Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'éveil dans l'obscurité — Chapitre 13
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'éveil dans l'obscurité
Chapitre 13
Chapitre 13
Le matin suivant s'ouvre dans une lenteur presque sacrée.
Je me réveille en premier, encore une fois. Le corps de Dan est lourd et chaud contre le mien, une jambe passée par-dessus ma cuisse, un bras abandonné en travers de mon torse. Sa respiration est profonde, régulière, tiède contre mon épaule. Je ne bouge pas. Je reste allongé dans le noir, les yeux ouverts sur rien, et je me concentre sur chaque détail que mes sens me donnent : le poids exact de sa jambe, la texture de sa peau contre la mienne, le léger ronflement qu'il fait parfois quand il est vraiment endormi, l'odeur de notre lit – un mélange de savon, de sueur séchée et de sexe de la veille.
Je tends la main et caresse doucement ses cheveux. Ils sont un peu plus longs qu'au début, un peu plus épais sous mes doigts. Dan grogne faiblement, un son grave et endormi, puis se rapproche encore. Sa main glisse sur mon ventre, s'arrête juste au-dessus de mon sexe, et y reste, comme si elle avait trouvé sa place naturelle.
— Tu es déjà réveillé… murmure-t-il, la voix encore rauque.
— Depuis un moment. Je t'écoutais respirer.
— Depuis un moment. Je t'écoutais respirer.
Il rit doucement contre ma peau, un rire bas qui vibre dans ma poitrine.
— C'est flippant, ça.
— C'est rassurant.
— C'est rassurant.
Nous restons ainsi longtemps. Le temps n'existe plus vraiment. Dehors, la ville s'éveille progressivement : un moteur au loin, le bruit d'un camion de poubelle, le chant d'un oiseau que je n'arrive pas à identifier. À l'intérieur, il n'y a que nous, la chaleur de nos corps, et le silence chargé de tout ce que nous n'avons pas encore dit.
Finalement, Dan se redresse un peu. Je sens le matelas bouger sous son poids. Il se penche et dépose un baiser lent sur ma bouche, puis sur mon menton, puis sur mon cou.
— Café ? demande-t-il.
— Oui. Mais cette fois, tu me laisses essayer de le faire.
— Oui. Mais cette fois, tu me laisses essayer de le faire.
Il hésite une seconde. Je le sens à la façon dont sa respiration change.
— D'accord. Mais je reste juste derrière toi.
Nous nous levons. Toujours nus. La canne est là, appuyée contre le mur. Je la prends. Le carbone est froid sous mes doigts, presque familier maintenant. Je balaye le sol devant moi et avance vers la cuisine. Dan marche juste derrière, assez près pour intervenir, assez loin pour me laisser de l'espace.
Dans la cuisine, je pose la canne contre le plan de travail. Je retrouve la machine à café à tâtons. La verseuse est vide. Je l'ouvre, je cherche le filtre, le café moulu. Dan ne dit rien. Il attend. Je verse l'eau, je referme, j'appuie sur le bouton. Le bruit de la machine qui se met en marche est presque une victoire.
Quand le café est prêt, je prends la verseuse avec une précaution extrême. Cette fois, je penche lentement. Le liquide coule. Je sens la chaleur monter dans la tasse. Je m'arrête juste à temps. Pas une goutte n'a débordé.
— Tu as réussi, murmure Dan derrière moi.
Je souris, un vrai sourire, large, presque enfantin.
— Je sais.
Nous buvons le café côte à côte, appuyés contre le plan de travail, toujours nus. Dan a une main posée sur ma hanche. De temps en temps, son pouce caresse ma peau. C'est un geste simple, presque inconscient, mais il me traverse entièrement.
Après le petit-déjeuner, Kevin arrive pour la deuxième séance de locomotion. Il est ponctuel, précis, professionnel. Nous travaillons dans tout l'appartement : le salon, le couloir, la chambre, la salle de bain, la cuisine. Il me fait repérer les seuils, les angles, les meubles déplacés volontairement. Il me fait marcher plus vite, puis plus lentement. Il me fait m'arrêter net quand la canne rencontre un obstacle. Chaque vibration dans ma paume devient une information plus claire, plus fiable.
