Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Si jolie — Chapitre 5
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Si jolie
Chapitre 5
Margaux ne parvenait pas à s'endormir. Chaque soir, c'était la même chose depuis déjà un certain temps. Elle ressassait toujours les mêmes idées moroses. Si ça continuait, elle allait être épuisée dès le réveil. Déjà, lorsqu'elle travaillait le soir avec Claire, elle avait tendance à somnoler après vingt-et-une heure. Claire avait fini par s'en apercevoir et prenant cela pour un problème de résistance avait décidé qu'elles feraient mieux d'arrêter de travailler plus tôt au lieu de terminer la soirée en travaillant mal. Mais ça ne résolvait pas grand-chose car elle ne s'endormait pas plus tôt pour autant et manquait toujours de sommeil.
Pourtant, depuis deux mois, tout semblait aller pour le mieux. Les cours à la fac se passaient bien et les deux amies se faisaient manifestement apprécier des enseignants. Le travail en binôme était une réussite et Claire était adorable. Les petites soirées du dimanche, devenues rituelles, clôturaient la semaine dans une tranquille béatitude. Malheureusement, quand elle se retrouvait seule le soir dans sa chambre, elle retrouvait toutes ses incertitudes. Elle aimait Claire, ça en tout cas elle en était certaine. Mais cet amour était en totale contradiction avec ce à quoi elle avait toujours cru jusque-là, à tout ce que ses parents lui avaient toujours enseigné. Son père disait toujours qu'aimer une personne du même sexe était au mieux une maladie mais le plus souvent une perversion. Que, d'ailleurs, il ne fallait pas confondre amour et sexe.
Bien sûr, elle trouvait qu'il exagérait un peu mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir honteuse de transgresser un interdit même si ce n'était qu'en pensée.
Tante Alice l'avait à plusieurs reprises invitée le dimanche à déjeuner, le plus souvent en compagnie de Muriel et ça s'était à chaque fois très bien passé. Elle aimait beaucoup sa grand-tante qui le lui rendait bien. Mais, dès que cette dernière lui posait une question sur son binôme, elle était envahie par une émotion qu'elle avait le plus grand mal à dominer et balbutiait une réponse évasive. Alice semblait s'en être aperçue et n'insistait pas. Muriel n'abordait jamais le sujet mais, lorsque Margaux se mettait à bafouiller, elle la regardait en lui souriant d'un air compréhensif en lui tapotant discrètement le dos de la main puis elle s'empressait de changer de sujet.
Tante Alice l'avait à plusieurs reprises invitée le dimanche à déjeuner, le plus souvent en compagnie de Muriel et ça s'était à chaque fois très bien passé. Elle aimait beaucoup sa grand-tante qui le lui rendait bien. Mais, dès que cette dernière lui posait une question sur son binôme, elle était envahie par une émotion qu'elle avait le plus grand mal à dominer et balbutiait une réponse évasive. Alice semblait s'en être aperçue et n'insistait pas. Muriel n'abordait jamais le sujet mais, lorsque Margaux se mettait à bafouiller, elle la regardait en lui souriant d'un air compréhensif en lui tapotant discrètement le dos de la main puis elle s'empressait de changer de sujet.
Margaux était de plus en plus persuadée que Muriel avait compris qu'elle avait un problème et voulait l'aider. Elle avait très envie de se confier mais elle n'arrivait pas à se décider. On ne l'avait jamais vraiment prise au sérieux et elle craignait d'être une nouvelle fois prise pour une gamine aux amours de collégienne. En plus, elle ne savait pas trop comment s'y prendre pour demander à la voir.
Un dimanche où elle avait été de nouveau invitée par Alice, et où elle avait sans arrêt redouté que celle-ci l'interroge sur son binôme, ce qui ne fut d'ailleurs pas le cas, elle prit son courage à deux mains et, profitant d'un bref instant où elle étaient seules, osa enfin demander timidement à Muriel :
— Muriel, est-ce que je pourrais … Bien entendu elle commença à bafouiller mais Muriel vint tout de suite à son secours.
— Passe me voir chez moi samedi prochain vers dix-sept heures. On prendra le thé toutes les deux en bavardant. C'est au douze rue Garance. Tu as toujours la carte que je t'ai donnée ?
— Oui. Merci beaucoup.
— Passe me voir chez moi samedi prochain vers dix-sept heures. On prendra le thé toutes les deux en bavardant. C'est au douze rue Garance. Tu as toujours la carte que je t'ai donnée ?
— Oui. Merci beaucoup.
Elle quitta Muriel enchantée. Elle avait déjà l'impression d'aller mieux. Lorsqu'elle se retrouva avec Claire en fin d'après-midi, elle se laissa aller à un sentiment d'euphorie qu'elle exprima par des rires et des gestes tendres à destination d'une Claire aussi ravie qu'étonnée. Mais le soir, couchée dans son lit, ses incertitudes reprirent le dessus et elle resta les yeux grands ouverts dans le noir jusque tard dans la nuit. Quand le matin arriva, elle était déjà fatiguée. Elle avala un mug de café noir sans sucre et se lança courageusement à l'assaut de cette nouvelle journée. L'important, c'était de tenir le coup pendant la journée même s'il fallait pour cela ingurgiter des tonnes d'excitant.
Lorsque Claire remarqua que son amie n'arrêtait pas de consommer du café, elle s'en alarma immédiatement.
Lorsque Claire remarqua que son amie n'arrêtait pas de consommer du café, elle s'en alarma immédiatement.
— Tu vas t'esquinter la santé si tu continues. C'est de fortifiants que tu as besoin, pas d'excitants.
Margaux fut bien obligée d'avouer que si elle était fatiguée, c'était parce qu'elle n'arrivait pas à s'endormir le soir, mais cette explication inquiéta encore davantage Claire qui s'était mise carrément à la materner.
Margaux se disait parfois qu'il ne faudrait pas l'encourager beaucoup pour que, le soir venu, elle l'accompagne jusqu'à sa chambre, la mette au lit, lui lise (pourquoi pas) une petite histoire pour l'endormir et quitte la chambre sur la pointe des pieds après avoir éteint la lumière. Elle devait cependant s'avouer un peu honteuse qu'elle n'aurait pas détesté ça, à ceci près qu'elle n'aurait pas détesté non plus qu'au lieu de s'en aller, elle la rejoigne dans le lit et la prenne dans ses bras. Ça ! ça pourrait vraiment l'aider à s'endormir !
Margaux se disait parfois qu'il ne faudrait pas l'encourager beaucoup pour que, le soir venu, elle l'accompagne jusqu'à sa chambre, la mette au lit, lui lise (pourquoi pas) une petite histoire pour l'endormir et quitte la chambre sur la pointe des pieds après avoir éteint la lumière. Elle devait cependant s'avouer un peu honteuse qu'elle n'aurait pas détesté ça, à ceci près qu'elle n'aurait pas détesté non plus qu'au lieu de s'en aller, elle la rejoigne dans le lit et la prenne dans ses bras. Ça ! ça pourrait vraiment l'aider à s'endormir !
— Ma puce, tu ne peux pas rester comme ça. Je vais te prendre un rendez-vous. Ou bien, je pourrais t'amener avec moi le week-end prochain à Montluçon. Maman pourrait t'examiner. Je suis sûre que mes parents seraient ravis de faire ta connaissance. Je vais leur téléphoner ce soir pour leur demander conseil et les prévenir que je t'amène avec moi. Dans l'état où tu es, je ne vais certainement pas te laisser seule.
— C'est gentil mais j'ai déjà rendez-vous samedi avec une amie de ma tante Alice.
— Elle est médecin ?
— Oui, bien sûr sinon je n'irais pas la voir.
— Tu n'as pas peur qu'elle soit trop vieille ?
— Tu ne vas pas faire du racisme antivieux tout de même ! Et puis, je la connais déjà et je t'assure qu'elle est très bien. J'ai un très bon contact avec elle.
— Mais, ma maman aussi elle est très bien.
— J'en suis sûre mais je préfère être en contact avec quelqu'un qui est sur Clermont-Ferrand.
— C'est dommage, j'aurais bien voulu que tu fasses la connaissance de mes parents.
— Je suis sûre que tu trouveras une meilleure occasion.
— Bon, d'accord mais à une condition.
— Laquelle ?
— D'abord, c'est moi qui t'amène chez cette dame.
— Je veux bien, mais tu ne pourras pas assister à la consultation.
— Pourquoi ?
— Parce qu'une consultation chez une psy c'est très personnel.
— C'est une psy ?
— Oui.
— Mais alors, c'est grave ce que tu as !
— Mais non ! Il faut simplement qu'elle m'aide à trouver pourquoi j'ai des insomnies et surtout à trouver des solutions.
— En tout cas, moi je t'attends dans la voiture. Il ne faut pas que tu restes seule.
— Non ! Je ne veux pas. Je la vois à dix-sept heures et ça peut durer plusieurs heures si ça se trouve.
— Alors tu me téléphones dès que tu sors. Sinon, c'est moi qui vais avoir des insomnies.
— C'est promis !
