La nuit est trop longue.
Je reste allongé dans le lit, tout habillé, le visage enfoui dans l'oreiller qui sent encore Dan. L'odeur est déjà plus faible qu'hier. Je me retourne, je me recroqueville, je tends la main vers l'autre côté du matelas. Le drap est froid. Vide.
Je n'arrive pas à dormir. Chaque bruit de l'immeuble me fait sursauter : un voisin qui rentre, une chasse d'eau, le grincement d'un ascenseur. À chaque fois, mon cœur s'emballe en pensant que c'est peut-être lui qui revient. Mais ce n'est jamais lui.
Vers trois heures du matin, je me lève. La canne est appuyée contre le mur. Je la prends et je marche jusqu'au salon. L'appartement est trop silencieux. Trop propre. Trop neutre. Comme si on avait effacé une partie de ma vie en quelques heures.
Je m'assois sur le canapé, la canne posée en travers de mes genoux, et j'attends.
À sept heures quarante-cinq, j'entends enfin la clé dans la serrure.
Je me redresse d'un coup. Mes mains tremblent légèrement.
Dan entre. Ses pas sont prudents, mesurés. Il pose ses clés sans faire de bruit, comme s'il entrait dans un lieu qui ne lui appartient plus vraiment.
— C'est moi, dit-il simplement.
Je me lève. Je n'attends pas qu'il s'approche. Je tends les bras dans le vide, cherche son corps, le trouve. Je m'y accroche avec une force presque douloureuse. Il me serre contre lui. Je sens qu'il a mal dormi lui aussi. Son odeur est différente ce matin : plus froide, plus lointaine, celle de quelqu'un qui a passé la nuit ailleurs.
— Tu es là, murmuré-je.
— Je suis là.
Il ne m'embrasse pas tout de suite. Il reste juste collé à moi, une main dans mon dos, l'autre dans mes cheveux. Comme s'il avait peur qu'on le voie même ici.
— Ils vont arriver dans une heure, dit-il enfin. Il faut… qu'on soit prêts.
Je hoche la tête contre son épaule. Je n'ai pas envie d'être prêt. Je n'ai envie de rien d'autre que de le garder collé à moi.
Dan se détache doucement. Ses mains restent sur mes bras.
— On va devoir… jouer un rôle, Milo. Pendant qu'ils seront là. Je serai ton auxiliaire. Rien de plus. Tu comprends ?
— Oui.
— Si tu as peur, si tu es en colère, tu peux le dire. Mais pas… pas ce qu'on est. Pas encore. Pas aujourd'hui.
Je serre les mâchoires.
— Je sais.
Il me guide jusqu'à la salle de bain. On se lave rapidement, presque en silence. Il m'aide à m'habiller : un pantalon correct, un t-shirt propre, une chemise par-dessus. Des vêtements « présentables ». Comme pour une visite officielle.
À huit heures cinquante, la sonnette retentit.
Mon estomac se noue d'un coup.
Dan pose une main sur mon épaule, brève, professionnelle.
— Je vais ouvrir.
J'entends la porte, des voix polies, des présentations. Deux personnes. Une femme et un homme. Leurs pas entrent dans le salon.
— Monsieur St-Clair ? dit la femme. Je suis Madame Lefèvre, responsable de secteur. Voici mon collègue, Monsieur Caron.
Je tends la main dans le vide. Deux poignées de main sèches, professionnelles.
— Bonjour, réponds-je.
Dan reste debout un peu en retrait, comme un simple accompagnant.
Ils s'installent. Je les entends s'asseoir sur le canapé d'en face. Dan se place sur une chaise à côté de moi, pas trop près.
L'entretien commence.
Madame Lefèvre parle d'abord. Sa voix est posée, presque douce, mais chaque question est précise.
— Comment vous sentez-vous depuis le début de l'accompagnement, monsieur St-Clair ?
— Mieux. Beaucoup mieux.
— Est-ce que vous avez le sentiment que les objectifs de réadaptation sont respectés ?
— Oui. On travaille la locomotion, l'autonomie… Dan est très professionnel.
Le mot « professionnel » me brûle la langue.
Monsieur Caron reprend :
— Avez-vous eu le sentiment, à un moment, que la relation dépassait le cadre strictement professionnel ?
Le silence s'étire une seconde de trop.
