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✦ tounet777 L'éveil dans l'obscurité XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

L'éveil dans l'obscurité — Chapitre 11

28 minutes
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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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L'éveil dans l'obscurité

Chapitre 11

Chapitre 11
Allongé sur le canapé relax, les bras croisés en un barrage boudeur contre ma propre poitrine, je souffle bruyamment, l'air ouvertement mécontent, presque bougon, d'avoir été laissé en suspens dans un tel état d'incandescence. Ma respiration est saccadée, trahissant la frustration palpable qui irradie tout mon corps. Mes jambes se tendent et se détendent sur les coussins, cherchant en vain une position qui soulagerait l'ardeur de mon bas-ventre. Je marmonne des protestations inaudibles, exigeant presque d'un ton d'enfant gâté que Milo revienne sur sa décision et m'aide à terminer ce que nous avons si intensément commencé.
Mais Milo, qui s'est remis debout avec assurance au bord du meuble, campe sur ses positions avec un mélange de fermeté et d'affection non dissimulée. Il croise les bras à son tour, secouant vigoureusement la tête pour jouer son rôle d'intraitable et protecteur :
— Non, non, c'est mort, Milo, c'est pour ton bien, tu le sais très bien, tranche Dan d'une voix sans appel. Tu dois te reposer, ton corps a besoin de récupérer et de rester tranquille après toutes ces émotions.
Voyant qu'il ne cède pas d'un pouce, je décide de passer à la vitesse supérieure. Je fais ostensiblement la tête, boudant pour de bon, et tourne théâtralement mon visage de l'autre côté, fixant le dossier du canapé avec une exagération comique. Mais cette moue boudeuse cache mal mon désarroi charnel.
Amusé par cette comédie enfantine, Dan laisse échapper un soupir attendri. Il se penche au-dessus de moi, rompant la distance, et vient plaquer son torse contre le mien. Il glisse ses bras autour de mon cou, m'embrassant tendrement dans le creux de la nuque tout en promenant ses paumes le long de mes flancs pour m'apaiser.
Sauf que je suis encore complètement nu de la taille aux pieds, abandonné au milieu des coussins, et que je tiens obstinément ma verge bien dure, chaude et frémissante dans ma main. Incapable de redescendre en pression, prisonnier d'une tension nerveuse intenable, je profite de cette proximité pour me caresser lentement sous ses yeux. Mes doigts glissent avec une fluidité experte le long de ma hampe gorgée de sang, pressant la base, massant mes testicules alourdis par le désir, dans un va-et-vient rythmé et provocateur. J'arque subtilement le bassin à chaque effleurement, cherchant à piéger Dan dans mes filets, multipliant les soupirs sensuels et les regards en coin pour le supplier silencieusement de capituler.
Se dégageant doucement mais fermement de cette étreinte pour ne pas céder à la tentation, Dan pose les mains sur ses propres hanches, esquissant une grimace de résistance, et change radicalement de sujet pour tenter de reprendre le contrôle :
— Bon, trêve de plaisanterie, il va falloir que j'aille faire quelques courses. Il n'y a plus rien dans le frigo pour le déjeuner, le dîner de ce soir est à planifier, et il n'y a même plus de quoi se faire un café demain matin.
À ces mots, je refuse catégoriquement l'idée de rester seul, abandonné à ma frustration dans l'appartement pendant qu'il s'active dehors. Je m'empresse de me redresser à moitié sur les coudes, m'exclamant avec véhémence que je viens avec lui, peu importe mon état.
— Non, tu as besoin de te reposer, de rester au calme, réplique Dan d'un ton sec mais affectueux, essayant de masquer le trouble que lui cause le spectacle de mon corps nu et en érection.
Je soupire alors, exaspéré au dernier degré, en agitant théâtralement ma main libre dans les airs, abandonnant un instant ma propre caresse pour mieux appuyer mon désespoir :
— J'en ai marre ! J'en ai plus que marre ! J'ai besoin de prendre l'air, de bouger, et en plus tu ne veux même pas t'occuper de moi, tu me laisses en plan au milieu du gué ! C'est inhumain !
