Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Si jolie — Chapitre 12
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Si jolie
Chapitre 12
Le samedi suivant, elles devaient fêter l'anniversaire de Claire chez Muriel. Comme elles devaient le fêter l'après-midi, qu'il y avait un cours à la fac le matin et que Margaux avait sa leçon de conduite à midi, elles convinrent qu'elles ne dineraient pas ensemble ce samedi-là. Après la leçon de conduite, elles se rendirent à l'appartement de Claire où elles déposèrent leurs affaires et mangèrent une tranche de jambon et quelques biscottes accompagnées d'un jus d'orange. Ensuite, Claire alla se préparer pour l'après-midi et quand elle fut prête, elles se rendirent chez Alice où Margaux se prépara à son tour. Elles devaient se rendre ensuite chez Muriel en compagnie d'Alice et elles jugèrent que la Mercedes serait certainement plus agréable que la Fiat même pour un court trajet. Comme Alice n'avait pas encore récupéré son permis, ce fut Claire qui se dévoua avec un plaisir non dissimulé pour exercer ses talents de conductrice.
Claire était la seule à n'être encore jamais venue chez Muriel. Elle ne connaissait donc pas les lieux. Muriel remédia rapidement à la chose. Après avoir embrassé tendrement sa visiteuse, elle la prit par la main et lui fit visiter les pièces l'une après l'autre. En arrivant dans la chambre, elle lui glissa à voix basse.
— Regarde la jolie photo en face du lit.
Une photo de Claire resplendissante de beauté avec son visage de madone, traitée en tableau mais sans encadrement était accrochée au mur au-dessus d'une commode en bois précieux sur laquelle était posé un vase contenant quelques roses rouges. C'était la seule décoration de la chambre, par ailleurs très joliment meublée, à part une miniature posée sur la table de chevet. Elle représentait une jolie jeune femme ressemblant étrangement à Alice.
La fête était en l'honneur de Claire et c'était Muriel qui l'organisait. Elle trouva donc tout naturel d'occuper avec Claire la petite causeuse du boudoir où elles se réunirent. Alice s'installa dans un des deux confortables fauteuils qui faisaient face à la causeuse et Margaux, au lieu de s'installer sur le deuxième fauteuil, préféra s'installer près de sa mamie en s'asseyant en amazone sur l'accoudoir du fauteuil de cette dernière.
Muriel n'avait pas la prétention d'imiter la superbe fête qu'Alice avait offerte à Margaux pour son anniversaire. Elle s'était contentée, si l'on peut dire, de proposer à ses invités une avalanche de délicieux petits gâteaux, de chocolats fins et de fruits confits en provenance des meilleures maisons de Clermont-Ferrand, le tout accompagné de champagne millésimé et de thé à la bergamote. Par contre, Claire était le centre de toutes ses attentions. Elle voulait tout savoir sur elle, sur sa jeunesse, sur ses joies et sur ses chagrins, sur ses réussites et ses échecs, ponctuant chaque détail par des exclamations tantôt enthousiastes, tantôt désolées et la couvant littéralement du regard pendant qu'elle s'exprimait.
Margaux observait la scène avec attendrissement mais non sans une légère pointe d'inquiétude : Muriel lui faisait penser non pas à une personne âgée interrogeant avec intérêt une jeune femme pour laquelle elle ressentait de l'affection mais plutôt à une mère retrouvant sa fille chérie après une trop longue séparation. Claire risquait de se retrouver un jour face à des choix cornéliens.
A un moment de l'après-midi, Muriel se pencha vers Claire et lui chuchota :
— Ton cadeau d'anniversaire est dans ma chambre, sous le lit.
Claire, ravie lui demanda :
— Je peux aller le chercher ?
Elle expliqua :
— C'est mon cadeau.
Muriel, un peu gênée, objecta.
— Tu peux peut-être l'ouvrir dans ma chambre.
Elle rosit légèrement et expliqua à son tour :
— C'est de la lingerie fine.
Alice observa prosaïquement.
— De toute façon, il n'y a pas la place ici pour ouvrir une boîte remplie de lingeries. On sera mieux dans la chambre.
Elle avait la ferme intention d'aller voir le contenu de la boîte, ce qui ne dérangeait manifestement pas Claire mais un peu Muriel, semblait-il. Quant à Margaux, ce qui la gênait, c'était l'idée qu'en voyant les sous-vêtements étalés sur le lit, elle ne pourrait éviter de penser au corps de celle que ces sous-vêtements allaient cacher ou plutôt mettre en valeur. C'est pourquoi elle resta en retrait et essaya de regarder discrètement ailleurs pendant le déballage. Muriel expliqua complaisamment qu'elle avait choisi la collection ”Baisers volés” à cause de la couleur rouge et de la dentelle fine qui était l'élément principal de chaque pièce.
— J'ai seulement éliminé le string et les soutiens-gorges trop enveloppants, ainsi que tu me l'as demandé.
La torture de Margaux continua pendant un bon quart d'heure, le temps pour les trois autres de détailler longuement les avantages et inconvénients de chaque forme de bonnet et de culotte puis tout le monde se rapatria dans le boudoir et se rassit à la même place.
Vers dix-sept heures, Claire et Margaux décidèrent de repartir en laissant Alice qui avait décidé de passer la soirée chez Muriel. Celle-ci la raccompagnerait ensuite chez elle. Elles ramenèrent donc la Mercedes et la garèrent dans le jardin de la maison d'Alice avant de reprendre la Fiat et de retourner travailler chez Claire. Elles s'interrompirent en début de soirée pour dîner légèrement puis Claire disparut dans sa chambre pendant que Margaux nettoyait la table et remplissait le lave-vaisselle en repensant à la petite fête que Muriel avait organisée et au cadeau un peu coquin que Claire avait reçu. Puis elle se gourmanda : si elle se mettait à y penser, elle risquait d'être totalement inefficace pour le travail qu'il leur restait à faire ce soir-là. Elle aurait bien le temps d'y penser cette nuit, dans son lit. Elle en était à ce stade de ses réflexions lorsque la voix de Claire la fit sursauter.
— Tadammm !!
Margaux leva les yeux et regarda en direction de la chambre. Elle ressentit un véritable choc : Claire se pavanait dans une posture suggestive, se tenant d'une main au chambranle de la porte séparant sa chambre du séjour et l'autre sur sa anche. Elle portait pour tous vêtements un tanga et un soutien-gorge rouges dont la forme et la matière soulignaient plus qu'elles ne cachaient les parties les plus intimes de son anatomie. Le soutien-gorge laissait deviner les deux aréoles brunes de sa poitrine et le tanga faisait ressortir la forme de son sexe qu'il moulait étroitement. Le spectacle était plus qu'érotique et déclencha chez Margaux une réaction physique à la hauteur de la scène à laquelle elle assistait : bouffée de chaleur et une violente poussée d'adrénaline, entre autres, se conjuguèrent pour colorer ses joues d'un rouge écarlate qui ne le cédait en rien à celui des sous-vêtements ou plutôt des non-vêtements dont Claire était parée.
Le récipient en plastique qu'elle manipulait lui échappa des mains et roula sur le sol jusqu'au bout du séjour, laissant des traces de gras sur son chemin tandis qu'elle restait figée, les bras ballants, à contempler le spectacle qui s'offrait à ses yeux.
Voyant la réaction de Margaux, le regard de Claire passa de triomphant à incertain et, enfin, à horrifié. Elle tenta maladroitement de cacher de ses mains ce qu'elle avait arboré si fièrement, balbutia des excuses puis se précipita dans la chambre et claqua la porte derrière elle. Margaux alla chercher une serpillière et nettoya avec philosophie les quelques traces laissées par terre par le bol en plastique. En tout cas, ce soir-là, elle allait faire de sacrés rêves.
*****
Margaux avait envoyé une carte de vœux à ses parents. Elle avait pensé tout d'abord leur téléphoner mais, avec le décalage horaire de dix heures, ce n'était pas très commode et, après plusieurs essais infructueux, elle avait renoncé. Un SMS lui avait paru un peu désinvolte. Une carte de vœux virtuelle, c'était déjà mieux mais ça faisait un peu radin. Elle avait donc cassé sa tirelire et avait réussi à dénicher un carte à la fois classique et très jolie représentant une chapelle sous la neige. Elle s'était dit que ce paysage enneigé les changerait du soleil de Nouméa. Elle avait écrit quelques lignes en soignant à la fois l'orthographe et son écriture, sachant pertinemment que son père ne manquerait pas d'y trouver à redire. N'ayant aucune nouvelle à donner susceptible d'intéresser ses parents, elle se contenta de leur envoyer ses vœux et de leur témoigner son affection.