— Non, réponds-je. Dan m'aide. C'est tout.
Je sens Dan se raidir légèrement à côté de moi.
Ils continuent. Des questions sur mon moral, sur ma sécurité, sur le fait que je me sente libre de refuser certaines choses. Ils demandent si j'ai déjà eu d'autres intervenants, si je souhaite en changer. Chaque phrase est un piège déguisé en bienveillance.
Je réponds le plus calmement possible. Ma voix reste stable. Mais à l'intérieur, tout est tendu à se rompre.
À un moment, Madame Lefèvre se lève. J'entends ses pas faire le tour du salon, s'arrêter près de la cuisine, revenir.
— Votre appartement est très bien tenu, remarque-t-elle. C'est important pour l'autonomie.
Je ne réponds rien.
L'entretien dure presque quarante minutes. Quand ils se lèvent enfin, je sens mon corps entier se relâcher d'un cran, même si rien n'est encore décidé.
— Nous allons faire un point en interne, dit Madame Lefèvre. Vous aurez une réponse d'ici quarante-huit heures. Dans l'immédiat, monsieur Vandel reste votre référent, sous réserve du respect strict du cadre.
Ils saluent. La porte se referme.
Le silence qui suit est assourdissant.
Dan ne bouge pas tout de suite. Puis je l'entends expirer longuement, comme s'il avait retenu son souffle pendant tout l'entretien.
— C'est fini, murmure-t-il.
Je me lève. Je tends les bras. Cette fois, il ne joue plus. Il m'attire contre lui avec une force presque désespérée. Son visage s'enfouit dans mon cou. Je sens qu'il tremble légèrement.
— Tu as été parfait, souffle-t-il.
— J'ai détesté chaque seconde.
— Moi aussi.
Nous restons collés l'un à l'autre au milieu du salon, sans parler. Dehors, la matinée continue. À l'intérieur, plus rien n'est vraiment sûr.
Mais pour l'instant, il est encore là.
Et c'est tout ce qui compte.
Il n'est même pas dix heures et demie.
La porte s'est refermée il y a moins de vingt minutes. L'odeur discrète du parfum de Madame Lefèvre flotte encore dans le salon, mêlée à celle, plus neutre, de Monsieur Caron. Dan n'a pas bougé. Il est resté debout près de la fenêtre, les bras croisés, le dos un peu trop droit. Moi, je suis assis sur le canapé, la canne posée en travers de mes genoux, les mains crispées sur le manche en carbone.
Le silence est lourd. Presque étouffant.
— Tu as tenu le coup, finit par dire Dan d'une voix basse.
— Toi aussi.
Il s'approche enfin. Ses pas sont prudents, mesurés. Quand il s'assoit à côté de moi, il laisse volontairement un espace entre nous. Trop grand. Comme s'il n'osait plus coller son corps au mien tant que les murs pourraient encore avoir des oreilles.
Je tends la main dans le vide. Je trouve son genou. Je le serre.
— Approche, murmuré-je.
Il hésite une seconde, puis glisse un peu plus près. Son épaule touche enfin la mienne. Ce simple contact me fait presque frissonner de soulagement. Je penche la tête et pose mon front contre sa tempe. Il ne bouge pas. Il laisse juste sa main venir se poser sur la mienne.
Nous restons ainsi plusieurs minutes, sans parler. Dehors, la matinée continue son cours. Une voiture passe. Un chien aboie quelque part dans la cour. À l'intérieur, le temps semble suspendu.
Puis le téléphone de Dan vibre sur la table basse.
Ce n'est pas un simple message. C'est un appel.
Il se fige. Je sens la tension remonter d'un coup dans tout son bras.
— C'est encore eux, souffle-t-il.
Il décroche. Cette fois, il ne met pas le haut-parleur tout de suite. J'entends le « Oui ? » tendu, puis un long silence de son côté. Sa respiration devient plus courte.
— Oui… je vois. Non, il est là. Vous voulez lui parler directement ?
Il pose le téléphone sur la table et active le haut-parleur. La voix de Madame Lefèvre résonne à nouveau dans le salon. Elle est toujours posée, mais il y a quelque chose de plus ferme qu'une heure plus tôt.
— Monsieur St-Clair, m'entendez-vous clairement ?
— Oui, réponds-je.
