire !
— C'est ça. maintenant je suis une idiote !
— Je n'ai pas dit ça ! Tu déformes mes paroles !
— Mais non ! Tu n'as pas compris ce que je voulais dire !
— C'est ça. maintenant je suis une idiote !
— Je n'ai pas dit ça ! Tu déformes mes paroles !
L'origine de la dispute ne tarda pas à disparaître de celle-ci et fut remplacée par un fatras de reproches mutuels à propos d'événements remontant au déluge et prenant maintenant une importance d'autant plus grande pour l'accusatrice que l'accusée les avait oubliés depuis longtemps. Finalement, elle dégénéra complètement pour aboutir à deux crises de larmes. Julie Lefront se leva et partit se réfugier dans sa chambre et Claire ne tarda pas à en faire autant. Restés seuls à table, Margaux et le papa de Claire se regardèrent consternés et impuissants avant de se lever de table.
— Bon ! Eh bien, il n'y a plus qu'à !
Et chacun monta essayer de consoler sa conjointe.
Lorsque Margaux rejoignit Claire dans leur chambre, elle y trouva sa compagne couchée à plat ventre sur le lit s'essuyant les yeux avec son mouchoir. Elle s'assit à côté d'elle et lui prit la tête pour la poser sur ses genoux. Elle lui caressa doucement les cheveux le temps qu'elle se calme. Au bout de quelques minutes, Claire grogna d'un ton vengeur.
Lorsque Margaux rejoignit Claire dans leur chambre, elle y trouva sa compagne couchée à plat ventre sur le lit s'essuyant les yeux avec son mouchoir. Elle s'assit à côté d'elle et lui prit la tête pour la poser sur ses genoux. Elle lui caressa doucement les cheveux le temps qu'elle se calme. Au bout de quelques minutes, Claire grogna d'un ton vengeur.
— Maman a le chic pour dire des choses blessantes !
— Tu n'étais pas en reste, il m'a semblé.
— Il fallait bien que je me défende !
— Je suis certaine que c'est ce que ta maman est en train de dire à ton papa.
— …
— En tout cas, c'était un très beau crêpage de chignons.
— Tu n'étais pas en reste, il m'a semblé.
— Il fallait bien que je me défende !
— Je suis certaine que c'est ce que ta maman est en train de dire à ton papa.
— …
— En tout cas, c'était un très beau crêpage de chignons.
Claire prit un ton gêné pour répondre.
— Tu as dû me trouver ridicule.
— Je vous ai trouvées toutes les deux ridicules et je crois que je n'ai pas été la seule. Bon ! Tu vas maintenant te mettre au lit et essayer de dormir. J'ai quelques petites choses à faire au premier et je te rejoins.
— Qu'est-ce que tu vas faire ?
— Il va bien falloir que quelqu'un se charge de desservir, de mettre en route le lave-vaisselle et de nettoyer la cuisine.
— Je vais venir avec toi.
— Non ! Toi tu vas au lit et tu essayes de dormir. Je n'en ai pas pour longtemps.
— Je vous ai trouvées toutes les deux ridicules et je crois que je n'ai pas été la seule. Bon ! Tu vas maintenant te mettre au lit et essayer de dormir. J'ai quelques petites choses à faire au premier et je te rejoins.
— Qu'est-ce que tu vas faire ?
— Il va bien falloir que quelqu'un se charge de desservir, de mettre en route le lave-vaisselle et de nettoyer la cuisine.
— Je vais venir avec toi.
— Non ! Toi tu vas au lit et tu essayes de dormir. Je n'en ai pas pour longtemps.
Claire se laissa passivement déshabiller par Margaux avant de se glisser entre les draps. Margaux l'embrassa tendrement et redescendit au premier où elle fut rejointe par Jérôme Lefront quelques minutes plus tard.
— Il me semblait bien avoir entendu du bruit.
— J'ai pensé qu'on pouvait considérer que le repas de ce soir était terminé. J'ai mis Claire au lit et je suis redescendue m'occuper de débarrasser la table et de ranger la cuisine.
— Laisse ça. Je vais m'en occuper.
— Non, non, ça ne me dérange pas.
— Alors on va s'y mettre à deux.
— Comment va la maman de Claire ?
— Elle est au lit elle aussi.
— Je suis désolée. Je crois que je suis un peu à l'origine de la dispute avec mes leçons de conduite.
— Non, je ne pense pas. Tu as juste été le déclencheur.
— Tu crois ?
— Je pense qu'un conflit entre mère et fille était inévitable. Claire a besoin d'affirmer son indépendance vis-à-vis de sa mère au moment où cette dernière commence à ressentir les premiers effets de la ménopause. C'est pour la femme une période difficile sur le plan physique et psychologique.
— Ça, je peux le comprendre mais, ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi le fait que nous nous installions Claire et moi chez ma mamie pose un problème.
— Nous ne voyons pas pourquoi vous quittez un joli logement très bien aménagé pour vous installer dans une maison qui ne présente pas d'avantages par rapport à lui. Nous avons eu l'impression que votre décision avait un contenu affectif qui s'exerçait à notre détriment et que c'était dû à ce qui s'est passé début janvier.