Margaux avait envoyé une carte de vœux à ses parents. Elle avait pensé tout d'abord leur téléphoner mais, avec le décalage horaire de dix heures, ce n'était pas très commode et, après plusieurs essais infructueux, elle avait renoncé. Un SMS lui avait paru un peu désinvolte. Une carte de vœux virtuelle, c'était déjà mieux mais ça faisait un peu radin. Elle avait donc cassé sa tirelire et avait réussi à dénicher un carte à la fois classique et très jolie représentant une chapelle sous la neige. Elle s'était dit que ce paysage enneigé les changerait du soleil de Nouméa. Elle avait écrit quelques lignes en soignant à la fois l'orthographe et son écriture, sachant pertinemment que son père ne manquerait pas d'y trouver à redire. N'ayant aucune nouvelle à donner susceptible d'intéresser ses parents, elle se contenta de leur envoyer ses vœux et de leur témoigner son affection.
En retour, elle reçut un mail de son père la remerciant de ses vœux et rajoutant quelques commentaires sur son écriture et son style littéraire qui, selon lui, manquaient encore de maturité et sur le coût des cartes de vœux et des timbres qui amputait bien inutilement un budget qui n'était pas fait pour ça. Elle effaça le mail sans même en parler à Claire.
Elle supportait de plus en plus difficilement l'absence presque totale de marques d'affection dans les courriers de son père. Et encore !, lui se donnait au moins la peine de lui écrire, ne serait-ce que pour répondre à ses lettres ou à ses mails. Sa mère, elle, était carrément aux abonnés absents. Elle devait penser que puisque son époux répondait aux courriers de leur fille, il était inutile qu'elle en fasse de même. C'était tout de même un comble que la seule personne de la famille qui lui témoigne de l'affection , soit une grand-tante qu'elle ne connaissait pas six mois plus tôt.
Comme n'importe quel enfant, elle avait toujours aimé ses parents. Elle croyait à l'époque que l'attitude toujours un peu froide qu'ils observaient à son égard était normale. Ce n'était que depuis qu'elle avait commencé à s'émanciper qu'elle avait réalisé que les relations parents-enfants pouvaient être très différentes de celles qu'elle avait toujours connues. Elle en avait été rétroactivement déçue et avait développé un certain cynisme, n'hésitant pas à utiliser le charme qui émanait de sa petite personne pour obtenir à coups de sourires et de larmes au coin de l'œil de petits avantages destinés à lui simplifier la vie. La bonté que lui avait témoignée d'emblée son adorable tante Alice et l'amour qui l'unissait à la merveilleuse jeune fille qui avait conquis son cœur avaient fait voler en éclats ce cynisme qui correspondait si peu à ce qu'elle avait été auparavant.
S'il en restait encore quelques traces, il s'agissait seulement d'un jeu de séduction qui ne s'exerçait au détriment de personne. L'inconvénient c'était qu'elle se trouvait démunie dans certaines situations nécessitant qu'elle défende ses intérêts, son absence de cynisme s'accompagnant d'un consternant manque d'agressivité.
Claire n'avait pas ce problème. Elle était beaucoup trop directe et honnête intellectuellement pour utiliser des chemins tortueux lorsqu'elle voulait obtenir ce qu'elle estimait juste. Par contre, elle était la reine dans l'art d'utiliser la technique du char d'assaut : foncer tout droit en tirant sur tout ce qui bouge. C'était simple, rapide et, la plupart du temps, efficace.
Le redémarrage de janvier fut assez facile. Elles avaient utilisé la majorité de leurs jours de vacances pour revoir à fond tous les cours du premier trimestre. Elles en possédaient parfaitement le contenu et avaient conservé leur rythme de travail. Cette nouvelle année se présentait sous les meilleurs auspices.
Le lundi de la rentrée vit Margaux abandonner la petite chambre de bonne pour la chambre qu'Alice lui avait attribuée au premier étage. Pendant la journée, Alice, aidé par la femme de ménage avait procédé elle-même au déménagement et au rangement des affaires de la jeune fille et lui avait même réservé une place dans la salle de bain pour y ranger ses affaires de toilette. Elle tenait absolument à ce que Margaux se sente chez elle.
Le premier jour, Margaux dût se contenter d'utiliser le mobilier fonctionnel mais banal qui y était déjà et la literie dont elle disposait dans son ancienne chambre. Dès le lendemain néanmoins les modifications commencèrent à arriver et à se succéder en rafale. Ce furent en premier lieu des draps aux motifs printaniers avec les taies d'oreillers assorties et un dessus de lit moelleux d'un joli bleu ciel. Le jeudi suivant arriva une grande armoire en bois clair avec une commode assortie ainsi que deux tables de nuit. Deux lampes de chevet en bois plus sombre et aux abat-jours assortis au dessus-de-lit suivirent le lendemain. Enfin, la semaine suivante, la tapisserie fut remplacée par une tapisserie ressemblant étonnamment à celle qui couvrait les murs de la chambre de Claire si ce n'était que le rose pâle était remplacé par un bleu très clair. Quant au sol de la chambre, il était maintenant recouvert d'une profonde moquette bleu roi.
Toutes ces modifications avaient transformé la grande pièce plutôt banale en une véritable chambre de princesse et entrainèrent peu à peu un changement dans les habitudes des deux jeunes filles. Dès le premier samedi soir suivant la pose de la moquette, comme elles n'avaient pas besoin d'utiliser le Web pour leur travail, elles arrivèrent plus tôt chez Alice avec leurs tablettes et leurs livres et continuèrent leur travail, vautrées par terre sur la moquette de la chambre jusqu'à l'heure du repas. Elles apprécièrent tellement le confort de cette profonde moquette et l'ambiance feutrée de la chambre qu'elles demandèrent à Alice si elles pouvaient, certains soirs de la semaine venir travailler chez elle quand elles pourraient techniquement le faire.
Elles étaient un peu gênées à cause du coût et du dérangement que cela allait entraîner pour les repas et proposèrent de participer aux frais ainsi qu'à la confection de ces derniers. Elles se heurtèrent à un refus catégorique de la part d'Alice, trop heureuse de voir sa petite fille plus souvent. C'est ainsi qu'elles se mirent à passer un nombre de plus en plus important de soirées chez Alice et à dîner en sa compagnie et celle de Muriel qui, comme par hasard, était présente ces soir-là.
Muriel vouait à Claire une véritable adoration, multipliant les attentions et les petits gestes tendres exécutés du bout des doigts sur le dos d'une main, sur un bras ou sur une joue. Claire, plus émue qu'elle voulait l'admettre, ressentait pour elle une affection grandissante qui faisait peu à peu occuper par la vieille dame la place laissée vacante par l'attitude de sa mère. La façon qu'avait eue cette dernière de s'adresser à Margaux lors de la confrontation qui avait eu lieu juste avant leur départ de Montluçon et le message de réponse qu'elle avait envoyé suite au mail de Margaux passaient mal car ils montraient bien qu'à la première occasion, elle avait laissé parler ses préventions vis-à-vis de celle-ci. Elle s'était mal comportée vis-à-vis de Margaux et s'il y avait une chose que Claire ne supportait pas, c'était qu'on se comporte mal vis-à-vis de Margaux. C'était viscéral.
Claire avait bien conscience que sa mère se faisait manipuler par Laura. D'ailleurs, elle-même avait été manipulée. Sa décision de couper les ponts avec sa mère, convenait tout à fait à la compagne de David qui avait maintenant le champ libre pour imposer ses quatre volontés à une femme aveuglée par son désir d'être grand-mère. Eh bien, grand bien leur fasse ! Pour sa part, elle avait à Clermont-Ferrand tout ce qu'il lui fallait pour être heureuse.
En définitive, le nouvel équilibre affectif qu'elles avaient atteint leur convenait bien et elles se satisfaisaient d'une organisation qui leur offrait un cadre de travail à la mesure de leurs besoins.
