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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Bi Orientation principale dans ce chapitre

Le carnet de Ninon - tentation — Chapitre 25

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Écriture avec assistance partielle d'une IA — Cette information est librement déclarée par l'auteur, elle n'a pas été vérifiée.

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Le carnet de Ninon - tentation

Chapitre 25

— Ninon

Je les ai entendus.
D’abord la salle de bain. L’eau. Deux corps sous le même jet, je le savais sans le voir. Un rire court de Caro. Un frottement, une main qui glisse sur une peau mouillée. Puis plus rien. Puis leur lit. Le sommier. Le silence qui revient quand on éteint.
J’ai attendu.
Pas longtemps. Assez pour que le body me serre encore aux hanches, pour que l’enveloppe de Normandie, posée sur le bureau, arrête d’être une preuve que je suis sexy et redevienne du papier. Assez pour que ça batte entre mes cuisses, sourd, comme au Manoir, sans les regards des autres pour le tenir.
Ensuite c’est moi qui suis allée sous l’eau.
J’ai ôté le body, le collier, les bas. L’eau a pris le fard, le satin collé, l’odeur du club, l’orange brûlé du Manoir. Derrière les paupières il restait la bouche de Caro, trop longue, et celle de Fred, plus large, surprise. Ses doigts au-dessus de la jupe. Les miens sur le losange lacé.
Je me suis touchée contre le carrelage. Chaude déjà. Glissante. Deux doigts, trop vite, le pouce trop dur. Ça a monté et ça n’est pas allé au bout. L’envie n’était pas dans ma main. Elle était de l’autre côté du couloir, dans une chambre où on avait dit bonne nuit comme des enfants sages.
Je me suis essuyée. Mal. L’intérieur des cuisses encore humide. Je n’ai pas repris de t-shirt. Rien. Nue. Le couloir était tiède. Leur porte, en face, pas tout à fait fermée — elle ne l’est jamais.
J’ai posé la paume sur le bois. Je l’ai retirée. Je l’ai reposée.
J’ai poussé.
La chambre sentait le savon et eux. Peau chaude. Draps. Peu de lumière, la lampe du chevet éteinte. Je n’ai pas bougé. Fred sur le dos, un bras sous sa tête. Caro déjà à moitié endormie, une épaule nue, le drap à la taille, la rose du cou encore visible.
Elle s’est redressée tout de suite.
— Ninon. Ça va ?
Sa voix n’était pas celle du club. Celle de la maison.
— Oui, ai-je dit. Mais je voudrais dormir avec vous.
Elle a regardé Fred. Il s’était soulevé sur un coude. Il a tendu la main vers moi, simplement, comme on dit entre, et il a soulevé la couverture de son côté.
Je me suis glissée au milieu parce que c’était le seul endroit qui ne choisissait personne. Deux chaleurs tout de suite. La couverture. Mes pieds encore mouillés contre leurs jambes. Ma poitrine contre le bras de Caro. Le bas de mon ventre contre la hanche de Fred. Ils étaient aussi nus que moi. On s’est touchés avant de s’embrasser, par accident au début à cause de la proximité.
Personne n’a parlé.
C’est sa bouche que j’ai reconnue en premier. Caro. La même que dans la cabine, la même qu’au Club, plus lente, moins de rire derrière. Lèvres chaudes. Langue. Un goût de dentifrice et d’elle. J’ai ouvert les yeux. Elle avait les yeux ouverts aussi. On s’est regardées de trop près, assez pour que ce soit gênant, assez pour que ce soit précis. Je ne savais pas où mettre mes mains. Elles se sont posées toutes seules : une contre sa nuque, dans les cheveux encore un peu humides, l’autre sur sa taille, la peau nue, la courbe chaude.
Fred a posé sa paume dans le bas de mon dos. Large. Râpeuse. Il l’a laissée glisser jusqu’à la naissance des fesses, sans entrer, juste là, et le simple poids de cette main m’a écarté un peu les cuisses sans que je le décide. J’ai tourné la tête vers lui. Je l’ai embrassé, mon corps tourné vers elle, ma tête vers lui. Sa barbe naissante a râpé ce qui me restait de rouge. Sa bouche n’était pas la sienne. Plus large. Plus affamée. Un autre rythme. J’apprenais les deux en même temps, comme on apprend deux langues le même soir, mal, avec plaisir.
