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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

L'éveil dans l'obscurité — Chapitre 22

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L'éveil dans l'obscurité

Chapitre 22

Chapitre 22
Le silence qui suit les mots est plus vaste que tous les autres.
Je t'aime.
Moi aussi. Tellement.
Ils restent suspendus entre nous, chauds, vibrants, presque palpables. Je les sens résonner contre ma peau, dans ma poitrine, dans le creux de mon ventre encore sensible de la journée. Dan ne bouge pas. Sa main continue de caresser mon dos, très lentement, de haut en bas, comme s'il traçait une carte invisible. Ses doigts s'attardent parfois au creux de mes reins, parfois remontent le long de ma colonne, s'arrêtant juste entre mes omoplates. Chaque passage laisse une traînée de chaleur qui ne s'éteint pas.
Je reste allongé à moitié sur lui, l'oreille collée à son torse. Son cœur bat encore trop vite. Le mien aussi. Nos respirations se cherchent, se trouvent, s'accordent peu à peu. L'odeur de nos corps mêlés — sueur légère de la journée, savon de la douche, peau chaude — emplit l'espace entre les draps. C'est une odeur intime, presque sacrée. Je l'inhale profondément, comme si je pouvais la graver assez fort pour qu'elle ne disparaisse jamais.
Dan incline la tête. Ses lèvres touchent mes cheveux, puis mon front, puis la cicatrice presque invisible de ma tempe. Le baiser est d'une douceur extrême. Pas de langue. Juste la pression tiède de sa bouche, le souffle qui passe, le frôlement de sa peau contre la mienne.
— Dis-le encore, murmuré-je.
Il sourit. Je le sens à la façon dont ses lèvres s'étirent contre mon front.
— Je t'aime, Milo.
La phrase descend en moi comme une onde chaude. Elle touche des endroits que je croyais fermés depuis l'accident. Des endroits que même le tennis, même la canne, même le braille n'avaient pas atteints.
Je relève légèrement le visage. Mes lèvres cherchent les siennes dans le noir. Elles les trouvent immédiatement. Le baiser est lent. Très lent. Nos bouches s'ouvrent juste assez pour que nos souffles se mêlent. Sa langue glisse contre la mienne avec une tendresse presque révérencieuse.
Je goûte encore un peu de lui, le sel discret de sa peau, la chaleur familière de sa bouche. Mes doigts remontent le long de sa nuque, s'enfoncent dans ses cheveux encore un peu humides. Il frissonne.
On s'embrasse longtemps. Sans urgence. Comme si le temps s'était arrêté pour nous laisser explorer cette nouvelle terre. Ses mains ne quittent pas mon corps. L'une reste dans mon dos, l'autre glisse le long de mon flanc, caresse la courbe de ma hanche, remonte le long de mes côtes. Chaque contact est précis, attentif, chargé d'une intention douce. Il savoure. Il mémorise.
Je fais la même chose. Mes paumes parcourent son torse avec une lenteur délibérée. Je sens le relief de ses muscles encore un peu tendus par la journée, la douceur de la peau sous mes doigts, le petit creux entre ses pectoraux. Quand j'arrive à ses tétons, je les effleure seulement du bout des doigts. Dan inspire plus fort. Un frisson le traverse. Je recommence, plus appuyé cette fois, roulant doucement la chair sensible entre mon pouce et mon index. Un gémissement bas lui échappe, vibré contre ma bouche.
— Tu sais exactement où appuyer, souffle-t-il.
— Parce que je t'écoute. Parce que je te sens.
Je continue. Lentement. Alternant la pression, la rotation, le pincement léger. Ses réactions me guident. Chaque soupir, chaque petit mouvement de son corps me dit où m'attarder. Je n'ai pas besoin de voir. Tout est écrit sous mes doigts.
Dan bascule un peu pour me faire rouler sur le dos. Il se place à moitié au-dessus de moi, le poids de son corps parfaitement dosé pour ne pas m'écraser. Une de ses cuisses s'insère entre les miennes, juste pour le contact. Sa main libre caresse mon visage : le front, les sourcils, le bord de mes paupières fermées, la ligne de mon nez, mes lèvres. Il s'attarde sur ma bouche, le pouce glissant le long de la lèvre inférieure.