À un moment, alors que je traverse le salon, ma canne heurte le pied de la table basse. Je m'arrête, corrige ma trajectoire, contourne. Kevin ne dit rien. Mais je sens, quelque part derrière moi, que Dan sourit.
La séance dure presque deux heures. Quand Kevin part, je suis trempé de sueur, les épaules un peu douloureuses, mais étrangement fier. Dan m'attend dans le salon. Dès que la porte se referme, il m'attire contre lui.
— Tu progresses vite, murmure-t-il contre mon oreille.
— Grâce à toi.
— Non. Grâce à toi.
— Grâce à toi.
— Non. Grâce à toi.
Le baiser qui suit est long, profond, chargé de fierté et de désir contenu. Ses mains glissent sur mon dos nu, remontent dans mes cheveux. Je sens son sexe durcir contre mon ventre. Le mien répond immédiatement. Mais nous ne poussons pas plus loin. Pas encore. Il y a encore l'après-midi devant nous.
L'après-midi est consacré aux papiers. Dan s'installe à la table du salon avec le dossier de la MDPH. Il me lit chaque formulaire à voix haute, m'explique chaque case, chaque justificatif. Je signe là où il me guide le stylo. Sa main reste posée sur la mienne pendant que j'écris, pour que mon écriture ne parte pas trop de travers. C'est un geste intime, presque plus intime que certains baisers.
Vers seize heures, le téléphone sonne. C'est Stéphane. Il parle fort, enthousiaste, trop enthousiaste. Il a trouvé un club de tennis adapté à vingt minutes de chez moi. Un entraîneur spécialisé est disponible dès la semaine prochaine. Il veut que je vienne voir le terrain, que je touche les lignes en relief, que j'entende la balle sonore.
Je sens mon estomac se nouer. Dan, assis à côté de moi, pose une main sur ma cuisse et la serre doucement.
— Tu n'es pas obligé de décider aujourd'hui, murmure-t-il pendant que Stéphane continue de parler.
— Je sais.
— Je sais.
Je finis par accepter un rendez-vous pour la semaine suivante. Juste pour voir. Juste pour toucher. Stéphane est ravi. Quand je raccroche, le silence redescend, un peu plus lourd qu'avant.
— Tu as peur, constate Dan.
— Terrifié. Et en même temps… j'ai envie d'y aller.
— Terrifié. Et en même temps… j'ai envie d'y aller.
Il se rapproche. Sa main remonte le long de ma cuisse, s'arrête sur mon genou, puis reprend son chemin plus haut. Ses doigts effleurent l'intérieur de ma cuisse à travers le tissu de mon short.
— On y ira ensemble, dit-il. Je resterai juste à côté. Comme aujourd'hui. Comme toujours.
Je me tourne vers lui. Mes mains trouvent son visage. Je le caresse longuement : les pommettes, la mâchoire, les lèvres, les sourcils. Je redessine son visage du bout des doigts, comme si je voulais le graver encore plus profondément dans ma mémoire tactile.
— Embrasse-moi, murmuré-je.
Il obéit. Le baiser commence doux, puis s'approfondit. Sa langue glisse contre la mienne. Une de ses mains s'enfonce dans mes cheveux, l'autre descend dans mon dos, sous mon t-shirt, caresse la peau nue. Je gémis contre sa bouche. Le désir monte rapidement, nourri par toute la journée, par la fierté, par la peur, par la tendresse accumulée.
Dan me pousse doucement en arrière sur le canapé. Je m'allonge. Il se place au-dessus de moi, le poids de son corps parfaitement calculé pour ne pas m'écraser. Ses hanches s'emboîtent contre les miennes. Je sens son sexe dur à travers nos vêtements. Le mien pulse déjà douloureusement.
Il retire mon t-shirt, puis le sien. Peau contre peau. Ses lèvres descendent le long de mon cou, de ma poitrine, s'attardent sur un téton, le sucent, le mordillent. Sa main glisse dans mon short, libère mon sexe, l'enlace, le caresse lentement. Je cambre le dos. Des sons m'échappent, plus rauques, plus urgents.
— Dan… je veux te sentir.
Il se redresse juste assez pour retirer mon short et le sien. Nous sommes nus maintenant. Il s'allonge à nouveau sur moi. Nos sexes se frottent l'un contre l'autre, chauds, durs, glissants de pré-sperme. Dan les prend tous les deux dans sa main et les masse ensemble, lentement, avec une pression parfaite. Le plaisir monte en vagues.