Derrière moi sa poitrine contre mon dos, son sexe tendu contre mes fesses. Devant, les seins de Caro contre les miens, plus lourds, la pointe dure qui froissait la mienne. On s’est frottées sans encore chercher juste. Ventre contre ventre. Poils contre peau. Ma cuisse s’est glissée entre les siennes et j’ai senti qu’elle était déjà ouverte, déjà mouillée, et ça m’a fait quelque chose de bas, de violent, de neuf : elle aussi.
Ce que je découvrais n’était pas un geste. C’était une place. Être au milieu sans être un objet. Sentir Caro contre mon ventre, Fred contre mon dos, et ne plus savoir laquelle des deux peaux me faisait ça, plus bas, cette chaleur qui montait trop vite, cette humidité qui n’était plus seulement la mienne.
La peau de Caro n’était pas celle que j’avais imaginée dans mes dessins. Plus chaude. Une rose au cou sous mes lèvres, salée un peu. Un lotus que mes doigts ont trouvé à l’épaule sans l’avoir cherchés. La phrase dans le dos, je l’ai suivie du bout des ongles, cervicales jusqu’au bas, et sous la dernière lettre il y avait le cœur, à la naissance des fesses, et ma main s’y est arrêtée, ouverte, et Fred a posé la sienne par-dessus la mienne.
On s’est mélangés.
Sa bouche à elle dans mon cou. La sienne à lui dans mes cheveux. Une main de Caro sur mon sein, le pouce qui tourne, lent, jusqu’à ce que ça tire jusqu’au bas du ventre. Une main de Fred plus bas, à l’intérieur de ma cuisse, le pouce qui remonte, qui trouve, qui s’arrête pile où ça bat. Je me suis tendue. J’ai soufflé dans la bouche de Caro. Elle a avalé le souffle.
Caro a glissé plus bas qu’elle n’était jamais allée. Sa bouche dans mon cou, puis à la naissance des seins — elle a pris le droit dans sa bouche, elle a sucé, et j’ai senti ça jusqu’entre les jambes — puis le ventre, la cicatrice minuscule que personne ne voit, puis plus bas encore. L’haleine chaude d’abord, avant la langue. J’ai eu honte une seconde, très courte, le réflexe de refermer les cuisses, et je ne les ai pas refermées. Fred les a tenues, doucement, ouvertes, ses paumes à l’intérieur, et ça m’a fait plus que s’il m’avait pénétrée.
Sa langue n’était pas une langue d’homme. Plus large, plus plate, plus patiente, moins pressée d’arriver quelque part. Elle ne me prenait pas. Elle restait. Elle a léché lentement, de bas en haut, encore, encore, et à chaque passage ça montait d’un cran, un fil tiré depuis le bas du ventre jusqu’à la gorge. J’ai attrapé les cheveux de Fred, au-dessus de moi, pour tenir. Il nous regardait. J’ai vu que ça lui faisait quelque chose au visage, une chose que je n’avais vue ni à la brasserie ni dans le couloir. Sa bite touchait ma hanche, dure, chaude, et je l’ai prise dans la main sans réfléchir, juste pour avoir les trois à la fois : la bouche de Caro, le regard de Fred, ça dans ma paume.
Le plaisir, chez moi, c’était ça : ne plus savoir qui. Le goût de sa bouche encore dans la mienne, et plus bas une autre bouche, et dans ma main lui qui palpitait, et derrière moi plus rien à tenir. J’étais neuve là-dedans. Pas vierge. Neuve. Chaque centimètre avait un nom que je n’avais jamais dit.
Ça a monté par vagues. Petite. Plus large. Encore. Les hanches qui cherchent toutes seules. Le bruit que je faisais, humide, contre sa bouche. Caro a posé un bras en travers de mon ventre pour me garder. Fred a dit tout bas mon prénom, une fois. Sa langue a trouvé le bon endroit et elle y est restée, ferme, régulière, et le fil s’est tendu jusqu’à faire mal.