— Absolument pas ! D'abord, je te fais remarquer que moi, je ne déménage pas. Je vis chez ma mamie depuis un an et ne me suis installée chez Claire qu'au moment du confinement pour des raisons essentiellement pratiques même si j'en ai été ravie. Compte tenu de l'évolution de notre relation, évolution dont je passerai les détails, nous avons décidé de vivre dorénavant en couple, ce qui a pour conséquence que nous vivons maintenant en un lieu unique au lieu de vivre chacune de notre côté comme avant le confinement. Pourquoi avoir choisi la villa de ma mamie au lieu du deux pièces ? D'abord pour des raisons de confort. Nous disposons d'une magnifique chambre que Mamie a fait aménager spécialement pour moi en janvier dernier, d'un grand bureau pour travailler et de mon ancienne chambre transformée en bibliothèque. Pas besoin de faire le ménage, pas besoin de faire les courses, pas besoin de faire la cuisine. Nous pourrons consacrer cent pour cent de notre temps à nos études. Ensuite pour des raisons affectives. Depuis que j'habite chez elle, ma Mamie me gâte outrageusement. Elle ne sait pas quoi inventer pour me faire plaisir. Nous nous aimons énormément. Je ne sais pas si tu es au courant mais mes parents m'ont reniée depuis qu'ils savent que je vis avec Claire. Eh bien, Mamie a pris fait et cause pour moi et non seulement elle m'a prise en charge intégralement sur le plan financier mais elle a rompu tout contact avec mes parents et a décidé de m'adopter. Alors, quand elle nous a proposé de venir habiter chez elle, la décision s'est imposée d'elle-même. Nous perdons un peu en intimité mais y gagnons la tendresse de deux personnes qui nous aiment beaucoup et que nous aimons beaucoup.
— Deux personnes ?
— J'oubliais. Muriel est l'amie d'enfance de Mamie. Vers l'âge de trente ans, elles ont réalisé qu'elles ressentaient beaucoup plus que de l'amitié l'une pour l'autre. Compte tenu des mentalités de l'époque et voulant éviter le scandale, elles ont caché leur relation amoureuse pendant quarante-cinq ans. Dernièrement, elles ont décidé d'officialiser la chose. Elles se sont mariées et Muriel est venue s'installer chez Mamie.
— C'est l'ancienne psychiatre dont vous nous aviez parlé l'an dernier ?
— C'est bien elle.
— Celle qui s'est prise d'amitié pour Claire ?
— Oui. Je crois qu'elle apprécie le caractère simple et direct de Claire. Mais, tu sais, notre relation avec Muriel et Mamie est de moins en moins individualisée. C'est plutôt une relation de couple à couple. D'ailleurs, Mamie aussi aime beaucoup Claire.
— J'ai pensé qu'on pouvait considérer que le repas de ce soir était terminé. J'ai mis Claire au lit et je suis redescendue m'occuper de débarrasser la table et de ranger la cuisine.
— Laisse ça. Je vais m'en occuper.
— Non, non, ça ne me dérange pas.
— Alors on va s'y mettre à deux.
— Comment va la maman de Claire ?
— Elle est au lit elle aussi.
— Je suis désolée. Je crois que je suis un peu à l'origine de la dispute avec mes leçons de conduite.
— Non, je ne pense pas. Tu as juste été le déclencheur.
— Tu crois ?
— Je pense qu'un conflit entre mère et fille était inévitable. Claire a besoin d'affirmer son indépendance vis-à-vis de sa mère au moment où cette dernière commence à ressentir les premiers effets de la ménopause. C'est pour la femme une période difficile sur le plan physique et psychologique.
— Ça, je peux le comprendre mais, ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi le fait que nous nous installions Claire et moi chez ma mamie pose un problème.
— Nous ne voyons pas pourquoi vous quittez un joli logement très bien aménagé pour vous installer dans une maison qui ne présente pas d'avantages par rapport à lui. Nous avons eu l'impression que votre décision avait un contenu affectif qui s'exerçait à notre détriment et que c'était dû à ce qui s'est passé début janvier.
— Absolument pas ! D'abord, je te fais remarquer que moi, je ne déménage pas. Je vis chez ma mamie depuis un an et ne me suis installée chez Claire qu'au moment du confinement pour des raisons essentiellement pratiques même si j'en ai été ravie. Compte tenu de l'évolution de notre relation, évolution dont je passerai les détails, nous avons décidé de vivre dorénavant en couple, ce qui a pour conséquence que nous vivons maintenant en un lieu unique au lieu de vivre chacune de notre côté comme avant le confinement. Pourquoi avoir choisi la villa de ma mamie au lieu du deux pièces ? D'abord pour des raisons de confort. Nous disposons d'une magnifique chambre que Mamie a fait aménager spécialement pour moi en janvier dernier, d'un grand bureau pour travailler et de mon ancienne chambre transformée en bibliothèque. Pas besoin de faire le ménage, pas besoin de faire les courses, pas besoin de faire la cuisine. Nous pourrons consacrer cent pour cent de notre temps à nos études. Ensuite pour des raisons affectives. Depuis que j'habite chez elle, ma Mamie me gâte outrageusement. Elle ne sait pas quoi inventer pour me faire plaisir. Nous nous aimons énormément. Je ne sais pas si tu es au courant mais mes parents m'ont reniée depuis qu'ils savent que je vis avec Claire. Eh bien, Mamie a pris fait et cause pour moi et non seulement elle m'a prise en charge intégralement sur le plan financier mais elle a rompu tout contact avec mes parents et a décidé de m'adopter. Alors, quand elle nous a proposé de venir habiter chez elle, la décision s'est imposée d'elle-même. Nous perdons un peu en intimité mais y gagnons la tendresse de deux personnes qui nous aiment beaucoup et que nous aimons beaucoup.
— Deux personnes ?
— J'oubliais. Muriel est l'amie d'enfance de Mamie. Vers l'âge de trente ans, elles ont réalisé qu'elles ressentaient beaucoup plus que de l'amitié l'une pour l'autre. Compte tenu des mentalités de l'époque et voulant éviter le scandale, elles ont caché leur relation amoureuse pendant quarante-cinq ans. Dernièrement, elles ont décidé d'officialiser la chose. Elles se sont mariées et Muriel est venue s'installer chez Mamie.