— Tu es beau, murmure-t-il. Même dans le noir. Surtout dans le noir.
Les mots me touchent plus fort que n'importe quelle caresse. Je capture son pouce entre mes lèvres et le suce doucement, sans rien chercher d'autre que la tendresse du geste. Dan laisse échapper un souffle tremblant. Sa main libre s'enfonce dans mes cheveux.
Il descend le long de mon corps avec une lenteur presque cérémonieuse. Ses lèvres parcourent mon cou, s'attardent dans le creux de ma gorge, descendent le long de mon sternum. Chaque baiser est posé comme une offrande. Quand il arrive à mon ventre, sa langue dessine des cercles tièdes autour de mon nombril. Je cambre légèrement le dos. Ses mains glissent sous mes fesses, les soulèvent un peu, les massent avec une fermeté tendre, purement apaisante.
Il remonte ensuite. Ses lèvres retrouvent les miennes. On s'embrasse encore, plus profondément cette fois, mais toujours sans précipitation. Ses mains explorent mon dos, mes épaules, la nuque. Les miennes font de même sur lui. On se redécouvre à travers le toucher, comme si les mots « je t'aime » avaient ouvert une porte supplémentaire et qu'il fallait maintenant tout cartographier à nouveau.
À un moment, Dan se glisse complètement contre moi, cuisse contre cuisse, poitrine contre poitrine. Son bras passe sous mon cou. L'autre main reste ouverte sur mon ventre, les doigts écartés, comme pour couvrir le plus de peau possible. Je pose ma main sur la sienne. Nos doigts s'entrelacent.
— Reste comme ça, murmuré-je.
— Je ne bouge plus.
On reste longtemps ainsi. Le silence n'est plus vide. Il est rempli du bruit de nos respirations, du battement de nos cœurs qui se calment peu à peu, du froissement infime des draps quand l'un de nous bouge à peine. De temps en temps, Dan dépose un baiser dans mes cheveux, ou sur ma tempe, ou sur le coin de ma bouche. Chaque fois, je souris contre sa peau.
Je caresse son bras, suivant le relief des muscles, la douceur de l'intérieur du coude, la ligne des veines sous la peau. Il frissonne quand mes doigts passent à certains endroits. Je mémorise. Tout.
— Tu as peur ? demande-t-il tout bas après un long moment.
— De quoi ?
— De ce qu'on vient de se dire. De ce que ça change.
Je réfléchis. Dans le noir, les pensées sont plus nettes, plus honnêtes.
— Non. J'ai peur de beaucoup de choses. Des interviews. Du tennis. De me perdre dans la rue. Mais pas de ça. Pas de toi.
Sa main se resserre sur la mienne.
— Moi non plus, souffle-t-il. Pour la première fois depuis longtemps… je n'ai pas peur.
On se tait à nouveau. Ses doigts dessinent des cercles lents sur mon ventre. Les miens font de même sur son bras. Le temps s'étire, doux, épais, protecteur.
Plus tard, bien plus tard, Dan se redresse un peu pour tirer le drap sur nous deux. Il le ramène jusqu'à nos épaules, puis se recouche exactement comme avant. Peau contre peau. Chaleur contre chaleur. Son front contre ma tempe.
— Dors, mon cœur, murmure-t-il. Je suis là.
— Je sais.
Je ferme les yeux — un geste inutile, mais réflexe. Dans le noir qui m'entoure, sa présence est une lumière. Pas une lumière que je vois. Une lumière que je sens. Dans le poids de son bras. Dans le rythme de son souffle. Dans la façon dont ses doigts, même endormis, restent légèrement crispés sur les miens, comme s'ils refusaient de lâcher.
Pour la première fois depuis l'accident, le noir n'est plus seulement une absence.
C'est un abri.
Un abri où deux corps se sont trouvés, où deux cœurs ont osé parler, et où le silence, enfin, est devenu une caresse.
Les jours qui suivent le « je t'aime » sont d'une douceur presque irréelle.