Quand j’ai joui, ça n’a pas été propre. Ça a tout emporté. Les cuisses. Le ventre. Un cri que j’ai mordu dans l’épaule de Caro, réflexe de ma chambre aux Herbiers. Elle m’a dit : lâche-toi. J’ai ri dans sa peau, bête, cassée, et la vague a fini par à-coups, contre sa bouche, contre les mains de Fred qui me tenaient encore ouverte. Plus longue que celle du carrelage. Moins volée. J’ai senti que je coulais. Elle a tout pris.
Ensuite je les ai regardés se prendre. Trop près pour ne pas tout sentir. La main de Caro autour de mon poignet. Les yeux de Fred qui passaient d’elle à moi. Il est entré en elle d’un coup, lent au début, et j’ai vu le visage de Caro changer, cette chose que je n’avais entendue qu’à travers une porte. J’ai glissé les doigts entre eux, là où leurs ventres se touchaient, jusqu’à sentir où il disparaissait en elle, glissant, chaud, et plus bas elle, ouverte, mouillée de moi encore. Personne n’a retiré ma main. Fred a posé la sienne par-dessus. On tenait ça à trois.
Il n’est pas resté en elle jusqu’au bout. Caro l’a retiré, d’une main, avant. Elle s’est baissée. Je l’ai vue le prendre dans sa bouche, profond, et Fred a dit son prénom à elle, cette fois, le souffle contre rien. Un coup de reins. Elle l’a gardé. Les joues. La gorge. Rien n’a coulé.
Puis elle s’est relevée, lente, la bouche fermée, et elle s’est mise au-dessus de moi.
— Fred l’avait imaginé, tu l’as dessiné et maintenant nous le réalisons.
Je n’ai pas demandé comment elle savait pour le dessin.
Elle s’est penchée. Sa bouche contre la mienne. Elle a ouvert. Le sperme chaud, épais et salé. Le goût de Fred, passé par elle. Un filet a manqué ma lèvre. Elle l’a rattrapé avec la sienne. Je n’ai pas reculé. J’ai avalé. J’ai tendu la langue. Elle m’a tout donné, langue contre langue, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que nous deux à goûter. Fred avait la main ouverte sur mon sexe, encore ouvert, encore sensible. Il ne disait rien, il regardait.
Après, on n’a plus rien fait. Je suis restée au milieu. Une jambe de Caro sur la mienne, humide. Le bras de Fred trop lourd. Entre mes cuisses ça battait encore, plus doux.
Puis plus rien.
— Caro

J’avais entendu la porte de sa chambre, plus tôt. Le clic. Le silence derrière. J’avais pensé : elle va s’endormir. C’est mieux. On lui a trop montré, trop tôt, trop de choses. Il sera toujours temps d’en reparler demain.
L’eau de la douche à nous. Fred contre mon dos. Ses mains savon. Le long des seins. Entre les cuisses, une fois, juste assez pour que ça réveille, pas assez pour que ça demande. Rien de plus. La cape sur le radiateur, ridicule même mouillée dans ma tête. On s’est essuyés. On s’est couchés. J’ai éteint.
Quand la porte a bougé, j’ai su que ce n’était pas lui. Il était déjà là, chaud, le bras sous sa tête. C’était l’autre battant. Le couloir.
Elle était nue. Les cheveux mouillés collés à la nuque. Pas de t-shirt. Les pieds brillants sur le parquet. Les seins hauts, les pointes déjà serrées par le couloir tiède. Vingt-quatre ans, et cette façon de se tenir comme si le seuil pouvait encore la renvoyer. Entre ses cuisses, en passant la lumière, j’ai vu qu’elle n’était pas tout à fait sèche. Magnifique.
— Ninon. Ça va ?
— Oui. Mais je voudrais dormir avec vous.
Dormir. Le mot qu’elle avait choisi. Pas l’autre. J’ai regardé Fred. Il l’a invité à nous rejoindre, et j’ai été reconnaissante qu’il le fasse le premier : pour une fois, ce n’était pas moi qui ouvrais notre lit.
Elle s’est mise au milieu. J’ai senti l’eau froide de ses cheveux sur mon épaule. Sa peau sentait notre gel, le même flacon, et en dessous une autre odeur, la sienne, sa peur, et plus bas quelque chose de chaud déjà, de vivant. Sa poitrine contre la mienne. Sa cuisse entre les miennes dès la première minute, maladroite, et le contact m’a écartée d’un cran.