— Et puis, le week-end suivant je t'emmène à Montluçon. Pour bien en profiter, on part dès la fin des cours et on restera jusqu'au dimanche soir. Si tu y tiens, on pourra amener de quoi un peu travailler mais avec tous tes soucis de santé il faut que tu te reposes et que je m'occupe enfin un peu de toi. Ça te fera le plus grand bien de te faire un peu niouniouter.
— Oui, maman !
— Oui, eh bien, ta maman, elle ferait bien de s'occuper un peu de toi au lieu d'aller se balader à pétaouschnok !
— C'est gentil mais j'ai déjà rendez-vous samedi avec une amie de ma tante Alice.
— Elle est médecin ?
— Oui, bien sûr sinon je n'irais pas la voir.
— Tu n'as pas peur qu'elle soit trop vieille ?
— Tu ne vas pas faire du racisme antivieux tout de même ! Et puis, je la connais déjà et je t'assure qu'elle est très bien. J'ai un très bon contact avec elle.
— Mais, ma maman aussi elle est très bien.
— J'en suis sûre mais je préfère être en contact avec quelqu'un qui est sur Clermont-Ferrand.
— C'est dommage, j'aurais bien voulu que tu fasses la connaissance de mes parents.
— Je suis sûre que tu trouveras une meilleure occasion.
— Bon, d'accord mais à une condition.
— Laquelle ?
— D'abord, c'est moi qui t'amène chez cette dame.
— Je veux bien, mais tu ne pourras pas assister à la consultation.
— Pourquoi ?
— Parce qu'une consultation chez une psy c'est très personnel.
— C'est une psy ?
— Oui.
— Mais alors, c'est grave ce que tu as !
— Mais non ! Il faut simplement qu'elle m'aide à trouver pourquoi j'ai des insomnies et surtout à trouver des solutions.
— En tout cas, moi je t'attends dans la voiture. Il ne faut pas que tu restes seule.
— Non ! Je ne veux pas. Je la vois à dix-sept heures et ça peut durer plusieurs heures si ça se trouve.
— Alors tu me téléphones dès que tu sors. Sinon, c'est moi qui vais avoir des insomnies.
— C'est promis !
— Et puis, le week-end suivant je t'emmène à Montluçon. Pour bien en profiter, on part dès la fin des cours et on restera jusqu'au dimanche soir. Si tu y tiens, on pourra amener de quoi un peu travailler mais avec tous tes soucis de santé il faut que tu te reposes et que je m'occupe enfin un peu de toi. Ça te fera le plus grand bien de te faire un peu niouniouter.
— Oui, maman !
— Oui, eh bien, ta maman, elle ferait bien de s'occuper un peu de toi au lieu d'aller se balader à pétaouschnok !
Lorsqu'elles quittèrent la fac à dix-sept heures, Claire alla tout d'abord garer sa voiture sur le parking du centre commercial.
— Attends-moi. Je vais faire une course. Je n'en ai pas pour longtemps.
Dix minutes plus tard, elle était de retour.
— Voilà ! Ça, c'est de la valériane en gélules. Tu en prends une heure avant de te coucher. Et ça, c'est de la vitamine C à prendre le matin au lever. La valériane ne peut pas te faire de mal. C'est un produit naturel. Ça aide à s'endormir. La vitamine C, ça réduit la fatigue. C'est mieux que de prendre des excitants. Mais surtout, n'en prends pas l'après-midi. Ça empêche de dormir.
Tout le restant de la semaine, Claire vérifia que Margaux prenait bien la valériane et la vitamine C qu'elle lui avait acheté. Le résultat fut loin d'être parfait car l'origine des insomnies de cette dernière n'avait pas disparu. Néanmoins elle arrivait à mieux (ou moins mal) dormir la nuit et à être plus en forme le matin pendant les cours.
Le samedi suivant, Claire la déposa devant la porte de l'immeuble où résidait Muriel et la laissa pour se rendre à Montluçon non sans lui avoir fait mille recommandations qu'elle n'écouta qu'à moitié et en lui faisant promettre avec insistance de lui téléphoner dès qu'elle en aurait fini.
L'immeuble devait dater du début des années quatre-vingt. Fort bien entretenu il disposait d'une entrée neuve et d'une solide porte munie de tous les éléments de sécurité nécessaires (fermeture automatique, digicode, interphone etc…) . Une batterie de sonnettes précisait le nom et l'étage de chaque occupant. Muriel habitait au deuxième étage. Margaux sonna et attendit. Quelques secondes plus tard elle entendit dans l'interphone la voix de Muriel l'invitant à entrer en même temps que le déclic de la porte. Elle pénétra dans l'immeuble et prit l'ascenseur. Quand elle arriva au deuxième étage, Muriel avait déjà ouvert la porte de son appartement.
— Bonjour mon chou ! Entre, enlève ton manteau et accroche le à cette patère. Je vais chercher le thé. Installe-toi pendant ce temps-là. C'est au fond à droite.
Margaux se dirigea au fond du couloir. Il y avait là une pièce comportant un bureau, une grande bibliothèque dont les portes vitrées laissaient apercevoir des étagères remplies de livres et décorées de quelques bibelots de valeur, trois fauteuils, un divan et une table roulante sur laquelle étaient posés des instruments médicaux. Les bois précieux et le cuir y régnaient en maitres. Margaux, ne sachant pas trop où elle devait s'asseoir resta debout en contemplant les tableaux qui ornaient tous les murs. Elle fut interrompue par Muriel qui revenait avec un chariot sur lequel trônaient une théière fumante, deux tasses, une carafe de jus d'orange, deux grands verres et une assiette pleine de gâteaux sucrés de diverses sortes.
— Pas cette pièce, mon chou ; la suivante. C'est plus intime.
La pièce suivante était un petit boudoir aux murs recouverts d'une tapisserie à fleurs jaune pâle sur fond blanc. Si le mobilier était, là aussi, en bois précieux, c'était un tissu d'ameublement de prix qui régnait à la place du cuir, créant une ambiance tranquille et rassurante amplifiée par une musique d'ambiance que diffusait en sourdine un haut-parleur invisible probablement dissimulé derrière un meuble de coin sur lequel trônait un imposant vase de porcelaine fine.
— Installe-toi sur la causeuse, mon chou ; tu y seras plus à l'aise.
La discrète élégance et la voix douce de Muriel renforçaient l'intimité et l'impression de sécurité diffusées par les lieux. Muriel prit un fauteuil et s'installa en face de Margaux, de l'autre côté de la table basse sur laquelle elle avait posé les tasses, la théière et les petits gâteaux. Elle se pencha pour remplir les deux tasses à thé et poussa l'une des deux vers Margaux.
— Je te laisse te servir toi-même pour le sucre et le citron. Pour les petits gâteaux, tu n'as qu'à te servir directement dans l'assiette.
Ayant dit cela, Muriel se carra dans son fauteuil en croisant les jambes et regarda Margaux sans rien dire en lui souriant d'un air engageant. La jeune fille comprit que Muriel attendait qu'elle engage la conversation mais elle en était bien incapable. Un accès de timidité et les raisons de sa visite lui rendaient la tâche quasi impossible. Muriel attendit quelques instants puis, hochant la tête de l'air de quelqu'un qui s'attendait à ce que les choses se passent ainsi, décida de parler la première.
— Je suis très contente que tu aies accepté mon invitation. Ce sera pour nous l'occasion de faire plus ample connaissance, de nous dire un peu qui nous sommes, quelle est notre vie et, pourquoi pas, échanger quelques petits secrets.
En quelques mots, elle avait déjà planté le décor. L'important, c'étaient les petits secrets, naturellement !
— Commençons par moi. Ça va être vite fait car j'ai surtout un passé sans grands événements, un présent plutôt routinier un avenir de vieillissement que j'espère tranquille aboutissant à une fin inéluctable sur laquelle aucun d'entre nous ne souhaite s'étendre.
— En résumé, après de ”brillantes études de médecine ”, j'ai ouvert un cabinet de médecin psychiatre, et j'ai exercé mon art jusqu'à soixante-huit ans, âge auquel je suis partie en retraite. Je partage mon temps entre la lecture, quelques conférences ou articles dans des revues spécialisées et le temps que je consacre à quelques amies choisies. Tu connais celle avec laquelle je suis la plus intime puisqu'il s'agit d'Alice, ta grand-tante avec qui nous sommes amies d'enfance. Comme tu le vois, ma vie, pour intéressante qu'elle ait été est somme toute assez banale et, à part quelques souvenirs de vacances qu'Alice et moi avons passées sur des îles paradisiaques ou dans des contrées sauvages et on peut la qualifier de long fleuve tranquille.
— En résumé, après de ”brillantes études de médecine ”, j'ai ouvert un cabinet de médecin psychiatre, et j'ai exercé mon art jusqu'à soixante-huit ans, âge auquel je suis partie en retraite. Je partage mon temps entre la lecture, quelques conférences ou articles dans des revues spécialisées et le temps que je consacre à quelques amies choisies. Tu connais celle avec laquelle je suis la plus intime puisqu'il s'agit d'Alice, ta grand-tante avec qui nous sommes amies d'enfance. Comme tu le vois, ma vie, pour intéressante qu'elle ait été est somme toute assez banale et, à part quelques souvenirs de vacances qu'Alice et moi avons passées sur des îles paradisiaques ou dans des contrées sauvages et on peut la qualifier de long fleuve tranquille.
