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✦ tounet777 L'éveil dans l'obscurité XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

L'éveil dans l'obscurité — Chapitre 18

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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L'éveil dans l'obscurité

Chapitre 18

Chapitre 18
La voix de Dan résonne dans mon oreille, tendue, concentrée.
— Milo. Écoute-moi. Respire. Tu es sur un banc, c'est ça ?
— Oui… un banc.
— D'accord. Est-ce que tu entends quelque chose de particulier ? Une fontaine ? Des travaux ? Une église ? Un marché ?
Je force mon attention. Autour de moi, tout se mélange. Le bruit des voitures est trop proche. Des voix. Un klaxon. Un enfant qui pleure quelque part. Le métal du banc est chaud sous mes cuisses. Ma main gauche pulse encore là où je suis tombé. Mon genou aussi.
— Des voitures… beaucoup. Et… des gens. Plein de gens. Je crois qu'il y a une terrasse pas loin. Je sens l'odeur de café. Et de… de friture.
— Bien. Tu as tourné plusieurs fois depuis chez toi ?
— Oui. Deux… non, trois fois. Je ne sais plus. Tout se ressemble.
Ma voix tremble. Je le déteste. Ce n'est pas moi, ça. D'habitude je reste froid. Maître de moi. Même dans la douleur. Même dans la colère. Là, quelque chose glisse. Une panique sourde qui monte depuis le ventre et m'étrangle la gorge.
— Dan… je sais plus. Je sais plus où je suis.
— Milo. Regarde… non. Écoute. Est-ce qu'il y a un panneau ? Un magasin avec une enseigne qui parle ? Une station de bus ?
— Je… je peux pas lire. Tu le sais.
— Je sais. Mais peut-être une voix. Une annonce. Quelque chose.
Le silence s'étire trop longtemps de mon côté. Mon cœur bat si fort que j'ai l'impression de l'entendre dehors. Mes doigts serrent le téléphone à s'en faire mal. La canne est appuyée contre mon épaule. Je sens les regards. Même si je ne les vois pas, je les sens. Les gens qui passent. Qui ralentissent peut-être. Qui se demandent ce que fait cet aveugle seul sur un banc, le visage fermé, le téléphone collé à l'oreille.
— Je panique, avoué-je d'une voix basse, presque honteuse. Je panique, Dan. C'est pas moi, ça. Je… je contrôle plus.
— Je sais. Je suis là. Écoute-moi très bien maintenant. Il y a du monde autour de toi, oui ?
— Oui.
— Alors tu vas faire quelque chose. Tu vas tendre la main. Ou lever la voix. Et tu vas interpeller quelqu'un. N'importe qui. Et tu vas lui passer le téléphone. Je lui demanderai où tu es. D'accord ?
L'idée me glace.
Demander de l'aide. À un inconnu. Me montrer vulnérable. Encore.
— Je… je sais pas si je peux.
— Si. Tu peux. Pour moi. Allez. Maintenant.
Je reste immobile une seconde de plus. Puis je force ma voix à sortir. Elle est rauque, trop forte, presque agressive pour compenser la peur.
— S'il vous plaît… ! Excusez-moi !
Des pas légers ralentissent. Une voix de jeune fille, claire, un peu hésitante.
— Oui ? Vous avez besoin d'aide ?
Je reste méfiant. Froid.
— Est-ce que vous pourriez parler à quelqu'un pour moi ? Sur mon téléphone. Juste lui dire où on est. Rien d'autre.
Un silence. Puis :
— Bien sûr. Donnez-moi.
Je tends le téléphone dans le vide, sans chercher à être aimable. La main de la jeune fille le prend. Je reste raide sur le banc, les épaules nouées, déjà prêt à ce qu'elle reparte dès que ce sera fini.
Je n'entends plus Dan. Seulement la voix de la jeune fille, de profil, qui répond à des questions que je ne perçois pas.
— Oui… on est dans la rue des Lilas. Face à la pharmacie. Il y a un arrêt de bus juste à côté. Le banc est contre le muret.
Un silence. Puis elle reprend, un peu plus précise :
— Oui, le grand arrêt. Celui avec l'abri en verre. Exactement.
Encore un silence. Puis sa voix change. Elle devient plus surprise, plus douce.
— Attendez… Milo St-Clair ? Le joueur de tennis ?
Je me raidis encore plus.
Elle reprend, plus bas, en s'adressant à moi cette fois :
— C'est vraiment vous ? Je… je vous ai vu jouer. Avant. Avec mon père. On allait aux tournois.