Tout en prononçant cette diatribe théâtrale, je suis toujours allongé là, totalement dévêtu, ma magnifique érection bien en vue, brandissant ma main de manière dramatique pour attirer l'attention sur mon supplice. Je remets ostensiblement ma main sur mon sexe, le massant d'un geste circulaire, provocant, le regard planté dans les yeux de Dan avec une intensité torride.
Dan soupire bruyamment, un son long et perçant, se mordant nerveusement la lèvre inférieure pour s'empêcher de craquer.
— Arrête de faire l'enfant et range-moi ça, c'est ridicule... lâche-t-il en levant les yeux au ciel, bien que sa voix trahisse un trouble évident.
Mais doté d'un sens aigu de l'observation et connaissant par cœur les moindres recoins de ses expressions, je perçois immédiatement l'envie profondément cachée derrière ce faux sérieux et cette façade rigide. Un sourire narquois illumine mon visage, et je redouble de lents mouvements de va-et-vient sur ma propre chair pour achever de le convaincre.
Un sourire en coin, trahi par l'évidence, finit par échapper à Dan. Incapable de lutter plus longtemps contre cette obstination irrésistible, il lève les mains en signe d'abandon total, capitulant face à tant d'efforts :
— Ok, d'accord, tu gagnes, tu viens avec moi. Mais attention : tu marches à mon rythme, et tu me le dis tout de suite si la fatigue ou un vertige pointe le bout de son nez, c'est compris ? Pas question de faire l'idiot dehors.
Soulagé d'avoir obtenu gain de cause, je laisse échapper un rire triomphant, bien que mon corps soit encore tout entier frissonnant de désir inassouvi. Il me faut désormais m'habiller pour affronter le monde extérieur.
Pour moi, la préparation vestimentaire est un véritable parcours du combattant entre ma peau sensibilisée et ma hâte d'en découdre. J'enfile d'abord un shorty en coton ultra-doux qui emprisonne ma virilité encore frémissante, m'obligeant à serrer les dents au contact du tissu, puis je glisse mes jambes dans un short léger et ample. Pour le haut, je choisis un débardeur près du corps qui met en valeur ma musculature, avant de chausser mes baskets fétiches.
Pendant ce temps, Dan est déjà fin prêt, ajustant ses propres vêtements avec une efficacité calme, jetant un dernier coup d'œil circulaire dans l'appartement pour s'assurer que tout est en ordre.
Nous quittons l'appartement pour nous engager dans le couloir, le cœur battant un peu plus vite, avant de descendre vers le garage. Nous nous installons enfin dans la voiture de Dan. C'est lui qui prend le volant pour ce tout premier trajet de reconquête, veillant à conduire avec une douceur exemplaire, passant les vitesses avec une souplesse calculée pour ne brusquer ni mes muscles encore tendus ni mon esprit en alerte.
Arrivés sur le parking bondé du supermarché, l'atmosphère change brutalement. L'ambiance devient électrique, presque agressive. Dan coupe le moteur et inspire profondément, sentant l'appréhension monter en moi, une vague de froid qui me noue l'estomac. En descendant du véhicule, je viens instinctivement glisser ma main sous son bras et je m'y accroche comme un naufragé à sa bouée de sauvetage. Ses doigts se referment fermement sur les miens, me serrant contre lui. Je sens son corps solide, rassurant, mais je perçois aussi qu'il est un peu plus rigide qu'à l'accoutumée, conscient du défi que représente cette incursion dans le monde extérieur pour moi.
— Tout va bien aller, ne t'en fais pas, y a beaucoup de monde mais je suis là, ne lâche pas mon bras, murmure-t-il près de mon oreille pour m'encourager face à la foule invisible qui se trouve autour de nous.
Dès les portes automatiques franchies, un véritable raz-de-marée sensoriel s'abat sur moi. Habitué à tout contrôler visuellement, à anticiper chaque obstacle d'un simple regard, je dois maintenant décoder le monde à l'aveugle, prisonnier d'un noir absolu où chaque sens est mis à rude épreuve.