Elle attendit quelques instants pour laisser à Margaux la possibilité d'enchainer puis continua.
— Mais, je crois que ce qui te concerne est beaucoup plus important car si à ton âge ton passé est encore des plus simples et se résume en général par le proverbe ”les gens heureux n'ont pas d'histoire”, ton présent est plein de contradictions et de problèmes à résoudre comme tous les garçons et les jeunes filles du même âge que toi. Quant à ton futur, il reste à construire, ce qui est très intéressant mais en même temps un peu angoissant.
— Mais quand on a dit ça, on n'a pas dit grand-chose et je suis impatiente de savoir comment tu te tires de toutes les difficultés que tu rencontres et qui sont sûrement nombreuses. Si au passage il se trouve quelque problème pour la résolution duquel je pourrais t'apporter une aide quelconque, n'hésite surtout pas à m'en parler. D'accord ?
— Mais quand on a dit ça, on n'a pas dit grand-chose et je suis impatiente de savoir comment tu te tires de toutes les difficultés que tu rencontres et qui sont sûrement nombreuses. Si au passage il se trouve quelque problème pour la résolution duquel je pourrais t'apporter une aide quelconque, n'hésite surtout pas à m'en parler. D'accord ?
Margaux comprit qu'on allait entrer dans le vif du sujet. La petite introduction de Muriel n'avait pas d'autre but que de dédramatiser la situation. Elle murmura.
— D'accord.
— Tu préfères que je te pose des questions ou bien tu aimes mieux parler des choses comme tu le sens ?
— Je crois que je préférerais que vous me posiez des questions.
— C'est comme tu veux mais, si tu changes d'avis, n'hésite pas. Je veux que l'échange soit le plus facile pour toi qu'il nous sera possible. Par contre, s'il te plaît, ne me vouvoie pas. Je ne suis pas une étrangère. Je suis en quelque sorte une grand-tante par alliance ou à défaut au moins ton amie.
— D'accord murmura de nouveau Margaux en rougissant.
— Bien ! Par où allons-nous commencer ? Voyons. Eh bien si nous parlions des raisons pour lesquelles tu as voulu faire des études de médecine. Ça vient de toi ou bien il y a une origine familiale ?
— Ça vient de moi.
— Et ça fait longtemps que tu as la vocation ?
— Oh oui, du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu être médecin.
— Remarque que c'est assez fréquent chez les enfants de vouloir faire un métier qui permet d'aider les autres : médecin, pompier, maître ou maîtresse d'école etc. …. Ce qui est intéressant, c'est de savoir pourquoi tu as continué à vouloir être médecin quand tu as grandi malgré la difficulté et la longueur des études qui sont connues de tout le monde.
— C'est à cause de mes grands-parents. Quand ils sont devenus vieux ils ont commencé à avoir des tas de problèmes de santé. Certains se faisaient bien soigner, d'autres non, mais tous ont eu des maladies. Ils ont fini par disparaître les uns après les autres. J'ai eu beaucoup de peine à chaque fois mais j'ai eu le sentiment que ceux qui avaient vécu le plus, longtemps étaient ceux qui s'étaient le mieux soignés. Alors, quand on a commencé à parler des déserts médicaux j'ai été révoltée. A quoi ça sert d'avoir la sécurité sociale et les mutuelles s'il n'y a pas de médecin pour soigner les gens ?
— Tu préfères que je te pose des questions ou bien tu aimes mieux parler des choses comme tu le sens ?
— Je crois que je préférerais que vous me posiez des questions.
— C'est comme tu veux mais, si tu changes d'avis, n'hésite pas. Je veux que l'échange soit le plus facile pour toi qu'il nous sera possible. Par contre, s'il te plaît, ne me vouvoie pas. Je ne suis pas une étrangère. Je suis en quelque sorte une grand-tante par alliance ou à défaut au moins ton amie.
— D'accord murmura de nouveau Margaux en rougissant.
— Bien ! Par où allons-nous commencer ? Voyons. Eh bien si nous parlions des raisons pour lesquelles tu as voulu faire des études de médecine. Ça vient de toi ou bien il y a une origine familiale ?
— Ça vient de moi.
— Et ça fait longtemps que tu as la vocation ?
— Oh oui, du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu être médecin.
— Remarque que c'est assez fréquent chez les enfants de vouloir faire un métier qui permet d'aider les autres : médecin, pompier, maître ou maîtresse d'école etc. …. Ce qui est intéressant, c'est de savoir pourquoi tu as continué à vouloir être médecin quand tu as grandi malgré la difficulté et la longueur des études qui sont connues de tout le monde.
— C'est à cause de mes grands-parents. Quand ils sont devenus vieux ils ont commencé à avoir des tas de problèmes de santé. Certains se faisaient bien soigner, d'autres non, mais tous ont eu des maladies. Ils ont fini par disparaître les uns après les autres. J'ai eu beaucoup de peine à chaque fois mais j'ai eu le sentiment que ceux qui avaient vécu le plus, longtemps étaient ceux qui s'étaient le mieux soignés. Alors, quand on a commencé à parler des déserts médicaux j'ai été révoltée. A quoi ça sert d'avoir la sécurité sociale et les mutuelles s'il n'y a pas de médecin pour soigner les gens ?
Margaux était tellement passionnée par son sujet qu'elle en aurait parlé des heures. Elle avait même oublié pourquoi elle était là. Mais Muriel n'avait pas oublié et, malgré l'attendrissement admiratif que suscitait le ton plein de passion du petit bout de chou qui lui faisait face, elle enchaîna.
— Bref, tu as la vocation et je ne serais pas étonnée que tu envisage plus tard une spécialité de gériatrie ?
— Exact !
— Alors dis-mois. Comment se sont passés ces premiers mois à la fac ?
— Exact !
— Alors dis-mois. Comment se sont passés ces premiers mois à la fac ?
On se rapprochait dangereusement du problème et Margaux perdit immédiatement son assurance. Elle répondit péniblement.
— Bien, je crois.
— Tu crois seulement ?
— Non, non, j'en suis sûre. Je suis contente.
— Les cours en amphi te plaisent ?
— Oui, beaucoup. C'est très intéressant. Les réponses de Margaux étaient de plus en plus plates.
— Les travaux dirigés et les TP aussi ?
— Oui, bien sûr.
— Et, si tu me parlais de ton binôme ? Ça se passe comment avec lui ?
— Tu crois seulement ?
— Non, non, j'en suis sûre. Je suis contente.
— Les cours en amphi te plaisent ?
— Oui, beaucoup. C'est très intéressant. Les réponses de Margaux étaient de plus en plus plates.
— Les travaux dirigés et les TP aussi ?
— Oui, bien sûr.
— Et, si tu me parlais de ton binôme ? Ça se passe comment avec lui ?
Margaux se figea complètement. Elle était incapable de prononcer le moindre mot. Elle regardait autour d'elle la pièce où elle se trouvait et qui lui semblait d'un seul coup menaçante. Partagée entre la peur et la honte, elle était prête à se lever et à partir en courant. Muriel la regardait en souriant d'un air légèrement interrogateur, attendant qu'elle se décide à répondre. Finalement, Margaux la regarda d'un air suppliant et parvint avec peine à prononcer deux mots qui étaient un appel au secours.
— C'est difficile !
Alors, Muriel se leva, vint s'asseoir près d'elle et la prit dans ses bras. Margaux enfouit son visage contre la poitrine de Muriel et se mit à sangloter. Ce n'était plus une psy qui interrogeait une patiente mais une adulte qui consolait une enfant en détresse. Muriel se contenta de la garder serrée contre elle en l'encourageant.
— Pleure tout ce que tu sais. Ne te retiens pas. Evacue tes émotions. Nous avons tout le temps.
Puis, quand les sanglots de la jeune fille commencèrent à se calmer, elle renouvela sa question presque en chuchotant.
— Tu peux me parler de ton binôme ?
Alors, entre deux hoquets, Margaux parvint enfin à répondre :
— Je l'aime !
Puis, s'arrêtant de pleurer mais en continuant à se pelotonner contre Muriel, elle répéta avec ferveur :
— Je l'aime !
Le dialogue allait pouvoir reprendre.
— Pourrais-tu m'expliquer pourquoi ça te pose un problème d'être amoureuse de ton binôme ?
— Eh bien, ça n'est tout de même pas normal !
— Pourquoi ? Tomber amoureuse de son binôme n'a rien d'anormal, sachant que quand on a choisi de travailler en binôme avec quelqu'un, c'est qu'on s'entend déjà plutôt bien avec lui. Mais, il y a peut-être quelque chose que je n'ai pas compris. Alors, on va reprendre les choses au début. Au fait, comment je dois l'appeler ce garçon ? Je ne vais pas l'appeler ”ton binôme ” à chaque fois.
— Elle s'appelle Claire.
— Eh bien, ça n'est tout de même pas normal !