Puis il se déplace. Je le sens s'agenouiller entre mes jambes. Son souffle chaud caresse mon gland. Sa bouche m'englobe. Chaleur, humidité, langue experte. Il me suce longuement, profondément, en rythme, une main sur mes testicules, l'autre posée à plat sur mon ventre. Je suis complètement livré. Dans le noir, chaque sensation est décuplée. Je sens chaque mouvement de sa langue, chaque aspiration, chaque vibration de sa gorge.
Quand je suis trop près, il s'arrête. Il remonte le long de mon corps et m'embrasse. Je goûte mon propre désir sur sa langue. Puis il se place à califourchon. Je sens qu'il s'est préparé pendant que je ne faisais que recevoir. Son trou est déjà souple, humide. Il guide mon sexe contre lui et s'abaisse lentement, millimètre par millimètre. La chaleur, l'étroitesse, la pression… tout m'envahit. Je gémis longuement pendant qu'il m'englobe entièrement.
Une fois complètement enfoncé, Dan s'immobilise. Son souffle est court contre mon visage. Puis il commence à bouger. Lents va-et-vient d'abord, qui s'amplifient. Ses mains s'appuient sur mon torse. Je pose les miennes sur ses hanches et l'accompagne. Le bruit de nos peaux qui se rencontrent emplit le salon. L'odeur du sexe devient plus forte, plus animale.
Dan accélère. Ses gémissements se font plus aigus. Je sens son sexe frotter contre mon ventre à chaque mouvement. Je le prends en main et le caresse en rythme. Il se cambre en arrière, s'abandonnant. Le plaisir monte en moi comme une vague irrésistible. Je le préviens d'une voix brisée. Cette fois, il ne s'arrête pas. Il se serre plus fort autour de moi, me prenant plus profondément.
L'orgasme me frappe violemment. Je jouis en lui avec un cri rauque, le corps entier secoué de spasmes. Dan le sent et se laisse aller à son tour. Sa semence chaude éclabousse mon ventre pendant qu'il continue de bouger, prolongeant mon plaisir et le sien.
Quand tout retombe, il s'effondre sur moi, le souffle court, le corps moite. Je l'enlace, le serre contre moi. Nos cœurs battent l'un contre l'autre. Je caresse son dos, ses cheveux, le creux de ses reins. Il dépose des baisers paresseux sur mon épaule, mon cou, ma mâchoire.
— Tu vas bien ? demande-t-il d'une voix rauque.
— Mieux que bien. Toi ?
— Pareil.
— Mieux que bien. Toi ?
— Pareil.
Nous restons ainsi longtemps, collés l'un à l'autre, dans le silence apaisé de l'appartement. Dehors, le monde continue. Ici, il n'y a plus que nous, la tendresse, et le souvenir encore chaud de ce que nos corps viennent de partager.
Plus tard, bien plus tard, Dan se redresse. Il ramasse un t-shirt et nettoie doucement mon ventre et le sien. Puis il se rallonge contre moi, tête sur mon épaule, une jambe jetée par-dessus la mienne.
— Demain, murmure-t-il, on recommence. La canne. Les papiers. Peut-être le club de tennis. Et nous.
Je ferme les yeux et souris dans le noir.
— Oui. Nous.
Et pour la première fois depuis très longtemps, le mot « demain » a le goût d'une promesse, pas d'une menace.
Le début de soirée s'installe doucement dans l'appartement.
Nous venons de finir de dîner. L'odeur des légumes sautés flotte encore dans la cuisine. Dan a rangé la table pendant que je restais assis, la canne posée contre mon genou, écoutant les bruits familiers : le cliquetis des assiettes, le froissement du torchon, le bruit de l'eau dans l'évier. Tout est calme. Presque trop calme.
Je suis allongé sur le canapé, la tête posée sur ses genoux. Sa main caresse distraitement mes cheveux. De temps en temps, ses doigts glissent le long de ma tempe, évitant le pansement presque disparu. La télévision est éteinte. Il n'y a que le tic-tac de l'horloge et le bruit lointain de la ville derrière les fenêtres.
— Tu es silencieux ce soir, remarque-t-il.
