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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Le carnet de Ninon - tentation — Chapitre 29

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Écriture avec assistance partielle d'une IA — Cette information est librement déclarée par l'auteur, elle n'a pas été vérifiée.

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Kristina_sexcret
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Les silences à table sont ici aussi bavards que les répliques : une cuillère posée sans un regard, un bol vidé avec application, une main laissée à quelques centimètres d'une autre. La voix de Caro, calme et ferme, rend chaque phrase précieuse. On se retrouve assis à cette table, à retenir son souffle avec les personnages.

Le carnet de Ninon - tentation

Chapitre 29

— Caro
J’ai entendu la clé avant de l’entendre, elle.
Ce léger raclement de métal sur le palier, une seconde de silence, puis le tour de serrure. Fred a posé la cuillère en bois sur le rebord de la casserole sans me regarder. Je n’ai pas bougé de ma chaise. Quand la porte s’est ouverte, nous étions exactement là où nous avions décidé d’être sans nous le dire : lui aux fourneaux, moi à la table, la lumière de la cuisine allumée, trois assiettes posées.
Ninon est restée sur le seuil, le sac contre la hanche, un pull gris qui n’était pas à elle, les joues rouges de froid. Elle avait l’air de quelqu’un qui a répété une phrase dans l’escalier et qui vient de l’oublier.
— Bonsoir, a-t-elle dit.
— Bonsoir, Bébé.
Le mot est sorti tout seul. Je l’ai vu la traverser. Elle a baissé les yeux, elle a posé son sac par terre, et elle est restée debout au milieu de la pièce, sans savoir où mettre ses mains.
— Assieds-toi, a dit Fred, d’une voix qui essayait d’être normale. Tu as faim ? J’ai fait de la soupe.
— Oui, je veux bien.
Nous avons dîné presque sans parler. Fred a raconté un truc idiot sur un voisin qui avait fait réparer son ascenseur trois fois en une semaine, et personne n’a ri, mais personne ne s’est levé non plus. Ninon a vidé son bol avec application, comme une élève sage. Elle ne regardait ni lui ni moi. Elle regardait la table, la nappe, le pain, ses propres doigts. Je connaissais ce geste : c’est celui qu’on a quand on tient quelque chose de trop lourd et qu’on cherche l’endroit où le poser.
Quand les assiettes ont été vides, j’ai posé ma main à plat sur la table, à quelques centimètres de la sienne, sans la toucher.
— Ninon. On n’attend pas de toi un discours. On veut juste que tu saches que tu peux dire ce que tu veux ce soir. Même si c’est « je pars ». Même si c’est « je ne sais pas ».
Elle a levé la tête. Ses yeux brillaient, et elle a essayé de sourire, sans y arriver.
— Je vous ai menti, a-t-elle dit.
Fred a pâli un peu. Moi, je n’ai pas bougé.
— Hier, je vous ai dit que je dormais chez une copine pour un travail. C’était faux. Mais ce n’est pas pour ça que je ne suis pas rentrée. Je me suis enfuie. Quand je me suis réveillée entre vous deux hier matin, j’ai eu tellement peur de vos regards que je suis partie sans rien dire. Je me suis réfugiée dans un café, j’ai pleuré devant une copine d’école, je lui ai tout raconté, et elle m’a hébergée. Voilà. C’est ça, le vrai travail à terminer.
Elle a respiré, comme après une longue apnée.
— Je ne sais pas si j’ai peur de vous ou de moi. Je ne sais pas si je suis amoureuse de vous, ou de ce que vous m’avez permis d’être. J’ai adoré cette nuit, et je me sens sale, et je ne me sens pas sale, et les deux sont vrais. Je ne sais pas si ça veut dire que je suis folle, ou que je suis enfin normale.
Il y a eu un silence. Je me suis rendu compte que mes doigts s’étaient refermés sur le bord de la table. J’avais préparé des phrases toute la journée, des réponses rassurantes, de celles qu’on dit pour apaiser. Aucune ne tenait.
