Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'éveil dans l'obscurité — Chapitre 7
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'éveil dans l'obscurité
Chapitre 7
Chapitre 7
Dans le calme apaisé du salon, après la douche et le café, je reste un long moment silencieux, blotti contre Dan. Mes doigts caressent distraitement le tissu de sa chemise, encore légèrement humide par endroits. La nuit a été longue, violente, mais sa présence a tout changé. Je prends enfin une grande inspiration et je me lance :
— Dan… je veux essayer la canne blanche.
Les mots sortent plus fermement que je ne l'aurais imaginé. Dan se fige une seconde, puis je sens son corps se détendre contre le mien. Une fierté teintée de soulagement traverse sa voix quand il répond :
— C'est une très bonne décision, Milo. Vraiment.
Il me serre un peu plus fort dans ses bras, sa main caressant lentement mon dos nu. Nous restons ainsi un moment, puis il commence à m'expliquer tout avec une précision calme et rassurante, comme toujours.
— Il y a un parcours administratif à suivre. D'abord, une consultation médicale pour confirmer ton éligibilité. Ensuite, on dépose un dossier à la MDPH. Ils évaluent tes besoins et peuvent financer une partie de la formation et du matériel. L'apprentissage avec un instructeur en locomotion est crucial. Ce n'est pas juste une canne : c'est une technique complète pour te repérer, anticiper les obstacles, comprendre les textures du sol, les pentes, les trottoirs… Ça va devenir une extension de toi-même.
Il me décrit les différents modèles avec beaucoup de détails : cannes en carbone ultra-légères, pliables, avec une pointe en métal ou en caoutchouc selon les surfaces, la longueur idéale selon ma taille. Il parle de la façon dont la canne « lit » le monde pour moi, traduisant les vibrations, les changements de texture, les reliefs. Chaque mot qu'il prononce transforme mon appréhension en une véritable promesse de liberté.
— Tu ne seras plus prisonnier de ces murs, Milo. Tu pourras sortir, marcher seul, reprendre un peu de contrôle sur ta vie.
Sa voix est douce, encourageante. Je sens sa main caresser ma joue, son pouce effleurant ma pommette avec une tendresse infinie. Je tourne la tête et dépose un baiser au creux de sa paume.
La discussion se prolonge longtemps. Il répond à toutes mes questions, anticipe mes peurs, me rassure sur le fait que je ne serai pas seul dans ce processus. Quand nous terminons, une énergie nouvelle circule en moi. Je me sens… vivant.
Mon téléphone vibre sur la table basse, un bourdonnement sec qui brise l'atmosphère feutrée de la matinée. Je décroche, la voix déjà crispée par une tension latente. C'est Stéphane, mon agent sportif, qui entre directement dans le vif du sujet.
Il m'explique qu'une grande chaîne télévisée insiste pour une interview exclusive. L'idée est de baser l'entretien sur ma nouvelle vie, sur la manière dont j'apprivoise mon quotidien après l'accident. Mes fans, inquiets, s'interrogent sur mon état réel, mon moral, mes projets d'avenir.
Je sens le sang me monter aux tempes.
— Non. Hors de question, Stéphane, grondé-je, ma voix résonnant avec une dureté inhabituelle. Je sais très bien ce qu'ils veulent. Ils ne sont là que pour fouiller dans les ragots, pour faire du clic sur mon handicap. Ce sont des foutus vautours, et je refuse de leur ouvrir ma porte.
Stéphane tente de calmer le jeu, insistant sur l'importance de rassurer mon public et sur la nécessité de communiquer pour mon image. Mais je ne veux rien entendre.
— C'est non, un point c'est tout !
Je raccroche brutalement, le souffle court, la poitrine soulevée par une colère sourde.
Dan, qui avait assisté à la scène en silence, s'approche doucement.
— Qu'est-ce qui t'a mis dans un tel état, Milo ?
Je me tourne brusquement vers la gauche, pensant qu'il se tenait près de l'îlot central, alors qu'il était juste à côté de moi. Mon regard vitreux, perdu dans le vide, trahit ma vulnérabilité.