Je l’avais déjà goûté ce soir et hier. J’avais eu sa langue. Je n’étais jamais allée plus loin avec une femme. Les préliminaires, oui. Les bouches. Les mains. Le reste, non. Il y avait toujours un homme pour prendre la suite, ou une excuse, ou l’heure. Là, il n’y avait pas d’excuse. Le Manoir était derrière nous. Elle avait poussé la porte toute seule.
Sa bouche sous la mienne était plus hésitante qu’au club. Au club, on riait. Là, elle apprenait. Moi aussi. J’ai pris son sein dans ma main, plein, plus ferme que le mien, et j’ai senti le cœur battre juste derrière. J’ai frotté la pointe avec la mienne. Elle a gémi dans ma bouche. Fred a posé sa main dans le bas de son dos, puis plus bas, et sa main a rencontré la mienne à la naissance des fesses. On s’est croisés là. On ne s’est pas retirés.
Puis je suis descendue. Le cou. La naissance des seins, plus hauts, plus ronds que les miens. Une peau sans encre, presque insolente de n’avoir rien à lire. J’ai pris le droit dans ma bouche. Elle s’est cambrée. Le ventre encore marqué, à peine, par le laçage du body. Plus bas. L’odeur a changé. Plus chaude. Plus elle.
J’ai eu un blanc. Une seconde où mon corps n’avait pas le mode d’emploi. Des années de libertinages, des clubs, des cabines, des hommes derrière des planches, et ce geste-là, je ne le connaissais pas vraiment jusqu’au bout. Puis le goût. Différent. Plus net. Moins d’urgence. Une précision que je ne me connaissais pas. Pas une conquête. Une lecture. Ma langue large sur elle, de bas en haut, et sous moi elle a ouvert les cuisses d’un coup, et Fred les a tenues pour moi.
J’ai entendu Fred respirer plus fort au-dessus de nous, et ça m’a aidée, bizarrement : il était là, il voyait, je n’étais pas en train de disparaître dans elle, j’étais encore sa femme qui découvrait un geste. Sa main à lui dans mes cheveux. La sienne à elle, crispée dans les draps, puis dans mes cheveux aussi. On se tenait toutes les deux à lui.
Le plaisir, chez moi, n’était pas le même que le sien. Chez elle ça montait droit, neuf, un peu trop vite, par à-coups que je sentais contre ma bouche. Chez moi ça s’ouvrait sur le côté. La nouveauté. Le fait de rester. De ne pas passer la main à un homme au moment où ça devient sérieux. Mes hanches cherchaient déjà Fred, ou le bois du lit — j’étais trempée contre le drap, ça frottait, ça ne suffisait pas — mais ma bouche, elle, apprenait autre chose, et c’était ça qui me faisait jouir presque, avant même qu’il me touche : savoir que je pouvais. Que je restais. Que sous ma langue elle durcissait, qu’elle coulait, que je pouvais la conduire jusqu’au bord et la garder là une seconde de trop.
Je l’ai gardée. Encore. Encore. Le bas-ventre de plus en plus tendu sous mon bras. Un tremblement dans la cuisse gauche. Sa voix cassée. J’ai appuyé plus ferme, au même endroit, et je n’ai plus bougé que ça.
Elle a joui en me mordant l’épaule. Fort. Je lui ai dit de se lâcher. Elle a ri, et la vague a fini contre ma bouche, par secousses, chaude, abondante. Salée. Vive. Une fierté courte, presque gênante, d’avoir été la première à l’emmener jusque-là. J’avais le menton mouillé. Fred m’a embrassée comme ça, avec le goût d’elle encore.
Quand il m’a prise, j’étais déjà ouverte depuis trop longtemps. Il est entré d’un coup, jusqu’au bout, et ça m’a arrachée un son que je n’avais pas prévu. J’ai gardé le poignet de Ninon. Je voulais qu’elle reste dans le champ. Qu’elle voie. Fred allait trop vite au début. J’ai dit doucement, pour lui, pour elle. Il a ralenti. Chaque va-et-vient m’emplissait et me vidait. Je l’ai regardée pendant qu’il était en moi. Ses yeux. La honte et le reste. Ses doigts entre nous, là où il me prenait, maladroits, mouillés de nous trois. J’ai dit son prénom pour qu’elle ne parte pas derrière son front.