Nous ne parlons presque pas de ce qui a été dit. Nous n'en avons pas besoin. Les mots flottent encore entre nous, légers et lourds à la fois, comme une seconde peau. Chaque matin, Dan se réveille avant moi. Je le sens bouger, le matelas s'enfoncer légèrement, puis sa main trouver mon ventre, s'y poser à plat, comme pour vérifier que je suis toujours là. Je me tourne vers lui. Nos fronts se touchent. On s'embrasse sans ouvrir les yeux, lentement, jusqu'à ce que le goût du sommeil disparaisse.
Les entraînements reprennent dès le lundi.
Lucas est plus exigeant. Les séances s'allongent. Quatre heures le matin, parfois trois l'après-midi. La balle sonore devient une obsession. Je travaille le service jusqu'à ce que mon épaule brûle. Je travaille le retour jusqu'à ce que mes avant-bras tremblent. Dan est toujours là, sur le bord du court. Il ne parle pas beaucoup. Il observe. Quand je rate trop, il s'approche et pose simplement une main entre mes omoplates. Le contact suffit. Je retrouve mon souffle. Je recommence.
Les soirs, on rentre épuisés. Dan me guide sous la douche, lave mon dos avec une lenteur attentive, dénoue les muscles que Lucas a crispés. Ensuite on mange. Souvent en silence. Ses pieds touchent les miens sous la table. Après, on s'allonge sur le canapé, ma tête sur ses cuisses, ses doigts dans mes cheveux. Parfois on parle du lendemain. Parfois on ne dit rien. Le silence est devenu une langue que nous maîtrisons parfaitement.
Les semaines passent.
Mon corps change. Je le sens sous mes propres mains, sous celles de Dan. Les abdominaux se redessinent. Les épaules s'épaississent. Les jambes retrouvent leur densité. Un matin, en passant mes doigts sur mon ventre sous la douche, je découvre la fermeté qui revient. Dan, derrière moi, pose ses mains sur les miennes et les guide.
— Tu le sens ? murmure-t-il contre mon oreille.
— Oui.
— Moi aussi.
Il dépose un baiser sur mon épaule et sort. Je reste encore une minute sous l'eau chaude, le sourire aux lèvres.
La notoriété revient plus vite que je ne l'avais imaginé.
Après la couverture de Sport & Vie, les demandes affluent. Stéphane filtre, mais il laisse passer l'essentiel. Interviews. Reportages. Un documentaire court sur ma reconstruction. Les gens parlent de « résilience », de « miracle », de « retour impossible ». Je réponds avec prudence. Je parle du travail. De l'oreille. De la balle qui tinte. Je ne parle presque jamais de Dan en public. Pas parce que j'ai honte. Parce qu'il me l'a demandé, une seule fois, une nuit où on était enlacés dans le noir :
— Garde-moi pour toi. Juste pour toi. Le reste du monde n'a pas besoin de mon visage.
J'ai accepté. Depuis, chaque fois qu'un journaliste insiste — « Et cette personne dont vous avez parlé après votre premier match ? » — je souris et je détourne.
— C'est privé. Et ça le restera.
Les mois s'accumulent.
Un an. Puis un an et demi. Puis deux.
Les classements adaptés grimpent. Je gagne des tournois. Puis des Masters. Puis un titre continental. Lucas parle déjà des Championnats du monde. Stéphane aussi. Ils planifient. Ils négocient. Ils voient loin. Moi, je vois surtout le prochain entraînement, le prochain repas partagé avec Dan, le prochain soir où sa main trouvera la mienne sous les draps.
Dan a réduit ses autres interventions. Il garde quelques usagers, juste assez pour ne pas perdre son agrément, mais la majorité de son temps est pour moi. Les matins, il m'accompagne au club. Les soirs, il est là. Les week-ends, on marche longtemps, ma canne balayant le sol, sa présence juste derrière ou à côté, selon les jours. Parfois je marche seul sur des trajets que je connais par cœur. Quand je reviens, il est sur le pas de la porte, et je sens son sourire avant même qu'il ne parle.