— Après discussion en interne, nous avons décidé de renforcer le suivi de manière temporaire. Demain, une personne de notre service se rendra à votre domicile dès huit heures du matin. Elle restera présente toute la journée, jusqu'en fin d'après-midi. Son rôle sera d'observer le déroulement habituel de l'accompagnement, les interactions, l'organisation de la journée. Il s'agit d'une mesure de précaution, le temps que nous finalisions notre évaluation.
Mon estomac se noue d'un coup.
— Toute la journée ? demandé-je.
— Oui. De huit heures à dix-huit heures approximativement. Monsieur Vandel devra bien entendu être présent, puisque c'est lui le référent actuel. Mais je vous demande, à tous les deux, de respecter strictement le cadre professionnel pendant cette journée d'observation.
Dan reste silencieux. Je sens ses doigts se crisper légèrement sur les miens.
Madame Lefèvre continue :
— La personne qui viendra demain s'appelle Madame Ruiz. Elle est expérimentée et discrète. Nous vous recontacterons dès que nous aurons une décision définitive. Bonne journée.
La communication se coupe.
Le bip de fin d'appel résonne trop fort dans le salon.
Dan ne dit rien pendant plusieurs secondes. Puis il expire longuement, comme s'il avait retenu son souffle depuis le début de la conversation.
— Demain… toute la journée, répète-t-il.
Je tourne légèrement la tête vers lui.
— Et ce soir ?
Il reste silencieux un moment. Puis sa voix sort plus basse, plus prudente.
— Ce soir, je rentre chez moi. Par précaution. On ne sait pas ce qu'ils savent vraiment, ni ce qu'ils pourraient vérifier. Mieux vaut ne prendre aucun risque tant qu'ils nous ont à l'œil.
Je secoue la tête, déjà en train de sentir la panique revenir.
— C'est absurde. Ils veulent qu'on joue la comédie pendant douze heures d'affilée pendant qu'une inconnue nous regarde vivre.
— C'est exactement ça.
Je me lève d'un coup, trop vite. La canne bascule et tombe. Je ne la ramasse pas. Je marche de long en large dans le salon, les mains crispées, cherchant quelque chose à faire de ma colère.
— Et après ? Ils vont encore inventer autre chose ? Une caméra ? Un rapport toutes les heures ?
Dan se lève à son tour. Il ne tente pas de me retenir tout de suite. Il me laisse faire quelques allers-retours, jusqu'à ce que ma respiration devienne trop courte.
Puis il s'approche. Ses mains trouvent mes épaules et les serrent fermement.
— Milo. Arrête.
— Je ne peux pas.
— Si. Tu peux. On a déjà tenu ce matin. On tiendra demain.
Je secoue la tête. Ma voix se brise un peu.
— Je ne veux pas que tu partes encore ce soir. Une nuit, ça va. Deux… ça commence à faire beaucoup.
Dan reste silencieux un moment. Puis ses bras m'entourent complètement. Il m'attire contre lui, fort, sans plus se soucier d'éventuelles oreilles dans les murs.
— Je reviendrai demain matin à huit heures. Comme prévu. Avant elle. On préparera le café, on fera semblant que tout est normal, et on traversera cette journée. Ensuite… on verra.
Je m'accroche à sa chemise. Mon front est posé contre son épaule.
— Et ce soir ?
— Ce soir, je rentre chez moi. Je prends une douche. Je mange quelque chose. Et je me couche en pensant à toi.
Je ne réponds rien. Je reste juste collé à lui, respirant son odeur, essayant de la graver assez profondément pour qu'elle me tienne jusqu'au lendemain.
Le reste de la matinée se déroule dans une atmosphère étrange, presque feutrée.
Dan reste. Officiellement, il est encore en intervention. Nous essayons de reprendre un semblant de routine. Il me guide pour une courte séance de locomotion dans l'appartement. Je balaye le sol avec la canne, je contourne les meubles, je m'arrête quand la pointe rencontre un obstacle.
Mais mon esprit n'est pas vraiment là. Chaque fois que sa main frôle la mienne pour corriger un geste, je sens qu'il la retire un peu trop vite.
Vers midi, il prépare un déjeuner simple. Nous mangeons en silence. Le bruit des couverts paraît trop fort. De temps en temps, sa jambe touche la mienne sous la table. Ni lui ni moi ne bougeons pour rompre le contact.