Ça montait autrement, celui-là. Connu. Profond. Le plaisir d’être baisée en regardant une fille qui vient de jouir dans ma bouche. Le plaisir d’être encore sa femme. Quand il a accéléré, j’ai serré, volontairement, et la vague à moi est arrivée juste avant la sienne, plus sourde, plus large, les ongles dans le poignet de Ninon, le front de Fred contre la rose.
Je l’ai retiré avant. Je savais ce que je voulais garder. Je me suis baissée. Je l’ai pris dans ma bouche, profond, le goût de moi encore sur lui, et il a joui là, contre la rose à force de se pencher, un souffle. Je n’ai rien perdu. Les joues. La langue. Rien n’a coulé.
Je me suis relevée au-dessus d’elle, la bouche fermée.
— Fred l’avait imaginé, tu l’as dessiné et maintenant nous le réalisons.
Je me suis penchée. J’ai ouvert sa bouche avec la mienne. Je lui ai tout donné, langue contre langue, le goût de Fred passé par moi. Elle n’a pas reculé. J’ai senti sa gorge travailler.
Ça m’a fait plus que le reste. Plus que le club. Plus que la cabine. La voir recevoir ça de moi, bouche à bouche, et pas d’un trou dans une cloison.
Fred avait la main sur son sexe. Je l’ai regardé. Il était beau. J’ai pensé : voilà. On y est. Et j’ai pensé aussi : demain matin, elle pourra encore dire que c’était pour dormir.
Je n’ai pas enlevé ma jambe de sur la sienne. Humide contre humide. J’ai dormi comme ça.
— Fred

Les deux baisers sur la joue, dans le couloir, c’était une trêve. La cape sur mon bras. Le rouge de Caro à moitié parti. Ninon qui disait bonne nuit en fermant sa porte, en face, trop près, toujours trop près.
Sous la douche, Caro a dit au sujet de la soirée. Je n’ai rien ajouté également. On s’est savonnés. Mes mains sur ses seins, le savon qui glisse, le bas du ventre, une fois entre les cuisses, juste pour savoir qu’on aurait pu. On s’est couchés. Je me suis mis dans ma position pour m’endormir, regarder le plafond pour ne pas chercher plus loin. J’étais encore un peu dur. J’ai laissé faire.
La porte.
Elle était nue. Je ne l’avais jamais vue comme ça, pas vraiment : toujours un tissu, un jean, un body, une jupe, une excuse. Là, rien. Les cheveux mouillés, innocente, presque enfantine. Les seins que la robe noire de la brasserie avaient déjà racontés, sans le reste. Le triangle plus foncé. La peau de l’intérieur des cuisses encore brillante.
— Je voudrais dormir avec vous.
Dormir. Je l’ai invité d’un geste. J’ai soulevé la couverture. Si je disais autre chose, je cassais le mot qu’elle avait choisi.
Elle s’est mise au milieu. Sa peau froide d’abord, puis non, très vite non. Poitrine contre mon bras. Fesses contre ma hanche. J’ai posé la main dans le bas de son dos et je l’ai laissée glisser. La naissance des fesses. L’intérieur d’une cuisse. Je n’allais pas plus loin tant qu’elle ne tournerait pas la tête. Elle a tourné la tête. Elle m’a embrassé, encore elle, comme avant le taxi. La surprise en moins. La décision en plus. Sa main a trouvé ma bite presque tout de suite, maladroite, trop ferme, et je n’ai pas retiré.
Ensuite je n’ai presque plus été dans le lit.
J’étais à côté, et je les regardais.
C’était ça, mon plaisir. Pas le premier. Pas le plus simple. Le plus exact.
Caro qui descendait le long d’un corps que je n’avais touché qu’à travers des tissus. Ninon qui ne savait pas où mettre ses mains, puis qui les mettait dans mes cheveux, pour tenir. La cuisse de ma femme entre celles de la fille d’en face. Le bruit, petit d’abord, humide ensuite, que Ninon a fait avant de mordre. Caro qui riait tout bas.
Je tenais les cuisses de Ninon ouvertes pour Caro. Mes paumes à l’intérieur, la peau si chaude qu’elle en était presque mouillée déjà. Je sentais chaque tremblement avant le cri. Ma bite contre sa hanche, puis dans sa main. On se touchait tous les trois sans se mettre d’accord. Une bouche. Une main. Une autre main par-dessus.