— Pourquoi ? Tomber amoureuse de son binôme n'a rien d'anormal, sachant que quand on a choisi de travailler en binôme avec quelqu'un, c'est qu'on s'entend déjà plutôt bien avec lui. Mais, il y a peut-être quelque chose que je n'ai pas compris. Alors, on va reprendre les choses au début. Au fait, comment je dois l'appeler ce garçon ? Je ne vais pas l'appeler ”ton binôme ” à chaque fois.
— Elle s'appelle Claire.
Muriel la regarda d'un air ahuri.
— Celle-là, je ne l'avais pas vu venir !
Margaux fut prise d'un fou rire nerveux et inextinguible bientôt imitée par Muriel. Tout en hoquetant, la jeune fille remarqua.
— Si c'était un garçon, je ne serais pas ici.
Muriel reprit son sérieux la première.
— Pardonne-moi. J'ai manqué de professionnalisme. Je vieillis. J'étais partie sur un garçon. Si je t'avais tout de suite demandé des informations sur ton binôme, ça ne serait pas arrivé. Bon ! On a tout de même avancé. Est-ce que je me trompe en disant que ton problème ce n'est pas d'aimer ton binôme mais d'aimer Claire ?
— Non, c'est bien ça.
— Et tu trouves ça anormal.
— Voilà ! Et c'est pour ça que le soir je n'arrête pas d'y penser, que je n'arrive pas à dormir et que le matin je suis crevée.
— Tu as essayé de prendre quelque chose pour dormir ?
— Claire me fait prendre de la valériane le soir et de la vitamine C le matin.
— Elle est au courant de tes problèmes ?
— Oui. D'ailleurs elle voulait venir avec moi mais j'ai refusé.
— Elle est au courant des sentiments que tu éprouves à son égard ?
— Bien sûr que non ! Elle sait seulement que j'ai des insomnies. C'est pour ça qu'elle voulait venir avec moi. Elle m'a amenée en voiture et puis elle est partie à Montluçon chez ses parents. Tout à l'heure il faut que je lui téléphone pour la tenir au courant. Quand elle a su que tu étais psy, elle était aux cent coups. Si je ne lui téléphone pas elle sera très inquiète. Mais, je ne sais pas ce que je vais pouvoir lui raconter.
— Parle-moi un peu d'elle.
— Elle est merveilleuse !
— Mais encore ?
— Je l'aime.
— Ça je l'ai bien compris. Ce que je voudrais savoir c'est comment vous vous êtes connues, comment se passent vos journées etc…
— Non, c'est bien ça.
— Et tu trouves ça anormal.
— Voilà ! Et c'est pour ça que le soir je n'arrête pas d'y penser, que je n'arrive pas à dormir et que le matin je suis crevée.
— Tu as essayé de prendre quelque chose pour dormir ?
— Claire me fait prendre de la valériane le soir et de la vitamine C le matin.
— Elle est au courant de tes problèmes ?
— Oui. D'ailleurs elle voulait venir avec moi mais j'ai refusé.
— Elle est au courant des sentiments que tu éprouves à son égard ?
— Bien sûr que non ! Elle sait seulement que j'ai des insomnies. C'est pour ça qu'elle voulait venir avec moi. Elle m'a amenée en voiture et puis elle est partie à Montluçon chez ses parents. Tout à l'heure il faut que je lui téléphone pour la tenir au courant. Quand elle a su que tu étais psy, elle était aux cent coups. Si je ne lui téléphone pas elle sera très inquiète. Mais, je ne sais pas ce que je vais pouvoir lui raconter.
— Parle-moi un peu d'elle.
— Elle est merveilleuse !
— Mais encore ?
— Je l'aime.
— Ça je l'ai bien compris. Ce que je voudrais savoir c'est comment vous vous êtes connues, comment se passent vos journées etc…
Margaux s'efforça de raconter son histoire avec Claire sans omettre le moindre détail depuis leur rencontre le jour de la rentrée jusqu'aux soirées du dimanche. Elle parla de tout ce que Claire faisait pour lui faciliter la vie : les trajets en voiture, les repas, les livres et elle en oubliait.
— La semaine prochaine elle veut m'emmener à Montluçon. Elle dit que j'ai besoin de repos et de me faire niouniouter.
Elle n'avait pas parlé de la piscine. Elle n'était pas encore prête à avouer ce qu'elle ressentait quand elle contemplait Claire promenant sa plastique irréprochable le long des bassins.
— J'ai l'impression que c'est toujours elle qui décide. Je me trompe ?
— Ben, des fois on se dispute quand même.
— Ah bon ? Dans quels cas ?
— Elle veut toujours tout payer. Moi, ça me gêne alors je refuse. Mais je vois bien que ça lui fait de la peine. Elle dit que je suis sa petite sœur et que c'est pour ça qu'elle doit s'occuper de moi.
— Ça te plaît qu'elle s'occupe tout le temps de toi ?
— Oui, ça me plaît. C'est vrai. Je suis tellement heureuse quand je suis près d'elle.
— Je me demande si vous ne faites pas un transfert toutes les deux.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Elle se comporte davantage comme une mère poule que comme une grande sœur et toi, tu ne demandes que ça.
— Ben, des fois on se dispute quand même.
— Ah bon ? Dans quels cas ?
— Elle veut toujours tout payer. Moi, ça me gêne alors je refuse. Mais je vois bien que ça lui fait de la peine. Elle dit que je suis sa petite sœur et que c'est pour ça qu'elle doit s'occuper de moi.
— Ça te plaît qu'elle s'occupe tout le temps de toi ?
— Oui, ça me plaît. C'est vrai. Je suis tellement heureuse quand je suis près d'elle.
— Je me demande si vous ne faites pas un transfert toutes les deux.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Elle se comporte davantage comme une mère poule que comme une grande sœur et toi, tu ne demandes que ça.
Margaux rougit gênée et Muriel le remarqua.
— Ce n'est pas la peine de rougir, mon chou. Vous ne faites de mal à personne. Claire a un tempérament maternel qu'elle exprime à travers toi. Toi, tu as besoin de la tendresse qu'elle te témoigne et c'est bien naturel.
Margaux prit un ton rêveur pour répondre.
— Je crois que le moment que je préfère c'est le dimanche soir quand on regarde la télé. On s'assied l'une contre l'autre sous un grand plaid, elle me passe un bras autour des épaules et moi, je me serre contre elle. J'adore son odeur. De temps en temps, elle me fait un petit bisou dans les cheveux. C'est le bonheur. Des fois, je suis tellement bien que je m'endors.
— Et donc, si j'ai bien compris c'est ça qui te perturbe et te cause des insomnies. Tu as honte d'éprouver du bonheur quand tu es avec Claire.
— Non ! Pas du tout ! Je suis heureuse quand je suis avec elle et elle me manque quand je ne la vois pas.
— Et donc, si j'ai bien compris c'est ça qui te perturbe et te cause des insomnies. Tu as honte d'éprouver du bonheur quand tu es avec Claire.
— Non ! Pas du tout ! Je suis heureuse quand je suis avec elle et elle me manque quand je ne la vois pas.
Elle se contredisait et ne s'en apercevait même pas mais Muriel enchaina.
— Oui, elle te manque quand elle n'est pas là pour te passer un bras autour du cou et te faire un petit bisou dans les cheveux.
— Oui !
— Quand tu ne peux pas respirer sa bonne odeur.
— Oui !
— Et, cet amour que tu ressens pour elle, tu n'en as pas honte.
— Non !
— Tu en es même fière.
— Oui ! Elle le mérite !
— Et tu voudrais le crier au monde entier.
— OUI !!!
— Bien ! Tu as une photo d'elle ? J'aimerais bien pouvoir la visualiser.
— J'en ai une sur mon smartphone.
— Je peux la voir ?
— Oui !
— Quand tu ne peux pas respirer sa bonne odeur.
— Oui !
— Et, cet amour que tu ressens pour elle, tu n'en as pas honte.
— Non !
— Tu en es même fière.
— Oui ! Elle le mérite !
— Et tu voudrais le crier au monde entier.
— OUI !!!
— Bien ! Tu as une photo d'elle ? J'aimerais bien pouvoir la visualiser.
— J'en ai une sur mon smartphone.
— Je peux la voir ?
Margaux lui tendit son smartphone après avoir affiché la photo de Claire.
— Je vois. Elle est effectivement très belle. Mais , elle a en plus quelque chose… Je ne saurais dire quoi mais elle a quelque chose.
Muriel resta silencieuse quelques secondes en contemplant la photo avec fascination puis elle se reprit et rendit le smartphone à Margaux.
— Une dernière question : si tu es prête à crier au monde entier que tu aimes Claire, que tu aimes ses bras qui te serrent, sa tendresse et ses petits bisous et que tu en es fière, alors explique-moi pourquoi tu es ici ce soir. Qu'est-ce qui te trouble au point de te pourrir la vie ? Pourquoi cet appel au secours ?
Margaux la regardait d'un air traqué sans répondre. Muriel la serra de nouveau dans ses bras.
— C'est le plus difficile à dire, n'est-ce pas ma chérie ? Le ressentir est une chose, l'avouer en est une autre. Mais il faut bien que ça sorte. Qu'est-ce qui t'empêche de dormir le soir dans ton lit ?
