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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

L'éveil dans l'obscurité — Chapitre 21

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L'éveil dans l'obscurité

Chapitre 21

Chapitre 21
On s'extrait peu à peu de la meute.
Les questions continuent encore dans notre dos, mais elles perdent de leur netteté. Le couloir des vestiaires nous avale. L'air y est plus frais, plus confiné. L'écho de nos pas résonne différemment. Mon souffle reste court. Les muscles des jambes tremblent par à-coups. La raquette est toujours accrochée à ma main droite, comme si mes doigts refusaient de la lâcher.
Dan ne m'a pas quitté. Sa main reste posée au milieu de mon dos, plus ferme maintenant que les micros se sont éloignés. Stéphane et Lucas marchent un peu devant. Je n'arrive pas à saisir leurs mots. Les miens tournent encore en boucle dans ma tête.
Sans Dan, il n'y aurait pas eu de retour. Pas de match. Pas de victoire. Rien. Juste le noir. Et le silence.
Je les ai dits. Devant tout le monde. Et maintenant qu'ils sont dehors, ils me semblent encore plus lourds. Plus vrais.
Dans le vestiaire, l'odeur de résine et de sueur froide m'accueille. Dan m'aide à trouver mon casier. Ses gestes sont précis, attentifs. Il ouvre la porte, pose ma raquette à l'intérieur, récupère ma serviette. Je reste debout, un peu perdu dans l'espace, le t-shirt collé à la peau.
— Assieds-toi, dit-il doucement.
Je m'exécute sur le banc. Le bois est froid sous mes cuisses. Dan s'agenouille pour m'aider à retirer mes chaussures. Ses doigts défont les lacets avec une lenteur presque cérémonieuse. Quand il retire la première, mon pied pose à plat sur le sol. La deuxième suit. Puis il relève la tête vers moi.
— Tu as dit des choses très fortes, tout à l'heure.
Ma gorge se resserre à nouveau.
— Je sais. Je… je ne les avais pas préparées. Elles sont juste sorties.
— Je les ai entendues, répond-il simplement. Toutes.
Sa voix est basse. Chargée. Je tends la main et trouve son visage. Ma paume glisse le long de sa joue, jusqu'à sa mâchoire. Il se laisse faire. Son souffle est un peu plus rapide que d'habitude.
Stéphane entre dans le vestiaire sans frapper. Son énergie est encore trop haute, trop vive pour l'espace confiné.
— Milo. On doit parler. Maintenant.
Je redresse légèrement la tête. Dan reste accroupi un instant de plus, puis se relève et s'assoit à côté de moi. Son épaule touche la mienne. Présence solide.
— Quoi ? demandé-je, déjà méfiant.
— Demain. Tôt. J'ai calé trois interviews. Télé, radio, et un format long pour un pure player. Et… Sport & Vie veut faire de toi la couverture du prochain numéro. « Le retour. » Gros titre. Portrait sur quatre pages. Ils veulent tourner dès après-demain.
Les mots tombent un par un dans mon estomac. Une couverture. Des interviews. Dès demain. Aucune question. Aucune place pour un « non ».
Je reste silencieux. Trop longtemps. La fatigue du match, l'émotion de ce que j'ai dit sur Dan, et maintenant ça… tout se télescope. Mon cœur accélère à nouveau. Pas de la même façon que sur le court. Une angoisse sourde, familière, celle d'être recapturé par une machine que je croyais avoir quittée.
— Stéphane… je ne suis pas sûr d'être prêt pour tout ça. Pas si vite.
— Tu l'es, coupe-t-il. Tu viens de gagner. Les gens veulent t'entendre. Et on a besoin de garder l'élan. Les sponsors regardent déjà. La fédération aussi. On ne peut pas ralentir maintenant.
Ma mâchoire se crispe. L'ancien Milo aurait explosé. Aurait envoyé tout le monde se faire voir. Celui que je suis devenu cherche ses mots avec plus de difficulté.
Dan pose une main sur mon genou. Légère. Chaude. Je m'y accroche mentalement.
— Je ne suis plus le joueur que tu as connu, dis-je finalement. Celui qui était… antipathique. Arrogant. Celui qui répondait aux journalistes comme s'ils étaient des nuisibles. Je ne veux plus être ça. Je ne peux plus être ça.