Je ne dis rien. La méfiance reste intacte. Trop de gens ont déjà voulu quelque chose. Une photo. Une histoire. Une proximité que je n'avais jamais donnée.
Elle se tourne de nouveau vers le téléphone. J'entends seulement sa réponse :
— Je reste avec lui. Je ne le laisse pas seul. Vous pouvez venir. Je suis sur le banc à côté.
Le téléphone revient dans ma main.
— Milo ? dit Dan immédiatement. Je sais où tu es. Elle reste avec toi. Ne bouge plus. Je suis à dix minutes. Peut-être moins.
— D'accord, soufflé-je.
Dan reste en ligne quelques instants encore, puis raccroche pour se concentrer sur la route. Le silence redescend entre la jeune fille et moi.
Elle ne part pas. Je l'entends s'asseoir à l'autre bout du banc. Ses mouvements sont prudents. Elle ne parle pas tout de suite. Moi non plus. Je reste froid, le visage fermé, la canne serrée entre mes mains.
Les minutes passent. Mon genou pulse. Ma main écorchée aussi. La panique redescend un peu, laissant place à quelque chose de plus lourd. La honte. Et un souvenir qui remonte sans que je l'aie invité.
Dan. Celui que j'avais un jour regardé de haut. Celui à qui j'avais répondu trop sèchement, trop durement, sans même y penser. Celui qui avait quand même continué. Celui qui, des années plus tard, était devenu la seule personne capable de me supporter dans le noir.
Je serre les dents.
À côté de moi, la jeune fille bouge légèrement.
— Vous voulez de l'eau ? demande-t-elle doucement. J'ai une bouteille.
— Non, réponds-je trop sèchement.
Elle n'insiste pas. Elle reste juste là. Présente. Sans demander de photo. Sans poser de question collante.
Le temps s'étire. Puis, presque malgré moi, les mots sortent. Plus bas. Moins froids.
— Merci. D'être restée.
Elle semble surprise.
— Ce n'est rien.
— Si. Et… excusez-moi. D'avoir été aussi froid. Ce n'était pas contre vous.
Un petit silence. Puis sa voix, plus douce encore :
— Je suis désolée. Pour ce qui vous est arrivé. Vraiment. Je… je suivais encore un peu vos matchs. Quand j'ai appris l'accident… ça m'a fait quelque chose. Vous étiez quelqu'un pour moi. Pour mon père aussi.
Je reste silencieux. Ces mots me touchent plus que je ne voudrais le montrer. Une ancienne version de moi-même, celle qui ne remerciait jamais personne, aurait juste hoché la tête. Là, je force ma voix à rester stable.
— Merci. D'avoir dit ça.
On reste côte à côte sans parler. Le bruit de la ville continue. Puis, enfin, des pas rapides. Reconnaissables.
— Milo.
La voix de Dan. Tout près.
Je me lève. La canne glisse. Ses bras sont déjà là. Je m'y accroche sans retenue. Mon front trouve son épaule. L'odeur de sa peau me rattrape.
— J'ai eu peur, avoué-je contre lui.
— Je sais. C'est fini. Je suis là.
Il ramasse la canne. Vérifie rapidement mon genou, ma main. Puis je sens qu'il se tourne légèrement vers la jeune fille. J'entends sa voix, mais je ne distingue pas clairement les mots. Seulement la réponse de la jeune fille :
— De rien. Prenez soin de lui.
Ses pas s'éloignent. Dan ne me lâche pas. Sa main reste dans mon dos pendant tout le chemin du retour. Je m'accroche à son bras sans fierté cette fois. Juste avec le besoin d'être ramené.
Quand la porte de l'appartement se referme enfin, je m'effondre presque contre lui. Dan m'entoure complètement.
— Tu n'es plus tout seul, murmure-t-il contre mes cheveux. Plus jamais comme ça.
Je hoche la tête contre son épaule.
Et pour la première fois depuis ce matin, mon corps se met à trembler pour de vrai. Le tremblement de l'après-peur. Celui qui arrive seulement quand on est enfin en sécurité.
Dan le sent. Il me serre un peu plus fort.
Et il ne lâche pas.
Dès que la porte de l'appartement se referme derrière nous, Dan ne me lâche pas.
Il me guide jusqu'au canapé, mais ne me laisse pas m'y asseoir tout de suite. Une de ses mains reste dans mon dos, l'autre cherche déjà le genou que j'ai cogné en tombant. Ses doigts sont prudents, précis.