Même les leçons de conduites de Margaux se déroulaient sans anicroche. Elle n'était pas destinée à être une championne de la conduite mais son sérieux et son application en feraient certainement une conductrice sans histoires.
*****
Tout ceci fut balayé en quelques semaines par un évènement dramatique qui devait remettre en cause bien des certitudes et provoquer rapidement une véritable hécatombe. Un nouveau virus apparu tout d'abord en Chine se répandit de manière foudroyante dans le monde entier. Dans un premier temps, seule la région Chinoise de Wuhan sembla touchée et les autorités du pays prirent des mesures extrêmes destinées à juguler la maladie. L'O.M.S. commença à parler de pandémie mais personne n'y croyait vraiment. Puis on apprit que quelques cas étaient apparus en Asie du sud-est et qu'un navire de croisière était en quarantaine.
Ce ne fut que quand les premiers cas apparurent en Italie qu'on commença à s'inquiéter. L'Italie, ça n'était pas à l'autre bout du monde, c'était juste à côté. Imaginer que ça n'allait pas arriver en France était faire preuve d'un optimisme que défendait péniblement le gouvernement en expliquant quelles mesures étaient prises afin d'interdire le territoire à toute personne contaminée ou de la mettre en quarantaine. Malheureusement les mauvaises nouvelles arrivaient plus vite que les annonces rassurantes et il devint rapidement évident que la France était atteinte à son tour.
Les statistiques, ça ne permet pas de prévoir l'avenir. L'avenir, c'est le domaine des voyantes et des gourous. Et ils ne s'en privèrent pas. L'avantage lorsque voyantes et gourous sont nombreux, c'est que comme il n'y en a pas deux pour prévoir la même chose, ça nous fournit un large spectre de prévisions allant de la gripette à la fin du monde ce qui nous permet de faire nos propres prévisions que nous communiquons à notre tour à notre entourage avec le ton assuré de ceux qui savent.
Seuls les esprits faibles s'intéressèrent aux statistiques. C'était normal : on ne peut pas discuter les statistiques puisqu'elles se contentent de décrire la réalité. Donc les esprits forts les ignorent ou les attribuent aux petits hommes verts, ce qui revient au même. Et les statistiques disaient que le Covid-19 saturait les services de réanimation des hôpitaux et occasionnait de nombreux décès principalement chez les personnes âgées que ce soit dans les hôpitaux où dans les maisons de retraite.
Muriel et Alice étaient terrifiées. Elles s'étaient toutes les deux réfugiées dans la maison d'Alice, n'osant s'approcher à moins de deux mètres l'une de l'autre et le nez et la bouche cachés tantôt par une écharpe, tantôt dans un mouchoir tenu à la main. Elles ne sortaient que pour faire quelques courses dans le quartier en rasant les murs au petit matin, à l'heure à laquelle les gens dorment encore.
Margaux et Claire prenaient les choses avec plus de recul. Naturellement, elles avaient conscience qu'il leur fallait respecter les consignes de sécurité indiquées par les instances sanitaires du pays, en particulier lorsqu'elles se trouvaient en présence de tiers, mais elles considéraient que, compte tenu du fait qu'elles passaient leur journée ensemble, il était inutile de prendre des précautions autres que sanitaires lorsqu'elles étaient seules dans l'appartement de Claire. Par contre, elles utilisèrent massivement le Web pour commander les fournitures alimentaires ou autres dont elles avaient besoin. Il leur suffisait ensuite d'aller chercher leur commande dans un point relai ou au service ”Drive” du supermarché.
Si elles ne semblaient pas faire partie de la population à risque, elles pouvaient tout de même se retrouver porteuses saines. Elles ne pouvaient pas courir le risque de contaminer Alice ou Muriel en continuant à se rendre régulièrement chez Alice comme elles s'étaient mises à le faire ces derniers temps. Elles décidèrent donc d'arrêter carrément leurs visites, Margaux se contentant de dormir dans sa nouvelle chambre. Elle se mit à réutiliser son ancienne chambre pour le besoins de sa toilette partant à la première heure et rentrant le plus tard possible. Elles eurent du mal à faire accepter la chose aux deux vieilles dames pour lesquelles leur présence eut été un réconfort. Alice semblait plus résignée que vraiment convaincue. Quant à Muriel, elle était aux bord des larmes et serrait convulsivement dans sa main le manteau que Claire avait gardé sur elle. Émue, Claire la serra contre elle.
— Mamounette chérie, je t'aime et je serais trop malheureuse si, à cause de moi, tu tombais malade.
— Par contre, intervint Margaux, avec Claire nous avons décidé de nous occuper de vos courses. Pour les courses hebdomadaires, vous me laisserez une liste de ce dont vous avez besoin en indiquant le jour où vous voulez être livrées. On va vous créer un compte sur le site de vente par internet du supermarché. Nous passerons la commande à votre place et vous serez livrées directement. Mais pour cela, il faut que vous m'indiquiez vos informations de cartes bancaires. Je vous promets que nous les garderons secrètes. Et si vous avez besoin d'autre chose, n'hésitez pas à nous en faire part. On ne sera pas physiquement avec vous mais on va s'occuper de vous.
— C'est gentil, mes chéries.
— Nos chéries, Alice ! Ce sont aussi les miennes.
— Rassure-toi, Mamounette, pour nous vous êtes toutes les deux dans le même paquet cadeau.
— En tout cas, il ne faut pas que ça perturbe vos études.
— Ne t'en fais pas pour ça. On saura se débrouiller. Tout ira bien.
— Par contre, intervint Margaux, avec Claire nous avons décidé de nous occuper de vos courses. Pour les courses hebdomadaires, vous me laisserez une liste de ce dont vous avez besoin en indiquant le jour où vous voulez être livrées. On va vous créer un compte sur le site de vente par internet du supermarché. Nous passerons la commande à votre place et vous serez livrées directement. Mais pour cela, il faut que vous m'indiquiez vos informations de cartes bancaires. Je vous promets que nous les garderons secrètes. Et si vous avez besoin d'autre chose, n'hésitez pas à nous en faire part. On ne sera pas physiquement avec vous mais on va s'occuper de vous.
— C'est gentil, mes chéries.
— Nos chéries, Alice ! Ce sont aussi les miennes.
— Rassure-toi, Mamounette, pour nous vous êtes toutes les deux dans le même paquet cadeau.
— En tout cas, il ne faut pas que ça perturbe vos études.
— Ne t'en fais pas pour ça. On saura se débrouiller. Tout ira bien.
En rentrant, Margaux avait les larmes aux yeux.
— Pour moi, c'est comme une porte entrouverte qui se referme brutalement. On était si bien ces dernières semaines.
— Ne t'en fais pas. Je suis sûre qu'elle va très vite se rouvrir. C'est juste un mauvais moment à passer. Il y a des grands spécialistes qui disent que d'ici l'été tout sera terminé. Les virus n'aiment pas la chaleur.
— Et il y en a d'autres qui disent le contraire. En fait, je crois que personne ne sait comment tout ça va se passer.
— Ne t'en fais pas. Je suis sûre qu'elle va très vite se rouvrir. C'est juste un mauvais moment à passer. Il y a des grands spécialistes qui disent que d'ici l'été tout sera terminé. Les virus n'aiment pas la chaleur.
— Et il y en a d'autres qui disent le contraire. En fait, je crois que personne ne sait comment tout ça va se passer.
Margaux eut quelques nouvelles de ses parents. Ils n'avaient pas l'air de se rendre compte de la gravité de la situation en métropole. La Nouvelle Calédonie était pour l'instant épargnée par la pandémie et les informations y arrivaient au compte-goutte. Claire, en revanche, téléphonait presque tous les jours à son père pour avoir des nouvelles. Ses parents tentaient de s'organiser pour pouvoir continuer leur activité de médecin dans des conditions de sécurité sinon satisfaisantes, du moins acceptables. Laura et David venaient tous les week-ends à Montluçon. Laura ne se préoccupait que de son bébé et David ne s'occupait que de sa compagne de sorte qu'aucun des deux ne daignait participer aux tâches ménagères. Ils se contentaient de profiter de la situation que Laura avait réussi à imposer grâce à sa duplicité et à la complicité bien involontaire de Claire qui de toutes façons avait d'autres chats à fouetter. Les parents de Claire avaient aussi eu des nouvelles de Vichy.
