Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'éveil dans l'obscurité — Chapitre 23
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'éveil dans l'obscurité
Chapitre 23
Chapitre 23
La balle sonore tinte une première fois dans la main de mon adversaire.
Je me place. Les pieds bien ancrés sur les lignes tactiles. La raquette légère dans ma main droite. L'air de la salle vibre déjà d'attente. Je sens la présence de Dan juste derrière la ligne, à quelques mètres seulement. Sa respiration, même lointaine, me parvient comme un fil invisible.
Je me place. Les pieds bien ancrés sur les lignes tactiles. La raquette légère dans ma main droite. L'air de la salle vibre déjà d'attente. Je sens la présence de Dan juste derrière la ligne, à quelques mètres seulement. Sa respiration, même lointaine, me parvient comme un fil invisible.
Le service arrive.
Je l'entends parfaitement. Le sifflement court, la hauteur, la vitesse. Mon bras se lève sans que j'y pense. Le contact est net. La balle repart en croisé, profonde. Un silence d'une fraction de seconde, puis le bruit du filet. 15-0.
Je l'entends parfaitement. Le sifflement court, la hauteur, la vitesse. Mon bras se lève sans que j'y pense. Le contact est net. La balle repart en croisé, profonde. Un silence d'une fraction de seconde, puis le bruit du filet. 15-0.
Le public réagit. Un murmure qui monte. Je ne souris pas. Je me replace.
Deuxième point. Même schéma. Service un peu plus long. Je le prends plus tôt. Coup droit long de ligne. La balle tinte contre le grillage derrière mon adversaire. 30-0.
Deuxième point. Même schéma. Service un peu plus long. Je le prends plus tôt. Coup droit long de ligne. La balle tinte contre le grillage derrière mon adversaire. 30-0.
Dan ne bouge pas. Je le sens immobile, concentré. Sa présence me calme plus que n'importe quel conseil de Lucas.
Le troisième point est plus disputé. Mon adversaire tente un amorti. Je l'entends trop tard. Je plonge. La raquette touche juste. La balle repasse. Il la rate. 40-0.
Jeu.
Le reste du premier set se déroule comme une évidence. Je ne force presque pas. Mon oreille est ultra-précise aujourd'hui. Chaque rebond me parle. Chaque déplacement de mon adversaire laisse un bruit de semelle que je décrypte instantanément. Je gagne le set 6-1 en vingt-deux minutes.
Le reste du premier set se déroule comme une évidence. Je ne force presque pas. Mon oreille est ultra-précise aujourd'hui. Chaque rebond me parle. Chaque déplacement de mon adversaire laisse un bruit de semelle que je décrypte instantanément. Je gagne le set 6-1 en vingt-deux minutes.
Dans le changement de côté, Dan reste à sa place. Il ne s'approche pas. Les caméras sont trop nombreuses. À la place, j'entends sa voix très basse, juste assez forte pour que je la capte :
— Tu es parfait. Continue comme ça.
L'eau que le ramasseur me tend a presque le goût de sa présence.
Le deuxième set commence. Mon adversaire change de stratégie. Il ralentit, cherche à me faire douter. Ça ne marche pas. Je reste patient. Je le fais courir. Chaque échange dure un peu plus longtemps, mais je les termine tous. Un lob parfait. Un passing sur le revers. Un service gagnant sur la ligne. 6-2.
Le deuxième set commence. Mon adversaire change de stratégie. Il ralentit, cherche à me faire douter. Ça ne marche pas. Je reste patient. Je le fais courir. Chaque échange dure un peu plus longtemps, mais je les termine tous. Un lob parfait. Un passing sur le revers. Un service gagnant sur la ligne. 6-2.
Quand le dernier point tombe, le public se lève. Les applaudissements sont un mur de son qui m'enveloppe. Je reste un instant immobile, raquette baissée, le souffle un peu court. Puis je tends la main vers le filet. Mon adversaire la serre brièvement.
Je quitte le court seul, guidé par l'officiel qui me prend discrètement le coude. Les caméras cliquettent. Les voix s'élèvent. Je marche droit, canne dans une main, raquette dans l'autre, le visage neutre. Je sais que Dan me suit à distance, sans se faire remarquer.