— C'est l'ancienne psychiatre dont vous nous aviez parlé l'an dernier ?
— C'est bien elle.
— Celle qui s'est prise d'amitié pour Claire ?
— Oui. Je crois qu'elle apprécie le caractère simple et direct de Claire. Mais, tu sais, notre relation avec Muriel et Mamie est de moins en moins individualisée. C'est plutôt une relation de couple à couple. D'ailleurs, Mamie aussi aime beaucoup Claire.
Margaux avait répondu avec prudence car elle voulait éviter tout nouveau problème. Il y en avait déjà suffisamment comme ça. Heureusement Jérôme Lefront n'insista pas. Ils restèrent silencieux quelques instants puis Margaux reprit le dialogue.
— Dis-moi Jérôme !
— Oui, ma chérie ?
— Qu'est-ce qu'on fait demain ? On reste ou on retourne à Clermont-Ferrand ?
— Tu veux que je te réponde franchement ?
— C'est bien pour ça que je te pose la question.
— Si c'est pour que mon épouse et ma fille passent trois jours à se disputer et à se faire la gueule, je ne vois pas l'intérêt.
— Pour tout te dire, moi non plus. Je vais prévenir Claire qu'on part demain à la première heure.
— Moi, je vais expliquer à Julie que c'est toi et moi qui avons pris la décision d'un commun accord.
— Oui, ma chérie ?
— Qu'est-ce qu'on fait demain ? On reste ou on retourne à Clermont-Ferrand ?
— Tu veux que je te réponde franchement ?
— C'est bien pour ça que je te pose la question.
— Si c'est pour que mon épouse et ma fille passent trois jours à se disputer et à se faire la gueule, je ne vois pas l'intérêt.
— Pour tout te dire, moi non plus. Je vais prévenir Claire qu'on part demain à la première heure.
— Moi, je vais expliquer à Julie que c'est toi et moi qui avons pris la décision d'un commun accord.
En remontant rejoindre Claire, Margaux réalisa qu'elle s'était mise à tutoyer le papa de Claire et à l'appeler par son prénom. Curieusement, cela ne la gêna pas, bien au contraire.
XX CACOPHONIE
La rentrée universitaire approchait maintenant à grands pas. Elle paraissait devoir se dérouler normalement même si certains spécialistes prévoyaient une reprise de l'épidémie dans le courant de l'automne tout en ignorant son ampleur. Il semblait d'autre part que les enseignants avaient pris leurs précautions pour pouvoir assurer leurs cours en ”distanciel ” (quel mot barbare !) en cas de confinement ou de limitation du nombre d'étudiants pouvant suivre les cours en ”présentiel”. Les deux jeunes filles avaient décidé qu'en cas de limitation des présents, elles choisiraient de suivre les cours à distance. Si leur binôme fonctionnait aussi efficacement que l'année précédente, il n'y avait pas de raison pour que les choses ne se passent pas bien.
Sur le plan affectif, si on excluait, naturellement, la rupture des relations entre Margaux et ses parents, rupture à laquelle elle s'était résignée, tout allait bien. A Clermont-Ferrand, Muriel et Alice, sur un petit nuage depuis qu'elles s'étaient mariées multipliaient les attentions envers leurs jeunes protégées. A Montluçon, Jérôme Lefront avait rapporté à son épouse la conversation qu'il avait eue avec Margaux et Julie Lefront semblait être revenue à de meilleurs sentiments ; d'autant plus que, poussée par Margaux, Claire avait téléphoné à sa maman pour lui faire des excuses, bien que, lors de leur dispute, les torts aient été partagés. Julie Lefront avait apprécié l'attention et avait fait elle-même amende honorable. Leur relation était donc redevenue normale.
Ce fut Laura qui vint mettre la pagaille dans la famille Lefront.
Depuis quelques temps, une certaine tension régnait au sein du couple. L'idée que Laura et David se faisaient de leur vie professionnelle était une source de désaccord entre eux. Laura défendait l'idée que si on voulait faire carrière, il fallait prendre des risques et ne pas hésiter à changer de fonction, de lieu de travail et même de métier si une bonne occasion se présentait. David, qui s'était beaucoup assagi depuis qu'il était entré dans la vie active et qu'il était devenu papa, prônait la stabilité sur le plan professionnel aussi bien que géographique. Il rêvait plus d'un pavillon de banlieue que du conseil d'administration d'une société du CAC 40.
Depuis quelques temps, une certaine tension régnait au sein du couple. L'idée que Laura et David se faisaient de leur vie professionnelle était une source de désaccord entre eux. Laura défendait l'idée que si on voulait faire carrière, il fallait prendre des risques et ne pas hésiter à changer de fonction, de lieu de travail et même de métier si une bonne occasion se présentait. David, qui s'était beaucoup assagi depuis qu'il était entré dans la vie active et qu'il était devenu papa, prônait la stabilité sur le plan professionnel aussi bien que géographique. Il rêvait plus d'un pavillon de banlieue que du conseil d'administration d'une société du CAC 40.
Un soir que David revenait d'un séjour de trois jours pour une mission de conseil à Bordeaux, il trouva l'appartement vide. Il en fut d'autant plus surpris que, normalement, Laura et Gwendoline auraient dû être là puisqu'il était vingt heures et que la nounou ne gardait pas les enfants au-delà de dix-neuf heures. Il téléphona donc à cette dernière qui, un peu étonnée de son coup de fil lui apprit d'un ton sec que l'avant-veille, Laura lui avait annoncé qu'elle lui retirait la petite sans lui donner la moindre explication. Complètement déstabilisé, par un évènement auquel il ne comprenait rien, il se préparait à téléphoner à la police mais l'absence de Laura semblait volontaire car ses affaires et celles de la petite fille avaient disparu. Il se dit qu'elle devait bien lui avoir laissé un mot et chercha une lettre dans tout l'appartement. Ne trouvant rien, il descendit au rez-de-chaussée de l'immeuble pour vérifier le contenu de leur boîte aux lettres.