Le silence qui suit est différent. Stéphane ne répond pas tout de suite. Quand il parle, sa voix a perdu un peu de son tranchant.
— Je sais. Je l'ai vu. Aujourd'hui. Sur le court. Et surtout… devant les micros. La façon dont tu as parlé de Dan. L'ancien Milo n'aurait jamais dit ça. Jamais. Tu as changé. C'est clair. Et c'est très bien.
Il marque une pause. Puis reprend, plus ferme :
— Mais tu restes un grand champion, Milo. Ça, ça n'a pas changé. Et un grand champion, même transformé, même plus humain, doit encore parler. Doit encore exister aux yeux du public. Je ne te demande pas de rejouer la comédie de l'arrogance. Je te demande juste d'être présent. Demain. Après-demain. Avec ce que tu es devenu.
Je baise légèrement la tête. Les mots me traversent sans vraiment s'ancrer. Une couverture. Des interviews. Le retour de la lumière médiatique. Une partie de moi a envie de fuir. Une autre, plus petite, plus enterrée, se souvient de ce que ça faisait d'être regardé. D'être attendu.
Dan se penche un peu vers moi. Sa voix est basse, uniquement pour moi.
— Tout va bien se passer. Je serai là. À chaque interview. À chaque déplacement. Tu ne seras pas seul. Et si ça devient trop, on coupe. D'accord ?
Sa main glisse de mon genou jusqu'à mes doigts. Il les enlace. La simple pression de ses phalanges me ramène dans mon corps. Dans le présent.
— D'accord, soufflé-je.
Stéphane reprend, déjà en mode organisation :
— Je t'envoie le planning ce soir. On commence à neuf heures demain. Un format court d'abord, pour te mettre en jambes. Ensuite le plus long. Le magazine, eux, viendront ici ou au club, selon ce que tu préfères. Je gère le reste. Toi, tu te reposes ce soir. Tu as gagné le droit de dormir.
Il s'attarde encore une minute, parle de détails techniques avec Lucas qui vient de le rejoindre, puis ils sortent. La porte du vestiaire se referme. Le silence retombe enfin.
Je reste assis, les épaules voûtées, les mains encore tenues par celles de Dan. La fatigue revient en vague. Mais sous la fatigue, il y a autre chose. Une vulnérabilité que je n'avais pas anticipée. Dire non à Stéphane m'avait semblé impossible. Accepter me laisse un goût étrange dans la bouche.
Dan se rapproche. Son front trouve ma tempe.
— Tu n'as pas à être parfait demain, murmure-t-il. Tu as juste à être toi. Celui qui a parlé de moi tout à l'heure. Celui qui a gagné en écoutant la balle. Le reste… on le gérera ensemble.
Je tourne le visage vers lui. Nos nez se frôlent. Son souffle touche mes lèvres. Je n'ai pas la force d'un vrai baiser. Juste celle de rester là, front contre front, à respirer le même air.
— J'ai peur de retomber dedans, avoué-je. Dans le personnage. Dans ce que j'étais.
— Tu ne retomberas pas. Parce que tu n'es plus seul à te regarder. Je suis là. Et je te connais maintenant. Vraiment.
Ses mots me desserrent quelque chose dans la poitrine. Une tendresse profonde, presque douloureuse, m'envahit. Je glisse une main derrière sa nuque et l'attire un peu plus près. Nos fronts restent collés. Ses pouces caressent le dos de ma main.
On reste ainsi de longues minutes. Le vestiaire est silencieux. Dehors, le club se vide progressivement. À un moment, Dan m'aide à finir de me changer. Ses gestes sont lents, respectueux. Quand ses doigts frôlent mon épaule nue en me passant le sweat, un frisson me parcourt. Pas urgent. Juste la confirmation que je suis encore capable de sentir quelque chose de doux après toute cette intensité.
Le retour en voiture se fait dans un silence chargé. La main de Dan reste sur ma cuisse presque tout le trajet. Parfois son pouce dessine de petits cercles. Parfois il ne bouge plus. Juste la chaleur de sa paume me suffit.
Dans l'appartement, l'odeur familière m'accueille comme une absolution. Je pose la canne. Dan ferme la porte. Le clic de la serrure coupe le monde extérieur.
Il s'approche par-derrière et m'entoure de ses bras. Je m'y abandonne entièrement. Mon dos contre son torse. Sa mâchoire posée sur mon épaule. Ses mains croisées sur mon ventre.