Dans le tunnel, l'air devient plus frais. C'est là que je sens enfin sa présence se rapprocher. Sa main trouve brièvement le bas de mon dos, un contact rapide, presque invisible.
— Je suis là, murmure-t-il.
Je hoche à peine la tête.
La zone mixte est juste après. L'air y est plus confiné, chargé de parfums, de sueur et de microphones. Plusieurs journalistes se pressent. Stéphane est déjà en place pour filtrer. Dan reste un demi-pas derrière moi, suffisamment proche pour que je le sente, suffisamment en retrait pour ne pas attirer l'attention.
La zone mixte est juste après. L'air y est plus confiné, chargé de parfums, de sueur et de microphones. Plusieurs journalistes se pressent. Stéphane est déjà en place pour filtrer. Dan reste un demi-pas derrière moi, suffisamment proche pour que je le sente, suffisamment en retrait pour ne pas attirer l'attention.
— Milo, félicitations. Un match très maîtrisé. Comment expliquez-vous cette domination dès le premier set ?
Ma voix est encore un peu rauque.
— L'acoustique de la salle m'a tout de suite parlé. J'ai trouvé le rythme dès les premiers points. Et j'étais… bien préparé.
— Est-ce que vous pensez déjà à la suite du tableau ?
— Un match après l'autre. Rien d'autre.
— Est-ce que vous pensez déjà à la suite du tableau ?
— Un match après l'autre. Rien d'autre.
Quelqu'un insiste :
— And the man who is always with you… will we finally know more about him? (Et l'homme qui est toujours avec vous… saura-t-on enfin plus de choses sur lui ?)
Dan ne réagit pas. Stéphane coupe poliment. On nous laisse passer.
Nous rejoignons la zone médicale. L'odeur de baume et de froid m'accueille. Le kiné de l'équipe me fait asseoir. Dan s'installe juste à côté de moi, sur une chaise, toujours discret. Pendant que le kiné travaille mon épaule droite, puis mon genou gauche, Dan tient ma main libre sous la table, à l'abri des regards. Ses pouces dessinent de petits cercles sur mon poignet. Le kiné commente :
Nous rejoignons la zone médicale. L'odeur de baume et de froid m'accueille. Le kiné de l'équipe me fait asseoir. Dan s'installe juste à côté de moi, sur une chaise, toujours discret. Pendant que le kiné travaille mon épaule droite, puis mon genou gauche, Dan tient ma main libre sous la table, à l'abri des regards. Ses pouces dessinent de petits cercles sur mon poignet. Le kiné commente :
— Rien de grave. Juste de la tension. On étire bien et on hydrate.
Dan me tend la bouteille sans un mot. Je bois lentement. L'eau est fraîche. Sa présence me détend plus que les étirements.
Ensuite vient le débriefing.
Lucas nous attend dans une petite salle à l'écart. Stéphane est déjà là, ordinateur ouvert. Dan s'assoit à ma droite, épaule contre la mienne. Lucas parle d'abord technique :
Lucas nous attend dans une petite salle à l'écart. Stéphane est déjà là, ordinateur ouvert. Dan s'assoit à ma droite, épaule contre la mienne. Lucas parle d'abord technique :
— Service excellent. Timing parfait sur les retours. Tu as été très patient dans le second set. C'est exactement ce qu'il fallait.
Stéphane enchaîne sur le tableau. Mon prochain match est dans deux jours. Une demi-finale potentielle si tout se passe bien. Dan n'intervient pas, mais sa main reste posée sur mon genou sous la table. Chaque fois que la conversation devient trop stratégique, trop lointaine, ses doigts se resserrent légèrement. Je reviens dans mon corps.
La restauration se fait dans un espace réservé aux athlètes. L'odeur de riz, de poulet et de légumes grillés emplit l'air. Dan compose mon assiette sans que j'aie besoin de demander. Il sait exactement ce que je peux digérer après un match. On mange côte à côte. Ses genoux touchent les miens sous la table. De temps en temps, il me glisse un morceau de pain ou me rapproche mon verre d'eau. Les autres membres de l'équipe parlent fort autour de nous. Nous, on reste dans une bulle discrète.