— Assieds-toi. Doucement.
Je m'exécute. Le canapé m'accueille. Dan s'agenouille devant moi. Je sens ses mains relever le tissu de mon pantalon avec une lenteur presque cérémonieuse. L'air de la pièce touche la peau à vif. Ça pique.
— Ce n'est pas trop profond, murmure-t-il. Mais c'est sali. Attends.
Il se relève. J'entends ses pas aller jusqu'à la salle de bain, le bruit de l'eau, celui d'un tiroir qu'on ouvre. Quand il revient, il sent le savon et l'antiseptique. Un linge humide se pose sur mon genou. La sensation est froide, puis brûlante. Je grimace malgré moi.
— Désolé, souffle-t-il. Il faut.
Il nettoie longuement, avec une patience infinie. Chaque passage du linge est suivi d'un geste plus doux, comme pour s'excuser de la brûlure. Puis vient la compresse. Le sparadrap. Ses doigts s'attardent une seconde de plus que nécessaire sur ma peau, juste au-dessus de la blessure.
Quand c'est fini, il ne se relève pas tout de suite. Il reste à genoux entre mes jambes. Sa tête se pose un instant contre l'intérieur de ma cuisse. Je sens son souffle à travers le tissu.
Puis il se redresse, prend mon visage entre ses mains, et m'embrasse.
Le baiser est lent. Profond. Chargé de tout ce qu'on n'a pas dit dans la rue. De la peur. Du soulagement. De la colère contenue. Ses lèvres tremblent un peu contre les miennes. Quand il se détache, son front reste collé au mien.
— Ne refais plus jamais ça, murmure-t-il. Plus jamais.
Je hoche la tête. Les mots ne viennent pas encore.
Dan m'installe mieux sur le canapé. Un coussin dans mon dos. Mes jambes relevées. Il tire un plaid sur moi même s'il ne fait pas froid. Puis il s'éloigne.
J'entends sa voix dans la chambre. D'abord basse. Puis plus forte. Il hausse le ton. Des fragments m'arrivent, coupés par la distance et la porte entrebâillée.
— …non, ce n'est pas acceptable…
— …elle lui a mis la main dessus…
— …je veux qu'elle vienne. Maintenant…
— …et Ruiz aussi. Oui. Toutes les deux…
Je ne saisis pas tout. Juste le tranchant de sa voix. La tension. La façon dont il parle de moi sans me nommer, mais en me protégeant de toutes ses forces.
Quand il revient, ses pas sont plus lourds. Il s'assoit à côté de moi sur le canapé. Tout près. Sa main trouve la mienne et la serre.
— Madame Lefèvre est en chemin, dit-il d'une voix plus calme, mais encore tendue. Elle appelle Madame Ruiz pour qu'elle la rejoigne ici. Elles vont toutes les deux venir. Aujourd'hui.
Je tourne légèrement la tête vers lui.
— Pourquoi ?
— Parce que ce qui s'est passé avec Kevin, puis avec Madame Morel, et ce que tu as fait cet après-midi… ça ne peut plus continuer comme ça. Ils doivent entendre. Et ils doivent décider autre chose.
Sa main lâche la mienne et glisse jusqu'à mon bras gauche. Celle que Madame Morel a serré. Ses doigts soulèvent délicatement la manche. Je sens son regard même sans le voir. Le silence qui suit est lourd.
— Elle t'a marqué, constate-t-il d'une voix basse, presque dangereuse. La peau est encore rouge. Et un peu enflée.
— Ça va. Ça pulse juste un peu.
— Non. Ça ne va pas. Personne n'a le droit de te toucher comme ça.
Il repose ma manche avec une douceur extrême, puis sa main revient se poser sur la mienne.
— Milo… ce que tu as fait tout à l'heure. Sortir seul. Dans la rue. Sans repères solides. C'était trop tôt. Beaucoup trop tôt.
Je baise la tête. La honte revient.
— Je savais plus rester ici. J'étouffais.
— Je comprends. Mais tu n'étais pas prêt. Les rues, les gens, les obstacles, le bruit… tu n'as pas encore assez d'expérience avec la canne pour ça. Pas en autonomie complète. Pas dans un endroit que tu ne maîtrises pas. Tu as vu ce qui s'est passé. Tu t'es perdu. Tu es tombé. Tu as eu peur. Et moi… je ne veux plus jamais rentrer ici et découvrir que tu n'es pas là.