Notre appartement a changé. Ses vêtements ont pris définitivement place dans les placards. Son odeur s'est mêlée à la mienne dans chaque pièce. Un soir, en rangeant le linge, je touche plus de t-shirts à lui que de miens. Je le dis à voix haute. Il rit et m'attire contre lui.
— C'est chez nous, maintenant.
Trois ans.
Trois ans jour pour jour après la nuit où on s'est dit « je t'aime » pour la première fois.
Je suis à une semaine des Championnats du monde.
Mon corps est celui d'un athlète de haut niveau. Plus sec. Plus puissant. Plus précis. Les journalistes le disent. Les photos le montrent. Les classements le confirment. Je suis redevenu quelqu'un. Pas le même. Meilleur, d'une certaine façon. Plus patient. Plus à l'écoute. Plus ancré. Et tout le monde le sait.
Tout le monde sauf ceux qui cherchent encore le scoop.
Parce que Dan n'est jamais apparu. Pas une seule photo. Pas une seule interview commune. Les médias tournent autour de la question comme des vautours patients. « Qui est l'homme qui a tout changé ? » « Pourquoi ce mystère ? » « Une relation ? Un simple accompagnant ? » Les théories fleurissent. Les paparazzis essaient de nous suivre. Un soir, on a dû rentrer par l'arrière de l'immeuble parce qu'un photographe attendait devant. Dan a serré ma main plus fort que d'habitude dans l'ascenseur. Je n'ai rien dit. J'ai juste collé mon front contre son épaule jusqu'à ce que la porte de l'appartement se referme.
Cette semaine-ci, la pression est différente.
Lucas multiplie les séances techniques. Stéphane enchaîne les points presse, les obligations, les rappels sur l'image. Ils sont présents. Compétents. Utiles. Mais ce n'est pas eux que je cherche quand l'angoisse monte à trois heures du matin.
C'est Dan.
Cette nuit-là, une semaine pile avant le premier match, je me réveille en nage. Le cœur trop rapide. Les images mentales que je n'ai plus se bousculent quand même : le bruit d'une salle pleine, le tintement de la balle, le silence juste avant le service. Je me redresse. Dan bouge immédiatement.
— Encore ? murmure-t-il, la voix rauque de sommeil.
— Oui.
Il allume la petite lampe de chevet — inutile pour moi, mais un réflexe qu'il a gardé. Puis il m'attire contre lui. Peau contre peau. Sa main trouve la mienne et l'enlace.
— Parle.
— J'ai peur de décevoir. Pas le public. Pas Stéphane. Pas même Lucas. J'ai peur de… ne plus être à la hauteur de ce qu'on a construit. De ce que tu as construit avec moi.
Dan reste silencieux un moment. Sa respiration est calme contre mon cou. Puis ses lèvres touchent ma tempe.
— Tu n'as rien à prouver à personne. Surtout pas à moi. Je t'ai vu à ton pire. Je t'ai vu refuser de manger. Refuser de marcher. Refuser de vivre. Et je t'ai vu te relever. Chaque jour. Chaque séance. Chaque chute. Ce que tu es devenu… c'est déjà bien plus grand que n'importe quel titre.
Je tourne le visage vers lui. Nos nez se frôlent. Je cherche ses lèvres. Le baiser est lent, profond, chargé de trois années de nuits partagées, de matins collés, de silences compris.
— J'ai plus besoin de toi que de Lucas et de Stéphane réunis, avoué-je contre sa bouche. Tu le sais, hein ?
— Je le sais, répond-il. Et c'est réciproque.
Sa main glisse le long de mon dos, remonte, s'attarde entre mes omoplates. Le geste exact qu'il fait depuis le premier jour, celui qui me recentre. Je m'y abandonne.
Dehors, la ville dort encore. Dans une semaine, il y aura des milliers de personnes, des caméras, des juges, une balle qui tinte, et le poids d'un championnat du monde. Mais ici, maintenant, il n'y a que le bruit de nos cœurs, la chaleur de sa peau, et cette certitude tranquille qui m'habite depuis trois ans :
Peu importe le score.
Peu importe les titres.
Peu importe les questions que les journalistes poseront encore et encore sur l'homme que je refuse de leur montrer.