— Je savoure, réponds-je. Juste… ça.
— Je savoure, réponds-je. Juste… ça.
Il penche la tête et dépose un baiser sur mon front. Ses lèvres restent un instant de plus que d'habitude. Je sens son souffle contre ma peau.
Puis son téléphone vibre sur la table basse.
Le son est sec, trop fort dans le silence. Dan se fige. Sa main s'immobilise dans mes cheveux. J'entends le déverrouillage de l'écran, puis un silence qui s'étire trop longtemps.
— Qu'est-ce qu'il y a ? demandé-je.
Il ne répond pas tout de suite. Je sens ses muscles se tendre sous ma tête. Sa respiration change, devient plus courte.
— C'est mon responsable de secteur, finit-il par dire d'une voix étrangement posée. Ils veulent me voir demain matin. En urgence. Au siège.
Je me redresse lentement, cherchant son visage dans le noir.
— Pourquoi ?
— Ils n'ont pas donné de détails. Juste… « un point important concernant ton accompagnement ».
— Ils n'ont pas donné de détails. Juste… « un point important concernant ton accompagnement ».
Le silence qui suit n'a plus rien de doux. Il est lourd, chargé d'une menace que ni lui ni moi n'osons encore nommer.
Je tends la main, trouve son bras, remonte jusqu'à son épaule.
— Tu crois que c'est… ?
— Je ne sais pas, coupe-t-il. Peut-être un contrôle de routine. Peut-être autre chose.
— Je ne sais pas, coupe-t-il. Peut-être un contrôle de routine. Peut-être autre chose.
Il se lève. J'entends ses pas aller et venir dans le salon, trop rapides, trop nerveux. Il s'arrête près de la fenêtre, puis revient.
— Si c'est ce qu'on pense… murmure-t-il.
— Quoi ?
— Quoi ?
Il s'assoit à nouveau à côté de moi. Sa main trouve la mienne et la serre fort.
— Une relation intime avec la personne accompagnée, c'est strictement interdit. Conflit d'intérêts. Si quelqu'un a signalé quelque chose… un voisin, un passage, n'importe qui… ils peuvent ouvrir une procédure.
Mon estomac se noue d'un coup.
— Et alors ?
— Alors ils me demanderont de choisir. Transfert immédiat vers un autre secteur… ou démission. Dans les deux cas, je ne pourrai plus être ton auxiliaire officiel.
— Alors ils me demanderont de choisir. Transfert immédiat vers un autre secteur… ou démission. Dans les deux cas, je ne pourrai plus être ton auxiliaire officiel.
Les mots tombent un par un, froids, précis. Je secoue la tête, comme pour les faire reculer.
— Non. Non, ce n'est pas possible. Tu ne peux pas…
— Milo…
— Tu ne vas pas me laisser. Pas maintenant. Pas après tout ce qu'on a traversé.
— Milo…
— Tu ne vas pas me laisser. Pas maintenant. Pas après tout ce qu'on a traversé.
Ma voix monte, se brise. La panique monte trop vite. Je cherche son corps à tâtons, le trouve, m'y accroche avec une force presque douloureuse.
— Je refuse. Tu restes. On s'en fout de leur procédure. Tu restes ici. Avec moi.
Dan m'enlace à son tour. Je sens la tension dans ses bras, la façon dont il retient quelque chose qu'il ne veut pas encore lâcher.
— Ce n'est pas si simple, murmure-t-il contre mes cheveux. Si je reste sans cadre légal, je peux perdre mon agrément. Plus jamais exercer. Et toi… tu pourrais te retrouver sans accompagnement du jour au lendemain. Ils peuvent imposer quelqu'un d'autre.
— Je ne veux personne d'autre !
— Je sais.
— Je ne veux personne d'autre !
— Je sais.
Il me serre plus fort. Sa main caresse mon dos avec cette lenteur qu'il utilise d'habitude pour m'ancrer. Mais ce soir, même ce geste ne suffit pas à calmer la peur qui m'envahit.
— On a le temps de réfléchir, dit-il enfin. Ils m'ont convoqué demain. On verra ce qu'ils disent exactement. Ensuite… on décidera ensemble.
Je secoue la tête contre son épaule.
— Quelle décision ? Tu pars, ou tu perds ton métier. Dans les deux cas, je perds quelque chose.