Quand on se lève pour rentrer à l'hôtel, Dan prend mon sac d'une main et mon bras de l'autre. Dans le bus, sa cuisse est collée à la mienne. Je pose ma tête contre son épaule. La fatigue arrive enfin, lourde et douce.
Dans la chambre, il referme la porte, active la sécurité, puis m'attire contre lui.
— Tu as été magnifique, murmure-t-il contre mes cheveux.
Je m'accroche à son t-shirt. L'odeur de sa peau, un peu de sueur, un peu de savon, m'apaise complètement.
— Reste près de moi, demandé-je.
— Je ne bouge pas.
— Je ne bouge pas.
Il m'aide à retirer mes chaussures, mon t-shirt technique encore humide. Ses gestes sont lents, respectueux, presque cérémonieux. Ensuite on s'allonge. Sa main retrouve sa place habituelle sur mon ventre. Mon oreille se pose sur son torse. Son cœur bat calmement.
Dehors, Vilnius continue sa journée de fin août. Dedans, il n'y a que le bruit de sa respiration et la certitude tranquille que, quoi qu'il arrive dans les prochains matchs, sa présence restera la seule chose vraiment essentielle.
Les jours qui suivent le premier match s'écoulent dans une routine précise, presque chirurgicale.
Chaque matin, Dan se réveille avant moi. Je le sens bouger à côté de moi dans le lit, le matelas s'enfoncer légèrement, puis sa main trouver mon épaule, descendre le long de mon bras, s'attarder sur mon poignet.
Chaque matin, Dan se réveille avant moi. Je le sens bouger à côté de moi dans le lit, le matelas s'enfoncer légèrement, puis sa main trouver mon épaule, descendre le long de mon bras, s'attarder sur mon poignet.
— Tu as dormi ? demande-t-il tout bas.
— Oui. Grâce à toi.
— Oui. Grâce à toi.
Il m'aide à m'asseoir. Ses gestes sont toujours les mêmes : il me passe le t-shirt technique, vérifie que le col ne me gêne pas, noue mes lacets avec une lenteur attentive. Dans l'ascenseur, sa main reste posée au bas de mon dos, discrète mais présente. Au petit-déjeuner, il compose mon assiette sans que j'aie besoin de parler. Pain, œufs, un peu de fromage, beaucoup d'eau. Ses genoux touchent les miens sous la table.
Le deuxième match a lieu deux jours plus tard.
C'est un huitième de finale. Mon adversaire est plus physique, plus bruyant sur le court. Dès les premiers échanges, je sens qu'il cherche à m'intimider en frappant très fort. Ça ne marche pas. Mon oreille filtre. Je prends la balle plus tôt. Je varie les trajectoires. Au bout de trois jeux, il commence à douter. Je gagne le premier set 6-3, le second 6-2. Quand le dernier point tombe, les applaudissements sont plus nourris que la veille. Je quitte le court seul, guidé par l'officiel. Dan me rejoint dans le tunnel, un contact bref sur mon avant-bras, rien de plus.
C'est un huitième de finale. Mon adversaire est plus physique, plus bruyant sur le court. Dès les premiers échanges, je sens qu'il cherche à m'intimider en frappant très fort. Ça ne marche pas. Mon oreille filtre. Je prends la balle plus tôt. Je varie les trajectoires. Au bout de trois jeux, il commence à douter. Je gagne le premier set 6-3, le second 6-2. Quand le dernier point tombe, les applaudissements sont plus nourris que la veille. Je quitte le court seul, guidé par l'officiel. Dan me rejoint dans le tunnel, un contact bref sur mon avant-bras, rien de plus.
La zone mixte est plus dense. Les questions se répètent. Stéphane filtre. Dan reste en retrait, un demi-pas derrière moi. Personne ne le remarque vraiment. Ou plutôt, tout le monde le remarque, mais personne n'ose plus insister trop fort.