Henri avait quelques soucis en ce qui concernait son activité de courtage et Angélique, qui avait attrapé le Covid-19, était en arrêt de travail. Elle semblait l'avoir attrapé au salon de coiffure car elle n'était pas la seule.
Pendant une quinzaine de jours, elles purent roder leur nouvelle organisation en sacrifiant le minimum de choses mais la situation continuait à s'aggraver.
Lorsqu'elles apprirent que le moniteur de l'auto-école et plusieurs professeurs avaient attrapé le virus, Margaux se mit à réfléchir. Était-il prudent de continuer d'occuper sa chambre chez sa mamie ? Ne devrait-elle pas plutôt demander à Claire de l'héberger et, pourquoi pas, de lui permettre de dormir avec elle dans le grand lit à deux places de sa chambre. Et s'il fallait pour cela se serrer un peu l'une contre l'autre, elle saurait bien pour sa part s'y résigner. Le problème était qu'y penser était une chose, en parler à Claire en était une autre. Elle se contenta donc de rêver en rongeant son frein. L'Italie avait fini par sauter le pas dans certaines régions en y décidant le confinement ; pourquoi pas la France ?
Lorsqu'elles apprirent que le moniteur de l'auto-école et plusieurs professeurs avaient attrapé le virus, Margaux se mit à réfléchir. Était-il prudent de continuer d'occuper sa chambre chez sa mamie ? Ne devrait-elle pas plutôt demander à Claire de l'héberger et, pourquoi pas, de lui permettre de dormir avec elle dans le grand lit à deux places de sa chambre. Et s'il fallait pour cela se serrer un peu l'une contre l'autre, elle saurait bien pour sa part s'y résigner. Le problème était qu'y penser était une chose, en parler à Claire en était une autre. Elle se contenta donc de rêver en rongeant son frein. L'Italie avait fini par sauter le pas dans certaines régions en y décidant le confinement ; pourquoi pas la France ?
Il convenait donc de se préparer à faire face à toute éventualité. Le problème était qu'elle ne connaissait rien aux choses du sexe. C'était une lacune qu'il allait lui falloir combler. Elle utilisa donc son smartphone le soir tard dans sa chambre pour se connecter à des sites qu'on pouvait raisonnablement considérer comme experts en la matière comme ‘'Faire l'amour en quinze leçons ‘' ou ‘' L'orgasme pour les nuls'' et elle trouva des informations, naturellement ! Mais elle n'acquit ainsi que des connaissances théoriques. Il lui manquait encore les travaux pratiques. Elle se dévoua donc pour être son propre cobaye, en prenant soin néanmoins de ne pas exprimer bruyamment la satisfaction et même le plaisir que lui procurait le constat de ses progrès.
******
Lorsque les événements vinrent lui donner raison et que le président de la République lui-même vint annoncer avec gravité que le pays était en état de guerre, que tous les services non indispensables étaient suspendus et que les français allaient devoir rester chez eux pour un temps indéterminé, Margaux se lamenta comme tout le monde ; c'était le moins qu'elle puisse faire. Puis elle fit remarquer à Claire que leurs études risquaient d'en prendre un coup si elles devaient être séparées. Pour elle ce serait une catastrophe, mais Claire y perdrait son binôme. Claire la regarda un peu étonnée.
— Tu ne t'imagines tout de même pas qu'on va se confiner séparément tout de même !
— Mais, ça ne sera pas si facile.
— On se confine ensemble, point barre ! Ce sera à Montluçon où ici mais on se confine ensemble. Je ne sais pas combien de temps ça durera mais je ne suis pas prête à être éloignée de toi, même quelques jours.
— Tu sais, je suis certaine qu'à Montluçon on serait bien. Évidemment, il faudrait que tu te réconcilie avec ta maman et puis à six adultes en même temps, ça risque de faire beaucoup.
— Pourquoi six ?
— Nous deux, tes parents, David et Laura.
— Zut ! Je ne pensais plus à ces deux-là. Évidemment, s'ils se confinent à Montluçon on n'ira pas. Ça se terminerait par une bagarre générale et plusieurs morts. Je vais tout de suite téléphoner à papa.
— Mais, ça ne sera pas si facile.
— On se confine ensemble, point barre ! Ce sera à Montluçon où ici mais on se confine ensemble. Je ne sais pas combien de temps ça durera mais je ne suis pas prête à être éloignée de toi, même quelques jours.
— Tu sais, je suis certaine qu'à Montluçon on serait bien. Évidemment, il faudrait que tu te réconcilie avec ta maman et puis à six adultes en même temps, ça risque de faire beaucoup.
— Pourquoi six ?
— Nous deux, tes parents, David et Laura.
— Zut ! Je ne pensais plus à ces deux-là. Évidemment, s'ils se confinent à Montluçon on n'ira pas. Ça se terminerait par une bagarre générale et plusieurs morts. Je vais tout de suite téléphoner à papa.
Margaux se croisa les doigts dans le dos et cela fut certainement efficace car David et Laura avaient déjà averti les parents de Claire qu'ils venaient se confiner à Montluçon.
Claire en tira aussitôt les conséquences.
Claire en tira aussitôt les conséquences.
— Je crois qu'on va devoir se confiner ici. Heureusement, j'ai un lit de cent soixante.
— Et puis, comme on dit, ”A la guerre comme à la guerre !”. Je me ferai toute petite.
— J'espère que ça ne sera pas trop pesant pour toi, mon ange.
— Nooooon !
— Et puis, comme on dit, ”A la guerre comme à la guerre !”. Je me ferai toute petite.
— J'espère que ça ne sera pas trop pesant pour toi, mon ange.
— Nooooon !
En passant devant un miroir, Margaux se regarda d'un air sévère en se chuchotant silencieusement.
— Faux jeton ! Tu n'as pas honte ?
(Je sais ce que vous allez dire : moi, quand quelqu'un chuchote silencieusement, je n'entends pas grand-chose… en fait rien… Bon ! D'accord ! disons presque silencieusement… Vous êtes tout de même un peu chipoteur, je trouve … Oui ! ou teuse ! On peut continuer ? … Merci !).
— Absolument pas ! se répondit elle ; et elle se tira la langue.
— Pourquoi tu te tires la langue, mon ange ?
— Je croyais que j'avais un aphte. Finalement non.
— Bon ! Je vais envoyer un SMS à mes parents pour les prévenir. C'est juste par politesse parce que ça ne les concerne pas vraiment. Enfin si. C'est tout de même eux les proprios. Ensuite on téléphone chez ta Mamie pour prévenir qu'on va aller chercher tes affaires. Ça va sûrement déclencher un drame quand on lui annoncera que tu ne dormiras plus chez elle. Et puis, il faudra qu'on lui dise qu'au lieu de te donner leur liste de courses, elles devront te la téléphoner.
— Pourquoi tu te tires la langue, mon ange ?
— Je croyais que j'avais un aphte. Finalement non.
— Bon ! Je vais envoyer un SMS à mes parents pour les prévenir. C'est juste par politesse parce que ça ne les concerne pas vraiment. Enfin si. C'est tout de même eux les proprios. Ensuite on téléphone chez ta Mamie pour prévenir qu'on va aller chercher tes affaires. Ça va sûrement déclencher un drame quand on lui annoncera que tu ne dormiras plus chez elle. Et puis, il faudra qu'on lui dise qu'au lieu de te donner leur liste de courses, elles devront te la téléphoner.
Contrairement à ce que craignait Claire, l'annonce de leur décision ne provoqua pas de drame. Margaux avait pris les devants au téléphone en expliquant à Alice qu'avec le confinement, internet était leur seul moyen de communication avec la faculté de médecine et avec ses enseignants.
Lorsque Claire et Margaux entreprirent de transférer les affaires de Margaux dans la FIAT, Murielle et Alice se contentèrent de les regarder passer depuis la porte de la chambre d'Alice en leur faisant de petits signes de la main et en essayant de faire bonne figure. Au moment de repartir les deux jeunes filles leur envoyèrent une multitude de baisers à distance avant de s'éclipser rapidement. Une fois dans la voiture, Margaux se mit à sangloter.