— Demain, on y va ensemble, murmure-t-il contre ma peau. Et le soir, on revient ici. Et tu pourras redescendre. Comme aujourd'hui. Comme chaque fois.
Je pose mes mains sur les siennes. Je les serre.
— Merci d'être là. Pour les matchs. Pour les micros. Pour… tout.
— Toujours.
On reste debout dans l'entrée un long moment. Le temps que mon système nerveux accepte enfin que la journée est finie. Que les journalistes sont loin. Que Stéphane a eu ce qu'il voulait. Que moi, j'ai encore Dan.
Plus tard, il y aura la douche. Le repas improvisé. Le canapé. Peut-être quelques mots de plus sur les interviews. Mais pour l'instant, il n'y a que cette étreinte. Solide. Chaude. Et la certitude fragile que, même si le monde extérieur recommence à me réclamer, je ne serai plus jamais seul pour y faire face.
Le réveil est trop tôt.
L'alarme de Dan résonne à sept heures. Je suis déjà réveillé depuis un moment, allongé sur le dos, les yeux ouverts sur le noir, le cœur déjà un peu trop rapide. La journée d'hier n'est pas encore complètement retombée. Le match. Les mots que j'ai dits. Les plans de Stéphane. Et maintenant… les caméras.
Dan se tourne vers moi. Sa main trouve mon ventre, s'y pose à plat.
— Tu as dormi ?
— Mal. Par à-coups.
Il se rapproche. Ses lèvres touchent mon épaule.
— Je suis là. Tout le long. Tu n'as pas à tout porter seul.
Je hoche la tête. Les mots ne sortent pas encore.
Le petit-déjeuner est silencieux. Café. Pain. Un peu de fromage. Je mange sans vraiment sentir le goût. Dan lit le planning à voix haute une dernière fois. Première interview à neuf heures trente. Plateau télé d'une grande chaîne sport. Ensuite déplacement pour le magazine. Styliste. Photos. Interview longue.
Stéphane envoie un message à huit heures. « Tout est calé. Je vous retrouve sur place. »
Dans la voiture, la main de Dan reste sur ma cuisse. Son pouce dessine de petits cercles lents. Je me concentre dessus pour ne pas laisser l'angoisse prendre toute la place. Mon corps se souvient encore de l'effort de la veille : les avant-bras lourds, le genou qui tire légèrement, les épaules nouées. Mais c'est surtout la tête qui tourne.
Le studio sent le café froid, le métal et un parfum d'ambiance trop neutre. On me guide jusqu'à une loge. Une maquilleuse touche mon visage avec des gestes rapides, professionnels. Elle parle peu. Dan reste debout près de la porte, présent sans envahir.
À neuf heures vingt-cinq, on m'installe sur le plateau. Le siège est ferme. Une oreillette me transmet les consignes. La chaleur des projecteurs me touche le visage presque immédiatement. Je ne vois rien, mais je sens l'espace, les déplacements des techniciens, le silence relatif juste avant le générique.
Le journaliste s'appelle Marc Delorme. Voix posée, habituée aux plateaux. Il me salue, vérifie que je suis prêt, puis le signal est donné.
— Milo St-Clair, bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Hier, vous avez remporté votre premier match officiel depuis l'accident. Dans quel état d'esprit vous trouvez-vous ce matin ?
— Fatigué, réponds-je honnêtement. Mais… présent. Hier soir j'ai réalisé que j'avais vraiment rejoué. Ce matin, ça commence juste à rentrer.
— On a tous vu les images. Un match serré, intense, que vous avez conclu avec beaucoup de sang-froid. Qu'est-ce qui a été le plus difficile techniquement ?
— Le timing. Sans la vue, chaque balle est une équation différente. Le son, la hauteur, la vitesse… tout doit être recalculé en une fraction de seconde. Au début du match, j'anticipais encore comme avant. Ça ne marchait pas. Il a fallu que j'accepte de ralentir mon cerveau pour mieux écouter.
— Vous avez parlé hier d'un « lâcher-prise ». C'est quelque chose que vous travaillez spécifiquement à l'entraînement ?
— Tous les jours. Mon coach, Lucas, me le répète sans arrêt. « Ne cherche pas la balle avec les yeux que tu n'as plus. Laisse-la venir à l'oreille. » C'est contre-intuitif pour quelqu'un qui a joué toute sa vie en voyant les trajectoires.