Mon ouïe, exacerbée par la panique, est agressée de toutes parts. Je perçois le brouhaha étouffé des conversations croisées qui résonnent sur le carrelage, le crissement strident et insupportable des roues en plastique de chariots surchargés qui défilent trop près de mes jambes, les bruits métalliques de boîtes de conserve qu'on empile, et les annonces au micro d'un haut-parleur lointain, dont les ondes résonnent dans les hauteurs du plafond en me donnant des vertiges.
Mon odorat est instantanément submergé par des vagues d'air chaud et d'odeurs violemment mêlées : l'effluve lourde et réconfortante du pain chaud et des viennoiseries de la boulangerie intégrée à l'entrée, le parfum synthétique, presque chimique, des rayons de produits d'entretien et de lessive qui me pique le nez, puis, plus loin, l'odeur fraîche et sucrée des fruits et légumes étalés.
Mon toucher, quant à lui, est en quête permanente de repères. Contre le bras de Dan, je me laisse guider pas à pas, mes pieds tâtonnant sur le sol lisse, redoutant à chaque seconde de trébucher ou de bousculer quelqu'un. De son autre main, Dan attrape un panier en plastique rouge dont l'anse en métal froid frotte contre ses doigts, un détail que je perçois à travers la proximité de nos corps. Il me décrit chaque rayon d'une voix basse, posée, presque mélodieuse, agissant comme mon repère absolu, mon phare au milieu de ce chaos assourdissant. Chaque frôlement de client distrait qui passe trop près me fait sursauter, ma tension nerveuse se traduisant par des micro-crispations musculaires dans tout mon bras et mes épaules.
Au bout de trente minutes à zigzaguer entre les gondoles, sentant ma crispation s'accentuer dangereusement face à l'affluence compacte de ce samedi après-midi, Milo décide de changer habilement de sujet pour détourner mon esprit de ce stress étouffant. Tout en attrapant une boîte de conserve au pif sur une étagère avant que je ne puisse l'orienter, il lance d'un ton faussement détaché :
— Dis... Tu devrais vraiment repenser à ce que disait Stéphane tout à l'heure. Reprendre le tennis, y réfléchir sérieusement. Tu étais l'un des meilleurs de ta génération, ce serait bête de tout abandonner comme ça sur un coup de tête ou par peur.
À ces mots, je m'arrête net au milieu de l'allée, manquant de bousculer un présentoir de chips qui bascule légèrement sous mon coude. Mon cœur rate un battement, et ma voix tremble, traversée par un doute abyssal et une colère sourde :
— Mais comment tu veux que je fasse ça ? C'est absurde ! Ça va être beaucoup trop dur, je ne vois même plus la balle, je suis incapable de situer le terrain, je vais être ridicule !
Dan pivote immédiatement vers moi, posant sa main libre bien à plat sur mon torse, juste au niveau de mon cœur qui tambourbe, pour capter toute mon attention et ancrer ma panique. Sa voix se fait grave, chaude, emplie d'une conviction absolue qui me transperce :
— Il faudra tout réapprendre, oui, je ne te mens pas. Être ultra-attentif à tous les sons, repérer les rebonds à l'oreille, te surpasser... Mais je sais de quoi tu es capable, Milo. Tu as le mental, tu as la technique gravée dans le sang. Tu vas y arriver, j'en suis persuadé.
Une heure complète s'écoule ainsi, suspendue entre le choix laborieux des produits frais guidé par ses mains expertes, le passage en caisse géré d'une main de maître par Dan qui m'isola au maximum de la cohue, et le retour vers la voiture avec les sacs lourds de provisions.
De retour dans l'appartement, l'air familier et silencieux m'enveloppe à nouveau, apaisant instantanément mes sens meurtris. Alors que nous commençons à ranger les courses dans la cuisine, je m'arrête au milieu de la pièce, cherchant Dan à tâtons avec mes mains pour le trouver, guidé par la chaleur de sa présence. Mes paumes rencontrent ses épaules, glissent le long de ses bras jusqu'à ses mains, et j'esquisse un sourire résigné mais lumineux, balayant mes dernières résistances.