J'ai déjà gagné.
Parce que chaque soir, dans le noir, sa voix murmure mon nom comme une promesse. Et chaque matin, sa main trouve la mienne avant même que le jour ne commence.
Et ça, aucun championnat au monde ne pourra jamais l'effacer.
L'avion s'arrache du tarmac dans un grondement sourd que je ressens jusque dans la poitrine.
Je suis assis côté hublot, même si le hublot ne me sert à rien. Dan est contre moi, épaule contre épaule, sa main posée sur ma cuisse depuis le décollage. Stéphane est devant, déjà en train de parler fort au téléphone. Lucas est de l'autre côté de l'allée, casque sur les oreilles, concentré. Le reste de l'équipe — préparateur physique, kiné, un jeune joueur qui nous accompagne — occupe les rangées derrière.
Dan s'incline légèrement vers moi.
— Tu ressens le virage ? murmure-t-il près de mon oreille.
— Oui. Et le changement de pression.
Sa main se resserre un instant. Je pose la mienne par-dessus.
Le vol dure presque trois heures. Je dors par à-coups, la tête contre son épaule. Chaque fois que je sursaute, ses doigts caressent mon genou jusqu'à ce que je me rendorme. Quand l'hôtesse annonce la descente vers Vilnius, mon estomac se noue. Pas de la peur de l'avion. La peur de ce qui attend en bas.
L'aéroport de Vilnius est plus petit que ce que j'imaginais au bruit. Dès qu'on sort de la zone sécurisée, le mur de sons m'assaille : voix, appareils photo qui cliquettent, questions lancées en anglais, en français, en lituanien. Les journalistes sont là. Beaucoup. Stéphane avait prévenu, mais l'intensité me surprend quand même.
— Milo ! Milo St-Clair ! How does it feel to be back at this level ? (Comment ça fait de revenir à ce niveau ?)
— Est-ce que vous visez l'or ?
— Who is the man next to you ? (Qui est l'homme à côté de vous ?)
Dan ne répond pas. Il ne lâche pas mon bras. Sa prise est ferme, protectrice, exactement comme il y a trois ans quand on fuyait les paparazzis devant chez nous. Stéphane prend le micro, répond à la place, sourit pour les caméras. Lucas reste en retrait. Moi, je marche, canne dans une main, l'autre agrippée à Dan, le visage le plus neutre possible.
Le transfert jusqu'à l'hôtel partenaire se fait en bus officiel. L'air de Vilnius est encore chaud, chargé d'une odeur de fleuve et d'herbe sèche de fin d'été. Dan me décrit à voix basse ce qu'il voit : des bâtiments bas, des arbres encore bien verts, le ciel clair de cette fin août.
L'hôtel est grand, moderne, saturé de voix et de roulements de valises. L'accueil et l'enregistrement durent une éternité. Badges. Clés. Planning imprimé en gros caractères et en braille. On nous attribue les chambres. La mienne est au sixième étage, côté calme. Dan a la chambre communicante. Officiellement. En réalité, dès que la porte se referme, il pose ses affaires à côté des miennes.
Le lendemain commence tôt.
Classification.
On m'emmène dans une salle neutre, trop claire d'après la chaleur des néons sur ma peau. Un panel de trois classificateurs internationaux. Voix posées, accentées, professionnelles. Ils vérifient mon identité, mon dossier médical complet, les rapports ophtalmologiques, les scanners. On me fait des tests de perception lumineuse, même si tout le monde sait déjà le résultat. B1. Total. Irréversible. Le tampon tombe. Catégorie confirmée. Dan, assis juste derrière moi, ne dit rien, mais je sens sa présence comme un mur solide.
L'après-midi, premières séances sur les courts officiels.
La salle est immense. L'acoustique est différente de tout ce que j'ai connu. Plus haute. Plus réverbérante. Chaque rebond de la balle sonore résonne longtemps. Les lignes tactiles sont plus marquées que sur nos terrains d'entraînement. Lucas me fait marcher le court entier, pieds nus d'abord, puis avec les chaussures. Je cartographie. Les distances. Les angles. Le son du filet quand le vent artificiel de la ventilation le fait frémir. Dan reste sur le bord, silencieux, mais chaque fois que je m'arrête trop longtemps, sa voix basse m'atteint :
— Tu es bon. Continue.