Sa voix n'est pas dure. Elle est juste pleine d'une inquiétude réelle, presque douloureuse.
— Une voiture. Un vélo. Un trou dans le trottoir. Un chantier mal signalé. N'importe quoi aurait pu arriver. Et je serais rentré dans un appartement vide, sans savoir où tu étais. Je ne veux plus jamais ça. Tu m'entends ? Plus jamais.
Je serre ses doigts.
— Je sais. J'ai paniqué. Ce n'est pas… ce n'est pas mon truc, d'habitude. Perdre le contrôle.
— Je sais. C'est pour ça que ça m'a fait encore plus peur.
Il se rapproche. Son épaule touche la mienne. Puis sa tête se pose contre mon épaule. On reste ainsi un long moment, en silence. Leurs deux présences — Lefèvre et Ruiz — vont bientôt entrer dans cet appartement. Mais pour l'instant, il n'y a que nous.
Dan relève un peu la tête et dépose un baiser lent sur ma tempe, là où le pansement a longtemps été.
— On va régler ça, murmure-t-il. Ensemble. Mais plus jamais tu sors seul comme ça. Pas avant qu'on soit sûrs. D'accord ?
— D'accord.
Sa main caresse doucement mon bras, en évitant la zone sensible. Puis elle glisse jusqu'à mon genou, au-dessus de la compresse, juste pour vérifier une dernière fois.
— Ça te fait mal ?
— Un peu. Moins depuis que tu t'en es occupé.
Il sourit contre ma peau. Je le sens.
Dehors, la journée continue. Bientôt, des coups résonneront peut-être encore contre la porte. Mais pour le moment, Dan est là. Son corps est chaud contre le mien. Sa voix est basse. Et pour la première fois depuis ce matin, je me sens enfin un peu à l'abri.
Les coups contre la porte arrivent moins d'une demi-heure plus tard.
Dan se lève immédiatement. Sa main quitte la mienne avec une lenteur réticente. J'entends ses pas traverser le salon, la poignée tourner, les voix polies mais tendues dans l'entrée. Deux paires de pas pénètrent ensuite dans l'appartement. L'odeur discrète de Madame Lefèvre se mêle à celle, un peu plus marquée, de Madame Ruiz.
— Monsieur Vandel. Monsieur St-Clair, salue Madame Lefèvre d'une voix posée.
Dan ne les laisse pas s'installer vraiment. Il reste debout. Je le sens juste à côté du canapé, tout près de moi. Quand il parle, sa voix est calme, mais elle ne laisse aucune place à l'interruption.
— Avant que vous commenciez, je vais parler. Et je vous demande de m'écouter jusqu'au bout.
Un silence. Personne ne le coupe.
— Depuis le premier jour où je suis arrivé ici, j'ai travaillé. Vraiment. La locomotion. Les repères dans l'appartement. La canne. Les déplacements. Ensuite le braille. Les démarches administratives. L'autonomie dans les gestes du quotidien. Tout ça, ce n'est pas resté théorique. Milo a progressé. Il tient sa canne correctement. Il se déplace seul dans son appartement. Il a commencé le braille. Il a accepté de sortir. Il a accepté d'essayer. Ça, c'est du travail. Du vrai. Mesurable.
Il marque une pause. Je sens qu'il regarde les deux femmes tour à tour.
— Oui. Il y a quelque chose entre lui et moi. Ça s'est passé. Sans que je le cherche. Sans que je l'aie anticipé. Ça a grandi parce qu'on était ensemble tous les jours, dans la difficulté, dans la reconstruction. Et oui… je l'aime. Je ne vais pas le nier. Et oui, malgré ça — ou peut-être aussi grâce à ça — on avance. Ensemble. Lui dans son autonomie. Moi dans mon accompagnement.
Sa voix se fait un peu plus dure.
— Mais parce que vous n'avez pas su, ou pas voulu, comprendre ça, vous avez décidé de me retirer. Et qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? Kevin. Puis Madame Morel. Vous savez ce que Madame Morel a fait ce matin ? Elle a forcé. Physiquement. Elle a attrapé le bras de Milo pour le lever de force. Elle a serré. Elle a tiré. Sur un non-voyant. Chez lui.
Dan se penche légèrement vers moi. Ses doigts soulèvent délicatement ma manche. Je sens le regard des deux femmes se poser sur la marque encore visible.