— Ils ne me lâcheront jamais, Dan ! Ils veulent juste…
Je suis interrompu par une sensation soudaine : la main de Dan, ferme et chaude, vient se poser sur ma joue. Le contact, imprégné d'une douceur infinie, est comme une onde de choc apaisante.
— Respire, Milo, murmure-t-il d'une voix basse, presque hypnotique. Laisse cette colère retomber.
La brusquerie s'efface instantanément, remplacée par un trouble apaisé. J'allais protester, expliquer pourquoi je ne pouvais pas accepter, mais Dan lève sa main libre et pose doucement son index sur mes lèvres.
— Chut, reprend-il. Écoute-moi. Ce serait vraiment une bonne chose, Milo. Pour toi.
Un silence pesant s'installe, ponctué seulement par le battement de nos cœurs. Je réfléchis, sentant la chaleur du doigt de Dan sur ma bouche, une pression qui semble porter tout le poids de sa confiance. Après quelques minutes, je hoche lentement la tête, un petit soupir de reddition s'échappant de ma gorge.
— D'accord. Si tu le dis…
Je tends mon téléphone vers lui.
— Peux-tu composer le numéro de Stéphane ? Je ne vois plus les touches.
Dan marque un temps d'arrêt.
— Je veux bien, mais je ne connais pas ton code pour déverrouiller ton téléphone, Milo.
J'esquisse un sourire en coin, une lueur joueuse dans les yeux.
— Je ne sais pas si j'ai assez confiance.
Contre toute attente, Dan vient s'asseoir sur mes genoux, face à moi. Il m'embrasse avec tendresse, puis murmure contre mes lèvres :
— Ok, pas de soucis. C'était notre dernier baiser.
Je l'attrape vivement par la taille, le maintenant fermement sur moi.
— Non, non ! Ok, je te donne le code tout de suite, mais embrasse-moi encore, s'il te plaît.
Cette fois, le baiser est d'une tendresse infinie, puis devient plus passionné. Nos langues s'enroulent l'une autour de l'autre tandis que je resserre mes bras autour de sa taille, savourant chaque seconde de cette proximité, sentant son corps chaud et solide contre le mien.
Une fois le souffle revenu, je lui donne mon code à voix basse. Dan déverrouille l'appareil, compose le numéro et me tend le téléphone. Je l'approche de mon oreille.
— Stéphane ? C'est moi, dis-je, ma voix désormais plus assurée. J'accepte pour l'interview. Mais j'ai une condition sine qua non : mon auxiliaire sera présent pendant toute la durée de l'entretien. Sans lui, il n'y a pas d'interview.
Tout en parlant, je ne lâche pas la main de Dan. Je sens la peau de ce dernier sous mes doigts, un ancrage vital. En entendant Stéphane acquiescer de l'autre côté du fil, je ne peux m'empêcher d'esquisser un demi-sourire en direction de Dan, conscient que cette présence n'est plus seulement professionnelle, mais devenue mon bouclier contre le monde extérieur.
Dan presse doucement ma main en retour. Je sens son sourire contre ma paume quand il y dépose un baiser discret.
La matinée, qui avait commencé dans la douleur et la peur, se termine dans une bulle de tendresse et de complicité. Pour la première fois depuis longtemps, l'avenir ne me semble plus aussi terrifiant.
Le calme de l'appartement me semble soudain un peu trop étriqué pour l'énergie qui circule entre nous. Dan, après avoir rangé le téléphone, m'observe un instant, puis un sourire léger étire ses lèvres.
— Milo, dit-il d'une voix calme, ce qui nous manque, c'est l'air. On va aller marcher un peu. Juste nous deux, à l'extérieur.
Je hoche la tête, prêt. Il se dirige vers la chambre pour attraper un polo. Je l'entends fouiller dans le placard, le bruit léger du tissu, puis il revient vers moi. Il s'approche et m'aide avec une patience infinie à l'enfiler. Mes bras passent dans les manches, et alors qu'il ajuste le col, mes mains, guidées par la proximité, cherchent ses lèvres. Je le trouve immédiatement. Le baiser est doux, une promesse silencieuse de confiance avant de sortir.