Dan ne répond pas tout de suite. Il reste là, immobile, me tenant contre lui pendant que la réalité s'installe entre nous comme une troisième présence froide.
Dehors, la ville continue sa soirée. À l'intérieur, le silence est devenu trop grand. Pour la première fois depuis des semaines, le noir qui m'entoure redevient une prison. Et cette fois, ce n'est plus seulement la cécité. C'est la peur de le perdre.
Je m'accroche plus fort à lui, le visage enfoui dans son cou, respirant son odeur comme si je pouvais la graver assez profondément pour qu'elle ne disparaisse jamais.
— Reste, murmuré-je. S'il te plaît. Reste.
Dan dépose un baiser dans mes cheveux. Sa voix, quand il répond, est basse et un peu cassée :
— Je suis encore là ce soir. Et demain… on verra. Ensemble.
Mais dans le silence qui suit, aucun de nous deux n'est vraiment rassuré.
Le matin arrive trop vite.
Je n'ai presque pas dormi. Toute la nuit, j'ai senti le corps de Dan contre le mien, sa respiration, la tension dans ses muscles même endormi. Nous n'avons presque pas parlé après l'annonce. Nous sommes restés collés l'un à l'autre dans le lit, nus, comme si le contact physique pouvait empêcher la réalité d'entrer.
Vers six heures, je le sens se détacher doucement.
— Tu pars déjà ? demandé-je, la voix encore rauque.
— Le rendez-vous est à huit heures. Je dois y être en avance.
— Le rendez-vous est à huit heures. Je dois y être en avance.
Il se lève. J'entends le bruit de ses pieds nus sur le parquet, le froissement de ses vêtements qu'il récupère. Je me redresse à mon tour, cherchant sa silhouette dans le noir.
— Je viens avec toi.
Le silence qui suit est trop long.
— Non, répond-il enfin.
— Pourquoi ?
— Parce que ta présence rendrait tout plus compliqué. S'ils te voient arriver avec moi, ça confirmera exactement ce qu'ils suspectent. Ils te poseront des questions. Ils te mettront dans une position impossible. Et moi aussi.
— Pourquoi ?
— Parce que ta présence rendrait tout plus compliqué. S'ils te voient arriver avec moi, ça confirmera exactement ce qu'ils suspectent. Ils te poseront des questions. Ils te mettront dans une position impossible. Et moi aussi.
Je secoue la tête, déjà en train de chercher mes vêtements à tâtons.
— Je m'en fous de leurs questions. Je veux être là. Je veux entendre ce qu'ils te disent. Je veux…
— Milo.
— Milo.
Sa voix est ferme. Plus ferme qu'elle ne l'a été depuis des jours. Je m'immobilise.
— C'est non, reprend-il plus bas. Pas cette fois. Je dois y aller seul. Si tu viens, tu risques de tout faire basculer plus vite. Laisse-moi gérer ça.
La colère monte d'un coup, chaude, amère.
— Gérer ? Comme tu gères tout depuis le début ? Comme tu décides de ce qui est bon pour moi ?
— Ce n'est pas ça.
— Si. C'est exactement ça. Tu pars, tu me laisses ici, et moi je dois attendre comme un putain de gamin pendant que des gens décident de ma vie sans moi.
— Ce n'est pas ça.
— Si. C'est exactement ça. Tu pars, tu me laisses ici, et moi je dois attendre comme un putain de gamin pendant que des gens décident de ma vie sans moi.
Je me lève trop vite. La douleur dans mon épaule me rappelle à l'ordre, mais je l'ignore. Je cherche la canne, la trouve, la serre trop fort.
— Je viens, répété-je. Point final.
Dan s'approche. Cette fois, sa main trouve mon bras et le serre avec une fermeté qui ne laisse aucune place à la discussion.
— Écoute-moi. S'ils te voient, ils vont t'interroger. Ils vont te demander si tu es au courant des règles, si tu as initié quelque chose, si tu te sens en sécurité avec moi. Ils peuvent transformer ta présence en preuve. Et ensuite, ils peuvent t'imposer un autre accompagnant dès demain. Est-ce que c'est vraiment ce que tu veux ?
Je reste silencieux, la mâchoire serrée. Sa main est toujours sur mon bras. Je sens la tension dans ses doigts.