Je m'arrête près de la fenêtre. La chaleur du soleil me touche le visage, même si je ne vois rien. Ma canne est appuyée contre mon genou. Je sens Dan quelque part derrière moi, le bruit léger de son téléphone, sa respiration calme.
— Dan… je dis, la voix un peu plus basse que d'habitude. J'aimerais que tu prennes rendez-vous pour moi. Avec un professeur spécialisé. Pour apprendre le braille. Je n'ai jamais vraiment appris. Je veux commencer correctement.
Il s'approche. Je l'entends poser le téléphone sur la table.
— Bien sûr. Je m'en occupe tout de suite.
Il compose un numéro. Je reste immobile, les doigts crispés sur le rebord de ma canne. J'écoute. Sa voix est claire, polie. Il explique. Il attend. Puis une femme répond de l'autre côté. Sa voix est posée, un peu grave. Dan répète mon prénom, confirme que je suis non-voyant, que je n'ai jamais suivi d'apprentissage du braille et que je souhaite commencer maintenant. Il y a un silence. Ensuite, la femme propose :
— Je peux vous recevoir demain matin, à mon bureau. 9 h 30, ça vous irait ?
Dan regarde dans ma direction, même si je ne le vois pas. Je le sens.
— Oui, répond-il. On sera là.
Il raccroche. Je l'entends poser le téléphone.
— C'est bon. Demain, 9 h 30. On y va ensemble.
Je hoche la tête. Un petit sourire me tire les lèvres, nerveux.
— Merci.
L'après-midi arrive trop vite. Dan propose d'aller se promener dans le parc. Je dis oui. J'ai besoin d'air. On sort. L'odeur de l'herbe coupée me frappe en premier, puis celle des tilleuls. Le soleil est plus chaud dehors. Ma canne tape le sol avec un rythme régulier. Dan marche à côté de moi, mais il ne me touche pas. Il m'a dit qu'il voulait que j'essaie seul un moment.
Au début, ça va. L'allée est large. Je sens le gravier sous la pointe de ma canne. Je repère les bordures, les légères pentes. J'avance. Dan reste juste derrière mon épaule droite, assez près pour intervenir, assez loin pour me laisser faire. Je me concentre. Chaque coup de canne est un repère. Chaque souffle est compté.
Puis les gens arrivent.
Je les entends avant de les sentir. Des pas rapides. Des conversations. De la musique qui fuit des casques. Un homme me frôle de trop près. Son épaule heurte la mienne. Il ne s'excuse même pas. Je me redresse, serre la canne un peu plus fort. Une femme passe de l'autre côté, trop tard. Son sac frappe mon bras. Je dévie légèrement. Ma canne manque un repère. Je dois m'arrêter une seconde pour retrouver mon équilibre.
— Tu veux mon bras ? demande Dan, tout près.
— Non… encore un peu, je réponds. Je veux essayer.
Je reprends. Mais c'est plus dur. Les allées se densifient. Les gens ne ralentissent pas. Ils ne regardent pas. Même avec la canne bien visible, blanche, qui tape clairement le sol, ils continuent comme si je n'existais pas. Un cycliste passe trop près. Le vent de son passage me déséquilibre. Je dois planter la canne pour ne pas basculer. Mon cœur bat plus vite. Mes épaules se tendent. La fatigue commence à monter dans mes bras, dans mon dos, dans mes jambes.
Je ralentis. La pointe de ma canne tape moins précisément. Je cherche encore les repères, mais tout devient flou, bruyant, oppressant. Un autre passant me bouscule. Cette fois, je ne retiens pas un petit soupir.
Dan s'arrête.
— Allez. Viens.
Il tend le bras. Je le sens juste à côté de moi. J'hésite une seconde. Puis je pose ma main sur son avant-bras. Le contact est ferme, chaud, immédiat. Je m'y accroche un peu plus que je ne voudrais. On repart. Plus lentement. Dan ajuste son pas au mien. Je n'ai plus besoin de tout anticiper. Je me laisse guider un peu. La fatigue est là, lourde, collée à mes épaules.
— Les gens ne font vraiment pas attention, je murmure. Même avec la canne… on dirait qu'ils ne la voient pas.
Dan serre légèrement mon bras contre le sien.
— Je sais. C'est pour ça que je suis là.