Les portes de l'immeuble s'ouvrent quelques minutes plus tard sur le tumulte étouffé de la ville, une symphonie urbaine que je ne perçois plus que par fragments. L'air, plus frais qu'à l'intérieur, est chargé d'odeurs complexes : le bitume chauffé par le soleil, le parfum sucré d'une boulangerie proche, et cette pointe d'humidité résiduelle d'une averse matinale.
Un ancrage solide se présente. Dan, avec cette précision qu'il emploie pour tout, glisse son bras sous le mien.
— C'est la base, Milo, murmure-t-il, sa voix basse couvrant le bourdonnement du lointain trafic. Saisis mon bras juste au-dessus du coude. C'est ça. Garde ton bras le long de ton corps, ne cherche pas à me tenir la main comme un enfant. Laisse-moi simplement te guider.
J'obtempère, sentant la fermeté du tissu de mon polo et du bras de Dan sous mes doigts. Il avance d'un demi-pas. Je sens immédiatement l'impulsion : le mouvement de son épaule agit comme un signal binaire, une transmission directe de ses intentions.
— On va avancer d'un pas, dit-il. On descend le trottoir. Le rebord est dans deux mètres.
Je me laisse porter, mes sens en alerte maximale. Chaque bruit de voiture semble amplifié, chaque pas sur le pavé résonne comme un coup de tonnerre dans mon esprit. À un moment, une moto passe en trombe, et je fais un bond, me recroquevillant vers Dan, cherchant refuge contre son flanc. Je sens mon cœur battre à tout rompre, une terreur irrationnelle me submergeant.
— Calme, Milo. Respire, dit-il sans s'arrêter. Il pose sa main libre sur mon épaule, une pression apaisante, lourde de présence. Il est loin. Tu es avec moi, tu ne crains rien.
Nous marchons ainsi, Dan ajustant son rythme à ma fébrilité. Lorsqu'on arrive à l'entrée du square, il s'arrête net.
— On arrive près du square. Le sol devient du gravier sous nos chaussures. Tu entends ?
Je tends l'oreille. Le crissement caractéristique sous nos semelles remplace le martèlement sourd de l'asphalte.
— Oui, murmuré-je, fasciné, ma respiration commençant enfin à se stabiliser. C'est… différent. Plus irrégulier.
— Exactement. Regarde, enfin, imagine. Il y a un grand chêne sur notre droite. Ses branches montent très haut, on peut sentir l'humidité de son écorce.
— Exactement. Regarde, enfin, imagine. Il y a un grand chêne sur notre droite. Ses branches montent très haut, on peut sentir l'humidité de son écorce.
Dan guide doucement ma main vers le tronc rugueux. Le contact avec le bois frais, moussu, envoie une décharge de sensations dans mon bras. Il y a une vie là-dedans, une texture, une réalité qui transcende mon monde d'obscurité.
— C'est immense, soufflé-je, le bout de mes doigts explorant les fissures du bois.
— C'est un vieux chêne. Il a vu des dizaines d'années défiler. Plus loin, sur la gauche, il y a une poubelle. On va serrer un peu à droite pour éviter de passer trop près. Voilà.
— C'est un vieux chêne. Il a vu des dizaines d'années défiler. Plus loin, sur la gauche, il y a une poubelle. On va serrer un peu à droite pour éviter de passer trop près. Voilà.
Je me sens en sécurité, suspendu au mouvement de Dan. Je ne vois pas le soleil percer à travers les feuilles, mais je sens sa chaleur sur ma joue gauche, là où Dan ne me fait pas écran. Pour la première fois, l'extérieur ne m'apparaît plus comme un labyrinthe, mais comme un espace que je commence à cartographier par le son et le toucher.
— C'est agréable, Dan, dis-je, me laissant aller à un léger sourire. J'ai l'impression d'être… en promenade. C'est presque comme si je pouvais voir à travers toi.
Dan marque une pause, son ton devenant plus sérieux, bien que toujours bienveillant.