Lorsque Claire et Margaux entreprirent de transférer les affaires de Margaux dans la FIAT, Murielle et Alice se contentèrent de les regarder passer depuis la porte de la chambre d'Alice en leur faisant de petits signes de la main et en essayant de faire bonne figure. Au moment de repartir les deux jeunes filles leur envoyèrent une multitude de baisers à distance avant de s'éclipser rapidement. Une fois dans la voiture, Margaux se mit à sangloter.
— L'idée de les savoir toutes seules et terrifiées dans cette grande maison, c'est trop dur !
Claire tenta de la consoler mais les mots n'arrivèrent pas à sortir et elle se mit à pleurer elle aussi. Entre deux sanglots, elle murmura :
— Je ne peux pas conduire comme ça.
Elle gara la voiture le long du trottoir et elles se laissèrent aller à leur chagrin en ignorant les coups de klaxons énervés des conducteurs des voitures dont elles gênaient le passage. Une fois calmées, elles repartirent rejoindre leur petit appartement dans un ambiance lugubre.
Dès le lendemain, elles prirent l'habitude de téléphoner quotidiennement au papa de Claire pour prendre et donner des nouvelles. La coexistence avec David et Laura qui avait démarré sous les meilleurs auspices devenait chaque jour un peu moins facile.
David s'était mis au télétravail et passait la journée en pyjama au milieu d'un véritable foutoir dans la chambre d'amis qu'il avait décidé de squatter, ne daignant se montrer qu'à l'heure des repas et encore après plusieurs rappels.
Laura, quant à elle, préférait le salon où elle trônait, tirée à quatre épingles, son smartphone, le son poussé au maximum, posé sur un guéridon à côté d'un des fauteuils sur lequel elle était confortablement assise. Elle passait sa journée à converser à voix haute en français aussi bien qu'en anglais avec divers interlocuteurs tout en écrivant d'une main sur sa tablette et en vapotant de l'autre. Quand arrivait l'heure de déjeuner, elle se levait tout de suite mais n'interrompait pas la conversation en cours, le smartphone à l'oreille et un petit calepin posé à côté de son assiette. Le repas de midi se passait ainsi sans qu'elle interrompe réellement son travail et, sitôt le café servi, elle retournait au salon avec sa tasse.
Le dîner et la soirée se passaient de manière un peu plus normale encore que ni l'un ni l'autre ne daignait aider pour préparer le repas.
Claire oscillait entre indignation au récit de leur sans gêne et agacement contre son père. Il se plaignait beaucoup mais ne faisait pas grand-chose pour que les choses changent. Petit à petit l'agacement domina et elle raccourcit puis espaça les échanges.
Claire oscillait entre indignation au récit de leur sans gêne et agacement contre son père. Il se plaignait beaucoup mais ne faisait pas grand-chose pour que les choses changent. Petit à petit l'agacement domina et elle raccourcit puis espaça les échanges.
Les échanges avec les parents de Margaux se limitaient à quelques mails hebdomadaires sans grand intérêt. Le confinement ne permettait pas à Margaux d'avoir grand-chose d'intéressant à raconter. Son père avait plus à raconter mais sur des sujets qui n'intéressaient guère sa fille comme les invitations mondaines et les qualités et défauts des quelques lieutenants célibataires en poste à Nouméa. Il y avait même un capitaine dans le lot.
Les seuls échanges qui leur importaient réellement étaient ceux qu'elles avaient quotidiennement avec Muriel et Alice. Ce n'était pas tant les informations échangées que le contenu affectif de leurs échanges qui donnait toute sa valeur à ces derniers. Les deux jeunes filles avaient à cœur d'entretenir le moral de leur aînées et les encourageaient à la patience tout en leur expliquant que le confinement était un mauvais moment à passer et qu'ensuite elles seraient de nouveau toutes les quatre réunies et pourraient de nouveau se faire plein de câlins comme avant. Aux réactions de celles-ci, elles devaient camper près du téléphone à l'heure prévue pour le coup de fil quotidien qui était pour elles le seul évènement important de la journée.
Elles n'essayaient pas pour autant de prendre l'initiative de la communication téléphonique car elles avaient compris que pour les deux étudiantes, être confinées ne signifiait pas ne rien faire. Cela signifiait essayer de continuer à poursuivre leurs études en s'adaptant à un contexte beaucoup moins favorable. En particulier, suivre des conférences ou des cours en distanciel (puisque c'était le terme consacré) nécessitait une attention et une souplesse incompatibles avec un coup de fil intempestif.
Par contre, une fois la communication établie, elles se passionnaient pour les cours dispensés à distance, même Alice qui bien que béotienne dans le domaine médical avait encore l'esprit suffisamment affûté pour comprendre les explications fournies. Elles trouvaient dans leurs souvenirs quelque anecdote intéressante ou simplement divertissante, arrivant à transformer en récréation ce qui aurait pu n'être qu'un pensum quotidien.
Les plus grandes incertitudes pesaient malheureusement sur les études des deux jeunes filles. D'abord, adapter en quelques jours le Web pour y faire transiter une quantité considérable d'informations nouvelles n'allait pas de soi et les débuts furent laborieux, causant souvent une perte d'information parfois totale. Ensuite, tous les enseignants n'étaient pas en mesure d'assurer seuls la diffusion de leurs cours, soit du fait d'un équipement insuffisant, soit à cause d'une compétence insuffisante en informatique, l'orgueil mal placé de certains les empêchant alors de réclamer une assistance susceptible de les dépanner. Enfin, personne n'avait la moindre information concernant l'organisation des examens de fin d'année.
Face à ces difficultés, elles adoptèrent rapidement la seule stratégie possible : Faire au mieux sans trop se poser de questions ce qui signifiait : premièrement suivre avec la plus grande assiduité les cours et conférences en utilisant des moyens informatiques soigneusement entretenus et protégés afin de minimiser les risques de panne ou de perte d'informations; deuxièmement essayer, autant que possible de retrouver l'information perdue ou la remplacer par une information équivalente d'une origine différente et la plupart du temps en américain ; troisièmement, et c'était le plus simple, ne pas se préoccuper des examens à venir. Il serait temps d'aviser quand on saurait quelque chose.
Comme d'habitude, elles étaient en phase et préparées à affronter l'obstacle imprévu qui se présentait à elles en sauvegardant l'essentiel.
*****
Ce fut sur un tout autre plan que survint dès les premiers jour de vie commune une crise qu'elles n'avaient pas prévue et qui ne trouva son dénouement que grâce à ce qui fut leur première dispute.
Lorsque Claire annonça à Margaux qu'il n'était pas question qu'elles se confinent séparément et qu'elles ne pouvaient le faire que dans le petit appartement de Claire, Margaux se mit immédiatement à fantasmer sur le déroulement de leur première nuit ; une nuit de noce torride dont elle s'était déjà fait de nombreux films où, naturellement, Claire tenait le rôle principal. Le déplacement chez Alice pour récupérer ses affaires constitua un intermède lugubre mais quand elle commença à ranger ses affaires sur les étagères que Claire avait libérées dans la chambre, elle recommença à rêver à leur prochaine nuit. Elle décida qu'elle mettrait pour dormir une des deux nuisettes qu'elle mettait d'habitude l'été et dont le tissu léger ne cachait pas grand-chose de ses formes gracieuses. Et puis, une nuisette, ça s'enlève facilement.
Lorsque Claire annonça à Margaux qu'il n'était pas question qu'elles se confinent séparément et qu'elles ne pouvaient le faire que dans le petit appartement de Claire, Margaux se mit immédiatement à fantasmer sur le déroulement de leur première nuit ; une nuit de noce torride dont elle s'était déjà fait de nombreux films où, naturellement, Claire tenait le rôle principal. Le déplacement chez Alice pour récupérer ses affaires constitua un intermède lugubre mais quand elle commença à ranger ses affaires sur les étagères que Claire avait libérées dans la chambre, elle recommença à rêver à leur prochaine nuit. Elle décida qu'elle mettrait pour dormir une des deux nuisettes qu'elle mettait d'habitude l'été et dont le tissu léger ne cachait pas grand-chose de ses formes gracieuses. Et puis, une nuisette, ça s'enlève facilement.