— Je ne veux pas que tu partes seul, finis-je par dire, plus bas.
— Je le sais. Mais aujourd'hui, c'est la seule façon de ne pas tout perdre d'un coup.
— Je le sais. Mais aujourd'hui, c'est la seule façon de ne pas tout perdre d'un coup.
Il relâche mon bras, mais reste proche. Je l'entends respirer, chercher ses mots.
— Je te promets de tout te raconter en revenant. Chaque mot. Chaque option. On décidera ensemble après. Mais là… je dois y aller seul.
Je secoue la tête, mais je ne dis plus rien. La colère est toujours là, brûlante, mais elle n'a plus de prise. Je sais qu'il a raison. Et c'est précisément ça qui me rend fou.
Dan s'éloigne quelques instants. J'entends le bruit de ses clés, de sa veste. Puis il revient. Ses mains trouvent mon visage. Il m'embrasse encore une fois, plus longuement, presque désespérément.
— Attends-moi, souffle-t-il contre mes lèvres. Ne fais rien de stupide pendant que je ne suis pas là.
— Je ne promets rien.
— Je ne promets rien.
Il rit faiblement. Puis ses pas s'éloignent. La porte s'ouvre, se referme. Le clic de la serrure résonne trop fort dans l'appartement devenu soudain trop grand.
Je reste debout au milieu du salon, la canne à la main, seul avec le silence et la peur.
Les minutes s'étirent. Je marche d'une pièce à l'autre sans but, balayant le sol par habitude. Je m'assois, je me relève. Je bois un verre d'eau. Je le repose. L'horloge semble frapper plus fort que d'habitude.
Une heure. Puis une heure et demie.
Quand la clé tourne enfin dans la serrure, mon cœur rate un battement.
Dan entre. Ses pas sont plus lents que ce matin. Il pose ses clés, retire sa veste. Il s'arrête dans l'entrée. Je sens qu'il hésite.
— Dan ?
Il s'approche. Quand il parle, sa voix est calme. Trop calme.
— Ils savent.
Trois mots. Et le sol se dérobe.
Dan reste immobile un long moment après avoir prononcé ces trois mots.
Je suis encore debout au milieu du salon, la canne serrée trop fort dans ma main. Le silence qui suit est presque physique. Je l'entends respirer, chercher ses mots, essayer de trouver une façon moins brutale de continuer.
— Ils savent, répète-t-il plus bas. Et demain matin, à neuf heures, deux responsables du service veulent venir ici. Te rencontrer. Chez toi.
Le sol semble se dérober une deuxième fois.
— Ici ? demain matin ?
— Oui. Ils veulent t'entendre toi-même. Savoir si tu es conscient de la situation, si tu te sens en sécurité, si la relation a influencé ton accompagnement… Ils appellent ça un « entretien de clarification ».
— Oui. Ils veulent t'entendre toi-même. Savoir si tu es conscient de la situation, si tu te sens en sécurité, si la relation a influencé ton accompagnement… Ils appellent ça un « entretien de clarification ».
Je secoue la tête, déjà en train de chercher une faille dans ce qu'il dit.
— Et toi ? Tu seras là ?
— Oui. Mais… il y a une condition.
— Oui. Mais… il y a une condition.
Sa voix se fait plus tendue. Je sens qu'il retarde le moment de le dire.
— Quelle condition ?
Dan inspire profondément. Ses pas se rapprochent, puis s'arrêtent juste devant moi.
— Ils m'ont clairement fait comprendre que, si je veux garder la moindre chance de rester dans le dispositif, même temporairement, je dois prouver que je ne vis pas ici. Que je ne dors pas ici. Que la relation… s'il y en a une… reste en dehors du cadre professionnel.
Je comprends avant même qu'il finisse.
— Tu dois retirer tes affaires.
Le silence qui suit est une réponse en soi.
— Oui, finit-il par dire. Ce soir. Avant leur visite. Vêtements, trousse de toilette, chargeur, tout ce qui pourrait laisser penser que je reste la nuit. Ils seront attentifs. Ils regarderont.
Une vague de panique froide me traverse. Pas la panique violente de tout à l'heure. Quelque chose de plus sournois, de plus profond. L'idée que, demain matin, des inconnus vont entrer dans mon appartement, poser des questions, et que Dan devra faire comme s'il n'était qu'un professionnel de passage.