Je me suis régalé de ça plus que de ce qui m’attendait. Les deux visages. Les deux bouches. Le même lit. La honte très courte, celle du mari qui devrait dire on arrête, et qui ne dit rien.
Je voyais ce que Ninon ne pouvait pas voir : le visage de Caro entre ses cuisses, concentré, presque studieux, le menton luisant, une femme qui apprend un geste qu’elle a toujours laissé aux autres. Je voyais ce que Caro ne pouvait pas voir : les yeux de Ninon, ouverts trop grand, la bouche ouverte aussi, cette façon de découvrir qui n’est pas de la performance, juste un corps qui dit ah, qui se cambre, qui cherche plus de langue sans savoir le demander.
Deux femmes. Superbes. L’une que je connais par cœur, l’autre que je n’ai presque pas touchée. Les regarder faire l’amour — le mot est trop grand et c’est pourtant celui-là — m’a fait plus que leurs mains sur moi. Ça montait en moi sans qu’on me touche vraiment. Lourde. Battante. Une pression dans le bas-ventre que je connais, celle d’avant, celle où on retient.
Quand Ninon a joui, j’ai vu le moment exact. Les yeux. L’épaule. Le ventre qui se plaque. Le rire après. Caro a relevé la tête, la bouche brillante, et elle m’a regardé comme on regarde un complice, pas un juge. Je l’ai embrassée. J’ai eu le goût de Ninon sur les lèvres de ma femme.
Elle m’a tiré vers elle. J’étais trop dur depuis trop longtemps. J’ai été maladroit une minute, trop vite, trop content, trop jaloux encore du trou dans la cloison, de l’homme derrière le bois. Entrer en Caro après avoir regardé ça, c’était chaud, serré, évident. Caro a dit doucement. J’ai ralenti. Chaque va-et-vient me ramenait au bord. Ninon avait les doigts entre nous, hésitants, elle touchait là où je disparaissais, et je n’ai pas retiré ça. Je voulais qu’elle sente. Je voulais qu’elle reste. Sa main collée à nous, mouillée de Caro, de moi, d’elle.
Elle m’a sorti d’elle juste avant. Trop tard, presque. L’air sur moi une seconde, trop froid, et puis sa bouche. Chaude. Serrée. Jusqu’au fond. La langue plate dessous, les lèvres qui tiennent, la gorge qui ferme. C’est ça, jouir dans une bouche : plus étroit qu’en elle, plus précis, chaque pulsation collée contre quelque chose qui répond. Je n’ai plus commandé. Les hanches toutes seules. Ma main dans ses cheveux. Le premier jet m’a vidé d’un coup, violent, trop, les dents serrées, un son que je n’ai pas retenu. Le deuxième. Le troisième. Elle a tout pris, elle a sucé encore pendant que ça partait, et ça a duré plus longtemps que dans un sexe, plus net, plus humiliant et meilleur. J’ai regardé Ninon.
Ensuite ce que j’avais fantasmé dans la cuisine un dimanche matin a pris vie sous mes yeux. Je l’ai vue se placer, la bouche pleine de mon sperme, fermée, un filet au coin qu’elle a rattrapé du pouce. Puis elle a collé sa bouche à celle de Ninon. Ce que je venais de laisser, encore chaud, passé de l’une à l’autre, langue contre langue, un filet blanc sur sa lèvre. Ma main sur la toison de Ninon. Je n’ai rien dit. Si je disais quelque chose, je gâchais cette magie.
Elles se sont endormies avant moi. Ninon au milieu. La jambe de Caro, humide contre la sienne. Mon bras trop lourd, que je n’ai pas retiré. L’odeur de nous trois dans les draps.
Je les ai regardées encore un peu, dans la lumière de la nuit.
Deux femmes. Superbes. Et un homme chanceux.
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Chapitre 26
Au petit matin, Ninon se réveille dans un lit trop chaud, le corps encore sous le coup de la nuit. Elle attrape son carnet de croquis et cherche un café pour reprendre son souffle, loin du silence de l'appartement. Mais les questions qui la rongent la suivent partout : que ressent-elle vraiment, et que faire de tout ce qu'elle a vécu, de tout ce qu'elle a à peine osé regarder en face ?
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