Le soir, réunion technique.
Salle comble. Capitaines, joueurs, entraîneurs. On rappelle les règles, les poules, le tableau. Mon nom est tiré dans une poule difficile. Deux têtes de série. Stéphane siffle entre ses dents. Lucas reste calme. Dan, à côté de moi, pose simplement sa main sur mon genou sous la table et la laisse là jusqu'à la fin.
La cérémonie d'ouverture a lieu le surlendemain, en fin d'après-midi.
On nous aligne par nations. La musique est forte, un peu trop. Les discours se succèdent en plusieurs langues. Je tiens ma canne d'une main et le bras de Dan de l'autre. Quand la délégation française est annoncée, les applaudissements montent. Je sens les flashes même sans les voir. Dan serre mon bras un peu plus fort. Je sais ce qu'il pense : encore des photos, encore des questions sur l'homme à côté de moi. On a appris à ne plus y prêter attention.
Le soir de la cérémonie, on rentre à l'hôtel plus tôt que le reste de l'équipe. La fatigue est là, mais aussi autre chose. Une tension électrique qui n'a rien à voir avec la compétition.
Dès que la porte de la chambre se referme, Dan active la sécurité. Le clic est net. Puis le silence retombe, épais, seulement troublé par le ronronnement discret de la climatisation.
Je pose la canne contre le mur. Dan s'approche par-derrière. Ses bras m'entourent. Son menton se pose sur mon épaule.
— Une semaine, murmure-t-il. Et après on rentre. Quoi qu'il arrive.
Je me retourne dans ses bras. Mes mains trouvent son visage. Je le caresse longuement, comme chaque fois que le monde extérieur a été trop bruyant.
— J'ai besoin de toi, dis-je simplement. Maintenant.
Il ne répond pas avec des mots. Ses lèvres trouvent les miennes. Le baiser est profond dès le départ, affamé, chargé de trois années et de toute la pression de ces derniers jours. Sa langue glisse contre la mienne. Je gémis dans sa bouche. Ses mains descendent le long de mon dos, s'accrochent à mon t-shirt et le font remonter.
On se déshabille entre les baisers, maladroitement, urgents. Mes doigts tremblent un peu quand je tire son sweat par-dessus sa tête. Sa peau est chaude sous mes paumes. Je la reconnais. Chaque muscle. Chaque cicatrice discrète. Chaque endroit qui le fait frissonner.
Dan me pousse doucement vers le grand lit. Le matelas est ferme, différent du nôtre. Je m'y allonge. Il se place au-dessus de moi, nu déjà, et reprend ma bouche pendant que ses hanches s'emboîtent contre les miennes. Sa queue, déjà dure, frotte contre la mienne. La chaleur est immédiate, électrique.
— Je te veux, souffle-t-il contre mes lèvres. Tout de toi.
— Alors prends.
Il descend le long de mon corps avec une lenteur qui contraste avec l'urgence de tout à l'heure. Sa bouche parcourt mon cou, mon sternum, mon ventre. Quand il arrive à ma queue, il ne joue plus. Il m'englobe d'un coup, profondément, jusqu'à la garde. La chaleur de sa gorge m'arrache un cri. Sa langue travaille, appuyée, savante. Une main masse mes couilles, les presse, les tire. L'autre s'appuie sur mon ventre pour me maintenir pendant que je cambre.
J'enfonce les doigts dans ses cheveux. Mes hanches bougent. Il prend tout, laisse sa gorge s'ouvrir, gémit autour de ma queue. Le bruit est obscène, humide, parfait dans le silence de la chambre d'hôtel.
Quand il se redresse, un filet de salive relie encore sa bouche à mon gland. Il crache dans sa main, s'enduit les doigts, puis se prépare au-dessus de moi. Je l'entends. Les petits sons qu'il laisse échapper pendant qu'il s'ouvre. Ça me rend fou.