— C'est agréable, oui, et je veux que tu profites. Mais Milo, ne te laisse pas uniquement bercer. Il faut que tu restes concentré. Écoute les changements de texture, anticipe les inclinaisons. Ton corps doit apprendre à lire le sol autant que je t'aide à le faire. La promenade est un exercice, pas juste un voyage passif.
Je sens une petite déception, mais je comprends.
— Tu as raison. Je me repose trop sur toi.
— Tu te reposes sur ton guide, ce qui est normal. Mais pour que tu sois autonome un jour, tes pieds doivent devenir tes yeux.
— Tu te reposes sur ton guide, ce qui est normal. Mais pour que tu sois autonome un jour, tes pieds doivent devenir tes yeux.
Le parc est baigné dans une lumière d'été douce, mais pour moi, il reste un espace rempli de bruits imprévisibles. Alors qu'on marche, une voix un peu trop forte, empreinte d'une admiration respectueuse, déchire le calme.
— Milo ? C'est bien vous ? Mon Dieu, nous avons suivi tous vos matchs, on s'inquiétait tellement pour vous !
D'autres pas s'approchent, précipités. Un amateur de tennis, visiblement ému, vient se placer devant nous. « On a vu les rumeurs sur votre accident dans la presse... est-ce que vous allez bien ? Nous sommes tellement heureux de vous voir ici. Pourriez-vous nous faire l'honneur d'une photo ? »
Mon réflexe est immédiat, un rempart érigé par des années de célébrité protectrice. Ma mâchoire se crispe, mon visage se ferme dans ce masque hautain qui m'a si souvent servi de bouclier.
— Vous n'avez pas autre chose à faire que de traquer les gens qui essaient de marcher en paix ? lancé-je, ma voix tranchante comme une lame. Je ne suis pas un animal de foire, et vos photos ne m'intéressent pas. Allez voir ailleurs.
Le silence qui suit est glacial. Mon agressivité est palpable, presque physique. Le fan, déconcerté, recule d'un pas.
Mais alors que je m'apprête à durcir encore le ton, je sens une pression familière et ferme. Dan, sans un mot, resserre son bras autour de ma taille, un ancrage solide contre mon flanc. Ce contact me rappelle ses paroles lors de notre confrontation passée à Lyon : « Tu ne te rends pas compte du mal que tu peux faire avec ta froideur. J'étais juste un fan qui t'admirait, et tu m'as brisé ce jour-là. La gentillesse est une force, pas une faiblesse. »
Ma colère s'évapore aussi vite qu'elle est venue, remplacée par une soudaine conscience de ma propre rudesse et la honte de ce comportement. Je sens la main de Dan caresser doucement mon bras.
Je déglutis, mon expression se détendant. Je rectifie le tir d'un ton plus posé, presque doux :
— Pardonnez-moi. Je suis un peu nerveux aujourd'hui.
Je marque une pause, cherchant la direction des voix.
— Pour les photos, d'accord, si cela vous fait plaisir. Mais je ne répondrai à aucune question sur mon état de santé. Je vous demande de respecter ça.
Dan, restant en retrait, sent mon corps se relâcher contre le sien. Le fan de tennis s'avance, timide, tandis que j'accepte de poser, la main toujours solidement ancrée dans celle de Dan. Ce dernier, en sentant ma main trembler légèrement, ne desserre pas son étreinte, m'offrant le bouclier invisible dont j'ai tant besoin pour traverser cette épreuve sans me perdre.
Une fois les gens partis, un silence plus lourd s'installe. Je suis essoufflé, comme si je venais de disputer un set complet.
— On s'assoit ? propose Dan doucement.
Nous trouvons un banc en bois, dont le dossier est encore tiède sous le soleil. Je m'y affale, fermant les yeux, bien que je ne voie rien, comme pour me protéger davantage.
— Tu as été brillant, Milo.
— J'ai été odieux au début, corrigé-je en secouant la tête.
— Mais tu t'es rattrapé. C'est ça qui compte. Tu as choisi la gentillesse au lieu de la défense. C'est une victoire bien plus grande que n'importe quel match de tennis.
— J'ai été odieux au début, corrigé-je en secouant la tête.