On continue. Le parc s'étend encore, mais je ne cherche plus à tout contrôler. Je marche collé à lui. Chaque pas est plus facile. L'odeur des arbres revient. Le bruit des voix s'éloigne un peu. Je sens le soleil sur mon visage à nouveau. Dan ne dit rien de plus. Il n'en a pas besoin. Sa présence suffit.
Quand on approche de la sortie, je suis vraiment fatigué. Les jambes un peu lourdes, la tête un peu pleine. Mais ma main est toujours sur son bras, et pour la première fois depuis qu'on est entrés dans le parc, je me sens un peu moins seul face à tout ce monde qui ne fait pas attention.
Demain, à 9 h 30, on ira voir la professeure. Mais pour l'instant, je marche juste à côté de Dan, et je me laisse porter un peu par sa présence.
Le retour à l'appartement se fait en silence.
Ma main reste posée sur le bras de Dan jusqu'à la porte. Une fois à l'intérieur, je relâche enfin mon emprise. La fatigue du parc pèse sur mes épaules, dans mes jambes, dans le creux de mon dos. Je pose la canne contre le mur et reste un instant immobile dans l'entrée, respirant l'air familier de chez moi.
Dan ferme la porte derrière nous. Ses clés tintant sur le meuble. Puis je le sens s'approcher.
— Tu es crevé, constate-t-il.
— Un peu. Les gens… c'était trop.
Sa main se pose sur ma nuque, chaude, ferme. Il masse doucement les muscles tendus. Je penche la tête en arrière, cherchant son contact.
— Va te poser sur le canapé. Je m'occupe du dîner.
Je ne discute pas. J'avance à tâtons jusqu'au salon, retrouve le canapé et m'y affale. Les coussins m'accueillent. Je ferme les yeux — un geste inutile, mais réflexe — et j'écoute les bruits de la cuisine : le frigo qui s'ouvre, le bruit de l'eau, le cliquetis des casseroles, la voix de Dan qui murmure pour lui-même en cuisinant.
L'odeur des oignons qui rissolent arrive peu à peu, puis celle des herbes, de l'huile chaude. Mon estomac se réveille. Mais ce n'est pas seulement la faim qui monte en moi. C'est autre chose. La tension de la journée, la peur de la nuit seule qui approche, le fait qu'il va repartir dans quelques heures… tout ça se transforme en un besoin plus urgent, plus charnel.
Quand Dan revient, il pose deux assiettes sur la table basse. Je sens la vapeur monter.
— C'est prêt. Tu veux manger ici ou à table ?
— Ici.
Il s'assoit à côté de moi. Pas trop près. Encore cette distance prudente. Nous mangeons en silence. Le goût est simple, bon. De temps en temps, sa cuisse effleure la mienne. Ni lui ni moi ne bougons pour rompre le contact.
Quand les assiettes sont vides, Dan se lève pour les débarrasser. Je l'entends dans la cuisine, le bruit de l'eau, le frottement de l'éponge. Puis il revient. Je sens qu'il hésite.
— Il commence à se faire tard, dit-il doucement. Je devrais…
Je tends la main dans le vide. Je trouve son poignet. Je le tire vers moi.
— Pas encore.
Il se laisse faire. Je le guide jusqu'à moi, jusqu'à ce qu'il se retrouve debout entre mes genoux ouverts. Mes mains remontent le long de ses cuisses, sentant le tissu de son pantalon, puis s'arrêtent sur ses hanches. Je penche le visage en avant et pose mon front contre son ventre.
— Reste un peu, murmuré-je. Juste un peu.
Dan passe une main dans mes cheveux. Ses doigts caressent mon cuir chevelu, descendent le long de ma nuque. Je sens son souffle se modifier au-dessus de moi.
— Milo… demain il y a Madame Ruiz. Et ce soir…
— Je sais. Mais ce soir tu es encore là. Et j'ai besoin de toi. Maintenant.
Mes mains glissent sur sa ceinture. Je détache la boucle à tâtons, tire sur le cuir, ouvre le bouton, descends la fermeture éclair. Le bruit du zip est presque obscène dans le silence du salon. Je glisse mes doigts sous le tissu, rencontre le coton de son boxer, puis la chaleur dure de sa bite déjà à demi dressée.
Dan inspire brusquement.