Celle-ci n'avait pas été relevée depuis plusieurs jours et contenait, entre autres, une lettre de Laura.
”Mon minou,
Surtout ne t'inquiète pas, tout va bien.
Je suis désolée de la mauvaise surprise que tu vas avoir car tu es un gentil garçon et je t'aime beaucoup. Si je ne t'ai pas prévenu à l'avance de mes intentions, c'est parce-que ma décision est prise et, connaissant ta position sur le sujet, j'ai décidé d'éviter une dispute inutile.
”Mon minou,
Surtout ne t'inquiète pas, tout va bien.
Je suis désolée de la mauvaise surprise que tu vas avoir car tu es un gentil garçon et je t'aime beaucoup. Si je ne t'ai pas prévenu à l'avance de mes intentions, c'est parce-que ma décision est prise et, connaissant ta position sur le sujet, j'ai décidé d'éviter une dispute inutile.
Le titulaire du poste de directeur de notre agence de Prague ayant été licencié, j'ai postulé à son poste et ma candidature a été acceptée.
Au moment où tu lis cette lettre, je suis à Prague avec Gwendoline. Je suis à l'hôtel en attendant de trouver un logement mais j'ai une nounou tchèque pour Gwendoline. Je l'ai eue par l'intermédiaire du consulat.
Au moment où tu lis cette lettre, je suis à Prague avec Gwendoline. Je suis à l'hôtel en attendant de trouver un logement mais j'ai une nounou tchèque pour Gwendoline. Je l'ai eue par l'intermédiaire du consulat.
Cette lettre n'est pas une lettre de rupture. Si tu le veux tu peux me rejoindre à Prague avec ou sans job. Mes revenus le permettent aisément. Mais je préfère te prévenir : j'ai décidé de mener une carrière internationale et Prague n'est qu'une étape.
Naturellement, tu pourras voir ta fille autant que tu le voudras mais à condition que ce soit à Prague. Il est hors de question que Gwendoline vienne en France sans moi et je ne pourrai pas prendre de congés avant au moins un an. Tu peux dire à tes parents qu'eux aussi pourront venir voir Gwendoline à Prague aussi souvent qu'ils le voudront. Ils seront toujours les bienvenus.
Voilà ! Si tu veux me joindre je te communique mon nouvel e-mail et mon nouveau numéro de portable société. Je te communiquerai mon adresse à Prague et un numéro de portable personnel dès que possible.
Bisous
Laura”
Complètement pris au dépourvu, David était incapable de réfléchir. Il se contenta donc d'aller se coucher mais ne parvint pas à dormir. Ses pensées oscillaient constamment entre ce qu'il pouvait faire, ce qu'il devait faire et ce qu'allaient dire ses parents. Il se posait de nombreuses questions mais n'avait aucune réponse. La seule chose qu'il fut capable de faire au petit matin fut de téléphoner à ses parents pour les prévenir.
Laura”
Complètement pris au dépourvu, David était incapable de réfléchir. Il se contenta donc d'aller se coucher mais ne parvint pas à dormir. Ses pensées oscillaient constamment entre ce qu'il pouvait faire, ce qu'il devait faire et ce qu'allaient dire ses parents. Il se posait de nombreuses questions mais n'avait aucune réponse. La seule chose qu'il fut capable de faire au petit matin fut de téléphoner à ses parents pour les prévenir.
Ces derniers, cueillis à froid, furent incapables de lui conseiller autre chose que de venir les voir à Montluçon. David se rendit donc à son travail comme d'habitude. Il alla voir son supérieur hiérarchique pour lui communiquer son compte rendu de chantier puis lui demanda l'autorisation de prendre quelques jours de congés, expliquant qu'il avait des problèmes familiaux. Fort de l'autorisation de ce dernier, il passa chez lui prendre quelques bagages et partit pour Montluçon où il arriva en milieu d'après-midi.
Il espérait plus ou moins se faire consoler et surtout se faire conseiller sur ce qu'il devait faire mais fut plutôt déçu dans ses attentes. Jérôme Lefront se contenta de faire des remarques fielleuses sur Laura dans le style ”ça ne m'étonne pas d'elle” ou ”cette fille est une arriviste”. Julie Lefront piqua une crise de rage, accusant surtout Laura d'ingratitude à son égard en la privant de sa petite fille. On eut dit que c'était elle qui était trahie et abandonnée par Laura.
Lorsque David parvint à orienter la discussion sur ce qu'il devait faire, ses parents commencèrent à faire des hypothèses et à lancer des idées plus ou moins sérieuses. Après une petite heure de discussion stérile, le silence s'établit. Chacun réfléchissait dans son coin. A un moment, presque sans y avoir réfléchi, Jérôme Lefront demanda à son fils :
— Tu as téléphoné à Claire ?
— Non ! Ça ne m'a pas paru urgent.
— Je crois que ça serait correct. Après tout c'est ta sœur ! Et en plus, c'est la marraine de Gwendoline.
— Alors, il faudra aussi que je téléphone à Henri ?
— Effectivement. Ce serait la moindre des choses.
— Je vais déjà téléphoner à Claire.
— Non ! Ça ne m'a pas paru urgent.
— Je crois que ça serait correct. Après tout c'est ta sœur ! Et en plus, c'est la marraine de Gwendoline.
— Alors, il faudra aussi que je téléphone à Henri ?
— Effectivement. Ce serait la moindre des choses.
— Je vais déjà téléphoner à Claire.
