Le carnet de Ninon - tentation — Chapitre 6
Auteure
Coup de cœur
Notre équipe a apprécié ce chapitre. Cliquez pour découvrir pourquoi.
L'avis peut contenir des indices sur l'intrigue.
Dès les premières lignes, la voix de Fred s'impose : des phrases courtes, un regard d'observateur qui ne dit jamais tout. L'image du coussin posé entre Ninon et lui, comme une frontière que personne n'a voulue, reste en tête longtemps après la lecture. Et les silences entre les répliques disent souvent plus que les mots.
Le carnet de Ninon - tentation
Chapitre 6
Le parfum dans la cage d’escalier, déjà. Pas celui de la maison. Celui d’avant de sortir.
La robe bordeaux. Adieu la guêpière. Ninon près de la cuisine, figée, les yeux trop sages. J’ai embrassé Caro sous l’oreille, la main dans le dos ouvert, les lettres dans l’ordre. Le tatouage sous la bretelle. Le cœur plus bas que le tissu laisse encore deviner.
— Tu me raconteras.
— Comme toujours.
— Amuse-toi.
La porte.
Léo criait déjà les sushis depuis le salon. J’ai commandé. Et pendant que l’appli tournait, j’ai pensé à elle dans le métro, le bordeaux, les bas, le type qui l’attendait, ça devait être un verre près de l’Odéon. Ce soir, ce n’était déjà plus un verre. Je le savais à la façon dont elle avait fermé les yeux quand je l’avais embrassée. Pas de jalousie. Cette chaleur-là, celle que les gens ne comprennent pas : la savoir désirée, et savoir qu’elle rentrera tout dire. Y compris ce qu’elle aura laissé faire. Y compris ce qu’elle aura refusé.
Ninon coupait déjà les baguettes en deux pour Léo. Elle n’avait rien vu de tout ça. Ou trop peut-être. Je n’ai rien ajouté.
On a mangé dans le canapé, Léo entre nous, les baguettes trop grandes pour lui. Ninon recoupait ses california, encore. Elle disait merci à chaque boîte. Après les histoires, la lune, la porte de sa chambre à lui, il ne restait que le salon et un film que je n’avais pas vraiment choisi. Un thriller des années 90, Sexcrimes. Je l’avais vu ado.
On s’est assis chacun dans un coin du canapé, un coussin au milieu comme une frontière que personne n’avait posée exprès.
Ça allait. Jusqu’à la scène de la piscine.
Pas un film porno. Juste Hollywood qui vend un polar et qui glisse ça au milieu : une piscine, deux filles, un homme entre elles, un plan trop long, le bruit de l’eau, les bouches qui se cherchent aussi entre elles. Ninon a croisé les jambes, a pris le coussin contre elle. Les oreilles rouges. Elle faisait la grande. Moi j’ai ri d’une réplique à côté, une phrase de flic mal placée, parce que c’était écrit pour qu’on reprenne son souffle — et que personne, dans ce salon, n’avait prévu d’en avoir besoin.
— Tu veux changer ? ai-je dit.
— Non. Ça va.
Ça n’allait pas. Elle regardait le tapis. Sur l’écran, l’eau clapotait encore.
— C’est du cinéma, ai-je dit. Tout le monde est trop beau, trop d’accord, trop en même temps. Personne ne vit ça comme ça.
Elle a eu un petit rire, le premier de la soirée, sans lever les yeux.
— Les gens font ça, quand même ? Pour de vrai ?
— Certains. D’autres non. La plupart n’en parlent pas.
Silence. Le polar reprenait, des flics, des mensonges. Ninon tenait encore le coussin.
— Et Caro ?
Ce n’était pas clair, ce qu’elle demandait. Si Caro ferait ça. Si on en parlait. Si c’était pour ça, la robe.
— On s’est connus à une expo. Elle m’a repris sur le cartel à côté d’un tableau. Elle avait raison. On a bu un verre. Elle était déjà comme elle est aujourd’hui, tu vois. Ouverte. Pas pour faire semblant. On n’est sortis ensemble que trois mois après. Elle m’a fait patienter. Huit mois après, on était mariés.
Je n’ai pas dit le reste.
Ninon a tourné son verre entre ses doigts.
— Elle est... très belle, ce soir.
— Oui.
— Ça ne te... enfin. La laisser sortir comme ça. Seule.
Ce n’était pas une question. Presque.
— Je sais comment elle est habillée. Je sais qu’elle va faire tourner des têtes. Mais je sais aussi qu’elle rentre. C’est déjà beaucoup.
Elle a hoché la tête, trop vite, comme au dîner du premier soir. Sur l’écran, les filles s’étaient rhabillées. Ninon a relâché le coussin.
— Je vais me coucher.
— D’accord. Merci pour Léo.
— De rien. C’est mon travail.
Sa porte, au fond. Douce. La ligne de lumière. J’ai baissé le son. J’ai regardé la suite tout seul, sans y penser, et j’ai écrit à Caro : Léo dort. Elle aussi, je crois. Amuse-toi.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteure en un geste.
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteure : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Commentaires ()