Delorme marque une petite pause. Sa voix change légèrement d'intensité, devient plus grave.
— On aimerait revenir un instant sur l'accident. Sur ce qui s'est passé juste après. Comment vous vous êtes senti, dans les premiers temps, en réalisant que vous aviez perdu la vue ? Et comment vous vous sentez aujourd'hui, des mois plus tard, avec cette réalité au quotidien ?
La question me frappe plus fort que les précédentes. Un blanc s'installe dans ma tête. Les mots ne viennent pas. Je sens le silence du plateau s'étirer. Trop longtemps. Ma gorge se serre. Comment expliquer le vide ? La panique des premiers jours ? La rage ? L'envie de ne plus rien faire ? Comment mettre des phrases sur quelque chose qui n'avait alors aucune forme ?
Je reste muet plusieurs secondes. Trop.
Delorme reprend, plus doucement, sans agressivité :
— Je comprends que ce soit difficile. Mais vos fans sont toujours là, Milo. Ils ont suivi votre absence. Ils ont vu votre retour hier. Ils ont envie de savoir. Pas par curiosité malsaine. Parce qu'ils vous ont accompagné pendant des années. Et qu'ils veulent comprendre ce que vous avez traversé.
Sa voix est calme. Presque bienveillante. Ça m'aide autant que ça me met à nu.
J'inspire profondément. Les mots sortent enfin, lents, maladroits.
— Au début… c'était le noir. Pas seulement devant les yeux. Partout. Je ne savais plus qui j'étais sans le tennis. Sans la capacité de me déplacer seul. Sans le regard des autres sur ce que je savais faire. Les premiers mois, je n'ai presque rien accepté. Ni l'aide. Ni les exercices. Ni l'idée que ma vie pouvait continuer autrement. J'étais… en colère. Contre l'accident. Contre moi. Contre tout. Aujourd'hui… c'est différent. Le noir est toujours là. Mais il n'est plus totalement vide. Il y a des textures. Des sons. Des personnes. Une raquette. Une balle qui tinte. Et quelqu'un qui est resté quand je ne valais plus grand-chose à mes propres yeux. Ça change tout. Même si certains jours restent durs.
Ma voix se brise un peu sur la fin. Je m'arrête. Les projecteurs me semblent plus chauds que jamais.
Delorme laisse un silence respectueux avant de reprendre.
— Hier, devant les journalistes, vous avez tenu des propos très personnels sur la personne qui vous a accompagné dans cette reconstruction. Vous avez dit que sans Dan, il n'y aurait pas eu de retour. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce rôle exact ?
La question me frappe à nouveau, mais cette fois je suis un peu moins pris au dépourvu.
— Dan est arrivé à un moment où je ne voulais plus rien. Plus marcher. Plus apprendre. Plus me battre. Il n'a pas essayé de me sauver. Il est resté. Il a supporté mes silences et mes colères. Il m'a appris à tenir une canne sans me traiter comme quelqu'un d'incapable. Il m'a ramené vers le braille, vers la rue, vers mon corps. Vers le court. Hier, quand j'ai gagné, ce n'était pas seulement ma victoire. C'était la preuve que son obstination à croire en moi n'avait pas été vaine.
— On sent une très grande reconnaissance dans vos mots. Est-ce que cette relation a changé votre façon d'envisager le sport de haut niveau ?
— Elle a changé ma façon d'envisager tout. Avant, je jouais pour gagner. Pour le classement. Pour exister dans le regard des autres. Aujourd'hui, je joue d'abord pour sentir que mon corps est encore capable. Le reste… on verra.
— Justement. Stéphane, votre agent, et votre coach ont évoqué très clairement un objectif de championnats du monde adaptés. Est-ce que vous vous voyez redevenir un grand champion ?
Je prends le temps de respirer.
— Je ne sais pas si j'y arriverai. Vraiment. Je ne sais pas si mon corps, mon oreille, ma tête tiendront sur la durée au niveau exigé. Mais je m'en donnerai les moyens. Chaque entraînement. Chaque match. Chaque jour. Après… le sport décidera.
Delorme enchaîne encore quelques questions techniques sur le matériel, sur la balle sonore, sur la préparation physique. Puis le signal de fin arrive. Les projecteurs baissent d'un cran. Quelqu'un me retire le micro-cravate.