Il se positionne. Le gland de ma bite trouve son entrée. Il s'abaisse d'un seul mouvement lent et continu jusqu'à m'avoir entièrement avalé. On reste immobiles, front contre front, respirations brûlantes.
— Putain… tu es si dur, gémit-il.
Puis il commence à bouger.
Fort. Ample. Presque brutal. Chaque descente m'envoie une décharge. Ses fesses claquent contre le haut de mes cuisses. Sa queue, dure, frappe mon ventre à chaque mouvement. Je remonte les mains sur sa poitrine, trouve ses tétons hypersensibles et les pince fort. Dan hurle presque. Son rythme s'affole.
— Plus fort, ordonne-t-il. Sur mes tétons… putain, Milo…
J'obéis. Je tire, je tords, je pince en rythme avec ses hanches. Ses gémissements deviennent continus, brisés, animaux. La chambre sent le sexe, la sueur, nous.
On change de position. Je le retourne sur le dos, soulève ses jambes, les pose sur mes épaules et m'enfonce d'un coup sec. Dan crie mon nom. Je le baise profondément, régulièrement, pendant que mes mains retrouvent ses tétons et les malmènent. Ses ongles griffent mes avant-bras. Ses muscles se contractent autour de ma queue à chaque poussée.
Ensuite je le mets sur le côté. Je me colle dans son dos, soulève sa jambe, et le prends sous un angle encore plus intime. Une de mes mains repasse sur sa queue et la pompe en même temps. Il tourne la tête. Je capture sa bouche. On s'embrasse salement pendant que je le défonce.
Le plaisir monte trop vite. Je le préviens d'une voix rauque.
— Je vais jouir…
— En moi. Maintenant. Remplis-moi.
Quelques coups encore, très profonds, et j'explose. Ma bite pulse violemment. Des jets épais de sperme giclent au plus profond de lui. Dan se serre autour de moi, prolongeant chaque spasme, et jouit à son tour dans ma main. Sa semence chaude éclabousse les draps et mon poignet.
On reste collés, tremblants, le souffle cassé, la peau moite. Je suis encore en lui. Je ne veux pas sortir. Ses muscles continuent de vibrer autour de ma queue qui se ramollit lentement.
Longtemps après, je me retire avec une douceur extrême. Le mélange de nos fluides glisse. Dan frissonne. Je le prends dans mes bras. On s'embrasse lentement, salés de sueur et de sperme.
— Je t'aime, murmuré-je contre sa bouche.
— Moi aussi. Tellement.
On se nettoie mollement avec une serviette, puis on s'enlace à nouveau, nu, sous le drap. Dehors, Vilnius continue sa nuit de fin août. Dans la chambre, le silence est redevenu doux.
Le matin du premier match arrive trop vite.
Dan m'aide à m'habiller. Chaque geste est précis, tendre. Il noue mes lacets, ajuste mon t-shirt technique, vérifie le grip de ma raquette. Dans le bus qui nous emmène à la salle, sa main ne quitte pas la mienne.
Les vestiaires sentent la résine et l'adrénaline. Lucas me parle stratégie une dernière fois. Stéphane vérifie mon badge. Dan reste juste derrière mon épaule, silencieux, présent.
Puis on m'appelle.
Je sors du tunnel. L'acoustique de la salle m'enveloppe entièrement. Les voix. Les applaudissements. Le frottement des chaussures sur le sol. La balle sonore qu'on fait tinter quelque part pour le test de son.
Dan m'accompagne jusqu'à la ligne. Sa main quitte la mienne une dernière fois. Ses doigts s'attardent une seconde de plus que nécessaire.
— Je suis là, murmure-t-il. Quoi qu'il arrive.
Je hoche la tête. Je sens son regard sur moi même sans le voir.
Puis je m'avance seul sur le court.
Les lignes tactiles parlent sous mes pieds. Le filet est là, à la bonne hauteur. L'odeur de la salle, la réverbération, le poids de la raquette dans ma main… tout est familier et nouveau à la fois.
L'arbitre annonce mon nom.
Je me place.
La balle sonore tinte une première fois dans la main de mon adversaire.
Et j'attends.
Fin du chapitre 22.
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