A Clermont-Ferrand, l'ambiance était sereine. Claire et Margaux étaient passées aux bureaux administratifs de la faculté pour compléter leur dossier d'inscription en deuxième année et récupérer le programme détaillé des cours du premier trimestre. Comme il faisait particulièrement beau ce jour-là, elles avaient décidé d'aller s'aérer au cours d'une petite promenade à la campagne en compagnie d'Alice et de Muriel. Ça avait été l'occasion d'observer les premiers vols de migrateurs se dirigeant vers le sud.
Après s'être mises à l'aise en rentrant de leur promenade, elles avaient rejoint Alice et Muriel dans la cuisine et elles étaient en train, toutes les quatre, de préparer, sans se presser, le repas du soir. Elles n'avaient naturellement pas besoin d'être quatre pour ça mais cela faisait partie des moments de convivialité de la journée, un de ces moments où on laisse ses soucis dehors pour s'occuper des gens qu'on aime. Les deux jeunes étaient en train de peler des carottes tout en bavardant lorsque le smartphone de Claire se fit entendre. Elle avait oublié de l'éteindre pour le repas et s'en excusa auprès des autres membres de la petite tribu, comme elles s'appelaient parfois en plaisantant.
— Allo ?
— Salut Claire ! C'est David. Vous allez bien Margaux et toi ?
— Très bien ! Qu'est-ce qui me vaut le plaisir de t'avoir au téléphone ?
— C'est pour t'annoncer que Laura est partie pour Prague.
— Oui ? … Et alors ?
— C'est tout ce que ça te fait ?
— Ben, je suppose que ce n'est pas la première fois qu'elle part en voyage d'affaire ? Ou alors, il y a quelque chose que je n'ai pas bien compris.
— Excuse-moi, je me suis mal exprimé. Pendant que j'étais en déplacement professionnel, Laura à plié armes et bagage et elle est partie avec Gwendoline s'installer à Prague où elle va diriger l'agence Tchèque de sa boîte. Je l'ai appris hier soir en rentrant. Elle m'a juste envoyé une lettre pour me prévenir. Le mieux, c'est que je te la lise.
— Salut Claire ! C'est David. Vous allez bien Margaux et toi ?
— Très bien ! Qu'est-ce qui me vaut le plaisir de t'avoir au téléphone ?
— C'est pour t'annoncer que Laura est partie pour Prague.
— Oui ? … Et alors ?
— C'est tout ce que ça te fait ?
— Ben, je suppose que ce n'est pas la première fois qu'elle part en voyage d'affaire ? Ou alors, il y a quelque chose que je n'ai pas bien compris.
— Excuse-moi, je me suis mal exprimé. Pendant que j'étais en déplacement professionnel, Laura à plié armes et bagage et elle est partie avec Gwendoline s'installer à Prague où elle va diriger l'agence Tchèque de sa boîte. Je l'ai appris hier soir en rentrant. Elle m'a juste envoyé une lettre pour me prévenir. Le mieux, c'est que je te la lise.
Ne voulant pas paraître indiscrètes, Alice et Muriel firent mine de quitter la cuisine mais Claire leur fit signe de rester et toute les quatre prirent connaissance de la lettre. Lorsque David fut arrivé à la fin, Claire réfléchit quelques instants avant de réagir.
— D'accord ! J'ai compris. Je suis désolée pour toi. Donc, tu n'étais pas au courant ?
— Non ! Elle ne m'en avait jamais parlé.
— Je ne suis pas très étonnée mais ça n'est pas le sujet. Qu'est-ce que tu vas faire ?
— Ben, je suis justement en train d'en discuter avec papa et maman et …
— Qu'est-ce que papa et maman viennent faire dans l'histoire ?
— Je suis à Montluçon.
— C'est très bien mais l'important c'est ce que te dit ton avocat, pas ce que te disent papa et Maman. Ils sont médecins, pas juristes !
— Ah oui ! Tu as raison ! Il faut que je consulte un avocat. Je vais essayer d'en trouver un. A ton avis, il vaut mieux que j'en prenne un ici où à Paris ?
— Ici, à Paris ou à pétaouchnoc, là où tu veux mais trouve-toi très vite un avocat ! C'est la première chose que tu aurais dû faire ! Je te rappelle qu'avec Laura vous n'êtes même pas pacsés. D'autre part, je n'y connais pas grand-chose en droit et encore moins en droit tchèque. Il n'y a peut-être aucun problème de ce côté-là mais il y en a peut-être une montagne. Je comprends que tu sois un peu chamboulé mais tu es un adulte, alors bouge-toi un peu les fesses ! Tu pourras plus tard pleurer sur ton sort.
— Non ! Elle ne m'en avait jamais parlé.
— Je ne suis pas très étonnée mais ça n'est pas le sujet. Qu'est-ce que tu vas faire ?
— Ben, je suis justement en train d'en discuter avec papa et maman et …
— Qu'est-ce que papa et maman viennent faire dans l'histoire ?
— Je suis à Montluçon.
— C'est très bien mais l'important c'est ce que te dit ton avocat, pas ce que te disent papa et Maman. Ils sont médecins, pas juristes !
— Ah oui ! Tu as raison ! Il faut que je consulte un avocat. Je vais essayer d'en trouver un. A ton avis, il vaut mieux que j'en prenne un ici où à Paris ?
— Ici, à Paris ou à pétaouchnoc, là où tu veux mais trouve-toi très vite un avocat ! C'est la première chose que tu aurais dû faire ! Je te rappelle qu'avec Laura vous n'êtes même pas pacsés. D'autre part, je n'y connais pas grand-chose en droit et encore moins en droit tchèque. Il n'y a peut-être aucun problème de ce côté-là mais il y en a peut-être une montagne. Je comprends que tu sois un peu chamboulé mais tu es un adulte, alors bouge-toi un peu les fesses ! Tu pourras plus tard pleurer sur ton sort.