Alors, la tête de nouveau enfouie contre le giron de Muriel et les yeux fermés, Margaux réussit à avouer, à s'avouer à elle-même, les véritables raisons de son angoisse.
— Quand je pense à Claire, le soir dans mon lit, je n'éprouve pas que de l'amour.
— Qu'éprouves-tu aussi, ma chérie ?
— J'éprouve aussi du désir.
— Qu'éprouves-tu aussi, ma chérie ?
— J'éprouve aussi du désir.
Elle se redressa et regarda Muriel complètement désemparée.
— Est-ce que suis perverse ?
Muriel la regarda d'un air troublé.
— Non, mon chou. Tu n'es pas perverse. Crois-moi, ça n'est pas ça, être perverse.
Elle se reprit.
— Être perverse, c'est aimer le mal pour le mal. Si tu étais perverse, désirer Claire ne te causerait pas de la honte mais du plaisir ou de l'envie. Un sentiment sincère n'est pas de la perversité. Dis-moi, comment t'es-tu rendue compte de ce désir ?
— Au début, c'était seulement son visage qui m'attirait. Si tu la connaissais ! Elle a un visage de madone. Elle est belle comme le jour. Je ne pouvais pas la regarder sans rêver du contact de ses lèvres sur les miennes. Et puis, il y a eu la piscine. Quand je l'ai vue avancer telle une reine, moulée dans un maillot une pièce,
— Au début, c'était seulement son visage qui m'attirait. Si tu la connaissais ! Elle a un visage de madone. Elle est belle comme le jour. Je ne pouvais pas la regarder sans rêver du contact de ses lèvres sur les miennes. Et puis, il y a eu la piscine. Quand je l'ai vue avancer telle une reine, moulée dans un maillot une pièce,
Elle devint écarlate.
— J'ai ressenti dans le ventre une sensation indescriptible. J'étais littéralement hypnotisée. Je crois, d'ailleurs que je n'étais pas la seule. Partout où elle passe, elle fait sensation.
Muriel resta quelques instants silencieuse avant de répondre.
— Si tu veux être en paix avec toi-même, il faut que tu prennes du recul. Pour cela, tu dois essayer d'analyser les données du problème. Je vois déjà deux pistes de réflexion. La première est l'origine du désir que tu ressens. Il me semble que si ce désir est la conséquence de l'amour que tu portes à Claire ce n'est pas la même chose que si c'est l'inverse ou si les deux sont indépendants. La deuxième piste est l'origine du jugement que tu portes sur ton désir. Est-ce que ce jugement est issu d'une réflexion personnelle, d'une tradition familiale, de lectures etc… et qu'elle valeur doit-on attribuer à cette ou ces origines ? Il y a certainement d'autres pistes de réflexion possibles. Tu les trouveras naturellement toute seule. Moi, je considère que je dois maintenant m'effacer. Mon rôle était de te faire prendre conscience de la véritable origine de tes angoisses. Tu es une jeune personne pleine de bon sens et d'intelligence. De grâce ! utilise ces deux qualités pour te forger tes propres opinions, sans te les faire imposer par Pierre, Paul ou Jacques. Crois-moi. Tu seras bien plus heureuse comme ça.
Margaux aurait bien voulu que Muriel continue à l'aider mais elle était bien obligée de constater qu'elle avait raison. Si la jeune fille voulait adhérer pleinement aux conclusions auxquelles elle aboutirait il fallait que les raisonnements permettant d'y aboutir viennent d'elle-même au lieu de lui être suggérés par quelqu'un d'autre. Elle exprima donc sa reconnaissance à Muriel et se préparait à prendre congé lorsque celle-ci la prit de vitesse.
— Tu sais ce qu'on va faire ? Je vais te raccompagner en voiture. J'en profiterai pour passer voir Alice. Je vais lui téléphoner.
— Tu veux que je débarrasse pendant ce temps-là ?
— Tu es gentille. Tu n'as qu'à mettre tout sur la table roulante et l'amener dans la cuisine. Tu te contenteras de verser le thé dans l'évier et de mettre de l'eau du robinet dans la théière.
— Tu veux que je débarrasse pendant ce temps-là ?
— Tu es gentille. Tu n'as qu'à mettre tout sur la table roulante et l'amener dans la cuisine. Tu te contenteras de verser le thé dans l'évier et de mettre de l'eau du robinet dans la théière.
Lorsque Margaux eut terminé, elle rejoignit Muriel qui était en train de téléphoner.
— D'accord, mais ne fais pas trop de choses. Tu sais que je mange peu le soir. Ah ! Voilà Margaux. Je vais lui demander. Alice demande si tu veux manger avec nous ce soir.
— Tu peux m'excuser auprès d'elle ? J'ai besoin d'être seule pour réfléchir à tout ce qu'on s'est dit. Et puis il faut que je téléphone à Claire.
— Très bien, je vais lui dire. Margaux te remercie mais elle a besoin d'être seule pour réfléchir… Cela ne te regarde pas. A tout à l'heure.
— Tu peux m'excuser auprès d'elle ? J'ai besoin d'être seule pour réfléchir à tout ce qu'on s'est dit. Et puis il faut que je téléphone à Claire.
— Très bien, je vais lui dire. Margaux te remercie mais elle a besoin d'être seule pour réfléchir… Cela ne te regarde pas. A tout à l'heure.
Margaux sourit discrètement. Muriel se comportait parfois de façon plutôt cavalière avec son amie mais celle-ci ne semblait pas en prendre ombrage. Elle devait sans doute en avoir l'habitude. Pendant le trajet, la jeune fille réfléchit à ce qu'elle allait raconter à Claire. Elle répugnait à lui mentir mais elle ne pouvait pas lui révéler la raison de ses angoisses. Elle opta finalement pour une solution médiane lui permettant de la rassurer tout en restant suffisamment vague pour ne pas trahir son secret. Elle savait quel ton elle devrait employer pour faire passer la pilule. De toute façon, il fallait qu'elle se comporte de manière plus active dans leur relation affective. Jusqu'à présent, Claire prenait l'initiative des câlins et des mots tendres. Elle allait rétablir l'équilibre. Claire le méritait bien.
Pour ne pas perturber son entretien avec Muriel, elle avait éteint son téléphone portable. Lorsqu'elle le ralluma il y avait trois appels et deux SMS, tous provenant de Claire qui s'inquiétait sûrement de ne pas avoir de nouvelles. Elle en devinait le contenu et préféra attendre d'être seule pour écouter les messages. Elle avait à peine pénétré dans sa chambre quand son téléphone se mit à sonner. C'était un nouvel appel de Claire. Elle était complètement hystérique.
— Margaux, c'est toi ?
— Oui, ma chérie. Je viens de rentrer et j'allais justement t'appeler.
— Ça fait plusieurs fois que je t'appelle mais tu ne réponds jamais ! J'étais morte d'inquiétude, moi !
— Oui, ma chérie. Je viens de rentrer et j'allais justement t'appeler.
— Ça fait plusieurs fois que je t'appelle mais tu ne réponds jamais ! J'étais morte d'inquiétude, moi !
Depuis qu'elle avait abandonné Margaux sur le bord du trottoir devant l'immeuble de la Psy, Claire se rongeait les sangs d'inquiétude. Elle n'aurait jamais dû la laisser seule. Il devait bien y avoir une salle d'attente où elle aurait pu patienter pendant la consultation. Sa présence à quelques pas de Margaux aurait sûrement rassuré cette dernière. Et puis, si Margaux avait de gros problèmes et que la Psy décrétait qu'il fallait l'hospitaliser pour une cure de sommeil, elle aurait été là pour s'occuper d'elle. Elle imaginait toutes sortes de situations, toutes plus catastrophiques les unes que les autres et se demandait si elle ne ferait pas mieux de retourner immédiatement à Clermont-Ferrand. Elle avait essayé de téléphoner mais Margaux avait dû éteindre son smartphone. La jeune fille s'était réfugiée dans sa chambre, avait envoyé balader ses parents qui s'inquiétaient de son état et elle alternait appels et SMS. Elle était au bord des larmes.
— Il fallait bien que j'éteigne mon portable chez Muriel, ma chérie. Muriel, c'est la psy. Je suis sûre que quand tes parents reçoivent un patient, ils n'ont pas envie d'être interrompus par des coups de fil intempestifs.
— Oui, mais moi je me faisais du souci !
— Ne t'en fais pas. Si un jour il m'arrivait quelque chose de grave, tu serais la première qui l'apprendrait.
— Tu promets ?
— Oui, ma chérie. C'est juré.
— J'aime bien quand tu me dis ”ma chérie ”.
— J'aime bien te le dire.
— Oui, mais moi je me faisais du souci !
— Ne t'en fais pas. Si un jour il m'arrivait quelque chose de grave, tu serais la première qui l'apprendrait.
— Tu promets ?
— Oui, ma chérie. C'est juré.
— J'aime bien quand tu me dis ”ma chérie ”.
— J'aime bien te le dire.
Mais, en disant ‘'ma chérie'' elle pensait ‘'mon amour'' car, ainsi que nous l'avons dit précédemment, Margaux était une romantique et elle en avait bien le droit.