— Bon... Très bien, je suis d'accord. Je veux bien tout réapprendre et accepter de reprendre le tennis, j'arrête de faire l'enfant, avoué-je enfin, vaincu par la bienveillance, la patience et la force de persuasion inébranlable de mon compagnon.
Dan lâche ce qu'il tient, le cœur battant, et un large sourire illumine son visage. Il m'attrape par les mains et me demande immédiatement, les yeux brillants d'excitation :
— Tu as le numéro de Stéphane sur ton téléphone ? Appelle-le tout de suite, sur haut-parleur, il faut qu'on lui annonce avant que tu ne changes d'avis !
En quelques secondes, le numéro est composé. En entendant la voix de Stéphane résonner haut et fort sur le haut-parleur du mobile posé sur la table de la cuisine pour valider mon inscription aux entraînements adaptés, l'émotion atteint son paroxysme en moi. Une vague de soulagement et d'adrénaline me submerge, me faisant presque vaciller sur mes jambes.
Une fois l'appel raccroché sur ces bonnes nouvelles et le téléphone posé, je ne tiens plus en place. Je me blottis immédiatement contre Dan, enfouissant mon visage dans le creux de son cou pour un long baiser tendre, profond et passionné, chargé de toute la peur que je viens de surmonter, de la tension de la sortie et de cet espoir enfin retrouvé. Nos lèvres se découvrent avec une urgence renouvelée, scellant ce pacte silencieux.
En se détachant doucement pour reprendre son souffle, Dan remarque les traits de mon visage, tirés par la fatigue accumulée de cette journée riche en émotions. Jouant pleinement son rôle protecteur et prévenant, il m'attrape par les coudes et m'entraîne avec une infinie douceur vers le salon. Il m'installe à nouveau confortablement sur le canapé relax, remettant un coussin sous ma tête et un plaid sur mes jambes, veillant à ce que je me repose profondément pendant qu'il va s'affairer en cuisine pour préparer notre déjeuner.
Alors que Dan s'affaire dans la cuisine, ses mains s'agitant avec une efficacité silencieuse entre les casseroles pour finir la préparation du repas, son téléphone portable se met soudainement à vibrer et à sonner de manière insistante sur le plan de travail en inox. Le son strident résonne dans la pièce, brisant le calme ouaté de l'appartement. Assis dans le salon, l'oreille aux aguets dans ce silence que ma cécité a rendu si perçant, je sursaute légèrement à ces notes électroniques familières. J'entends les pas rapides de Dan qui s'essuie rapidement les mains à la hâte sur un torchon propre avant de décrocher d'un geste sec, portant l'appareil à son oreille.
D'où je suis, tendu et concentré sur le moindre de ses souffles, je perçois le timbre de sa voix, d'abord interrogatif, puis s'adoucissant au fil des secondes.
— Oui, bonjour... Ah, d'accord, je comprends... murmure-t-il, un pli d'attention creusant son front.
Je tends l'ouïe, essayant de décoder chaque intonation, chaque hésitation à travers les courts silences qu'il marque pour écouter son interlocuteur invisible. Ses réponses fusent, mesurées, révélant peu à peu la tournure de l'échange :
— C'est vrai ? C'est formidable... Oui, tout à fait, nous serons disponibles... 15h30 cet après-midi, c'est bien ça ? Parfait, on ne rate ça pour rien au monde. Merci beaucoup, au revoir.
Dan raccroche aussitôt, l'esprit déjà tourné vers les implications de cette nouvelle, avant de se replonger immédiatement dans ses casseroles pour finaliser la cuisson, me laissant dans l'ignorance de ce qui vient de se tramer.
Quelques minutes plus tard, la table est dressée avec soin. Dan sert le déjeuner qu'il a méticuleusement composé, s'étant préalablement renseigné avec précision sur les apports nutritionnels idéaux pour soutenir la vitalité physique et sensorielle de son compagnon : un pavé de saumon rôti à la perfection, à la chair tendre et nacrée, riche en oméga-3 bénéfiques pour l'acuité et l'influx nerveux, accompagné d'un quinoa fondant aux petits légumes de saison ciselés finement et de lamelles d'avocat fraîches et onctueuses.