Pendant toute la soirée, elle attendit nerveusement l'heure d'aller se coucher. Claire n'avait pas l'air pressée et continuait à rechercher de l'information sur le Net. Margaux décida de forcer un peu les évènements.
— Toutes ces émotions m'ont un peu démolie. Je commence à être crevée.
— Oh, mon ange ! Tu as les petits yeux ce soir. Tu vas aller bien vite te coucher !
— Tu viens te coucher, toi aussi ?
— Oh, mon ange ! Tu as les petits yeux ce soir. Tu vas aller bien vite te coucher !
— Tu viens te coucher, toi aussi ?
Claire hésita un court instant.
— Oui, je crois que je vais aller me coucher moi aussi. Tu as un côté préféré pour dormir ?
— Ça m'est égal, je dors sur le dos.
— Alors tu te mettras côté fenêtre. Je t'ai sorti tes vêtements de nuit et je les ai mis dans la salle de bains. Quand tu feras ta toilette, n'oublie pas de fermer la porte de la salle de bains. Ça permet de garder la chaleur et d'éviter que l'humidité envahisse les autres pièces. Pendant que tu te prépares, je range nos affaires dans le séjour. Préviens-moi quand tu auras fini.
— Ça m'est égal, je dors sur le dos.
— Alors tu te mettras côté fenêtre. Je t'ai sorti tes vêtements de nuit et je les ai mis dans la salle de bains. Quand tu feras ta toilette, n'oublie pas de fermer la porte de la salle de bains. Ça permet de garder la chaleur et d'éviter que l'humidité envahisse les autres pièces. Pendant que tu te prépares, je range nos affaires dans le séjour. Préviens-moi quand tu auras fini.
Claire ne donnait pas du tout l'impression d'envisager une nuit romantique et encore moins torride. Le vêtement de nuit qu'elle avait choisi pour Margaux sans lui demander son avis la confirma dans son impression : c'était le pyjama en pilou le plus couvrant, le plus épais, le plus opaque et le moins sexy qu'elle possédait. Même les bonnes sœurs des couvents devaient dormir dans des tenues plus sexy. Résignée, elle se déshabilla et procéda à ses ablutions du soir avant d'enfiler le pyjama et d'endosser la veste. Elle retourna dans la chambre et alla se coucher dans le grand lit côté fenêtre avant de prévenir Claire.
— Ça y est ! Je suis couchée !
— A mon tour !
— A mon tour !
Claire traversa la chambre en lui faisant un petit sourire et s'enferma à son tour dans la salle de bains d'où elle ressortit un quart d'heure plus tard vêtue, elle aussi, d'un pyjama en pilou aussi peu sexy que celui de Margaux. La seule différence était que si le vêtement de nuit de margaux ne laissait rien deviner de sa silhouette menue, celui de Claire parvenait difficilement à cacher ses formes voluptueuses.
Margaux, en l'apercevant, espéra quelques courtes secondes que, peut-être, après tout, la nuit serait plus intéressante qu'elle ne l'avait craint mais Claire se coucha de l'autre côté du lit, complètement au bord et en lui tournant le dos avant d'éteindre la lumière.
Margaux, en l'apercevant, espéra quelques courtes secondes que, peut-être, après tout, la nuit serait plus intéressante qu'elle ne l'avait craint mais Claire se coucha de l'autre côté du lit, complètement au bord et en lui tournant le dos avant d'éteindre la lumière.
— Bonne nuit, mon Ange.
— Bonne nuit Claire. (Tu parles !)
— Bonne nuit Claire. (Tu parles !)
Margaux avait répondu d'un ton résigné. Elle ne pouvait pas reprocher à Claire son attitude. Si sa future épouse n'était pas attirée par elle physiquement, elle n'y pouvait rien. S'il s'était agi d'un garçon elle aurait pu lui reprocher de vouloir l'épouser sans éprouver de désir pour elle mais là, il s'agissait d'une fille. En plus, Claire avait annoncé la couleur le jour où elles avaient eu affaire aux deux adeptes de la féerie: ”Nous, ce n'est pas du sexe ! C'est de l'amour !”. Si pour Margaux c'était les deux c'était simplement de la malchance.
Dès lors, le même cérémonial se déroula chaque soir : Margaux allait se préparer pour la nuit en n'oubliant pas de fermer la porte de la salle de bains pendant que Claire rangeait le séjour. Ensuite elle allait se coucher côté fenêtre et prévenait Claire qui se préparait à son tour pour la nuit avant de se coucher de l'autre côté du lit, tout au bord, en lui tournant le dos : ‘'Bonne nuit mon ange , bonne nuit Claire'' et c'était tout.
Le matin, scénario inverse tout aussi immuable : Claire, levée aux aurores, monopolisait la salle de bains le temps de faire sa toilette et de s'habiller avant de laisser la place à Margaux pendant qu'elle faisait un peu de ménage et préparait le petit déjeuner. Ensuite, déjeuner, lave-vaisselle et, éventuellement, lave-linge et ensuite ”au boulot !”.
La journée de travail se déroulait comme d'habitude de façon parfaite. Elles travaillaient en totale harmonie et leur binôme fonctionnait à merveille.
Tout allait bien.
Sauf que…
Sauf que tout n'allait pas bien et, là encore, c'était l'attitude de Claire qui était à l'origine du problème.
Depuis qu'elles se connaissaient, elles échangeaient des baisers. Au départ, c'était des baisers d'amitié, les baisers à peine esquissés que deux amies échangent par habitude pour se dire bonjour ou au revoir. Ensuite, ce furent des baisers de tendresse qu'on échange spontanément pendant la journée simplement pour exprimer le plaisir d'être avec l'autre. Puis ils devinrent rapidement des baisers d'amour : ceux dont en couvre le visage de l'autre en le serrant dans ses bras et en lui disant des mots doux.
Tout allait bien.
Sauf que…
Sauf que tout n'allait pas bien et, là encore, c'était l'attitude de Claire qui était à l'origine du problème.
Depuis qu'elles se connaissaient, elles échangeaient des baisers. Au départ, c'était des baisers d'amitié, les baisers à peine esquissés que deux amies échangent par habitude pour se dire bonjour ou au revoir. Ensuite, ce furent des baisers de tendresse qu'on échange spontanément pendant la journée simplement pour exprimer le plaisir d'être avec l'autre. Puis ils devinrent rapidement des baisers d'amour : ceux dont en couvre le visage de l'autre en le serrant dans ses bras et en lui disant des mots doux.
Du jour au lendemain, ces marques d'amour ou même d'affection disparurent. Non seulement Claire cessa d'embrasser Margaux mais elle se mit à la repousser maladroitement lorsque celle-ci avait des velléités de le faire. Margaux crut d'abord que c'était à cause des recommandations des autorités sanitaires sur les gestes barrières mais Claire ne croyait pas, avec raison, aux gestes barrières entre deux personnes vivant dans un petit logement et partageant le même lit. Désemparée par l'attitude de Claire, elle cessa à son tour les baisers qui semblaient indisposer cette dernière.
Elle se mit à chercher des événements pouvant expliquer ce mur qui se dressait soudain entre elles. Elle chercha d'abord des explications rassurantes mais ne parvint pas à en trouver. Claire paraissait tout à fait normale et en bonne santé. Elle avait un point de vue optimiste concernant l'évolution de la pandémie et ne manifestait pas la moindre animosité ni même de simple froideur à son égard.
Elle se mit insidieusement à imaginer les explications les plus folles aboutissant toutes à la même conclusion : Claire ne l'aimait plus. Soit elle trouvait leur situation trop compliquée, soit elle regrettait le garçon avec lequel elle avait eu sa dernière aventure et qui était un si bon amant ou alors le précédent qui était si gentil. Ou bien encore, elle était tombée amoureuse de Muriel malgré leur cinquantaine d'années d'écart, idée délirante mais que son esprit affolé ne lui permettait pas de reconnaître comme telle.
La seule chose dont elle était certaine maintenant, c'était que Claire ne l'aimait plus et n'avait pas le courage de le lui avouer. Elle n'avait qu'une envie : tout plaquer, aller se cacher quelque part, téléphoner à ses parents de lui envoyer un billet d'avion pour les rejoindre à Nouméa, épouser un de ces crétins galonnés que son père rêvait d'avoir pour gendre et torcher une armée de moutards en attendant de finir sa vie laide et désabusée en rêvant de la vie qu'elle avait failli avoir.