— Mais tu t'es rattrapé. C'est ça qui compte. Tu as choisi la gentillesse au lieu de la défense. C'est une victoire bien plus grande que n'importe quel match de tennis.
Je pose ma tête sur l'épaule de Dan, sentant l'odeur rassurante de son parfum.
— Je ne sais pas si je pourrai le faire longtemps, Dan. Ce monde… il est trop bruyant.
— On ira à ton rythme, répond-il en me caressant les cheveux. Demain, on fera un passage par la place du marché. Tu sentiras l'odeur des fleurs, la boulangerie… on apprendra à cartographier ce quartier ensemble. C'est à toi de choisir : est-ce que tu veux continuer à avancer, ou est-ce qu'on rentre ?
— On ira à ton rythme, répond-il en me caressant les cheveux. Demain, on fera un passage par la place du marché. Tu sentiras l'odeur des fleurs, la boulangerie… on apprendra à cartographier ce quartier ensemble. C'est à toi de choisir : est-ce que tu veux continuer à avancer, ou est-ce qu'on rentre ?
Je prends une profonde inspiration, humant l'air chargé de pollen et de vie. Je ne veux plus me cacher.
— On continue, dis-je avec une détermination nouvelle. Montre-moi ce qu'il y a derrière le square.
Dan se lève, m'offrant à nouveau son bras.
— Avec plaisir, Milo. Avec plaisir.
Une fois le square laissé derrière nous, le calme relatif se dissipe rapidement. À mesure que nous avançons, le silence de la nature est remplacé par un grondement sourd et incessant. Je comprends, au changement de résonance sous mes pieds et à l'odeur de bitume chaud mêlée à celle des parfums et du café, que nous avons débouché sur une rue commerçante très fréquentée.
C'est une cacophonie organisée qui, pour moi, ressemble à un chaos hostile. J'entends tout : le brouhaha des conversations, le claquement des talons sur le trottoir, le ronronnement des moteurs trop proches, et surtout, ce mouvement de foule frénétique. Des gens passent en trombe, me bousculant à l'épaule sans s'excuser, ne réalisant pas qu'ils ont affaire à un homme plongé dans le noir. À chaque choc, je me raidis, mon cœur manque un battement, mes mains cherchent désespérément un appui qui n'est que du vide. Je me sens nu, vulnérable, exposé à une menace invisible qui me frôle de toutes parts.
J'essaie de maintenir une posture digne, le menton levé, refusant de montrer ma panique. Je fais un pas, puis un autre, avec une raideur forcée, tentant de jouer le jeu de l'assurance. Mais ma respiration devient saccadée, et mes doigts, serrés autour du bras de Dan comme si ma vie en dépendait, trahissent une terreur blanche. Je tiens son bras avec une force telle que mes articulations commencent à me faire souffrir, mais je ne peux pas lâcher. Il est mon seul point fixe dans ce tourbillon.
Dan, qui lit en moi comme dans un livre ouvert, ne me laisse pas faire semblant plus longtemps. Il sent le muscle de mon bras se contracter violemment lorsqu'une personne me frôle un peu trop brusquement. Sans attendre que je m'effondre ou ne laisse percer une plainte, il resserre son emprise sur moi et murmure contre mon oreille :
— Arrête de faire le fier, Milo. Je sens ton cœur battre à tout rompre, tu es au bord de l'asphyxie.
Il marque une pause, me protégeant du flux des passants par sa stature, puis ajoute avec une douceur inébranlable :
— On ne va pas s'imposer ça aujourd'hui. On fait demi-tour.
Soulagé par cette autorisation de faillir, j'expire bruyamment, mes épaules s'affaissant soudainement. Je ne cherche même pas à protester. Je me laisse guider par Dan, sentant la pression de sa main dans le dos pour me diriger avec une sécurité absolue loin de cette jungle urbaine qui, pour moi, n'est qu'un maelström de bruits et de peurs.
Le retour vers l'appartement est une longue épreuve de tension contenue. Chaque mètre parcouru vers la sécurité est une victoire sur la panique qui menace de m'envahir totalement. Une fois la porte franchie, le silence de l'intérieur est le premier soin.