Dan est immédiatement à côté de moi.
— C'était juste, murmure-t-il. Très juste. Et courageux.
Je ne réponds pas. Je cherche simplement sa main et la serre. Mes doigts tremblent un peu.
________________________________________
Le magazine se passe dans un studio différent, plus lumineux d'après ce que je perçois aux changements de température et d'acoustique. Une styliste m'accueille dès l'arrivée. Voix vive, gestes rapides.
— On va faire trois ambiances. Sport, d'abord. Puis ville. Et une plus… intemporelle. Vous me dites si quelque chose vous gêne.
On me fait essayer plusieurs t-shirts techniques, un short, une veste de survêtement. Les tissus sont neufs, un peu raides. La styliste ajuste, épingle, commente les lignes. Dan reste en retrait, mais je sens sa présence. Quand on passe aux tenues de ville — chemise, pantalon droit, veste fine — le contact des tissus plus nobles sur ma peau me surprend. Ça me rappelle une autre époque. Celle des conférences de presse et des obligations d'image.
L'interview du magazine est plus longue, plus posée. La journaliste, Claire, a une voix calme, presque intime.
Elle revient en détail sur l'accident, sur les premiers mois, sur le moment où j'ai accepté de rejouer. Elle me demande de décrire la sensation exacte de la première balle sonore touchée. Elle insiste sur le rapport au temps, à la lenteur forcée, à la reconstruction d'une identité.
Puis elle pose la question que j'attendais :
— Hier vous avez rendu un hommage très fort à Dan. Est-ce que vous accepteriez qu'il apparaisse sur certaines photos avec vous ? Le magazine aimerait illustrer cette dimension humaine du retour.
Je sens immédiatement la tension monter dans mes épaules. Je tourne légèrement la tête vers l'endroit où se trouve Dan.
— Ça dépend de lui, dis-je clairement. Pas de moi. Et encore moins du magazine. S'il n'en a pas envie, on ne le mettra pas sous les projecteurs. Point.
Un silence. Puis la voix de Dan, plus près que je ne l'avais calculé :
— Je préfère rester en dehors des photos. Si c'est possible.
Claire s'adapte immédiatement.
— Bien sûr. On respectera ça. Les images seront centrées sur vous, Milo. Dan pourra rester présent hors champ s'il le souhaite.
Le shooting commence. Les instructions arrivent en rafales. « Tournez légèrement le visage vers la lumière. Épaules plus ouvertes. Menton un peu plus bas. » Je ne vois rien, mais je sens les ajustements, la chaleur des projecteurs, le froissement des vêtements qu'on me fait changer. Entre deux séries, Dan s'approche et pose une main brève dans mon dos. Juste pour rappeler qu'il est là.
Quand on passe à la tenue de ville, la journaliste en profite pour glisser d'autres questions plus personnelles. Sur la peur de décevoir. Sur ce que je ressens quand le public applaudit un geste que je ne peux pas voir. Sur la façon dont je me projette dans six mois, un an.
Je réponds avec plus de précision que je ne l'aurais cru possible. Les mots sortent moins protégés qu'avant. Peut-être parce que Dan est dans la pièce. Peut-être parce que j'ai déjà tout dit hier et ce matin devant les autres micros.
À la fin du shooting, la styliste me remercie. Claire aussi. Stéphane, qui a suivi à distance, parle déjà de retombées. Moi, je suis vidé. Le genre de fatigue qui ne vient pas des muscles, mais de s'être exposé pendant des heures, d'avoir dû remettre des mots sur des périodes que j'aurais préféré laisser dans le silence.
Dans la voiture du retour, je m'affale contre le siège. Dan prend le volant. Sa main droite trouve immédiatement la mienne.
— C'est fini pour aujourd'hui, dit-il. Plus de caméras. Plus de questions.
— Ils vont tous parler de toi, murmuré-je. De ce que j'ai dit. Et de l'accident. Encore.
— Laisse-les parler. Moi je sais ce qui compte. Et toi aussi.
Je tourne le visage vers lui, même si je ne le vois pas. Sa voix est calme. Solide. Elle me recouvre comme une couverture.
Le soir, dans l'appartement, on mange peu. On parle encore moins. Dan me guide jusqu'à la douche, reste à proximité pendant que l'eau chaude dénoue ce que la journée a crispé. Ensuite on s'allonge. Ses bras m'entourent. Ma tête trouve le creux de son épaule.