Claire raccrocha furieuse.
— Quel imbécile !
— Tu n'es pas très compatissante, lui reprocha Margaux.
— Mais tu te rends compte ? Laura part à l'étranger avec Gwendoline et tout ce que trouve à faire ce grand dadais, c'est d'aller se réfugier chez papa et maman pour se faire consoler. S'il croit qu'il va résoudre son problème de cette manière, il n'est pas près de revoir sa fille.
— Peut-être qu'il n'y a pas grand-chose à faire, vu qu'ils ne sont pas mariés.
— Tu n'en sais rien, je n'en sais rien et il n'en sait rien ! Le droit, ce n'est pas une question d'opinion personnelle. Ils ne sont pas mariés mais il a reconnu Gwendoline à la naissance. Je suppose que cela compte mais seul un avocat peut traiter le problème.
— Tu n'es pas très compatissante, lui reprocha Margaux.
— Mais tu te rends compte ? Laura part à l'étranger avec Gwendoline et tout ce que trouve à faire ce grand dadais, c'est d'aller se réfugier chez papa et maman pour se faire consoler. S'il croit qu'il va résoudre son problème de cette manière, il n'est pas près de revoir sa fille.
— Peut-être qu'il n'y a pas grand-chose à faire, vu qu'ils ne sont pas mariés.
— Tu n'en sais rien, je n'en sais rien et il n'en sait rien ! Le droit, ce n'est pas une question d'opinion personnelle. Ils ne sont pas mariés mais il a reconnu Gwendoline à la naissance. Je suppose que cela compte mais seul un avocat peut traiter le problème.
Brusquement, des larmes apparurent dans les yeux de Claire et sa voix se mit à trembler.
— Ça n'est pas vrai que je ne suis pas quelqu'un de compatissant ! Je ne suis ni une brute ni une indifférente ! J'aime beaucoup David et je souhaite son bonheur.
Elle prit un ton véhément pour continuer.
— Mais je trouve qu'il réagit mollement comme si il était seul en cause ! L'important dans cette histoire, ce n'est pas lui et sa relation avec Laura. Bien sûr, ça a aussi de l'importance, mais le plus important c'est la petite ; c'est Gwendoline. Si David laisse Laura faire ce qu'elle veut en se contentant d'essayer de s'adapter, elle va aller se balader au bout du monde en trainant Gwendoline derrière elle et la petite ne reverra plus jamais son père. Dans cette histoire, ça va être Gwendoline la victime ; une petite fille privée de son papa simplement parce que sa maman est carriériste. Tu crois que c' est une manière saine d'élever un enfant ? Moi pas !
Quelques jours plus tard, David donna quelques nouvelles. Il était retourné en région parisienne et avait réussi à trouver un avocat spécialisé en droit international. Ce dernier allait constituer un dossier pour que David puisse obtenir que Gwendoline lui soit confiée au moins une partie des mois d'été. Étant donné que le ton de la lettre de Laura n'était ni agressif ni polémique, l'avocat n'était pas opposé à ce que David aille à Prague pour discuter avec elle et tenter de la convaincre d'adopter une position moins tranchée en ce qui concernait leur fille. Il restait néanmoins sceptique quant au résultat, surtout si David n'était pas capable d'aborder la discussion sereinement et sans esprit polémique. Il confirma d'autre part ce que craignait Claire, à savoir que la situation était complexe et qu'obtenir une décision de justice serait forcément long.
Quant à la faire appliquer…
La rentrée universitaire vint reléguer les problèmes matrimoniaux de David au second plan, au moins pour un temps. Une certaine tension régnait entre les deux jeunes filles et leurs protectrices. Claire et Margaux, ne voulaient pas imposer une organisation qui ne tiendrait compte que de leurs contraintes mais elles étaient anxieuses de conserver un degré d'efficacité du même niveau que celui de l'année précédente. De leur côté, les deux vieilles dames, stressaient complètement lorsqu'elles devaient les interrompre dans leur travail, en particulier au moment des repas. Mais , manger séparément revenait à vivre séparément et ce n'était pas ce qu'elles souhaitaient car, en semaine, c'était leur seul moment de convivialité. Ces petits problèmes finirent cependant par se régler à coup de tolérance, de bonne volonté et d'affection.
La rentrée universitaire vint reléguer les problèmes matrimoniaux de David au second plan, au moins pour un temps. Une certaine tension régnait entre les deux jeunes filles et leurs protectrices. Claire et Margaux, ne voulaient pas imposer une organisation qui ne tiendrait compte que de leurs contraintes mais elles étaient anxieuses de conserver un degré d'efficacité du même niveau que celui de l'année précédente. De leur côté, les deux vieilles dames, stressaient complètement lorsqu'elles devaient les interrompre dans leur travail, en particulier au moment des repas. Mais , manger séparément revenait à vivre séparément et ce n'était pas ce qu'elles souhaitaient car, en semaine, c'était leur seul moment de convivialité. Ces petits problèmes finirent cependant par se régler à coup de tolérance, de bonne volonté et d'affection.
Respecter un horaire fixe pour le repas de midi lorsqu'elles n'étaient pas à la fac et, surtout pour le repas du soir dont la confection se faisait à quatre contribua grandement à apaiser les tensions de même que le partage de la salle de bains, les deux jeunes filles se levant et se préparant de bonne heure et laissant à leurs ainées la disposition de celle-ci tout le reste de la journée.
*****
Une bonne nouvelle vint, par ailleurs, agrémenter cette rentrée universitaire.
Henri et Angélique allaient s'installer à Clermont-Ferrand.