Il vient me chercher dans le salon, me guidant délicatement par la main, et m'installe confortablement sur ma chaise. Avec une patience infinie, il positionne mon assiette bien en face de moi, saisit mes doigts pour les poser un instant sur le rebord afin que je repère mes limites, puis me décrit avec une minutie chirurgicale la disposition exacte des aliments :
— Le saumon est juste en bas à droite de ton assiette, le quinoa tiède est regroupé au centre, et les lamelles d'avocat sont alignées sur le côté gauche, m'explique-t-il d'une voix basse, posée et enveloppante.
Grâce à cette cartographie verbale précise, je peux manger de manière totalement autonome, mes sens gustatifs s'éveillant au contact de ces saveurs délicates qui redonnent de l'énergie à mon organisme.
Entre deux bouchées, alors que je savoure la texture fondante du saumon et la douceur du quinoa, Dan s'assoit enfin sur la chaise en face de moi, posant ses coudes sur la table. Il m'observe un instant avec tendresse avant de prendre la parole d'une voix douce, presque hésitante :
— Au fait... J'ai eu ton médecin traitant à l'instant pendant que je cuisinais. Il y a eu un désistement de dernière heure pour cet après-midi, et ils peuvent nous recevoir à 15h30 précises pour lancer enfin la prescription de ta canne blanche.
À cette annonce, je m'arrête net de mâcher une fraction de seconde, le souffle coupé. Une vague d'appréhension glacée me traverse l'estomac, mêlée à une immense vague de soulagement. Je fixe le vide devant moi, mes paupières closes sur mon monde ténébreux, tandis que mon esprit pèse le pour et le contre de cette étape cruciale qui matérialisera un peu plus mon handicap aux yeux du monde. J'esquisse finalement un léger soupir, lourd de sens, avant de hocher la tête avec un mélange de stress, d'acceptation et de résignation constructive :
— D'accord... C'est une excellente nouvelle, même si ça fait bizarre d'y penser. On y va, on ne va pas rater ça.
Une fois les dernières touches du pavé de saumon et du quinoa avalées, Dan débarrasse la table à toute vitesse avec une efficacité redoutable pendant que je bois mon café brûlant, tâchant de stabiliser mes pensées. En jetant un œil à l'horloge murale, Dan s'exclame d'un ton à la fois pressé et enjoint :
— Allez, on y va, on ne veut pas louper le coche pour le médecin, chaque minute compte.
Il m'aide à me lever de table, me tend ma veste légère et mes baskets, et s'accroupit un instant pour veiller à ce que je sois parfaitement chaussé et lacer mes lacets avant de me guider vers la porte d'entrée. Le trajet en voiture jusqu'au cabinet du docteur Vivanco se fait rapidement dans les rues de la ville, Dan veillant constamment à me rassurer d'une main chaude, ferme et posée sur ma cuisse à chaque feu rouge ou ralentissement pour dissiper mes dernières crispations.
Installés dans le cabinet feutré du docteur Vivanco, le médecin procède d'abord à un examen clinique complet de la vision — s'appuyant rigoureusement sur le bilan récent de mon ophtalmologiste posé sur son bureau — pour attester officiellement de l'aggravation de ma cécité et justifier médicalement l'acquisition indispensable d'une aide à la locomotion. Le docteur rédige ensuite la prescription médicale réglementaire : l'ordonnance de la canne, où il indique clairement l'intitulé exact et réglementaire (« Achat d'une canne blanche de déplacement ») répondant aux normes strictes de la LPP (Liste des Produits et Prestations) pour garantir la meilleure prise en charge financière possible par la Sécurité sociale et notre mutuelle complémentaire. Conscient qu'une canne ne s'utilise pas de manière intuitive et que cela demande un apprentissage technique rigoureux, il rédige simultanément une seconde ordonnance pour un bilan et des séances de rééducation fonctionnelle approfondie avec un instructeur en locomotion ou un ergothérapeute spécialisé.