Le soir, dans notre chambre, Dan me masse l'épaule droite avec une huile que le kiné lui a donnée. Ses doigts sont fermes, précis, presque scientifiques. Pourtant chaque pression est chargée d'une tendresse qui me fait fermer les yeux.
— Tu forces trop sur le service, murmure-t-il.
— Je sais. Mais ça passe.
— Je sais. Mais ça passe.
Il dépose un baiser sur mon épaule nue, juste à l'endroit où le muscle est le plus tendu.
— On fera attention.
Ensuite il se glisse dans le lit à côté de moi. Sa main retrouve sa place habituelle sur mon ventre. On s'endort collés, comme chaque nuit depuis notre arrivée à Vilnius.
Le quart de finale arrive trois jours plus tard.
Celui-là est plus long. Mon adversaire est un joueur que je connais de vue… enfin, de son. Un Espagnol, très régulier, qui ne lâche rien. Le premier set se joue en cinquante minutes. Je le prends 7-5. Le second est encore plus serré. À 5-5, je sens la fatigue dans les avant-bras. Dan, derrière la ligne, ne bouge toujours pas. Mais je sais qu'il est là. Sa présence me redonne un souffle. Je gagne le tie-break 7-3. Quand je quitte le court, les jambes me tremblent un peu. Dans le tunnel, Dan glisse sa main sous mon coude et me soutient discrètement jusqu'à la zone médicale.
Celui-là est plus long. Mon adversaire est un joueur que je connais de vue… enfin, de son. Un Espagnol, très régulier, qui ne lâche rien. Le premier set se joue en cinquante minutes. Je le prends 7-5. Le second est encore plus serré. À 5-5, je sens la fatigue dans les avant-bras. Dan, derrière la ligne, ne bouge toujours pas. Mais je sais qu'il est là. Sa présence me redonne un souffle. Je gagne le tie-break 7-3. Quand je quitte le court, les jambes me tremblent un peu. Dans le tunnel, Dan glisse sa main sous mon coude et me soutient discrètement jusqu'à la zone médicale.
Le kiné fronce les sourcils en touchant mon épaule.
— Ça tire. On surveille.
Dan reste assis à côté de moi pendant tout le traitement. Sa main tient la mienne, pouce caressant mon poignet en rythme. Plus tard, dans notre chambre, il me fait allonger sur le ventre et passe de longues minutes à dénouer chaque fibre. Sa voix est basse, presque un murmure permanent.
— Respire. Laisse-moi faire. Je suis là.
Je m'endors sous ses mains, sa chaleur collée à mon flanc.
Puis vient le match avant la finale.
La demi-finale.
Puis vient le match avant la finale.
La demi-finale.
Dès l'échauffement, je sens que quelque chose ne va pas. L'épaule droite répond, mais avec un retard. Une petite alarme sourde à chaque service. Lucas me le fait remarquer.
— Tu baisses l'intensité sur le service. On gère.
Dan, lui, ne dit rien. Mais quand il m'aide à enfiler mon t-shirt dans le vestiaire, ses doigts s'attardent plus longtemps que d'habitude sur mon deltoïde.
Le match commence.
Mon adversaire est solide. Un Allemand, très technique, qui lit parfaitement les trajectoires sonores. Le premier set est un combat. Chaque échange dure. Je dois me déplacer plus, frapper plus tôt, compenser. À 4-4, mon épaule commence à brûler vraiment. Je gagne le set 7-5, mais le prix est déjà payé.
Mon adversaire est solide. Un Allemand, très technique, qui lit parfaitement les trajectoires sonores. Le premier set est un combat. Chaque échange dure. Je dois me déplacer plus, frapper plus tôt, compenser. À 4-4, mon épaule commence à brûler vraiment. Je gagne le set 7-5, mais le prix est déjà payé.
Dans le changement de côté, je sens Dan à sa place habituelle. Il ne s'approche toujours pas. Sa voix, pourtant, me parvient :
— Raccourcis les points. Ne force pas.