Le père d'Henri était en relations avec un courtier en assurance qui exerçait son activité dans le secteur de Clermont-Ferrand. Ils s'appréciaient et évitaient de se faire de la concurrence. Henri avait effectué un stage chez ce courtier, stage qui s'était particulièrement bien passé, le jeune homme ayant fait montre de beaucoup de sérieux et d'un très bon contact client. L'homme était déjà âgé et son activité, qui nécessitait de nombreux déplacements, commençait à lui peser. Il était donc disposé à céder son portefeuille et à prendre sa retraite.
Henri et Angélique allaient s'installer à Clermont-Ferrand.
Le père d'Henri était en relations avec un courtier en assurance qui exerçait son activité dans le secteur de Clermont-Ferrand. Ils s'appréciaient et évitaient de se faire de la concurrence. Henri avait effectué un stage chez ce courtier, stage qui s'était particulièrement bien passé, le jeune homme ayant fait montre de beaucoup de sérieux et d'un très bon contact client. L'homme était déjà âgé et son activité, qui nécessitait de nombreux déplacements, commençait à lui peser. Il était donc disposé à céder son portefeuille et à prendre sa retraite.
Après en avoir longuement discuté avec son fils, l'oncle de Claire avait décidé de se porter acquéreur du portefeuille et d'en confier la gestion à son rejeton sous la houlette de l'ancien courtier qui acceptait, moyennant rémunération de rester pendant deux ans en tant que conseil, le temps qu'Henri soit capable de voler de ses propres ailes.
Comme Henri devait en même temps honorer de nombreux rendez-vous avec ses nouveaux clients et chercher un logement, il lui arrivait assez souvent de passer la nuit à Clermont-Ferrand. Ce fut donc tout naturellement qu'il fut invité un soir à dîner. Cela lui permit à la fois de faire la connaissance de Muriel et d'Alice et de résoudre son problème de logement. Le caractère aimable et la simplicité du garçon ainsi que l'affection que Claire ressentait pour lui le firent immédiatement adopter par les deux vieilles dames qui le bombardèrent de questions en particulier sur sa fiancée. Ce fut l'occasion pour Margaux de dresser un véritable panégyrique de la jeune fille qui devint rapidement l'objet de la curiosité d'Alice.
— Je suppose que vous n'allez pas habiter tout seul à Clermont-Ferrand et que votre fiancée va bientôt vous rejoindre.
— Naturellement ! mais il me faut trouver d'abord un meublé correct et pas trop cher car, au départ, nos moyens financiers seront limités. Je débute ma carrière professionnelle et Angélique va devoir trouver un nouveau travail à Clermont-Ferrand.
— Que cherche t'elle comme travail ?
— Elle est coiffeuse.
— Elle devrait trouver un poste assez facilement. La coiffure, c'est un commerce qui marche bien.
— Oui mais avec le confinement, il y en a qui ont dû licencier. Ça réembauche, mais lentement.
— Dis-moi, Claire ! Que vont faire tes parents de l'appartement où vous logiez, maintenant que vous n'en avez plus besoin ?
— Je ne sais pas. Je suppose qu'ils vont le mettre en location.
— Ils ne pourraient pas le prêter à ton cousin ? Ça lui donnerait le temps de se retourner.
— Je ne sais pas. Il faudrait le leur demander.
— Tu ne pourrais pas le faire ?
— Je veux bien mais je ne suis pas sûre que ce soit plus simple. Ce logement est un sujet sensible entre mes parents et moi.
— Holà ! Je ne veux pas être la cause de problèmes entre tes parents et toi, intervint Henri.
— Le problème existe déjà. Tu ne peux pas l'aggraver. Je pense qu'il vaut mieux que ce soit toi qui le leur demande.
— D'accord ! Je leur demanderai moi-même. En tout cas, merci pour le tuyau !
— Naturellement ! mais il me faut trouver d'abord un meublé correct et pas trop cher car, au départ, nos moyens financiers seront limités. Je débute ma carrière professionnelle et Angélique va devoir trouver un nouveau travail à Clermont-Ferrand.
— Que cherche t'elle comme travail ?
— Elle est coiffeuse.
— Elle devrait trouver un poste assez facilement. La coiffure, c'est un commerce qui marche bien.
— Oui mais avec le confinement, il y en a qui ont dû licencier. Ça réembauche, mais lentement.
— Dis-moi, Claire ! Que vont faire tes parents de l'appartement où vous logiez, maintenant que vous n'en avez plus besoin ?
— Je ne sais pas. Je suppose qu'ils vont le mettre en location.
— Ils ne pourraient pas le prêter à ton cousin ? Ça lui donnerait le temps de se retourner.
— Je ne sais pas. Il faudrait le leur demander.
— Tu ne pourrais pas le faire ?
— Je veux bien mais je ne suis pas sûre que ce soit plus simple. Ce logement est un sujet sensible entre mes parents et moi.
— Holà ! Je ne veux pas être la cause de problèmes entre tes parents et toi, intervint Henri.
— Le problème existe déjà. Tu ne peux pas l'aggraver. Je pense qu'il vaut mieux que ce soit toi qui le leur demande.
— D'accord ! Je leur demanderai moi-même. En tout cas, merci pour le tuyau !
Quelques jours plus tard, Henri rappela Claire. Il était tout joyeux.
— Je me suis mis d'accord avec tes parents. Ils nous prêtent le logement pendant six mois. Ensuite, ils nous le louent pour un montant équivalent aux charges de fonctionnement de la copropriété et à la taxe foncière, à charge pour nous de payer l'eau, l'électricité, le téléphone et la taxe d'habitation. C'est donné ! Surtout qu'il paraît qu'il est très bien équipé.
— Tout à fait ! Il y a tout ce qu'il faut comme électroménager, ustensiles de cuisine et vaisselle. Le mobilier est quasiment neuf. Il ne manque que le linge de maison mais je suppose que ça, c'est l'affaire d'Angélique.