— C'est ridicule, soufflé-je. Ils ne peuvent pas…
— Si. Ils le peuvent. Et s'ils trouvent la moindre preuve que je dors ici, la décision sera immédiate. Transfert. Ou radiation.
— Si. Ils le peuvent. Et s'ils trouvent la moindre preuve que je dors ici, la décision sera immédiate. Transfert. Ou radiation.
Je lâche la canne. Elle tombe avec un bruit sourd. Mes mains cherchent son corps, le trouvent, s'accrochent à sa chemise.
— Je refuse. Tu ne vas pas vider tes affaires comme si tu partais.
— Milo… c'est temporaire. Juste pour demain. Pour ne pas leur donner d'argument supplémentaire.
— Temporaire ? Et après ? Tu vas revenir le soir en cachette ? Ou tu vas vraiment dormir ailleurs ?
— Milo… c'est temporaire. Juste pour demain. Pour ne pas leur donner d'argument supplémentaire.
— Temporaire ? Et après ? Tu vas revenir le soir en cachette ? Ou tu vas vraiment dormir ailleurs ?
Dan ne répond pas tout de suite. Sa main se pose sur ma nuque, chaude, ferme, mais je sens le tremblement qu'il n'arrive plus à cacher complètement.
— Je ne sais pas encore, avoue-t-il. On verra après leur visite. Mais ce soir… je dois le faire. Sinon on n'aura même plus le choix.
Le reste de la soirée se déroule dans une atmosphère étrange, presque irréelle.
Dan commence à ramasser ses affaires. J'entends chaque bruit avec une précision douloureuse : le froissement des vêtements qu'il plie, le bruit de la trousse de toilette qu'il vide dans la salle de bain, le cliquetis de son chargeur qu'il débranche, le son de la fermeture éclair de son sac. Chaque objet qui disparaît est une petite amputation.
Je reste assis sur le canapé, incapable de bouger. De temps en temps, il s'arrête près de moi. Sa main caresse mes cheveux, mon épaule, mon bras. Mais il ne s'attarde jamais longtemps. Comme s'il avait peur de ne plus pouvoir repartir s'il restait trop près.
— Tu n'as pas besoin de tout prendre, dis-je à un moment, la voix basse.
— Si. Mieux vaut en faire trop que pas assez.
— Si. Mieux vaut en faire trop que pas assez.
Quand le sac est prêt, il le pose près de la porte. Le silence redevient lourd.
Il s'approche une dernière fois. Je sens ses genoux toucher les miens. Ses mains encadrent mon visage.
— Je reviens demain matin à mon heure habituelle, murmure-t-il. Vers huit heures. Comme d'habitude. Avant qu'ils n'arrivent. Je serai là avec toi pendant l'entretien. Quoi qu'il arrive.
— Tu dors où, ce soir ?
— Chez moi. Pour de vrai. Juste pour ce soir.
— Tu dors où, ce soir ?
— Chez moi. Pour de vrai. Juste pour ce soir.
Le baiser qui suit est long, presque douloureux. Ses lèvres tremblent un peu contre les miennes. Quand il se détache, il reste le front collé au mien pendant plusieurs secondes.
— Ne touche à rien dans l'appartement, souffle-t-il. Laisse tout en ordre. Ils vont regarder.
Puis il se relève. Ses pas s'éloignent. La porte s'ouvre. Se referme. Le clic de la serrure résonne trop fort.
Je reste seul au milieu du salon. L'appartement sent encore son parfum, mais déjà un peu moins. Le sac a disparu. Ses affaires ont disparu. Et pour la première fois depuis plusieurs jours, le lit dans lequel je vais me glisser ce soir sera vraiment vide.
Je me relève à tâtons, retrouve la canne, et avance jusqu'à la chambre. Les draps sentent encore sa peau. Je m'y allonge tout habillé, le visage enfoui dans l'oreiller qui a encore son odeur.
Demain matin, Dan reviendra à huit heures. Puis, une heure plus tard, des inconnus entreront ici. Ils poseront des questions. Et Dan devra faire semblant de n'être que mon auxiliaire.
Je serre l'oreiller plus fort contre moi.
Et j'attends le jour.
Fin du chapitre 13.
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