Le ”distanciel” est une solution bien adaptée aux conférences, un peu moins aux cours magistraux en raison de l'absence d'interactivité, très peu aux travaux dirigés et pas du tout aux travaux pratiques. Le planning de la semaine était donc allégé et se limitait aux cinq premiers jours de la semaine, libérant donc totalement le week-end ce qui, compte tenu du confinement, ne présentait d'ailleurs que peu d'intérêt hormis pour nos amis les toutous, ravis de multiplier les sorties.
N'ayant pas d'animal à quatre pattes à sortir, elles travaillèrent toute la journée de sorte que quand vint le soir elles s'aperçurent qu'elles avaient terminé tout leur travail du week-end. Il ne leur restait, comme seule ressource, que la télévision. Mais , lorsque Claire, au lieu d'installer les coussins par terre, contre le mur, en face de l'appareil, mit à la place deux chaises l'une à côté de l'autre en expliquant qu'on y voyait mieux ainsi, ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Au lieu d'aller s'asseoir, Margaux se dirigea vers la chambre en exprimant toute sa colère et sa frustration :
— Tu fais ce que tu veux ! Moi, j'en ai marre ! Je vais me coucher !
Elle disparut dans la chambre et claqua la porte derrière elle sous le regard ébahi de Claire. Elle se dévêtit rapidement en jetant rageusement ses habits dans un coin, enfila son pyjama et se coucha la tête vers la fenêtre, sans même passer par la salle de bains, avant d'éteindre sa lampe de chevet.
Quelques minutes plus tard, elle entendit frapper doucement à la porte. Elle ne daigna pas répondre. Le ”toctoc” reprit puis, en l'absence de réponse, la porte s'ouvrit et Claire pénétra dans la chambre. Margaux l'entendit se préparer pour la nuit dans la salle de bains. Visiblement, elle essayait de faire le moins de bruit possible. Quand elle eut terminé, elle revint dans la chambre et, après avoir allumé sa lampe de chevet, elle rangea soigneusement les vêtements que Margaux avait abandonnés par terre. Puis, constatant que Margaux ne dormait pas, elle vint s'asseoir sur le bord du lit et lui caressa doucement les cheveux. Margaux se mit à sangloter. Claire lui caressa tendrement la joue.
— Qu'est-ce qui t'arrive, mon ange ?
Margaux se redressa furibonde.
— Il m'arrive que si tu avais fait preuve d'un peu plus de franchise à mon égard, nous n'en serions pas là !
— Je ne comprends pas, balbutia Claire.
— On ne se connaîtrait même pas, tu serais tranquille chez toi, je serais tranquille chez tante Alice et tout irait bien mieux.
— Je ne comprends pas, balbutia Claire.
— On ne se connaîtrait même pas, tu serais tranquille chez toi, je serais tranquille chez tante Alice et tout irait bien mieux.
Claire blêmit et chevrota.
— Tu veux dire que tu ne m'aimes plus ?
— Non ! Je veux dire que c'est toi qui ne m'aimes plus et que tu pourrais avoir la franchise de me le dire carrément.
— Comment peux-tu penser une chose pareille. ? Claire se mit à pleurer à son tour. Tu es toute ma vie. Je t'aime comme je n'ai jamais aimé personne et comme je ne pourrais jamais aimer personne. Si tu devais me quitter, je crois que j'en mourrais !
— Non ! Je veux dire que c'est toi qui ne m'aimes plus et que tu pourrais avoir la franchise de me le dire carrément.
— Comment peux-tu penser une chose pareille. ? Claire se mit à pleurer à son tour. Tu es toute ma vie. Je t'aime comme je n'ai jamais aimé personne et comme je ne pourrais jamais aimer personne. Si tu devais me quitter, je crois que j'en mourrais !
Margaux ébranlée observa Claire. Elle avait l'air d'être sincère. Elle reprit donc d'un ton plus calme.
— Alors, explique-moi pourquoi en une semaine, je n'ai eu droit à aucun câlin et aucun baiser !
— Ah ! C'est pour ça !
— Comment ? Bien sûr que c'est pour ça ! Moi, quand on s'aime, on se fait des câlins et des baisers !
— Mais, pour moi aussi !
— Donc, tu ne m'aimes pas !
— Non ! enfin si ! Je t'aime !
— Explique-toi !
— Ah ! C'est pour ça !
— Comment ? Bien sûr que c'est pour ça ! Moi, quand on s'aime, on se fait des câlins et des baisers !
— Mais, pour moi aussi !
— Donc, tu ne m'aimes pas !
— Non ! enfin si ! Je t'aime !
— Explique-toi !
Claire se tortilla gênée.
— Ce n'est pas facile… J'ai peur.
— Non ! N'aie pas peur. Je te promets de ne pas me fâcher. Mais je veux comprendre.
— Non ! Ce que je veux dire, c'est que j'ai peur de t'embrasser.
— Tu as peur de m'embrasser ? Margaux la regarda complètement ébahie. C'est nouveau ça ! Tu as peur que j'aie le covid ou bien le sida ou bien que ce soit toi ? C'est ça ?
— Non ! J'ai peur de moi. J'ai peur d'être incapable de me dominer, incapable de m'empêcher de te faire… oh ! C'est dur ! Aide-moi !
— Je veux bien t'aider mais je ne comprends absolument rien à ce que tu racontes.
— De te faire ces choses que font d'habitude ensemble les hommes et les femmes. Voilà !
— De me faire l'amour, quoi.
— Non !
— Non ! N'aie pas peur. Je te promets de ne pas me fâcher. Mais je veux comprendre.
— Non ! Ce que je veux dire, c'est que j'ai peur de t'embrasser.
— Tu as peur de m'embrasser ? Margaux la regarda complètement ébahie. C'est nouveau ça ! Tu as peur que j'aie le covid ou bien le sida ou bien que ce soit toi ? C'est ça ?
— Non ! J'ai peur de moi. J'ai peur d'être incapable de me dominer, incapable de m'empêcher de te faire… oh ! C'est dur ! Aide-moi !
— Je veux bien t'aider mais je ne comprends absolument rien à ce que tu racontes.
— De te faire ces choses que font d'habitude ensemble les hommes et les femmes. Voilà !
— De me faire l'amour, quoi.
— Non !
Claire était maintenant rouge comme une cerise. Elle n'osait plus regarder Margaux.
— Si ! c'est ça, murmura-t-elle.
Elle voulut expliquer que dès la première fois qu'elles avaient joint leurs lèvres elle avait ressenti pour Margaux une attirance physique à laquelle elle avait eu le plus grand mal à résister ; que ce qui l'avait retenue c'était la certitude que même si par amour Margaux se prêtait à son jeu, elle serait blessée dans sa sensibilité ; que depuis qu'elles étaient confinées elle avait le plus grand mal à se dominer et que le seul moyen qu'elle avait trouvé c'était de s'abstenir de tout contact physique.
Mais Margaux se fichait éperdument de ce qu'elle voulait lui dire. La seule chose qu'elle avait comprise lui suffisait : Claire aussi la désirait. Aussi, lorsque celle-ci ouvrit de nouveau la bouche pour continuer à s'expliquer, les lèvres de Margaux vinrent s'écraser sur les siennes et l'empêchèrent de prononcer le moindre mot. Elle tenta de repousser son agresseuse le temps de protester faiblement.
Mais Margaux se fichait éperdument de ce qu'elle voulait lui dire. La seule chose qu'elle avait comprise lui suffisait : Claire aussi la désirait. Aussi, lorsque celle-ci ouvrit de nouveau la bouche pour continuer à s'expliquer, les lèvres de Margaux vinrent s'écraser sur les siennes et l'empêchèrent de prononcer le moindre mot. Elle tenta de repousser son agresseuse le temps de protester faiblement.
— Non ! Tu ne dois pas pas …
Elle ne put aller plus loin car Margaux, décidée à aller jusqu'au bout était repartie à l'assaut de ses lèvres. Elle essaya faiblement de la repousser une nouvelle fois mais, quand elle sentit une petite main s'immiscer sous sa veste de pyjama pour s'emparer d'un sein, elle rendit les armes. Elle écrasa à son tour ses lèvres sur celles de Margaux en gémissant et ses mains partirent à leur tour explorer le petit corps frémissant.