Avant de nous raccompagner vers la sortie, le docteur Vivanco prend le temps de nous expliquer en détail les démarches à suivre dans les semaines à venir et nous oriente avec précision vers les organismes incontournables. Il évoque d'abord les S.A.A.V.A. (Services d'Accompagnement à l'Autonomie des Déficients Visuels), des structures indispensables qui proposent l'intervention directe à domicile d'instructeurs en locomotion et d'ergothérapeutes pour apprendre les techniques de déplacement sécurisées et adapter notre logement à ma nouvelle condition. Il mentionne également la M.D.P.H. (Maison Départementale des Personnes Handicapées), l'organisme référent indispensable pour déposer un dossier complet de reconnaissance administrative du handicap, solliciter des prestations financières essentielles comme la PCH (Prestation de Compensation du Handicap) afin de financer les aides techniques ou humaines, et obtenir la précieuse carte d'invalidité ou de mobilité inclusion (CMI mention "invalidité" ou "cécité").
Armés de nos ordonnances fraîchement imprimées, nous filons directement dans la foulée dans un grand magasin spécialisé en matériel médical orthopédique. Le vendeur, particulièrement à l'écoute et habitué aux profils atypiques, prend toutes les mesures morphologiques nécessaires, calculant la hauteur idéale de la canne en fonction de ma taille et de mon amplitude de bras. Conscient de mon profil d'ancien sportif de haut niveau qui ne se contentera pas d'une marche passive, il écarte d'emblée les modèles basiques en aluminium : contrairement à une canne de ville classique conçue pour un simple rythme de marche normal, il m'oriente immédiatement vers du matériel haut de gamme, taillé pour la performance et l'exigence physique.
Nous optons ensemble pour une magnifique canne en graphite et fibre de carbone pur. Le carbone apporte une légèreté maximale absolument bluffante tout en étant extrêmement rigide et parfaitement résistant aux torsions violentes, garantissant que le retour tactile — c'est-à-dire les vibrations subtiles perçues dans la paume de la main lorsqu'on effleure un obstacle, un mur ou le sol — est d'une qualité infiniment supérieure à l'aluminium traditionnel. Pour couronner le tout, le vendeur nous conseille sur les embouts adaptés à la vitesse et aux mouvements amples : nous choisissons un embout roulant sphérique (en forme de bille) qui permet de faire glisser la canne à un rythme rapide sans qu'elle ne vienne jamais bloquer dans les aspérités du bitume ou les joints de dallage, ainsi qu'un embout "marshmallow", ce gros embout souple et large extrêmement apprécié pour balayer de manière fluide, ample et rapide d'un côté à l'autre en minimisant drastiquement les frottements et la fatigue musculaire.
De retour à l'appartement, l'esprit encore lourd et saturé de toutes ces informations techniques, administratives et médicales, Dan ne perd pas une seule minute pour concrétiser cette dynamique positive. Il s'installe aussitôt au bureau de la pièce à vivre, sort son carnet et son téléphone, et prend les rendez-vous indispensables avec les deux organismes clés : le premier intervenant du SAAVA se déplacera directement à notre domicile dès le lendemain matin à 10h45 pour le premier bilan de locomotion, suivi par l'entame des démarches pour le dossier de la MDPH calée dès 14h l'après-midi.
Une fois les coups de fil passés et les créneaux validés, la pression retombe d'un coup dans l'appartement. Milo vient s'installer tout contre moi sur le canapé du salon, cherchant ma chaleur. Il passe un bras protecteur et puissant autour de mes épaules, m'attirant contre son torse, et enfouit son visage dans le creux de mon cou pour un moment de tendresse d'une intensité rare. Ses lèvres s'attardent sur ma peau, tandis qu'il souffle des mots doux, encourageants et profondément aimants pour apaiser les dernières tensions et l'anxiété accumulée de cette journée si bouleversante, scellant notre union dans ce cocon de paix retrouvé.