— Alors, ça s'est passé comment ?
— Ça a été un peu difficile, mais Muriel m'a permis de comprendre ce qui me causait des insomnies. Ensuite elle m'a indiqué comment je pouvais résoudre mon problème toute seule en prenant du recul pour l'analyser.
— Et c'était quoi le problème ?
— Pour l'instant, je préfère garder ça pour moi mais j'espère bien pouvoir t'en parler un jour. Je te jure, en tout cas que, si un jour je dois en parler à quelqu'un, ce sera à toi et à personne d'autre.
— Je pourrais pourtant t'aider.
— Non, tu ne pourrais pas. Fais-moi confiance.
— Bon, d'accord !
— Tu as pu parler à tes parents pour le week-end prochain ?
— Oui ! Ils sont d'accord.
— Super ! Qu'est-ce que je suis contente !
— Tu vas voir ! Je suis sûre que Montluçon te plaira. La vieille ville est très jolie. On pourra aussi aller se promener sur les bords du Cher. Enfin, j'espère qu'il fera beau.
— Tu sais, s'il ne fait pas beau, ça n'est pas grave. Moi, du moment qu'on est ensemble, je n'ai besoin de rien d'autre.
— Tu le penses vraiment ?
— Bien sûr !
— Tu ne peux pas savoir comme tu me fais plaisir.
— Ça a été un peu difficile, mais Muriel m'a permis de comprendre ce qui me causait des insomnies. Ensuite elle m'a indiqué comment je pouvais résoudre mon problème toute seule en prenant du recul pour l'analyser.
— Et c'était quoi le problème ?
— Pour l'instant, je préfère garder ça pour moi mais j'espère bien pouvoir t'en parler un jour. Je te jure, en tout cas que, si un jour je dois en parler à quelqu'un, ce sera à toi et à personne d'autre.
— Je pourrais pourtant t'aider.
— Non, tu ne pourrais pas. Fais-moi confiance.
— Bon, d'accord !
— Tu as pu parler à tes parents pour le week-end prochain ?
— Oui ! Ils sont d'accord.
— Super ! Qu'est-ce que je suis contente !
— Tu vas voir ! Je suis sûre que Montluçon te plaira. La vieille ville est très jolie. On pourra aussi aller se promener sur les bords du Cher. Enfin, j'espère qu'il fera beau.
— Tu sais, s'il ne fait pas beau, ça n'est pas grave. Moi, du moment qu'on est ensemble, je n'ai besoin de rien d'autre.
— Tu le penses vraiment ?
— Bien sûr !
— Tu ne peux pas savoir comme tu me fais plaisir.
Il y avait une telle douceur dans la voix de Claire que Margaux en fut émue au point d'en avoir la gorge serrée. Comment avoir honte d'aimer un si belle personne !
Ce soir-là elle hésita quelques instants avant de prendre de la valériane car elle voulait rester éveillée afin d'analyser les différentes pistes que Muriel lui avait suggérées. Elle en prit néanmoins car elle avait pu vérifier que c'était plus un antistress qu'un somnifère. Elle se coucha tôt et se mit à réfléchir posément.
Ce soir-là elle hésita quelques instants avant de prendre de la valériane car elle voulait rester éveillée afin d'analyser les différentes pistes que Muriel lui avait suggérées. Elle en prit néanmoins car elle avait pu vérifier que c'était plus un antistress qu'un somnifère. Elle se coucha tôt et se mit à réfléchir posément.
Elle se souvenait très bien des premiers jours où elle avait fait la connaissance de Claire. Pourtant, elle ne parvenait pas à décider si elle était déjà amoureuse d'elle quand elle avait été si émue en la contemplant à la piscine dans ce maillot de bain qui mettait si bien en valeur ses formes voluptueuses. Aurait-elle été aussi émue si Claire avait été pour elle une inconnue ?
Mais, en fait, est-ce qu'elle n'était pas en train de se poser un faux problème ou, en tout cas le mauvais ? Son histoire avec Claire, que ce soit l'histoire d'une ”hétéro”, d'une ”homo” ou d'une ”bi”, amoureuse d'une autre fille, çà ne changeait absolument rien au fait qu'elle l'aimait et la désirait. La seule question qui se posait en réalité, c'était de savoir si c'était bien ou mal.
D'un côté il y avait ses parents qui disaient que c'était mal, de l'autre la loi qui disait le contraire. Quant à l'opinion publique, elle était partagée mais semblait plutôt évoluer vers plus de tolérance. L'opinion de ses parents lui paraissait plus dictée par la tradition que par la réflexion et était la plupart du temps exprimée de façon péremptoire, essentiellement par son père d'ailleurs. La loi était basée sur l'évolution des mœurs mais c'était plus la politique que la morale qui guidait le plus souvent son évolution. Alors, si la notion de bien ou de mal était avant tout une question de tradition ou de groupe de pression, où la vérité se trouvait elle ? Y avait-il seulement une vérité ? Au nom de quoi, quelqu'un pouvait-il s'arroger le droit de décider ce que devait penser son voisin ?
Elle se souvint alors du conseil que Muriel lui avait donné : ”Utilise ton intelligence et ton bon sens. Forges-toi ta propre opinion. Ne te la laisses pas imposer par autrui.”. Soit ! Eh bien, sa propre opinion, c'était qu'elle ne faisait de mal à personne. Ses pensées lui appartenaient. Elle ne prétendait les imposer à personne alors elle ne voyait pas pourquoi quelqu'un voudrait lui imposer les siennes. Si elle voulait rêver de Claire le soir en s'endormant, elle le ferait et ça ne regardait personne, ni son père, ni sa mère, ni tante Alice. Elle se souvint du coup de fil passé par Muriel à sa grand-tante. Elle lui avait dit ”ça ne te regarde pas”. Ça voulait bien dire ce que ça voulait dire.
Satisfaite de son raisonnement et des conclusions auxquelles elle avait abouti, elle se mit à rêvasser. Peu à peu ses pensées dérivèrent vers son amie et elle s'endormit au milieu d'une rêverie indécente dont celle-ci était le sujet principal et dont l'action se déroulait sur le lit de la chambre du deux pièces de Claire, leurs deux corps nus enroulés l'un autour de l'autre.
Quand elle se réveilla le lendemain matin, cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas aussi bien dormi. Elle repensa à sa rêverie de la veille. Non seulement elle n'en avait pas honte, mais elle se promettait de recommencer. Pour s'endormir, ça serait certainement aussi efficace que la valériane et beaucoup plus agréable.
*****
Elle avait commencé sa toilette du matin lorsque son téléphone sonna. Le beau visage de Claire apparut sur l'écran. Elle l'avait photographiée à l'aide de son smartphone alors qu'un rayon de soleil éclairait son profil et l'avait utilisé pour son répertoire. Un de ces jours, il faudrait qu'elle fasse une autre photo d'elle pour son fond d'écran. Il faudrait une photo ou on la verrait en pied. Si elle s'écoutait, elle la prendrait marchant en maillot de bain au bord de la piscine mais ce serait peut-être un peu trop sexy. Ou alors, le week-end prochain elle pourrait la photographier pendant qu'elles se promèneraient à Montluçon. Si le centre-ville était aussi joli que Claire le disait, elle n'aurait aucun mal à trouver un cadre la mettant en valeur. A condition naturellement qu'il fasse beau.
La veille, Claire avait eu du mal à s'endormir. Son coup de fil à Margaux ne l'avait qu'à moitié rassurée. Margaux semblait avoir tiré profit de sa visite chez la Psy mais comme elle ne lui avait donné aucun détail, elle ne lui avait pas permis de se faire une opinion sur son état réel. Elle continuait à se faire beaucoup de souci pour le bout de chou pour lequel elle éprouvait tant de tendresse.
— Elle en avait même rêvé …
— Elle l'avait bien déposée devant l'immeuble de la psy mais c'était un immeuble délabré dans un quartier malfamé. Elle était repartie en voiture mais elle avait des doutes. Il courait des bruits sur des disparitions mystérieuses de jeunes filles. Elle retourna à l'endroit où elle avait laissé son amie. A la place de l'immeuble, se trouvait un hangar surveillé par des individus à la mine patibulaire. Elle parvint malgré tout à pénétrer dans le hangar qui était occupé par une véritable armée de malfrats assis dans de larges fauteuils de cuir, fumant de gros cigares et buvant tout en la regardant en riant. Ils semblaient se moquer d'elle et elle ne comprenait pas pourquoi. Puis elle remarqua qu'ils ressemblaient tous à Freddy. Ça devait être pour ça qu'ils se moquaient d'elle, mais ça faisait tout de même une grande famille. Elle se faufila entre les fauteuils jusqu'au fond de cet immense dortoir. Elle y découvrit Margaux vêtue uniquement de son petit maillot de bain à jupette, bâillonnée et attachée à l'aide de menottes aux montants du lit. Elle réussit à couper les menottes avec un couteau à pain qu'elle avait trouvé sur la table de chevet et s'enfuit de la cuisine en portant à cheval sur ses épaules une Margaux déchainée et complètement nue qui lui hurlait de se dépêcher car le train allait bientôt partir. Lorsqu'enfin celui-ci décolla, Margaux s'assit sur ses genoux et elles s'embrassèrent follement. Margaux lui disait qu'elle l'aimait et elle lui disait, elle aussi, qu'elle l'aimait.