— Putain, Milo…
Je sors sa queue de son boxer. Elle est chaude, lourde, déjà gonflée dans ma paume. Je la caresse lentement, du bas jusqu'au gland, sentant les veines sous mes doigts, la peau soyeuse, le prépuce qui se rétracte un peu. Une goutte de liquide perle au sommet. Je l'étale avec mon pouce.
— Assieds-toi, dis-je.
Il obéit. Je le pousse doucement en arrière sur le canapé. Il s'installe, les jambes écartées. Je me place à genoux entre elles. Mes mains remontent le long de ses cuisses, écartent un peu plus le tissu de son pantalon. Sa bite se dresse maintenant complètement, dure, chaude, pointée vers mon visage. L'odeur de son sexe me monte à la tête : musquée, masculine, excitante.
Je penche la tête et pose d'abord mes lèvres sur le bas de sa verge, juste au-dessus de ses couilles. Je les sens lourdes, tendues, dans le creux de ma main. Je les caresse, les roule doucement pendant que ma langue remonte lentement le long de sa bite, suivant une veine jusqu'au gland. Dan gémit. Sa main se pose sur ma nuque, sans forcer, juste pour garder le contact.
Je prends enfin le gland dans ma bouche. La chaleur, le goût salé du pré-sperme, la texture lisse… Je descends lentement, en l'avalant le plus profondément possible, jusqu'à sentir le bout toucher le fond de ma gorge. Mes yeux piquent un peu. Je remonte, succion ferme, puis redescends. Ma main libre continue de masser ses couilles, les pressant doucement, les tirant un peu.
Dan souffle plus fort.
— Oui… comme ça… putain, ta bouche…
Je m'applique. Lentement d'abord, puis plus vite. Ma salive coule le long de sa bite, rend tout plus glissant, plus bruyant. Le son de ma bouche qui le suce emplit le salon. Je sens sa queue pulser sur ma langue. Ses hanches commencent à bouger légèrement, poussant vers moi. Je le laisse faire. J'ouvre plus grand, je prends plus profond. Une de mes mains quitte ses couilles pour caresser mon propre sexe à travers mon pantalon. Je suis déjà durement bandé, la queue coincée, douloureuse de désir.
Dan me tire doucement vers le haut.
— Viens ici.
Je me redresse. Il m'embrasse aussitôt, sa langue cherchant la mienne, goûtant son propre goût dans ma bouche. Ses mains arrachent mon t-shirt, puis s'attaquent à mon pantalon. En quelques secondes, je suis nu. Sa main s'enroule autour de ma bite. Il la caresse fermement, le pouce étalant le liquide qui perle déjà abondamment au sommet.
— Tu es trempé, murmure-t-il contre mes lèvres.
— Parce que je te veux.
Il me fait basculer en arrière sur le canapé. Je m'allonge. Il se place au-dessus de moi, entre mes cuisses. Je sens sa bite dure frotter contre la mienne, peau contre peau, chaude, glissante. Il les prend toutes les deux dans sa main et les frotte ensemble, lentement, avec une pression parfaite. Le plaisir monte en vagues. Je cambre le dos, gémissant.
— Dan… s'il te plaît…
Il se penche, embrasse mon cou, descend sur ma poitrine, suce un téton, le mordille. Puis il continue plus bas. Sa bouche atteint mon ventre, puis mon sexe. Il m'englobe d'un coup, profondément. Sa langue tourne autour du gland, descend le long de la verge, remonte. Une main caresse mes couilles, les presse, les tire. L'autre s'appuie sur mon ventre pour me maintenir.
Je suis complètement livré. Dans le noir, chaque sensation est décuplée : la chaleur de sa bouche, le bruit de succion, le glissement de sa langue, la pression de ses doigts sur mes couilles. Mon bassin bouge tout seul. Des sons rauques m'échappent.
— Je vais jouir… préviens-je.
Il s'arrête juste à temps. Remonte le long de mon corps et m'embrasse longuement. Je goûte mon propre désir sur sa langue. Nous restons ainsi un moment, front contre front, le souffle court, laissant la tension redescendre un peu, juste assez pour ne pas tout faire exploser trop vite.
Puis Dan se redresse. Je l'entends cracher dans sa main. Le bruit est humide, explicite. Il étale sa propre salive sur ses doigts, puis entre ses fesses. Je le sens se préparer lentement, un doigt, puis un deuxième, pendant qu'il continue de caresser ma bite de l'autre main pour la garder dure.