Dan referme la porte derrière nous, isolant le monde extérieur. Je reste debout, haletant, mes mains encore crispées sur les manches de mon polo, tremblant d'un épuisement nerveux que je n'avais jamais connu. Mon système nerveux est en surchauffe, chaque fibre de mon être est encore en train de traiter l'infinité d'informations — bruits, textures, obstacles, orientation — que j'ai dû absorber durant cette heure.
— C'est fini, Milo. Tu es à la maison, murmure Dan.
Il commence le rituel, une chorégraphie de soins qu'il semble avoir déjà théorisée. Il m'aide à m'asseoir sur le rebord du lit. Il ne me presse jamais. Il s'agenouille devant moi pour défaire mes lacets. J'écoute le bruit du cuir qui se détend, le crissement des lacets qu'il tire avec une lenteur délibérée. Lorsqu'il retire mes chaussures, puis mes chaussettes, je sens enfin le sol sous mes pieds nus. C'est un retour à la terre, à la réalité tangible. Ses mains, lors de ce geste, s'attardent un instant sur mes chevilles, massant doucement la peau, comme pour ancrer le reste de mon corps épuisé.
— Tu as besoin de respirer un peu plus, dit-il. Ton polo te gêne ?
J'acquiesce, incapable de trouver les mots. Il m'aide à le retirer avec une précision experte. Ses doigts effleurent ma peau chaude, un contact électrique qui, loin d'être médical, me paraît soudain chargé d'une tension nouvelle. Il ne s'arrête pas là. Il va me chercher un verre d'eau glacée. Lorsque la paroi givrée du verre entre en contact avec mes lèvres, puis mes joues, le choc thermique est comme un électrochoc apaisant. Cela me recentre instantanément sur mes sensations tactiles présentes, chassant le chaos sonore qui résonne encore en écho dans mon crâne.
— L'épuisement est là, dit-il en posant ses mains sur mes trapèzes.
Ses pouces s'enfoncent dans mes muscles contractés, une pression clinique, presque rigoureuse, pour dénouer les nœuds de stress. Mais, au fil des secondes, la fermeté se mue en une caresse appuyée, révélant une tendresse qui dépasse largement le cadre de l'auxiliaire de vie. Je penche la tête en arrière, lâchant un soupir que je ne peux plus retenir.
— Viens, on sera mieux par terre, dit-il doucement.
Il me guide vers le tapis épais du salon. Nous nous asseyons l'un face à l'autre, genoux contre genoux. Il ne reste pas debout. Il s'installe dans mon espace, brisant la distance. Il attrape un coussin, mais au lieu de le placer derrière moi, il s'attarde, ses mains encadrant mon visage. Je sens sa chaleur, son souffle, et surtout, son regard que je ne peux pas voir mais que je devine pesant sur moi.
Il dépose un baiser léger sur ma tempe. C'est le déclic. Je ne me contente pas de cet abandon : je penche davantage la tête, cherchant activement la caresse. Mes doigts s'agrippent aux épaules de Dan pour l'attirer plus près. Je ne veux plus de cette barrière du soin. Je veux la fusion. Lorsqu'il sent mon besoin dévorant, il bascule vers l'avant, et je n'attends pas. Mes lèvres cherchent aveuglément les siennes. Dans ce refuge, le protocole s'est évaporé, ne laissant place qu'au désir.
Le baiser s'interrompt, mais la tension, elle, décuple, étirant chaque seconde dans un silence chargé d'électricité. Je sens le souffle court de Dan contre mon visage, une respiration irrégulière qui trahit l'agitation sous sa peau. Animé d'une assurance nouvelle, je glisse mes mains sous le bas de sa chemise. Le contact direct avec sa peau chaude est un choc. Je sens les muscles de son dos se crisper, une réaction réflexe que je saisis instantanément sous la pulpe de mes doigts.
Encouragé par ce frémissement, je fais remonter mes paumes le long de son torse. Mon exploration est minutieuse, lente. Lorsqu'elles atteignent sa poitrine et que mes doigts effleurent ses tétons, Dan laisse échapper un gémissement doux, presque involontaire, qui résonne dans le silence comme une note de musique électrisante. Pour mes oreilles, c'est une révélation brutale : j'ai trouvé sa faille.