Blotti contre moi sur le canapé moelleux, le corps encore tiédi par l'émotion de cette journée exténuante, Milo me serre doucement contre lui. Je tourne lentement la tête vers sa voix, guidé par son souffle et par la chaleur de son corps que mon monde totalement noir et aveugle perçoit avec une acuité absolue, et je pose une main tremblante de gratitude infinie sur sa joue. Mes doigts effleurent ses traits familiers — la ligne de sa mâchoire, la commissure de ses lèvres, le grain si particulier de sa peau qu'ils ont appris par cœur — avec une infinie et délicate tendresse. Ma voix, empreinte d'une émotion vibrante et voilée par les larmes contenues, rompt le silence ouaté du salon :
— Dan... Je ne te remercierai jamais assez pour tout ce que tu fais pour moi... murmure-je, la gorge nouée. Tu me portes, tu m'apportes la lumière et l'équilibre alors que je patauge en plein noir, tu ne m'abandonnes jamais...
Touché en plein cœur par ces mots bruts, Dan retient un souffle tremblant. Il se penche vers moi, ses lèvres venant déposer un baiser d'une infinie douceur sur le front, puis sur mes paupières closes. Mais ce qui ne devait être qu'une simple marque d'affection contenue s'éternise, suspendu dans le temps. La pression de ces derniers mois, la peur du handicap, le soulagement immense de l'après-midi, la fatigue et cet attachement viscéral court-circuitent soudain toutes nos barrières morales. Le baiser s'approfondit de manière imperceptible, devient soudain humide, urgent, vorace, chargé d'un trop-plein d'amour et d'une électricité sourde.
Cette fois-ci, contrairement à d'habitude, Dan n'essaie même plus de freiner cet élan irrépressible. Contre mes lèvres entrouvertes, il souffle, la voix brisée et le souffle court :
— Tu es sûr que tu te sens bien, mon cœur ? Tu es vraiment sûr de toi ?
Je frissonne de tout mon être, mes mains s'ancrant immédiatement avec force et ferveur dans ses cheveux épais pour l'attirer plus près encore :
— Je n'ai jamais été aussi bien de toute ma vie... Ne t'arrête pas, je t'en supplie, ne t'arrête pas...
Le rythme s'accélère alors dans une danse silencieuse, frénétique et terriblement sensuelle. Dan prend les devants, se redressant à genoux sur les coussins du canapé pour me dépouiller de mes vêtements avec une fébrilité qui me grise. Il attrape le bas de mon débardeur, le fait glisser le long de mon buste, dégage mes épaules et découvre ma poitrine nue avec une lenteur incroyable.
Pendant qu'il me met ainsi à nu, mes mains d'aveugle parcourent frénétiquement et de manière obsessionnelle chaque centimètre carré du corps de Dan. Privé totalement de la vue, mon sens du toucher devient mon unique regard, d'une acuité presque effrayante : mes paumes mémorisent la topographie exacte de son torse, elles caressent le grain moite et chaud de sa peau, suivent la ligne dure de ses muscles abdominaux contractés par l'effort, frôlent chaque vertèbre de sa colonne vertébrale, savourant la texture vibrante et vivante de l'homme qui partage ma vie. En quelques instants suspendus, nos deux corps se retrouvent entièrement nus, offerts l'un à l'autre, offerts aux frissons de la pénombre de la pièce.
Dan se penche à nouveau sur moi, ses lèvres devenant les instruments d'une cartographie charnelle d'une intensité rare, guidées par le désir. Il embrasse mon cou avec voracité, s'attarde langoureusement sur le creux sensible de mes clavicules, avant de faire glisser sa langue brûlante et humide sur mes tétons qui se dressent instantanément sous l'assaut, me faisant cambrer le dos dans un hoquet de surprise et de plaisir. Ses baisers progressent ensuite lentement le long de mon ventre plat, traçant un chemin humide et tiède jusqu'à mon nombril, provoquant des soupirs saccadés et des râles profonds qui s'échappent de ma poitrine.