Le deuxième set est encore plus dur. À 3-3, la douleur devient nette. Chaque service envoie une décharge jusqu'à la nuque. Je commence à servir à plat, sans effet. Mon adversaire le sent. Il monte au filet plus souvent. Je réponds par des passings. Mes jambes tiennent. Mon oreille tient. Mais l'épaule, elle, se dégrade.
À 5-4 pour moi, service à suivre.
Je me place. La balle sonore tinte dans ma main. Je la lance. Mon bras monte. Le geste part. Et au moment exact où la raquette touche la balle, quelque chose cède. Une brûlure vive, nette, qui traverse tout le haut du bras. La balle part quand même, longue, puissante, gagnante. L'arbitre annonce le point. Le public applaudit.
Je me place. La balle sonore tinte dans ma main. Je la lance. Mon bras monte. Le geste part. Et au moment exact où la raquette touche la balle, quelque chose cède. Une brûlure vive, nette, qui traverse tout le haut du bras. La balle part quand même, longue, puissante, gagnante. L'arbitre annonce le point. Le public applaudit.
Puis le silence tombe presque immédiatement.
Je reste planté au milieu du court, la raquette encore levée, le souffle coupé. La douleur pulse si fort que mon bras se replie tout seul contre mon torse. Un gémissement m'échappe, trop audible. Je plie légèrement les genoux, la main gauche agrippée à l'épaule blessée. La raquette glisse de mes doigts et tombe sur le sol avec un bruit sourd.
Je reste planté au milieu du court, la raquette encore levée, le souffle coupé. La douleur pulse si fort que mon bras se replie tout seul contre mon torse. Un gémissement m'échappe, trop audible. Je plie légèrement les genoux, la main gauche agrippée à l'épaule blessée. La raquette glisse de mes doigts et tombe sur le sol avec un bruit sourd.
Le public a tout vu. Un murmure inquiet se propage dans les gradins. Des voix s'élèvent. L'arbitre se lève. En quelques secondes, l'équipe médicale de la compétition envahit le court. Des pas rapides, des sacs qui s'ouvrent, des voix professionnelles qui me demandent de m'asseoir. On me fait asseoir directement sur le sol du court. Une main professionnelle examine déjà mon épaule. On me pose une poche de glace. Le public est maintenant complètement silencieux, attentif, inquiet.
Je serre les dents. La douleur est vive, publique, impossible à cacher.
Dan ne peut pas monter sur le court. Je le sais. Mais je sens sa présence quelque part derrière la ligne, tendue, impuissante.
Dan ne peut pas monter sur le court. Je le sais. Mais je sens sa présence quelque part derrière la ligne, tendue, impuissante.
L'équipe médicale m'aide à me relever et m'escorte hors du court sous les applaudissements respectueux du public. Dans le tunnel, Dan est déjà là. Cette fois, il ne se cache plus. Sa main trouve immédiatement mon bras valide, avec une délicatesse extrême.
— Je suis là, murmure-t-il. Ne parle pas.
Il reste collé à moi pendant tout le trajet vers la zone médicale plus complète. Le kiné de l'équipe et le médecin de la compétition examinent ensemble. Le visage du médecin se ferme.
— Inflammation importante. Possible micro-déchirure. On glace, on immobilise partiellement, et on décide demain pour la finale.
Dan ne quitte pas ma main une seule seconde. Pendant que l'on me pose une nouvelle poche de glace et qu'on m'installe une attelle légère, il s'assoit face à moi, son front contre le mien.
— Regarde-moi… enfin, écoute-moi, corrige-t-il avec un demi-sourire triste. Tu n'es pas seul. On verra demain. Ensemble.
La douleur est vive, mais sa voix la rend supportable.
Le débriefing avec Lucas et Stéphane est tendu. Ils parlent déjà de forfait possible. Dan reste silencieux, ma main dans la sienne sous la table. Quand on se retrouve enfin dans notre chambre, il me fait asseoir sur le lit et s'agenouille pour retirer mes chaussures. Ses gestes sont d'une lenteur infinie. Ensuite il m'aide à enlever le t-shirt. Quand le tissu glisse sur l'épaule, je grimace. Il s'arrête aussitôt, pose ses lèvres juste à côté de la zone douloureuse, un baiser à peine posé.