— Tu es sûr ? demandé-je, la voix rauque.
— Oui. Je te veux en moi.
Il se place à califourchon au-dessus de moi. Je sens la chaleur de ses cuisses de chaque côté de mes hanches. Sa main guide ma queue. Le gland rencontre son trou, déjà humide de salive. Il s'abaisse lentement. La pression, l'ouverture, la chaleur étroite… Je souffle longuement pendant qu'il s'enfonce, millimètre par millimètre, jusqu'à m'avoir complètement avalé.
— Putain… tu es si chaud, gémit-il.
Il s'immobilise un instant, le souffle court, s'habituant à la sensation. Puis il commence à bouger. Lents va-et-vient d'abord, s'élevant et redescendant sur ma bite. Chaque mouvement m'envoie des décharges de plaisir. Je pose les mains sur ses hanches, sentant les muscles travailler sous ma paume, et je l'accompagne.
Dan accélère progressivement. Le bruit de sa peau contre la mienne devient plus fort, plus rythmé. Sa bite, toujours dure, frotte contre mon ventre à chaque descente. Une de mes mains s'enroule autour et la pompe en même temps qu'il me chevauche. Le double plaisir est presque trop intense.
— Plus fort, soufflé-je. S'il te plaît…
Il obéit. Ses mouvements deviennent plus amples, plus puissants. Sa respiration est rauque. Je sens ses couilles frapper contre moi par moments. Le plaisir monte en moi comme une vague incontrôlable.
— Je vais venir… préviens-je.
— Viens, ordonne-t-il. Viens en moi.
Quelques secondes plus tard, l'orgasme m'explose. Ma bite pulse violemment en lui. Des jets épais de sperme giclent au plus profond de son corps. Je crie, les hanches soulevées, les muscles se contractant. Dan continue de bouger, prolongeant mon plaisir, jusqu'à ce que son propre orgasme le frappe. Sa bite pulse dans ma main. Des jets chauds de sperme éclaboussent mon ventre et mon torse pendant qu'il gémit longuement au-dessus de moi.
Il s'effondre sur ma poitrine, le souffle court, le corps moite. Ma bite est encore en lui, qui se ramollit peu à peu. Je le serre contre moi, les bras enroulés autour de son dos. Nos cœurs battent l'un contre l'autre, trop vite.
Longtemps, nous ne bougeons pas.
Puis Dan se relève doucement. Je sens mon sperme couler un peu de lui. Il cherche un linge et nous nettoie avec une tendresse infinie : mon ventre, mon torse, son propre sexe, l'intérieur de ses cuisses. Quand c'est fait, il se rallonge à côté de moi, nu, et m'attire contre son corps.
— Je dois y aller bientôt, murmure-t-il contre mes cheveux.
— Je sais.
Sa main caresse mon dos, lentement, de haut en bas.
— Demain sera long. Avec elle. Mais ce soir… au moins on a eu ça.
Je hoche la tête contre son épaule. Mon corps est encore lourd de plaisir, mes muscles détendus. Mais déjà l'angoisse de la nuit seule recommence à pointer.
Dan reste encore un long moment. Il m'embrasse, me caresse, murmure des choses basses contre ma peau. Puis, lentement, il se détache. Je l'entends se rhabiller dans le semi-obscurité du salon. Le bruit du pantalon, de la ceinture, du t-shirt.
Il revient une dernière fois. Ses mains encadrent mon visage. Le baiser est long, profond, salé de sueur et de désir.
— À demain, souffle-t-il. Huit heures. Avant elle.
— À demain.
Ses pas s'éloignent. La porte s'ouvre. Se referme. Le clic de la serrure résonne une fois de plus dans l'appartement redevenu trop grand.
Je reste allongé sur le canapé, nu, le sperme de Dan encore un peu présent sur mon ventre, l'odeur de notre sexe flottant dans l'air.
Demain, Madame Ruiz passera la journée entière ici.
Mais ce soir, au moins, j'ai encore son goût sur la langue et le souvenir de sa chaleur autour de ma bite.
Je me relève à tâtons, retrouve la canne, et avance jusqu'à la chambre puis dans mon lit.
Je m'y glisse nu.
Et j'attends que la nuit passe.
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