— Demain on n'a rien d'obligatoire, rappelle-t-il. Juste nous. Et peut-être un peu de court si tu en as envie.
Je ferme les yeux. Le noir est le même que toujours. Mais ce soir, il contient le souvenir des projecteurs, le poids des questions sur l'accident, la chaleur de sa main sur la mienne dans la voiture, et cette phrase que j'ai répétée devant les caméras : Je m'en donnerai les moyens.
Je ne sais toujours pas si je redeviendrai un grand champion.
Mais pour la première fois, l'idée ne me fait plus seulement peur.
Elle me fait aussi, étrangement, un peu vivre.
La douche a laissé nos peaux chaudes, propres, encore un peu humides. Les draps sont frais contre mon dos. Dan est sur le côté, une jambe passée par-dessus la mienne, un bras sous mon cou, l'autre main ouverte sur mon ventre. Son souffle effleure ma tempe. L'odeur de son savon et de sa peau propre m'entoure complètement.
Pendant un long moment, on ne bouge pas. On écoute juste le silence de l'appartement et le battement de nos cœurs. Puis sa main commence à glisser. Lentement. Ses doigts dessinent des cercles sur mon ventre, remontent le long de mon sternum, frôlent ma clavicule, redescendent. Chaque passage laisse une traînée de chaleur.
Je tourne le visage vers lui. Nos nez se touchent. Ses lèvres trouvent les miennes. Le baiser est lent, profond, chargé de toute la journée. Sa langue glisse contre la mienne. Je gémis dans sa bouche. Ma main remonte le long de son flanc, sent les côtes, les muscles, la peau encore tiède.
Dan approfondit le baiser. Son corps se presse davantage contre le mien. Je sens sa queue durcir contre ma cuisse. La mienne répond immédiatement, se gonfle, pulse entre nous. Sa main glisse plus bas, passe sous le boxer, et s'enroule autour de mon sexe. La chaleur de sa paume me fait cambrer le dos.
— Déjà si dur, murmure-t-il contre mes lèvres.
— Depuis la voiture, avoué-je. Depuis que tu as posé ta main sur la mienne.
Il sourit. Je le sens. Puis il recommence à m'embrasser en me caressant lentement, le pouce étalant la goutte déjà présente. Je glisse ma propre main dans son boxer. Sa queue est chaude, lourde, déjà bien dure. Je la serre, je la caresse du même rythme. Nos souffles se mêlent. Les baisers deviennent plus humides, plus urgents.
On se débarrasse des derniers vêtements sans vraiment se séparer. Peau contre peau. Sa queue frottée contre la mienne. La sensation est si nette dans le noir que j'en ai le souffle coupé. Dan bascule au-dessus de moi. Ses genoux encadrent mes hanches. Il se penche et reprend ma bouche pendant que son bassin bouge lentement, frottant nos deux sexes l'un contre l'autre.
Je remonte les mains le long de son dos, puis glisse vers l'avant pour trouver ses tétons. Je sais qu'ils sont son point le plus sensible. Dès que mes doigts les pincent et les roulent, Dan laisse échapper un gémissement rauque. Sa queue pulse contre la mienne. Je recommence, plus fort. Il se cambre.
— Putain… Milo…
Sa voix est déjà cassée. Ça m'excite encore plus. Je le tire vers le bas pour l'embrasser pendant que je continue de jouer avec ses tétons. Ses hanches bougent plus vite. Le frottement de nos queues devient plus gras, plus glissant.
Il descend le long de mon corps. Sa bouche quitte la mienne, parcourt mon cou, mon sternum, mon ventre. Quand ses lèvres atteignent ma queue, je serre les draps. Il m'embrasse d'abord le long de la verge, puis m'engloutit lentement. La chaleur de sa bouche est brûlante. Sa langue tourne autour du gland, appuie sur le frein, redescend. Une main tient ce que sa bouche ne prend pas. L'autre caresse mes couilles.
Je me perds dans la sensation. Chaque succion, chaque mouvement de langue est décuplé par le noir. Je ne vois rien. Je ne peux que sentir. Mes hanches bougent malgré moi. Dan prend plus profond. Le bruit humide de sa bouche sur ma queue remplit la chambre.