— Je t'aime Claire !
— Je t'aime Margaux !
— Elle l'avait bien déposée devant l'immeuble de la psy mais c'était un immeuble délabré dans un quartier malfamé. Elle était repartie en voiture mais elle avait des doutes. Il courait des bruits sur des disparitions mystérieuses de jeunes filles. Elle retourna à l'endroit où elle avait laissé son amie. A la place de l'immeuble, se trouvait un hangar surveillé par des individus à la mine patibulaire. Elle parvint malgré tout à pénétrer dans le hangar qui était occupé par une véritable armée de malfrats assis dans de larges fauteuils de cuir, fumant de gros cigares et buvant tout en la regardant en riant. Ils semblaient se moquer d'elle et elle ne comprenait pas pourquoi. Puis elle remarqua qu'ils ressemblaient tous à Freddy. Ça devait être pour ça qu'ils se moquaient d'elle, mais ça faisait tout de même une grande famille. Elle se faufila entre les fauteuils jusqu'au fond de cet immense dortoir. Elle y découvrit Margaux vêtue uniquement de son petit maillot de bain à jupette, bâillonnée et attachée à l'aide de menottes aux montants du lit. Elle réussit à couper les menottes avec un couteau à pain qu'elle avait trouvé sur la table de chevet et s'enfuit de la cuisine en portant à cheval sur ses épaules une Margaux déchainée et complètement nue qui lui hurlait de se dépêcher car le train allait bientôt partir. Lorsqu'enfin celui-ci décolla, Margaux s'assit sur ses genoux et elles s'embrassèrent follement. Margaux lui disait qu'elle l'aimait et elle lui disait, elle aussi, qu'elle l'aimait.
— Je t'aime Claire !
— Je t'aime Margaux !
…
— Au matin, quand elle se réveilla, elle se souvenait parfaitement de ce rêve complètement loufoque et, rien que pour le plaisir, elle se le repassa plusieurs fois en boucle, surtout la fin. Puis elle réalisa que les sentiments qu'elle éprouvait dans son rêve correspondaient très exactement à ceux qu'elle éprouvait réellement : l'inquiétude que provoquait chez elle l'état de Margaux et surtout l'amour qu'elle ressentait pour cette dernière. Son rêve était peut-être loufoque mais pas ses sentiments. Depuis qu'elles se connaissaient, elle éprouvait des sentiments qu'elle prenait pour la tendresse qu'une grande sœur peut ressentir pour sa petite sœur mais c'était bien plus que ça.
Elle chuchota pour elle-même avec ravissement :
— Je t'aime Margaux.
Elle aimait Margaux de toute son âme. C'était comme ça ! Elle ne se posait même pas la question de savoir si c'était bien ou mal. La seule chose qui l'intéressait, c'était de savoir comment le lui dire. Il fallait absolument qu'elle retourne à Clermont-Ferrand tout de suite et lui dise qu'elle l'aimait, mais elle ne savait pas du tout comment s'y prendre. Elle avait beau se dire qu'elle trouverait bien comment présenter les choses le moment venu, elle avait tout de même le trac ; un énorme trac !
Ravie du coup de fil imprévu de Claire, Margaux décrocha.
— Claire ? C'est gentil de me téléphoner !
— Je t'appelle pour prendre de tes nouvelles. Comment as-tu dormi cette nuit ?
— Très bien ! Je me suis endormie en pensant à toi.
— C'étaient des pensées agréables, j'espère !
— Très agréables !
— Ça veut dire que tout va bien alors ?
— Oui, si ce n'est que tu me manques.
— Justement, je voulais te demander si ça te ferait plaisir que je passe te chercher plus tôt aujourd'hui, disons vers quinze heures, quinze heures trente.
— Bien sûr que ça me ferait plaisir ! mais, et tes parents ? Qu'est-ce qu'ils vont dire si tu les quittes si tôt ?
— Je leur ai expliqué que nous avons beaucoup de révisions à faire pour les partiels et que, comme nous travaillerons moins le prochain week-end, il faut qu'on travaille plus ce week-end pour compenser.
— Tu veux qu'on travaille cet après-midi ?
— Bien sûr que non, mais on n'est pas obligées de leur dire. Et puis, tes problèmes d'insomnie, ça me perturbe beaucoup. Au moins, si tu as un problème quand je suis à Clermont-Ferrand je peux être auprès de toi en dix minutes. Si je suis à Montluçon il me faut pas loin de deux heures.
— Je t'appelle pour prendre de tes nouvelles. Comment as-tu dormi cette nuit ?
— Très bien ! Je me suis endormie en pensant à toi.
— C'étaient des pensées agréables, j'espère !
— Très agréables !
— Ça veut dire que tout va bien alors ?
— Oui, si ce n'est que tu me manques.
— Justement, je voulais te demander si ça te ferait plaisir que je passe te chercher plus tôt aujourd'hui, disons vers quinze heures, quinze heures trente.
— Bien sûr que ça me ferait plaisir ! mais, et tes parents ? Qu'est-ce qu'ils vont dire si tu les quittes si tôt ?
— Je leur ai expliqué que nous avons beaucoup de révisions à faire pour les partiels et que, comme nous travaillerons moins le prochain week-end, il faut qu'on travaille plus ce week-end pour compenser.
— Tu veux qu'on travaille cet après-midi ?
— Bien sûr que non, mais on n'est pas obligées de leur dire. Et puis, tes problèmes d'insomnie, ça me perturbe beaucoup. Au moins, si tu as un problème quand je suis à Clermont-Ferrand je peux être auprès de toi en dix minutes. Si je suis à Montluçon il me faut pas loin de deux heures.
Margaux sourit amusée. Claire était parfois capable d'inventer de fausses excuses quand elle voulait faire passer une décision discutable. Mais comme elle était elle-même ravie à l'idée d'être avec elle tout l'après-midi, elle se contenta de répondre ironiquement.
— Eh bien, puisque c'est juste pour te rassurer, je suis naturellement ravie que tu passes plus tôt.
— Tu sais, ça n'est pas seulement pour me rassurer.
— Je sais bien, ma chérie. Moi aussi j'ai très envie de passer plus de temps avec toi.
— Tu ne veux vraiment pas me dire ce que t'a dit la psy ?
— Non ! c'est trop tôt.
— Alors, à tout à l'heure.
— A tout à l'heure et sois prudente sur la route.
— Tu sais, ça n'est pas seulement pour me rassurer.
— Je sais bien, ma chérie. Moi aussi j'ai très envie de passer plus de temps avec toi.
— Tu ne veux vraiment pas me dire ce que t'a dit la psy ?
— Non ! c'est trop tôt.
— Alors, à tout à l'heure.
— A tout à l'heure et sois prudente sur la route.
Margaux raccrocha songeuse. Sa relation avec Claire évoluait sans cesse vers plus d'intimité et, petit à petit, elles passaient de plus en plus de temps ensemble. Leurs échanges, en particulier téléphoniques, contenaient de plus en plus de mots tendres et d'allusions au besoin d'être ensemble.
Pourtant, pas une seule fois elles n'avaient fait allusion à un sentiment amoureux. La tendresse qu'elles éprouvaient l'une pour l'autre était évidente. L'amour qu'elle-même ressentait était total. Les sentiments de Claire étaient plus ambigus. Parfois, le ton que celle-ci employait pour lui parler était d'une douceur que Margaux avait envie de qualifier d'amoureuse. A d'autres moments par contre, elle exprimait plus les inquiétudes d'une mère pour son enfant. Décidément, Claire lui posait bien des problèmes ! Mais, en toute honnêteté, elle était heureuse de leur relation. La vie la gâtait ces derniers mois.
Lorsque, comme promis, Claire arriva en début d'après-midi, Margaux, complètement euphorique, l'accueillit avec des transports d'allégresse. Elle se jeta dans ses bras et se serra contre elle. Claire, ravie, la serra à son tour dans ses bras.
— Dis-donc ! En voilà un accueil !
— Je suis tellement contente que tu sois venue plus tôt. Je m'ennuie de toi quand tu n'es pas là.
— Je suis tellement contente que tu sois venue plus tôt. Je m'ennuie de toi quand tu n'es pas là.
Elle avait conscience qu'en disant ce genre de choses, elle faisait pression sur Claire mais la réponse de celle-ci la rassura immédiatement.
— Moi aussi je m'ennuie quand je vais à Montluçon. J'avais hâte de rentrer.
Margaux était sur un petit nuage. Elle manquait elle aussi à Claire lorsqu'elles étaient loin l'une de l'autre et celle-ci ne s'en cachait plus. Chaque jour elles se rapprochaient l'une de l'autre d'un petit pas et, de petit pas en petit pas, le tout dernier n'était sans doute plus très éloigné. C'était ce qu'elle espérait, en tout cas.
Elles se dirigèrent vers la petite FIAT blanche.
Elles se dirigèrent vers la petite FIAT blanche.