— Voilà ce que ça a donné. Une marque. De la douleur. Et après ça, quand Madame Ruiz est repartie tout à l'heure, Milo s'est retrouvé seul. Trop seul. Il a voulu sortir. Seul. Dans la rue. Sans être prêt. Il s'est perdu. Il est tombé. Il a paniqué. Complètement. Ce n'est pas dans son tempérament, la panique. Mais là, il a paniqué. Parce qu'on lui avait retiré le seul repère stable qu'il avait.
Le silence dans le salon est presque pesant. Dan reprend, plus bas, mais très clair.
— Madame Lefèvre, je sais que je suis l'un de vos meilleurs éléments. Je le sais. J'aime ce métier. J'aime travailler dans cette structure. Mais si vous ne me remettez pas sur le planning de Milo, je démissionne. Aujourd'hui. Pas demain. Maintenant. Je ne laisserai pas quelqu'un d'autre revenir ici pour recommencer la même chose. Ou pire.
Madame Lefèvre inspire lentement. Sa voix, quand elle sort, est mesurée.
— Monsieur Vandel… je dois y réfléchir. Il y a un cadre. Des règles. Un comité. Je ne peux pas…
— Non, coupe Dan. Pas cette fois. Je veux une réponse maintenant. Pas dans quarante-huit heures. Pas après un nouveau rapport. Maintenant.
Un silence plus long s'installe. Puis, pour la première fois depuis le début, Madame Ruiz parle. Sa voix est plus basse que d'habitude, presque prudente.
— J'ai vu le travail. Celui d'avant. Et celui d'aujourd'hui, même en tension. La progression est réelle. La canne. Les déplacements. La façon dont monsieur St-Clair tient déjà certains repères. Ce n'est pas du vent. Si Dan revient… je ne vois pas de problème de fond. À condition que le cadre soit clair. Mais le travail, lui, est là.
Je sens le regard de Madame Lefèvre se poser sur moi. Longuement. Comme si elle cherchait quelque chose sur mon visage que je ne peux pas lui montrer.
— Monsieur St-Clair, dit-elle enfin. Que voulez-vous, vous ?
La question est simple. Brute. Je n'ai pas besoin de réfléchir longtemps.
— Dan, réponds-je. Juste Dan.
Le silence qui suit est différent. Moins hostile. Plus lourd de décisions en train de se prendre.
Madame Lefèvre finit par parler, plus lentement.
— Si j'accepte… ce sera sous conditions. Strictes. Monsieur Vandel reprend le planning. Mais la progression doit continuer. Réellement. Des objectifs clairs. Des comptes-rendus réguliers. Et un suivi ponctuel de ma part ou de celle de Madame Ruiz. Pas tous les jours. Mais assez pour vérifier que l'autonomie avance. Et que le cadre professionnel, même s'il est… particulier, ne devient pas un frein. Est-ce que c'est entendu ?
Dan répond immédiatement.
— C'est entendu. Les objectifs. Les comptes-rendus. Le suivi. Tout. Tant que je reste.
— Et vous, monsieur St-Clair ? insiste Madame Lefèvre. Vous acceptez ces conditions ?
— Oui, dis-je. Tant que c'est Dan.
Elle reste silencieuse encore quelques secondes. Puis son ton se fait définitif.
— Très bien. Monsieur Vandel, vous êtes remis sur le planning de monsieur St-Clair à compter de demain matin. Les conditions que j'ai énoncées s'appliquent immédiatement. Madame Ruiz restera en copie des rapports. Et si la progression stagne… nous en rediscuterons. Sans délai.
Dan ne répond rien tout de suite. Je sens seulement sa main retrouver la mienne et la serrer très fort.
— Merci, finit-il par dire, d'une voix un peu rauque.
Les deux femmes restent encore quelques minutes. Des détails administratifs. Des signatures à prévoir. Un nouveau document de suivi. Puis elles se lèvent. Leurs pas se dirigent vers la porte. Madame Ruiz s'attarde une seconde de plus.
— Prenez soin l'un de l'autre, dit-elle simplement. Et continuez d'avancer.
La porte se referme.
Le silence qui s'abat ensuite est immense.
Dan reste debout un moment encore. Puis il s'assoit lourdement à côté de moi. Son front trouve mon épaule. Sa main ne lâche toujours pas la mienne.
— C'est bon, souffle-t-il. Je reviens.
Je tourne le visage vers lui et pose mes lèvres contre sa tempe.
— Oui. Tu reviens.
Et pour la première fois depuis des jours, le mot « demain » n'a plus le goût de la menace.
Il a le goût d'un recommencement.
Fin du chapitre 18.
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