Quand il se redresse, je l'entends cracher dans sa main. Puis ses doigts glissent entre ses propres fesses. Il se prépare au-dessus de moi. Je le sens à sa respiration qui change, aux petits sons qu'il laisse échapper. Un doigt. Puis deux. Sa main libre continue de caresser ma queue pour la garder dure.
— Je suis prêt, souffle-t-il.
Il se positionne. Le gland de ma bite trouve son entrée. Il s'abaisse lentement. Centimètre par centimètre. La chaleur, l'étroitesse, la façon dont son corps m'avale… Je grogne. Mes mains s'accrochent à ses hanches. Quand il est complètement enfoncé, on reste immobiles un long moment. Front contre front. Respirations mêlées.
Puis il commence à bouger.
Lentement d'abord. De longs va-et-vient qui me font sentir chaque relief. Je garde une main sur sa hanche, l'autre sur sa poitrine, pinçant et roulant ses tétons à chaque descente. Ses gémissements deviennent plus aigus. Le bruit de nos peaux qui se choque remplit la pièce. L'odeur de sexe se mêle à celle de la douche.
Il accélère. Ses mouvements deviennent plus amples, plus profonds. Je le rencontre à chaque fois. La sensation est écrasante. Dans le noir, il n'y a que ça : la chaleur de son trou, le claquement de nos corps, ses gémissements, la façon dont il se resserre autour de moi chaque fois que je pince un téton.
On change de position. Je le pousse doucement sur le dos. Je m'installe entre ses cuisses. Je soulève ses jambes, les pose sur mes épaules, et je m'enfonce à nouveau en lui d'un geste lent et profond. Dan crie presque. Ses ongles griffent mes avant-bras. Je le baise avec des coups de hanches réguliers, profonds, pendant que mes mains retrouvent ses tétons et les malmènent. Chaque gémissement qu'il me donne me rapproche un peu plus.
Ensuite je le fais basculer sur le côté. Je me colle dans son dos, soulève sa jambe, et rentre à nouveau en lui. L'angle est différent. Plus intime. Une de mes mains repasse sur sa queue et la caresse en même temps que je le prends. Il tourne la tête. Je trouve sa bouche. On s'embrasse salement pendant que je le baise.
Je le remets sur le dos une dernière fois. Je m'installe au-dessus, les genoux de chaque côté de ses hanches. Je reste en lui. Je le prends. Mes mains sur ses tétons, mes hanches qui cognent contre les siennes. Il est complètement ouvert sous moi. Ses gémissements sont continus maintenant.
— Je vais jouir, préviens-je, la voix rauque.
— En moi. S'il te plaît.
Quelques coups de reins encore. La tension explose. Je m'enfonce jusqu'à la garde et je jouis en lui, par vagues successives, en grognant son nom. Mon sperme le remplit. Ses muscles se contractent autour de moi, prolongeant chaque pulsation.
Je reste un moment à l'intérieur, le souffle cassé, le front collé au sien. Puis je me retire lentement. Le mélange de nos fluides glisse. Dan est encore durement bandé, sa queue rouge et luisante contre son ventre.
Je descends le long de son corps sans attendre. J'ouvre la bouche et je prends sa queue. Le goût de sa peau, de son pré-sperme, et un peu du mien encore présent. Je le suce profondément, avidement. Une main tient la base, l'autre caresse ses couilles. Dan enfonce ses doigts dans mes cheveux. Ses hanches bougent. Il baise ma bouche avec de petits coups de rein.
— Milo… je vais…
Je ne me retire pas. Je prends encore plus profond. Quand il jouit, sa queue pulse sur ma langue. Des jets chauds, épais, remplissent ma bouche. J'avale. Tout. Goutte après goutte. Le goût est salé, amer, purement lui. Je continue de le sucer doucement jusqu'à ce qu'il n'ait plus rien à donner et que ses gémissements deviennent des plaintes sensibles.
Ensuite seulement je remonte. Je m'allonge à moitié sur lui. Nos peaux sont collantes de sueur et de sperme. Son cœur bat encore trop vite sous mon oreille. Sa main caresse lentement mon dos, de haut en bas.
— Je t'aime, murmure-t-il contre mes cheveux.
Les mots tombent dans le silence comme une évidence.
— Moi aussi, réponds-je. Tellement.
On reste ainsi, enlacés, le goût de l'autre encore dans nos bouches, le corps lourd et vide, le noir autour de nous enfin doux.
Fin du chapitre 21.
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