Le débriefing avec Lucas et Stéphane est tendu. Ils parlent déjà de forfait possible. Dan reste silencieux, ma main dans la sienne sous la table. Quand on se retrouve enfin dans notre chambre, il me fait asseoir sur le lit et s'agenouille pour retirer mes chaussures. Ses gestes sont d'une lenteur infinie. Ensuite il m'aide à enlever le t-shirt. Quand le tissu glisse sur l'épaule, je grimace. Il s'arrête aussitôt, pose ses lèvres juste à côté de la zone douloureuse, un baiser à peine posé.
— Je suis désolé, souffle-t-il.
— Ce n'est pas de ta faute.
— Ce n'est pas de ta faute.
Il me couche avec une prudence extrême, glisse un oreiller sous mon bras blessé, puis s'allonge contre moi, le plus près possible sans me toucher là où ça fait mal. Sa main libre caresse mes cheveux, encore et encore.
— Tu as gagné, murmure-t-il. Même blessé. Tu as gagné.
Je tourne légèrement la tête vers lui. Nos fronts se touchent.
— J'ai peur pour la finale, avoué-je.
— On verra demain. Ce soir, tu n'as qu'à reposer ta tête ici. Et me laisser m'occuper de toi.
— On verra demain. Ce soir, tu n'as qu'à reposer ta tête ici. Et me laisser m'occuper de toi.
Sa main continue de glisser dans mes cheveux. Sa respiration devient le seul rythme que j'entends. La douleur est toujours là, sourde, menaçante. Mais sa présence, elle, est plus forte.
Dehors, Vilnius s'endort. Dedans, Dan veille à côté de moi, dans notre lit. Et pour la première fois depuis longtemps, je me laisse entièrement aller contre lui, blessé, vainqueur, et complètement à lui.
Le lendemain de la demi-finale, la douleur n'a pas disparu. Elle a juste changé de forme.
Elle est devenue sourde, profonde, installée. Chaque mouvement du bras droit envoie une décharge jusqu'à la nuque. Le kiné de l'équipe m'examine longuement dès huit heures du matin. Ses doigts appuient, testent, comparent. Dan est assis juste à côté de moi, ma main gauche dans la sienne.
Elle est devenue sourde, profonde, installée. Chaque mouvement du bras droit envoie une décharge jusqu'à la nuque. Le kiné de l'équipe m'examine longuement dès huit heures du matin. Ses doigts appuient, testent, comparent. Dan est assis juste à côté de moi, ma main gauche dans la sienne.
Le verdict tombe sans détour.
— Tu ne peux pas jouer la finale. L'inflammation est trop importante. Tu risques une déchirure complète. Il faut arrêter.
Le silence qui suit est lourd. Lucas croise les bras. Stéphane regarde le sol. Dan, lui, ne dit rien. Il attend.
Je secoue la tête.
Je secoue la tête.
— Non.
Le kiné insiste.
— Milo, ce n'est pas une question de courage. C'est une question de carrière. Si tu forces, tu peux tout perdre pour des mois. Peut-être plus.
— Je vais y arriver, dis-je d'une voix calme, presque trop calme. Je ne sais pas comment. Mais je vais y arriver.
— Je vais y arriver, dis-je d'une voix calme, presque trop calme. Je ne sais pas comment. Mais je vais y arriver.
Dan serre ma main plus fort. Ses doigts tremblent légèrement contre les miens. Je tourne le visage vers lui.
— Fais-moi confiance, murmuré-je.
Il inspire profondément, puis acquiesce. Un simple hochement de tête. Mais je sens tout ce qu'il ne dit pas.
L'échauffement de la finale est un cauchemar maîtrisé.
L'échauffement de la finale est un cauchemar maîtrisé.
Je sers à peine. Lucas me fait travailler uniquement le jeu de jambes et les retours. Dan reste en retrait, mais chaque fois que je grimace, sa respiration change. Je l'entends.
Quand on m'annonce sur le court, le public applaudit fort. Trop fort. Ils savent. Tout le monde a vu la scène de la demi-finale. Les caméras sont braquées sur mon épaule droite, encore légèrement immobilisée sous le t-shirt technique.