— Je ne vais pas te dire que tu n’es pas folle, ai-je dit lentement, parce que ça ne veut rien dire. Et je ne vais pas te dire qu’on t’aime, parce que je ne sais pas ce que ce mot recouvre pour nous trois, et tu mérites mieux qu’un mot vague. Ce que je sais, c’est que l’autre soir, on n’a pas été assez attentifs. On t’a laissée suivre un bras, un drap, une place, et on a fait comme si c’était une décision. C’est de notre faute, pas de la tienne.
— Caro…
— Laisse-moi finir. Je crois que la nuit était vraie. Pour toi, pour nous. Mais je crois aussi qu’elle allait trop vite pour que tu puisses la comprendre. Et ça, ça ne s’efface pas par un dîner. Ça se répare en disant les choses.
Fred s’est éclairci la gorge. Il avait l’air d’un homme qui voudrait disparaître et qui reste par courage.
— J’ai passé la journée à me dire que j’avais tout gâché, a-t-il dit. Je ne sais pas parler comme Caro. Mais je ne veux pas que tu t’en ailles. Pas parce que tu es… pas à cause de ce qu’on a fait. Parce que je tiens à toi. Ça, je ne le sais pas expliquer, et je ne vais pas essayer ce soir. Je voulais seulement que tu l’entendes.
Ninon l’a regardé, longtemps, comme si elle découvrait un visage qu’elle croyait connaître. Une larme a glissé sur sa joue, qu’elle n’a pas essuyée.
C’est alors que j’ai eu l’idée, et je l’ai proposée presque sans réfléchir.
— On pourrait faire quelque chose. Ce soir, maintenant, tous les trois. Trois phrases chacun, pas plus. Ce que je veux. Ce que je ne veux pas. Ce qui me fait peur. Pas de discussion, pas de réponse, on écoute seulement. Et on s’arrête là.
— Comme un jeu, a murmuré Ninon.
— Non. Comme une promesse de ne pas se mentir.
Elle a hésité. Puis elle a hoché la tête.
J’ai commencé, parce qu’il fallait que quelqu’un le fasse.
— Ce que je veux : que tu restes, si tu en as envie, et que tu restes pour toi, pas pour nous. Ce que je ne veux pas : qu’on te transforme en autre chose que toi-même. Ce qui me fait peur : que tu nous quittes en croyant que c’est de ta faute.
Fred a avalé sa salive.
— Ce que je veux : que tu dises non quand c’est non, et que tu saches qu’on l’entendra. Ce que je ne veux pas : te faire du mal sans le voir. Ce qui me fait peur : de ne pas être à la hauteur de ce que tu mérites.
Il y a eu un silence. Ninon a posé ses deux mains sur la table. Elle tremblait un peu, mais sa voix est venue claire.
— Ce que je veux : comprendre ce que je veux. Ce que je ne veux pas : me réveiller un matin en détestant la personne que j’ai été avec vous. Et ce qui me fait peur, c’est de vous aimer plus que vous ne m’aimerez jamais.
Personne n’a bougé. Je n’ai pas pleuré, parce que je ne pleure pas facilement, mais quelque chose s’est détendu en moi, très lentement, comme un nœud qu’on défait. J’ai retourné ma main sur la table, paume ouverte. Elle a posé la sienne dedans. Fred a refermé sa grande main sur les deux.
Nous sommes restés ainsi, sans rien dire, trois paires de doigts mêlées autour d’une assiette vide.
— Je dors dans ma chambre ce soir, a dit Ninon, très bas. Si c’est possible.
— C’est ta chambre, ai-je répondu.
— Avec la porte ouverte ?
— Comme tu veux.
Elle a souri, cette fois pour de vrai, un sourire fatigué, minuscule. Elle s’est levée, elle a ramassé son sac, puis elle s’est arrêtée au milieu du couloir et s’est retournée.
— Merci de ne pas avoir fait comme si ce n’était rien.
Elle est entrée dans sa chambre. La porte est restée entrouverte. Je suis restée assise, la main de Fred sur la mienne, à écouter les bruits de la maison : le tiroir qu’on tire, le sommier qui grince, le silence.
à suivre...
Vous retrouverez Ninon, Caro et Fred dans la seconde partie : Le carnet de Ninon : Révélation
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