Le carnet de Ninon - tentation — Chapitre 12
Auteure
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L'avis peut contenir des indices sur l'intrigue.
On se laisse prendre dès les premières répliques, grâce à ces silences qui en disent long. La phrase « C'est un silence qui compte à l'envers » résume à elle seule la façon dont la narratrice observe les gens autour d'elle. Le dialogue à voix basse, dans le noir, donne au chapitre une intimité très particulière.
Le carnet de Ninon - tentation
Chapitre 12
Trois heures du matin, Fred croit que je dors.
Il est resté sur le dos, les yeux ouverts, depuis que nous avons remis le carnet à sa place. Je connais sa façon de se taire. C’est un silence qui compte à l’envers.
— Dis-le, ai-je murmuré.
— Elle a vingt-quatre ans, c’est la baby-sitter de notre fils, Caro.
— Je sais.
— Elle habite chez nous. Elle nous doit sa chambre, elle le pense en tout cas. Si on joue avec ça, on joue avec quelqu’un qui n’a pas les moyens de dire non.
Il avait raison. Je préfère qu’il ait raison à voix haute, parce que c’est le seul moment où je l’écoute vraiment.
— Alors on lui donne le moyen, ai-je dit. Avant de faire quoi que ce soit. Elle doit savoir qu’elle peut refuser sans que rien ne change, ni la chambre, ni Léo, ni nous.
— Et si elle ne refuse rien parce qu’elle a peur de nous déplaire ?
— Alors on s’arrête. On s’arrête dès qu’on en doute. C’est ta règle, et je la prends.
Il a tourné la tête vers moi. Dans la pénombre, ses yeux avaient cette gravité que j’aime et que je déteste quand elle me donne tort.
— Et les dessins ? On ne lui dit pas qu’on les a vus ?
— Pas encore. Elle ne nous aurait jamais dessinée si elle avait su qu’on la regardait. Je ne veux pas lui prendre ça. Je veux qu’elle vienne dans la pièce toute seule, avec son crayon, et qu’elle se rende compte à quel point elle y est déjà.
— Tu ne veux pas la prendre, a-t-il répété, un peu incrédule.
— Non. Je veux qu’elle vienne d’elle-même. Ce n’est pas la même chose, et tu le sais. Elle me rappelle quelqu’un. Moi, à son âge, avec une porte fermée à clé et un tiroir plein de choses que je n’osais pas nommer.
Il n’a rien répondu. Sa main a trouvé mon dos, a suivi la phrase que je ne peux pas lire de là où je suis, comme il le fait depuis douze ans quand il ne sait pas quoi dire.
Le matin, j’ai regardé Ninon prendre son café sans lever les yeux. Elle avait la même tête que les gens qui ont mal dormi pour une bonne raison. Je lui ai souri comme d’habitude. En me servant, j’ai dit, sur le ton qu’on prend pour parler de la météo :
— J’ai vu que tu avais essayé quelques robes de mon dressing. Tu as trouvé quelque chose qui te plaît ?
Elle a rougi jusqu’aux oreilles et a dit qu’elle n’avait rien essayé, juste regardé. J’ai dit : « Ah, bon. » Puis j’ai changé de sujet, pour qu’elle croie que je passais à autre chose. Ce n’était pas le cas. J’avais déjà commencé.
Le dimanche, comme à notre habitude, j’expliquais mon idée à Fred, j’ai pris la tablette. J’avais un prétexte tout prêt, et il n’était pas complètement faux. Le mur de notre chambre était nu depuis trop longtemps.
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