Quand on m'annonce sur le court, le public applaudit fort. Trop fort. Ils savent. Tout le monde a vu la scène de la demi-finale. Les caméras sont braquées sur mon épaule droite, encore légèrement immobilisée sous le t-shirt technique.
Le match commence.
Les premiers jeux sont un combat purement mental. Je sers à plat, sans puissance, en protégeant l'épaule. Mon adversaire, un Japonais très précis, le sent immédiatement. Il allonge les échanges. Il me fait courir. Chaque coup droit me coûte. Chaque service me fait serrer les dents. Pourtant je tiens. 3-3. Puis 4-4. Puis 5-4 pour lui.
Les premiers jeux sont un combat purement mental. Je sers à plat, sans puissance, en protégeant l'épaule. Mon adversaire, un Japonais très précis, le sent immédiatement. Il allonge les échanges. Il me fait courir. Chaque coup droit me coûte. Chaque service me fait serrer les dents. Pourtant je tiens. 3-3. Puis 4-4. Puis 5-4 pour lui.
C'est à ce moment-là que ça arrive.
Service à 30-40. Balle de break contre moi.
Service à 30-40. Balle de break contre moi.
Je lance la balle. Mon bras droit monte. Le geste part… et le bruit sec n'échappe à personne. Pas même au public retenu au silence dans les gradins. Un craquement net, étouffé par le feutre de la raquette, suivi d'une onde de choc fulgurante qui me laboure l'épaule droite. La douleur me cloue un instant sur place. Je mords ma lèvre jusqu'au sang pour ne pas crier.
C'est la finale. Hors de question d'abandonner si près du but.
En moins de dix secondes, alors que l'arbitre s'enquiert de mon état, ma décision est prise. Je ramasse ma raquette de la main gauche — ma main faible, celle qui n'a jamais tenu l'arme qu'en soutien maladroit.
En moins de dix secondes, alors que l'arbitre s'enquiert de mon état, ma décision est prise. Je ramasse ma raquette de la main gauche — ma main faible, celle qui n'a jamais tenu l'arme qu'en soutien maladroit.
Le premier échange qui suit est un véritable supplice. Ma prise est gauchère, hésitante. L'absence d'automatismes se fait immédiatement sentir sur la balle sonore. Le service suivant frôle le filet, propulsé par un geste mécanique et rigide, totalement dépourvu de puissance. Mais je tiens bon. Chaque frappe de revers inversé résonne comme un défi lancé à mon propre corps. La technique s'efface derrière la pure volonté de survivre point après point.
Dan, derrière la ligne, ne bouge plus. Je sens sa terreur. Sa prière silencieuse.
Je perds le jeu. Puis le set. 6-4 pour lui.
Je perds le jeu. Puis le set. 6-4 pour lui.
Dans le changement de côté, l'arbitre me demande si je peux continuer. Je hoche la tête. Dan, cette fois, s'approche juste assez pour que je l'entende :
— Tu n'es pas obligé…
— Si, soufflé-je. Je suis obligé.
— Si, soufflé-je. Je suis obligé.
Le deuxième set est une guerre d'usure. Je joue presque exclusivement en fond de court, en utilisant ma main gauche comme je peux. Les balles sont moins précises. Moins puissantes. Mais elles passent. Mon adversaire commence à douter. Il force. Il rate. Je reprends le score. 3-3. 4-4. 5-5.
Tie-break.
Chaque point est un arrachement. La douleur a dépassé le stade de la brûlure. C'est maintenant une lame chaude qui tourne en permanence dans l'articulation. Je sers sous le bras, en poussant avec le corps entier. Je retourne en bloquant. Je cours. Je plonge. Je me relève.
Chaque point est un arrachement. La douleur a dépassé le stade de la brûlure. C'est maintenant une lame chaude qui tourne en permanence dans l'articulation. Je sers sous le bras, en poussant avec le corps entier. Je retourne en bloquant. Je cours. Je plonge. Je me relève.
À 6-5 pour moi, balle de match.