— Ça te dirait qu'on aille prendre un thé en ville ? Je connais un salon de thé sympa en plein centre qui ouvre le dimanche après-midi. Ils font de très bons gâteaux. Moi, j'adore leurs tartelettes aux poires, surtout celles avec des amandes. Je ne sais pas ce qu'ils mettent dans leur crème pâtissière mais elle est délicieuse.
Elles se rendirent en centre-ville et se garèrent place de Jaude avant de se diriger à pied vers une petite rue donnant sur la place et dans laquelle se trouvait le salon de thé.
C'était un salon de thé dont les propriétaires étaient anglais. Ils avaient tenu à donner à leur établissement un caractère franchement anglo-saxon, intime et confortable à base de bois teinté et verni, de cuir et de tissu écossais. Quelques reproductions de peintres anglais représentant des scènes de chasses complétaient la décoration. La salle était bordée d'une série de box séparés les uns des autres par des cloisons à mi-hauteur. Un endroit parfait pour les passions romantiques. Bien entendu, les prix allaient de pair avec le confort mais c'était justifié par la qualité des nombreuses variétés de thé et de pâtisseries toutes plus alléchantes les unes que les autres.
C'était un salon de thé dont les propriétaires étaient anglais. Ils avaient tenu à donner à leur établissement un caractère franchement anglo-saxon, intime et confortable à base de bois teinté et verni, de cuir et de tissu écossais. Quelques reproductions de peintres anglais représentant des scènes de chasses complétaient la décoration. La salle était bordée d'une série de box séparés les uns des autres par des cloisons à mi-hauteur. Un endroit parfait pour les passions romantiques. Bien entendu, les prix allaient de pair avec le confort mais c'était justifié par la qualité des nombreuses variétés de thé et de pâtisseries toutes plus alléchantes les unes que les autres.
Elles choisirent un petit box isolé et commandèrent deux tartelettes et deux thés à la bergamote. Elles passèrent une petite heure à bavarder de tout et de rien en se tournant l'une autour de l'autre avec timidité, sans oser s'avouer des sentiments qui, elles en étaient maintenant certaines, allaient bien au-delà de la tendresse. Tout en parlant, Claire ne pouvait s'empêcher de caresser la main de Margaux du bout des doigts. Le cœur de cette dernière battait si fort qu'elle avait l'impression que tout le monde devait l'entendre dans le salon de thé. Elle n'osait pas bouger sa main de peur de rompre l'enchantement.
Margaux était sûre de ses sentiments. Elle aimait Claire et ne rêvait que d'une chose : que cette-ci réponde à son amour. Elle aurait bien voulu le lui dire mais elle avait peur de se tromper ; peur que Claire ne ressente pour elle que de l'affection et qu'elle soit tout simplement choquée par cet aveu au point de s'éloigner d'elle. Après tout c'était une fille qui normalement aimait les garçons. D'ailleurs, que faisait-elle quand elle était à Montluçon ? Les tentations ne devaient pas manquer, belle comme elle était. Elle se contentait donc de procéder par des allusions qui ne l'engageaient guère mais dont elle espérait qu'elles décideraient Claire à se déclarer si elle éprouvait des sentiments pour elle.
Malheureusement, Claire en était exactement au même point. Elle n'était pas du tout sûre d'elle. Elle voulait faire une déclaration d'amour à une autre fille et se rendait compte que cela n'avait rien de naturel. Elle aussi avait du mal à croire qu'elle était payée de retour. Alors, aux allusions de Margaux elle répondait par d'autres allusions, ce qui, en définitive ne les avançait guère.
Finalement, Claire renouvela la question qu'elle avait déjà posée à deux reprises.
— Tu ne veux vraiment pas me dire ce que la psy t'a dit ?
Il n'était pas question que Margaux lui avoue qu'elle éprouvait du désir pour elle mais elle mourrait d'envie de lui dire qu'elle l'aimait et l'ambiance intime régnant dans le salon de thé se prêtait particulièrement bien à ce genre de déclaration. Alors, elle choisit une demi-mesure pour répondre ; une manière de dire les choses sans les dire.
— Elle m'a dit que j'avais le droit de t'aimer.
Margaux avait baissé les yeux en formulant cette déclaration indirecte, tant elle redoutait la réaction de Claire. Cette dernière la contempla un instant sans répondre puis elle s'engouffra dans la brèche que la jeune fille avait ouverte. Elle lui prit la main et y enfouit ses lèvres afin d'y déposer un tendre baiser puis, la posant sur sa joue, elle regarda droit dans les yeux l'adorable blondinette qui la contemplait maintenant d'un regard rempli d'espoir et lui répondit en y mettant toute la tendresse dont elle était capable.
— Moi, je n'ai pas besoin qu'on me dise que j'ai le droit de t'aimer.
Alors Margaux, d'une voix tremblotante osa enfin ouvrir tout grand son cœur.
— Je t'aime, Claire. Je t'aime de toute mon âme.
— Oh mon amour ! Moi aussi je t'aime. Je crois que je t'aime depuis le premier jour.
— Oh mon amour ! Moi aussi je t'aime. Je crois que je t'aime depuis le premier jour.
Puis elle se pencha pour effleurer de ses lèvres celles de l'ange blond qui la contemplait les yeux illuminés de bonheur.
*****
Après avoir quitté le salon de thé, elles se promenèrent longtemps la main dans la main et le cœur dans les étoiles en faisant du lèche vitrine sous le regard tantôt complice, tantôt attendri, tantôt réprobateur des badauds qu'elles croisaient mais ne voyaient même pas. Elles n'entendirent pas non plus les commentaires que provoquaient leurs doigts enlacés.
— Tu as vu ces deux filles ?
— Tu crois que ce sont des gouines ?
— Moi, je n'ai rien contre les gouines mais…
— Tout de même ! Elles pourraient être plus discrètes ! Il y a des enfants.
— Tu crois que ce sont des gouines ?
— Moi, je n'ai rien contre les gouines mais…
— Tout de même ! Elles pourraient être plus discrètes ! Il y a des enfants.
Il se fit tard et le soir commença à faire chuter la température. Elles rejoignirent le confortable logement où elles avaient maintenant leurs habitudes.
Elles dînèrent assises à côté l'une de l'autre, enlacées et se donnant mutuellement la becquée depuis la même assiette en alternant rires, petits baisers et mots d'amour.
Lorsque vint l'heure du film du dimanche soir, elles posèrent les coussins habituels, à l'endroit habituel et Claire alla chercher la couverture avant de s'installer. Comme Margaux était encore debout, elle la regarda d'un air interrogateur.
Elles dînèrent assises à côté l'une de l'autre, enlacées et se donnant mutuellement la becquée depuis la même assiette en alternant rires, petits baisers et mots d'amour.
Lorsque vint l'heure du film du dimanche soir, elles posèrent les coussins habituels, à l'endroit habituel et Claire alla chercher la couverture avant de s'installer. Comme Margaux était encore debout, elle la regarda d'un air interrogateur.
— On a oublié quelque chose ?
— Non mais j'ai envie de m'installer autrement.
— Comment ?
— Comme ça !
— Non mais j'ai envie de m'installer autrement.
— Comment ?
— Comme ça !
Au lieu de s'asseoir, comme à l'accoutumée, sur le coussin situé à côté de celui de Claire, elle s'installa carrément sur les genoux de celle-ci et se pelotonna contre elle après lui avoir donné un petit baiser sur la joue, et un deuxième, bien plus long, sur les lèvres.
Claire roucoula de bonheur.
Claire roucoula de bonheur.
— Tu es bien comme ça, ma petite chatte ?
— J'aimerais rester ainsi toute ma vie !
— J'aimerais rester ainsi toute ma vie !
Lorsqu'en fin de soirée Claire revint à son logement après avoir raccompagné Margaux chez sa grand-tante, elle réalisa qu'elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'elles avaient vu ce soir-là à la télévision. Elle ne se souvenait même pas de l'avoir allumée.
*****
Cette nuit-là, à Clermont-Ferrand, une autre personne avait du mal à s'endormir. Muriel sourit dans le noir.
— C'est un comble, tout de même ! Maintenant, c'est moi qui ai des insomnies. Tout ça à cause d'une simple photo que j'ai contemplée pendant quoi ? dix petites secondes, pas plus !
— Mais quel choc ! Quelle beauté ! Quel sourire ! Quelle merveilleuse enfant !
— Le destin ? C'est le destin qu'il m'a semblé entendre en la contemplant ! Le début de la cinquième (Beethoven)! les tout premiers accords! C'est la deuxième fois que je les entends dans ma tête. La première fois ma vie en a été changée. Est-ce l'annonce d'un nouveau tournant ? Sans doute le dernier alors il n'est pas question que je le rate !
— Mais quel choc ! Quelle beauté ! Quel sourire ! Quelle merveilleuse enfant !
— Le destin ? C'est le destin qu'il m'a semblé entendre en la contemplant ! Le début de la cinquième (Beethoven)! les tout premiers accords! C'est la deuxième fois que je les entends dans ma tête. La première fois ma vie en a été changée. Est-ce l'annonce d'un nouveau tournant ? Sans doute le dernier alors il n'est pas question que je le rate !
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