Elles firent l'amour passionnément, se balbutiant inlassablement les mêmes mots d'amour toujours réinventés, s'explorant mutuellement pour la première fois, maladroites et inspirées, effarouchées et indécentes, donnant et recevant le plaisir avec le même bonheur. Au début, Claire se montra hésitante car elle ignorait jusqu'où sa compagne désirait aller dans leurs échanges de caresses mais Margot avait décidé de mettre en pratique tout ce que ses recherches et essais lui avaient appris sans s'imposer la moindre limite. Cela faisait des mois qu'elle rêvait de faire l'amour avec Claire et elle avait l'intention d'évacuer toute la frustration qu'elle avait accumulée en devant se contenter de rêver. Elle se montra légèrement maladroite mais Claire comprit parfaitement le message et entreprit à son tour de prodiguer à sa compagne les caresses les plus audacieuses que cette dernière lui avait prodiguées.
Elles s'explorèrent mutuellement, utilisant leurs bouches tout autant que leurs doigts pour se caresser aussi bien l'intérieur de l'anus que celui du vagin se sucer le clitoris, se déclenchant chaque fois une onde de bonheur.
Elles firent ensuite l'amour tendrement en roucoulant leur bonheur et leur joie de se découvrir de nouveau, déjà moins maladroites, déjà moins effarouchées mais tout aussi effrontées, apprenant à donner et recevoir le même plaisir au même instant. Elles découvrirent ainsi que le plaisir était encore plus grand si elles arrivaient à l'éprouver en même temps. Ce fut donc en se mettant tête-bêche qu'elles continuèrent à se caresser mutuellement et à se gaver des humidités de l'autre.
Elles le firent frénétiquement en une véritable bataille, assouvissant des désirs trop longtemps réprimés, remplaçant les mots par des grognements, les lèvres par les dents, leurs doigts par leurs griffes, dévastant leur couche et envoyant voler à l'autre bout de la chambre des vêtements depuis longtemps enlevés.
Elles le firent enfin tout doucement avec des ronronnements, des chuchotements et des caresses de chattes amoureuses, avant de s'endormir épuisées dans les bras l'une de l'autre après un interminable baiser.
Quand Claire se réveilla au petit matin, sa première pensée fut :
— Ça sent les croissants chauds.
Puis elle en eut une deuxième :
— Qu'est-ce qu'elle peut chanter faux !
Et une troisième :
— Délicieuse !
Elle venait d'apercevoir Margaux qui s'affairait dans le séjour complètement nue, blanche et rose de partout, depuis ses deux petites oranges ornées de jolies fraises jusqu'à son adorable popotin arborant fièrement deux petites lunes frétillantes. Quelques frisottis blonds assortis à sa chevelure protégeaient son petit trésor. Elle fredonnait avec entrain ”poupée de cire, poupée de son” d'une voix de fausset. Claire rougit en découvrant une superbe marque de morsure à un endroit totalement incongru de l'anatomie de sa petite compagne mais en remuant elle sentit une légère sensation de brûlure au même endroit. Margaux devait avoir commis le même péché de gourmandise.
Quand elle s'aperçut que Claire était réveillée, Margaux poussa un petit cri de joie, se précipita dans la chambre, grimpa sur le lit, lui sauta dessus et se tortilla pour se lover entre ses bras.
Quand elle s'aperçut que Claire était réveillée, Margaux poussa un petit cri de joie, se précipita dans la chambre, grimpa sur le lit, lui sauta dessus et se tortilla pour se lover entre ses bras.
— Comment te sens tu ? demanda t'elle en lui picorant le bout d'un sein.
— Merveilleusement bien ! Complète !
— Merveilleusement bien ! Complète !
Complète, oui ! Elle avait l'impression que depuis qu'elles avaient fait l'amour elle avait quelque chose en plus, quelque chose qu'elle n'avait pas auparavant et qui lui venait de Margaux, quelque chose en elle qui vivait et allait grandir, elle en était certaine.
— Complète ! mais, si tu n'arrêtes pas tout de suite de me picorer la poitrine, je ne réponds plus de rien !
Bien entendu, Margaux n'arrêta pas.
Ce jour-là, leurs vêtements et sous-vêtements restèrent tranquillement pliés dans l'armoire tandis que les draps du lit connaissaient bien des aventures et la baignoire bien des jeux. Elles avaient fait l'amour avec passion, tendresse, frénésie et douceur. Elles découvrirent qu'elles pouvaient aussi le faire de façon ludique. Les caresses se firent souvent chatouilles et elles concoururent à celle qui inventerait les gestes les plus osés. Elles apprécièrent particulièrement le jeu du ‘'A qui c'est, ça ?'' qui leur permettait, selon elles, de réviser leur cours d'anatomie ou sa version plus partageuse et tout aussi instructive du ‘'Pour qui c'est, ça ?''.
Ce jour-là, leurs vêtements et sous-vêtements restèrent tranquillement pliés dans l'armoire tandis que les draps du lit connaissaient bien des aventures et la baignoire bien des jeux. Elles avaient fait l'amour avec passion, tendresse, frénésie et douceur. Elles découvrirent qu'elles pouvaient aussi le faire de façon ludique. Les caresses se firent souvent chatouilles et elles concoururent à celle qui inventerait les gestes les plus osés. Elles apprécièrent particulièrement le jeu du ‘'A qui c'est, ça ?'' qui leur permettait, selon elles, de réviser leur cours d'anatomie ou sa version plus partageuse et tout aussi instructive du ‘'Pour qui c'est, ça ?''.
Claire n'essaya pas de donner à Margaux des explications que celle-ci ne lui demandait pas. Elle se sentait trop bête et n'avait pas l'intention de s'en vanter. Elle se sentait d'autant plus honteuse qu'elle avait eu très exactement l'attitude que détestait Margaux : elle s'était laissée influencer par l'aspect physique de sa petite compagne pour en déduire une pudeur de petite chose fragile totalement imaginaire. Non seulement Margaux ne semblait pas du tout blessée dans sa sensibilité mais elle se montrait particulièrement enthousiaste et inventive dans leurs rapports. Elle ne semblait arrêtée par aucun tabou et Claire était la première à rougir des audaces de sa petite fiancée.
Par contre, elle se fit un plaisir d'envoyer un mail triomphant à sa mère : ” Ma chère maman, j'ai une excellente nouvelle à t'annoncer et je pense que tu auras plaisir à en faire part à cette chère Laura. Aucun conflit ne risque plus d'intervenir entre Laura et nous à propos des chambres. Dorénavant, lorsque nous viendrons en visite à Montluçon, Margaux et moi, nous n'aurons besoin que d'un lit. Affectueusement, Claire”.
Quand vint l'heure de se coucher, elles avaient pris quelques décisions très importantes :
Faire leur toilette ensemble pour économiser l'eau.
Dormir sans pyjamas pour économiser le tissu.
Et, surtout, se couper les ongles pour économiser le baume apaisant parce que le lendemain, ça pique de partout !
Après la journée qu'elles avaient passée à batifoler, elles avaient largement rattrapé le temps qu'elles avaient perdu à se tourner autour sans oser faire le dernier pas. Elles se contentèrent donc d'un câlin ”plus-plus” avant de s'endormir sagement dans les bras l'une de l'autre.
Faire leur toilette ensemble pour économiser l'eau.
Dormir sans pyjamas pour économiser le tissu.
Et, surtout, se couper les ongles pour économiser le baume apaisant parce que le lendemain, ça pique de partout !
Après la journée qu'elles avaient passée à batifoler, elles avaient largement rattrapé le temps qu'elles avaient perdu à se tourner autour sans oser faire le dernier pas. Elles se contentèrent donc d'un câlin ”plus-plus” avant de s'endormir sagement dans les bras l'une de l'autre.
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Vivement le prochain épisode
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Merci pour cette très tendre et belle histoire que l'on espère voir se prolonger encore et encore.
Cela dit toujours aussi bien écrit , un plaisir à lire
Je vous propose donc de considérer que j’ai 81 ans et que cela m’autorise un certain attendrissement lorsque je parle d’une jeune fille ( d’une gamine ?) de 21 ans.