Le service adverse arrive. Je le prends de revers gaucher, en priant. La balle passe. Mon adversaire court. Il frappe. La balle sonore tinte trop long. Out.
Le service adverse arrive. Je le prends de revers gaucher, en priant. La balle passe. Mon adversaire court. Il frappe. La balle sonore tinte trop long. Out.
Silence.
Puis l'explosion.
Le public se lève d'un seul bloc. Les cris de mon nom montent comme une vague. J'ai gagné. Champion du monde.
Mais mon corps n'a plus rien à donner.
Puis l'explosion.
Le public se lève d'un seul bloc. Les cris de mon nom montent comme une vague. J'ai gagné. Champion du monde.
Mais mon corps n'a plus rien à donner.
Je reste debout une seconde de trop. Puis mes jambes cèdent. Je m'effondre à genoux sur le court, la raquette glissant de ma main gauche, le bras droit complètement inerte contre mon torse. La douleur est tellement violente que je n'entends plus les applaudissements. Je n'entends plus rien.
L'équipe médicale est sur moi en moins de quinze secondes. Des voix. Des mains. On me pose une poche de glace. On me demande si je peux bouger les doigts. Je secoue la tête. Le médecin de la compétition s'approche.
— On t'emmène aux urgences maintenant.
— Non, arrivé-je à articuler. Le podium. D'abord le podium.
— Non, arrivé-je à articuler. Le podium. D'abord le podium.
Il proteste. J'insiste, la voix brisée mais déterminée. Finalement, il cède sous conditions.
— Ok pour le podium. Mais dès que c'est fini, tu montes dans l'ambulance. Pas de discussion.
Ils me font une injection rapide d'antalgiques. La douleur recule un peu, devient floue, lointaine. On m'immobilise le bras droit contre le thorax avec une attelle rigide et une écharpe de contention très serrée. Le visage me brûle. Je suis blanc, je le sens.
Dan est autorisé à monter. En tant qu'assistant accrédité B1, il a le droit. Il m'agrippe fermement par le coude gauche et me guide à travers les marches de l'estrade. Chaque pas résonne dans ma tête. Le public est debout. Les flashes crépitent.
Quand mon nom est annoncé comme champion du monde, la salle explose. Des cris. Des « Milo ! Milo ! Milo ! » scandés en rythme. Je me tiens droit, le menton relevé, même si chaque fibre de mon corps hurle.
On me passe la médaille autour du cou. L'hymne commence. Je ne l'entends presque pas. Je tourne légèrement la tête vers Dan, qui se tient juste à ma gauche, une main discrète dans mon dos pour me stabiliser.
Mes lèvres bougent. Sans un son.
Je t'aime.
Dan fixe ma bouche. Ses yeux s'emplissent. Il comprend. Autour de nous, les journalistes ont tout vu. Les objectifs se braquent. Les murmures fusent déjà. Mais je m'en moque.
Je t'aime.
Dan fixe ma bouche. Ses yeux s'emplissent. Il comprend. Autour de nous, les journalistes ont tout vu. Les objectifs se braquent. Les murmures fusent déjà. Mais je m'en moque.
Les applaudissements redoublent. Les cris de mon nom deviennent un tonnerre. Des drapeaux français s'agitent. Des voix cassées crient plus fort encore.
Quand la cérémonie s'achève, Dan m'aide à redescendre les marches. À la dernière, mes jambes flanchent à nouveau. Il me rattrape. L'ambulance attend déjà derrière les coulisses.
Dans le véhicule, allongé, le bras immobilisé, les antalgiques qui commencent à peine à vraiment faire effet, je sens sa main tenir la mienne.
— Tu l'as fait, murmure-t-il, la voix brisée d'émotion. Tu l'as vraiment fait.
Je tourne la tête vers lui, même si je ne le vois pas.
— Avec toi, soufflé-je. Seulement avec toi.
Les portes de l'ambulance se referment. Le moteur démarre. Dehors, on entend encore le public scander mon nom.
Et pour la première fois depuis l'accident, au milieu de la douleur la plus atroce que j'aie jamais ressentie, je souris.
Fin du chapitre 23.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()