— Exact ! Elle a déjà constitué elle-même son trousseau.
— Ça ne dérange pas ses parents que vous ne soyez pas mariés ?
— Oh non ! La seule personne que ça dérange, c'est Angélique. Et moi aussi, bien sûr !
— Eh bien, on est toutes bien contentes que vous ayez pu régler votre problème de logement. Angélique va pouvoir te rejoindre très vite.
— Justement, à ce propos, il faudrait que tu nous passe les clefs.
— Il te suffit de passer les prendre chez nous. Si on n'est pas là, c'est Alice ou Muriel qui pourront te les donner.
— C'est-à-dire qu'avec Angélique, on pensait qu'on pourrait venir dimanche vous prendre pour vous inviter à déjeuner. Après on irait tous les quatre visiter le logement.
— C'est gentil, mais ça n'est pas la peine de dépenser des sous en restaurant. Alice et Muriel seraient ravies de faire la connaissance d'Angélique. Elles proposent que vous veniez plutôt déjeuner à la maison.
— Moi, je veux bien mais tu sais combien Angélique est mal à l'aise face à de nouvelles têtes.
— Tu as vraiment tort de te faire du souci pour ça. Je suis certaine qu'elles vont l'adorer. Tu les as vues l'autre jour. Tu les as trouvées impressionnantes ? En plus, il va y avoir Margaux. On assiéra Angélique entre vous deux.
— Tout à fait ! Il y a tout ce qu'il faut comme électroménager, ustensiles de cuisine et vaisselle. Le mobilier est quasiment neuf. Il ne manque que le linge de maison mais je suppose que ça, c'est l'affaire d'Angélique.
— Exact ! Elle a déjà constitué elle-même son trousseau.
— Ça ne dérange pas ses parents que vous ne soyez pas mariés ?
— Oh non ! La seule personne que ça dérange, c'est Angélique. Et moi aussi, bien sûr !
— Eh bien, on est toutes bien contentes que vous ayez pu régler votre problème de logement. Angélique va pouvoir te rejoindre très vite.
— Justement, à ce propos, il faudrait que tu nous passe les clefs.
— Il te suffit de passer les prendre chez nous. Si on n'est pas là, c'est Alice ou Muriel qui pourront te les donner.
— C'est-à-dire qu'avec Angélique, on pensait qu'on pourrait venir dimanche vous prendre pour vous inviter à déjeuner. Après on irait tous les quatre visiter le logement.
— C'est gentil, mais ça n'est pas la peine de dépenser des sous en restaurant. Alice et Muriel seraient ravies de faire la connaissance d'Angélique. Elles proposent que vous veniez plutôt déjeuner à la maison.
— Moi, je veux bien mais tu sais combien Angélique est mal à l'aise face à de nouvelles têtes.
— Tu as vraiment tort de te faire du souci pour ça. Je suis certaine qu'elles vont l'adorer. Tu les as vues l'autre jour. Tu les as trouvées impressionnantes ? En plus, il va y avoir Margaux. On assiéra Angélique entre vous deux.
Les craintes d'Henri se révélèrent vaines. Angélique fut immédiatement adoptée par les deux vieilles dames attendries qui, dûment chapitrées par Claire, firent tout leur possible pour la mettre à l'aise. Autant la jeune fille pouvait être transparente lorsqu'elle était en terrain inconnu, autant elle pouvait se montrer gaie et charmante lorsqu'elle était à l'aise. Lorsque le quatre jeunes gens partirent en début d'après-midi pour aller visiter l'appartement qui allait devenir celui du jeune couple, Angélique se jeta au cou de Muriel et d'Alice qui lui firent promettre de revenir les voir bientôt.
La visite de l'appartement fut un véritable enchantement pour le jeune couple. Ils n'avaient jamais imaginé qu'ils habiteraient un tel logement. Ils se mirent à parcourir le petit appartement dans tous les sens, s'exclamant à chaque découverte, comme des enfants cherchant les œufs de pâques dans le jardin familial, sous le regard attendri et quelque peu nostalgique de Claire et Margaux qui avaient connu là leur première année de bonheur.
Le jeune couple avait exprimé son intention d'inaugurer immédiatement son premier logement et avait amené avec lui le trousseau d'Angélique ainsi que de quoi se changer et se laver. Les jeunes gens étaient donc venus avec deux voitures et Margaux et Claire s'en allèrent bientôt en laissant un panier de victuailles après avoir indiqué à Henri où se trouvait l'emplacement de parking qui correspondait à l'appartement.
Pendant le trajet de retour, Claire interrogea Margaux.
— Tu as remarqué comme Angélique était fébrile à la fin ? J'ai eu l'impression qu'elle avait hâte de nous voir partir.
Margaux éclata d'un rire joyeux.
— Moi, je sais pourquoi ! dit-elle en narguant sa compagne.
— Dis-moi !
— Ce soir, Angélique perd sa virginité.
— Oh ! Alors, ils vont sûrement se coucher tôt.
— Dis-moi !
— Ce soir, Angélique perd sa virginité.
— Oh ! Alors, ils vont sûrement se coucher tôt.
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Commentaires ()
Le deroulement de l’histoire est passionant et plein de rebondissement
J'ai pris plaisir à lire cette histoire, bien écrite et bien construite.
Les personnages sont attachants, certes un peu fleur bleue, mais j'aime bien .
Une remarque de forme quant à l'écriture, vous commencez beaucoup de vos phrases par la locution ça. Ce n'est pas très joli et alourdit un peu le texte.
Pas sûr de trouver plus égocentrique qu'elle, elle n'a même pas informé David de sa décision de partir travailler à Prague.