Je n'arrête pas ; au contraire, j'accentue la pression. Mes doigts tournent doucement, s'attardant sur cette zone sensible, tandis que je perçois le tremblement incontrôlable qui parcourt désormais tout le corps de Dan. Il se cambre légèrement contre moi.
— Tu vois, Dan... soufflé-je avec un sourire en coin que je devine sur mes propres lèvres, je sais maintenant exactement ce qui te fait perdre ton calme.
J'insiste, mes mains se faisant plus pressantes, plus audacieuses, jusqu'à ce que je sente la barrière du tissu devenir insupportable. Sans même que j'aie besoin de formuler une demande, il se laisse faire, trop ému, trop submergé pour résister. Dans un souffle, je fais remonter la chemise et l'aide à la retirer complètement. Dan est à découvert, son torse nu sous mes mains. Il est devenu silencieux, son souffle court, incapable de prononcer le moindre mot, terrassé par l'audace de celui qu'il devait protéger.
Chaque centimètre de sa peau que je découvre est une nouvelle victoire. Je me redresse alors, m'extirpant de notre face-à-face pour glisser avec une agilité instinctive derrière lui. Cette nouvelle position me donne un pouvoir immense. Je ne vois pas son visage, mais je sens la tension qui irradie tout son être. Je continue de caresser ses pectoraux nus, mes doigts revenant sans cesse vers ses tétons, les pinçant parfois d'un geste sec et calculé qui le fait gémir plus fort, un son étouffé qui me procure un plaisir sauvage.
Je plaque mon corps tout entier contre son dos, sentant la chaleur de sa colonne vertébrale sous mon torse. Je cherche son oreille, y déposant des baisers légers, tandis que ma voix vibre juste contre son pavillon :
— Je t'avais promis de patienter, murmure-je, ma voix chargée d'une intention que je ne cherche plus à masquer. Je t'ai dit que j'attendrais, et je le ferai. Mais te sentir ainsi... si fragile sous mes doigts, si affamé de moi, alors que tu essaies de garder cette contenance de guide... ça me rend dingue.
Pour ponctuer ma promesse, je presse fermement ma propre excitation, dure et impatiente, contre ses fesses à travers nos shorts respectifs. Le choc de ce contact, la fermeté de mon désir contre la souplesse de son corps, provoque chez lui un spasme violent. Il se cambre contre moi, incapable de se détourner, pris au piège de ce désir qu'il ne peut plus nier.
Je sens son cœur battre dans son dos, une cadence effrénée qui répond à la mienne. Il ne dit rien, il est incapable de parler, son souffle coupé par le plaisir et l'aveu silencieux de son propre désir. Mes mains continuent leur travail de dévotion sur ses tétons, les pinçant avec une insistance qui arrache à Dan un nouveau sanglot de plaisir. Il est là, entre mes mains, et je sais qu'à cet instant précis, la distinction entre le protecteur et le protégé n'existe plus. Il est à moi, il est en manque, et chaque mouvement que je fais, chaque pression que j'exerce, renforce cette certitude : il ne pourra pas tenir indéfiniment.
Le désir qui irradie de lui est un carburant. Je me sens puissant, conscient que malgré l'obscurité qui m'entoure, c'est moi qui, désormais, dirige cette danse. Je presse à nouveau ma hanche contre la sienne, frottant doucement mon désir contre lui, savourant chaque soubresaut, chaque tentative désespérée de sa part pour reprendre son souffle. Je suis son point d'ancrage, et en même temps, celui qui le fait chavirer. Le silence de l'appartement est devenu le témoin de notre intimité, un sanctuaire où chaque frisson de Dan est une réponse à ma domination naissante. Je continue de l'explorer, de le provoquer, chaque caresse étant une promesse, chaque pincement étant un rappel que, malgré tout ce que nous avons traversé, c'est ici, dans ce contact brûlant, que nous sommes les plus vivants.
Fin du chapitre 7.
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