Enfin, il atteint mon entrejambe. Ma verge, gorgée de sang et d'une rigidité douloureuse, commence déjà à laisser s'échapper une fine perle de pré-sperme brillante et épaisse qui glisse le long du gland. Privé totalement de la vue, mon cerveau décuple les informations sensorielles : je perçois chaque effleurement de ses lèvres, chaque souffle chaud de sa respiration sur ma peau sensible, chaque vibration de sa voix étouffée avec une clarté presque hallucinatoire. Mon corps tout entier ne forme plus qu'un immense récepteur de plaisir pur, un nerf à vif tendu vers lui.
De ses lèvres expertes, douces et enveloppantes, Dan englobe enfin mon érection dans sa totalité. Il entame une fellation longue, lente, incroyablement immersive, conçue pour me faire totalement perdre pied dans le silence de ma cécité. Il alterne avec une précision machiavélique les mouvements de va-et-vient rythmés, profonds et mesurés, et les caresses circulaires de sa langue rugueuse sur mon gland rendu hypersensible.
Chaque inspiration de Dan, chaque raclement de gorge étouffé, chaque bruit de salive résonne dans mon esprit comme une symphonie charnelle obsédante. Incapable de voir venir ses gestes, je suis totalement livré à ses mains et à sa bouche, dépendant de ses moindres mouvements. Je cambre instinctivement et convulsivement le bassin, mes mains agrippant fermement les accoudoirs et les coussins du canapé tandis que des gémissements rauques, continus et déchirants s'échappent de ma gorge, trahissant l'immense intensité de la transe dans laquelle je m'enfonce.
Après de longues minutes de ce délice buccal, se redressant lentement avec un soupir haletant, le souffle court et les muscles tendus par un désir incandescent, Dan vient se placer à cheval au-dessus de moi, s'asseyant directement et lourdement sur mes cuisses. Il récupère un peu de sa propre salive pour lubrifier abondamment son bas-ventre et ses doigts, puis vient guider ma verge bien dure et frémissante contre son petit trou déjà moite et entrouvert.
Avec une lenteur exquise, retenant son propre souffle, il se pose délicatement sur moi, s'ouvrant peu à peu, millimètre par millimètre, pour laisser pénétrer toute la chaleur, la pulsation et la rigidité de mon membre en lui. Je sens ses parois intérieures se détendre et l'envelopper, une étreinte charnelle si serrée qu'elle m'arrache un cri sourd.
Une fois parfaitement emboîtés l'un dans l'autre, c'est Dan qui prend totalement le contrôle de la cadence. Il commence à onduler des hanches, s'élevant et redescendant en un balancement fluide, régulier et parfaitement maîtrisé. De mon côté, les mains posées fermement sur ses hanches fines, je l'accompagne et le guide à mon tour, accentuant chaque poussée de mon bassin selon le rythme saccadé de nos respirations entremêlées. Nos peaux se frottent et se heurtent dans un bruit moite, chaud et sourd, amplifiant la frénésie de l'acte.
Le rythme s'emballe peu à peu, dicté par les halètements de plus en plus pressants de Dan et par mes propres grognements sourds qui résonnent dans le silence de l'appartement. Sentant l'onde de choc suprême, lourde et irrépressible, monter du plus profond de mon être vers mon bas-ventre, je resserre mes doigts de toutes mes forces sur ses hanches, le bloquant fermement contre moi pour un ultime mouvement d'une profondeur abyssale.
Dans un cri rauque et sauvage, je hurle mon plaisir, mon corps tout entier secoué par de violents spasmes incontrôlables alors que j'éjacule massivement, envoyant toute ma lave brûlante au plus profond de lui. Dans un souffle d'abandon total, le corps brisé par l'intensité de sa propre jouissance, Dan s'effondre contre ma poitrine, le souffle court et les muscles relâchés.
Sans perdre une seule seconde, l'attrapant vigoureusement par les épaules, je l'attire à moi avec une force désespérée pour écraser nos bouches dans un baiser long, éperdu, salé et haletant. Nos fronts collés, baignés de sueur, partagés entre les soupirs, les rires étouffés et les larmes de soulagement, nous restons immobiles sur le canapé, enlacés dans une tendresse fusionnelle absolue où le monde extérieur, avec sa cécité, ses doutes et ses rendez-vous médicaux, a définitivement cessé d'exister.
Fin du chapitre 11.
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